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26 octobre 2014 7 26 /10 /octobre /2014 19:43

Instruction que la Reine du ciel m'a donnée.

 

1137. Ma fille, tout ce que vous avez appris et rapporté dans ce chapitre renferme de grands enseignements et de profonds mystères, dont les mortels peuvent tirer les fruits les plus salutaires, s’ils les étudient avec attention. Vous devez en premier lieu remarquer, sans une imprudente curiosité, que, comme mon très-saint Fils est venu détruire les œuvres du démon (11) et le vaincre lui-même, afin d'affaiblir son empire sur les hommes, il fallait, selon Cette intention, qu'en le maintenant dans sa nature angélique, et dans la science habituelle qui répond à cette même nature, il lui cachât néanmoins, ainsi que vous l'avez indiqué ailleurs, beaucoup de choses dont l'ignorance devait servir à réprimer la malice de ce dragon de la manière la plus convenable à la douce et forte providence du Très-Haut (12). C'est pour cela que l'union hypostatique des deux natures divine et humaine lui fut cachée; et il se méprit tellement sur ce mystère, qu'il se perdit dans ses recherches, et ne cessa de changer d'opinion et de résolution jusqu'à ce que mon très-saint Fils permit au moment opportun qu'elle connût et qu'il sût que son âme divinisée avait été glorieuse dès l'instant de sa conception. Il lui cacha aussi quelques miracles de sa très-sainte vie, et lui en laissa connaître d'autres. La même chose arrive maintenant à l'égard de certaines âmes, et mon adorable Fils ne permet pas que l'ennemi connaisse toutes leurs œuvres, quoiqu'il pût naturellement les connaître; parce que sa Majesté les lui cache pour arriver à ses hautes fins en faveur des âmes. Mais plus tard elle permet ordinairement que le démon les connaisse pour sa plus grande confusion, comme il arriva dans les œuvres de la rédemption, lorsque, pour accroître son dépit et son humiliation, le Seigneur permit qu'il les connût. C'est pour cette raison que le dragon infernal épie avec tant de soin les âmes, pour découvrir non-seulement leurs œuvres intérieures, mais même les extérieures. Vous comprendrez par là, ma fille, combien grand est l'amour que mon très-saint Fils a pour les âmes, depuis qu'il est né et qu'il est mort pour elles.

 

(11) I Joan., III, 8. — (12) Sap., VIII, 1.

 

        1138. Ce bienfait serait plus général et plus continuel envers beaucoup d'âmes, si elles-mêmes ne l'empêchaient, en se rendant indignes de le recevoir et en se livrant à leur ennemi, dont elles écoutent les conseils pleins de malice et de perfidie. Et comme les justes, comme les grands saints, sont des instruments souples entre les mains du Seigneur, qui les gouverne lui-même, sans permettre qu'aucun autre les meuve, parce qu'ils s'abandonnent entièrement à sa divine Providence; il arrive au contraire à beaucoup de réprouvés qui oublient leur Créateur et leur Restaurateur, que, lorsqu'ils se sont livrés par le moyeu de leurs péchés réitérés entre les mains du démon, il les porte à commettre toute sorte de crimes et les emploie à tout ce que sa malice dépravée désire, témoin le perfide disciple et les pharisiens homicides de leur propre Rédempteur. Les mortels ne sauraient trouver aucune excuse dans cet horrible désordre; car comme Judas et les princes des prêtres usèrent de leur libre arbitre pour rejeter la proposition que le démon leur fit de cesser de persécuter notre Seigneur Jésus Christ, ils auraient pu à plus forte raison en user pour ne point consentir à la pensée que cet esprit rebelle leur donna de le persécuter, puisque pour résister à cette tentation ils furent assistés du secours de la grâce s'ils eussent voulu y coopérer; et pour s'obstiner dans leurs desseins sacrilèges, ils ne se servirent que de leur libre arbitre, et que de leurs mauvaises inclinations. Que si la grâce leur manqua alors, ce fut parce qu'elle leur devait être refusée avec justice, à eux qui s'étaient assujettis au démon, pour lui obéir dans tout le mal imaginable, et pour ne se laisser gouverner que par sa volonté perverse, en dépit de la bonté et de la puissance de leur Créateur.

 

