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13 février 2014 4 13 /02 /février /2014 09:30

 

VIE D’UNION À DIEU PAR LA FOI SEULE

 

 (1/6)

 

S. Matthieu, VII, 13-14 :

 

« Entrez par la porte étroite ; parce que large est la porte et spacieux le chemin qui conduit à la perdition ; et nombreux sont ceux qui entrent par elle. Combien est étroite la porte et resserrée la voie qui conduit à la Vie, et qu’il en est peu qui la trouvent ! « [Cf. Apocalypse, XII, 4 ; XVII, 2, 4 ; Daniel, IX, 27.]

 

S. Paul aux Galates, V, 25-26 :

 

« Si nous vivons par l’Esprit, marchons aussi selon l’Esprit. Ne devenons pas avides d’une vaine gloire, nous provoquant les uns les autres, envieux les uns des autres. » [Cf. le Sermon 61 de Jean Tauler (1300 – 1361), O. P., pour le 14° dimanche après la Très Sainte Trinité.]

 

 

LE CHÂTEAU DE L’ÂME

ou

LES DEMEURES (29 novembre 1577)

 

Ste Thérèse d'Avila (1515 – 1582)
 

Éditions du Seuil (1949)

 

Traduction du R.P. Grégoire de Saint Joseph


PREMIÈRES DEMEURES

 

Chapitre I

 

Ste Thérèse traite de la beauté et de la dignité de nos âmes ; elle en donne une comparaison pour le faire comprendre ; elle montre quel profit apportent cette connaissance ainsi que le goût des faveurs spirituelles que nous recevons de Dieu ; elle explique enfin comment l’oraison est la porte de ce château dont elle parle.

 

 

Tandis que je priais aujourd’hui Notre Seigneur de parler à ma place, parce que je ne savais que dire, ni de quelle manière je devais commencer ce travail que l’obéissance m’impose, il s’est présenté à mon esprit ce que je vais dire maintenant, et qui sera en quelque sorte le fondement de cet écrit.

On peut considérer l’âme comme un château qui est composé tout entier d’un seul diamant ou d’un cristal très pur, et qui contient beaucoup d’appartements, ainsi que le ciel qui renferme beaucoup de demeures (a).

De fait, mes Sœurs, si nous y songions bien, nous verrions que l’âme du juste n’est pas autre chose qu’un paradis, où Notre-Seigneur, selon qu’il l’affirme lui-même , touve ses délices (b). Dès lors, quelle doit être d’après vous la demeure où un Roi si puissant, si sage, si pur, si riche de tous les biens, daigne mettre ses complaisances ! Pour moi, je ne vois rien à quoi l’éminente beauté d’une âme et sa vaste capacité puissent être comparées. À la vérité, notre intelligence, si clairvoyante qu’elle soit, ne peut le comprendre, comme elle ne saurait, non plus, se représenter Dieu ; car il nous le déclare, c’est à son image et ressemblance qu’il nous a créés (c).

Or si la chose est vraie, et elle l’est, il n’y a aucun motif pour nous fatiguer à vouloir comprendre la beauté de ce château ; puisqu’il n’y a entre lui et Dieu la même différence qui existe entre la créature et le Créateur ; car il n’est qu’une créature ; mais il suffit d’apprendre de Sa Majesté que ce château est fait à son image pour avoir quelque légère idée de la dignité sublime et de la beauté de l’âme. Ce ne serait donc donc pas une minime infortune, ni une petite confusion, si par notre faute nous ne pouvions nous comprendre nous-mêmes, ni savoir ce que nous sommes. Quelle ignorance, ne serait pas, mes filles, celle d’une personne à qui l’on demanderait qui elle est, et qui ne se connût pas elle-même ou qui ne sût pas quel est son père, quelle est sa mère, ni quel est son pays ! [Les révolutionnaires en sont là !] Ce serait une insigne stupidité ; or la nôtre est incomparablement plus grande, dès lors que nous ne cherchons pas à savoir ce que nous sommes, et que nous ne nous occupons pas de notre corps. Nous savons bien d’une façon générale que nous avons une âme [et encore !], parce que nous l’avons entendu dire et que la foi nous l’enseigne. Mais quels biens sont renfermés en elle ; quel est Celui qui habite au-dedans d’elle ; quelle en est la valeur inestimable ? C’est à ce que nous ne considérons très rarement [déjà ! – en son temps] ; voilà pourquoi nous avons si peu à cœur de mettre tous nos soins à en conserver la beauté. Toute notre sollicitude se porte sur la grossièreté de l’enchâssure du diamant, ou enceinte de ce château, c’est-à-dire sur notre propre corps.

Considérons donc que ce château a, comme je l’ai dit, beaucoup d’appartements, les uns en haut, les autres en bas et sur les côtés, tandis qu’au centre, au milieu de tous les autres, se trouve le principal, celui où se passent des choses très secrètes entre Dieu et l’âme. Il est nécessaire que vous remarquiez bien cette comparaison. Peut-être, m’aidera-t-elle, avec le secours de Dieu, à vous faire connaître quelques-unes des grâces qu’il lui plaît d’accorder aux âmes, et la différence qu’il y a entre elles. Je m’y appliquerai jusqu’au point où je le croirai possible ; car personne, ni surtout une créature aussi misérable que moi, ne saurait les comprendre toutes, tant elles sont nombreuses. Quand il plaira au Seigneur de vous en favoriser, ce sera une grande consolation pour vous de savoir déjà que c’est là une chose possible ; et s’il ne vous les accorde pas, vous le louerez du moins de sa bonté infinie. De même qu’il ne nous est pas nuisible de considérer les biens du ciel et le bonheur dont jouissent les bienheureux, que c’est là, au contraire, un motif de joie pour nous, et un stimulant pour travailler à l’acquisition de la gloire qu’ils possèdent, de même il ne peut pas résulter de dommage pour nous à considérer qu’un Dieu si grand peut se communiquer dès cet exil à des vers de terre si abjects. Il n’y en a pas non plus à aimer une bonté si excessive et une miséricorde si profonde. Je regarde comme certain que celui qui se scandalise quand il entend dire que Dieu peut accorder ici-bas une telle faveur est bien dépourvu d’humilité et d’amour du prochain. Et de fait comment pourrions-nous ne pas nous réjouir de ce que Dieu accorde de telles grâces à un de nos frères ? cela l’empêche-t-il de nous faire les mêmes faveurs ? Comment ne pas nous réjouir encore quand il manifeste ses grandeurs en qui il lui plaît ? Il n’a parfois d’autre but que de les montrer au grand jour ; c’est ce qu’il affirme au sujet de l’aveugle à qui il rendit la vue, quand les Apôtres lui demandèrent si cet homme était aveugle à cause de ses propres péchés ou à cause de ses parents (d). Ainsi donc, quand il accorde ses faveurs à certaines âmes, ce n’est pas parce que ces âmes sont plus saintes que d’autres à qui il les refuse, mais parce qu’il veut manifester sa grandeur, comme nous le voyons dans saint Paul et sainte Madeleine (e). Il nous ivite par là à le louer dans ses créatures.

On pourra me dire que ces choses paraissent impossibles et qu’il serait bon de ne pas scandaliser les faibles. Mais que ceux-ci n’y ajoutent pas foi, c’est un moindre mal que d’empêcher de profiter de ces grâces les âmes à qui Dieu les accorde. Celles-ci seront, au contraire, remplies de joies, et se stimuleront à aimer davanatage celui qui les enrichit de tant de miséricordes, quand elles verront qu’il possède tant de pouvoir et de majesté. D’ailleurs il est évident pour moi que les âmes avec lesquelles je m’entretiens ne sont pas exposées à pareil danger. Elles savent fort bien et elles croient que Dieu donne encore de plus hautes marques de son amour. Pour moi, je suis persuadée que quiconque ne croit pas cette vérité ne la goûtera pas par expérience. Dieu, en effet, aime beaucoup que nous ne fixions pas de limite à ses œuvres ; n’en mettez jamais non plus, vous, mes Sœurs que le Seigneur ne conduirait pas par cette voie.

Revenons à notre splendique et délicieux château, et voyons comment nous pouvons y pénétrer. Il semble que je dis une folie ; car si ce château est l’âme elle-même, n’est-il pas clair qu’elle ne peut y entrer ? Je n’ignore pas que l’âme et le château sont une même chose ; et mon langage semble aussi insensé que si je disais à quelqu’un d’entrer dans un appartement où il est déjà. Mais vous devez savoir qu’il y a de grandes différences dans la manière d’habiter un appartement. Elles sont nombreuses les âmes qui se trouvent dans l’enceinte extérieure du château, là où se tiennent les gardes ; elles ne se préoccupent point d’y entrer, ni de savoir ce qu’il y a dans un si riche palais, ou quel est celui qui l’habite ou quelles en sont les demeures. Vous aure lu, sans doute, dans certains livres d’oraison que l’on conseille à l’âme de rentrer au-dedans d’elle-même. Et bien, c’est précisément de cela qu’il s’agit ici.   

Les âmes qui ne font pas oraison, me disait, il y a peu de temps, un grand théologien, sont comme un corps paralysé ou perclus, qui a des pieds et des mains, mais qui ne peut pas s’en servir. Certaines âmes, en effet, sont tellement infirmes et tellement habituées à ne s’occuper que des choses extérieures, qu’on ne saurait les en tirer et qu’elles semblent dans l’impuissance de rentrer en elles-mêmes. Elles ont déjà contracté une telle habitude de vivre au milieu des reptiles et des bêtes qui se trouvent autour du château qu’elles ont pris, pour ainsi dire, la ressemblance. Malgré la noblesse de leur nature et le pouvoir qu’elles avaient de converser avec Dieu lui-même, elles ne sont point sorties de cet état. Si elles ne s’appliquent pas à reconnaître combien est profonde leur misère et à y porter remède, si, de plus, elles ne portent pas leurs regards sur elles-mêmes, elles seront changées en statues de sel, comme la femme de Lot, qui avait regardé en arrière (f).

D’après ce que je puis comprendre, la porte qui donne entrée à ce château, c’est l’oraison et la considération. Je ne dis pas qu’il s’agit plutôt de l’oraison mentale que de la prière vocale. Dès lors que la prière est véritable, elle doit être accompagnée de la considération. Car la prière où l’on considère ni à qui on parle, ni ce qu’on dit, ni la nature de celui qui prie, ou celle de celui à qui on s’adresse, je ne saurais l’appeler oraison, alors même que l’on remuerait beaucoup les lèvres. Parfois, il est vrai, il y aura oraison, alors même que l’âme n’apporterait pas cette sollicitude ; cela viendra alors de ce qu’elle l’aura faite d’autres fois. Mais celui qui va ordinairement s’entretenir avec la Majesté divine, comme il le ferait avec son esclave, qui ne considère même pas s’il s’exprime mal, ou non, et dit tout ce qui lui vient à l’esprit, ou ce qu’il a appris par cœur afin de le répéter ensuite à loisir, celui-là ne fait pas ce que j’appelle l’oraison. Plaise à Dieu que personne parmi les chrétiens n’en est une de cette sorte ! Quant à vous, mes Sœurs, j’espère de la bonté de Dieu que vous n’agirez jamais ainsi. Vous êtes d’ailleurs habituées à vous occuper des choses intérieures ; et c’est là un très bon moyen pour ne point tomber dans un tel abrutissement (« bestialidad »).

Nous ne nous adressons donc point à ces âmes paralysées. Si le Seigneur lui-même ne leur commande pas de se lever, comme à cet homme qui depuis trente-huit ans (g) était sur le bord de la piscine, elles sont bien à plaindre et grandement exposées à se perdre. Parlons plutôt à ces âmes qui finissent par entrer dans le château. Tout engagées qu’elles sont dans le monde, elles ont pourtant de bons désirs ; elles se recommandent parfois et de loin en loin à Notre-Seigneur ; elles considèrent ce qu’elles sont, bien que ce ne soit pas d’une manière très approfondie. De temps en temps dans le mois ; elles font des prières où elles apportent la pensée de mille affaires dont leur esprit est presque toujours occupé, car elles sont tellement attachées aux choses de ce monde que leur cœur s’en va là où est leur trésor (h). Cependant elles s’arrachent parfois à toute préoccupation terrestre.  Or c’est une très grande chose pour trouver la porte du château que de connaître soi-même et de constater que l’on suivait un mauvais chemin. Enfin ces âmes entrent dans les premières demeures d’en bas, mais elles y sont accompagnées de tant de reptiles (i) qu’ils ne lui permettent ni de contempler la beauté du château, n’y d’y trouver le repos. Néanmoins c’est déjà beaucoup qu’elles soient entrées. 

Il vous semblera, mes filles, que ce langage est hors de propos ; car par la bonté de Dieu, vous n’êtes pas du nombre de ces âmes. Veuillez avoir patience ; parce que, sans cela, je ne puis vous exposer, comme je les comprends, certaines particularités intimes de l’oraison ; et encore plaise au Seigneur que je réussisse à dire quelque chose de bon ! Ce que je veux vous exposer est très difficile à comprendre, quand on n’en a point l’expérience ; si vous l’avez, vous verrez que je ne puis me dispenser de toucher certains points qui, je le demande à la miséricorde de Dieu, ne vous regarderont jamais.

 

a) Cf. S. Jean, 14 : 2 : « Il y a beaucoup de demeures dans la maison du Père, sinon je vous l’aurais dit ; je vais vous préparer une place ». — La Sainte, se rendant un jour en 1579 de Médina del Campo à Avila, rencontra don Diégo de Yépès, son ancien confesseur à Tolède. Elle lui raconta comment tout le plan de ce livre lui avait été montré en un instant dans une vision. — Saint Luc, 17 : 21 : « Le Royaume de Dieu est au-dedans de vous (« intra vos ») » (le Royaume de Dieu ne frappera en effet les regards qu’après la venue du Règne glorieux et spirituel du Christ durant le septième millénaire sur une terre purifiée et renouvelée) ; S. Jean, 14 : 15-16 : « Si vous m’aimez, vous garderez mes commandements. Et je prierai le Père et Il vous donnera un autre Consolateur, pour qu’il demeure toujours avec vous ; c’est l’Esprit de vérité, que le monde ne peut recevoir, parce qu’il ne le voit point et ne le connaît point » ; 14 : 23 : « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, et mon Père l’aimera, et nous viendrons à lui, et nous ferons en lui notre demeure » ; verset 26 : « Mais le Consolateur, l’Esprit-Saint, que mon Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera toutes choses, et vous rappellera tout ce que je vous ai dit ». I Corinthiens, 3 : 16 : « Ne savez-vous pas que vous être un temple, et que l’Esprit de Dieu demeure en vous ? »

b) Cf. Proverbes, 8 : 31 ;

c) Cf. Genèse, 1 : 27 ;

d) Cf. S. Jean, 9 : 1-3 ;

e) Cf. II Corinthiens, 12 : 1, 9 ; cf. S. Luc, 7 : 37, 47 ; cf. Isaïe, 1 : 18 ; cf. Ézéchiel, 18 : 20-32 ;

f) cf. Genèse, 19 : 26 ;

g) Cf. S. Jean, 5 : 5 ;

h) Cf. S. Matthieu, 6 : 21 ;

i) Cf. chap. II suivant : « Qu’elle m’en croie, et prenne parfois son vol pour contempler la grandeur et la majesté de son Dieu. Là elle découvrira sa propre bassesse beaucoup mieux qu’en qu’en elle-même, et elle sera plus à l’abri des reptiles qui entrent dans les premières demeurent, où elle s’exerce à la connaissance de soi. »

 

 

La Montée du Mont Carmel

 

La mortification ou la nuit obscure et active des sens et de l'esprit pour  arriver à la divine lumière de l'union parfaite d'amour de Dieu

 

LIVRE III

 

Qui traite de la purgation et de la nuit active de la mémoire

et de la volonté. — Il donne l’instruction comment l’âme

doit se comporter touchant les appréhensions de ces

deux puissances pour venir à s’unir à Dieu, selon ces deux

puissances, en parfaite espérance et charité

 

S. Jean de la Croix, La Montée du Mont Carmel, Livre III, chap. II :

 

1. Il est nécessaire que le lecteur de ces Livres prenne garde à quel propos nous parlons ; autrement il pourrait former plusieurs doutes sur ce qu'il lirait, comme il pourra en avoir de ce que nous avons dit de l’entendement et de ce que nous dirons de la mémoire et de la volonté ; car, voyant comment nous anéantissons les puissances touchant leurs opérations, il pensera peut-être que nous plutôt le chemin de l’exercice spirituel que nous ne l’édifions ; ce qui serait vrai si nous ne voulions ici instruire que ceux qui commencent, — lesquels doivent se disposer par ces appréhensions discursives et appréhensives.


 

2. Mais, parce que nous donnons ici une doctrine pour passer outre en contemplation à l'union avec Dieu, — pour lequel effet tous ces moyens et exercices sensitifs des puissances doivent demeurer en arrière et en silence, afin que Dieu opère de soi l'union divine en l'âme, — il faut suivre ce style, désembarrassant (« desembarazando »), évacuant et faisant que les puissances renoncent à leur juridiction naturelle, et à leurs opérations, afin de donner lieu à l'infusion et à l'illustration surnaturelle ; puisque leur capacité ne peut atteindre à un si haut point, mais au contraire elle peut la détourner, si on ne la perd de vue. [...]


 

4. [...] Et il ne se peut moins faire que la mémoire s'anéantisse touchant les formes, si elle veut s'unir avec Dieu. Car cela ne peut être si elle ne se disjoint entièrement de toutes les formes qui ne sont pas Dieu ; puisqu'Il ne tombe point sous forme ni aucune notice distincte, comme nous l'avons dit en la nuit de l'entendement. Et, comme dit le Christ, puisque personne ne peut servir deux maîtres à la fois, la mémoire ne peut être conjointement unie en Dieu et en les formes et notions distinctes ; et comme Dieu n'a point de forme, ni image qui puisse être comprise par la mémoire, de là vient que quand l'âme est unie avec Dieu (comme on voit tous les jours par expérience) elle demeure sans forme et sans figure, l'imagination perdue et la mémoire plongée dans un souverain Bien, en grand oubli, sans se souvenir de rien. Car cette union divine lui vide l'imagination, la nettoie de toutes les formes et notices, et l'élève au surnaturel.


 

5. Et ainsi, c'est chose notable ce qui parfois se passe ici : parce que parfois, quand Dieu fait ces touches d'union dans la mémoire, subitement il se produit dans le cerveau - qui est le lieu où elle a son siège - un chavirement si sensible qu'il semble que toute la tête s'évanouisse et que le jugement et le sens se perdent ; et ceci tantôt plus, tantôt moins, selon que la touche est plus ou moins forte ; et alors, à cause de cette union, la mémoire se vide et se purge (comme je le dis) de toutes les notices et elle demeure dans un oubli parfois si grand qu'elle a besoin de se faire grande violence et se donner de la peine pour se souvenir de quelque chose.


 

6. Cet oubli de la mémoire et suspension de l'imagination [sous l’influence et sous le contrôle de Dieu] sont parfois de telle sorte, parce que la mémoire est unie avec Dieu, qu'il se passe un long temps sans le sentir, ni savoir ce qui s'est fait pendant ce temps-là. Et comme alors l'imagination est suspendue, quoiqu'alors on lui fasse des choses douloureuses, elle ne les sent pas ; car sans imagination il n'y a pas de sentiment - ni même de pensée, vu qu'il n'y en a pas. Et afin que Dieu vienne faire ces touches d'union, il convient à l'âme de désunir la mémoire de toutes notices appréhensives. Et il faut noter que ces suspensions ne sont plus de même chez les parfaits, parce qu'il y a déjà en eux une parfaite union, et qu'elles relèvent de l'élément essentiel de l'union. [...]


