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8 février 2014 6 08 /02 /février /2014 19:16

 Le Présent éternel (1/7)

 

(L'Être pur est dans le présent éternel)

 

Étienne Gilson (de l'Académie française), Le Thomisme, Lib. Phil. J. Vrin, Paris, 1965, pp. 15, 183 :

 

           " Docteur Chrétien, saint Thomas a butiné partout de quoi mener à bien la tâche qu'il s'était assignée. Il a puisé dans Aristote, mais aussi dans Denys [saint Denys l'Aréopagite], dans le Liber de Causis, dans saint Augustin, dans Boèce, dans Avicenne, dans Averroès, tout ce qu'il pouvait utiliser pour l'élaboration de son œuvre. [...]

            " Pour rejoindre la pensée authentique de saint Thomas, il ne faut donc la chercher ni dans Avicenne ni dans Averroès, ni dans un éclectisme qui se proposerait d'ajuster leur différend par quelques compromis. Elle brille, au-delà de l'un et de l'autre, de l'éclat de l'acte d'exister. C'est en transcendant le plan de l'ontologie essentielle qui leur est commun, que saint Thomas annule le conflit d'Averroès et d'Avicenne. En s'élevant jusque-là, il voit d'un seul coup d'œil en quoi l'essence et l'existence se distinguent, en quoi elles s'unissent dans la réalité. Elles se distinguent, car ce n'est pas dans l'essence que gît la racine de l'exister et l'exister lui-même domine l'essence dont il est l'acte. Elles sont étroitement unies pourtant, car si l'essence ne contient pas l'exister, elle y est contenue, si bien que l'existence est en lui ce qu'il y a de plus intime et de plus profond. Avicenne et Averroès se contredisent parce qu'ils se tiennent sur le même plan. Saint Thomas ne contredit ni l'un ni l'autre, il les dépasse, en allant jusqu'à la racine même de l'être, l''actus essendi', l''ipsum esse'. " [On ne peut mieux dire qu'Etienne Gilson : c'est parfait. Ce philosophe sait de quoi il parle.]

 

Aristote, Éthique à Nicomaque, X, 7 :

 

           "Si donc l'intellect est quelque chose de divin par comparaison avec l'homme, la vie selon l'intellect est également divine comparée à la vie humaine. Il ne faut donc pas écouter ceux qui conseillent à l'homme, parce qu'il est homme, de borner sa pensée aux choses humaines, et, mortel, aux choses mortelles, mais l'homme doit, dans la mesure du possible, s'immortaliser, et tout faire pour vivre selon la partie la plus noble qui est en lui ; car même si cette partie est petite par sa masse, par sa puissance et sa valeur elle dépasse de beaucoup tout le reste. On peut même penser que chaque homme s'identifie avec cette partie même, puisqu'elle est la partie fondamentale de son être et la meilleure. [...] Et pour l'homme, par suite, ce sera la vie selon l'intellect, s'il est vrai que l'intellect est au plus haut degré l'homme même. Cette vie-là est donc aussi la plus heureuse."

 

Id., 7 :

 

           "De plus, on admet d'ordinaire que chaque espèce animale a son plaisir propre, tout comme elle a une fonction propre, à savoir le plaisir qui correspond à son activité. Et à considérer chacune des espèces animales, on ne saurait manquer d'en être frappé : cheval, chien et homme ont des plaisirs différents : comme le dit Héraclite, un âne préférera la paille à l'or, car la nourriture est pour des ânes une chose plus agréable que l'or."

 

Sur la définition de la Métaphysique : 

 

Vocabulaire technique et critique de la philosophie, par André Lalande, membre de l'Institut, professeur honoraire à la Sorbonne, président honoraire de la Société Française de Philosophie, Vocabulaire revu par MM. les membres et correspondants de la Société et publié avec leurs corrections et observations par André Lalande, avant-propos de René Poirier, membre de l'Institut, professeur à la Sorbonne, Presses Universitaires de France, Paris, 1968, pages 611, 613-614, 1. Métaphysique :

 

           "A. Sens primitif : ta meta ta fusika : "après la physique", nom donné à l'ouvrage d'Aristote que nous appelons aujourd'hui la Métaphysique, parce qu'il faisait suite dans la collection des œuvres d'Aristote recueillie par Andronicos de Rhodes (Ier siècle av. J.-C.) à la Fusikh akroasis ou Physique. Sous cette forme, l'expression date au plus tard du Ier siècle de l'ère chrétienne ; Metaphysica, en un seul mot, ne se rencontre pas avant le moyen âge, notamment chez Averroès (d'après Eucken, p. 68). [...]

           "Sur les divers sens du mot 'Métaphysique'. Il est extrêmement difficile de ramener à l'unité tous les sens qui ont été donnés, à tort ou à raison, et le plus souvent à tort, au mot métaphysique. Il faut, je crois, partir d'Aristote, pour lequel la prwth filosofia (philosophie première) était la science de l'être simplement en tant que tel, en tant qu'existant, par opposition à l'être en tant qu'ayant qualité, quantité, etc. (i.e. les accidents de la substance) : par conséquent, la science des éléments et des conditions de l'existence en général ; par exemple que tout être est fait de puissance et d'acte, de matière et de forme ; qu'il est déterminé à exister par une cause efficiente et par une cause finale. Mais déjà, dans Aristote, à l'idée des conditions de l'existence en général, s'ajoute celle d'un être, dont l'existence est considérée comme la condition suprême de l'existence de tous les autres, Dieu."

 

           Définition aristotélicienne de la métaphysique. - Métaphysique, du grec meta ta fusika, " après la physique ". La métaphysique est la science (episthmh) qui étudie l'étant ou l'existant en tant qu'étant ou existant, to on h on (l'étant comme étant), " ens inquantum ens ", ou ce-qui-est dans son fait d'exister et ce qui lui appartient par lui-même (et ce qui est fondamentalement et immédiatement dépendant de celui-ci : kai ta toutw uparcouta kai auto), i.e. ses attributs essentiels (a).

  1. Cf. Aristote, Métaphysique, trad. J. Tricot, livre Gamma, 1, 1003 a 21, Librairie Philosophique J. Vrin, 1964. — Cette définition, reprise par S. Thomas d'Aquin, ne nous autorise donc pas à considérer la métaphysique comme une contemplation de l'étant en tant qu'étant ou séparé de la matière.

 

José Lorite Mena, Pourquoi la Métaphysique ? La voie de la Sagesse selon Aristote, Thèse présentée à l'université de Fribourg (Suisse), Éd. Téqui, Paris, 1977, pages 62-64, 78-79 :

 

           " Aristote donne une phrase comme si elle allait de soi, sans aucune explication, et ceci après avoir indiqué, à plusieurs reprises, qu'il était question de la Sagesse, de l'étude des premières causes et des premiers principes. Comment comprendre cette phrase dans ce contexte ? Comment situer l'étude de ce qui est, sous l'aspect du fait d'exister, dans la démarche entreprise par Aristote ? Il y a une science (dans le sens de capacité, de compétence) qui étudie (qui regarde = contemple) ce qui est dans son fait d'exister (d'être) et ce qui lui appartient par lui-même.

           " Il s'agit d'un nouveau point de départ, tout à fait original, d'une nouvelle science [encore à peu près inconnue en l'an 2007 des soi-disant philosophes et des professeurs de philosophie de l'enseignement public de la République française]. Dans la Physique, le point de départ, ce qui constitue la spécificité de cette science [car c'en est une], c'est l'étude de ce qui est en tant qu'il a en soi-même le principe du mouvement et du repos (a). La recherche qui aboutira à posséder la science sous cet aspect de la réalité consistera à préciser ce qu'est ce principe de mouvement naturel et ce qui peut lui être attribué en propre : c'est la science sur la Physis. Mais cette connaissance, si parfaite qu'elle soit, ne donnera jamais un regard, une vision exhaustive de toute la réalité. Aristote, en précisant qu'il est possible de regarder, d'étudier ce qui est dans son fait d'exister, prend par la base ce que toutes les autres recherches sur la réalité présupposent : le fait d'exister (est) de l'objet étudié, ce fait primordial qu'aucune science ne considère. C'est le regard fondamental sur la réalité, l'étude de l'aspect premier qui à force d'être habituel peut devenir inappréciable. La nouvelle science a pour but de mettre en lumière les causes et les attributs propres au fait d'exister. [...]