        1139. Vous comprendrez par là que ce dragon infernal n'a aucun pouvoir pour porter les âmes au bien, et qu'il en a un grand pour les pousser au mal, si elles oublient le dangereux état où elles se trouvent. Et je vous dis en vérité, ma fille, que si les mortels y faisaient de sérieuses réflexions, ils seraient dans de continuelles et salutaires frayeurs; car dès qu'une âme est une fois tombée dans le péché, il n'est point de puissance créée qui puisse la relever ni empêcher qu'elle se précipite d'abîme en abîme, parce que le poids de la nature humaine, depuis le péché d'Adam , tend au mal comme la pierre à son centre, par l'effet des passions qui naissent des appétits concupiscible et irascible. Joignez à cela l'entraînement des mauvaises habitudes, l'empire que le démon acquiert sur celui qui pèche, la tyrannie avec laquelle il l'exerce, et alors, qui sera assez ennemi de lui-même pour ne pas craindre ce péril ? La seule puissance infinie de Dieu peut délivrer le pécheur, sa main seule peut le guérir. Et cela étant incontestable, les mortels ne laissent pas que de vivre aussi tranquilles et aussi insouciants dans un état de perdition que s'il ne dépendait que d'eux d'en sortir par une véritable conversion quand ils le voudront. Beaucoup de gens savent et avouent qu'ils sont incapables de se retirer sans le secours du Seigneur de l'abîme où ils sont; et cependant avec cette connaissance habituelle et stérile, au lien de le prier de les secourir, ils l'offensent et l’imitent de plus en plus, et prétendent que Dieu les attende avec sa grâce, jusqu'à ce qu'ils soient las de pécher ou qu'ils aient atteint le dernier terme de leur malice et de leur folle ingratitude.

 

          1140. Tremblez, ma très-chère fille, devant, ce danger formidable, et gardez-vous d'une première faute; car si vous y tombez, vous en éviterez plus difficilement une seconde, et votre ennemi acquerra de nouvelles forces contre vous. Sachez que votre trésor est précieux, que vous le portez dans un vase fragile (13), et qu'un seul faux pas peut vous le faire perdre. Les ruses dont le démon se sert contre vous sont grandes, et vous êtes moins adroite et moins expérimentée que lui. C'est pourquoi vous devez mortifier vos sens, les fermer à tout ce qui est visible, et mettre votre cœur à l'abri de la protection du Très-Haut, comme dans une forte citadelle, d'où vous résisterez aux attaques et aux persécutions de l'ennemi. Que la connaissance que vous avez eue du malheur de Judas, suffise pour vous faire redouter les périls de la vie passagère. Quant à la nécessité de m'imiter en pardonnant à ceux qui vous haïssent et vous persécutent, en les aimant, en les supportant avec une patience charitable, en invoquant pour eux le Seigneur avec un véritable zèle de leur salut, comme je le fis à l'égard du perfide Judas, je vous ai maintes fois donné les avis les plus pressants; je veux que vous vous signaliez dans la pratique de cette vertu, et que vous l'enseigniez à vos religieuses et à tous ceux que vous fréquenterez; car la patience et la douceur que mon très-saint Fils et moi avons exercées en toute sorte de rencontres, couvriront d'une confusion insupportable tous les mortels qui n'auront pas voulu se pardonner les uns aux autres avec une charité fraternelle. Les péchés de haine et de vengeance seront punis au jugement avec une plus grande indignation, et ce sont ceux qui, en la vie présente, éloignent davantage les hommes de la miséricorde infinie de Dieu, et qui les approchent de plus en plus de la damnation éternelle, s'ils ne s'en corrigent avec un profond repentir. Ceux qui sont doux envers leurs persécuteurs et qui oublient les injures, ressemblent particulièrement au Verbe incarné, qui ne cessait jamais de chercher les pécheurs, de leur pardonner et de leur faire du bien. L'âme qui l'imite en cela, puise à la source même de la charité et de l'amour de Dieu et du prochain, des dispositions et des qualités spéciales, qui la rendent merveilleusement alite et propre à recevoir les influences de la grâce et les faveurs de la divine droite.

 

(13) II Cor., IV, 7.

 

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ID., ibid., IIe partie, livre Ve, chap. XX

 

Lucifer assemble un conciliabule dans l’enfer pour y proposer de traverser les œuvres de notre Rédempteur Jésus-Christ et de sa très-sainte Mère.

 

        933. L'empire tyrannique de Lucifer n'était pas si paisible dans le monde après l'incarnation du Verbe, qu'il l'avait été dans les siècles précédents ; car dès lors que le Fils du Père éternel fut descendu du ciel, et eut pris chair humaine dans le sein virginal de la très-pure Marie, ce fort armé (1) sentit tout à coup l'action nouvelle, inconnue, énergique, d'une puissance supérieure qui le dominait et le terrassait, comme on l'a vu plus haut, il éprouva depuis la même chose lorsque l'Enfant Jésus et sa Mère entrèrent dans l'Égypte, comme je l'ai aussi marqué; et cette même vertu divine vainquit ce dragon dans plusieurs autres occasions par l'organe de notre grande Reine. Le souvenir de ces événements accrut l'étrange impression qu'il ressentit à la vue des couvres que notre Sauveur commença à opérer, et que nous avons racontées dans le chapitre précédent, et tout cela joint ensemble inspira des frayeurs extraordinaires à cet ancien serpent, et lui fit soupçonner la présence dans le monde d'une nouvelle et redoutable puissance. Mais comme ce mystère de la rédemption du genre humain lut était si caché, il se démenait dans sa fureur et dans ses doutes, sans pouvoir découvrir la vérité, quoique depuis sa chute du ciel, il n'eût cessé de chercher dans des alarmes continuelles, à connaître quand et comment le Verbe éternel descendrait pour prendre chair humaine; car c'était ce que l'orgueil du rebelle craignait le plus. Et ce fut cette inquiétude qui le força à convoquer toutes les assemblées que j'ai indiquées dans cette histoire, et que j'indiquerai dans la suite.

