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12 décembre 2013 4 12 /12 /décembre /2013 16:14

 

S. IRÉNÉE DE LYON RÉFUTE LE PSEUDO CONCILE VAT. II

 

SAINT  IRÉNÉE (135/140-202/203)

ÉVÊQUE DE LYON

HONORÉ PAR L’ÉGLISE COMME MARTYR

LE FONDATEUR DE LA THÉOLOGIE CATHOLIQUE

ET

LE MARTEAU DES HÉRÉSIES

(jamais réfuté ni nommément condamné)

 

« CONTRE LES HÉRÉSIES »

DÉNONCIATION ET RÉFUTATION

DE LA GNOSE AU NOM MENTEUR

dont le vrai titre est :

«  FAUSSE GNOSE DÉMASQUÉE ET RÉFUTÉE »

(Elegcoς kaί anatroph thς yeudwnumou gnώsewς)

 Traduction française par Adelin Rousseau

Moine de l’Abbaye d’Orval

Internet : www.JESUSMARIE.com et

Saint Irénée de Lyon : table des matières

 

Livre V

 

Troisième partie

 

L'IDENTITÉ DU DIEU CRÉATEUR

ET DU DIEU PÈRE

 PROUVÉE PAR TROIS FAITS

DE LA VIE DU CHRIST

 

33, 3. C'est le contenu même de cette bénédiction dont Isaac bénit Jacob, son fils cadet, en lui disant : « Voici que l'odeur de mon fils est comme l'odeur d'un champ rempli de blé qu'a béni le Seigneur (a). » Or le champ, c'est le monde (b). Aussi Isaac ajouta-t-il : « Que Dieu te donne, de la rosée du ciel et de la graisse de la terre, abondance de blé et de vin ! Que les nations te servent, et que les princes se prosternent devant toi ! Sois le seigneur de ton frère, et que les fils de ton père se prosternent devant toi ! Maudit soit qui te maudira, et béni soit qui te bénira (c) » Si l'on n'entend pas cela des temps du royaume dont nous venons de parler, on tombera dans  des  contradictions  et  des  difficultés  considérables, celles-là mêmes où les Juifs tombent et se débattent. Car non seulement, durant son séjour sur terre, Jacob ne vit pas les nations le servir, mais, à peine reçue la bénédiction, ce fut lui qui partit servir son oncle Laban le Syrien durant vingt ans (d). Et non seulement il ne devint pas le seigneur de son frère, mais ce fut lui qui se prosterna devant Isaïe, quand il revint de Mésopotamie vers  son père, et qui lui offrit quantité de présents (e).  Et l'abondance du blé et du vin, comment les reçut-il ici-bas en héritage, lui qui, à la suite d'une famine survenue dans le pays qu'il habitait, émigra en Egypte, pour y devenir sujet de Pharaon qui régnait alors en Égypte (f) ? La bénédiction dont nous venons de parler se rapporte donc sans conteste aux temps du royaume : alors régneront les justes, après être ressuscites d'entre les morts et avoir été, du fait de cette résurrection même, comblés d'honneur par Dieu ; alors aussi la création, libérée et renouvelée, produira en abondance toute espèce de nourriture grâce à la rosée du ciel et à la graisse de la terre.

 

C'est ce que les presbytres qui ont vu Jean, le disciple du Seigneur,  se souviennent avoir entendu de lui,  lorsqu'il évoquait l'enseignement du Seigneur relatif à ces temps-là. Voici donc ces paroles du Seigneur : « Il viendra des jours où des vignes croîtront, qui auront chacune dix mille ceps, et sur chaque cep dix mille branches, et sur chaque branche dix mille bourgeons, et sur chaque bourgeon dix mille grappes, et sur chaque grappe dix mille grains, et chaque grain pressé donnera vingt-cinq cuves de vin. Et lorsque l'un des saints cueillera une grappe, une autre grappe lui criera : Je suis meilleure, cueille-moi et, par moi, bénis le Seigneur ! De même le grain de blé produira dix mille épis, chaque épi aura dix mille grains et chaque grain donnera cinq tonnes de belle farine ; et il en sera de même, toute proportion gardée, pour les autres fruits, pour les semences et pour l'herbe. Et tous les animaux, usant de cette nourriture qu'ils recevront de la terre, vivront en paix et en harmonie les uns avec les autres et seront pleinement soumis aux hommes. »

 

  1. Genèse, XXVII, 27 ;
  2. Cf. S. Matthieu, XIII, 38 ;
  3. Genèse, XXVII, 28-29 ;
  4. Genèse, XXVII, 28-31 ;
  5. Genèse, XXVII, 32-33 ;
  6. Genèse, XXVII, 46-47.

 

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Note supplémentaire :

 

À toutes fins utiles, pour les âmes de peu de Foi qui auraient tendance à ressembler à Judas, citons cet article émanant d'une revue scientiste et donc, peu soucieuse d'étayer le Millénarisme. Dans la revue “Science & Avenir” (octobre 1960), on trouve les lignes suivantes : « Le lion se nourrit de chair animale mais une fois qu'il a tué son zèbre, par quelle partie du corps commence-t-il son repas ? Très régulièrement, il commence par se précipiter sur l'estomac. Comme tous les autres mammifères, le lion a en effet un besoin absolu d'ALIMENTS VÉGÉTAUX, et il trouve principalement ces aliments, tous frais avalés ou à demi-digérés, dans l’ “intérieur” de ses victimes … »

« Or, l'estomac d'un lion qui vient d'éventrer un zèbre ou un buffle pour manger son estomac et ses boyaux peut renfermer jusqu'à 60 et même 70% de matière végétale… »

 « Ainsi, en définitive, LE RÉGIME ALIMENTAIRE DES HERBIVORES ET DES CARNIVORES APPARAÎT COMME BIEN MOINS OPPOSÉ QU'ON SE L'IMAGINE TROP FACILEMENT » (« Le messie que j'attends », étude biblique sur le retour du Christ, abbé Adaire, p. 318 ; les majuscules sont de l'auteur lui-même).

 

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33, 4. Voilà ce que Papias, auditeur de Jean, familier de Polycarpe, homme vénérable, atteste par écrit dans le quatrième de ses livres, – car il existe cinq livres composés par lui. Il ajoute : « Tout cela est croyable pour ceux qui ont la foi. Car, poursuit-il, comme Judas le traître demeurait incrédule et demandait : Comment Dieu pourra-t-il créer de tels fruits ? – le Seigneur lui répondit : Ceux-là le verront, qui vivront encore jusqu’alors ».

 

Tels sont donc les temps que prophétisait Isaïe, lorsqu'il disait : « Le loup paîtra avec l'agneau, le léopard reposera avec le chevreau ; le veau, le taureau et le lion paîtront ensemble, et un petit enfant les conduira. Le bœuf et l'ours paîtront ensemble, et leurs petits seront ensemble ; le lion comme le bœuf mangera de la paille. L'enfant en bas âge mettra sa main dans le trou de la vipère et dans le gîte des petits de la vipère, et ils ne feront pas de mal et ils ne pourront plus faire périr personne sur ma montagne sainte (a). » Reprenant les mêmes traits, il dit encore ailleurs : « Alors loups et agneaux paîtront ensemble ; le lion, comme le bœuf, mangera de la paille, et le serpent mangera de la terre en guise de pain, et ils ne feront ni mal ni dommage sur ma montagne sainte, dit le Seigneur (b). » Certains, je ne l'ignore pas, tentent d'appliquer ces textes de façon métaphorique à ces hommes sauvages qui, issus de diverses nations et ayant eu toute espèce de comportements, ont embrassé la foi et, depuis qu'ils ont cru, vivent en bonne entente avec les justes. Mais, même si cela a lieu dès à présent pour des hommes issus de toutes sortes de nations et venus à une même disposition de foi, cela n'en aura pas moins lieu pour ces animaux lors de la résurrection des justes, ainsi que nous l'avons dit ; car Dieu est riche en toutes choses, et il faut que, lorsque le monde aura été rétabli dans son état premier, toutes les bêtes sauvages obéissent à l'homme et lui soient soumises et qu'elles reviennent à la première nourriture donnée par Dieu, à la manière dont elles étaient soumises à Adam avant sa désobéissance (c) et dont elles mangeaient les fruits de la terre (d). Ce n'est d'ailleurs pas le moment de prouver que le lion se nourrira de paille; mais ce trait indique bien la grandeur et l'opulence des fruits : car, si une bête telle que le lion doit se nourrir de paille, quel ne sera pas le blé dont la simple paille suffira à nourrir des lions !

 

  1. Isaïe, XI, 6-9 ;
  2. Isaïe, LXV, 25 ;
  3. Cf. Genèse, I, 26-28 ;
  4. Cf. Genèse, I, 30.

 

Israël rétabli dans sa terre, afin d'y avoir part aux biens du Seigneur.