           " [...] ‘ Cette science ne s'identifie pas aux autres sciences, dites particulières, car aucune des autres ne considère d'une manière universelle ce qui est dans son fait d'être, mais en découpant une partie de lui (de ce qui est), ce sont les accidents de cette partie qu'elles considèrent ' (b). C'est la première précision par rapport à cette nouvelle science : Toutes les sciences ont comme objet un aspect particulier de la réalité, tandis que la Philosophie est l'étude kaqlou peri tou ontos h on (universelle sur l'étant comme étant). Seulement le fait de considérer la réalité h on (comme étant) donne à cette science son caractère vraiment kaqalou (universel). Toutes les autres considèrent la réalité (to on, l'étant), mais sous une dimension parcellaire [et par conséquent limitée] . Ainsi, même si ces sciences étudient les principes et les causes, il sera toujours question des principes et des causes d'un aspect [particulier] sans avoir le caractère (kaqalou, universel).

           " Donc, premier caractère : l'universalité parfaite. Mais Aristote dit aussi que les autres sciences ne considèrent que ce qui est to sumbebhkos (la manifestation fortuite ou accidentelle). Ceci paraît être en contradiction avec maintes affirmations d'Aristote où il est dit explicitement que l'accident n'est pas objet de science (c) [mais n'oublions quand même pas que le Stagyrite est le Père de la Logique]. Il nous semble que ceci peut être compris dans le sens suivant [cela ne peut donc être compris que dans le sens suivant] : pour Aristote toutes les sciences, dites particulières, considèrent un aspect accidentel par rapport au fait d'être, puisque toutes étudient la réalité sous une dimension qui met entre parenthèses le fait d'être (exister) ; seule la Philosophie [la Métaphysique, l'Ontologie] étudie ce qui appartient per se (par soi) à la réalité : le fait d'être. Cependant, il paraît que pour Aristote une condition pour qu'il y ait une science c'est justement la considération des causes, de la perséité (ce qui est par soi), mais dans le domaine de l'aspect envisagé. La nouvelle science est la seule qui soit vraiment universelle (kaqalou), celle qui étudie ce qui appartient ' selon le même ' (en propre, kaq auto) au fait d'être. Toutes les autres sont, par rapport au fait d'être, accidentelles (d).

" La science du to on h on ne se confond pas avec les autres. Est-elle la science du Bien-Fin, ou est-elle le moyen pour y parvenir ? Et puisque nous cherchons les principes et les causes les plus élevées, il est évident qu'ils seront nécessairement les principes d'une certaine nature (qui est) en tant que telle ' (e). " [D'où l'on voit clairement que la Métaphysique mérite le titre de science par excellence.]

  1. Phys. II 1, 192b 13. Cf. aussi Méta. E 1, 1025b 18-22 ; K 7, 1064a 15-16 ;
  2. Méta. G 1, 1003a 22-25 ;
  3. Cf. notamment E 2, 1026b 2 ;
  4. Pour la distinction entre la science de " ce qui est en tant qu'est (être) ", et les sciences " particulières ", cf. K 4, 1061b 25 ;
  5. Méta. G 1, 1003a 26.

 

           " Existe-t-il un Être premier ? " voilà la question que tout philosophe comme tel ou que tout ami de la sagesse se pose. Et il ne sera assuré du résultat de sa recherche qu'en partant des réalités qui l'entourent et de sa propre expérience. Il prendra donc d'abord conscience que toutes ces réalités sont multiples et qu'elles ont cependant l'être en commun. De là il en viendra à s'interroger sur leur fait d'exister et à analyser ce-qui-est considéré comme être, en dépassant toutes les déterminations particulières, pour découvrir les principes propres de ce-qui-est (c'est-à-dire l'acte et la substance). Et après avoir découvert l'acte et la substance et s'être posé la question : " Existe-t-il un Être premier au-delà de tout ce que nous connaissons et expérimentons ", le philosophe sera alors logiquement et immanquablement amené à se poser cette ultime question : " Dieu existe-t-il ? " et même, pour parfaire sa recherche, à ne pas rejeter a priori  le témoignage de certains mystiques et sages ou de ceux ou celles qui soutiennent avoir eu une expérience de Dieu ou de l'Être même (1).

           Mais à la question de l'existence d'une Réalité transcendante, d'un Être premier, Acte pur, le philosophe se demandera si son intelligence est capable d'y répondre. Ne se sent-il pas impuissant ? Son intelligence ne connaît-elle pas en acte que les réalités sensibles qui lui sont extérieures ? N'est-elle pas avant tout assujettie à des formes matérielles ? Sa connaissance ne vient-elle pas d'abord de ses sens ? C'est même ce que nous enseigne saint Thomas d'Aquin. Seulement nous oublions que notre intelligence est faite pour l'être, qu'elle est ordonnée à ce-qui-est ; et ce-qui-est, considéré en tant qu'il est, ne connaît pas de limite ; et c'est la raison pour laquelle nous pouvons soutenir que l'intelligence est capable de découvrir le lien nécessaire qui existe entre l'être limité des réalités existantes (lien évidemment nécessaire, car sans ce lien rien ne pourrait exister), leur acte d'être étant en effet limité par leur forme respective, et l'être ou l'acte d'être de la Réalité première, Réalité absolue, Être nécessaire et Acte pur d'être qu'aucune forme particulière ne vient limiter. Et ce lien nécessaire (ou cette dépendance permanente) au niveau de l'être s'exprime parfaitement comme celui qui existe entre ce-qui-est en puissance et ce-qui-est en acte du point de vue de la finalité, alors que cette dépendance n'est que transitoire ou éphémère du point de vue de l'origine ou de la causalité efficiente, soit au niveau du devenir, soit au niveau de la vie (2). Cela étant précisé, il devient facile de comprendre que les sciences modernes sont absolument incapables de parvenir à la découverte de l'existence de l'Être premier, puisque le jugement d'existence n'entre pas en ligne de compte dans leurs recherches et qu'elles n'atteignent pas par conséquent l'acte d'être. Nous les laissons à leur saisie du comment et n'estimons pas nécessaire d'en dire plus.