 

(1) Luc., XI, 21.

 

        934. Or, cet ennemi se trouvant rempli de confusion pour ce nui arrivait et à lui et à ses ministres par Jésus et Marie, se mit à se demander par quelle vertu ils le repoussaient, lorsqu'il tâchait de séduire les malades et les agonisants, et à réfléchir aussi sur les autres choses qui arrivaient par le secours de la Reine du ciel; et comme il ne parvenait point à eu découvrir le secret, il résolut de conseiller ses principaux ministres des ténèbres qui, étaient les plus consommés en ruse et en malice. Il poussa un hurlement horrible dans l'enfer, tel que les démons emploient pour se faire entendre entre eux, et par ce cri il les convoqua tous, comme lui étant subordonnés; et quand ils furent tous assemblés, il leur dit : «  Mes ministres et mes compagnons, qui avez toujours suivi ma juste rébellion, vous savez que dans le premier état où le Créateur de toutes choses nous avait placés, nous le reconnûmes pour la cause universelle de tout notre être, et que, comme tel, nous l’honorâmes; mais lorsqu'il nous ordonna, au préjudice de notre beauté et de notre grandeur, qui a un si grand rapport, avec sa Divinité, d'adorer et de servir la personne du Verbe en la nature humaine qu'il voulait prendre, nous résistâmes à sa volonté; car quoique j'avouasse que je lui devais cet honneur comme Dieu, comme homme, d'une nature vile et si inférieure à la mienne, je ne pus souffrir de lui être soumis, et je me plaignis de voir que le Très-Haut ne fit pas pour mol ce qu'il déterminait de faire pour cet homme. Il ne nous commanda pas seulement de l'adorer, mais il nous ordonna aussi de reconnaître pour notre supérieure une femme qui devait être une simple créature terrestre, et qu'il devait choisir pour être sa mère. Je ressentis ces injures aussi bien que vous; nous nous y opposâmes et résolûmes de résister à cet ordre, et c'est pour cela que nous fûmes punis par le malheureux état où nous nous trouvons, et par les peines que nous souffrons. Quoique nous connaissions ces vérités, et que nous les confessions ici avec terreur entre nous (2), il ne faut pas pourtant le faire devant les hommes; et c'est ce que je vous prescris, afin qu'ils ne puissent pas connaître notre ignorance, non plus que notre faiblesse.

 

(2) Jacob., II, 19.

 

        935. « Mais si cet Homme-Dieu qu'on attend, et sa mère doivent causer notre ruine, il est certain que leur venue au monde sera notre plus cruel tourment et le sujet de notre plus grande rage; c'est pour cela que je dois faire tous mes efforts pour l'empêcher et pour les détruire, quand même il me faudrait bouleverser tout l'univers. Vous savez combien jusqu'à présent j'ai été invincible, puisqu'une si grande partie du monde est soumise à mon empire et à ma volonté, et trompée par mes ruses. Je vous ai pourtant vus depuis quelques années repoussés et domptés en plusieurs occasions; je vois que vos forces s'amoindrissent, et moi-même je subis l'influence d'une puissance supérieure, qui m'intimide et en quelque sorte m'enchaîne. J'ai parcouru plus d'une fois avec vous tous les recoins de la terre, pour tâcher d'y découvrir le fait nouveau auquel on pourrait attribuer cet affaiblissement et cette oppression que nous sentons. Je ne crois pas que ce Messie promis au peuple choisi de Dieu ait paru, car non-seulement nous ne le trouvons en aucun endroit du monde, mais aucun indice certain ne semble annoncer sa venue; nous ne voyons nulle part ce bruit, cet éclat, cette pompe , qui marquerait sa présence parmi les hommes. Néanmoins je crains que le temps de sa descente du ciel n'approche; ainsi il faut que nous déployions toute notre activité et toute notre fureur pour le détruire et pour perdre la femme qu'il choisira pour être sa mère. Si quelqu'un de vous se distingue par son zèle, je lui témoignerai une plus grande reconnaissance. Je trouve jusqu'à présent des péchés, et les effets de ces mêmes péchés, en tous les hommes; je ne découvre en aucun la majesté et la grandeur dont se revêtira le Verbe incarné quand il se manifestera à eux, et qu'il les obligera tous à D'adorer et à lui offrir des sacrifices. Ce sera là la marque infaillible de son avènement au monde; et le caractère distinctif de sa personne auquel nous pourrons le reconnaître , ce sera d'être exempt du péché et des effets que produit le péché chez les enfants d'Adam.