 

7. Vous me direz peut-être que cela semble bon, mais que de là s'ensuit la destruction de l'usage naturel et du cours des puissances, et que l'homme demeure oublieux, comme une bête, et encore pis, sans discourir ni se souvenir des nécessités ni des opérations naturelles ; que Dieu ne détruit pas la nature, mais qu'Il la perfectionne, et d'ici s'ensuit nécessairement sa destruction, puisqu'elle oublie ce qui de moral et de raisonnable pour les pratiquer, et pareillement ce qui est naturel pour l'exercer. Vu qu'elle ne peut se souvenir aucunement de cela, puisqu'elle se prive des notices et des formes, qui sont le moyen de la réminiscence.


 

8. À quoi je réponds qu'il en est ainsi : que tant plus la mémoire va s'unissant avec Dieu, d'autant plus elle va perdant les notices distinctes, jusqu'à les perdre totalement - ce qui est lorsque l'âme arrive en perfection à l'état d'union ; et partant, au commencement, lorsque cela se fait, l'âme ne peut empêcher un grand oubli de toutes les choses (puisqu'elle va perdant les formes et les notices) et ainsi elle fait maintes fautes touchant l'usage et le commerce extérieur, ne se souvenant de boire ni de manger, ni si elle a fait, ni si elle a vu ou non, si on a dit ou si on n'a pas dit, et ceci à cause que la mémoire est absorbée en Dieu (« absorbimiento en Dios »). Mais lorsqu'elle est déjà parvenue à l'habitude d'union, qui est un Bien souverain, elle n'a plus ces oublis (« esos olvidos ») de cette façon, en ce qui est de la raison morale et naturelle ; au contraire, dans les opérations convenables et nécessaires elle est bien plus parfaite, encore qu'elle ne les opère par le moyen des formes et notices de la mémoire ; parce que, en ayant l'habitude d'union, qui est déjà un état surnaturel, la mémoire défaille et aussi les autres puissances en leurs opérations naturelles, et passent de leur terme naturel à celui de Dieu, qui est surnaturel. Et ainsi, la mémoire étant transformée en Dieu, il ne peut s'y imprimer de formes ni de notices des choses. C'est pourquoi les opérations de la mémoire et des autres puissances, en cet état, sont toutes divines ; parce que Dieu possédant désormais les puissances comme Seigneur absolu, par leur transformation en Lui, c'est Lui-même qui les meut et leur commande divinement selon son divin Esprit et selon sa volonté ; et alors, c'est de manière que les opérations ne sont pas distinctes, mais que celles que l'âme opère sont de Dieu et sont des opérations divines, car, comme dit saint Paul, “celui qui s'unit avec Dieu n'est qu'un seul esprit avec Lui” (I Corinthiens, VI, 17).


 

9. De là est que les opérations de l'âme unie sont de l'Esprit divin et par conséquent sont divines. D'où vient que les œuvres de ces âmes sont celles qui sont convenables et qui sont raisonnables, et non celles qui sont hors de propos ; parce que l'Esprit de Dieu leur fait savoir ce qu'elles doivent savoir, et ignorer ce qu'il faut ignorer, et se souvenir de ce dont elles doivent se souvenir avec formes et sans formes, et oublier ce qui est à oublier, et leur fait aimer ce qu'elles doivent aimer, et n'aimer ce qui n'est pas en Dieu. Et ainsi tous les premiers mouvements des puissances de ces âmes sont divins, et il n'y a pas sujet de s'étonner que les mouvements et opérations de ces puissances soient divins, puisqu'elles sont transformées en un être divin. [...]


 

11. Pour un second exemple, nous supposerons ceci : une personne en un tel temps doit vaquer à certaine affaire nécessaire. Elle ne s'en souviendra par forme aucune ; mais seulement, sans savoir comment, on lui mettra en l'âme quand et comment il convient d'y travailler sans qu'il y ait aucun manquement. [...]


 

13. Vous me direz peut-être que l'âme ne pourra tant vider et priver la mémoire de toutes les formes et images qu'elle puisse parvenir à un si haut état ; parce qu'il y a deux difficultés qui sont par-dessus les formes et l'habileté humaines ; qui sont : de rejeter le naturel avec l'habileté naturelle - ce qui ne peut être - et de toucher et s'unir au surnaturel - ce qui est beaucoup plus difficile et, pour dire vrai, cela est impossible avec la seule habileté naturelle. Je dis que c'est la vérité, que Dieu doit la mettre en cet état surnaturel ; mais qu'aussi elle doit s'y disposer autant qu'il est en elle - ce qu'elle peut faire naturellement, surtout avec l'aide que Dieu lui donne. Et ainsi à mesure qu'elle entre pour sa part en cette négation et vide de formes, Dieu va la mettant en la possession de l'union (comme, moyennant sa grâce, nous le dirons en la nuit passive de l'âme) et ainsi, quand il Lui plaira, à la mesure de sa disposition, Il achèvera de lui donner l'habitude de la divine union parfaite. [...]


 

15. [...] Souvenez-vous seulement qu'encore que pour un temps on ne sente pas le profit de cette suspension de notices et de formes, le spirituel ne doit pas s'en inquiéter, car Dieu ne manquera pas de venir en son temps - et pour un si grand bien, que ne faut-il pas endurer et souffrir avec patience et espérance ?

 

Ibid., chap. IV (où il est traité du second dommage qui peut venir à l’âme, de la part du démon, par la voie des appréhensions naturelles de la mémoire) :

 

Où il est traité du second dommage qui venir à l’âme, de la part du diable,

par la voie des appréhensions naturelles de la mémoire

 

1. Le second dommage positif qui peut venir à l’âme par le moyen des notices de la mémoire (« por medio de las noticias de la memoria » : par le moyen des connaissances de la mémoire) est de la part du démon, lequel, par ce moyen, a bien du pouvoir en l’âme. Car il peut ajouter des formes, notices et discours et par elles affectionner l’âme à l’orgueil, à l’avarice, à la colère, l’envie, etc., et mettre une haine injuste, un amour vain, et tromper en maintes façons ; en outre, il a coutume de laisser les choses et les placer (« asentarlas ») dans l’imagination (« fantasίa ») de telle sorte que les fausses paraissent vraies et les vraies fausses. Bref, toutes les plus grandes tromperies du démon et les plus grands maux qu’il fait à l’âme entrent par les notices (« las noticias » : les connaissances) et les discours (« discursos » : réflexions) de la mémoire, laquelle s’obscurcissant en tout cela et s’anéantissant en oubli, ferme totalement la porte à ce dommage du démon et se délivre de toutes ces choses, ce qui est un grand bien ; parce que le démon ne peut rien en l’âme si ce n’est par le moyen des opérations des puissances de celle-ci [mémoire, intelligence et volonté], principalement des notices, parce que de ces notices (connaissances) dépendent presque toutes des opérations des autres puissances [mémoire et volonté]. D’où, si la mémoire s’anéantit en elles, le démon n’y peut rien, parce qu’il ne trouve rien à saisir, et sans rien, il ne peut rien.


 

2. Je voudrais que les spirituels remarquent bien tous les dommages que les démons font dans les âmes par la mémoire quand elles veulent s’en servir, combien de tristesses, d’afflictions et de joies mauvaises vaines ils leur font avoir, tant dans les choses qu’elles pensent en Dieu comme de celles du monde ; et combien d’impuretés ils laissent enracinées dans l’esprit, les divertissant du souverain recueillement (« sumo recogimiento ») qui consiste à mettre toute l’âme selon ses puissances dans le seul bien et à l’ôter de tout ce qui est appréhensible, parce qu’il n’est le bien incompréhensible. Lequel, encore qu’un si grand bien, comme celui de se mettre tout en Dieu ne procède pas du vide de ses puissances, [mais] seulement en raison de se délivrer de beaucoup de peines, d’afflictions et de tristesses, outre les imperfections et les péchés dont on se garantit, est un bien très signalé.

 

Ibid., chap. V :

 

Du troisième dommage qui vient à l’âme par les

notices distinctes naturelles de la mémoire

 

1. Le troisième dommage que reçoit l'âme par la voie des appréhensions naturelles de la mémoire est privatif, parce qu'elles peuvent lui empêcher le bien moral et la priver du spirituel. Et pour dire premièrement comment ces appréhensions empêchent le bien moral à l'âme, il faut savoir que le bien moral consiste à brider les passions et à réfréner les appétits déréglés, d'où s'ensuit en l'âme tranquillité, paix et repos et les vertus morales, ce qui constitue le bien moral. L'âme ne peut tenir cette bride ou ce frein comme il faut, si elle n'oublie et n'éloigne de soi les choses d'où naissent les affections ; et jamais il ne vient de troubles à l'âme sinon les appréhensions de la mémoire. Car toutes choses étant mises en oubli, il n'y a rien qui trouble la paix, ni qui meuve les appétits, puisque (selon le proverbe) ce que l'œil ne voit, le cœur ne le désire.


 

2. Nous en avons tous les jours l'expérience, parce que nous voyons qu'à chaque fois que l'âme pense à quelque chose, elle en est émue et altérée plus ou moins selon son appréhension : si elle est pesante et fâcheuse, elle en tire de la tristesse ; si elle est agréable, du désir et de la joie, etc. D'où après, il faut nécessairement qu'il sorte du trouble avec le changement de cette appréhension. Et ainsi, tantôt elle est joyeuse, tantôt triste, tantôt elle hait, tantôt elle aime, et ne peut persévérer toujours en un même état (ce qui est l'effet de la tranquillité morale) si ce n'est quand elle tâche d'oublier toutes choses. Il appert donc que les notices empêchent beaucoup en l'âme le bien des vertus morales.


 

3. Il est aussi facile de prouver, par ce qui a été dit, que la mémoire embarrassée empêche le bien spirituel. Parce que l'âme altérée, qui n'a aucun fondement de bien moral, comme telle, est incapable du spirituel, qui ne s'imprime qu'en l'âme modérée et pacifiée. Et outre cela, si l'âme retient et fait cas des appréhensions de la mémoire - attendu qu'elle ne peut être attentive qu'à une chose - si elle s'emploie en les compréhensibles [esp. « aprehensibles », lat. « apprehendere », saisir, concevoir] comme sont les notices de la mémoire, il n'est pas possible qu'elle soit libre pour l'incompréhensible qui est Dieu. Vu qu'afin que l'âme aille à Dieu, elle doit plutôt aller en ne comprenant pas qu'en comprenant ; il faut changer ce qui est muable et compréhensible pour l'immuable et l'incompréhensible.

 

Ibid., chap. VI :

 

Des profits que l’âme reçoit dans l’oubli et le vide

de toutes les pensées et notices qu’elle peut

naturellement avoir touchant la mémoire

 

1. Des dommages que nous avons dit arriver à l'âme par les appréhensions de la mémoire, nous pouvons aussi rassembler les profits qui leur sont contraires, qu'elle reçoit du vide et de l'oubli de cela. [...] Parce que, premièrement, elle jouit de la tranquillité et du repos de l'âme (puis, qu'elle manque du trouble et de l'altération qui procèdent des pensées et des notices de la mémoire) et, par conséquent, elle jouit de la pureté de la conscience et de l'âme, qui est un grand bien. [...]


 

2. Secondement, elle se délivre de nombreuses suggestions, tentations et mouvements du diable, qu'il glisse dans l'âme par le moyen des pensées et des notions, ce qui fait tomber en maintes impuretés et en des péchés [cf. les Exercices spirituels de S. Ignace de Loyola, les Règles pour le discernement des esprits]. “Ils ont pensé, dit David, et ils ont proféré l'iniquité” (Psaumes, LXXII, 8). Partant, supprimant les pensées, le diable n'a plus de quoi attaquer naturellement l'esprit.


 

3. Tiercement, l'âme, par cet oubli et cette retraite de toutes choses, est disposée pour être mue du Saint-Esprit et enseignée par Lui, Lequel (dit le Sage) “s'éloigne des pensées qui sont sans raison” (Sagesse, I, 5). [...] “Pour ce, dit David, tout homme se trouble en vain” (Psaumes, XXXVIII, 7). Car il est évident que c'est toujours une chose vaine que de se troubler, vu que cela n'apporte jamais aucun profit. Partant, c'est une chose vaine que de se troubler quand même tout périt, tout s'abîme, tout vient au rebours et à revers, puisqu'on apporte par là plus de dommage que de remède. Mais de supporter tout d'une égalité paisible, cela n'apporte pas seulement à l'âme de nombreux biens, mais encore en ces mêmes adversités, elle en peut mieux juger et y mettre un remède convenable. [...] Puisque notre nature est si caduque et si glissante qu'encore qu'elle soit bien exercée, à peine se pourra-t-il faire qu'elle ne bute (« tropezar ») avec la mémoire en des choses qui troublent et altèrent l'esprit, qui était en paix et tranquillité, en ne se souvenant de rien. C'est pourquoi Jérémie dit : “Je me souviendrai avec la mémoire et mon âme se desséchera de douleur en moi” (Lamentations, III, 20).

 

Ibid., chap. VII (la vertu théologale d'espérance) :

 

Où il est traité du second genre d’appréhensions de la mémoire,

qui sont imaginaires, et des notices surnaturelles

 

2. Et je dis que l'âme, pour obtenir ce bien [son union avec Dieu], ne doit jamais faire de réflexion sur des choses claires et distinctes qui ont passé par elle surnaturellement, pour conserver en soi les formes, figures et notices de ces choses. Car il faut toujours présupposer que tant plus l'âme retient quelque appréhension naturelle ou surnaturelle distincte et claire, tant moins elle a de soi de disposition et de capacité pour entrer dans l'abîme de la foi, où s'abîme tout le reste. Parce que (comme nous avons donné à entendre) nulles formes ni notices surnaturelles qui puissent tomber dans la mémoire ne sont Dieu - et l'âme, pour aller à Dieu, doit s'évader de tout ce qui n'est pas Dieu [c'est absolument logique]. Il faut donc aussi que la mémoire se défasse de toutes ces formes et notices pour s'unir avec Dieu en espérance. Car toute possession est contraire à l'espérance, laquelle, comme dit saint Paul, “est de ce qu'on ne possède pas” (Hébreux, XI, 1). D'où vient que tant plus la mémoire se dépossède [ou se vide], tant plus elle a d'espérance, et tant plus elle a d'espérance tant plus elle a de cette union avec Dieu. Parce qu'à l'égard de Dieu, tant plus l'âme espère, tant plus elle obtient [par son union avec Dieu]. Et alors elle espère le plus quand elle se dépossède [ou se vide] le plus ; et quand elle sera parfaitement dépossédée [ou vidée], elle demeurera parfaitement avec la possession de Dieu, dans l'union divine [ça, c'est magnifique !]. Mais il y en a beaucoup qui ne veulent pas se priver de la douceur et du goût de la mémoire en les notices et, pour ce sujet, ne parviennent pas à la souveraine possession et tout entière douceur [divine]. Car “celui qui ne renonce pas à tout ce qu'il possède, ne peut être son disciple” (S. Luc, XIV, 33) [le disciple de Jésus-Christ].

 

Ibid., chap. VIII :

 

Des dommages que les notices des choses surnaturelles peuvent

faire à l’âme, si elle y fait réflexion. — Il dit combien il y en a

 

1. Le spirituel se hasarde en cinq sortes de dommages s'il s'applique et fait réflexion sur ces notices et formes qui s'impriment en lui des choses qui se passent en son âme par voie naturelle.


 

2. Le premier est qu'il se trompe souvent, prenant l'un pour l'autre. Le second, c'est qu'il est près et en occasion de tomber en quelque présomption ou vanité. Le troisième est que le diable a grand pouvoir de le tromper par le moyen de ces appréhensions. Le quatrième est que cela empêche l'union en espérance avec Dieu. Le cinquième est que pour la plupart du temps il juge bassement de Dieu.


 

5. Ce qui convient au spirituel, de peur de s'abuser en son jugement, c'est de ne pas chercher à appliquer son jugement pour savoir ce qu'il a ou ce qu'il ressent en soi ; ce qu'est une telle ou telle vision, notice ou sentiment, et qu'il n'ait aucune envie de le savoir, ni de s'en inquiéter, sinon pour le rapporter au père spirituel [ou à son directeur spirituel ou confesseur], afin qu'il lui apprenne à vider (« vaciar ») sa mémoire de ces appréhensions. Puisque tout ce qu'elles sont en elles ne peut l'aider à l'amour de Dieu autant que le moindre acte de foi vive et d'espérance, qui se fait en vide (« vacío ») et renonciation de tout cela.

 

Ibid., chap. XI :

 

Du quatrième dommage que l’âme peut recevoir des appréhensions

surnaturelles distinctes de la mémoire, qui est d’empêcher l’union

 

1. Il n'y a guère à dire de ce quatrième dommage, attendu qu'il a été déclaré à tout propos dans ce troisième Livre, où nous avons prouvé que l'âme, pour arriver à s'unir avec Dieu en espérance, doit renoncer à toute possession de la mémoire, puisque, afin que cette espérance soit toute de Dieu, il ne doit rien y avoir dans la mémoire qui ne soit Dieu. [...] 

 

Ibid., chap. XII :

 

Du cinquième dommage que l’âme peut recevoir dans les formes

et les appréhensions imaginaires surnaturelles, qui est de

juger de Dieu bassement et improprement

 

1. [...] Car les créatures terrestres ou célestes, et toutes les notices et images distinctes, naturelles et surnaturelles, qui peuvent tomber dans les puissances de l'âme - tant sublimes soient-elles en cette vie - n'ont aucune comparaison ni proportion avec l'Être de Dieu, parce qu'Il ne tombe sous aucun genre ni espèce - mais elles, oui bien, comme disent les théologiens. [...] Encore que cette comparaison soit fort basse, attendu que (comme nous avons dit) l'Être de Dieu est autre que celui de toutes les créatures dont Il est infiniment distant. C'est pourquoi, il faut les perdre toutes de vue, et l'âme ne doit jeter les yeux sur aucune de leurs formes, afin de pouvoir les mettre en Dieu en foi et espérance.

 

Ibid., chap. XIII :

 

Des profits que l’âme tire rejetant les appréhensions de l’imaginative.

Il répond à une objection et déclare la différence qu’il y a entre

les appréhensions imaginaires naturelles et surnaturelles

 

1. [...] De façon que l'âme peut employer tout le temps et la diligence qu'elle eût dépensé en cela et à examiner ces connaissances, en un meilleur et plus utiles exercice, qui est celui de la volonté envers Dieu ; et à s'étudier à chercher la nudité et pauvreté spirituelle et sensitive - qui consiste à vouloir se priver véritablement de tout appui de consolation et appréhension tant extérieur qu'intérieur. [...] Parce que nous avons dit là que le bien qui découle (redunda) en l'âme des appréhensions surnaturelles, quand elles sont de bonne part, s'opère passivement en l'âme, dans le même instant qu'elles se présentent au sens, sans que les puissances de l'âme fassent d'elles-mêmes aucune opération. [...] Mais, comme on donne passivement à l'âme l'esprit de ces appréhensions imaginaires, elle s'y doit aussi comporter passivement, sans mettre ses actions intérieures ou extérieures en rien. Et cela est garder les sentiments de Dieu, attendu qu'elle ne les perd point par sa basse façon d'opérer. C'est aussi ne pas étouffer l'esprit, parce que l'âme l'éteindrait si elle voulait se conduire d'une autre manière que Dieu ne la mène - ce qu'elle ferait si Dieu lui donnant l'esprit passivement comme Il fait en ces appréhensions, elle s'y voulait alors comporter activement, en agissant avec l'entendement, ou voulant en elles quelque chose. [...]