           Dans le jugement d'existence, notre intelligence, en affirmant " ceci est ", atteint à la fois le " ceci ", c'est-à-dire la forme ou l'idée, et le " est ", c'est-à-dire l'être ou ce-qui-est, considéré en tant qu'il est. Mais si l'on soutient qu'elle est ordonnée au " ceci ", elle sera incapable d'atteindre le ' est ', parce que la forme n'est pas l'être, mais seulement un mode de l'être ou relative à celui-ci, et que l'être est premier par rapport à la forme, et par conséquent et à plus forte raison notre intelligence sera également incapable de découvrir l'existence de l'Être premier qui n'est limité par aucune forme ou idée. Le regard du métaphysicien se porte sur telle ou telle réalité existante en lui appliquant le principe de causalité finale saisi dans la lumière de la division de l'être en acte et de l'être en puissance et en concluant à l'antériorité de l'acte sur la puissance dans l'ordre de la perfection, et inversement à l'antériorité de la puissance sur l'acte dans l'ordre du devenir, et en constatant les limites ou les potentialités de l'être humain. Et de là l'on parvient à ce qui met en acte ("actue") et attire ce qui est en puissance et limité et à atteindre l'exister de l'Être premier, Acte pur et Être nécessaire, le seul qui subsiste dans son être et qu'on appelle Dieu - et Celui qui est premier dans l'ordre de l'être ne peut être que Celui à qui est immédiatement reliée l'être ou l'exister de toutes les autres réalités, exister qui est ce qu'elles ont de plus propre, de plus intime, de plus profond et de plus permanent. Personne ne peut en effet nier sa propre réalité ou dire : " je ne suis pas ". Tout homme perçoit expérimentalement et immédiatement qu'il est et qu'il est à la source de ses propres pensées - et non pas le contraire, car ses pensées sont fugitives. Le lien entre l'Être premier et toutes les autres réalités ne peut donc pas s'établir au niveau de la pensée ou de tout ce qui n'existe qu'accidentellement. L'homme ne se spiritualisera jamais par la considération de ce qui est éphémère, fugace et évanescent mais seulement en passant au-delà et en pénétrant jusqu'au fond de soi-même pour se laisser saisir par la lumière de gloire qui en sourd (cf. S. Jean, I, 9).

 

1) Et c'est la raison pour laquelle les professeurs de philosophie qui ne conduisent pas leurs jeunes élèves jusqu'à cet ultime terme ne méritent pas leur chaire ou leur titre. Par là, ils violent manifestement leurs droits naturels et imprescriptibles à connaître la vérité et à la désirer par la volonté ou à s'y attacher. Et en ne leur donnant même pas les moyens de parvenir à la vérité, on peut même soutenir qu'ils les trompent et faussent leur esprit, et le plus souvent à vie, et qu'ils font ainsi œuvre nuisible, voire perverse, et preuve manifeste d'incompétence, les plus incompétents et responsables étant assurément ceux qui ont choisi les jurés chargés de conférer les grades de docteurs ès philosophie, - attribués en France, - ce qui n'est pas surprenant dans un État d'obédience maçonnique (a) où règne en maître le naturalisme politique et où l'enseignement de la philosophie est systématiquement et publiquement séparé de sa finalité propre. Il faut bien remarquer que nous ne faisons ici aucune différence entre l'enseignement d'État et l'enseignement libre, parce que celui-là a été finalement incorporé à celui-ci. Il n'y a donc plus en France, - la Fille aînée de l'Église, née en 496 du Baptistère de Reims, - qu'une Pensée unique véhiculée par l'École unique ou par l'Enseignement unique - philosophiquement et métaphysiquement erroné. Et ce dogme de l'École unique a été réalisé en grande partie par le socialisme (b), qui, étant faux, ne peut absolument pas être considéré comme universel. Et c'est pourquoi, incapable de développement organique, il respire la mort. Il ne peut avancer qu'en se reniant. Bien sûr, soucieux d'obtenir les voix des électeurs, les socialistes font bonne figure et accomplissent de temps en temps quelques actions philanthropiques, car on ne prend pas les mouches avec du vinaigre, mais ce sont en réalité " des loups rapaces déguisés en brebis" (c) qui ne veulent en aucune façon que Jésus règne sur eux (d) ou sur la France.

 

2) La découverte de l'acte comme principe consiste à saisir, dans une vue synoptique, l'analogué au moyen d'une induction en se fondant sur les cas particuliers suivants que nous donne Aristote dans sa  Métaphysique , au chapitre 7 du livre Thêta, 1048 b 4 :

  • Ce que l'être qui bâtit est à celui qui peut bâtir,
  • l'être éveillé à celui qui dort,
  • l'être qui voit à celui qui a les yeux fermés (tout en possédant la vue),
  • ce qui a été séparé de la matière à la matière,
  • ce qui est élaboré à ce qui ne l'est pas.

 

Et Aristote ajoute : " de cette différence, d'un côté est séparé l'acte, et de l'autre la puissance. "

           On appelle puissance toute capacité de changement ou de détermination. La puissance n'est connue que par l'acte  ; et aucune puissance n'est concevable sans un acte antérieur.

           Ce qui est en puissance n'est amené à l'acte que par un être en acte.(Cf. Somme théologique, I, q. 3, a. 1.)

           Toute puissance est ordonnée à l'acte.

 

a) Cf. la secte des Illuminés de Bavière créée en 1776 par Adam Weishaupt, secte qui diffusa dans toute la franc-maçonnerie européenne son idéal révolutionnaire ; abbé Augustin Barruel (1741-1820), jésuite, Mémoires pour servir à l'histoire du Jacobinisme, en 2 t., Diffusion de la Pensée Française, 1974, Chiré-en-Montreuil, 86190 Vouillé, t. 1, pp. 414, 415, 422, 439, et t. 2, pp. 153-154, 156, 477 :

 