 

        936. « C'est pour ces raisons, poursuivit Lucifer, que ma confusion est plus grande : car si le Verbe éternel n'est pas descendu sur la terre, je ne puis découvrir la cause des choses insolites que nous sentons, ni deviner de qui cette force qui nous abat peut sortir. Qui nous a chassés de toute l'Égypte ? Qui a renversé les temples et ruiné les idoles de ce pays, dont tous les habitants nous adoraient ? Qui nous traverse maintenant dans le pays de Galilée et dans les lieux circonvoisins, et nous empêche d'aborder une foule de gens à l'heure de leur mort pour les pervertir ? Qui tire du péché tant d'hommes qui sortent de notre juridiction, et fait que d'autres améliorent leur vie et se plaisent à s'entretenir du royaume de Dieu ? Si le mal continue, nous sommes menacés d'une grande perte, et de nouveaux tourments peuvent résulter pour nous de cette cause que nous ne parvenons pas à connaître. Il faut donc y remédier, et chercher encore s'il se trouve dans le mondé quelque grand prophète ou saint qui commence à nous persécuter; pour moi, je n'en ai découvert aucun à qui je puisse attribuer une si grande vertu ni tant de pouvoir. C'est seulement contre cette femme, notre ennemie, que j'ai une haine mortelle, surtout depuis que nous l'avons persécutée dans le Temple, et ensuite depuis qu'elle est partie de sa maison de Nazareth : car nous avons été toujours vaincus et renversés par la vertu qui l'environne; elle nous a résisté par cette même vertu avec une force invincible, et a toujours triomphé de notre malice; je n'ai jamais pu sonder son intérieur ni la toucher en sa personne. Cette femme a un fils; elle assista avec lui à la mort de son père, et il nous fut à tous impossible d'approcher de l'endroit où ils se trouvaient. Ce sont des gens pauvres et méprisés; c'est une femmelette tout à fait vulgaire et qui mène une vie cachée; je crois pourtant que le fils et la mère sont justes, car j'ai toujours tâché de les incliner aux vices qui sont communs aux hommes, et il ne m'a jamais été possible d'exciter en eux le moindre des désordres et des mouvements vicieux qui sont si ordinaires et si naturels en tous les autres. Je vois que le Dieu tout-puissant me cache l'état de ces deux âmes; et puisqu'il m'empêche de découvrir si elles sont justes ou pécheresses, il y a là sans doute quelque mystère caché contre nous; et quoique l'état de quelques autres âmes nous ait aussi été caché en d'autres occasions, il fa été rarement, et moins que dans le cas actuel. Que si cet homme n'est pas le Messie promis, du moins le Fils et la Mère seront justes, et par conséquent nos ennemis; et il n'en faut pas, davantage pour que nous les persécutions, et que nous travaillions à les abattre et à découvrir qui ils sont. Suivez-moi tous dans cette entreprise avec une grande confiance, car je serai le premier à les attaquer.

       

        937. Lucifer acheva par cette exhortation son long discours, dans lequel il proposa aux démons plusieurs autres raisons et plusieurs desseins remplis de méchanceté qu'il n'est pas nécessaire de raconter ici, puisque je dois traiter encore de ces secrets dans la suite de cette histoire, pour mieux faire connaître les ruses de ces esprits rebelles. Ce prince des ténèbres sortit incontinent de l'enfer, suivi de légions innombrables de démons qui, se répandant par tout le monde, le parcoururent plusieurs fois pour observer, avec toute la finesse de leur malice, les justes qui y vivaient, tentant ceux qu'ils purent découvrir, et les provoquant, aussi bien que plusieurs autres personnes, à des iniquités conçues par ces méchants ennemis; mais la sagesse de notre Seigneur Jésus-Christ cacha à l'orgueil de Lucifer et de ses compagnons sa personne et celle de sa très-sainte Mère durant plusieurs jours; de sorte qu'il ne permit point qu'ils les vissent et les connussent jusqu'à ce que sa Majesté se rendit au désert, où il allait consentir à être tenté après y avoir gardé un fort long jeûne; et alors Lucifer le tenta, comme je le dirai en son lieu.

 

        938. Quand ce conciliabule fut assemblé dans l'enfer, notre divin Maître Jésus-Christ, à qui rien n'était caché, fit une prière particulière au Père éternel contre la malice du Dragon, et dans cette circonstance, entre plusieurs autres prières, il dit : « Dieu éternel, mon Père, je vous adore et j'exalte votre être infini  et immuable; je vous confesse pour l’immense et souverain bien; je m'offre à votre volonté en sacrifice pour vaincre les forces infernales, et pour renverser les desseins pervers que ces esprits rebelles forment contre mes créatures; je combattrai pour elles contre mea ennemis et les leurs; je leur laisserai, par les œuvres que je ferai et par les victoires que je remporterai sur le Dragon, des armes pour le vaincre, et je leur apprendrai par mon exemple comment elles doivent lutter contre lui, et par là j'affaiblirai sa malice et le rendrai moins capable de blesser ceux qui me serviront avec sincérité. Défendez les âmes, ô mon Père, des tromperies et de la cruauté de l'ancien serpent et de ses sectateurs, et  accordez aux justes, par mon intercession et par  ma mort, la puissante vertu de votre droite, afin qui ils triomphent de tous les dangers et de toutes  les tentations. » Notre grande Reine eut en même temps connaissance de la méchanceté et des conseils de Lucifer, car elle vit en son très-saint Fils tout ce qui se passait, aussi bien que la prière qu'il faisait; et, s'unissant à lui comme coadjutrice de ses triomphes, elle fit la même prière au Père éternel. Le Très-Haut l'exauça, et dans cette occasion Jésus et Marie obtinrent de grands secours et de magnifiques promesses pour ceux qui combattraient contre le démon en invoquant les noms de Jésus et de Marie; de sorte que ceux qui les prononceront avec respect et avec foi terrasseront les ennemis infernaux et les chasseront bien loin par le mérite des prières que notre Sauveur Jésus-Christ et sa très-sainte Mère firent, et par celui des victoires qu'ils remportèrent. Après la protection qu'ils nous ont offerte et qu'ils nous donnent contre ce superbe géant; après ce remède et tant d'autres dont ce divin Seigneur a enrichi. sa sainte Église, nous ne saurions trouver aucune excuse si nous ne combattons courageusement pour vaincre le démon, comme l'ennemi de Dieu et le nôtre, profitant, autant qu'il nous sera possible, de l'exemple de notre Sauveur pour remporter cette victoire.