 

6. Partant, tout ce que l'âme doit procurer en toutes les appréhensions qui lui viendront d'en-haut, tant imaginaires que d'autre sorte - soit visions, paroles, sentiments ou révélations - c'est de ne faire aucun cas de la lettre et écorce (c'est-à-dire de ce qu'elle signifie ou représente ou donne à entendre) mais seulement de prendre garde d'avoir l'amour de Dieu qu'elles causent intérieurement en l'âme. [...]


 

7. [...] Quand il arrivera qu'une âme aura formellement en soi les dites figures [ou formes], elle pourra bien s'en souvenir pour l'effet d'amour que j'ai dit, parce qu'elles ne la détourneront point de l'union d'amour en foi [qui est la fin visée], pourvu qu'elle ne veuille point s'absorber dans la figure, mais seulement tirer son profit de l'amour, laissant soudainement la figure - et ainsi cela lui servira plutôt d'aide. [...]


 

8. [...] Car il y a certaines personnes qui ont ordinairement en l'imagination et fantaisie des visions imaginaires, qui leur sont souvent représentées d'une même façon - soit parce qu'elles ont une complexion très appréhensive et que, pour peu qu'elles y pensent, incontinent cette forme habituelle se représente et se peint en leur fantaisie ; soit parce que le diable les forme ; soit aussi parce que Dieu les met, sans qu'elles s'impriment rigoureusement en l'âme. Néanmoins, on peut les connaître par les effets ; parce que celles qui sont naturelles ou du diable, quoiqu'on se souvienne d'elles, n'opèrent aucun bon effet ni renouvellement d'esprit en l'âme, mais elle les regarde seulement avec aridité [cf. les Exercices spirituels de S. Ignace de Loyola, les Règles pour le discernement des esprits].

 

Ibid., chap. XV :

 

Où il met le moyen général, comment le spirituel

doit se conduire touchant la mémoire

 

1. [...] … tant plus l'âme dépossédera la mémoire des formes et choses mémorables qui ne sont point Dieu, tant plus elle mettra la mémoire en Dieu et la tiendra plus vide pour espérer de Lui qu'Il la remplira - donc, ce qu'il doit faire pour vivre en entière et pure espérance de Dieu, c'est que, autant de fois qu'il se présentera au spirituel des notices et images distinctes, sans s'y arrêter, qu'il retourne immédiatement l'âme à Dieu en vide de tout ce mémorable, avec une affection amoureuse, ne pensant ni regardant ces choses, sinon autant qu'il sera nécessaire pour en retenir la mémoire afin d'entendre et de faire ce qu'il est obligé - si elles sont de choses qui obligent [ou abstraction faite des choses relatives aux devoirs présents de son état]. Et encore que ce soit sans y loger son affection ni y mettre son goût, de peur qu'elles ne laissent de soi quelque effet en l'âme.

 

Ibid., chap. XVI (la nuit obscure et active de la volonté) :

 

Où il commence à traiter de la nuit obscure de la volonté.

Il met la division des affections de la volonté

 

1. Ce ne serait rien fait de purger l'entendement pour le fonder en la vertu de foi, et la mémoire en celle de l'espérance, si nous ne purgions aussi la volonté par rapport à la troisième vertu [théologale] qui est la charité - par laquelle les œuvres faites en foi sont vives et de grand prix, et sans laquelle elles ne valent rien, puisque, comme dit saint Jacques, “sans les œuvres de la charité [caritatives], la foi est morte” (S. Jacques, II, 20). Or pour traiter maintenant de la nuit et nudité active de cette puissance [la volonté], pour l'affermir et la former en cette vertu de la charité de Dieu, je ne trouve point d'autorité plus convenable que celle du Deutéronome, au chapitre VI, où Moïse dit : “Tu aimeras Dieu de tout ton cœur et de toute ton âme et de toute ta force” (Deutéronome, VI, 5). - ce qui contient tout ce que l'homme spirituel doit faire et ce que je veux ici lui enseigner pour s'approcher vraiment de Dieu en union de volonté par le moyen de la charité. Car il est là commandé à l'homme d'employer en Dieu toutes les puissances, appétits, opérations et affections de son âme, en sorte de toute l'habileté et la force de son âme ne servent que pour cela, conformément au dire de David : “Je garderai ma force pour Toi” (Psaumes, LVIII, 10).


 

2. La force de l'âme consiste en ses puissances et appétits, et tout cela est gouverné par la volonté. Donc, quand la volonté dirige vers Dieu ces puissances, passions et appétits, et les détourne de tout ce qui n'est pas Dieu, alors elle garde la force de l'âme pour Dieu et se porte ainsi à L'aimer de toute sa force. Et afin que l'âme puisse faire cela, nous traiterons ici de purger la volonté de toutes ses affections déréglées, d'où naissent les appétits, affections et opérations déréglées et qui sont cause aussi que l'âme ne garde pas toute sa force pour Dieu - en sorte que l'âme ne se complaise en sa jouissance sinon en ce qui est purement honneur et gloire de Dieu, qu'elle n'espère autre chose, ne s'afflige sinon de ce qui concerne cela, et ne craigne que Dieu - il est certain qu'elles adressent et gardent la force de l'âme et son habileté pour Dieu. [...] Parce que toute la question [ou l'affaire : « porque todo el negocio »] pour parvenir à l'union de Dieu est de purger la volonté de ses affections et appétits pour qu'ainsi de volonté humaine et basse intention elle devienne volonté divine, faite une même chose avec la volonté de Dieu.

 

Ibid., chap. XVII :

 

Où il commence à traiter de la première affection de la volonté.

Et il dit ce qu’est la joie, et donne une distinction

des choses dont la volonté peut jouir

 

1. La première des passions et affections de la volonté, c'est la joie ; laquelle - quant à ce que nous en pensons dire - n'est autre chose qu'un contentement en la volonté, avec estime de quelque chose qui lui semble convenable ; car jamais la volonté ne se réjouit, sinon quand elle prise quelque chose, et que celle-ci lui donne contentement. [...]


 

2. La joie peut naître de six sortes de choses ou biens, à savoir : temporels, naturels, sensibles, moraux, surnaturels et spirituels ; touchant lesquels nous irons par ordre, mettant la volonté dans les termes de la raison, afin qu'étant débrouillée d'avec eux, elle mette la force de sa joie en Dieu. Pour tout cela, il convient de présupposer un fondement qui sera comme un bâton sur lequel nous nous appuierons toujours - et il est à propos de bien le savoir, attendu que c'est la lumière par laquelle nous devons nous conduire et par le moyen de laquelle il nous faut entendre cette doctrine, et adresser en tous ces biens la joie à Dieu. Or c'est que la volonté ne doit se réjouir sinon de ce qui est à l'honneur et à la gloire de Dieu, et que le plus grand honneur que nous saurions Lui rendre, c'est de Le servir suivant la perfection évangélique - et ce qui est hors de cela n'est d'aucune valeur ni profit à l'homme.

 

Ibid., chap. XIX :

 

Où il est traité de la joie des biens temporels. —

Et il est dit comme il faut l’adresser à Dieu

 

1. S'il fallait déduire les dommages qui assiègent l'âme, quand elle met l'affection de la volonté dans les biens temporels, l'encre, le papier et le temps nous manqueraient. [...] Tous ces dommages ont leur racine et origine en un dommage privatif principal qu'il y a en cette joie : qui est de se séparer de Dieu. [...]


 

2. Ce dommage privatif, d'où nous disons que procèdent les autres privatifs et positifs, a quatre degrés, l'un pire que l'autre. Et quand l'âme sera parvenue au dernier, elle aura atteint le comble de tous les maux et dommages qu'on peut dire en ce cas. Moïse remarque bien ces quatre degrés dans le Deutéronome par ces paroles : “Celui que j'aimais s'est engraissé et a regimbé. Il est devenu en bon point et étant gros et gras, il a laissé son Dieu et Créateur et s'est retiré de Dieu son salutaire « salutari suo »” (Deutéronome, XXXII, 15).


 

3. L'âme - ayant été la bien-aimée avant qu'elle ne s'engraisse - s'engraisse quand elle se plonge en cette joie des créatures. D'où procède le premier degré de ce dommage, qui est de retourner en arrière - ce qui n'est autre chose qu'un affaiblissement de l'esprit à l'égard de Dieu (« un embotamiento de la mente acerca de Dios »), qui lui obscurcit les biens divins, comme la nuée obscurcit l'air, afin qu'il ne soit bien illuminé de la lumière du soleil. Attendu que par le même cas que le spirituel a mis sa joie en quelque chose et a lâché la bride à l'appétit pour des actes déraisonnables (« impertinencias »), il s'obscurcit à l'égard de Dieu et aveugle la simple intelligence du jugement, comme nous l'enseigne le Saint-Esprit au livre de la Sagesse par ces paroles : “L'usage de la vanité et l'union à elle et la plaisanterie obscurcit les biens, et l'inconstance de l'appétit renverse et pervertit le sens et le jugement sans malice” (Sagesse, IV, 12 - Vulg. :  « Fascinatio nugacitatis obscurat bona et inconstantia concupiscentiæ transvertit sensum sine malitia »). Où le Saint-Esprit donne à entendre qu'encore qu'il y ait aucune malice conçue en l'entendement de l'âme, la seule concupiscence et joie des choses créées suffisent pour causer en elle ce premier degré de ce dommage, qui est l'affaiblissement de l'esprit et l'obscurcissement du jugement pour connaître la vérité et juger bien de chaque chose comme elle est.


 

4. Ni la sainteté, ni le bon jugement de l'homme ne l'empêchent de tomber en ce dommage, s'il donne lieu à la concupiscence ou à la joie dans les choses temporelles. C'est pourquoi Dieu dit par Moïse, pour notre instruction : “Vous ne recevrez pas de présents, lesquels aveuglent même les prudents” (Exode, XXIII, 8). Il parlait particulièrement à ceux qui devaient être juges. Car ils ont besoin d'avoir le jugement net et subtil, ce qu'ils n'auraient pas avec la convoitise et la joie des présents. [...]


 

5. Le second degré de ce dommage privatif vient de ce premier, ce qui est signifié par ces termes qui suivent dans l'autorité alléguée : “Il s'est engraissé, et crû en grosseur, et est devenu replet”. Et ainsi ce second degré est une extension de la volonté devenue déjà plus libre dans les choses temporelles - ce qui consiste à ne plus tant se soucier, ni se peiner, ni tenir pour si grave de jouir et goûter des biens créés. [...] Parce que ce second degré la fait séparer des choses de Dieu et des saints exercices, avec un dégoût à leur égard, parce qu'elle goûte d'autres choses et va s'adonnant à mille imperfections et actes déraisonnables, à des joies et des goûts qui sont vains.


 

6. Et quand ce second degré est comble et entièrement consommé, il ôte à l'homme tous ses bons exercices journaliers, et fait que tout son esprit et son désir courent après les choses séculières. Ceux qui en sont à ce deuxième degré n'ont pas seulement le jugement et l'entendement obscurcis pour connaître les vérités et la justice comme ceux qui sont au premier degré, mais encore ils sont grandement lâches et tièdes (cf. Apocalypse, III, 15) et nonchalants à les savoir et à les accomplir, selon que dit Isaïe : “Tous aiment les présents et se laissent emporter aux récompenses ; ils ne font pas justice à l'orphelin et la cause de la veuve ne les touche pas pour en avoir soin” (Isaïe, I, 23). [...] Et ainsi ils s'éloignent de plus en plus de la justice et des vertus, à raison qu'ils dilatent davantage leur volonté dans l'affection des créatures. [...]


 

7. Le troisième degré de ce dommage privatif, c'est de quitter Dieu tout à fait, sans se soucier d'accomplir sa loi, pour satisfaire aux choses et biens du monde, trébuchant dans les péchés mortels par convoitise. Ce troisième degré est remarqué en ce qui suit de ladite autorité, à savoir : “Il a quitté Dieu, son Créateur”. Ce degré comprend tous ceux qui ont tellement englouti les puissances de leur âme dans les choses du monde, et dans ses richesses, et dans ses affaires, qu'ils n'ont plus le souci d'accomplir ce à quoi ils sont obligés par la loi de Dieu. [...] ... au contraire leur faim et leur soif croissent d'autant plus qu'ils s'éloignent de la source qui seule peut les rassasier, qui est Dieu - qui leur fait ce reproche par Jérémie, disant qu' “ils L'ont laissé : Lui qui est la fontaine d'eau vive, et ont creusé pour eux des citernes rompues qui ne peuvent garder l'eau”(Jérémie, II, 13 ; cf. S. Jean, IV, 10). [...]


 

8. Le quatrième degré de ce dommage privatif est remarqué en la fin de notre autorité, qui dit : “Et il s'est éloigné de Dieu son salutaire”. C'est où ils tombent du troisième degré que nous venons de dire. Car, pour ne tenir compte de mettre leur cœur en la loi de Dieu, à cause des biens temporels, de là procède que l'âme avare va s'éloignant grandement de Dieu selon la mémoire, l'entendement et la volonté - L'oubliant comme s'Il n'était point son Dieu, parce qu'elle a fait un dieu de son argent et des biens temporels, comme saint Paul dit que “l'avarice est une servitude d'idoles” (Colossiens, III, 5). Car ce quatrième degré porte jusqu'à oublier Dieu et mettre formellement en l'argent le cœur qui doit être mis formellement en Dieu, comme s'il n'y avait point d'autre dieu que l'argent.


 

9. De ce quatrième degré sont ceux qui n'hésitent pas à faire servir les choses divines et surnaturelles aux temporelles, comme à leur dieu ; au lieu de faire tout le contraire, les rapportant à Dieu - si vraiment ils L'estimaient leur Dieu - conformément à la raison. L'inique Balaam fut de ce nombre, qui vendait la grâce que Dieu lui avait donnée (cf. Nombres, XXII, 7). Et aussi Simon le Magicien, qui croyait que la grâce de Dieu s'appréciait par argent, la voulant acheter (cf. Actes, VIII, 18-19). En quoi ils estimaient plus l'argent, puisqu'il leur semble s'en trouver d'autres qui l'estimaient davantage, donnant la grâce pour de l'argent. Et il y en a beaucoup en ce temps qui sont de ce quatrième degré en maintes autres manières, lesquels ayant la raison enténébrée par la convoitise, servent encore à l'argent dans les choses spirituelles, non pas à Dieu ; et se meuvent par l'argent et non pour Dieu, mettant le prix devant la valeur et récompense divine, faisant en maintes manières l'argent leur principal dieu et fin - le préférant à la dernière fin, qui est Dieu.


 

10. De ce dernier degré sont “ceux que Dieu a, comme dit saint Paul, livrés à leur sens réprouvé” (Romains, I, 28). Car la joie tire l'homme en tous ces dommages, quand on la met dans ses possessions comme dans la dernière fin. Mais ceux qu'elle endommage moins sont toutefois encore dignes de grande compassion, vu qu'elle fait beaucoup reculer (comme nous avons dit) dans la voie de Dieu. Partant, “ne craignez pas, dit David, quand l'homme s'enrichit, c'est-à-dire ne lui portez pas envie, pensant qu'il vous devance, car quand il mourra, il n'emportera rien ; ni sa gloire, ni sa joie ne descendront avec lui” (Psaumes, XLVIII, 17-18).

 

Ibid., chap. XX :

 

Où il est traité des profits que reçoit l’âme de

ne pas se réjouir des choses temporelles

 

1. Que le spirituel ait bien l'œil à ce que le cœur et la joie ne commencent pas à s'attacher aux choses temporelles, crainte de ne venir du peu au beaucoup, croissant de degré en degré. Vu que du petit on vient au grand, et qu'une faute légère au commencement devient énorme à la fin, comme une étincelle suffit pour brûler toute une montagne et le monde entier [et comme, selon le Philosophe, une légère erreur dans les principes engendre une conclusion gravement erronée - Traité du ciel, I, 5, 271 b 10]. Et qu'il ne se fie jamais à ce que l'attachement soit petit s'il ne tranche incontinent - encore qu'il croie qu'il le fera après. Parce que, si vous n'avez pas le courage d'y pourvoir quand il est peu de chose et au début, comment pensez-vous et présumez-vous que vous le ferez, quand le mal sera grand et plus enraciné ? Particulièrement après ce que Notre Seigneur a dit en l'Évangile que “celui qui est fidèle dans les petites choses l'est aussi dans les grandes” (S. Luc, XVI, 10). Vu que quiconque évite le peu ne tombera pas dans le plus ; mais dans le peu il y a grand danger, vu que déjà il est entré dans l'enclos et la muraille du cœur. Et comme dit le proverbe, celui qui commence a déjà fait la moitié de l'œuvre. C'est pourquoi David nous avertit que “si vos richesses s'accroissent, n'y attachez pas votre cœur” (Psaumes, LXI, 11).


 

2. Quand l'homme ne ferait pas cela pour son Dieu, si pour ce à quoi l'oblige la perfection chrétienne, les seuls profits temporels, sans parler des spirituels, devraient l'inciter à délivrer entièrement son cœur des joies touchant ce qui a été dit. Car, il n'évite pas seulement les dangereuses pertes contenues au précédent chapitre, mais aussi - ôtant la joie des biens temporels,- il acquiert la vertu de la libéralité qui est une des principales conditions de Dieu - laquelle est incompatible avec la convoitise. De plus, il acquiert une liberté d'esprit, clarté en raison, un repos, une tranquillité et une paisible confiance en Dieu, avec un culte et une vraie soumission de la volonté envers Lui. [...]


 

3. [...] Le spirituel donc, au premier mouvement qu'il se réjouit des choses, doit le réprimer, se souvenant de ce qui a été dit ici ; à savoir qu'il n'y a rien dont l'homme doive se réjouir ; sinon de voir qu'il sert Dieu, et à procurer Sa gloire et Son honneur en toutes choses, les dirigeant seulement à cela et se détournant en elles de la vanité, sans y rechercher son goût ni sa consolation.


 

4. Il y a un autre profit très grand et principal à retirer sa joie des créatures, qui est de laisser le cœur libre pour Dieu - ce qui est le principe dispositif pour toutes les faveurs que Dieu doit faire à l'âme, sans laquelle disposition Il ne les fait pas. Et elles sont telles que, même temporellement, pour une joie qu'on quitte pour Lui et pour la perfection de l'Évangile, Il en rendra cent dès cette vie, comme Sa Majesté nous l'a promis au même Évangile (cf. S. Matthieu, XIX, 29). Mais quand ces intérêts n'y seraient pas, le seul dégoût que Dieu reçoit de ces joies des créatures, devrait les faire éteindre au spirituel dans son âme. [...] D'où nous devons croire que toutes les fois que nous nous réjouissons vainement, Dieu nous prémédite et prépare quelque châtiment et amère disgrâce, selon que nous méritons - la peine qui résulte de cette joie étant souvent cent fois plus amère que le plaisir a été doux. Car, encore que le dire de saint Jean dans l'Apocalypse soit véritable - “autant Babylone s'est glorifiée et livrée au luxe, autant donnez-lui de tourment et de deuil” - non pour dire que la peine ne sera plus que joie, car elle le sera, puisque de petits plaisirs sont punis d'éternels tourments ; mais pour faire entendre que rien ne demeurera sans un particulier châtiment, attendu que Celui qui punira une parole oiseuse (cf. S. Matthieu, XII, 36-37), ne pardonnera pas une vaine joie.