" Jusqu'au douze août mil sept cent quatre-vingt-douze, les jacobins français n'avaient encore daté les fastes de leur révolution que par les années de leur prétendue liberté. En ce jour, Louis XVI, depuis quarante-huit heures, déclaré par les rebelles déchu de tous les droits au trône, fut emmené captif aux tours du Temple. En ce même jour, l'assemblée des rebelles prononça, qu'à la date de la liberté on ajouterait désormais dans les actes publics la date de l'égalité ; et ce décret lui-même fut daté la quatrième année de la liberté, la première année, le premier jour de l'égalité. En ce même jour, pour la première fois, éclata publiquement ce secret si cher aux francs-maçons, et prescrit dans leurs loges avec toute la religion du serment le plus inviolable. A la lecture de ce fameux décret, ils s'écrièrent : Enfin nous y voilà ; la France entière n'est plus qu'une grande loge ; les Français sont tous francs-maçons, et l'univers entier le sera bientôt comme nous. [...] Mais pour l'histoire de la révolution, il importe de ne plus laisser le moindre doute sur ce secret fondamental. [...] Ce que j'entends ici par les arrières loges ou par les derniers grades de la maçonnerie, embrasse en général tous les maçons qui, après avoir passé par les trois premiers grades d'apprentis, de compagnons, de maîtres, se trouvent assez zélés pour être admis aux grades ultérieurs, et enfin à celui où le voile se déchire pour eux, où il n'est plus d'emblèmes et plus d'allégories, où le double principe d'égalité, de liberté s'explique sans équivoque, et se réduit à ces mots : Guerre au Christ et à son culte ; guerre aux rois et à tous leurs trônes [ou guerre au Christ ou à son Vicaire et à César - et ce pour retourner au prétendu premier état de l'homme sauvage (installé dans la pure nature. - cf. Jean-Jacques Rousseau, Discours, Contrat et Dialogues), mais libre, - état symbolisé par la pierre brute ou la Pierre polie des Maçons.- Voir la chambre de méditation de l'O.N.U.]. [...] Enfin, dans le grade de Kadosch, l'assassin d'Adoniram devient le roi qu'il faut tuer pour venger le grand maître Molay, et l'ordre des maçons successeurs des Templiers. La religion qu'il faut détruire, pour renouveler la parole ou la doctrine de la vérité, c'est la religion de Jésus-Christ, c'est tout culte fondé sur la révélation. Cette parole, dans toute son étendue, c'est la liberté et l'égalité à rétablir par l'extinction de tout roi et par l'abolition de tout culte. " . - Preuves du même adepte [adepte connu de l'abbé Barruel et parvenu jusqu'aux derniers mystères de la Secte de Weishaupt, avec les deux grades de Mage ou Philosophe et de l'Homme-Roi] : " Tous les hommes sont égaux et libres ; c'est là leur droit imprescriptible ; mais ce n'est pas sous les rois seulement que vous perdez l'usage de cette liberté. Elle est nulle partout où il existe d'autres lois pour les hommes que leur volonté même. Nous vous avons beaucoup parlé de despotisme et de tyrannie ; mais le despotisme et la tyrannie ne sont pas dans le monarque seulement ou dans l'aristocratie : on les trouve essentiellement dans le peuple souverain démocrate, dans le peuple législateur, tout comme dans le roi législateur. Quel droit a donc le peuple ou cette multitude et sa majorité, de me soumettre moi et la minorité à ses décrets ? Etait-ce là le droit de la nature ? Existait-il des peuples souverains et législateurs, plus que des rois ou des aristocrates législateurs, quand l'homme jouissait de son égalité et de sa liberté naturelle ? Voici donc nos mystères. [...] Sous la vie patriarcale, les hommes bâtissaient-ils des villes, des maisons, des villages ? Ils étaient égaux et libres ; la terre était à eux ; elle était également à tous ; et ils vivaient également partout. Leur patrie était le monde, et non pas l'Angleterre ou l'Espagne, l'Allemagne ou la France. C'était toute la terre, et non pas un royaume ou une république dans un coin de la terre. Soyez égaux et libres ; et vous serez Cosmopolites ou citoyens du monde. Sachez apprécier l'égalité, la liberté, et vous ne craindrez pas de voir brûler Rome, Vienne, Paris, Londres, Constantinople, et ces villes quelconques, ces bourgs et ces villages, que vous appelez votre patrie. Frère et ami, tel est le grand secret que nous vous réservons pour ces mystères ". - Secrets complots de la Secte contre la propriété : Que celui qui prétend, sous cette étrange vie patriarcale, conserver son champ ou sa maison, ou la moindre partie de ses propriétés, revienne donc aux petits mystères de Weishaupt. Là, malgré ce titre de petits mystères, il est dit à l'adepte : " Heureux les hommes, s'ils savaient se maintenir dans le premier état où ils furent placés par la nature ! Mais bientôt dans leur cœur se développait un germe malheureux ; et leur repos, leur félicité disparurent. A mesure que les familles se multipliaient, les moyens nécessaires à leur entretien commencèrent à manquer. La vie nomade cessa ; la propriété naquit ; les hommes se choisirent une demeure fixe ; l'agriculture les rapprocha, la liberté fut ruinée dans sa base, et l'égalité disparut. " - Manifeste du Grand-Orient de Paris : C'est dans les Loges maçonniques que se sont réfugiés les adeptes de l'égalité et de la liberté révolutionnaires ; dès les premiers temps de la Révolution, du centre de ces Loges en France, de ce Comité du Grand-Orient de Paris, devenu en quelque sorte le second Aréopage de Weishaupt, par un manifeste adressé à toutes les Loges maçonniques, à tous les Directoires chargés d'en faire l'usage convenable auprès des Frères dispersés en Europe. Par ce manifeste, et en vigueur de la Fraternité, " toutes les loges sont sommées de se confédérer, d'unir leurs efforts pour le maintien de la Révolution, de lui faire partout des partisans, des amis, des protecteurs, d'en propager la flamme, d'en susciter l'esprit, d'en exciter le zèle et l'ardeur dans tous les pays, et par tous les moyens qui sont en leur pouvoir. " Ce manifeste n'est point douteux ; il fut envoyé en Angleterre même, dont les Loges étaient en général le moins disposées à le seconder ; il le fut surtout en Allemagne, où l'Empereur Joseph II en eut un exemplaire, signé Philippe d'Orléans. (Avis important d'Hoffmann, t. 1, sect. 19).

 

Copin-Albancelli, Le drame maçonnique, Le Pouvoir occulte contre la France, réimpression de l'édition de 1908, éditions A. Barruel, Cabanac (33650), 2000 ((Internet : http://www.barruel.com ), pp. 220, 221-222, 223, 226, 227, 269 :

 

           " Deux écrivains, MM. Augustin Cochin et Charmes Charpentier, ont publié en novembre 1904, dans la revue L'Action Française, une étude des plus instructives sous ce titre : La campagne électorale de 1789 en Bourgogne.

           " Ce n'est pas sur des documents maçonniques que s'appuient MM. Augustin Cochin et Charles Charpentier ; c'est sur des documents d'archives profanes. [...]

           " Et L'Action Française ajoutait cette conclusion :

           " En ce qui concerne la Révolution, on trouve à ses événements une explication naturelle dès qu'on fait passer la Franc-Maçonnerie du roman-feuilleton dans l'histoire et qu'on l'étudie froidement [et, notons-le, en l'an 2001, pour les Français, c'est encore du roman-feuilleton, ce qui prouve bien que la Franc-Maçonnerie est encore maîtresse de l'Éducation nationale et qu'il existe des documents dont la divulgation mettrait son existence en jeu ou jetterait sur elle un discrédit définitif - ce qu'elle ne peut évidemment se permettre à aucun prix, à moins de se faire hara-kiri en laissant le pouvoir à ceux qui le méritent et qui sont capables de l'exercer pour le bien commun de la nation, et ce en conformité avec l'encyclique Quas Primas de S. S. Pie XI].

           " MM. Cochin et Charpentier condamnent donc notre méthode [même si elle a fait ses preuves en cherchant le pourquoi de la secte des francs-maçons ?], un peu précipitamment, croyons-nous, et sans réfléchir qu'on ne saurait intéresser une nation à une création aussi étrangement contradictoire qu'est la Franc-Maçonnerie, si on ne parvient pas à donner une forme ou une figure à ce protée, à cet être ondoyant, fuyant, menteur et hypocrite, et si, en même temps, on ne fournit pas une explication logique de ses variations et de ses mensonges.

           " Quoiqu'il en soit, au lieu d'adopter notre manière ils ont recours à d'autres procédés. Il n'en est que plus suggestif de les voir aboutir à des conclusions qui viennent corroborer les nôtres.

           " Ces deux écrivains ont compulsé les documents des archives et nationales de 1788 et 1789. Ils y ont trouvé les traces innombrables de l'action maçonnique. [...]

           " Ce n'est pas tout ; ils constatent encore que, dans les documents émanant de ce groupe qui fonctionnait en Bourgogne, il est usé d'un jargon que nous connaissons bien maintenant, le jargon maçonnique. Et enfin, pour que rien ne manque à leur démonstration, nos deux auteurs, étendant leurs recherches, retrouvent les mêmes procédés employés dans d'autres provinces, les mêmes infimes minorités, partout composées d'éléments semblables, agissant partout à la même heure, de la même manière, obéissant par conséquent au même mot d'ordre et parlant ce même jargon si spécial et si reconnaissable, prouvant ainsi que ce mot d'ordre était transmis par la Franc-Maçonnerie. "De telle sorte, écrivent MM. Cochin et Charpentier, qu'il n'y a pas un seul mouvement dit populaire, de 1787 à 1795, celui de la Vendée excepté [et pour cause!], qui l'ait été réellement ; que tous ont été décidés, organisés, déterminés dans tous leurs détails par les chefs d'une organisation secrète, agissant partout en même temps et de la même manière, faisant exécuter partout le même mot d'ordre."

           " Entre eux et nous se produit donc la curieuse rencontre suivante :

           " Tandis que nous disons : "En 1795, c'était la Maçonnerie qui était au pouvoir ; nous en avons pour preuve que les francs-maçons peuplaient les bancs de la Convention ; qu'ils étaient au Comité de Salut public ; qu'ils avaient organisé le club des jacobins et les sections ; que c'étaient leurs méthodes et leurs doctrines qui régnaient avec eux ; bref, que les choses étaient exactement ce que nous les voyons aujourd'hui" ; MM. Cochin et Charpentier disent : "Nous ne voulons pas connaître la colossale machine maçonnique. Nous l'ignorons. Mais en examinant les archives municipales et nationales, nous rencontrons à chaque pas, et partout, et nous pouvons "filer" une immense organisation qui parle le langage connu pour être le langage maçonnique, qui donne partout ses mots d'ordre, qui prépare, organise et au besoin falsifie tout, suivant la méthode maçonnique.