 

Instruction que notre auguste Maîtresse m'a donnée.

 

        939. Ma fille, pleurez amèrement, et ayez une douleur continuelle de voir la dureté, l'obstination et l’aveuglement des mortels, qui ne veulent pas apprécier la protection amoureuse qu'ils trouvent en mon très-doux Fils et en moi dans toutes leurs nécessités. Cet aimable Seigneur n'a épargné aucun soin ni perdu aucune occasion pour leur acquérir des trésors inestimables. Il a déposé pour eux dans son Église le prix infini de ses mérites et le fruit essentiel de ses douleurs et de sa mort; il leur a laissé des gages assurés de son amour et de sa gloire; il leur a donné des moyens très-faciles et très-efficaces pour jouir et profiter de tous ces biens, et les appliquer à leur salut éternel. Il leur offre en outre sa protection. et la mienne; il les aime comme ses enfants, les caresse comme ses favoris, les appelle par de douces inspirations, les excite par des bienfaits et par des richesses solides. Père plein d'indulgence, il les attend; bon pasteur, il les cherche; ami puissant, il les assiste; rémunérateur généreux, il les comble de dons infinis; Roi des rois, il les gouverne. Et quoique la foi leur découvre toutes ces faveurs et mille autres, que l'Église leur en rafraîchisse le souvenir, et qu'ils les aient devant les yeux, ils ne laissent pourtant pas de les oublier et de les mépriser. Ils aiment les ténèbres comme des aveugles qu'ils sont, et se livrent à la rage de leurs ennemis jurés, dont vous connaissez les excès. Ils prêtent l'oreille aux flatteries empoisonnées de ces esprits malins, cèdent à leurs conseils pervers, ajoutent foi à leurs tromperies et se prêtent stupidement à la haine implacable avec laquelle le cruel dragon ne cesse de travailler à leur mort éternelle, parce qu'ils sont les ouvrages du Très-Haut, qui l'a vaincu et terrassé.

 

940. Considérez avec attention, ma très-chère fille, cette lamentable erreur des enfants des hommes, et débarrassez vos puissances, afin que vous pénétriez la différence qu'il y a entre Jésus-Christ et Bélial. Car la distance de l'un à l'autre est infiniment plus grande que celle du ciel à la terre. Jésus-Christ est la véritable lumière, le chemin assuré et la vie éternelle (2); il aime constamment ceux qui le suivent, il leur promet la jouissance de sa vue et de sa compagnie; et en cette jouissance le repos éternel, que l'œil n'a point vu, que l'oreille n'a point ouï et que les hommes n'ont point conçu (3). Lucifer n'est que ténèbres, qu'erreur, tromperie, malheur et mort; il abhorre ses sectateurs, il entraîne de toutes ses forces à tout ce qui est mal, et finira par les faire tomber dans les feux éternels et condamner à des supplices effroyables. Les mortels peuvent-ils maintenant dire qu'ils ignorent ces vérités dans la sainte Église, qui les leur enseigne et représente tous les jours ? Et s'ils les croient et les confessent, où est leur jugement ? Qui les en a privés ? Qui leur a fait perdre le souvenir de l'amour qu'ils ont pour tout ce qui les regarde ? Qui les rend si cruels à eux-mêmes ? O folie des enfants d'Adam, qu'on ne saurait jamais assez approfondir ni assez déplorer! Est-il possible qu'ils emploient toute leur vie à s'embarrasser dans leurs propres passions et à suivre la vanité, pour se jeter dans des flammes inextinguibles, courir à leur perte et se livrer à une mort éternelle, comme si tout cela n'était que bagatelle, et que mon très-saint Fils ne fût pas venu du ciel pour mourir sur une croix et pour leur mériter la délivrance de tant de maux! Qu'ils considèrent le prix de leur rédemption, et ils sauront quelle estime ils doivent faire de ce qui a tant coûté à Dieu, à celui qui le connaît sans exagération.

