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5 mars 2011 6 05 /03 /mars /2011 10:35

 

SAINT  IRÉNÉE (135/140-202/203)

ÉVÊQUE DE LYON

HONORÉ PAR L’ÉGLISE COMME MARTYR

LE FONDATEUR DE LA THÉOLOGIE CATHOLIQUE

ET

LE MARTEAU DES HÉRÉSIES

(jamais réfuté ni nommément condamné)

 

« CONTRE LES HÉRÉSIES »

DÉNONCIATION ET RÉFUTATION

DE LA GNOSE AU NOM MENTEUR

dont le vrai titre est :

«  FAUSSE GNOSE DÉMASQUÉE ET RÉFUTÉE »

(Elegcoς kaί anatroph thς yeudwnumou gnώsewς)

 

Traduction française par Adelin Rousseau

Moine de l’Abbaye d’Orval

Internet : www.JESUSMARIE.com

 

 

La prétendue transmigration des âmes

 

 

33, 1. Quant à leur prétendu passage dans des corps successifs, nous le réfutons à partir du fait que les âmes n'ont absolument aucun souvenir d'événements antérieurs. En effet, si elles étaient envoyées en ce monde dans le but de poser tous les actes possibles, elles devraient se souvenir des actes déjà posés antérieurement par elles, afin de compléter ce qui leur manquerait encore et de ne pas peiner sans cesse dans les mêmes allées et venues indéfiniment réitérées : leur union au corps ne pourrait pas éteindre totalement le souvenir de ce qu'elles auraient vu antérieurement, d'autant plus qu'elles viendraient précisément dans le but susdit. Présentement, les choses que l'âme voit par elle-même en imagination tandis que le corps est endormi et repose, elle se les rappelle pour la plupart et en fait part au corps, et il arrive de la sorte que, même après un long moment, un homme fasse connaître en état de veille ce qu'il a vu en songe : de la même manière l'âme devrait se souvenir des actes qu'elle aurait posés avant sa venue dans le corps. Car si, ce qui n'a été vu en imagination qu'un instant par elle seule durant le sommeil, elle se le rappelle après qu'elle s'est mêlée au corps et répandue dans tous les membres, à bien plus forte raison se souviendrait-elle des activités auxquelles elle se serait adonnée pendant la durée autrement considérable de toute une existence antérieure.

 

33, 2. Ne pouvant répondre à ces arguments, Platon, cet ancien Athénien qui fut le premier à introduire cette doctrine, fit intervenir le breuvage de l'oubli, pensant échapper par là à la difficulté : sans fournir la moindre preuve, il déclara péremptoirement que les âmes entrant en cette vie sont abreuvées d'oubli, avant d'entrer dans des corps, par le « démon » qui préside à cette entrée. Il tomba ainsi, sans s'en apercevoir, dans une autre difficulté plus grande encore. En effet, si le breuvage de l'oubli suffit, dès qu'il a été bu, à effacer le souvenir de tous les événements antérieurs, comment sais-tu donc, ô Platon, puisque ton âme est présentement dans un corps, qu'avant d'entrer dans ce corps elle a été abreuvée par un « démon » du remède de l'oubli ? Si tu te souviens du « démon », du breuvage et de l'entrée, tu dois savoir aussi tout le reste ; si tu l'ignores, c'est que ni le « démon » n'est vrai ni le reste de cette spécieuse théorie relative au breuvage de l'oubli.
 

33, 3. Contre ceux qui disent que le corps lui-même est le remède de l'oubli nous ferons valoir les objections suivantes : Comment l'âme peut-elle se souvenir et faire part à autrui de tout ce qu'elle voit par elle-même, pendant le sommeil et en pensée, tandis que repose le corps ? D'ailleurs, si le corps était l'oubli, l'âme qui se trouve dans le corps ne se souviendrait même pas de ce qui est venu un jour à sa connaissance par le moyen de la vue ou de l'ouïe : dès que l'œil se détournerait des objets contemplés, disparaîtrait aussi le souvenir de ceux-ci, car, se trouvant à l'intérieur même de l'oubli, l'âme ne pourrait connaître rien d'autre que ce qu'elle verrait au moment présent. Comment pourrait-elle, de surcroît, apprendre les choses divines et se souvenir d'elles, tout en étant dans le corps, si, comme ils le prétendent, le corps lui-même est l'oubli ? Les prophètes eux-mêmes, tout en étant sur terre, une fois revenus à eux, se souviennent et font part aux autres hommes de tout ce qu'ils ont vu et entendu de façon spirituelle au cours de visions célestes : il n'est pas vrai que le corps produise dans l'âme l'oubli des choses qu'elle a vues de façon spirituelle, mais l'âme instruit le corps et lui fait part de la vision spirituelle qu'elle a reçue.