 

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VIE D’UNION À DIEU PAR LA FOI SEULE (2/6) - Le Présent éternel

 

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POUR PARVENIR À UNE RÉSURRECTION DE VIE (CF. S. JEAN, V, 25, 28-29) - Le Présent éternel

 

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12 février 2014 3 12 /02 /février /2014 17:38

LES MATHÉMATIQUES MODERNES :

L’UTOPIE INTELLECTUELLEMENT DÉVASTATRICE

(HORS DE LA RÉALITÉ)

 

Les mathématiques déviées de leur finalité naturelle

par l’adjonction d’éléments hétérogènes

et le postulat d’un espace 

à n dimensions.

 

Prolégomènes

 

Platon (428 - 348 av. J.-C.), Cratyle, 436 b :

 

Socrate :

- Il est évident que le premier qui a établi les noms les a établis suivant la manière dont il concevait les choses. C'est bien ce que nous disons, n'est-ce pas ?

Cratyle :

- Oui.

Socrate :

- Mais si sa conception n'était pas juste et s'il a établi les noms suivant cette conception, que crois-tu qu'il nous arrivera à nous qui le suivons ? Ne serons-nous pas trompés ?

Cratyle :

- [...] La meilleure preuve qu'on puisse te donner que l'auteur des noms n'a pas manqué la vérité, c'est cette concordance qu'il a su mettre entre tous. [...]

Socrate :

- Ta réponse, mon bon Cratyle, ne prouve rien. [...] Il en est ici comme dans les figures de géométrie : s'il arrive que la première, petite et peu nette, soit erronée, les nombreuses déductions qui s'ensuivent n'en sont pas moins d'accord entre elles. C'est donc, en toute entreprise, sur le point de départ qu'on doit toujours porter le plus de réflexion et le plus d'attention afin de s'assurer si le principe posé est juste ou non ; quand il a été bien éprouvé, on voit le reste s'y accommoder.

 

Aristote, Traité du Ciel (Caeli et Mundi), 271 b :

 

Il en a été ainsi et il ne pouvait qu'en être ainsi, puisqu'un faible écart initial prend, à mesure qu'on s'éloigne de la vérité, mille fois plus d'ampleur. [...] La cause en est que l'importance d'un principe tient plus à sa puissance de développement qu'à son développement même : c'est pourquoi ce qui était insignifiant au début finit par devenir d'une grandeur immense.

 

S. Thomas d'Aquin, L'être et l'essence, Introduction :

 

Quia parvus error in principio magnus est in fine, secundun Philosophum, primo libro Caeli et Mundi " : " Parce qu'une petite erreur au commencement est grande à la fin, selon le Philosophe, au premier livre Du Ciel et du Monde." [Par conséquent, pour ne jamais nous égarer dans nos raisonnements et pour toujours aboutir à des conclusions certaines, partons de l'être réel ou de la réalité existante et avançons par une suite de propositions rigoureusement liées et parfaitement assujetties les unes aux autres conformément aux règles de la logique. – Cf. l'Organon ou la Logique d'Aristote]

 

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L’irréalisme pernicieux des mathématiques des derniers temps

 

Calculatrice HP 48GX, Manuel d’utilisation, traçage d’équations différentielles, page 23-26 : «  Le type de tracé Slopefield dessine un réseau de segments dont les pentes représentent la valeur de la fonction (x, y), en leur milieu. Ce type de tracé permet de percevoir les courbes intégrales de l’équation différentielle dy = f(x) dx. Il est particulièrement utile pour comprendre la « constante arbitraire » dans les primitives [F (x) + C]. »

 

Cette calculatrice nous permet de constater que tous les mathématiciens s’appuient toujours sur des représentations graphiques pour nous faire comprendre la nature des dérivées ou des différentielles et celle des intégrales ainsi que leurs applications concrètes. L’homme doit toujours passer en effet par des images avant d’en abstraire des espèces intelligibles (a), car le principe de la connaissance est le sens (a).  

 

a) Thomas d’Aquin, Somme théologique, Ia, qu. 85, art. I, Respondeo : « intellectus noster intelligit materialia abstrahendo a phantasmatibus » ; qu. 84, art. 6, Sed contra : « principium totius nostrae cognitionis est a sensu ».

 

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Cours élémentaire de mathématiques supérieures, J. Quinet, Dunod, 1976, Tome 1, Algèbre, 1.1 : Les ensembles et relations, page 1 :

 

Négation d’une relation :

 

Etant donnée une relation R, on définit en logique une nouvelle relation, appelée négation de R, et notée non R. On dit encore que les relations R et non R sont contradictoires.

Par exemple, dans l’ensemble des (nombres) entiers naturels, les relations R : l’entier X est pair, non R : l’entier x n’est pas pair (autrement dit, est impair), sont contradictoires.

 

Par exemple, l’ensemble E des mesures d’espace et l’ensemble T des mesures de temps s’excluent nécessairement par défaut d’homogénéité et sont par conséquent contradictoires.

 

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V. Smirnov, Cours de Mathématiques supérieures, Tome II, Éditions Mir Moscou, 1979, Équations différentielles ordinaires, I-1. Équations du premier ordre [y’=f(x)] :

 

Page 16 : On va maintenant examiner l’interprétation géométrique (Fig. 2).

Pages 25 et 26, les tangentes aux courbes intégrales, cf. les figures 3, 4 et 5.

Pages 29 et 30, la famille de courbes intégrales, cf. la figure 6, etc.

 

ID., ibid., Tome IV, chap. I, Théorie des équations aux dérivées partielles, I-2-23, Construction de la fonction s :

 

Page 143 :

 

L e m m e 2. Soient t un vecteur unitaire tangent à une famille de courbes à deux paramètres recouvrant un espace à trois dimensions ou une de ses parties, d le jacobien d’une transformation des coordonnées cartésiennes en coordonnées curvilignes.

 

Page 350 : II-2-28. Équation de Laplace dans un espace à n dimensions :

 

Jusqu’ici nous avons étudié l’équation de Laplace dans le plan et l’espace.

Les résultats acquis se généralisent facilement à un espace à n dimensions dans lequel l’équation prend la forme, etc.

 

Notre commentaire :

 

Et, à partir de cette page, bien évidemment toutes les figures disparaissent, parce que nous sommes dans la fiction ou sortis de l’espace à trois dimensions ! À ces trois dimensions, avec Einstein et ses disciples, on avait déjà commencé à ajouter une quatrième « dimension », celle du temps, constituant ainsi un ensemble hétérogène et entraînant par conséquent des résultats nécessairement erronés. À ce sujet, nous nous permettons de citer ci-après les réflexions pertinentes et judicieuses de Fernand Crombette écrivant :

 

« Cette quatrième dimension est cependant un des piliers des raisonnements qu’a alignés Einstein pour tenter de combler des défenseurs précédents de l’hypothèse galiléenne mise en péril par l’expérience de Michelson.  Stormer (1) écrit en effet : « La théorie de la relativité d’Einstein a trouvé à sa disposition une théorie géométrique des espaces d’un nombre de dimensions égal ou supérieur à quatre ». Et Rousseau (2) : « Le résultat négatif [de l’expérience de Michelson] plongea les savants dans un abîme de perplexité. Ils devaient en sortir grâce à secourable de Lorenz, puis d’Einstein, épisode fameux qui fut à l’origine de la relativité [généralisée] ».

Nous venons d’exposer que la quatrième dimension [le temps n’étant même pas une dimension et étant ajouté à nos trois coordonnées classiques qui deviennent ipso facto hétérogènes ne peut que conduire à des résultats erronés] est une stupidité. Qu’Einstein l’ait adoptée comme une base de ses raisonnements n’est pas en faveur du jugement de celui que la Presse a proclamé  « le plus grand génie mathématique qui ait jamais existé ». Nous n’irons pas plus loin pour trouver un argument décisif à l’appui de notre affirmation, si audacieuse qu’elle puisse paraître au bêlant troupeau de ses béats adorateurs [et à la masse des catholiques] : c’est Einstein qui va nous le fournir ; il a écrit (3) : « S’il est vrai que le fondement axiomatique de la physique théorique ne découle pas de l’expérience et doit au contraire être créé librement, subsiste-t-il un espoir de trouver le bon chemin ? … Je suis persuadé que la construction purement mathématique nous permet de découvrir ces concepts ainsi que ces principes les reliant entre elles [sic] qui nous livrent la clef de la compréhension des phénomènes naturels. Les concepts mathématiques utilisables peuvent être suggérés par l’expérience, mais non pas déduits en aucun cas … Le monde physique est représenté par un continuum à quatre dimensions. Si je prends dans celui-ci une métrique de Riemann et que je recherche les lois les plus simples auxquelles une telle métrique peut satisfaire, j’arrive à la théorie relativiste de gravitation de l’espace vide … [D’après] une interprétation audacieuse de Max Born … les fonctions d’espace qui interviennent dans les équations n’ont pas la prétention d’être un modèle mathématique des formations atomiques ; elles doivent seulement déterminer par le calcul les probabilités qu’il y a de trouver des formations de cette nature dans le cas d’une mesure en un emplacement donné ou bien dans un certain état de mouvement. Logiquement cette conception est irrécusable et a eu des résultats importants. Malheureusement, elle oblige à utiliser un continuum dont le nombre des dimensions n’est pas celui de l’espace tel que l’a envisagé la physique jusqu’à maintenant (à savoir trois), mais croît d’une manière illimitée avec le nombre des molécules constituant le système considéré. Je ne puis m’empêcher d’avouer que je n’accorde à cette interprétation qu’une signification provisoire. »

  1. De l’espace à l’atome, p. 143, Alcan, Paris, 1929.
  2. La lumière, p. 70, Presses Universitaires de France, Paris, 1942.
  3. Comment je vois le monde, pp. 168, 169, 170, 172, Flammarion, Paris, 1939.

 

 

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Au sujet des mathématiques supérieures nos lecteurs ont dû se rendre compte que nous n’écrivons que l’essentiel en remontant aux principes, car, pour reprendre Platon, cité plus haut avec Aristote et saint Thomas d’Aquin, « c’est, en toute entreprise, sur le point de départ qu’on doit toujours porter le plus de réflexion et le plus d’attention afin de s’assurer si le principe posé est juste ou non ». En effet, cela ne servirait à rien de nous étendre sur la notion de dérivée ou de différentielle du premier ordre et d'ordres supérieurs avec leurs significations et applications géométriques en négligeant l’essentiel. Il nous suffit de savoir que le problème du calcul intégral se réduit au problème inverse du calcul des dérivées ou des différentielles : la recherche d'une fonction [primitive : F (x) + C] connaissant sa dérivée ou sa différentielle [y' = f(x) ou dy = f(x) dx].

 

La misère des mathématiques

 

Les mathématiques ne considèrent que l’aspect quantitatif de la réalité existante et non l’être en tant que tel. Elles sont le fruit propre de notre intelligence et par conséquent ne nous attirent pas ou ne nous finalisent pas. Elles ne tiennent absolument pas compte du bien et du mal ou de ce qui règle notre vie morale afin de connaître les moyens nécessaires pour parvenir à la Sagesse ou à l’union avec notre Souverain Bien. Par les mathématiques on n’atteint que ce que l’homme a produit, c’est-à-dire des êtres de raison. Il faut bien comprendre cela si nous ne voulons pas sombrer dans une idolâtrie qui nous entraînerait à la damnation éternelle, car l’orgueil s’y dissimule subrepticement, attendu que l’existence de notre Créateur et Seigneur, le Bien en soi, qui est notre fin véritable, s’y trouve ipso facto rejetée. Cette infériorité des mathématiques par rapport à la métaphysique n’a pas échappé à Aristote qui l’a magistralement prouvée dans sa Métaphysique au chapitre II de son livre bêta.   

 

Moïse, Hénoch, Élie, saint Paul (a), saint Étienne (b), saint Benoît (480-545), saint Grégoire-le-Grand (534-604), sainte Thérèse d’Avila (1515-1583), saint Jean de la Croix (1542-1591) et bien d’autres âmes privilégiées n’ont pas eu besoin de recourir aux mathématiques supérieures pour contempler en brefs instants et à travers un voile la face du Seigneur et les splendeurs de son Royaume. Ce n’est certainement pas en contemplant et en admirant une quelconque surface placée en trois lieux géométriques différents, l’un euclidien, l’autre sphérique et le troisième hyperbolique, à partir d’une équation utilisant des nombres complexes, que l’on parviendra à la vision de l’essence divine ou à la béatitude et que l’on sera parfaitement heureux. C’est une folie d’imaginer une chose pareille ! (c) La volonté humaine est ordonnée vers le bien en général. « Son objet, dit saint Thomas d’Aquin, est le bien universel, de même que l’objet de l’intellect est le vrai universel. D’où il suit que rien ne peut apaiser la volonté humaine hors le bien universel, bien qui ne se trouve réalisé en aucune créature (d), mais seulement en Dieu (e). »

  1. Cf. IIe Épître aux Corinthiens, 12 : 1-4 ; S. Thomas d’Aquin, Somme théologique, IIe partie de la IIe, qu. 180,  art. 5, Conclusion (« le degré suprême de la contemplation, dans la vie présente, est celui de saint Paul lors de son ravissement ») ;
  2. Cf. Actes des Apôtres, 7 : 55-56 ;
  3. Cf. Ire Épître aux Corinthiens, 3 : 19 ;
  4. Et encore moins dans les mathématiques !
  5. S. Thomas d’Aquin, Somme théologique, Ire partie de la IIe,  De l’ultime fin de l’homme, qu. 2, art. 8 : La béatitude consiste-t-elle en un bien quelconque ? — Conclusion.

 

Saint Thomas d’Aquin, Somme théologique, I, qu. 12, art. 3, Conclusion :

 

Il est impossible d’atteindre Dieu par le sens de la vue, soit par un sens quelconque ou une faculté de la partie sensitive. En effet, toute faculté de ce genre est l’activité d’un organe corporel. Or, Dieu est incorporel, ainsi qu’on l’a fait voir (a) : il ne peut donc être vu ni par les sens, ni par l’imagination, mais par le seul intellect (sed solo intellectu).

  1. Qu. 3, art. 1 – cf. S. Jean, IV, 24 : « Dieu est Esprit » (Spiritus est Deus).

 

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Les mathématiques modernes et les extravagances du naturalisme absolu

 

Notons bien que cet auteur, docteur en théologie, ne fait que reprendre les analyses magistrales de S. Irénée, évêque de Lyon, dans son célèbre traité « Contre les hérésies ». Pouvait-il d’ailleurs procéder autrement ? Il faut vraiment être aveuglé par un esprit malin au point de ne pas vouloir le vérifier Bible en main (a) et d’en établir une réfutation en bonne et due forme,  ― ce que nous avons vainement tenté il y a plus de deux décennies. Jésus a dit au diable : « L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu (b) ». Ce ne sont pas nos raisonnements qui doivent prévaloir, mais la parole de Dieu. La chair n’est rien. C’est l’Esprit qui vivifie (c). Grande est notre misère sans la grâce de Dieu ! Notre paresse à consulter les Saintes Écritures nous fera mourir d’inanition ou perdre notre âme. La Science humaine avec ses datations extravagantes et son univers qui n’a ni commencement ni fin rend tout ce qu’il touche incohérent et ne mérite aucune considération de notre part (d). En vérité, les scientifiques limités aux choses de la nature ne connaissent pas Dieu (e).

a) Cf. II Thessaloniciens, II, 11-12 ; Actes, III, 19-21 ;

b) S. Matthieu, IV, 4 ; cf. Psaumes, Vulg., XC, 13 ; S. Irénée, « Contre les hérésies », III, 23, 7 ;

c) Cf. S. Jean, VI, 63 ;

d) Cf. S. Alphonse de Liguori, « Courte dissertation contre les erreurs des incrédules modernes, connus sous les noms de matérialistes et de déistes », cliquez sur :

http://jesusmarie.free.fr/alphonse_dissertation_contre_les_erreurs_des_incredules.pdf ;

e) Cf. Psaumes, Vulg., XC, 14 ; S. Irénée, « Contre les hérésies », IV, 6, 1 ; S. Matthieu, XI, 27 ; S. Luc, XI, 22 ; Pape Léon XIII, l’encyclique « Humanum Genus » ; S. Luc, III, 22 ; IX, 35 ; XI, 2 ; S. Marc, I, 11 ; IX, 7 ; S. Matthieu, VI, 9 ; III, 17 ; XVII, 5 ; S. Jean, XX, 17 ; XIV, 18-21, 25-26.

 

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Pour retourner à la page principale :

 

POUR PARVENIR À UNE RÉSURRECTION DE VIE (CF. S. JEAN, V, 25, 28-29) - Le Présent éternel

 

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12 février 2014 3 12 /02 /février /2014 16:47

L'ACTE D'ÊTRE OU D'EXISTER

 

(2/2)

 

Ibid., liv. Lambda, chap. 7, 1073 a :

 

" La semence, en effet, provient d'autres individus qui sont antérieurs et parfaits, et ce qui est premier, ce n'est pas la semence, mais l'être parfait : par exemple, on peut dire qu'antérieurement à la semence il y a un homme, non pas l'homme provenant de la semence, mais un autre, duquel la semence provient. " [Aristote s'égare en soutenant que l'homme qui provient de la semence, ou plus exactement de la conjugaison de l'ovule avec le spermatozoïde, est un être parfait. Dans l'état déchu, aucune substance n'atteint sa perfection ou ne réalise parfaitement son essentialité ou sa forme pure. Mais cela est une des conséquences du péché d'Adam que nous révèle l'Ecriture et qui dépassait par conséquent la compréhension rationnelle du Philosophe.]

 

Ibid., liv. Nu, chap. 5, 1092 a 15-17 :

 

" ... car, même en ce qui concerne la génération des animaux et des plantes, les principes dont ils viennent sont parfaits : l'homme engendre l'homme, et ce n'est pas la semence qui est première. " [En réalité, ce sont l'homme et la femme qui engendrent l'homme selon la chair.]

 

        Il est impossible de parvenir ainsi à un premier homme pour justifier l'existence d'un homme déterminé, car une régression à l'infini est impensable. L'acte premier d'exister, dont toutes les choses participent, est le seul point que la pensée puisse reconnaître comme un terme dernier et d'où tout devient intelligible. Et c'est pourquoi toute science qui se limite à un aspect particulier de l'être ne parviendra jamais à l'intelligibilité totale du concret. Seule la Métaphysique, Science suprême, permet d'y parvenir.

 

Il convient cependant de signaler qu'Aristote, en démontrant que l'intellect (possible et agent), la partie principale ou fondamentale de l'homme (a), est impassible et sans mélange, incorporel et séparé de la matière (b), que seul il vient du dehors et que seul il est divin (c), que cela seul est immortel et éternel (d) et qu'il est dans le corps et constitue par conséquent une partie de l'âme, la substance formelle ou l'entéléchie première d'un corps naturel organisé (e), a réuni tous les principes nécessaires pour conclure à la non préexistence (f) et à l'éternité " postérieure " (a parte post) ou à l'éviternité de l'intellect après la corruption du corps et à la création de l'âme dans le temps par le Premier moteur séparé absolument immobile, qui est Dieu.

  1. Cf. De l'Ame, II, 2, 414 a 12-14; Éthique à Nicomaque, X, 7, 1178 a 1-8.
  2. Cf. De l'Ame, III, 4 et 5.
  3. Cf. De la Génération des Animaux, II, 3, 736 b 27; Éthique à Nicomaque, X, 7, 1177 b 27-31.
  4. Cf. Métaphysique, XII, 3, 1070 a 21-27; De l'Ame, III, 5, 430 a 23; Éthique à Nicomaque, X, 7, 1177 b 33-34.
  5. Cf. De l'Ame, II, 1, 412 a 21.
  6. Cf. Métaphysique, XII, 3, 1070 a 22-26.