 

(2) Joan., XIV, 6.

(3) Isa., LXIV, 4.

 

          941. Le péché des idolâtres et des païens n'est pas aussi grand en cette funeste erreur, et le Très-Haut est moins irrité contre eux que contre les enfants de l’Église, qui ont connu la lumière de cette vérité : et s'ils en sont si peu pénétrés dans le siècle présent, il faut qu'ils sachent que c'est par leur propre faute, et pour avoir donné un si facile accès à leur infatigable ennemi Lucifer, qui déploie plus de malice dans les efforts qu'il fait pour obscurcir en eux cette lumière que dans toutes ses autres attaques, et qui ne cesse d'exciter les hommes à rompre tout frein, afin qu’après avoir perdu le souvenir de leur dernière fin et des peines éternelles dont ils sont menacés, ils s'abandonnent comme les brutes aux plaisirs sensibles, qu'ils s'oublient eux-mêmes, qu'ils usent leur vie à la poursuite des biens apparents, et qu'ils descendent en un moment dans l'enfer, comme dit Job (4), et comme il arrive effectivement à une infinité d'insensés qui rejettent et abhorrent ces vérités. Pour vous, ma fille, suivez ma doctrine; ne vous laissez point aller à ces illusions pernicieuses et à cet oubli commun des gens du siècle. Faites souvent retentir à vos oreilles ces tristes plaintes des damnés, qui commenceront dès la fin de leur vie, c'est-à-dire dès leur entrée dans la mort éternelle: O insensés que nous étions, la vie des, justes nous paraissait une folie! Et cependant les voilà élevés au rang des enfants de Dieu, et leur partage est avec les saints! Nous nous sommes donc égarés de la voie de la vérité et de la justice. Le soleil ne s'est point levé pour nous. Nous nous sommes lassés dans la voie de l'iniquité et de la perdition; nous avons marché dans des chemins après, et nous avons ignoré par notre faute la voie du Seigneur. De quoi nous a servi notre orgueil ? Qu'avons-nous tiré de la vaine ostentation des richesses ? Toutes ces choses sont passées pour nous comme l'ombre. Oh ! si nous ne fussions jamais nés (5) ! Voilà, ma fille, ce que vous devez craindre et repasser souvent dans votre esprit, en considérant, avant que vous alliez sans espérance d'aucun retour, comme dit Job (6), en cette terre ténébreuse des cavernes éternelles, le mal que vous devez fuir et le bien que vous devez pratiquer. Appliquez-vous à vous-même dans l'état de voyageuse, et par amour, ce que les damnés disent par désespoir et à force de tourments

 

(4) Job., XXI, 13.

(5) Livre de la Sagesse, V, 4, etc. ― (6) Job, X, 21.

 

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 ID., ibid., Ire partie, livre IIe, chap. XIV :

 

Où sont déclarées les formes et les manières des visions divines qu'avait la Reine du ciel, et les effets que ces visions causaient en elle.

 

        612. Quoique la grâce des visions divines, les révélations et les ravissements (je ne parlerai pas ici de ln vision béatifique) soient des opérations du Saint-Esprit, on les distingue néanmoins de la grâce justifiante et des vertus qui sanctifient et perfectionnent l'âme dans ses opérations : et l'on prouve que la sainteté et les vertus peuvent être en une personne sans ces dons, en ce que plusieurs ont été justes et saints sans qu'ils aient eu besoin absolument pour cela de recevoir des visions et des révélations divines. On ne doit pas aussi régler les révélations et les visions par la sainteté et la perfection de ceux qui les ont, mais bien par la volonté de Dieu, qui les accorde, à qui il lui plait, au temps qu'il le juge convenable, et au degré que sa sagesse et sa volonté dispensent, opérant toujours avec poids et mesure (1) pour les fins qu'il prétend dans son Église. Car Dieu peut communiquer les plus grandes et les plus hautes visions et révélations au moindre saint, et les plus petites au plus grand (2) pouvant même accorder le don de prophétie et plusieurs autres dons gratuits à ceux qui ne sont pas saints; car il y a des ravissements qui peuvent résulter d'une cause qui ne soit pas précisément vertu de la volonté; c'est pourquoi, lorsqu'on fait comparaison entre l'excellence des prophètes, on ne prétend pas parler de la sainteté (puisqu'il n'y a que Dieu seul qui la puisse examiner), mais de la lumière de prophétie et de la manière de la recevoir, par où l'on peut juger laquelle des prophéties est la plus on la moins élevée, selon les différentes raisons. Celle sur laquelle on établit cette doctrine est, parce que la charité et les vertus, qui rendent saints et parfaits ceux qui les ont, regardent la volonté; et les visions et les révélations appartiennent à l'entendement ou à la partie intellectuelle, dont la perfection ne sanctifie point l'âme.

 

(1) Sap., XI, 21. — (2) Prov., XVI, 2.