 

34, 1. Isaïe lui-même annonce clairement qu'une joie de cette sorte aura lieu à la résurrection des justes, lorsqu'il dit : « Les morts ressusciteront, ceux qui sont dans les tombeaux se lèveront et ceux qui sont dans la terre se  réjouiront, car la rosée qui vient de toi est pour eux une guérison (a) » Ézéchiel dit de même : « Voici que je vais ouvrir vos tombeaux, et je vous ferai sortir de vos tombeaux, et je vous introduirai dans la terre d'Israël. Et vous saurez que je suis le Seigneur, quand j’ouvrirai vos tombeaux, quand je ferai sortir des tombeaux mon peuple. Je mettrai mon Esprit en vous, et vous vivrez, et je vous établirai sur votre terre, et vous saurez que je suis le Seigneur. » Le même prophète dit encore (b) : «Voici ce que dit le Seigneur : Je rassemblerai Israël d'entre toutes les nations parmi lesquelles ils ont été dispersés, et je me sanctifierai en eux aux yeux des peuples des nations, et ils habiteront sur leur terre, que j'ai donnée à mon serviteur Jacob. Ils y habiteront en sécurité ; ils bâtiront des maisons et planteront des vignes ; ils habiteront en sécurité, quand j'exercerai un jugement sur tous ceux qui les auront méprisés, sur ceux de leurs alentours, et ils sauront que je suis le Seigneur, leur Dieu et le Dieu de leurs pères (c). » Or nous avons montré un peu plus haut que c'est l'Église qui est la postérité d'Abraham. Et c'est pourquoi, afin que nous sachions que tout cela se réalisera dans la Nouvelle Alliance, qui, de toutes les nations, rassemble ceux qui sont sauvés, suscitant ainsi à partir des pierres des fils à Abraham (d), Jérémie dit : « C'est pourquoi voici que des jours viennent, dit le Seigneur, où l'on ne dira plus : "Le Seigneur est vivant, lui qui a ramené les fils d'Israël de l'Egypte", mais : "Le Seigneur est vivant, lui qui a ramené les fils d'Israël du pays du septentrion et de toutes les contrées où ils avaient été chassés, et qui va les rétablir sur leur terre, celle qu’il avait donnée à leurs pères (e). »

 

  1. Isaïe, XXVI, 19 ;
  2. Ézéchiel, XXXVII, 12-14 ;
  3. Ézéchiel, XXVIII, 25-26 ;
  4. Cf. S. Matthieu, III, 9 ; S. Luc, III, 8 ;
  5. Jérémie, XVI, 14-15 ; XXIII, 7-8.

 

34, 2. Que toute créature doive, selon la volonté de Dieu, croître et parvenir à la plénitude de sa stature, pour produire et faire mûrir de tels fruits, c'est ce que dit Isaïe : « Sur toute haute montagne et sur toute colline élevée il y aura des cours d'eau, en ce jour où beaucoup périront et où les tours tomberont. La lumière de la lune sera comme la lumière du soleil, et la lumière du soleil sera septuplée, le jour où le Seigneur portera remède à la ruine de son peuple et guérira la douleur de ta plaie (a).» La «douleur de la plaie», c'est celle de cette plaie dont fut frappé l'homme à l'origine, lorsqu'il désobéit en Adam ; cette plaie, qui est la mort, Dieu la guérira en nous ressuscitant d'entre les morts et en nous établissant dans l'héritage des pères, selon ce que contient la bénédiction de Japhet : « Que Dieu donne de l'espace à Japhet, et qu'il habite dans les demeures de Sem (b). » Isaïe dit encore : « Tu mettras ta confiance dans le Seigneur, et il t'introduira dans les biens de la terre, et il te nourrira de l'héritage de Jacob ton père (c). » C'est ce que dit aussi le Seigneur : « Heureux ces serviteurs que le maître, à son arrivée, trouvera veillant ! En vérité, je vous le dis, il se ceindra, les fera mettre à table et, passant devant eux, les servira. S'il arrive à la veille du soir et qu'il les trouve ainsi, heureux sont-ils, car il les fera mettre à table et les servira; et si c'est à la deuxième ou à la troisième veille qu'il arrive, heureux sont-ils (d). » C'est cela même que Jean dit aussi dans l'Apocalypse : « Heureux et saint celui qui a part à la première résurrection (e) ! » Isaïe a également indiqué le moment où auront lieu ces événements : « Et je dis : Jusque à quand, Seigneur ? Jusqu'à ce que les villes soient dépeuplées, faute d'habitants, ainsi que les maisons, faute d'hommes, et que la terre soit laissée déserte. Après cela le Seigneur éloignera les hommes, et ceux qui auront été laissés se multiplieront sur la terre (f). » Daniel dit de même : « Le règne, la puissance et la grandeur des rois qui sont sous le ciel ont été donnés aux saints du Très-Haut ; son règne est un règne éternel, et tous les empires le serviront et lui obéiront (g). » Et pour qu'on ne s'imagine pas que cette promesse concerne l'époque présente, il fut dit au prophète : « Pour toi, viens et tiens-toi dans ton héritage lors de la consommation des jours (h). »

 

  1. Isaïe, XXX, 25-26 ;
  2. Genèse, IX, 27 ;
  3. Isaïe, LVIII, 14 ;
  4. S. Luc, XII, 37-38 ;
  5. Apocalypse, XX, 6 ;
  6. Isaïe, VI, 11-12 ;
  7. Daniel, VII, 27 ;
  8. Daniel, XII, 13.

 

34, 3. Que ces promesses s'adressent non seulement aux prophètes et aux pères, mais aux Eglises rassemblées d'entre les gentils – à ces Églises auxquelles l'Esprit donne le nom d' « îles » parce qu'elles se trouvent placées au milieu du tumulte, qu'elles subissent la tempête des blasphèmes, qu'elles sont un port de salut pour ceux qui sont en péril et un refuge pour ceux qui aiment la vérité et s'efforcent de fuir l'abîme de l'erreur, – c'est ce que Jérémie dit en ces termes : « Nations, écoutez la parole du Seigneur et annoncez-la dans les îles lointaines ; dites : "Celui qui a dispersé Israël le rassemblera et le gardera comme un berger son troupeau ; car le Seigneur a racheté Jacob, il l'a délivré de la main d'un plus fort que lui". Ils viendront et se réjouiront sur la montagne de Sion ; ils viendront vers les biens du Seigneur, vers une terre de blé, de vin et de fruits, de bœufs et de brebis ; leur âme sera comme un arbre fertile, et ils n'auront plus faim désormais. Alors les jeunes filles se réjouiront dans l'assemblée des jeunes gens, et les vieillards se réjouiront ; je changerai leur deuil en joie, je les réjouirai. Je fortifierai et j'enivrerai l'âme des prêtres, fils de Lévi, et mon peuple se rassasiera de mes biens (a). » Les lévites et les prêtres, nous l'avons montré dans le livre précédent, ce sont tous les disciples du Seigneur, qui, eux aussi, « enfreignent le sabbat dans le Temple et ne sont pas coupables (b)». De telles promesses signifient donc, de toute évidence, le festin que fournira cette création dans le royaume des justes et que Dieu a promis d'y servir.

 

  1. Jérémie, XXXI, 10-14 ;
  2. S. Matthieu, XII, 5.

 

Jérusalem glorieusement rebâtie

 

34, 4. Isaïe dit encore au sujet de Jérusalem et de Celui qui y régnera : « Voici ce que dit le Seigneur : Heureux celui qui a une postérité dans Sion et une parenté dans Jérusalem ! Voici qu'un Roi juste régnera, et les princes gouverneront avec droiture (a). » Et à propos des préparatifs de sa reconstruction il dit : « Voici que je te prépare pour pierres de l'escarboucle et pour fondements du saphir ; je ferai tes créneaux de jaspe, tes portes de cristal et ton enceinte de pierres précieuses ; tous tes fils seront enseignés par le Seigneur, tes enfants seront dans une grande paix, et tu seras édifiée dans la justice (b). » Le même prophète dit encore : « Voici que je crée Jérusalem pour l'allégresse, et mon peuple pour la joie. Je serai dans l'allégresse au sujet de Jérusalem, et dans la joie au sujet de mon peuple. On n'y entendra plus désormais le bruit des lamentations ni le bruit des clameurs ; il n'y aura plus là d'homme frappé d'une mort prématurée, ni de vieillard qui n'accomplisse pas son temps : car le jeune homme aura cent ans, et le pécheur qui mourra aura cent ans et sera maudit. Ils bâtiront des maisons et eux-mêmes les habiteront ; ils planteront des vignes et eux-mêmes en mangeront les fruits. Ils ne bâtiront pas pour que d'autres habitent ; ils ne planteront pas pour que d'autres mangent. Car les jours de mon peuple seront les jours de l’arbre de vie : ils useront les ouvrages de leurs mains (c). »

 

  1. Isaïe, XXXI, 9-32, 1 ;
  2. Isaïe, LIV, 11-14 ;
  3. Isaïe, LXV, 18-22.

 