           " [...] Nous commençons à avoir la claire notion que notre histoire a été falsifiée [et continue à l'être], elle aussi, par la puissance ténébreuse qui met la tache noire de son éternel mensonge sur tout ce qu'elle touche ; et bientôt, il n'y aura plus que les retardataires ou les fanatiques pour croire à l'histoire de notre Révolution, telle que l'ont écrite Michelet et ceux qui ont marché sur ses traces [et qui continuent à marcher sur leurs traces].

           " [...] Si la Révolution put se faire, c'est, en effet, parce que la nation n'a pas connu les projets de ceux qui la menaient. Il importe qu'elle demeure dans la même ignorance pour que l'œuvre commencée soit parachevée.

           " Elle ne connaissait ni leurs projets, ni eux-mêmes, en tant que constituant une organisation politique. Nous avons à cet égard un témoignage curieux de Mirabeau, rapporté par Marmontel.

           " Avons-nous à craindre, disait le Frère Mirabeau, d'après les mémoires de Marmontel [ami de Voltaire], propagateur, lui aussi, des idées maçonniques, avons-nous à craindre l'opposition de la grande partie de la nation, qui ne connaît pas nos projets et qui ne serait pas disposée à nous prêter son concours ? [...] Du reste, la nation sait-elle ce qu'elle veut? On lui fera vouloir et on lui fera dire ce qu'elle n'a jamais pensé. Si elle en doute, on lui répondra comme Crispin au légataire : C'est votre léthargie. La nation est un grand troupeau qui ne songe qu'à paître, et qu'avec de bons chiens les bergers mènent à leur gré." [...]

           " La seconde raison pour laquelle le Pouvoir occulte a grand intérêt à ce que l'attention du public ne soit pas trop éveillée sur le rôle joué par la Franc-Maçonnerie dans l'enfantement de la Révolution, c'est que ce rôle n'est pas si glorieux qu'il semble. Le Pouvoir occulte le sait, et il tremble toujours que certains dessous, soigneusement cachés jusqu'ici, n'apparaissent un jour. Il n'ignore pas que cette Révolution, que l'on nous a toujours dit avoir été faite pour la nation, a été faite en réalité contre elle. On nous a persuadés jusqu'ici qu'il s'agissait de liberté et de fraternité. La vérité est, nous le répétons, qu'il ne s'agissait que d'un immense mensonge, derrière lequel était caché quelque chose qu'on ne pouvait pas et qu'on ne peut pas nous dire [cela est tellement évident que cette phrase nous paraît superflue].

           " [...] Voilà le fait, immense dans sa portée, qui a été volontairement ou involontairement écarté par ceux qui ont écrit l'histoire de France depuis un siècle [n'oublions pas que la première impression de l'ouvrage présentement cité remonte à 1907]. Toute cette histoire est donc viciée dans ses sources. Elle a négligé le principal personnage. Elle n'a raconté, en dépit de sa méticuleuse documentation, que les fausses apparences créées par le Pouvoir occulte. Elle n'a pas dit les réalités. Elle est à refaire de fond en comble."

 

Ibid., pages 141-142 : La superposition des grades. La pyramide maçonnique, et 142, 143 : Les difficultés à vaincre (ouvrage à mettre en parallèle avec La face cachée de l'ONU de Michel Schooyans, aux Éd. Le Sarmant:Fayard, 2000, cf. pp. 144-146 : Le symbolisme pyramidal) :

 

           " Il est logique d'admettre qu'entre le Pouvoir occulte et la Franc-Maçonnerie, les choses ont dû se passer comme entre la Franc-Maçonnerie et le monde profane.

           " Mais, alors, où trouver, dans la société secrète maçonnique, une autre société qui serait encore plus secrète et qui remplirait vis-à-vis du monde profane, dont les chefs se concerteraient sans que les francs-maçons se doutent de leur entente, et au profit de laquelle serait établie sur la Maçonnerie une domination analogue à la domination exercée sur nous par cette association ?

           " Si nous possédions la réponse à cette question, nous aurions la clef du mystère.

           " Or, cette réponse, nous l'aurons, si nous étudions l'organisation des grades. Nous constaterons alors qu'en fin de compte la Franc-Maçonnerie n'est pas seulement une société secrète, comme nous l'avons démontré, mais qu'elle constitue une véritable superposition de sociétés dont les unes sont secrètes pour les autres et peuvent agir sur celles-ci de la même manière exactement que l'ensemble maçonnique agit sur le monde profane [sur les simples membres ou les tâcherons de l'ONU par exemple].

           " Figurons-nous une pyramide dont la base serait formée par les sociétés secrètes dites d'apprentis, lesquelles supporteraient les sociétés secrètes, qui supporteraient à leur tour les groupes de maîtres, la même superposition se continuant de grades en grades jusqu'au sommet qui serait composé d'un groupe unique [les initiés de haut grade]. Considérons ensuite la chose en sens inverse, et représentons-nous ce groupe unique du sommet pouvant exercer, sans être aperçu, son action inspiratrice sur les groupes placés immédiatement au-dessous de lui [la Lucis Trust, par exemple, " the World Goodwill ", fondée par Alice et Foster Bailey, et autres sectes lucifériennes du même genre, avec Helena Petrovna Blavatsky et " the Readers of Lucifer ", etc.] ; ceux-ci transportant cette action inspiratrice au-dessous d'eux dans les mêmes conditions ; et ainsi de suite jusqu'au bas de la pyramide, l'inspiration étant transportée de degrés en degrés exactement de la même manière qu'est transportée l'inspiration maçonnique dans le monde profane. Telle est, en réalité, la Franc-Maçonnerie considérée non plus au point de vue de l'organisation maçonnique administrative qui n'est qu'un trompe-l'œil, mais au point de vue de cette organisation des grades qui nous était tout d'abord apparue comme ne pouvant prêter qu'à rire.

           " Conception extraordinaire ! dira-t-on. C'est vrai. Mais qu'est-ce qui n'est pas extraordinaire dans la Maçonnerie, de quelque manière qu'on l'envisage ? Si bien que quiconque ne veut pas se décider à considérer cette association comme établie sur un plan extraordinaire aboutit à quelque chose de plus extraordinaire que tout le reste, à savoir : l'inadmissible disproportion entre les moyens apparents et les résultats constatés.

           " D'ailleurs, extraordinaire ou non, il s'agit de savoir si cela est ou n'est pas.

           " Or, une fois qu'on a songé à y regarder de plus près, on se convainc bien vite que les choses sont comme nous venons de le dire et qu'on a enfin trouvé la solution du problème qui semblait insoluble. On marche alors de surprises en surprises, en constatant que, dans cette organisation qui semblait si absurde, tout, jusqu'aux moindres détails, est au contraire merveilleusement disposé pour permettre à une autorité invisible de s'exercer de la même manière que s'exerce l'autorité maçonnique sur le monde profane. On voit tout tendre à ce résultat. On se rend alors compte de la supériorité de l'organisation maçonnique. Elle résulte précisément de l'exacte adaptation des moyens au but. Et, dès lors, on ne s'étonne plus de la puissance, de la pérennité et de l'universalité de la Franc-Maçonnerie. La question maçonnique devient compréhensible. La lanterne est éclairée.

           " Tout d'abord, on s'explique pourquoi tant de ridicule est accumulé autour de l'organisation des grades.

           " Nous devons, en effet, partir de l'idée que les créateurs de la Franc-Maçonnerie voulaient deux choses : fonder leur pouvoir, et rendre ce pouvoir invisible. [...]