 

        613. Mais encore que la grâce des visions divines soit distincte de la sainteté et des vertus, dont on peut la séparer, la volonté. et la Providence divine les unissent néanmoins plusieurs fois, selon la fin et le motif que Dieu. a lorsqu'il communique ces dons gratuits des révélations particulières; parce qu'il les ordonne quelquefois pour le bien commun de l'Église, comme l'Apôtre nous l'enseigne (2), et comme il arriva envers les prophètes, qui, étant inspirés de Dieu par les révélations du Saint-Esprit et non point par leur propre imagination, prophétisèrent pour nous les mystères de la rédemption et de la loi évangélique (3). Et lorsque les révélations et les visions sont de cette nature, il n'est pas nécessaire qu'elles se joignent avec la sainteté, puisque Balaam fut prophète sans être saint. Il fut pourtant convenable, et d'une grande bienséance, que la divine Providence fit que les prophètes fussent ordinairement saints, et qu'elle ne confiât point trop fréquemment l'esprit de prophétie et les révélations divines à des vases impurs (quoique Dieu l'ait fait dans quelques cas particuliers comme Tout-Puissant), afin que la mauvaise vie de l’instrument ne dérogea point à la vérité divine et à son ministère, et pour plusieurs autres raisons.

 

(2) I Cor., XII. — (3) I Petr., I, 10 et 21.

 

          614. D'autres fois, les révélations et les visions divines ne regardent pas des choses si générales, et ne s'adressent point immédiatement au bien commun, mais au bien particulier de celui qui les reçoit : et comme les premières sont des effets de l'amour que Dieu porta et porte à son Église, de même ces révélations particulières ont pour cause l'amour spécial par lequel Dieu aime l'âme à laquelle il les communique, pour l'enseigner et pour l'élever à un plus haut degré d'amour et de perfection. Dans cette manière de révélations, l'esprit de sagesse se répand parmi les nations dans les âmes saintes, pour faire des prophètes et des amis de Dieu (4). Et comme la cause efficiente est l'amour divin singulièrement communiqué à quelques âmes, ainsi la cause finale aussi bien que l'effet de ces insignes faveurs sont la sainteté, la pureté, l'amour de ces mêmes âmes; et la grâce des révélations et des visions est le moyen par oh l'on acquiert tous ces avantages.

 

(4) Sap., VII, 27.

 

        615. Je ne prétends pas établir par là que les révélations et les visions divines soient des moyens absolument requis et nécessaires pour faire des saints et des parfaits, parce que plusieurs le sont par d'autres moyens que par ceux-là; néanmoins ayant supposé cette vérité, qu'il dépend seulement de la volonté divine d'accorder on de refuser aux justes ces dons particuliers, nous découvrons pourtant qu'il y a, tant de notre côté que de celui du Seigneur, quelques raisons de bienséance, afin que sa divine Majesté les communique aussi fréquemment qu'elle fait à plusieurs de ses serviteurs. L'une desquelles se prend du côté de la créature ignorante, parce que le moyen le plus proportionné et le plus convenable de s'élever aux choses éternelles, de les pénétrer et de se spiritualiser pour arriver à la parfaite union du souverain bien, est la lumière surnaturelle des mystères et des secrets du Très-Haut, qui lui est communiquée par les révélations, les visions et les intelligences particulières qu'elle reçoit dans la solitude et dans l'excès de son entendement, ce divin et très-doux Seigneur la conviant à cet heureux état par des promesses et par des caresses très-fréquentes, dont l'Écriture sainte est remplie, et en particulier les Cantiques de Salomon.

 

        616. L'autre raison est du côté du Seigneur, parce que l'amour est impatient de communiquer ses biens et ses secrets au bien-aimé et à l'ami. Je ne veux plus vous appeler serviteurs ni vous traiter comme tels, mais comme mes amis (dit le Maître de la vérité éternelle aux apôtres), parce que je vous ai découvert les secrets de mon Père (5). On lit aussi que Dieu parlait à Moïse comme à un ami (6). Les saints Pères, les patriarches et les prophètes ne reçurent pas seulement les révélations générales de l'Esprit divin, mais plusieurs autres particulières et familières, en signe de l'amour que Dieu leur portait, comme on peut l'inférer de la demande que Moïse fît au Seigneur de lui laisser voir sa face. Les titres que le Très-Haut donne aux âmes choisies le prouvent aussi, les honorant du nom d'épouses, d'amies, de colombes, de sueurs, de parfaites, de bien-aimées, de belles, etc. (7). Et quoique tous ces titres déclarent assez la grandeur de l'amour divin et ses effets, tous ensemble ne sauraient pourtant exprimer les douceurs inconcevables que le souverain Roi communique à ceux qu'il veut bien honorer de la sorte, parce qu'il est le seul qui puisse tout ce qu'il veut, et qui sache aimer comme époux, comme ami, comme père, comme infini et souverain bien, sans borne et sans mesure.

 

(5) Joan., XV, 15. — (6) Exod., XXXIII, 11. — (7) Cant., IV, 8 et 9; I, 14; II, 10.