35, 1. Si certains essaient d'entendre de telles prophéties dans un sens allégorique, ils ne parviendront même pas à tomber d'accord entre eux sur tous les points. D'ailleurs, ils seront convaincus d'erreur par les textes eux-mêmes, qui disent : « Lorsque les villes des nations seront dépeuplées, faute d'habitants, ainsi que les maisons, faute d'hommes, et lorsque la terre sera laissée déserte ... (a) ». « Car voici, dit Isaïe, que le Jour du Seigneur vient, porteur de mort, plein de fureur et de colère, pour réduire la terre en désert et en exterminer les pécheurs (b). » Il dit encore : « Que l'impie soit enlevé, pour ne point voir la gloire du Seigneur (c) ! » « Et après » que « cela » aura eu lieu, « Dieu, dit-il, éloignera les hommes, et ceux qui auront été laissés se multiplieront sur la terre (d). » « Ils bâtiront des maisons et eux-mêmes les habiteront; ils planteront des vignes et eux-mêmes en mangeront (e). » Toutes les prophéties de ce genre se rapportent sans conteste à la résurrection des justes, qui aura lieu après l'avènement de l'Antéchrist et l'anéantissement des nations soumises à son autorité : alors les justes régneront sur la terre, croissant à la suite de l'apparition du Seigneur ; ils s'accoutumeront, grâce à lui, à saisir la gloire du Père et, dans ce royaume, ils accéderont au commerce des saints anges ainsi qu'à la communion et à l'union avec les réalités spirituelles. Et tous ceux que le Seigneur trouvera en leur chair, l'attendant des cieux après avoir enduré la tribulation et avoir échappé aux mains de l'Impie, ce sont ceux dont le prophète a dit : « Et ceux qui auront été laissés se multiplieront sur la terre (f). » Ces derniers sont aussi tous ceux d'entre les païens que Dieu préparera d'avance pour que, après avoir été laissés, ils se multiplient sur la terre, soient gouvernés par les saints et servent à Jérusalem.

 

Plus clairement encore, au sujet de Jérusalem et du royaume qui y sera établi, le prophète Jérémie a déclaré : « Regarde vers l'Orient, ô Jérusalem, et vois la joie qui te vient de la part de Dieu. Voici qu'ils viennent, tes fils que tu avais congédiés, ils viennent, rassemblés de l'Orient à l'Occident par la parole du Saint, se réjouissant de la gloire de Dieu. Quitte, Jérusalem, la robe de ton deuil et de ton affliction, et revêts pour toujours la parure de la gloire venant de ton Dieu. Enveloppe-toi du manteau de la justice venant de Dieu ; mets sur ta tête le diadème de la gloire éternelle. Car Dieu montrera ta splendeur à toute la terre qui est sous le ciel. Car ton nom te sera donné par Dieu pour jamais : "Paix de la justice" et "Gloire de la piété". Lève-toi, Jérusalem, tiens-toi sur la hauteur, et regarde vers l'Orient ; et vois tes fils rassemblés du couchant au levant par la parole du Saint, se réjouissant de ce que Dieu s'est souvenu d'eux. Ils t'avaient quittée à pied, emmenés par les ennemis ; Dieu te les ramène portés avec honneur, comme un trône royal. Car Dieu a ordonné de s'abaisser à toute montagne élevée et aux collines éternelles, et aux vallées de se combler pour aplanir la terre, afin qu'Israël marche en sécurité sous la gloire de Dieu. Les forêts et tous les arbres odoriférants ont prêté leur ombre à Israël par ordre de Dieu. Car Dieu conduira Israël avec joie à la lumière de sa gloire, avec la miséricorde et la justice qui viennent de lui-même (g). »

 

  1. Isaïe, VI, 11 ;
  2. Isaïe, XIII, 9 ;
  3. Isaïe, XXVI, 10 ;
  4. Isaïe, VI, 12 ;
  5. Isaïe, LXV, 21 ;
  6. Isaïe, VI, 12 ;
  7. Baruch, IV, 36- V, 9.

 

35, 2. Ces événements ne sauraient se situer dans les lieux supra célestes, — « car Dieu, vient de dire le prophète, montrera ta splendeur à toute la terre qui est sous le ciel (a) », — mais ils se produiront aux temps du royaume, lorsque la terre aura été renouvelée par le Christ et que Jérusalem aura été rebâtie sur le modèle de la Jérusalem d'en haut.

 

Après le royaume des justes : la Jérusalem d'en haut et le royaume du Père.

 

C'est au sujet de celle-ci que le prophète Isaïe a dit : « Voici que sur mes mains j'ai peint tes murs, et tu es sans cesse devant mes yeux (b). » L'Apôtre dit pareillement aux Galates : « Mais la Jérusalem d'en haut est libre, et c'est elle qui est notre Mère (c) » : il ne dit pas cela de l'Enthymésis d'un Éon égaré, ni d'une Puissance séparée du Plérôme et dénommée Prounikos, mais de la Jérusalem peinte sur les mains de Dieu.

 

C'est aussi cette dernière que, dans l'Apocalypse, Jean a vue descendre sur la terre nouvelle. Car, après les temps du royaume, «je vis, dit-il, un grand trône blanc et Celui qui y était assis ; de devant sa face le ciel et la terre s'enfuirent, et il ne se trouva plus de place pour eux (d). » Il décrit alors en détail la résurrection et le jugement universels : « Je vis, dit-il, les morts, les grands et les petits. Car la mort rendit les morts qui se trouvaient en elle; la mort et l'enfer rendirent ceux qui étaient en eux. Des livres furent ouverts. On ouvrit aussi le livre de vie, et les morts furent jugés, d'après ce qui était écrit dans ces livres, selon leurs œuvres. Puis la mort et l'enfer furent jetés dans l'étang de feu : cet étang de feu, c'est la seconde mort (e). » C'est ce qu'on appelle la Géhenne, dite aussi « feu éternel (f) » par le Seigneur. « Et quiconque, dit Jean, ne fut pas trouvé inscrit dans le livre de vie fut jeté dans l'étang de feu (g). » Il dit ensuite : « Et je vis un ciel nouveau et une terre nouvelle  ; car le premier ciel et la première terre s'en étaient allés, et la mer n'était plus. Et je vis la cité sainte, la Jérusalem nouvelle, descendre du ciel, d'auprès de Dieu, apprêtée comme une fiancée parée pour son époux. Et j'entendis une grande voix, sortant du trône, qui disait : "Voici le tabernacle de Dieu avec les hommes : il habitera avec eux, et ils seront ses peuples ; Dieu lui-même sera avec eux et sera leur Dieu. Et il essuiera toute larme de leurs yeux, et la mort ne sera plus, et il n'y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur, car les premières choses s'en sont allées (h)". » Isaïe l'avait déjà dit : «Ce sera le ciel nouveau et la terre nouvelle ; on ne se souviendra plus des premières choses et elles ne reviendront plus à l'esprit ; mais on trouvera joie et allégresse dans cette terre nouvelle (i). » C'est ce que dit l'Apôtre : « Car elle passe, la figure de ce monde (j). » Et le Seigneur dit pareillement : « Le ciel et la terre passeront (k). » Quand donc ces choses auront passé, nous dit Jean, le disciple du Seigneur, sur la terre nouvelle descendra la Jérusalem d'en haut, telle une fiancée parée pour son époux, et c'est elle qui sera le tabernacle de Dieu, en lequel Dieu habitera avec les hommes. C'est de cette Jérusalem-là que sera l'image, la Jérusalem de la première terre, où les justes s'exerceront à l'incorruptibilité et se prépareront au salut, comme c'est aussi de ce tabernacle-là que Moïse a reçu le modèle sur la montagne (l).

 

Et rien de tout cela ne peut s'entendre allégoriquement, mais  au  contraire  tout  est  ferme,   vrai,   possédant  une existence authentique, réalisé par Dieu pour la jouissance des hommes justes. Car, de même qu'est réellement Dieu Celui qui ressuscitera l'homme, c'est réellement aussi que l'homme ressuscitera d'entre les morts, et non allégoriquement, ainsi que nous l'avons abondamment montré. Et de même qu'il ressuscitera réellement,  c'est réellement aussi qu'il  s'exercera  à l'incorruptibilité,   qu'il croîtra et  qu'il parviendra  à la  plénitude  de sa vigueur  aux temps  du royaume, jusqu'à devenir capable de saisir la gloire du Père. Puis, quand toutes choses auront été renouvelées, c'est réellement qu'il habitera la cité de Dieu.  Car,  dit Jean, « Celui qui était assis sur le trône dit : Voici que je fais toutes choses nouvelles. Et il ajouta : Écris, car ces paroles sont sûres et véridiques. Et il me dit : C’est fait (m) ! »

 

  1. Baruch, V, 3 ;
  2. Isaïe, XLIX, 16 ;
  3. Galates, IV, 26 ;
  4. Apocalypse, XX, 11 ;
  5. Apocalypse, XX, 12-14 ;
  6. Cf. S. Matthieu, XXV, 41 ;
  7. Apocalypse, XX, 15 ;
  8. Apocalypse, XXI, 1-4 ;
  9. Isaïe, LXV, 17-18 ;
  10. I Corinthiens, VII, 31 ;
  11. S. Matthieu, XXVI, 35 ;
  12. Exode, XXV, 40. Hébreux, VIII, 5 ;
  13. Apocalypse, XXI, 5-6.