           " Pour parer à cette difficulté, les fondateurs de la Franc-Maçonnerie eurent l'idée de créer un organisme tel que le premier effet de son fonctionnement fût de tourner ailleurs l'attention des gens sérieux. Que pouvaient-ils trouver de mieux pour cela que le grotesque jeté à profusion sur cet organisme ? Lorsqu'on voit la bêtise agir, on ne s'attarde pas à se demander pourquoi ses actes bêtes. Inversement, lorsqu'on se trouve en présence d'actes stupides, on conclut tout naturellement qu'ils ont la stupidité pour cause, et on passe sans plus examiner. [...]."

 

           La conversion d'Emile Zola, "jadis Grand Maître du siège, et aussi ancien grand prêtre (Hiérophante) et Souverain suprême ainsi que " Super Comthur " (détenteur d'un ordre de classe supérieure, ou commandeur), fondateur d'un ordre maçonnique en Egypte et de ses Loges, membre de la secte des Francs-Maçons durant 30 ans et Souverain suprême de l'Ordre durant 12 ans), in " Vox Vitæ ", mai 1996 :

 

           " Zola visita un jour une église de village, non pas pour y prier, mais pour se gausser du " sot peuple " qui y afflue. Pourtant, ce jour a été le plus remarquable de toute sa vie.

 

L'étrange guérison :

          

«  Le soir même de ce jour, Zola glissa et se fit 3 fractures du pied. Pendant qu'on allait chercher un médecin en ville, le pied avait tellement enflé qu'une guérison parut peu à peu hors de question. Deux mois passèrent et l'état de son pied empira de telle façon que les médecins envisagèrent l'amputation de sa jambe, si l'on voulait conserver la vie du malade.

           «  En la vigile du Noël suivant, il gardait le lit, ne pouvant se joindre aux amis qui étaient venus le voir. Il fit cette nuit-là un rêve singulier : il était dans l'église même qu'il avait visitée lorsqu'il s'était cassé le pied. Tout son entourage se réjouissait de l'intégrité de ses membres, lui seul marchait avec des béquilles. Soudain, il aperçut à un mur latéral une belle forme féminine tenant un enfant dans ses bras. Elle lui parut d'abord immobile, puis elle marcha rapidement vers l'autel et se retourna vers le malade avec une mine de reproche : " N'as-tu donc pas de demande à faire, que je pourrais t'accorder ? Jette loin de toi ces béquilles et marche ! " Le malade obéit, tout en se disant : " Certes, ici je puis bien marcher, mais qu'en sera-t-il dehors ? " L'apparition ne lui inspirait aucune crainte ; au contraire, elle lui paraissait comme une mère aimante. Et, pendant son sommeil, il se mit à chanter doucement de " Dominus vobiscum " comme il l'avait entendu à l'église.

           «  Le lendemain martin, sa femme qui, pendant la nuit, l'avait entendu avec étonnement fredonner le chant d'église, lui demanda ce que signifiait cet étrange événement. La réponse fut qu'elle devrait aujourd'hui même offrir un cierge devant l'image de la Mère de Dieu. Zola éprouva à ce moment-là dans son pied malade d'inhabituels tiraillements et élancements. Il tenta de se lever, ce qu'il fit sans aucune difficulté ; il ne sentait même plus aucune douleur et il ne restait plus trace de l'enflure.

           «  Se conformant au désir du curé du lieu, Zola mit d'abord par écrit le compte-rendu de cette guérison merveilleuse, et ensuite se confesse à Mgr Sallois, archevêque de Calcédoine, auquel il remit aussi, signé de sa main, le document qui suit.

           Le mensonge le plus éhonté qui soit...

           «  Moi, soussigné, jadis Grand Maître du siège, et aussi ancien grand prêtre (Hiérophante) et Souverain suprême ainsi que " Super Comthur " (détenteur d'un ordre de classe supérieure, ou commandeur), fondateur d'un ordre maçonnique en Égypte et de ses Loges, je déclare par la présente que j'ai été pendant 30 ans membre de la secte des Francs-Maçons, pendant 12 ans Souverain suprême de l'Ordre et avoir eu tout ce temps de connaître minutieusement et à fond et d'apprendre le projet et les visées que l'Ordre poursuit. Il se donne pour une institution purement philanthropique, philosophique et libérale, qui aspire à la vérité et à l'avancement de la moralité et dont l'objet serait aussi la science, l'art et la bienfaisance. Il donne l'assurance de se comporter avec une égale tolérance à l'égard des diverses confessions de foi, que les questions de la religion et de la politique ne sont absolument pas discutées dans les réunions de l'Ordre. Et, de plus l'Ordre prétend que la Franc-Maçonnerie n'est pas une secte religieuse, mais un Temple de la Justice, de la Miséricorde et de l'Amour du prochain.

           «  À l'encontre de cela, je déclare que la Franc-Maçonnerie n'est aucunement ce pour quoi elle se donne. Tout le bien qu'on prétend trouver dans ses lois, ses rituels, ce n'est pas vrai. C'est le plus éhonté des mensonges et rien de plus ; tout ce bavardage sur ces vertus hypocritement professées, à savoir : la justice, la miséricorde, la bienfaisance et l'amour, elle sont introuvables soit dans les loges, soit dans les cœurs des Francs-Maçons, vu que ces vertus leur sont tout à fait étrangères - à peu d'exceptions près - et ne sont pas du tout exercées par eux. La vérité n'a pas de place dans la Franc-Maçonnerie et elle est complètement étrangère aux frères des loges. Dans l'Ordre franc-maçon prévaut un mensonge qui ne recule devant rien et y règne sous le couvert hypocrite de la vérité, tromperie et mauvaise foi qui enchaînent dans les liens de l'erreur le peuple frivole.

           «  J'affirme que la Franc-Maçonnerie est une secte religieuse dont le but est de détruire toutes les religions existantes et de s'installer à leur place et de ramener ainsi le monde à l'antique culte des idoles. A présent que je suis totalement convaincu d'avoir été pendant 30 ans dans l'erreur, que j'ai reconnu sur quoi est basé le système franc-maçon, et après avoir répandu cette doctrine et avoir amené d'autres à la répandre, de sorte qu'une grande masse de gens m'a suivi dans l'erreur, je m'en repens sincèrement. Eclairé maintenant là-dessus par Dieu, je me rends compte de tout le mal que j'ai commis là, en raison de quoi je rejette la Franc-Maçonnerie et m'en désolidarise, en avouant avec repentir mes erreurs devant l'Eglise. Je demande pardon à Dieu de tout le mal dont j'ai donné l'exemple pendant le temps de mon appartenance à l'Ordre de la Franc-Maçonnerie, et j'implore de notre Souverain Pasteur, Sa Sainteté le Pape Léon XIII le pardon, comme aussi de quiconque que j'ai attiré de quelque manière que ce soit dans l'erreur. »

 

 Rome, le 18 avril 1896

 

Émile Zola

 

b) Cf. Journal Officiel du 16.12.1925 ; Dostoïevski, Les Frères Karamazov : " Le socialisme, ce n'est pas seulement la question ouvrière ou celle du quatrième État ; c'est, avant tout, la question de l'athéisme, de son incarnation contemporaine ; c'est la question de la Tour de Babel, qui se construit sans Dieu, non pour atteindre les cieux depuis la terre, mais pour abaisser les cieux jusqu'à la terre. ".