 

        617. Cette vérité ne perd rien de son crédit pour n'être pas connue de la sagesse charnelle, ni en ce que quelques âmes aveuglées par cette sagesse se sont laissé tromper par l'ange des ténèbres transformé en ange de lumière dans quelques faussés visions (8) et quelques révélations apparentes. Ce dommage ayant été plus fréquent parmi les femmes, tant à cause de leur ignorance que de leurs passions, il s'est néanmoins trouvé plusieurs hommes, qui paraissaient forts et savants, qui en ont été atteints. Mais il est provenu en tous d'une mauvaise racine; je ne parle point ici dé ceux qui par une hypocrisie diabolique ont feint des révélations, des visions et des ravissements sans les avoir eus, mais de ceux qui les ont soufferts et reçus par une tromperie du démon, quoique ce n'ait pas été sans un grand péché et sans un consentement criminel. On peut dire que les premiers trompent plutôt qu'ils ne sont trompés, et que les seconds le sont dans le commencement, parce que l'ancien serpent, qui les tonnait immortifiés en leurs passions, et qui voit bien que leurs sens intérieurs sont fort peu exercés dans la science des choses divines, introduit dans eux, par une subtilité remplie de malice, une secrète présomption qui les flatte d'être favorisés de Dieu, et bannit de leur cœur l'humilité et la crainte, en les élevant dans de vains désirs de curiosité, de savoir les choses sublimes, d'avoir des révélations, des visions extatiques, et d'être singuliers et distingués dans ces faveurs; de sorte qu'ils ouvrent la porte au démon, afin qu'il les remplisse d'erreurs et d'illusions , et leur trouble les sens par une confusion de ténèbres intérieures, sans qu'ils puissent pénétrer ni connaître dans cet état aucune chose divine ni véritable, excepté quelque apparence de l'un et de l'autre que l'ennemi leur représente pour autoriser ses tromperies et cacher son venin.

 

(8) II Cor., XI, 14

 

        618. On évite cette tromperie dangereuse en craignant avec humilité, en ne désirant point cette science avec présomption, et en ne s'en rapportant point au tribunal passionné du jugement particulier et de la propre prudence (9); mais remettant cette cause à Dieu, à ses ministres et aux savants confesseurs à qui il appartient d'en examiner l'intention, puisque par ce moyen l'on connaîtra certainement si l'âme a désiré ces faveurs par la voie de la vertu et de la perfection, ou pour la gloire extérieure des hommes. Le chemin le plus assuré est de ne les désirer jamais, et de craindre toujours le danger, qui est grand en toute sorte de temps, et principalement dans les commencements; parce que le Seigneur n'envoie pas les dévotions et les douceurs sensibles, supposé qu'elles viennent du Seigneur (car le démon les contrefait bien souvent), à cause que l'âme se trouve capable de la nourriture solide de ses plus grands secrets et de ses plus sublimes faveurs; mais pour servir d'aliments aux faibles et aux petits, afin qu'ils se retirent avec plus de courage des vices et renoncent avec plus d'ardeur à tout ce qui est sensible , et non point afin qu'ils s'imaginent d'être fort avancés dans la vertu, puisque même les ravissements qui résultent de l'admiration supposent plus d'ignorance que d'amour. Mais quand l'amour est extatique, fervent, ardent, pur, agissant, inaccessible, impatient de toute autre chose, excepté de celle qu'il aime, et qu'avec cela il a recouvré l'empire sur toutes les passions et les affections humaines, alors l'âme est disposée à recevoir la lumière des révélations cachées et des visions divines; et elle s'y dispose d'autant plus, qu'avec cette divine lumière elle les désire le moins, se croyant indigne des moindres faveurs. Que les hommes savants et les sages ne soient pas surpris si les femmes ont été si fort favorisées en ces dons, parce que, outre qu'elles sont ferventes en amour, Dieu choisit d'ordinaire ce qui est le plus faible pour rendre un plus grand témoignage de son pouvoir : elles n'ont pas aussi la science acquise de la théologie, comme les hommes doctes, mais le Très-Haut la leur communique par infusion, pour illuminer et fortifier leur jugement faible et ignorant.

 

(9) Rom., XI, 20.

 

        619. Étant fondés sur cette doctrine, nous connaîtrons (quand même il n'y aurait point eu en la très-sainte vierge d'autres raisons particulières) que les révélations et les visions divines que le Très-Haut lui communiqua furent plus relevées, plus admirables, plus fréquentes et plus divines qu'à tout le reste des saints. On doit mesurer ces dons (comme les autres) à sa dignité, à sa sainteté, à sa pureté et à l'amour que son Fils et toute la très-sainte Trinité portait à celle qui était Mère du Fils, Fille du Père, et Épouse du Saint-Esprit. Elle recevait selon la grandeur de ces titres les influences de la Divinité, notre Seigneur Jésus-Christ et sa Mère en étant infiniment plus aimés que tout le reste des saints, des anges et des hommes. Je réduirai les visions divines qu'eut notre auguste Reine à cinq espèces différentes, et je traiterai de chacune le mieux que je pourrai et selon qu'il m'a été manifesté.

 

 

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