 

17) Cf. Traité de l'Amour de Dieu, éd. Gallimard, Paris, 1967, liv. I, chap. I, p. 353, chap. IX, p. 378, liv. VI, chap. IV, p. 618, liv. VII, chap. I, p. 666, chap. V, p. 679 (divin saint Denis Aréopagite), chap. VII, p. 685, liv. VIII, chap. IV (apôtre de la France), liv. X, chap. XV, p. 857 (grand disciple de saint Paul), chap. XVII, p. 866.

 

18) S. François de Sales, Œuvres, ouv. cité plus haut, Traité de l'Amour de Dieu, liv. X, chap. XVI.

 

19) S. Thomas d'Aquin, Somme théologique, I, q. 15, a. 1, dif. 1 :

 

" Denys affirme que Dieu ne connaît pas les choses au moyen d'idées (a). Or, on ne suppose des Idées en Dieu qu'en vue de la connaissance des choses : il n'y a donc pas lieu de retenir cette théorie inutile. "

 

  1. Cf. S. Denys l'Aréopagite, Œuvres de Saint Denys l'Aréopagite, ouv. cité plus haut, Des Noms Divins, chap. 7.

 

Ibid., sol. 1, en réponse à dif. 1 de la q. 15, a. 1, ci-dessus :

 

Il est certain que Dieu ne conçoit pas les choses au moyen d'une idée existant hors de lui-même. Déjà Aristote reprenait, à cet égard, la doctrine de Platon, qui imaginait des Idées existantes par elles-mêmes, au lieu d'en faire un attribut de l'intellect (a). "

 

  1. Cf. Aristote, Métaphysique, liv. Alpha, chap. 9.

 

Mgr Darboy, Œuvres de saint Denys, ouv. cité plus haut, Introduction, page CXLIV :

 

" Là devait naturellement intervenir le nom de saint Denys. Sa théorie sur les idées archétypes, principes absolus ou participations qui forment l'essence et déterminent l'individuation des êtres, comme l'individuation des êtres, comme on disait, le range droit parmi les réalistes. "

 

S. Thomas d'Aquin, De unitate intellectus, chap. 5, § 99, trad. par Alain de Libera in Thomas d'Aquin - Contre Averroès, GF-Flammarion, Paris, 1994, p. 177 :

 

" Les substances séparées et singulières sont donc individuées, toutefois elles ne sont pas individuées à cause de la matière, mais, précisément, parce qu'elles ne sont pas faites pour être en autre chose [cas de toute substance en tant que telle, une et indivisible : esse non in alio], ni non plus, par conséquent, pour être participées par plusieurs. "

 

20) S. Denys Aréopagite, Œuvres de Saint Denys l'Aréopagite, ouv. cité plus haut, Des Noms divins, chap. 5 :

 

" Or, nous nommons types ou exemplaires les raisons créatrices des choses, et qui préexistent dans la simplicité de l'essence divine. "

 

21) Cf. S. Thomas d'Aquin, Somme théologique, I, q. 47, a. 1, c.

 

22) S. Louis-Marie Grignion de Montfort, Œuvres complètes, ouv. cité plus haut, L'Amour de la Sagesse éternelle, § 132 :

 

" Il est rapporté dans la vie du [bienheureux] Henri de Suzo (a), que la Sagesse éternelle, qu'il désirait ardemment, lui apparut un jour en cette manière. Elle prit une forme corporelle entourée d'une claire et transparente nuée, assise sur un trône d'ivoire et jetant un éclat, de sa face et de ses yeux, pareil aux rayons du plein midi ; sa couronne était l'éternité ; sa robe, sa félicité ; sa parole, suavité ; et ses embrassements causaient la plénitude de tous les bienheureux. Henri la vit en cet appareil, et ce qui l'étonna davantage, c'est que tantôt elle paraissait une jeune fille qui était le miracle du ciel et de la terre en beauté, et tantôt un jeune homme qui semblait avoir épousé toutes les beautés créées pour s'en peindre le visage ; tantôt il la voyait hausser la tête par-dessus les cieux, et même temps fouler de ses pieds les abîmes ; tantôt il la voyait éloignée de lui, et tantôt approcher, tantôt majestueuse, et tantôt condescendante, bénigne, douce et pleine de tendresse envers tous ceux qui l'abordaient. Lorsqu'elle lui paraissait de la sorte, elle se tourna vers lui, et, lui faisant un sourire agréable, elle lui dit : 'Mon fils, donne-moi ton cœur (b).' En même temps, Henri se jeta à ses pieds et lui fit un don irrévocable de son cœur. "

 

  1. Cf. Henricus Suso, Horologium Sapientiæ, I, c. I, éd. par C. Richstätter, S.J., Turin 1929, pp. 16-17.
  2. Cf. Proverbes, 2 :10 ; 14 : 33.

 

S. Denys Aréopagite, Œuvres de Saint Denys l'Aréopagite, ouv. cité plus haut, Des Noms Divins, chap. II :

 

" Forme suprême et originale, elle [la Divinité du Seigneur Jésus] donne une forme à ce qui n'en a pas ; et dans ce qui a une forme, elle en semble dépourvue, précisément à cause de l'excellence de la sienne propre. " - Ibid., chap. IV : " III. Or, si la bonté suprême l'emporte sur toutes choses, comme on n'en peut douter, alors, quoique sans forme, elle donne la forme à ce qui ne l'a pas. " - Ibid., chap. V : "  [...] ainsi il a toute forme, toute beauté, et il est sans forme, sans beauté ; car il possède par anticipation, d'une manière transcendante et incompréhensible, le principe, le milieu et la fin de tout ce qui est ; et, en vertu de sa causalité une et simple, il répand sur l'univers entier le pur rayon de l'être. "

 

23) Philippiens, 2 : 5-11 :

 

" Ayez entre vous les mêmes sentiments qui furent dans le Christ Jésus : Lui, de condition divine, ne retint pas jalousement le rang qui l'égalait à Dieu. Mais il s'anéantit lui-même, prenant la condition d'esclave et devenant semblable aux hommes. S'étant comporté comme un homme, il s'humilia plus encore, obéissant jusqu'à la mort, et à la mort sur une croix ! Aussi Dieu l'a-t-il exalté et lui a-t-il donné le Nom qui est au-dessus de tout nom, pour que tout, au nom de Jésus, s'agenouille, au plus haut des cieux, sur la terre et dans les enfers, et que toute langue proclame, de Jésus Christ, qu'il est Seigneur, à la gloire de Dieu le Père. "

 

Éphésiens, 4 : 10 :

 

" Et celui qui est descendu [le Christ], c'est le même qui est aussi monté au-dessus de tous les cieux, afin de remplir toutes choses. "

 

Ibid., 1 : 10 : " [...] ramener toutes choses sous un seul Chef, le Christ, les êtres célestes comme les terrestres. " - I Corinthiens, 15 : 25 : " Car il faut qu'il règne [le Christ] jusqu'à ce qu'il ait placé tous les hommes sous ses pieds. " - Romains, 14 : 11 : " [...] car il est écrit : Par ma vie, dit le Seigneur, tout genou devant moi fléchira, et toute langue rendra gloire à Dieu. " –

 

Timothée, 2 : 3-4 :

 

«  Voilà ce qui est bon et ce qui plaît à Dieu notre Sauveur, lui qui veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité. »

 

I Pierre, 1 : 17-20 :

 

" Et si vous appelez Père celui qui, sans acception de personnes, juge chacun selon ses œuvres, conduisez-vous avec crainte pendant le temps de votre exil. Sachez que ce n'est par rien de corruptible, argent ou or, que vous avez été affranchis de la vaine conduite héritée de vos pères, mais par un sang précieux, comme d'un agneau sans reproche et sans tache, le Christ, discerné avant la fondation du monde et manifesté dans les derniers jours à cause de vous. " - Ézéchiel, 33 : 1, 10 : " La parole de Dieu me fut adressée en ces termes : [...] Et toi, fils d'homme [...] dis-leur : Par ma vie, oracle du Seigneur Dieu, je ne prends pas plaisir à la mort du méchant, mais au retour du méchant qui change de voie pour avoir la vie. "

 

24) S. Jean, 14 : 15-17 :

 

" Si vous m'aimez, vous garderez mes commandements. Et moi je prierai le Père, et il vous donnera un autre Paraclet, pour qu'il soit avec vous pour toujours, l'Esprit de vérité, que le monde ne peut accueillir, parce qu'il ne le voit ni ne le connaît : mais vous, vous le connaissez, parce qu'il demeure en vous, et qu'il sera en vous. "

 

Ibid., verset 23 :

 

«  Si quelqu'un m'aime, il gardera ma parole, et mon Père l'aimera, et nous viendrons à lui, et nous ferons notre demeure chez lui. »

 

I Corinthiens, 3 : 16 :

 

 Ne savez-vous pas que vous êtes un temple de Dieu, et que l'Esprit de Dieu habite en vous ? "

 

Sainte Thérèse d'Avila (1515-1582), Docteur de l'Église (1970), Œuvres complètes, ouv. cité plus haut, Château de l'âme, Cinquièmes Demeures, chap. III :

 

"  [...] Car la véritable union à la volonté de Dieu peut très bien s'obtenir, avec l'aide de Notre-Seigneur, quand nous nous efforçons dans ce but de n'avoir plus de volonté propre et de nous attacher à tout ce qui est exigé par la volonté de Dieu. [...] Or, je vous l'assure et je ne cesserai de le répéter, si vous êtes dans ces dispositions, vous avez obtenu de Notre-Seigneur la grâce de l'union ; ne vous préoccupez plus de cette autre faveur pleine de délices dont j'ai parlé ; car ce qu'il y a de plus précieux dans celle-ci, c'est qu'elle procède de celle dont je traite en ce moment. [...] Telle est l'union que j'ai désirée toute ma vie et que je ne cesse de demander à Notre-Seigneur ; c'est, en outre celle qui est la plus facile à reconnaître et la plus sûre. [...] Il n'est pas nécessaire que Dieu nous accorde de grandes délices pour nous élever à cet état ; il suffit qu'il nous ait donné son Fils pour nous montrer le chemin. [...] Dans le cas présent, Dieu ne demande de nous que deux choses : que nous l'aimions, et que nous aimions notre prochain. [...] La marque la plus sûre, à mon avis, pour savoir si nous avons ce double amour, consiste à aimer véritablement le prochain ; car nous ne pouvons pas avoir la certitude que nous aimons Dieu, bien que nous en ayons des indices très sérieux ; mais nous pouvons savoir sûrement si nous aimons le prochain. Soyez certaines que plus vous découvrirez en vous de progrès dans l'amour du prochain, plus vous serez avancées dans l'amour de Dieu. "

 

S. Luc, 17 : 21 :

 

"  [...] le règne de Dieu ne vient pas de manière à frapper le regard [...] Car voici que le règne de Dieu est en vous. "

I Timothée, 6 : 14-16 : "  [...] garde le commandement sans tache et sans reproche, jusqu'à l'Apparition de notre Seigneur Jésus Christ, que fera paraître aux temps marqués le Bienheureux et unique Souverain, le Roi des rois et Seigneurs des seigneurs, le seul qui possède l'Immortalité, qui habite une lumière inaccessible, que nul d'entre les hommes n'a vu ni ne peut voir. À Lui appartiennent Honneur et Puissance à jamais ! Amen. " - S. Marc, 16 : 12 : "  Après cela, Jésus apparut sous une autre forme (a) à deux d'entre eux [de ceux qui avaient été avec Jésus] qui faisaient " route pour aller à la campagne. "

 

  1. " sous une autre forme ", du lat. : in alia effigie, ou du gr. : en etera morfh.

 

I Corinthiens, 8 : 6 : "  [...] pour nous [chrétiens] en tout cas, il n'y a qu'un seul Dieu, le Père, de qui tout vient et pour qui nous sommes faits, et un seul Seigneur, Jésus Christ, par qui tout existe et par qui nous sommes. "

 

S. Augustin, De la vraie religion, I, 39 :

 

" Ne va point au-dehors, rentre en toi-même ; dans l'homme intérieur habite la Vérité. "

 

S. Denys l'Aréopagite, Œuvres de Saint Denys l'Aréopagite, ouv. cité plus haut, Des Noms Divins, chap. I :

 

" Assurément, comme l'enseigne notre livre des Institutions théologiques, on ne saurait exprimer, ni concevoir ce qu'est cet un, cet inconnu, cette nature infinie, cette bonté essentielle, je veux dire cette unité en trois personnes, qui sont un seul et même bien. [...] ceux-là seuls en savent quelque chose qui sont élevés à un degré de connaissance supérieure. Il y a parmi nous des esprits appelés à une semblable grâce, autant qu'il est possible à l'homme de se rapprocher de l'ange : ce sont ceux qui, par la cessation de toute opération intellectuelle, entrent en union intime avec l'ineffable lumière. "

 

Ibid., La Théologie Mystique, chap. I :

 

Trinité supra-essentielle, très divine, souverainement bonne, guide des chrétiens dans la sagesse sacrée, conduisez-nous à cette sublime hauteur des Écritures, qui échappe à toute démonstration et surpasse toute lumière. "

 

Sainte Thérèse d'Avila, Œuvres complètes, ouv. cité plus haut, Vie écrite par elle-même, chap. XIIe :

 

" [...] Je ne veux pas dire toutefois que nous ne devions point élever nos pensées jusqu'à considérer les choses du ciel et ses merveilles, ou Dieu lui-même et son infinie sagesse. [...] La science, en effet, est, à mon avis, un trésor précieux, quand on est humble. [...] Dans la théologie mystique dont j'ai commencé à parler, l'entendement n'a plus la faculté d'agir. Dieu suspend son action, comme je l'expliquerai mieux dans la suite, si je le puis, et si Dieu m'en donne la grâce. Ce que je veux dire, c'est que nous n'ayons ni la présomption, ni même la pensée de le suspendre nous-mêmes. "

 

25) I Jean III, 2 ; cf. S. Jean, XVII, 3 ; II Cor., V, 7 ; I Cor., XIII, 12 ; XV, 41 ; Psaumes, XXXV, 10 ; Apocalypse, XXI, 23.

 

S. Thomas d'Aquin, Somme théologique, Ire P., qu. 12, art. 6, sol. 1 :

 

" 'Nous Le verrons tel qu'Il est " (I Jean, III, 2), la locution adverbiale 'tel que' ('sicuti') entend déterminer le mode de vision par rapport à la chose vue, ce qui signifie : Nous Le verrons être tel qu'Il est. Mais la locution précitée n'exprime pas le mode de vision par rapport à celui qui voit, et le sens n'est donc pas que la manière de voir Dieu sera parfaite comme est parfaite la manière d'être de Dieu. " - Ibid., art. 2, conclusion : " L'essence divine est quelque chose d'infini ('incircumscriptum'), contenant en soi suréminemment ('supereminenter') tout ce qui peut être signifié ou compris par l'intellect d'une créature. Or, une telle réalité ne peut d'aucune manière être représentée par une image créée ; car toute forme créée est déterminée et répond à une notion particulière, comme la sagesse, la puissance, l'existence même ('ipsius esse'), ou quelque chose de semblable. "

 

26) S. Denys l'Aréopagite, Œuvres de Saint Denys l'Aréopagite, ouv. cité plus haut, Théologie Mystique, chap. Ier :

 

" Telle est la prière que je fais. Pour vous, ô bien-aimé Timothée, exercez-vous sans relâche aux contemplations mystiques ; laissez de côté les sens et les opérations de l'entendement, tout ce qui est matériel et intellectuel, toutes les choses qui sont et celles qui ne sont pas, et d'un essor surnaturel, allez vous unir, aussi intimement que possible, à celui qui est élevé par-delà toute essence et toute notion. "

 

Ire Épître à Timothée, 6 : 14-16 :

 

"  [...] garde le commandement sans tache et sans reproche, jusqu'à l'Apparition de notre Seigneur Jésus Christ, que fera paraître aux temps marqués le Bienheureux et unique Souverain, le Roi des rois et Seigneur des seigneurs, le seul qui possède l'Immortalité, qui habite une lumière inaccessible, que nul d'entre les hommes n'a vu ni ne peut voir. "

 

27)  Jean de la Croix, Les Œuvres spirituelles du Bienheureux Père Jean de la Croix, ouv. cité plus haut, La Montée du Mont Carmel, liv. II, chap. XVII, pp. 204, 205, et voir aussi chap. XXI.

 

28) S. Matthieu, 12 : 20 :

 

Il ne brisera pas le roseau froissé, il n'éteindra pas la mèche qui fume encore. "

 

I Corinthiens, 9 : 22 : "

 

Je me suis fait faible avec les faibles, afin de gagner les faibles. Je me suis fait tout à tous, afin d'en sauver à tout prix quelques-uns. "

 

29) S. Jean, 14 : 2 :

 

Dans la maison de mon Père, nombreuses sont les demeures. "

 

30) S. Jean de la Croix, Œuvres spirituelles du Bienheureux Père Jean de la Croix, ouv. cité plus haut, La Vive Flamme d'Amour, strophe 3, vers 3, p. 1061.

 

31) I S. Jean, 1 : 5 :

 

"  Dieu est Lumière, en Lui point de ténèbres. "

 

Ibid., 4 : 8 : " Celui qui n'aime pas n'a pas connu Dieu, car Dieu est Amour. "

 

32) S. Matthieu, 18 : 3 : Jésus :

 

" En vérité je vous [le] dis : si vous ne changez pas et [si] vous ne devenez pas comme les petits enfants, vous n'entrerez pas dans le royaume des Cieux. "

 

 Galates, 5 : 16, 25 :

 

" Or je dis : laissez-vous mener par l'Esprit et vous ne risquerez pas de satisfaire la convoitise charnelle. [...] Puisque l'Esprit est notre vie, que l'Esprit nous fasse aussi agir. "

 

S. Jean, 1 : 9, 10-12, 16 :

 

Le Verbe, Lumière véritable qui illumine tout homme, venait dans le monde. [...] Il était dans le monde et le monde fut par lui et le monde ne l'a pas connu. Il est venu chez lui et les siens ne l'ont pas reçu. Mais à tous ceux qui l'ont reçu, il a donné pouvoir de devenir enfants de Dieu. [...] Oui, de sa plénitude nous avons tous reçu, et grâce sur grâce. "

 

Ibid., 13 : 20 : Jésus :

 

" En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui reçoit celui que j'envoie me reçoit, et qui me reçoit, reçoit celui qui m'a envoyé. "

 

S. Matthieu, 7 : 7-8 :

 

" Demandez et l'on vous donnera ; cherchez et vous trouverez ; frappez et l'on vous ouvrira. Car quiconque demande reçoit ; qui cherche trouve ; et à qui frappe on ouvrira. "

 

S. Jean, 21 : 17 :

 

" Jésus dit à Simon-Pierre pour la troisième fois : 'Simon, fils de Jean, m'aimes-tu ?' Pierre fut peiné de ce qu'il lui demandât pour la troisième fois : 'M'aimes-tu ? ' et il lui dit : 'Seigneur, tu sais tout, tu sais que je t'aime'. Jésus lui dit : 'Pais mes brebis'. "

 

Romains, 5 : 5 :

 

" Et l'espérance ne déçoit point, parce que l'Amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par le Saint Esprit qui nous fut donné. "

 

Galates, 5 : 22, 23 :

 

" Mais le fruit de l'Esprit est amour (charité), [...] : contre de telles choses il n'y a pas de loi. " - I Pierre, 4 : 8 : " Avant tout, conservez entre vous un grand amour (une grande charité), car l'amour (la charité) couvre une multitude de péchés. "

 

        Dieu, la Cause première, Cause de l'être, l'Acte pur d'exister, l'Infini, connaît ce qu'il est, tout ce qui a été, ce qui est et ce qui sera, mais aussi tout possible ou faisable qui ne se réalisera jamais ou ne sera jamais manifesté au dehors ou hors de lui-même, c'est-à-dire tout ce qui est en son pouvoir ou au pouvoir de la créature, mais qui n'est pas, n'a jamais été ni ne sera, et il connaît également ce qui n'est pas faisable ou au pouvoir de la créature, c'est-à-dire ce qui est au-dessus de tout ce qui existe ou peut exister dans la création (1).