 

- - - - - -

 

Nul n’est capable de dénigrer saint Irénée, martyr, sans perdre la raison et tomber sous le jugement de Dieu (cf. II Thessaloniciens, II, 3-4, 7 et 11-12 ; Ecclésiaste, I, 15 ; Psaumes, 13 : 1 ; 52 : 1.)

 

Ecclésiaste, I, 15 : « stultorum infinitus est numerus » ; Psaumes,  XIII, 1 et LII 1 : « Dixit insipiens in corde suo : Non est Deus ».

 

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SAINT IRÉNÉE DE LYON (135/140 – 203/293)

 

« CONTRE LES HÉRÉSIES »

 

LIVRE II

 

Troisième partie

 

RÉFUTATION DES SPÉCULATIONS VALENTINIENNES RELATIVES AUX NOMBRES

 

 

3. L’orgueil gnostique

 

Petitesse de l'homme face à la grandeur infinie de son Créateur.

 

25, 3. Et si quelqu'un n'arrive pas à trouver la raison d'être de tout ce à quoi il applique sa recherche, qu'il fasse réflexion qu'il n'est qu'un homme infiniment au-dessous de Dieu, qu'il n'a reçu la grâce que « d'une manière partielle (a) », qu'il n'est point encore égal ou semblable à son Auteur et qu'il ne peut avoir l'expérience et la connaissance de toutes choses à la façon de Dieu. Autant l'homme qui a été fait et a reçu aujourd'hui le commencement de son existence est inférieur à Celui qui n'a pas été fait et est depuis toujours identique à lui-même, autant ce même homme est inférieur à son Auteur en ce qui concerne la science et la recherche des raisons d'être de toutes choses. Car tu n'es pas incréé, ô homme, et tu n'existes pas depuis toujours avec Dieu, comme son propre Verbe ; mais, grâce à sa suréminente bonté, après avoir reçu présentement le commencement de ton existence, tu apprends peu à peu du Verbe les « économies » du Dieu qui t'a fait.

 

a) I Corinthiens, 13 : 9, 12.

 

24, 4. Garde donc le rang qui convient à ta science et ne prétends pas, dans ton ignorance des biens, dépasser Dieu lui-même, car il est indépassable. Ne cherche pas ce qu'il pourrait y avoir au-dessus du Créateur : tu ne trouveras pas, car ton Artisan est sans limites. Ne va pas, comme si tu l'avais mesuré tout entier, comme si tu avais exploré toute son activité créatrice, comme si tu avais considéré sa profondeur, sa longueur et sa hauteur, imaginer au-dessus de lui un autre Père : tu ne découvriras rien, mais, pour avoir pensé au rebours de la nature des choses, tu seras insensé ; et si tu persévères en cette voie, tu tomberas dans la folie, te prenant pour plus élevé et plus excellent que ton Créateur et t'imaginant que tu aurais dépassé sa sphère.

 

Supériorité d'un amour ignorant sur une science orgueilleuse

 

26, 1. Il est donc meilleur et plus utile d'être ignorant ou de peu de savoir et de s'approcher de Dieu par l'amour, que de se croire savant et habile et de se trouver blasphémateur à l'égard de son Seigneur pour avoir imaginé un autre Dieu et Père que lui. C'est pourquoi Paul s'est écrié : « La science enfle, tandis que la charité édifie (a). » Non qu'il ait incriminé la vraie connaissance de Dieu, sinon il se serait accusé le premier; mais il savait que certains, enflés d'orgueil sous prétexte de science, en venaient à déchoir de l'amour de Dieu et, à cause de cela, à se croire eux-mêmes parfaits, tout en introduisant un Démiurge imparfait. C'est pour retrancher leur orgueil, fruit de cette prétendue science, que Paul disait : « La science enfle, tandis que la charité édifie. » Car il n'y a pas de plus grand orgueil que de se croire meilleur et plus parfait que Celui qui nous a faits, nous a modelés (b), nous a donné le souffle de vie (c), nous a procuré l'être même. Mieux vaut donc, comme nous l'avons déjà dit, ne rien savoir du tout, pas même la cause, le pourquoi, d'une seule des choses qui ont été faites, et croire en Dieu et demeurer dans son amour (d), que de s'enfler d'orgueil à cause d'une prétendue science et de déchoir de cet amour qui vivifie l'homme. Mieux vaut ne rien chercher à savoir, sinon Jésus-Christ, le Fils de Dieu, crucifié pour nous (e), que de se jeter dans la subtilité des recherches et de tomber par là dans la négation de Dieu.

 

a) I Corinthiens, 8 : 1 ;

b) Cf. Psaumes, 118 : 73 ; Job, 10 : 8 ;

c) Cf. Genèse, 2 : 7 ;

d) Cf. S. Jean, 15 : 9-10 ;

e) Cf. I Corinthiens, 2 : 2.

 

Recherches aberrantes

 

26, 2. Que penser, en effet, d'un homme qui, enorgueilli quelque peu par ces tentatives et s'avisant que le Seigneur a dit : « Même les cheveux de votre tête sont tous comptés (a) », voudrait chercher curieusement le nombre des cheveux de chaque tête et la raison pour laquelle l'un en a tel nombre et l'autre tel autre ? Car tous n'en ont pas le même nombre, et il se rencontre des milliers et des milliers de nombres différents, du fait que les uns ont une plus grosse tête et les autres une plus petite, ou du fait que les uns ont des cheveux épais, d'autres, des cheveux clairsemés, d'autres enfin, un très petit nombre de cheveux seulement. Et quand ces gens-là croiront avoir trouvé le nombre des cheveux en question, qu'ils essaient donc d'en tirer un témoignage en faveur du système qu'ils ont inventé ! Ou encore, que penser d'un homme qui, sous prétexte qu'il est dit dans l'Evangile : « Deux passereaux ne se vendent-ils pas un as ? Pourtant, pas un seul d'entre eux ne tombe à terre sans la volonté de votre Père (b) », se mettrait en tête de dénombrer les passereaux pris chaque jour dans le monde entier ou dans chaque pays et de rechercher la raison pour laquelle tel nombre a été pris hier, tel autre avant-hier, tel autre encore aujourd'hui, et mettrait alors le nombre de ces passereaux en connexion avec son système ? Un tel homme ne se duperait-il pas lui-même et ne pousserait-il pas dans une grande folie ceux qui se fieraient à lui ? Car les hommes seront toujours prompts, en un tel domaine, à croire qu'ils ont trouvé mieux que leurs maîtres.

 

a) S. Matthieu, 10 : 30 ;

b) S. Matthieu, 10 : 29.

 

26, 3. Quelqu'un nous demandera peut-être si le nombre total de toutes les choses qui ont été faites et qui sont faites est connu de Dieu et si c'est conformément à sa providence que chacune d'entre elles a reçu la quantité qui lui est propre. Nous accorderons à cet homme que rien absolument de ce qui s'est fait et se fait n'échappe à la science de Dieu : c'est par la providence de celui-ci que chaque chose a reçu et reçoit forme, ordonnance, nombre et quantité propres ; absolument rien n'a été fait ou n'est fait sans raison et au hasard, mais au contraire tout a été fait avec une profonde harmonie et un art sublime, et il existe un Logos admirable et vraiment divin qui est capable de discerner toutes ces choses et de faire connaître leurs raisons d'être. Supposons que l'homme dont nous parlons, fort de ce témoignage et de cet accord reçu de nous, entreprenne alors de compter les grains de sable et les cailloux de la terre, ainsi que les flots de la mer et les étoiles du ciel, et de découvrir les raisons d'être des nombres qu'il croira avoir trouvés : cet homme ne sera-t-il pas à juste titre considéré comme perdant son temps et comme extravagant et fou par tous ceux qui ont encore leur bon sens ? Et plus il s'absorbera, en dehors des autres hommes, dans des recherches de cette sorte et s'imaginera dépasser les autres par ses découvertes, traitant tous les autres d'incapables, d'ignorants et de psychiques parce qu'ils refusent d'entreprendre un aussi vain labeur, plus en réalité il sera insensé et stupide, pareil à quelqu'un que la foudre aurait frappé : car plutôt que de s'en remettre à Dieu pour quoi que ce soit, il change Dieu lui-même par la science qu'il croit avoir découverte et il lance sa pensée par-dessus la grandeur du Créateur.