 

c) S. Matthieu, VII, 17 ;

 

d) Cf. S. Luc, XIX, 27 ;

          

Étienne Gilson (de l'Académie française), L' être et l'essence, Librairie Philosophique J. Vrin, Paris, 1962, pp. 80, 81 :

          

           " Ainsi conçue, la métaphysique est une science distincte de toutes les autres parce que son objet, l'être en tant qu'être (1), est distinct des objets de toutes les autres sciences. En effet, chacune des autres sciences a pour objet un certain genre d'être (2) : par exemple, l'être quantitatif qu'étudie la mathématique ; ou l'être en mouvement, qu'étudie la physique ; ou l'être vivant qu'étudie la biologie ; mais la science dont nous parlons étudie ce que c'est que d'être, purement et simplement (3), c'est-à-dire ce qui, dans tout ce qui mérite, en quelque sens que ce soit, le titre d'être, nous autorise à dire que cela est (4). [...] Or nous disons de la métaphysique, science de l'être en tant qu'être, qu'elle est la science par excellence, puisqu'elle porte sur un objet plus universel que ceux des autres sciences. [...] La métaphysique, déclare saint Thomas d'Aquin, est la science suprême, parce qu'elle a pour objet le suprêmement intelligible, qui est l'être commun, ens commune. "

 

1) Cf. Aristote, Métaphysique, trad. J. Tricot, livre Gamma, 1, 1003 a 21, Librairie Philosophique J. Vrin, 1964.

 

Étienne Gilson, L'être et l'essence, ouv. cité plus haut, p. 367 :

          

" C'est la distinction thomiste entre esse et ens (en italien essere et ente) que l'usage a effacée en français depuis que le mot être y a assumé les deux fonctions de verbe et de substantif. Il faut absolument revenir, en métaphysique du moins, à l'usage ancien proposé par certains traducteurs français du XVIIe siècle, qui rendaient ens par étant. [...] Le présent livre eût été beaucoup plus clair si nous avions régulièrement usé du mot étant pour traduire ens et réservé être pour traduire esse. Il est vrai, et ses traducteurs le savent bien, que saint Thomas lui-même ne s'astreint pas toujours à cette discipline. Mais ce n'est pas sans raison. Dans sa doctrine, il y a composition, non opposition, de l'étant et de l'être. Il n'y a pas d'être fini sans un étant, qui inclut son propre acte d'être, ni d'étant réel sans l'acte d'être qui en fait un étant. "

 

2) " Sur un certain genre particulier d'être " : circa unum aliquod particulare genus entis, "  l'étant [ou l'existant] en tant qu'il est tel étant [ou existant] : ens secundum quod est hujusmodi ens (S. Thomas d'Aquin, Commentaire de la Métaphysique d'Aristote, livre G, nos 1147, 529, éd. Cathala).

 

3) L' " étant " ou l'être " universel en tant que tel ", " l'être commun " ou en général, " l'être pur et simple " : ens universale inquantum hujusmodi, ens in communi, ens simpliciter (S. Thomas d'Aquin, Commentaire de la Métaphysique d'Aristote, livre G, nos 1147, 532, éd. Cathala).

 

4) Aristote, Métaphysique, G , 1, 1003 a 21-31.

 

 S. Thomas d'Aquin, Somme théologique, Ire Partie, qu. 79, art. 8 :

 

           "Faire acte d'intelligence, c'est simplement saisir la vérité intelligible. Raisonner, c'est aller d'un objet d'intelligence à un autre, en vue de saisir la vérité intelligible. [...] Le raisonnement est donc à l'intellection ce que le mouvement est au repos, l'un appartenant à l'être parfait et l'autre à l'imparfait. Mais du fait que toujours le mouvement procède de l'immobile et se termine au repos, le raisonnement humain procède, par la méthode de recherche ou d'invention, de quelques connaissances intellectuelles simples, les premiers principes ; ensuite, par la méthode de jugement, il retourne de nouveau à ces premiers principes, à la lumière desquels il éprouve les résultats de sa découverte. [...] c'est par le même principe interne qu'un être est mis en mouvement vers un lieu donné et qu'il s'y arrête. Ce sera plus vrai encore des actes de l'intelligence et de la raison. Celles-ci ne sont donc qu'une même puissance." 

 

Jean Daujat, Physique moderne et philosophie traditionnelle, docteur en physique et en philosophie, chap. IV : Physique moderne et philosophie, éd. Desclée et Cie, 1958, pp. 32-35, 56-57 :

 

           "Puisque l'abstraction est la manière de connaître de l'intelligence humaine, les différents types de sciences vont être constitués par les différentes formes de l'abstraction : le regard de notre intelligence fouillant et explorant le réel pour y trouver ce qui est intelligible pour elle peut y pénétrer à des profondeurs différentes, y découvrir l'intelligible et l'en extraire à des profondeurs différentes, d'où des types variés de sciences suivant les degrés de l'abstraction auxquels correspondront des degrés différents et des formes différentes d'intelligibilité (de même que le pêcheur jetant en mer ses filets à des profondeurs différentes ne ramènera pas les mêmes poissons ou les mêmes algues et découvrira ainsi des faunes et des flores sous-marines différentes les unes des autres).

           "La philosophie d'Aristote et de saint Thomas a réussi à définir et à distinguer 3 degrés fondamentaux d'abstraction et d'intelligibilité et nous verrons que cette doctrine des 3 degrés d'abstraction est indispensable pour situer exactement et comprendre la physique moderne :

 

I° L'intelligence humaine peut laisser de côté les caractères particuliers des faits et phénomènes particuliers, ce qui appartient en propre à tel fait d'expérience, pour considérer les natures universelles et les lois universelles des phénomènes physiques et sensibles eux-mêmes par lesquels les choses se manifestent et son données à notre expérience ; les phénomènes physiques et sensibles (mouvement, son, lumière, chaleur, électricité, vie, etc.) sont alors l'objet de notre connaissance, non plus comme pour la sensibilité elle-même par ce qu'il y a en eux de sensible, mais par ce qu'il y a en eux d'intelligible ; tel est le degré d'abstraction et d'intelligibilité des sciences physiques et naturelles ou sciences expérimentales.

 

2° Au-delà de ce premier degré d'abstraction, l'intelligence humaine peut laisser de côté non seulement les particularités des faits particuliers, mais encore les phénomènes physiques et sensibles eux-mêmes par lesquels les choses se manifestent à nous, pour ne plus considérer dans ces choses rien d'autre que leur quantité, que ce qu'il y a en elles de quantité, de relations quantitatives, de possibilités de calcul ; nous avons alors les sciences qui ont pour objet la quantité en tant que telle, c'est le degré d'abstraction et d'intelligibilité des sciences mathématiques.

3° Enfin le regard de l'intelligence humaine pénétrant à l'intérieur des choses peut aller bien au-delà des phénomènes physiques et sensibles par lesquels elles se manifestent à nous et bien au-delà de ce qu'il y a en elles de quantitatif pour considérer en elles ce qu'il y a de plus intime et de plus profond, c'est-à-dire leur être même, et alors nous avons des sciences qui, laissant de côté tout ce qui n'est pas l'être lui-même, ont pour objet de connaissance l'être en tant que tel [et non seulement tel existant] ; c'est le degré d'abstraction et d'intelligibilité métaphysique [autrement dit la science la plus universelle, et par conséquent la plus certaine, science souveraine et régulatrice, science qui guide et gouverne toutes les autres].

           "Ces 3 types de sciences ont des manières différentes de considérer et d'exploiter le réel, donc des manières différentes de concevoir, de définir, de raisonner, donc des vocabulaires différents, et on pourrait commettre de graves confusions en passant indûment de l'un à l'autre. Par exemple la notion de causalité n'a absolument pas le même sens pour le physicien et pour le métaphysicien et on tomberait en de dangereuses erreurs si l'on confondait la causalité du physicien et celle du métaphysicien : en effet la causalité signifie pour le physicien une régularité dans l'enchaînement des phénomènes sensibles (il dira qu'un phénomène A est cause d'un phénomène B si A est toujours accompagné ou suivi de B) et pour le métaphysicien une dépendance dans l'être (il dira que A est cause de B si l'être de B dépend de l'être de A). Aussi "la question du déterminisme ne se pose pas pour le physicien de la même manière que pour le philosophe" (1).