 

  1. Dans le Principe demeure en effet l'actualité permanente de lui-même et de toutes choses dans un éternel présent, embrassant celles-ci d'un seul regard dans la simplicité de son Être (a).
  1. Cf. S. Thomas d'Aquin, Somme théologique, I, q. 7, a. 1 ; q. 12, a. 1, sol. 3 ; et q. 14, a. 9 ; Ibid., Contra Gentiles, liv. I, chap. XXVI ; M.-D. Philippe, De l'être à Dieu, ouv. cité plus haut, pp. 397-401.

 

        Le nombre de possibles que Dieu connaît est infini - sans limite. (Cf. S. Thomas d'Aquin, Somme théologique, I, q. 14, a. 12.)

 

Saint Denys l'Aréopagite, Œuvres de Saint Denys l'Aréopagite, ouv. cité plus haut, Des Noms divins, chapitre V, pages 221-222 :

 

"  [...] Car, de même que la qualification de bonté, appliquée à Dieu, exprime toutes les productions émanées de cette cause universelle, et comprend tout ce qui est ou existant, ou possible, et s'étend même par delà ; ainsi la dénomination d'être s'étend à tous les êtres et par delà [...] "

 

Je suis, mais je n’ai pas toujours été ou existé. J’ai donc été créé et Dieu seul est ou existe de toute éternité dont je suis continuellement dépendant. En effet, si Dieu disparaît, tout retourne au néant, car il est le principe et la fin de toutes choses.

 

F I N

 

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L'ACTE D'ÊTRE OU D'EXISTER (1/2) - Le Présent éternel

 

 

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POUR PARVENIR À UNE RÉSURRECTION DE VIE (CF. S. JEAN, V, 25, 28-29) - Le Présent éternel

 

 

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12 février 2014 3 12 /02 /février /2014 16:39

L'ACTE D'ÊTRE OU D'EXISTER

 

(1/2)

 

        L'acte est ce qui donne à l'être son ultime signification : il est la fin de l'être. Le bien, quant à lui, est l'être désirable, l'être qui attire et meut la cause efficiente, parce que tout être, pour autant qu'il est, est bon - bon ontologiquement et non pas moralement, parce que le bien moral n'est qu'un cas particulier du bien ontologique, un bien dans l'ordre de l'accomplissement de l'être humain, ou dans l'ordre particulier de la nature et de l'existence humaines (1). L'être et le bien sont convertibles, mais l'être est le principe du bien, parce que rien ne peut exister en dehors et au-delà de lui : " tout être est ou n'est pas " (2). L'être précède donc le bien. Le bien, le bien ontologique, est une propriété transcendantale de l'être, une propriété qui convient à tout l'être sans rien lui ajouter. Il est donc relatif à l'être.

        Seule la compréhension de l'acte et de la puissance nous permet de découvrir l'être comme acte et la finalité au niveau de l'être jusqu'à son ultime précision métaphysique. Pour cela, il convient de saisir la causalité finale comme telle, de la saisir en elle-même, c'est-à-dire dans son exercice parfait, pur et ultime, et non de la saisir dans son effet immédiat et immanent, dans un état inachevé ou en devenir, ce qui aurait immanquablement pour résultat de la lier à l'œuvre propre de la causalité efficiente, au point de la réduire ou de la ramener à celle-ci et de confondre pratiquement ces deux causalités.

        La cause finale a la priorité ou le pas sur toutes les causes. Elle est supérieure à l'effet : elle est la cause des causes. Elle est par conséquent la cause de la cause efficiente, la cause de l'efficience de la cause efficiente, parce que celle-ci n'opère que pour atteindre sa fin, comme la santé est la raison pour laquelle le médecin agit (3). Édith Stein, pleinement consciente de la distinction entre ces deux causes, écrit : " Le but ou la cause finale n'agit pas de la même manière que la cause motrice ou la cause efficiente " (4).

        La fin est la cause première et la raison d'être du mouvement : tout devenir est suspendu à sa cause finale. Sans finalité rien n'inclinerait à se diriger dans un sens plutôt que dans un autre. Tout être qui tend vers une fin est également mis en mouvement par celle-ci en étant attiré par elle. Seul ce qui est réel peut mouvoir : " l'agir suit l'être en acte " (5), car " rien ne peut être amené à l'acte que par un être en acte " (6). Donc un être ne peut réaliser sa fin ou parvenir à sa forme parfaite ou à son entéléchie (7) que si cette forme possède déjà une certaine réalité : ce qui n'est pas réel ne saurait agir.

On peut par conséquent soutenir que toutes les formes finales, idées ou archétypes, existent dans l'Esprit divin, comme la représentation d'une maison est dans l'esprit de l'architecte (8), et l'on peut même soutenir qu'elles possèdent un être plus authentique que celui qu'elles ont en elles-mêmes, parce que la connaissance de l'Être premier est véritablement créatrice et que toute Idée, en Celui-ci, qui est l'Acte pur d'exister et le Principe opérant, n'est pas autre chose que son essence ou son être même (9), archétypes dont la causalité s'identifie à l'action créatrice, alors que la représentation d'une maison qui existe dans l'esprit de l'architecte n'a pas un être plus authentique que celui que la maison aura une fois construite (10).

        Pour l'homme, avant d'entrer dans l'unité divine, il s'agit d'abord de parvenir à son entéléchie ou à la pure et parfaite image de son archétype ou de son essence incréée, c'est-à-dire de rejoindre sa propre réalité essentielle in divinis et de la posséder en montant au-dessus de toutes choses et en plongeant dans l’abîme de son néant pour réaliser la plénitude du Christ en qui réside le type de toutes les créatures (11).

        Le siège et le rôle de l'archétype nous permettent de soutenir qu'il existe un lien très particulier, un lien intime et permanent, entre chaque substance créée et son archétype. Aristote, en s'opposant radicalement à la doctrine des Idées de Platon, n'a pas pour autant mieux expliqué que son maître le développement qui conduit tout nouvel être vivant à son aboutissement ou à sa forme adulte. En effet, la cause, selon l'achèvement parfait, d'un enfant n'est ni son père, ni l'embryon, ni l'être en tant que tel, parce que celui-ci est au-delà de toute forme, que celui-là n'est pas un être achevé et parce que le fils n'est pas dans la dépendance ontologique, actuelle ou continuelle, de son père. L'Idée platonicienne n'est tenue par rien, flottant dans l'espace comme une chimère, et celle d'Aristote reste paradoxalement liée à la matière (12) : il n'y a aucun lien ontologique et tout à la fois transcendantal entre leur Idée et leur substance correspondante. Les idées de création, de développement et de conservation dans l'être les auraient sans doute aidés à sortir de leur impasse, mais ils en étaient bien trop éloignés (13). S. Denys l'Aréopagite, le converti et le disciple de saint Paul (14), le Docteur athénien qui permit à S. Thomas d'Aquin de devenir " le grand astre de la théologie " (15), est le premier penseur chrétien qui a vu clairement l'impasse à laquelle conduisaient les théories de Platon et d'Aristote sur les Idées et qui a trouvé le moyen d'en sortir en plaçant leurs Idées dans l'Esprit divin (16), afin de les rendre opérantes en tant que " raisons créatrices des choses " (17) et par conséquent en tant que causes finales du développement de leur forme créée correspondante.

        Cela dit, ne perdons jamais de vue que bien que Dieu, l'Acte pur, l'Être premier ou l'Être même, soit sans limite et qu'il n'ait par conséquent aucune forme particulière, parce que toute forme le limiterait, il peut cependant prendre une forme appropriée pour se conformer à l'âme commençante ou immature encore incapable de l'adorer sans le voir tel qu'il est (18), Dieu s'accommodant ainsi à la faiblesse de sa créature ou la traitant selon son mode et son état de peur qu'elle n'aille que de mal en pis et ne soit plus capable de progresser. Dieu est au-delà de toutes nos idées et de toutes les formes, au-delà de tout ce que l'homme peut comprendre, voir ou imaginer (19), mais il se met toujours à la portée de l'âme qui se tourne simplement et sincèrement vers lui en lui donnant d'abord ce qu'elle est capable d'assimiler, en attendant de lui donner des choses meilleures, car il va perfectionnant l'homme à la manière de l'homme, du plus bas et extérieur jusqu'au plus haut et intérieur, disposant toutes choses suavement et les mouvant à leur mode, précise S. Jean de la Croix, le Docteur Mystique, dans sa Montée du Mont Carmel (20). A quoi servirait-il en effet de marteler et de tyranniser une âme et de lui ôter par là sa liberté pour la contraindre à prendre le chemin que l'on a choisi à sa place, même dans le but de la gagner à la bonne cause, ou à la cause de Dieu ? (21) Serait-ce le travail de Dieu ou de l'homme, voire de l'esprit malin ? En vérité, en agissant ainsi, on ne ferait que fausser ou déformer monstrueusement cette âme. C'est l'Œuvre de Dieu qui doit s'accomplir, et non l'œuvre de l'homme. Ne sait-on pas qu'il y a plusieurs demeures dans la maison du Père (22) et, avec S. Jean de la Croix, qu' il ne se trouve qu'à grand'peine un esprit qui convienne avec la façon d'un autre en la moitié de sa propre façon ? (23) ". Dieu est Lumière et Amour (24) : sa sagesse et sa compassion sont infinies. Ne nous faisons pas d'illusions : nous n'aiderons véritablement notre prochain qu'en acceptant de nous laisser conduire par l'Esprit qui vient de Dieu et ne demande qu'à allumer dans notre cœur et celui de notre prochain le feu de son incomparable amour. En vérité, Dieu n'attend de nous que notre docilité et notre oui d'amour (32).

 

1) Cf. S. Thomas d'Aquin, Somme théologique, I-II, qu. 18, a. 1 et 2, et q. 19, a. 7, dif. et sol. 3.

 

2) Il n'y a pas de troisième position : c'est le principe du tiers-exclu (tertium non datur).

 

3) S. Thomas d'Aquin, Les Principes de la réalité naturelle, chap. IV, § 19.

 

4) S. Thomas d'Aquin, Contra Gentiles, liv. IIIe, chap. 69 : " Item. Si agere sequitur ad esse in actu ".

 

5) Ibid., I, q. 2, a. 3, c.

 

6) Entéléchie, du grec enteleceia, de en, dedans, telos, achèvement, accomplissement, résultat, but, fin, et de ecw, avoir, porter, atteindre. État final de perfection, état de l'archétype, de la forme-type, de la forme exemplaire. Archétype, du grec arcetupon, de arch, principe, origine, et de tupos, empreinte, forme. (Cf. Aristote, Métaphysique, liv. Thêta, cc. 6 et 8, et liv. Dzéta, c. 9, 1034 b 10-20.)

 

Platon, Timée, 90 b :

 

"  [...] que celui qui contemple se rende semblable à ce qu'il contemple en conformité avec sa nature originale (arcaian fusin) et que, s'étant rendu ainsi pareil à elle, il atteigne (ecein) pour le présent et pour l'avenir, l'achèvement parfait (telos) de la vie que les Dieux ont proposé aux hommes. "

 

7) Cf. S. Thomas d'Aquin, Somme théologique, I, q. 15, a. 1, concl. - Ibid., q. 44, a. 3, concl. :

 

«  Il faut donc dire que dans la divine sagesse sont contenues ces notions de toutes choses, que plus haut nous avons appelées Idées, entendant par là des formes-types, existant dans l'intelligence divine. Du reste, ces Idées, bien qu'elles soient multiples en tant qu'elles se réfèrent aux choses, ne sont réellement rien d'autre que l'essence divine, selon que sa ressemblance peut être participée diversement par les divers êtres. »

 

Ibid., I, q. 80, a. 1, concl. :

 

"  [...] Dieu, 'en qui toutes choses préexistent', selon ce qui dit Denys " ( Des Noms divins, chapitre V). "

 

Ibid., I, q. 44, a. 3, cependant :

 

" Cependant, ce qu'on appelle exemplaire est identique à ce qu'on appelle Idée. Or, d'après saint Augustin, les Idées sont des formes-principes contenues dans l'intelligence divine. Les exemplaires des choses ne sont donc pas hors de Dieu. "

 

Ibid., I, q. 15, a. 1, sol. 1 :

 

" Il est certain que Dieu ne conçoit pas les choses au moyen d'une idée existant hors de lui-même. "

 

Ibid., I, q. 15, a. 2, concl. :

 

"  [...] on ne peut concevoir un tout sans avoir la conception précise des éléments qui constituent ce tout [...] Or, il n'est pas contraire à la simplicité de l'intelligence divine qu'elle conçoive beaucoup de choses, mais seulement que plusieurs formes intellectuelles prétendent déterminer cette intelligence divine. [...] Dieu connaît parfaitement son essence ; il la connaît donc sous tous les aspects qu'elle offre à la connaissance. Or cette essence peut être connue non seulement quant à son existence propre, mais selon qu'elle est susceptible de participation en manière de ressemblance par les créatures. Mais chaque créature a sa nature propre, et la tient de la manière spéciale dont elle participe à la ressemblance de l'essence divine. Ainsi, quand Dieu connaît sa propre essence comme susceptible d'imitation en telle forme particulière par telle créature, il la connaît comme propre notion, exemplaire ou Idée de cette créature, et ainsi des autres. "

 

Ibid., I, q. 84, a. 2, sol. 3 :

 

"  [...] l'essence de Dieu est la ressemblance parfaite de toutes choses, par rapport à tout ce qu'on peut trouver dans les réalités : car il est leur principe universel. "

 

Ibid., Contra Gentiles, IV, 13, ad Considerandum :

 

"  [...] Les choses créées par Dieu doivent donc avoir préexisté dans le Verbe de toute éternité, de manière immatérielle, sans aucune composition et de telle sorte qu'elles ne fussent rien d'autre dans le Verbe que le Verbe lui-même, qui est la vie. Voilà qui explique la parole de S. Jean : 'Ce qui a été fait, était vie en lui', c'est-à-dire dans le Verbe' (S. Jean, 1 : 3, 4). "

 

Ibid., Somme théologique, I, q. 57, a. 1 :

 

" [...] 'en Dieu, qui est au sommet de toutes choses, tout préexiste d'une manière supersubstantielle, en l'absolue simplicité de son être' (S. Denys, Des Divins Noms). "

 

8) Ibid., Somme théologique, I, q. 15, a. 1, sol. 3 :

 

"  [...] l'Idée, en Dieu, n'est pas autre chose que son essence même. "

 

Ibid., De Potentia, q. 3, a. 16, sol. 24 :

 

" La créature en Dieu, c'est l'essence divine elle-même. "

 

Jérémie, 1 : 5 :

 

 " Avant de te former dans le sein maternel, je t'ai connu. " [" Je t'ai connu ", toi, et non un autre.)

 

9) S. Thomas d'Aquin, dans son " De Veritate ", appelle l'être des archétypes éternels ou des formes pures un être potentiel, mais cependant " plus élevé [...] que l'être actuel des choses en elles-mêmes, puisque la puissance active est plus parfaite que l'acte qui en résulte. "

 

S. Denys l'Aréopagite, Œuvres de Saint Denys l'Aréopagite, ouv. cité plus haut, Des Noms divins, chap. V, pp. 221-222 :

 

"  [...] Car, de même que la qualification de bonté, appliquée à Dieu, exprime toutes les productions émanées de cette cause universelle, et comprend tout ce qui est ou existant, ou possible, et s'étend même par delà ; ainsi la dénomination d'être s'étend à tous les êtres et par delà [...] ".

 

10) Éphésiens, 4 : 13 ; 1 : 4 ; Sœur Elisabeth de la Trinité (1880 - 1906), carmélite, sa dernière retraite de « Laudem Gloriae » du 16 août 1906 et « Le ciel sur la terre » et ses derniers conseils de vie intérieure adressés à une ami d’enfance le 11 septembre 1906, quelques semaines avant sa mort (9 nov. 1906).

 

11) S. Matthieu, 16 : 24 :

 

" Alors Jésus dit à ses disciples : 'Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il se renonce soi-même, qu'il porte sa croix et me suive'. "

 

S. Jean, 12 : 24-25 :

 

" En vérité, en vérité, je vous [le] dis : si le grain de froment tombé dans la terre ne meurt pas, il demeure seul [...] ; mais, s'il meurt, il porte beaucoup de fruit [...] Celui qui aime son âme, la perd ; et celui qui hait son âme dans ce monde, la gardera pour [la] vie éternelle. "

 

Actes, 17 : 28 :

 

" En Dieu nous avons en effet la vie, le mouvement et l'être. "

 

Philippiens, 2 : 13 :

 

" C'est Dieu qui opère en nous le vouloir et le faire. " (a)

  1. Cf. S. Thomas d'Aquin, Somme théologique, II-I, q. 9, a. 6.

 

S. Jean, 15 : 1, 5 :

 

" Je suis le vrai cep et mon Père est le vigneron. [...] Je suis le cep ; vous êtes les sarments. Qui demeure en moi, comme moi en lui, porte beaucoup de fruit ; car hors de moi vous ne pouvez rien faire. "

 

S. Jean, 5 : 19 :

 

" En vérité, en vérité, je vous le dis : le Fils ne peut rien faire de lui-même, si ce n'est ce qu'il voit que le Père fait ; car tout ce que le Père fait, le Fils le fait pareillement. "

 

Ibid., I, q. 20, a. 2, s. 3 :

 

" En tant que pécheurs, [les pécheurs eux-mêmes] n'ont pas d'être du tout, ils en manquent. " [Ainsi tout ce qui est réellement fait se rapporte à Dieu, et non à nous.]

 

Épître de S. Paul aux Galates, 2 : 19-20 :

 

"  [...] je suis crucifié avec le Christ ; et si je vis, ce n'est plus moi, mais le Christ qui vit en moi. "

 

Épître aux Philippiens, I, 21 : " Pour moi, certes, la vie c'est le Christ et mourir représente un gain. "

 

Ép. de S. Paul aux Colossiens, 3 : 3 :

 

" Du moment que vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les choses d'en-haut, là où se trouve le Christ, assis à la droite de Dieu. Songez aux choses d'en-haut, non à celles de la terre. Car vous êtes morts, et votre vie est désormais cachée avec le Christ en Dieu. "

 

S. Jean, 17 : 21 :

 

" Que tous soient un. Comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, qu'eux aussi soient un en nous, afin que le monde croie que tu m'as envoyé. "

 

I Corinthiens, 6 : 17 :

 

Celui qui s'unit au Seigneur, au contraire, n'est avec lui qu'un seul esprit. "

 

Ép. de S. Paul aux Romains, 8 : 15-16, 26 :

 

" [...] vous avez reçus un esprit de fils adoptifs qui nous fait nous écrier : Abba, Père ! L'Esprit en personne se joint à notre esprit, pour attester que nous sommes enfants de Dieu. [...] Pareillement l'Esprit vient au secours de notre faiblesse ; car nous ne savons que demander pour prier comme il faut ; mais l'Esprit lui-même intercède pour nous en des gémissements ineffables, et Celui qui sonde les cœurs sait quel est le désir de l'Esprit et que son intercession pour les saints correspond aux vues de Dieu. "

 

I Corinthiens, 2 : 10 :

 

" [...] l'Esprit en effet scrute tout, jusqu'aux profondeurs divines. "

 

Ép. de S. Paul aux Éphésiens, 1 : 4 :

 

"  [Le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ] nous a élus [dans le Christ], dès avant la création du monde, pour être saints et immaculés en sa présence, dans l'amour. "

 

12) S. Denys l'Aréopagite, Œuvres de Saint Denys l'Aréopagite, ouv. cité plus haut, Des Noms divins, chap. IV, § XI, p. 198.