 

Recherches légitimes

 

27, 1.  En revanche, une intelligence saine, circonspecte, pieuse et éprise de vérité se tournera vers les choses que Dieu a mises à la portée des hommes et dont il a fait le domaine de notre connaissance.  C'est à ces choses qu'elle s'appliquera de toute son ardeur, c'est en elles qu'elle progressera, s'instruisant sur elles avec facilité moyennant l'exercice quotidien. Ces choses, ce sont, pour une part, celles qui tombent sous notre regard et, pour une autre part, tout ce qui est contenu clairement et sans ambiguïté, en propres termes, dans les Écritures. Voilà pourquoi les paraboles doivent être comprises à la lumière des choses non ambiguës : de la sorte, celui qui les interprète les interprétera sans péril, les paraboles recevront de tous une interprétation semblable, et le corps de la vérité demeurera complet, harmonieusement structuré et exempt de dislocation. Par contre, rattacher des choses non clairement exprimées et ne tombant pas sous notre regard à des interprétations de paraboles que chacun imagine de la manière qu'il veut, c'est déraisonnable : de la sorte, en effet, il n'y aura de  règle de vérité  chez personne, mais, autant il y aura d'hommes à interpréter les paraboles, autant on verra surgir de vérités antagonistes et de théories contradictoires, comme c'est le cas pour les questions débattues par les philosophes païens.

 

27, 2. Dans une telle perspective, l'homme cherchera toujours et ne trouvera jamais, parce qu'il aura rejeté la méthode même qui lui eût permis de trouver. Et alors que l'Époux est là,  l'homme dont la lampe n'est point préparée et ne brille point de la splendeur de la claire lumière court vers ceux qui trafiquent dans les ténèbres des interprétations de paraboles  ; il délaisse ainsi Celui qui, par sa claire prédication, donne gratuitement d'avoir accès auprès de lui et il s'exclut de la chambre nuptiale (a).

 

Ainsi donc toutes les Écritures, tant prophétiques qu'évangéliques, — que tous peuvent pareillement entendre, lors même que tous ne croient pas pour autant, — proclament clairement et sans ambiguïté qu'un seul et unique Dieu, à l'exclusion de tout autre, a fait toutes choses par son Verbe, les visibles et les invisibles, les célestes et les terrestres, celles qui vivent dans les eaux et celles qui rampent sous la terre, comme nous l'avons prouvé par les paroles mêmes des Écritures  ; de son côté, le monde même où nous sommes, par tout ce qu'il offre à nos regards, atteste lui aussi qu'unique est Celui qui l'a fait et le gouverne. Dès lors, combien stupides apparaîtront ces gens qui, en présence d'une manifestation aussi claire, sont aveugles des yeux et ne veulent pas voir la lumière de la prédication ; qui s'enchaînent eux-mêmes et qui, par de ténébreuses explications de paraboles, s'imaginent avoir trouvé chacun son propre Dieu. Car, en ce qui concerne le Père imaginé par les hérétiques, aucune Écriture ne dit quoi que ce soit de façon claire, en propres termes et sans contestation possible : eux-mêmes en témoignent en disant que c'est en secret que le Sauveur aurait livré ces enseignements, et cela non pas à tous, mais à quelques disciples capables de saisir (b) et comprenant ce qu'il indiquait au moyen d'énigmes et de paraboles. Ils en viennent ainsi à dire qu'autre est celui qui est prêché comme Dieu, et autre celui qui est indiqué par les paraboles et les énigmes, à savoir le Père.

 

a) Cf. S. Matthieu, 25 : 1-12 ; 

b) Cf. S. Matthieu, 19 : 12.

 

27, 3. Mais, puisque les paraboles sont susceptibles d'explications multiples, fonder sur elles sa recherche de Dieu en délaissant ce qui est certain, indubitable et vrai, quel homme épris de vérité ne conviendra que c'est se précipiter en plein danger et agir à l'encontre de la raison ? N'est-ce pas là bâtir sa maison, non sur le roc ferme, solide et découvert, mais sur l'incertitude d'un sable mouvant ? Aussi un tel édifice sera-t-il facilement renversé (a).

 

a) Cf. S. Matthieu, 7 : 24-27.

 

Réserver à Dieu la connaissance des choses qui nous dépassent

 

28, 1. Ainsi donc, puisque nous possédons la règle même de la vérité et un témoignage tout à fait clair sur Dieu, nous ne devons pas, en cherchant dans toutes sortes d'autres directions des réponses aux questions, rejeter la solide et vraie connaissance de Dieu ; nous devons bien plutôt, en orientant la solution des questions dans le sens qui a été précisé, nous exercer dans une réflexion sur le mystère et sur l'« économie » du seul Dieu existant, grandir dans l'amour de Celui qui a fait et ne cesse de faire pour nous de si grandes choses et ne jamais nous écarter de cette conviction qui nous fait proclamer de la façon la plus catégorique que Celui-là seul est véritablement Dieu et Père qui a fait ce monde, modelé l'homme, donné la croissance à sa créature et appelé celle-ci de ses biens moindres aux biens plus grands qui sont auprès de lui. Ainsi l'enfant, après avoir été conçu dans le sein maternel, est-il amené par lui à la lumière du soleil, et le froment, après avoir grandi sur sa tige, est-il déposé par lui dans le grenier ; mais c'est un seul et même Créateur qui a modelé (a) le sein maternel et créé le soleil, et c'est aussi un seul et même Seigneur qui a produit la tige, fait croître et se multiplier (b) le froment et préparé le grenier.

 

a) Cf. S. Matthieu, 3 : 12 ;

b) Cf. Genèse, 1 : 28.

 

28, 2. Que si nous ne pouvons trouver la solution de toutes les questions soulevées par les Écritures, n'allons pas pour cela chercher un autre Dieu en dehors de Celui qui est le vrai Dieu : ce serait le comble de l'impiété. Nous devons abandonner de telles questions au Dieu qui nous a faits, sachant très bien que les Écritures sont parfaites, données qu'elles ont été par le Verbe de Dieu et par son Esprit, mais que nous, dans toute la mesure où nous sommes inférieurs au Verbe de Dieu et à son Esprit, dans cette même mesure nous avons besoin de recevoir la connaissance des mystères de Dieu. Rien d'étonnant, d'ailleurs, que nous ressentions cette ignorance en face des réalités spirituelles et célestes et de toutes celles qui ont besoin de nous être révélées, puisque, même parmi les choses qui sont à notre portée, — je veux parler de celles qui appartiennent à ce monde créé, qui sont maniées et vues par nous et qui nous sont présentes, — beaucoup échappent à notre science, et nous nous en remettons à Dieu pour ces choses mêmes : car il faut qu'il l'emporte en excellence sur tout être. Qu'en est-il, par exemple, si nous essayons d'exposer la cause de la crue du Nil ? Nous disons un bon nombre de choses plus ou moins plausibles, mais la vérité sûre et certaine est l'affaire de Dieu. Même la résidence des oiseaux qui viennent chez nous au printemps et repartent à l'automne échappe à notre connaissance, alors qu'il s'agit d'un fait se passant dans notre monde. Et quelle explication pouvons-nous donner du flux et du reflux de la mer, puisqu'il est évident que ces phénomènes ont une cause bien déterminée? Ou encore, que pouvons-nous dire des mondes situés au delà de l'Océan ? Ou que savons-nous sur l'origine de la pluie, des éclairs, du tonnerre, des nuages, du brouillard, des vents et des choses de ce genre ? ou sur les réserves de neige, de grêle (a) et de ce qui leur est apparenté ? ou sur la formation des nuages et la constitution du brouillard ? Et quelle est la cause pour laquelle la lune croît et décroît ? Ou encore, quelle est la cause de la différence des eaux, des métaux, des pierres et autres choses semblables ? En tout cela nous pourrons bien être loquaces, nous qui cherchons les causes des choses ; mais  seul  Celui  qui les  a faites,   c'est-à-dire Dieu,   sera véridique.

 

a) Cf. Job, 38 : 22.

 

28, 3. Si donc, même dans ce monde créé, il est des choses qui sont réservées à Dieu et d'autres qui rentrent aussi dans le domaine de notre science, est-il surprenant que, parmi les questions soulevées par les Écritures,  — ces Écritures  qui sont tout entières spirituelles, — il y en ait que nous résolvions avec la grâce de Dieu, mais qu'il y en ait aussi que nous abandonnions à Dieu, et cela, non seulement dans le monde présent, mais même dans le monde futur, afin que toujours Dieu enseigne et que toujours l'homme soit le disciple de Dieu ? Car, selon le mot de l'Apôtre, quand sera aboli tout ce qui n'est que partiel, ces trois choses demeureront, à savoir la foi, l'espérance et la charité (a). Toujours, en effet, la foi en notre Maître demeurera stable, nous assurant qu'il est le seul vrai Dieu, en sorte que nous l'aimions toujours, parce qu'il est le seul Père, et que nous espérions recevoir et apprendre de lui toujours davantage, parce qu'il est bon, que ses richesses sont sans limites, son royaume, sans fin, et sa science, sans mesure. Si donc, de la manière que nous venons de dire, nous savons abandonner à Dieu certaines questions, nous garderons notre foi et nous demeurerons à l'abri du péril ; toute l'Écriture, qui nous a été donnée par Dieu, nous paraîtra concordante ; les paraboles s'accorderont avec les passages clairs et les passages clairs fourniront l'explication des paraboles ; à travers la polyphonie des textes, une seule mélodie harmonieuse résonnera en nous, chantant le Dieu qui a fait toutes choses. Si, par exemple, on nous demande : Avant que Dieu ne fît le monde, que faisait-il ? nous dirons que la réponse à cette question est au pouvoir de Dieu. Que ce monde ait été fait par Dieu par mode de production et qu'il ait commencé dans le temps, toutes les Écritures nous l'enseignent ; mais quant à savoir ce que Dieu aurait fait auparavant, nulle Écriture ne nous l'indique. Donc la réponse à la question posée appartient à Dieu, et il ne faut pas vouloir imaginer des émanations folles, stupides et blasphématoires, et, dans l'illusion d'avoir découvert l'origine de la matière, rejeter le Dieu qui a fait toutes choses.