           "Signalons en passant que saint Thomas d'Aquin [1225-1274] indique la possibilité de sciences 'mixtes' appartenant à la fois à deux degrés d'abstraction [mais jamais au 3e degré d'abstraction], mais nous aurons à traiter plus complètement cette question des sciences 'mixtes' au chapitre suivant pour définir le caractère mathématique de la physique moderne.

           "Ainsi, dit Meyerson (Cheminement de la pensée, p. 477), 'chaque science particulière étudiera le fait à son point de vue, négligeant intentionnellement ce qui tombe en dehors de son domaine', car (ibid., p. 476) 'si maintenant nous nous demandons ce qui distingue une science d'une autre, nous répondrons évidemment que c'est, comme l'indique Platon, son objet. Mais il ne sera peut-être pas inutile de préciser que si nous appliquons ce terme au réel que la science s'efforce de pénétrer, il désigne non pas une partie de ce réel telle que le sens commun par exemple nous l'offre dans l'espace et dans le temps, mais un aspect particulier de ce réel : ce n'est pas la diversité matérielle des choses à connaître (scibilium) qui diversifie la science, c'est la diversité formelle, dit saint Thomas, et l'exemple le plus banal suffira pour nous convaincre à quel point il a raison'.

           "Il nous reste à utiliser et appliquer ce qui précède pour préciser la manière de connaître de la physique moderne.

           " [ ...] La physique moderne ne permet certes pas de découvrir et de prouver l'existence de Dieu parce que Dieu ne fait pas partie ni de l'enchaînement des phénomènes sensibles ni des relations entre des quantités et ne peut donc être découvert par aucune expérience ni par aucun calcul [question de logique ... il faut être un âne pour penser le contraire] : le monde corporel dans le domaine d'explication propre au physicien s'explique entièrement sans Dieu par le conditionnement mutuel des phénomènes physiques et chimiques (et éventuellement biologiques et psychologiques) comme l'a bien vu le R. P. Sertillanges et à sa suite Paul Chauchard (La création évolutive et La foi du savant chrétien). Pour découvrir et démontrer l'existence de Dieu il faut se placer sur le terrain de la métaphysique qui considère les choses dans leur être même : alors on prouvera que les choses de ce monde et leur totalité, n'ayant pas par elles-mêmes l'existence, reçoivent cette existence qu'elles n'ont pas par elles-mêmes d'une cause d'existence qui ne peut être que l'Être par Lui-même existant que nous appelons Dieu (cf. Les Sources de la croyance en Dieu du R. P. Sertillanges et Dieu, son existence, sa nature du T. R. P. Garrigou-Lagrange), de sorte que rien ne peut exister sans recevoir de Dieu son existence même et qu'on doit donc découvrir Dieu dès qu'on considère les choses dans leur être. Mais Pie XII a montré à quel point les résultats de la science moderne élargissent et précisent les points de départ donnés par saint Thomas d'Aquin [perspective du sage] à la démonstration de l'existence de Dieu à conditions que le métaphysicien place ces résultats sous la lumière de la métaphysique et développe à partir de tels points de départ un raisonnement que la métaphysique seule est capable de faire et que la science moderne seule n'aurait pu faire. [2]"

 

1) Note de l'auteur : Louis de Broglie (Continu et discontinu en physique moderne, p. 59). De même Rémy Collin (Message social du savant, p. 192) : "Souvent les mêmes mots ne recouvrent pas les mêmes concepts dans le langage des savants et dans celui des philosophes... Déterminisme et indéterminisme en physique et en philosophie sont des notions analogues mais qui ne se recouvrent pas. Pour passer de la science à la philosophie il faut changer de registre".

 

2) Note personnelle : N'oublions quand même pas que la métaphysique n'a aucun lien essentiel ou fondamental avec la physique : elle n'est pas fonction des théories scientifiques. Elle part de la considération de ce-qui-est du point de vue de l'être, ou de l'exister de tel ou tel être, pour parvenir à l'être par soi, à l'être premier ou l'acte pur, mais elle ne s'arrête pas à la considération des choses "dans les quantités et les relations quantitatives incluses dans leurs manifestations sensibles " (a). A la rigueur, les données de la physique - moderne ou non - ne peuvent servir qu'à illustrer la pensée métaphysique ou théologique des sages ou des mystiques.

  1. Jean Daujat, Physique moderne et philosophie traditionnelle, p. 50.

 

S. Thomas d'Aquin, Commentaire sur les Métaphysiques d'Aristote, VI, l. I, n° 1147 (cité par H.-D. Gardeil, O. P., professeur à la Faculté de Philosophie du Saulchoir, dans l'Initiation à la philosophie de S. Thomas d'Aquin, vol. I, Logique, Textes ; p. 183 :

 

           " Aristote montre ensuite que les autres sciences considèrent les principes et les causes autres que la métaphysique. Toutes ces sciences particulières dont il vient d'être question [mathématiques, physique] portent, dit-il, sur un certain genre particulier d'être, nombre, grandeur, ou autre, et chacune traite exclusivement du ' genre qu'elle a pour un sujet ', c'est-à-dire de ce genre-là à l'exclusion de tout autre : ainsi la science qui traite du nombre [1], ne traite pas de la grandeur [2]. Aucune d'elles, en effet, ajoute-t-il, ne juge de ' l'être pur et simple ', c'est-à-dire de l'être dans toute sa généralité, ni même de quelque être particulier en tant qu'être [3] : ainsi l'arithmétique ne juge pas du nombre en tant qu'être ; considérer, en effet, n'importe quel être [4] en tant qu'être, est le propre du métaphysicien [5]."

  1. Nombre ou étendue pris en soi, connaissance de la Quantité comme telle, selon les relations d'ordre et de mesure qui lui sont propre, et ne portant pas nécessairement sur un objet réel
  2. Connaissance de la Nature sensible.
  3. Ou de tel être en tant qu'être : "nec etiam de aliquo particulari ente inquantum est ens.
  4. C'est-à-dire à n'importe que existant concret ou réel ou de tout être réel ou étant (ens).
  5. Il s'agit de remonter à tout ce qui est commun à tous les êtres réels ou à tout ce qui les fait être ou exister.

 

           La logique, la raison et l'intelligence sont inhérentes à la science. La logique considère les êtres qui sont dans la raison pour aider l'intelligence humaine à effectuer ses recherches avec ordre, facilement et sans erreurs ; la raison se répand dans le multiple (l'existentiel multiple, les « étants ») ou la réalité physique pour en recueillir une connaissance cohérente ; et la faculté noétique ou inhérente à l'intellect s'achève dans la saisie de l'universel ou dans la contemplation de la vérité. Toutes ces considérations étant logiques, certaines et fondamentales, nous pouvons affirmer par voie résolutive qu'elles sont scientifiques. Et c'est la raison pour laquelle pouvons également affirmer que la métaphysique qui considère l'existant en tant que tel (ou l'étant comme étant) et ce qui lui fait suite (autrement dit les principes les plus universels), c'est-à-dire l'être commun ("ens commune") ou l'être qui possède une universalité maximale, et ce qui est fondamentalement et immédiatement dépendant de celui-ci, constitue la science suprême qui dirige et finalise toutes les autres. Et, reprenant certains termes du Philosophe (1), cette "vie selon l'intellect" "est au plus haut degré l'homme même", "la partie fondamentale de son être, et la meilleure" (1).

  1. Cf. Aristote, Éthique à Nicomaque, X, 7.

 

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  • : Le Présent éternel
  • Le Présent éternel
  • : Thèse et synthèse sur la logique, la philosophie, la métaphysique, la politique, les mathématiques, la physique, la chimie, la théologie et la mystique élaborées à la lumière des premiers principes de la raison spéculative, principes immuables et éternels qui constituent les fondements du thomisme
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