 

I Timothée, 6 : 14-16 : S. Paul :

 

"  [...] garde le commandement sans tache et sans reproche, jusqu'à l'Apparition de notre Seigneur Jésus Christ, que fera paraître aux temps marqués le Bienheureux et unique Souverain, le Roi des rois et Seigneur des seigneurs, le seul qui possède l'Immortalité, qui habite une lumière inaccessible, que nul d'entre les hommes n'a vu ni ne peut voir. A Lui appartiennent Honneur et Puissance à jamais ! Amen. "

 

13) S. Jean de la Croix, La Vive Flamme d'Amour, str. III, v. 6.- [Où le Docteur Mystique écrit que l'âme est " configurée " à Jésus-Christ par le Saint-Esprit et donne en Celui-ci le Fils au Père, et où le Père rend son Bien-Aimé à cette âme dans ce même Esprit d'Amour et de Félicité. Et cet échange divin se poursuit sans cesse dans l'Unité de l'Esprit. À Dieu seul honneur et gloire !]

 

14) Le bienheureux Ruysbroek l'Admirable, le solitaire de Groenendael, "Noces spirituelles" :

 

 "Je demande ici au lecteur toute son attention [...] C'est pourquoi notre esprit, selon la profondeur la plus intime et la plus élevée, reçoit incessamment dans sa nature nue l'impression et la lumière divine de son exemplaire éternel. Il est le temple perpétuel de Dieu, et Dieu, qui occupe toujours son temple, y arrive continuellement. Il le visite dans tous les moments par l'irradiation d'une splendeur nouvelle qu'Il y jette. Quand Dieu arrive, c'est que déjà Il était présent; là où Il est, c'est là qu'Il arrive; là où Il arrive, c'est là qu'Il était; là où Il ne fut jamais, là jamais il ne vient.

"Quand Il vient en Vous, c'est que déjà vous étiez en Lui, car Il ne sort jamais de Lui-même. [...] Par la lumière de son image éternelle, qui resplendit au fond de lui-même, au sommet de son unité, l'esprit plonge et s'abîme dans l'Essence divine, où il rencontre, avec son exemplaire éternel, sa béatitude éternelle. Il n'en reste pas moins constitué dans son être créé, par la très libre volonté de la Trinité sainte, prêt à se repandre au dehors, comme toutes les créatures et avec toute sa personnalité. C'est là qu'il imite la génération du Verbe.

"L'image de la Trinité et de l'Unité subsiste vivante et ardente en lui. Son essence créée reçoit l'impression de son exemplaire éternel, comme un miroir très fidèle reproduit l'image d'un objet, et recevant toujours la lumière, renouvelle à tout instant le portrait qu'il porte en lui. L'esprit, dans l'union divine, ne s'appuie ni sur lui-même ni sur aucune vertu propre, mais demeure en Dieu, dépend de Dieu et se rapporte à Dieu comme à sa Cause éternelle.

"Si le lecteur a bien compris ce qui précède, il pourra facilement s'élever plus haut."

 

S. Thomas d'Aquin, Contra Gentiles, liv. 4e, chap. XXXV :

 

La nature divine [du Christ] dépasse à l'infini [sa] nature humaine, la puissance de Dieu, on l'a vu, étant infinie. Il ne peut donc y avoir d'aucune façon mélange des deux natures. " [Et c'est la raison pour laquelle notre essence doit être dépassée pour que l'unité de l'essence divine soit réaliséé, car il n'est pas possible de contempler l'essence divine par quoi que ce soit de limité, mais uniquement par la lumière de gloire, lumière qui découle directement de Dieu. Demandons à Dieu la grâce d'aimer souffrir pour Lui ce qu'Il nous donne à souffrir par amour pour nous, étant toujours avec nous dans notre souffrance, afin de nous purifier et de nous éclairer spirituellement sur notre misère et notre corruption, sur notre propre néant et sur l'Acte pur d'exister qu'Il est et dont nous sommes continuellement dépendants, pour que nous nous unissions intimement à Lui et à son Fils bien-aimé dans le lien de l'Amour subsistant qui procède éternellement de Lui et de son Verbe, souffrant ainsi comme Lui.]

 

15) Cf. Jean-Pierre de Caussade, L'Abandon à la Providence divine, ouv. cité plus haut, chap. IV, p. 51.

 

16) Aristote, Métaphysique, livre Thêta, chap. 8, 1049 b 20-25 et b 5 :

 

" [...] à un tel homme déterminé, qui est déjà en acte [...] sont respectivement antérieures selon le temps [...] la semence [...] mais à ces puissances elles-mêmes [la semence] sont antérieurs selon le temps d'autres êtres en acte dont elles procèdent, car d'un être en puissance un être en acte est toujours engendré par un autre être en acte : ainsi l'homme est actualisé par l'homme (1) [...] il y a toujours un moteur premier et le moteur existe déjà en acte. [...] un acte est toujours préexistant à un autre acte, jusqu'à ce qu'on arrive à l'acte du premier Moteur éternel."

 

1) N'oublions pas d'ajouter une nouvelle fois : "et par la femme", ce qui fait deux êtres humains en entéléchie, et ce indéfiniment, et encore à condition qu'ils aient toujours existé - ce qui d'ailleurs ne résout rien, le rôle capital de la causalité finale, la cause des causes, étant ici totalement négligé ou relégué à un second plan, ce qui est tout à fait surprenant de la part d'Aristote, qui parle pourtant bien de premier Moteur éternel.

 

F I N

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L'ACTE D'ÊTRE OU D'EXISTER (2/2) - Le Présent éternel

 

 

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POUR PARVENIR À UNE RÉSURRECTION DE VIE (CF. S. JEAN, V, 25, 28-29) - Le Présent éternel

 

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12 février 2014 3 12 /02 /février /2014 14:00

LA POLITIQUE

 

(14/14)

 

Panégyrique de S. Louis, roi de France, prêché par le cardinal Pie dans la cathédrale de Blois le dimanche 29 août 1847 et dans la cathédrale de Versailles le dimanche 27 août 1848, sur les croisades, l'œuvre de la papauté et des conciles, l'œuvre de Dieu lui-même.

 

Cardinal Pie (1815-1880) [évêque de Poitiers (1849) qui contribua au concile du Vatican (1869-1870) à la définition de l'infaillibilité pontificale (1870) et fut créé cardinal par le Pape Léon XIII en 1879], Œuvres de Mgr l'Evêque de Poitiers, 10 volumes, tome I, chap. IV : Panégyrique de S. Louis, roi de France, prêché dans la cathédrale de Blois le dimanche 29 août 1847 et dans la cathédrale de Versailles le dimanche 27 août 1848, Poitiers, Henri Oudin, Librairie-Editeur, Paris, Victor Palmé, Librairie-Editeur, 1872, pages 49, 50-51, 60, 61, 61-62, 64, 65-66, 66-67, 68-69, 69-70, 71-73, 73, 74, 75, 76, 77-78, 78, 79-83 :

 

" Monseigneur (Mgr Fabre des Essarts, évêque de Blois, en 1847; puis Mgr Gros, évêque de Versailles, en 1848),

" Deux puissances, trop souvent ennemies, ont rempli le monde du bruit de leurs conflits et des alternatives de leurs succès et de leurs défaites, je veux dire la puissance royale et la puissance populaire. [...] Oui, les questions délicates que le monde moderne a réveillées concernant la nature, l'origine et l'étendue du pouvoir, ne seront résolues que dans ce congrès annoncé car l'Esprit-Saint, et dans lequel la sainte alliance des peuples et des rois signera authentiquement la reconnaissance du suprême pouvoir de Dieu et de Jésus-Christ, avec l'engagement sincères de servir fidèlement ce pouvoir. [...]

" [...] La liberté, mes Frères, ce n'est pas l'indépendance et l'anarchie, puisque l'anarchie, au contraire, c'est la plus affreuse de toutes les tyrannies. " Où il n'y a point de maître, tout le monde est maître, a dit Bossuet, et où tout le monde est maître, tout le monde est esclave (Politique sacrée, liv. 1er, art. 3, prop. 5)."  [...] Le Fils de Dieu descend sur la terre ; il prend la forme de l'esclave ; il lègue à tous les hommes de tous les pays et de tous les siècles cette parole, jusqu'alors inconnue : " Notre Père, qui êtes aux cieux "; et, par cette parole, il rétablit sur la terre une fraternité spirituelle qui entraînera tôt ou tard parmi toutes ses conséquences le retour de la fraternité primitive dans la grande famille des hommes. Oui, selon la parole de Jésus-Christ, un jour viendra où " le Fils délivrera les esclaves, et alors ils seront véritablement libres, parce qu'ils seront affranchis par la vérité ". [...] Enfin, sous le règne de saint Louis, l'élan est devenu général ; la liberté s'étend de proche en proche, et les archives de notre nation renferment plus d'actes d'affranchissement et de manumission datés du règne de saint Louis que ce règne ne compte de semaines et peut-être de jours. Un frère du monarque, le comte de Poitiers, promulgue cette maxime, que " les hommes naissent libres, il est juste et sage de faire remonter la chose à l'origine ". Et l'on ne tarde pas à entendre un autre Louis, le dixième du nom, prononcer cette belle parole : " Notre royaume est appelé le royaume de France ; voulons que la chose en vérité s'accorde avec le nom [cf. Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, franc, franche, adj. 1. Qui jouit de sa liberté. Un esclave en entrant en France devient franc et libre.]. " Pour atteindre ce but d'affranchissement, Louis ne travaille pas seulement à procurer la liberté des personnes, qui n'est rien sans la liberté des institutions. Afficher sur les dehors d'une société le mot de liberté, et placer sous le joug toutes les institutions publiques, c'est une dérision cruelle [cf. " la pensée unique " internationaliste et pacifiste avec Alexandre del Valle]. Le monarque favorise avec le plus grand zèle l'établissement des communes ; il ne se montre pas moins jaloux de leurs franchises que de ses propres droits ; et, avec les sages réserves qui appartiennent au pouvoir souverain, il laisse à toutes les bonnes cités du royaume le soin presque illimité de se régir elles-mêmes. [...] Le saint roi exclut les courtisans dangereux, et n'admet point à sa table ceux dont l'œil est superbe et le cœur insatiable. [...] Il veut que le nom de Dieu soit respecté dans ses États. L'impiété est punie comme un crime de lèse-majesté. Le blasphème lui fait horreur, et s'il n'a jamais porté contre lui, en principe général du moins, la loi sévère que lui attribue le vulgaire (cf. les Bolland., § 78, nn. 1003-1006, pp. 493-494), en retour il a déclaré qu'il eût voulu livrer au feu sa propre langue pour chasser ce monstre de son royaume. L'hérésie se renferme-t-elle dans le secret de la conscience ou des habitudes domestiques, Louis respecte ce sanctuaire, où il n'appartient qu'à Dieu de pénétrer. Mais, si l'erreur se produit au dehors par des entreprises violentes, qui troublent la sécurité publique et la tranquille harmonie de la grande famille chrétienne, Louis se souvient qu'il est " le ministre de Dieu pour le bien ", et que " ce n'est pas en vain qu'il porte le glaive " (Romains, XIII, 4). Laissant aux siècles à venir à décider si d'autres circonstances n'imposeront pas d'autres devoirs, il sait que l'unité des esprits est la garantie la plus assurée de l'unité des cœurs [...] et il laisse pour dernière recommandation à son fils, le dévouement à l'Église de Rome, l'obéissance et l'amour envers le pape, qui est le père spirituel des rois. [...] Mais ce qu'on peut affirmer, c'est que tout ce qu'il y eut de nobles sentiments et des grandes actions, et il y en eut beaucoup, fut le fruit des doctrines et des institutions ; c'est que, si le cœur humain resta faible par ses penchants, la société fut forte par sa constitution et ses croyances ; en un mot, c'est que le vice ne découla pas de la loi, et que la vertu ne fut pas l'inconséquence et l'exception. [...]

" Le sage de l'Idumée a dit : " La vie de l'homme sur la terre " est un combat " (Job, VII, 1), et cette vérité n'est pas moins applicable aux sociétés qu'aux individus. Composé de deux substances essentiellement distinctes, tout fils d'Adam porte dans son sein, comme l'épouse d'Isaac, deux hommes qui se contredisent et se combattent ((Genèse, XXV, 22). Ces deux hommes, ou, si vous le voulez, ces deux natures ont des tendances et des inclinations contraires. Entraîné par la loi des sens, l'homme terrestre est en perpétuelle insurrection contre l'homme céleste, régi par la loi de l'esprit (Galates, V, 17) : antagonisme profond, et qui ne pourrait finir ici-bas que par la défection honteuse de l'esprit, rendant les armes à la chair et se livrant à sa discrétion. Disons-le donc, mes Frères, la vie de l'homme sur la terre, la vie de la vertu, la vie du devoir, c'est la noble coalition, c'est la sainte croisade de toutes les facultés de notre âme, soutenue par le renfort de la grâce [ou par les sacrements de l'Église], son alliée, contre toutes les forces réunies de la chair, du monde et de l'enfer : Militia est vita hominis super terram.

" [...] Ainsi, mes Frères, le genre humain se compose de deux peuples, le peuple de l'esprit et le peuple de la matière ; l'un, en qui semble se personnifier l'âme avec tout ce qu'elle a de noble et d'élevé ; l'autre, qui représente la chair avec tout ce qu'elle a de grossier et de terrestre. Le plus grand malheur qui puisse fondre sur une nation, c'est la cessation d'armes entre ces deux puissances adverses [et c'est présentement le cas pour la France - en l'an 2002]. Cet armistice s'est vu dans le paganisme. Et l'Esprit-Saint, qui nous a tracé la peinture de toutes les turpitudes sociales et domestiques qui résultaient de cette monstrueuse capitulation (Sagesse, XXIV), achève son tableau par ce dernier trait : c'est que les hommes, vivant, sans y penser, dans ce marasme mille fois plus meurtrier que la guerre, s'abusaient jusqu'à donner le nom de paix à des maux si nombreux et si grands ; insensibilité funeste qui n'était autre que celle de la mort, paix lugubre qu'il faudrait comparer au silencieux et tranquille travail des vers qui rongent le cadavre dans son sépulcre : Sed et in magno viventes inscientiæ bello, tot et tam magna malam pacem appellant (Ibid., 22).

" Le genre humain languissait dans cet état d'abaissement et de prostration morale, quand le Fils de Dieu vint sur la terre, apportant non pas la paix, mais le glaive (cf. Matthieu, X, 34). [...] Et alors recommença au sein de l'humanité, pour ne plus finir qu'avec le monde, l'antagonisme de l'esprit et de la chair : Non veni pacem mittere, sed gladium.

" [...] Pendant trois cents ans les chrétiens n'ont su et n'ont dû savoir que courber la tête sous le glaive : aujourd'hui les chrétiens tiennent le glaive, les martyrs sont devenus soldats, parce qu'ils sont une nation, un peuple, et que toute nation, tout peuple a toujours été armé pour défendre sa religion et son territoire : pro aris et focis. [Tite Live : pro aris focisque dimicare.]

" Mes Frères, vous m'avez prévenu, et déjà ces guerres célèbres qui occupent une si grande part dans l'histoire de saint Louis, ces guerres que la croix de Jésus-Christ a immortalisées en leur donnant son nom, se présentent à vous sous leur véritable point de vue, c'est-à-dire de la vie de l'esprit contre les envahissements d'un peuple qui menace de tout asservir à la loi de la chair. Le sensualisme ottoman se faisant agresseur sous la bannière du croissant, le spiritualisme chrétien se défendait sous la bannière de la croix ; l'islamisme se répandant comme une lave impure sur tout le sol de la chrétienté, la chrétienté allant frapper au cœur son implacable ennemi, le poursuivant dans son propre empire, jusqu'à ce qu'elle l'ait assez affaibli pour n'en plus rien craindre [ce qui n'est plus du tout évident à notre époque] : voilà, sous son jour le plus naturel et le plus philosophique, toute l'histoire des croisades ; combat à outrance dans lequel l'esprit est demeuré vainqueur de la chair : Non veni pacem mittere, sed gladium.

" Les croisades, mes Frères, on nous demande de les désavouer ! Eh ! quoi donc ? le détracteur des croisades est-il encore chrétien ? est-il encore Français ? lui qui jette un outrage à dix siècles de l'histoire de l'Église, à dix siècles de l'histoire de France. Les croisades ? Mais, sans avoir toujours porté ce nom, elles n'ont jamais été interrompues depuis Charles Martel jusqu'à Sobieski ; et entre ces deux grands noms sont venus se ranger les noms de Charlemagne, de Godefroy de Bouillon, de Tancrède, de Philippe-Auguste, de saint Louis, et mille autres noms couronnés par ceux du grand-maître La Valette, et de Don Juan vainqueur sur le golfe de Lépante. Les croisades ? Mais c'est l'œuvre de la papauté et des conciles, depuis Urbain II et son incomparable discours dans le concile de Clermont, jusqu'à saint Pie V et son ardente prière suivie d'une céleste révélation ; c'est l'œuvre qu'ont applaudie, encouragée tous les saints, depuis saint Bernard enflammant l'ardeur de Louis le Jeune et de tous les évêques et barons assemblés dans la cathédrale de Chartres (cf. Op. Bernard, epist. 256 et 364. - Breviar. Carnot, 20 Aug.), jusqu'à saint François de Sales prêchant dans Notre-Dame de Paris l'éloge funèbre d'Emmanuel de Mercœur, le dernier des croisés français, et cherchant à rallumer dans l'âme d'Henri IV une dernière étincelle de ce feu sacré qui allait s'éteindre (Or. Fun. D'Emm. de M. - On y lit : " Ah ! que les Français sont braves quand ils ont Dieu de leur côté !... Qu'ils sont heureux à combattre les infidèles !... Aussi plusieurs estiment que ce sera un de vos rois, ô France, qui donnera le dernier coup de la ruine à la secte de ce grand imposteur Mahomet." - Et après la mort d'Henri IV, le saint prélat écrivait : " Certes il semblait bien qu'une si grande vie ne devait finir que sur les dépouilles du Levant, après une finale ruine de l'hérésie et du Turcisme.", Epist. 83, édit. 1652). Les croisades ? Je dis plus, c'est l'œuvre de Dieu, de Dieu lui-même, tranchant la question par les miracles, les prodiges les plus authentiques. Dieu le veult, Dieu le veult ! s'écriaient les peuples à la voix du pontife suprême. Comment le savaient-ils, sinon parce que Dieu avait parlé ? Mes Frères, c'est une grande témérité à des chrétiens de revenir sur la chose jugée, jugée dans le conseil sublime des cieux, notifiant la sentence par d'incontestables merveilles enregistrées dans l'histoire en caractères indélébiles. [...]