 

 

Refus des hérétiques de rien réserver à Dieu

 

28, 4. Songez en effet, vous qui inventez de telles fables, que Celui que vous appelez le Démiurge est seul à être appelé et à être vraiment le Dieu Père ; que les Écritures  ne connaissent que ce seul Dieu ; que le Seigneur le proclame seul son Père (a) et n'en connaît point d'autre, ainsi que nous le montrerons par ses propres paroles. Quand alors, de ce Dieu, vous faites un « fruit de déchéance » et un « produit d'ignorance » ; quand vous le faites ignorer ce qui est au-dessus de lui et que vous dites de lui d'autres choses du même genre, considérez l'énormité du blasphème proféré par vous contre Celui qui est le vrai Dieu. Vous paraissez d'abord dire avec gravité que vous croyez en Dieu; après quoi, alors que vous êtes bien incapables de nous montrer un autre Dieu, vous proclamez « fruit de déchéance » et « produit d'ignorance » Celui-là même en qui vous dites que vous croyez. Cet aveuglement et cette folie viennent de ce que vous refusez de réserver quoi que ce soit à Dieu. Vous prétendez exposer la genèse et la production de Dieu lui-même et de sa Pensée et du Logos et de la Vie et du Christ, et tout cela, vous ne le tirez pas d'une autre source que de la psychologie humaine. Vous ne comprenez pas que, dans le cas de l'homme, qui est un être vivant composé de parties, il est légitime de distinguer l'intellect et la pensée, ainsi que nous l'avons fait plus haut : de l'intellect procède la pensée, de la pensée, la réflexion, et de la réflexion, la parole, — car autre est, selon les Grecs, la faculté directrice qui élabore la pensée et autre l'organe par le moyen duquel est émise la parole, et tantôt l'homme demeure immobile et silencieux, et tantôt il parle et agit ; — mais Dieu, lui, est tout entier Intellect, tout entier Logos, tout entier Esprit agissant, tout entier Lumière, toujours identique et semblable à lui-même, comme il nous convient de le penser de Dieu et comme nous l'apprenons par les Écritures , et, dès lors, des processus et des distinctions de cette sorte ne sauraient exister en lui. En effet, parce qu'elle est charnelle, la langue est incapable de seconder la rapidité de l'intellect humain, qui est spirituel, et de là vient que notre parole étouffe pour ainsi dire au dedans et qu'elle est produite au dehors non d'une seule fois, telle qu'elle a été conçue par l'intellect, mais par parties, selon que la langue est capable de faire son service ;

 

a) Cf. S. Matthieu, 11 : 25 ; S. Luc, 10 : 21.

 

28, 5. par contre, Dieu étant tout entier Intellect et tout entier Logos, ce qu'il conçoit, il le dit, et ce qu'il dit, il le conçoit, car son Intellect est sa Parole et sa Parole est son Intellect, et l'Intellect qui renferme tout n'est autre que le Père lui-même. Si donc on pose un Intellect en Dieu et si l'on affirme que cet Intellect a été émis, on introduit une composition en Dieu, puisqu'en ce cas Dieu est une chose et l'Intellect directeur en est une autre. De même, en donnant au Logos le troisième rang d'émission à partir du Père — ce qui expliquerait que le Logos ignore la grandeur du Père —, on établit une profonde séparation entre le Logos et Dieu. Le prophète disait du Verbe : « Sa génération, qui la racontera (a) ? » Mais vous, vous scrutez la génération du Verbe par le Père. La prolation d'un verbe humain par le moyen de la langue, vous l'appliquez telle quelle au Verbe de Dieu. Vous êtes ainsi justement convaincus par vous-mêmes de ne connaître ni les choses humaines ni les choses divines.

 

a) Isaïe, 53 : 8.

 

28, 6. Stupidement enflés d'orgueil, vous prétendez audacieusement connaître les inexprimables mystères de Dieu, alors que le Seigneur, le Fils de Dieu en personne, avoue que le jour et l'heure du jugement [qu’il ne faut surtout pas confondre avec les temps du royaume ou de la résurrection des justes. — Cf. S. Irénée, Livre V, 33, 3 ; 35, 2 ; 36, 2] ne sont connus que du Père seul. Il dit en effet sans ambages : « Pour ce qui est de ce jour et de cette heure, nul ne les connaît, par même le Fils, mais le Père seul (a). » Si donc le Fils n'a pas rougi de réserver au Père la connaissance de ce jour et s'il a dit la vérité, ne rougissons pas non plus de réserver à Dieu les questions qui nous dépassent, car nul n'est au-dessus du Maître (b). C'est pourquoi, si quelqu'un nous demande : Comment donc le Fils a-t-il été émis par le Père ? nous lui répondrons que cette émission, ou génération, ou énonciation, ou manifestation, ou quelque autre nom dont on veuille appeler cette génération ineffable (c), personne ne la connaît, ni Valentin, ni Marcion, ni Saturnin, ni Basilide, ni les Anges, ni les Archanges, ni les Principautés, ni les Puissances, mais seulement le Père qui a engendré et le Fils qui est né. Si donc sa génération est ineffable, tous ceux, quels qu'ils soient, qui essaient d'expliquer les générations et les émissions sont hors de sens, puisqu'ils promettent de dire ce qui est indicible. Que de la pensée et de l'intellect procède le verbe, tout le monde le sait assurément. Ils n'ont donc rien trouvé de bien grand, ceux qui ont inventé les émissions, ni découvert un bien secret mystère, en transposant dans le Verbe, Fils unique de Dieu, ce qui est compris par tout le monde : celui qu'ils disent ineffable et innommable, ils le nomment et le décrivent, et, comme s'ils avaient fait eux-mêmes l'accouchement, ils racontent son émission et sa génération premières, en assimilant le Verbe de Dieu au verbe que profèrent les hommes.

 

a) S. Matthieu, 24 : 36 ;

b) Cf. S. Matthieu, 10 : 24 ;

c) Cf. Isaïe, 53 : 8.

 

28, 7. En parlant de même à propos de l'origine de la matière, c'est-à-dire en disant que c'est Dieu qui l'a produite, nous ne nous tromperons pas non plus, car nous savons par les Écritures que Dieu détient la primauté sur toutes choses. Mais d'où l'a-t-il émise, et comment ? Cela, aucune Écriture ne l'explique, et nous n'avons pas le droit de nous lancer, à partir de nos propres opinions, dans une infinité de conjectures sur Dieu : une telle connaissance doit être réservée à Dieu.

 

De même encore, pourquoi, alors que tout a été fait par Dieu, certains êtres ont-ils transgressé et se sont-ils détournés de la soumission à Dieu, tandis que d'autres, ou, pour mieux dire, le plus grand nombre, ont persévéré et persévèrent dans la soumission à leur Créateur ? De quelle nature sont ceux qui ont transgressé, et de quelle nature sont ceux qui persévèrent ? Autant de questions qu'il faut réserver à Dieu et à son Verbe. C'est à ce dernier seul que Dieu a dit : « Siège à ma droite, jusqu'à ce que je fasse de tes ennemis un escabeau pour tes pieds (a) » ; quant à nous, nous sommes encore sur terre, nous ne sommes point encore assis sur le trône de Dieu (b). En effet, si l'« Esprit » du Sauveur, qui est en lui, « scrute tout, même les profondeurs de Dieu (c) », pour ce qui nous concerne, « il y a division des grâces, division des ministères et division des opérations (d) » et, sur terre, comme le dit encore Paul, « nous ne connaissons que partiellement et nous ne prophétisons que partiellement (e) ». De même donc que nous ne connaissons que partiellement, ainsi devons-nous, sur toutes les questions, nous en remettre à Celui qui ne nous donne encore que partiellement sa grâce.