 

33. 4. Car le corps n'est pas plus puissant que l'âme, lui qui reçoit d'elle le souffle, la vie, la croissance et la cohésion, mais c'est l'âme qui domine sur le corps et lui commande. Sans doute l'âme est-elle entravée dans sa promptitude, pour autant que le corps a part à son mouvement, mais elle ne perd pas sa science pour autant. Le corps est en effet semblable à un instrument, tandis que l'âme exerce la fonction de l'artiste. L'artiste conçoit promptement une œuvre d'art en lui-même, mais il ne la réalise que lentement au moyen d'un instrument à cause de l'inertie de l'objet : la promptitude de l'esprit de l'artiste, en se mêlant à la lenteur de l'instrument, réalise une œuvre tenant de l'une et de l'autre. Ainsi l'âme unie à son corps est-elle quelque peu entravée du fait que sa promptitude se mêle à la lenteur du corps, mais elle ne perd pas entièrement ses énergies pour autant : tout en faisant participer le corps à sa vie, elle ne cesse pas de vivre elle-même. De même aussi, lorsqu'elle fait part au corps des autres choses, elle ne perd ni la science qu'elle en possède ni le souvenir des choses qu'elle a contemplées.

 

33, 5. Si donc elle n'a nul souvenir d'événements antérieurs et n'a d'autres connaissances que celles qui s'acquièrent en cette vie, concluons qu'elle n'a jamais été dans d'autres corps et qu'elle n'y a jamais posé des actes qu'elle ignorerait ni connu des choses qu'elle aurait perdues de vue. Mais, de même que chacun de nous reçoit son propre corps par l'art de Dieu, de même possède-t-il aussi sa propre âme. Car Dieu n'est ni pauvre ni démuni au point de ne pouvoir donner à chaque corps son âme propre de même que sa marque propre. Et c'est pourquoi, lorsque sera complet le nombre des humains fixé d'avance par lui, tous ceux qui auront été inscrits pour la vie (a)  ressusciteront, ayant leur propre corps, leur propre âme et leur propre Esprit (b) en lesquels ils auront plu à Dieu ; quant à ceux qui seront dignes de châtiment, ils s'en iront le recevoir, ayant eux aussi leur propre âme et leur propre corps en lesquels ils se seront séparés de la bonté de Dieu. Et les uns et les autres cesseront d'engendrer et d'être engendrés, d'épouser et d'être épousés (c), afin que l'espèce humaine, étant parvenue à la juste mesure fixée d'avance par Dieu et ayant atteint sa perfection, conserve l'harmonie reçue du Père.

 

34, 1. Le Seigneur a parfaitement enseigné que les âmes demeurent sans passer dans d'autres corps ; elles gardent même telle quelle la caractéristique du corps auquel elles sont adaptées, et elles se souviennent des actes qu'elles ont posés ici-bas et qu'elles ont cessé de poser. C'est ce qui apparaît dans l'histoire du riche et de ce Lazare qui reposait dans le sein d'Abraham (d). D'après ce récit, le riche connaissait Lazare après sa mort et connaissait pareillement Abraham; chacun d'entre eux demeurait à la place qui lui était assignée ; le riche demandait que fût envoyé pour lui porter secours ce Lazare auquel il avait refusé jusqu'aux miettes de sa table ; par sa réponse, Abraham montrait qu'il était au courant de ce qui concernait non seulement la personne de Lazare, mais aussi celle du riche ; et il enjoignait, à ceux qui ne voulaient pas venir en ce lieu de tourments, d'écouter Moïse et les prophètes et de recevoir le message de Celui qui allait ressusciter d'entre les morts. Tout cela suppose manifestement que les âmes demeurent, qu'elles ne passent point en d'autres corps, qu'elles possèdent les traits de l'être humain, de façon à pouvoir être également reconnues, et qu'elles se souviennent des choses d'ici-bas ; on voit aussi qu'Abraham possédait le don de prophétie et que chaque âme se voit assigner, avant même le jugement, le séjour qu'elle a mérité.

 

a) Cf. Apocalypse, 21 : 27 ;

b) Cf. I Thessaloniciens, 5 : 23 ;

c) Cf. Saint Matthieu, 22 : 30 ;

d) Cf. Saint Luc, 16 : 19-31.

 

F I N

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POUR PARVENIR À UNE RÉSURRECTION DE VIE (CF. S. JEAN, V, 25, 28-29) - Le Présent éternel

 

 

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