 

Qu'un feu éternel ait été préparé pour les transgresseurs, le Seigneur l'a dit clairement et toutes les Écritures  le démontrent ; que Dieu ait su d'avance que cette transgression se produirait, les Écritures  le prouvent de même, car, ce feu éternel, c'est dès le commencement que Dieu l'a préparé pour ceux qui transgresseraient (f) mais pour quelle cause précise certains êtres ont-ils transgressé, ni une Écriture quelconque ne l'a rapporté, ni l'Apôtre ne l'a dit, ni le Seigneur ne l'a enseigné. Aussi faut-il laisser à Dieu cette connaissance, comme le Seigneur l'a fait pour le jour et l'heure du jugement (g), et ne pas tomber dans cet extrême péril de ne rien réserver à Dieu, et cela, alors que l'on n'a encore que partiellement reçu sa grâce. En cherchant au contraire ce qui est au-dessus de nous et nous est présentement inaccessible, on en vient à un tel degré d'audace que l'on dissèque Dieu ; comme si l'on avait déjà découvert ce qui n'a jamais encore été découvert, en s'appuyant sur la mensongère théorie des émissions, on affirme que le Dieu Créateur de toutes choses est issu d'une déchéance et d'une ignorance et l'on forge ainsi un système impie contre Dieu ;

 

a) Psaumes, 109 : 1 ;

b) Cf. Apocalypse, 3 : 21 ; 

c) I Corinthiens, 2 : 10 ;

d) I Corinthiens, 12 : 4-6 ;

e) I Corinthiens, 13 : 9 ;

f) Cf. S. Matthieu, 25 : 25 : 41 ;

g) Cf. S. Matthieu, 24 : 36.

 

28, 8. après quoi, tout en n'ayant aucun témoignage appuyant cette fiction que l'on vient d'inventer, on recourt tantôt aux premiers nombres venus, tantôt à des syllabes, tantôt à des noms, tantôt encore aux lettres contenues dans d'autres lettres, tantôt à des paraboles incorrectement expliquées, ou encore à des suppositions gratuites, pour tenter de donner consistance à la fable que l'on a échafaudée.

 

Si quelqu'un cherche, en effet, à savoir pour quel motif le Père, qui a tout en commun avec le Fils, a été présenté par le Seigneur comme étant seul à connaître le jour et l'heure du jugement (a), il n'en trouvera pas présentement de plus adapté, de plus convenable et de plus sûr que celui-ci : étant le seul Maître véridique, le Seigneur voulait que nous sachions, par lui, que le Père est au-dessus de tout. Car « le Père », dit-il, « est plus grand que moi (b) ». Si donc le Père a été présenté par le Seigneur comme supérieur sous le rapport de la science, c'est afin que nous aussi, tant que nous sommes dans la « figure de ce monde (c) », nous réservions à Dieu la science parfaite et la solution de semblables questions, et de peur que, cherchant à sonder la profondeur (d) du Père, nous ne tombions dans l'extrême péril de nous demander si, au-dessus de Dieu, il n'y aurait point un autre Dieu.

 

a) Cf. S. Matthieu, 24 : 36 ;

b) S. Jean, 14 : 28 ;

c) Cf. I Corinthiens, 7 : 31 ;

d) Cf. Romains, 11 : 33.

 

28, 9. Mais si quelque chicaneur conteste ce que nous venons de dire et notamment la parole de l'Apôtre : « Nous ne connaissons que partiellement et nous ne prophétisons que partiellement (a) » ; s'il estime que sa connaissance à lui n'est point partielle, mais qu'il possède l'universelle connaissance de tout ce qui existe ; s'il se croit un Valentin, un Ptolémée, un Basilide ou quelqu'un de ceux qui prétendent avoir scruté les profondeurs de Dieu (b) : qu'il ne se vante pas, dans la vaine jactance dont il fait parade, de connaître mieux que les autres des réalités invisibles et indémontrables, mais qu'il s'occupe plutôt de choses relevant de notre monde et ignorées de nous, telles que le nombre des cheveux de sa tête, le nombre des passereaux pris chaque jour et tout ce qui nous demeure imprévisible; qu'il fasse de diligentes recherches, qu'il se mette à l'école de son prétendu Père, et qu'il nous apprenne ensuite tout cela, afin que nous puissions le croire aussi quand il nous révélera de plus grands secrets. Mais si ces « parfaits » ne connaissent pas encore ce qui est en leurs mains, devant leurs pieds, sous leurs yeux, en ce monde terrestre, et, d'abord, la façon dont sont disposés les cheveux de leur tête, comment les croirons-nous lorsqu'ils nous parlent à grand renfort d'arguments spécieux des réalités pneumatiques et supracélestes et de ce qui est au-dessus de Dieu ? Mais nous en avons dit assez sur les nombres, les noms, les syllabes, les questions relatives aux réalités qui sont au-dessus de nous et la façon incorrecte dont ils expliquent les paraboles ; tu pourras, certes, dire là-dessus bien davantage encore.

 

a) I Corinthiens, 13 : 9 ;

b) Cf. I Corinthiens, 2 : 10.

 

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U N E   M ÉD I T A T I O N   S U R   N O S   F I N S   D E R N I È R E S

 

Le Fils unique nous révèle la protection que son Père réserve à celui qui s’abrite sous cette divine Protection en se confiant en lui et en faisant de lui son refuge et sa forteresse (cf. le verset 14 du psaume ci-dessous et S. Matthieu, XI, 27 et S. Luc, X, 22 ; et, sur la foi : S. Marc, XI, 20-25 ; S. Matthieu, VIII, 113 ; IX, 29).

 

Psaume 91 (Psaume 90 dans la Vulgate)

 

1 Celui qui s'abrite sous la protection du Très-Haut repose à l'ombre du Tout-Puissant. 2 Il dit au Seigneur : « Vous êtes mon refuge et ma forteresse, mon Dieu en qui je me confie. » 3 Car c'est le Seigneur qui le délivre du filet de l'oiseleur et de la peste funeste. 4 Il le couvrira de ses ailes, et sous ses plumes il trouvera un refuge. Sa vérité l’environnera comme un bouclier ; il ne craindra rien de tout ce qui effraye durant la nuit. 5 Il n’aura à craindre ni les terreurs de la nuit ; 6 ni la flèche qui vole pendant le jour, ni les maux que l’on prépare dans les ténèbres, ni les attaques du démon de midi. 7 Que mille tombent à son côté, et dix mille à sa droite, il ne sera pas atteint. 8 De ses yeux seulement il regardera, et il verra la rétribution des méchants. 9 Car il a dit : « Vous êtes mon refuge, Seigneur ! » Il a fait du Très-Haut son asile. 10 Le malheur ne viendra pas jusqu'à lui, aucun fléau n'approchera de sa tente. 11 Car il ordonnera à ses anges de le garder dans toutes ses voies. 12 Ils le porteront sur leurs mains, de peur que son pied ne heurte contre la pierre. 13 Il marchera sur l’aspic et le basilic : et il foulera aux pieds le lion et le dragon (a). 14 « Puisqu'il s'est confié en moi [le Père], je le délivrerai ; je le protégerai puisqu'il connaît mon nom [le Fils] (b). 15 Il m’invoquera et je l’exaucerai ; je serai avec lui dans la détresse. Je le délivrerai et le glorifierai. 16 Je le rassasierai de longs jours, et je lui ferai voir mon salut (c). »

 

a) Verset 13 : S. Irénée de Lyon, « Contre les hérésies », III, 23, 7 : « Tu marcheras sur l’aspic et le basilic, tu fouleras aux pieds le lion et le dragon (1) ». Ce texte signifiait que le péché, qui se dressait et se déployait contre l’homme, qui éteignait en lui la vie, serait détruit, et avec lui l’empire de la mort, que serait foulé aux pieds par la postérité de la femme, dans les derniers temps, le lion qui doit assaillir le genre humain, c’est-à-dire l’Antéchrist, et enfin que « le dragon, l’antique serpent », serait enchaîné et soumis au pouvoir de l’homme jadis vaincu, pour que celui-ci foule aux pieds toute sa puissance. » - Cf. Apocalypse, XII, 16-17 (« La postérité de la femme ») ; Genèse, III, 15 ; Apocalypse, XX, 2 : « (Un ange) maîtrisa le Dragon, l’antique Serpent, c’est-à-dire le Diable, Satan (le règne des mille années) ;

 

b) Verset 14 : Cf. S. Matthieu, XI, 27 ; S. Luc (« Nul n’a connu le Fils si ce n’est le Fils, ni le Fils si ce n’est le Père, et celui à qui le Fils les révélera » ; S. Jean, XIV, 13-14 (« … et quoi que vous demandiez en mon nom, je le ferai ») ; XVI, 23-24 ; S. Matthieu, XI, 28-30 (« Venez à moi , vous tous qui êtes fatigués et ployez sous le fardeau, et je vous soulagerai. »)

 

c) Verset 16 : Cf. Apocalypse, XX, 4 (« … mais les autres morts n’eurent point la vie, jusqu’à ce que les mille ans fussent écoulés. »)

 

 

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S. Matthieu, IV, 6 :

 

Jésus lui répondit (au diable ou à Satan) : « L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu ». Alors le diable le transporta dans la ville sainte, et l’ayant posé sur le pinacle du temple, il lui dit : « Si vous êtes le Fils de Dieu, jetez-vous en bas ; car il es écrit : Il a donné pour vous des ordres à ses anges, et ils vous porteront sur leurs mains, de peur que votre pied ne heurte contre la pierre ». Jésus lui dit : « Il est écrit aussi : Tu ne tenteras point le Seigneur, ton Dieu ». — Cf. S. Irénée, « Contre les hérésies », Livre V, Le Christ triomphant du démon à l’aide des commandements de Dieu, 21, 2.

 

S. Luc, X, 22 :

 

« Toutes choses m’ont été données par mon Père ; et personne ne sait  ce qu’est le Fils, si ce n’est le Père, et ce qu’est le Père, si ce n’est le Fils, et celui à qui le Fils veut bien le révéler. » — (Cf. S. Irénée, « Contre les hérésies », Livre IV, Objection : Nul n’a connu le Père avant la venue du Christ, 6, 1.)

 

Puis Jésus leur dit (aux Onze et à leurs compagnons : verset 33) : « C’est là ce que je vous disais, étant encore avec vous, qu’il fallait que tout ce qui est écrit de moi dans la loi de Moïse, dans les Prophètes et dans les Psaumes, s’accomplît ». Alors il leur ouvrit l’esprit, pour comprendre les Écritures ». (Cf. S. Irénée, « Contre les hérésies », Livre III, Témoignage de Marc et de Luc, 16, 5.) — (Cf. S. Irénée, « Contre les hérésies », Livre IV, Objection : Nul n’a connu le Père avant la venue du Christ, 6, 1.)

 

S. Matthieu, XI, 27 :

 

« Toutes choses m’ont été données par mon Père ; personne ne connaît le Fils, si ce n’est le Père, et personne ne connaît le Père, si ce n’est le Fils, et celui à qui le Fils a voulu le révéler. »

 

S. Matthieu, VI, 9, 10 (cf. également S. Luc, XI, 2) :

 

« Vous donc, priez ainsi : Notre Père qui êtes aux cieux, que votre nom soit sanctifié. Que votre règne arrive ; que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel. » — (S. Irénée,« Contre les hérésies », Livre II, Prétendue mortalité des âmes, 34, 4 : « Car ce qui doit commander et dominer en tout, c’est la volonté de Dieu ; tout le reste doit céder devant elle, se subordonner à elle, se mettre à son service. ») 

 

Deutéronome, VIII, 3 :

 

Il (Dieu) t’a humilié, il t’a fait avoir faim, et il t’a nourri de la manne, que tu ne connaissais pas et que n’avaient pas connue tes pères, afin de t’apprendre que l’homme ne vit pas de pain seulement, mais que l’homme vit de tout ce qui sort de la bouche de Dieu. »

 

Deutéronome, VI, 16 :

 

« Vous ne tenterez point le Seigneur, votre Dieu, comme vous l’avez tenté à Massah. »

 

Genèse, III, 15 :

 

« Je (le Seigneur Dieu) mettrai une inimitié entre toi et la femme, entre ta postérité et sa postérité : elle te brisera la tête, et toi, tu lui tendras des embûches au talon. »

 

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Le Fils unique, qui est Dieu, révèle son Père (cf. Psaumes, XC, 14-16. Apocalypse, I, 1 : " Révélation de J.-C. que Dieu lui a donnée ... :  Apocalypsi Jesu-Christi, quam dedit illi Deus ..." ).

 

 

Nous soulignerons la densité exceptionnelle et la fécondité mystique de ce Psaume qui, du Deutéronome à l’Apocalypse, en passant par les Apôtres S. Matthieu et S. Luc, nous rappelle nos devoirs de fidèles du Christ des derniers temps et les promesses du Père qui nous sont faites si nous nous nourrissons des Saintes Écritures et si nous nous confions en Dieu en écoutant son Fils unique (a) qui nous Le fait connaître (b) par son Esprit Saint (c).

 

a) Cf. S. Matthieu, XVII, 5 ;

b) Cf. S. Matthieu, XI, 27 ;

c) Cf. S. Jean, XIV, 26.

 

Voici une analyse qui nous permet de constater l’incompréhension fatale des travaux de M. Dalencourt développés sur son site « Le Grand Réveil » au sujet du VIIe millénaire, ― incompréhension qu’il convient de révéler afin « que chacun dise la vérité à son prochain » (Éphésiens, IV, 25) pour la gloire de Dieu et le salut des âmes.

 

Les égarements séculaires au sujet du règne millénaire

et la résurrection des justes prophétisée

par le chapitre XX de l’Apocalypse

 

 

S. Irénée, « Contre les hérésies », Conclusion (36, 3)

 

2. LA RÉSURRECTION DES JUSTES

 

 

Conclusion

 

36, 3. Ainsi donc, de façon précise, Jean a vu par avance la première résurrection (1), qui est celle des justes, et l'héritage de la terre qui doit se réaliser dans le royaume ; de leur côté, en plein accord avec Jean, les prophètes avaient déjà prophétisé sur cette résurrection. C'est exactement cela que le Seigneur a enseigné lui aussi, quand il a promis de boire le mélange nouveau de la coupe avec ses disciples dans le royaume (2), et encore lorsqu'il a dit : « Des jours viennent où les morts qui sont dans les tombeaux entendront la voix du Fils de l'homme, et ils ressusciteront, ceux qui auront fait le bien pour une résurrection de vie, et ceux qui auront fait le mal pour une résurrection de jugement (3) » : il dit par là que ceux qui auront fait le bien ressusciteront les premiers pour aller vers le repos, et qu'ensuite ressusciteront ceux qui doivent être jugés. C'est ce qu'on trouve déjà dans le livre de la Genèse, d'après lequel la consommation de ce siècle aura lieu le sixième jour (4), c'est-à-dire la six millième année; puis ce sera le septième jour, jour du repos, au sujet duquel David dit : « C'est là mon repos, les justes y entreront (5) » : ce septième jour est le septième millénaire (6), celui du royaume des justes, dans lequel ils s'exerceront à l'incorruptibilité, après qu'aura été renouvelée la création pour ceux qui auront été gardés dans ce but. C'est ce que confesse l'apôtre Paul, lorsqu'il dit que la création sera libérée de l'esclavage de la corruption pour avoir part à la liberté glorieuse des enfants de Dieu (7).

 

 Et en tout cela et à travers tout cela apparaît un seul et même Dieu Père : c'est lui qui a modelé l'homme et promis aux pères l'héritage de la terre (8) ; c'est lui qui le donnera lors de la résurrection des justes (9) et réalisera ses promesses dans le royaume de son Fils ; c'est lui enfin qui accordera, selon sa paternité, ces biens que l'œil n'a pas vus, que l'oreille n'a pas entendus et qui ne sont pas montés au cœur de l'homme (10). Il n'y a en effet qu'un seul Fils, qui a accompli la volonté du Père, et qu'un seul genre humain, en lequel s'accomplissent les mystères de Dieu. Ces mystères, « les anges aspirent à les contempler » (11), mais ils ne peuvent scruter la Sagesse de Dieu [l’Esprit Saint], par l'action de laquelle l'ouvrage [l’homme] par lui [le Père] modelé est rendu conforme et concorporel au Fils (12) : car Dieu a voulu que sa Progéniture, le Verbe premier-né, descende vers la créature, c'est-à-dire vers l'ouvrage modelé, et soit saisie par elle [sa Progéniture ou son Verbe premier-né], et que la créature [l’homme] à son tour saisisse le Verbe et monte vers lui, dépassant ainsi les anges (13) et devenant à l'image et à la ressemblance de Dieu (14).

 

1) Cf. Apocalypse, 20 : 5-6 ;

2) Cf. S. Matthieu, 26 : 29 ;

3) S. Jean, 5 : 25, 28-9 ;

4) Cf. Genèse, 1 : 31 ; 2 : 1-2 ;

5) Psaumes (Vulgate), 131 : 15-16 ; 117 : 20 ;

6) Cf. Apocalypse, 20 : 4-6 ;

7) Cf. Romains, 8 : 19-21 ;

8) Cf. Genèse, 13 : 14-15, 17 ; Actes, 7 : 5 ; Genèse, 23 : 4 ; Galates, 4 : 28 ; 3 : 16, 6-9 ; S. Matthieu, 5 : 4 ; S. Luc, 1 : 55 ; 3 : 8 ; S. Matthieu, 3 : 9 ;  

9) Cf. S. Luc, 14 : 14 ; S. Matthieu, 13 : 43 ;

10) Cf.  I Corinthiens, 2 : 9 ; 6 : 3 ; S. Matthieu, 22 : 30 ;

11) Cf. I Pierre, 1 : 12 ;

12) Romains, 8 : 29 ; Éphésiens, 3 : 6 ;

13) Cf. I Corinthiens, 2 : 9 ; 6 : 3 ;

14) Cf. Genèse, 1 : 26. 

 

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