" Mais notre siècle n'est le courtisan que de succès. Or, les croisades, dit-on, n'ont pas réussi ! Il est à cet égard une réponse célèbre : " aucune n'a réussi, mais toutes ont réussi ". Or, l'Esprit-Saint nous a avertis de ne juger des grands ouvrages de la Providence comme de la nature que par le résultat général et définitif, et in novissimis intelligas (Jérémie, XXIII, 20). Le détail des choses, mes Frères, est toujours plein de mystère et d'obscurité ; la clarté brille dans l'ensemble. On ne regarde pas les longues chaînes des Alpes ou des Cordillières avec le microscope. Laissons aux fourmis leur horizon visuel. [...] Attendez avec patience ; il fera son œuvre, vous cueillerez les fruits, et vous moissonnerez la récolte / et in novissimis intelligas.

" Nos croisades n'ont pas réussi ! Mais est-ce que l'Europe a été asservie par l'islamisme ? [Cependant, si nous continuons à courber l'échine devant lui par peur, laxisme ou intérêt bassement matériel en le laissant prendre toute son extension, rien ne nous assure que l'Europe ne finira pas par tomber sous son joug. L'Espagne en sait quelque chose. L'Ecclésiaste ne nous révèle-t-il pas qu'il n'y a " rien de nouveau sous le soleil: " (Ecclésiaste, I, 9) ? Les musulmans ne sont pas des tièdes ! Et ils distinguent bien la " demeure de l'Islam " (dar-el-Islam) ou leur propre territoire de la " demeure de la guerre " (dar-el-Harb) ou le territoire des infidèles, c'est-à-dire des non musulmans. L'Islam " laïque et modéré " n'existe pas du point de vue strictement orthodoxe. Ceux qui le pensent sont des ignorants, ou des sots, ou des menteurs.] [...] Est-ce que notre civilisation est devenue la proie de ces hordes barbares ? [Le cardinal Pie ne mâche pas ses mots ! Voilà un langage de Français catholique auquel nous ne sommes plus habitués et que nous voudrions entendre de nouveau pour libérer les âmes de leur torpeur] Est-ce que vos épouses et vos filles sont tributaires du sérail et languissent dans les prisons infectées du harem ? Est-ce qu'au contraire la puissance ottomane n'a pas été tellement amoindrie et si mortellement blessée, qu'elle ne subsiste plus que par l'indulgence de la chrétienté ? [indulgence qui confine à la complicité avec les fidèles de la théocratie mondiale manifestement soutenue par le Coran ou à la subversion de notre société au profit de l'islam. Qu'on y prenne garde !].

" Les croisades n'ont pas réussi ! [...] Eh ! que m'importe à moi, homme de l'autre vie, que m'importe que les croisades n'aient pas raison devant les froides et tardives supputations de nos modernes calculateurs, quand le saint abbé de Clairvaux m'assure avoir appris du ciel que cet emploi chrétien de la mammone d'iniquité (cf. Matt., VI, 24) a procuré à des milliers de Français les trésors permanents de la béatitude suprême (Op. Bern., Ep. 363 et 386) ? [...] Hommes du temps, vous me parlez de chiffres ; et moi, prêtre de l'éternité, je ne connais qu'un chiffre qui m'intéresse et qui soit placé à ma hauteur, c'est le chiffre éternel des élus. [...]

" Ah ! mes Frères, qu'il serait beau de contempler ici dans Louis le véritable type du croisé, le modèle accompli du chevalier chrétien, le généralissime des vaillantes phalanges de l'Évangile et de la civilisation ! [...]

" [...] Tais-toi, ô esprit humain ! tu ne connais pas les choses de Dieu. Etait-ce donc là, me dis-tu, l'issue malheureuse réservée à ces deux expéditions ? Une première fois, la captivité du monarque, et la seconde fois, son agonie et sa mort sur un lointain rivage : voilà donc où devaient aboutir ces entreprises sur lesquelles reposaient tant d'espérances ? Mes Frères, les voies de Dieu ne sont pas nos voies ; nous sommes encore préoccupés, comme les juifs, d'idées charnelles. Quand le Crucifié, le premier de tous les croisés, descendit dans la lice, quand il entra dans le sentier qui conduisait au Calvaire, la raison naturelle du prince des apôtres en fut choquée (Matthieu, XVI, 22). La scène du Golgotha ne fut pour le genre humain qu'un inexplicable chaos, un pêle-mêle ténébreux. Et pourtant, c'est du milieu de cette confusion et de cette défaite qu'est sorti le salut du monde. [...] L'enseigne des croisés était un engagement contracté avec l'ignominie et la douleur, avec l'ignominie des mépris humains et la douleur de l'immolation. La croix n'est pas " le sceptre de la volupté " (Amos, I, 6), elle promettait à ses soldats quelque autre chose que les délices de Capoue. [...] Par ce principe, en voyant sur la plage de Tunis le royal agonisant, je prophétise aux chrétiens éperdus le triomphe, aux musulmans ivres de joie leur ruine... Et donnant à cette maxime une application plus étendue, je veux le dire en passant : la France de Louis le Saint et de Louis le Martyr, le pays qui a donné Jeanne d'Arc au bûcher et madame Elisabeth à l'échafaud, la France, patrie de tant de sublimes immolations, de tant de religieux dévouements, la France est un royaume qui possède dans son sein des ressources éternelles et qui ne finira qu'avec le monde.

" [...] Arrêtons les yeux sur un touchant tableau. Louis est étendu sur la cendre. Il a donné ses derniers conseils à son fils : admirable testament dont toutes les syllabes semblent appartenir à l'Évangile, et qui deviendra le manuel de tous les rois chrétiens et intelligents. Religion, politique, liberté, tout y est compris ; Dieu, sa famille, son peuple, tout ce qui a été l'objet de son amour, tout ce qui fut gravé sur l'anneau de Marguerite, se retrouve tour à tour dans ses phrases inachevées. Puis un dernier mot vient se placer sur ses lèvres défaillantes : " Jérusalem, Jérusalem ! " Toute sa vie, rien ne lui a été plus familier que Jérusalem. Les vieux soldats de Bouvines, compagnons d'armes de Philippe-Auguste et de Richard-Cœur-de-Lion, avaient bercé son enfance des récites de leur expédition en Terre-Sainte. Rentré dans son oratoire, il retrouvait Jérusalem dans ses prières et dans les cantiques sacrés. A toutes les heures du jour et de la nuit, il a soupiré avec David vers Jérusalem. Deux fois il s'est mis en marche vers cette sainte cité ; toute son ambition était d'y parvenir ; ses pieds sont encore sur la voie qui devait l'y conduire : Stantes erant pedes nostri in atriis tuis, Jerusalem (Psaumes, CXXI, 2). Mais il est une autre Jérusalem dont la cité sainte elle-même n'est que le vestibule. Louis se relève à demi, il ouvre les yeux, les fixe vers le ciel, croise ses bras sur sa poitrine, puis retombe sur la cendre en disant : " Seigneur, j'entrerai dans votre maison, je vous adorerai en votre saint temple (Psaumes, V, 8). Jérusalem, Jérusalem, vers laquelle sont montées les tribus saintes qui nous ont précédés !... Nous irons en Jérusalem (Psaumes, CXXI, 1, 4) ..."

" L'âme du royal pèlerin a franchi les espaces, Louis est arrivé au terme du pèlerinage : il est à Jérusalem ! [Cf. Apocalypse, XXI, 2.] [...] Et moi, n'ai-je pas le droit de vous dire, en empruntant la voix d'un grand évêque : Si vous êtes les enfants de saint Louis, si vous êtes la nation de saint Louis, la France de saint Louis, faites les œuvres de saint Louis (Bossuet, Politique sacrée, conclusion du livre VII).

" " Nous ne sommes plus au temps des croisades ", me dites-vous (M. Guizot, Moniteur du 11 juin 1847) ? Certes, je le sais trop. Non, nous ne sommes plus au temps des luttes de l'esprit contre la matière ; non, nous ne sommes plus armés de la croix pour combattre les sens. L'âme a consenti à une trêve déshonorante ; elle a capitulé ignominieusement et s'est abandonnée à la merci de son adversaire. Plongés que nous sommes dans la boue de l'égoïsme et de la cupidité, asservis par les intérêts et comme ensevelis dans la chair, non, vous avez raison de le dire, nous ne sommes plus au temps des croisades. Mais en cela vous enregistrez officiellement l'acte de condamnation de notre siècle. Et, dussiez-vous sourire de dédain, je ne crains pas de l'affirmer, ce qu'il nous faut, sous peine de mourir, c'est de revenir aux croisades : non contre les Turcs [pour l'instant !], nos pères les ont vaincus sans retour [ce n'est pas si sûr] : Terminum posuisti quem non transgredientur, neque covertentur operire terram (Psaumes, CIII, 9) ; mais contre leur religion sensuelle, ou plutôt contre un sensualisme irréligieux qui a envahi nos mœurs et qui semble menacer notre société [" Rien de nouveau sous le soleil " : Ecclésiaste, I, 9] d'une dissolution prochaine [nous y sommes]. " Les barbares ne sont plus à nos portes " : c'est vrai encore, car ils ont forcé l'entrée de la cité.

" Nous ne sommes plus au temps des croisades, me dites-vous ? Je l'avoue ; car l'iniquité se répand partout, le scandale de la mauvaise foi et de la déloyauté est à son comble. Chaque matin ajoute une nouvelle révélation aux révélations de la veille ; et la société ne se guérira de cette lèpre que par une croisade de la justice selon l'Évangile. Nous ne sommes plus au temps des croisades, c'est vrai ; car, en ce siècle d'argent, un grand nombre de cœur sont devenus d'airain et de fer. La louable bienfaisance d'une partie de la nation ne peut suffire à combler l'abîme de la misère publique, creusé d'un côté par les emportements du luxe, de l'autre par les exactions barbares de la spéculation ; et la société ne sortira de ce cruel malaise que par une croisade que le prêche à toutes les âmes généreuses, la croisade de l'abnégation et de la charité selon l'Évangile. Nous ne sommes plus au temps des croisades, rien de plus certain ; car l'esclavage renaît tous les jours parmi nous, il n'y manque que le nom. Toujours la même cause ramènera le même effet. L'égalité est dans les lois, la servitude est dans les mœurs. Sans parler du plus odieux des monopoles, celui de l'enseignement, le despotisme de la matière et la féodalité de l'industrie font peser sur le travail un joug plus accablant qu'il ne l'avait jamais porté dans notre ancienne France ; et ce servage nouveau, ce servage des corps et des âmes ne cessera que par une croisade que je prêche à toutes les âmes vraiment et saintement amies de l'humanité, la croisade de l'affranchissement et de la liberté selon l'Évangile. Enfin, nous ne sommes plus au temps des croisades, je le proclame aussi haut que vous ; car le nom de Dieu est méconnu, Jésus-Christ est un étranger parmi nous ; nous regardons la vérité comme si peu de chose que nous ne voudrions pas dépenser pour elle une obole, ni verser une goutte de sang. Qu'une mine, je ne dis pas d'or ou d'argent, mais de la plus vile matière, soit découverte en Asie, l'océan ne suffira pas aux flottes de croisés qui s'élanceront vers ces lointains climats : âmes abaissées qui ne s'enthousiasment que pour les expéditions du lucre, et qui ne s'enrôlent que sous l'oriflamme de la fortune. Or, cependant, la société ne vit pas seulement de pain, mais de doctrine ; et sans l'aliment de la doctrine, elle meurt d'inanition et de défaillance. Telle est notre situation présente ; et nous n'en sortiront que par une croisade que je prêche à tous mes concitoyens sans distinctions, la croisade du courage chrétien, croisade de retour à la foi de nos pères, à la religion de saint Louis. Le salut et l'honneur de notre société le commandent. Au milieu de nos divisions, nous n'avons qu'un signe de ralliement, l'étendard de nos ancêtres, c'est-à-dire la croix de Jésus-Christ. Que tous les fils de la France marchent comme autrefois à la suite de ce signe vénéré, que la croix de Jésus-Christ soit vivante dans leurs cœurs et dans leurs œuvres comme elle brille encore sur la poitrine de leurs braves, bientôt nous aurons retrouvé ici-bas la paix, la liberté, l'honneur, que je vous souhaite à tous, avec la bénédiction de Monseigneur."

 

FIN 

 

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12 février 2014 3 12 /02 /février /2014 12:56

LA POLITIQUE

 

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" Combien il est douloureux, Messieurs et chers Coopérateurs, d'entendre ainsi les enfants de l'Eglise répéter les paroles les plus malheureuses, reproduire les lieux communs les moins sérieux, les expressions les plus irritantes, les suppositions les plus confuses, les accusations les plus injustes, enfin tout ce qui constitue la polémique la moins loyale de leurs adversaires ! [...] Toutefois, nous voulons croire et nous croyons sincèrement qu'il n'y a là que des malentendus qui procèdent, du moins en partie, de l'absence des études théologiques indispensables à quiconque veut aborder et trancher des questions si complexes et où tant de principes sont engagés. Et puisque nous parlons surtout ici pour de jeunes intelligences, dont vous nous avez signalé les doutes et les irrésolutions, résignons-nous à réfuter quelques-unes de ces allégations qui tendent à effacer de l'esprit des gens de bien un point de doctrine qu'il est et qu'il sera toujours impossible d'abandonner sans trahir à la fois le droit chrétien et le droit naturel, en même temps que les intérêts les plus considérables de la société religieuse et civile. [Sur la prétendue théocratie de la monarchie française, précisons que l'Evangile de Jésus-Christ n'impose pas de code politique aux nations chrétiennes et par conséquent que les princes chrétiens naturellement constitués n'ont donc jamais pu gouverner la société française par des lois politiques divinement révélées. Cf. supra. Nous ne sommes pas des musulmans pour qui la religion et la politique ne font qu'un en vertu des textes coraniques ! Cf. Coran et Alexandre del Valle, Islamisme et États-Unis, L'Age d'Homme, 2001, pages 47-51 : La théocratie au détriment de la foi - travail précis et sérieux qui repose sur des faits vérifiables et sur une documentation d'une richesse exceptionnelle, et qui nous révèle l'inconscience, voire la folie ou le machiavélisme, et même le satanisme, de ceux qui mènent le monde, ne pensant qu'à leur propre gloire et à l'argent ou à leurs seuls intérêts économico-financiers et énergétiques, provoquant ainsi entre les nations des conflits inéluctables qui nourrissent fort à propos leurs ambitions d'hégémonie (1). Et ce n'est certes pas seulement en priant pour la paix que l'on va changer l'antagonisme irréductible entre le christianisme et l'islamisme et que les chefs d'Etat vont devenir des sages en arrêtant les guerres ou en supprimant leurs causes et en réconciliant tous les belligérants par un coup de baguette magique. Les hommes jouissent de leur libre arbitre qui fait la responsabilité de leurs actes et dont ils sont libres de profiter (2). De leur côté, le Coran et les Hadiths ("dits", dits et gestes de Mahomet), sources de la Charià ("voie", loi tirée du Coran et des Hadiths), existent et proclament explicitement la guerre sainte (3). La prière peut-elle les changer ou les faire disparaître ? La loi naturelle, elle aussi, est de Dieu. Il ne faut quand même pas rêver et surtout faire le jeu de l'ennemi au nom de la liberté d'expression en encourageant la propagande des Islamistes qui, conformément au Coran, ou à leur Livre prétendu divin et éternel, projettent de soumettre l'Europe et la planète à la " vraie religion " et au " vrai Dieu " ; " via les minorités musulmanes issues de l'immigration et de la diaspora " (voir Islamisme et États-Unis, op. cit. supra, p. 216). Et, dans tout cela, que fait-on de la vérité et du salut des âmes ? Et qu'est-ce que la paix sans la vérité ? La véritable paix est le fruit de la vérité, car l'amour de la vérité doit passer avant l'amour de la paix (4). Pour cela, ne serait-il pas temps de diffuser la vraie connaissance et de réfuter les arguments de nos adversaires qui propagent dans le monde des doctrines pernicieuses ? N'oublie-t-on pas que la paix est la " tranquille communauté dans l'ordre " ? (5) " Il s'agit aujourd'hui," disait déjà le Pape Pie XII dans son Radio-message du 24 décembre 1942, " si Nous pouvons nous exprimer ainsi, d'une nouvelle Croisade, bravant la mer des erreurs du jour et du temps, pour délivrer la terre sainte spirituelle, destinée à être le soutien et le fondement de normes et de lois immuables pour des reconstructions sociales d'une intérieure et solide stabilité." Et rappelons que selon Jésus, le Verbe qui s'est fait chair (6), la vérité a pour fonction de libérer les âmes (7). Disons avec saint Hilaire (v. 315-v. 367), évêque de Poitiers et Docteur de l'Eglise, l'un des plus vaillants champions de l'Occident : " Il est temps de parler, parce que le temps de se taire est désormais passé " : Tempus est loquendi, quia jam præteriit tempus tacendit (8). Certes ! nous demandons à Dieu qu'il impose la paix aux nations, mais sans solliciter pour autant une paix achetée au détriment de la vérité et de la justice, car il faut auparavant que l'Evangile soit prêché à toutes les nations (9), puisque nulle cité divisée contre elle-même ne peut se maintenir (10) ; et étant donné que la guerre est le résultat de nos péchés (11), commençons donc d'abord par nous amender nous-mêmes en nous en déchargeant par une confession sincère et une vraie pénitence suivie d'œuvres vivifiées par la grâce (12). Que cherchons-nous en premier lieu ? La pacification politique et économique du monde ou le Royaume de Dieu et sa justice ? Jésus ne nous a-t-il pas dit : " Cherchez premièrement le Royaume de Dieu et sa justice, et tout le reste vous sera donné par surcroît " (Matthieu, VI, 33) ? N'appelons pas " reste " ce que Jésus appelait " Royaume " en tenant pour le " Royaume " ce que Jésus tenait pour le " reste ". La méprise est de taille ! Et celui qui la commet se moque vraiment de Dieu.]

 

Gustave Thibon, Nietzsche ou le déclin de l'Esprit, Ed. Fayard, 1948, Avant-Propos, pp. X-XI :

 

" [...] Un dernier mot. Il y a peut-être beaucoup de poison dans l'œuvre de Nietzsche [ou dans celle de M. Alexandre del Valle cité plus haut]. Mais ne savons-nous pas que c'est dans les pires poisons, convenablement dosés et intégrés à d'autres substance, qu'on fait les élixirs les plus toniques et les remèdes les plus efficaces [et à plus forte raison si nous extrayons des ouvrages de certains auteurs douteux quelques vérités que les mass media nous dissimulent] ? " Tout ce qui ne me fait pas mourir me rend plus fort ", disait Zarathustra. N'est-ce pas encore plus vrai pour nous à qui le Christ a promis l'immunité contre les breuvages mortels (cf. Marc, XVI, 18) ? C'est précisément à cette œuvre de lente et prudente intégration dans la synthèse chrétienne des vérités psychologiques les plus intolérables pour notre faiblesse et pour notre orgueil que nous voudrions avoir un peu contribué par ce livre."

 

- 1) La guerre des virus : Sida et Ebola. Emergence naturelle ou manipulation humaines ? Accident ou intention ? Léonard G. Horowitz D.M.D., M.A., M.P.H., Préface W. John Martin, M.D., Ph.D., Traduction de Bernard Metayer, revue et corrigée par le Docteur Jean-Pierre Eudier, Lux Diffusion, 302, rue de Charenton, 75012 - Paris, Tél. : 01.44.87.09.05, Fax : 01.44.87.04.29, Epilogue, page 631 :

 

Étude du rapport rédigé par Henry Kissinger en 1974 et achevée sous l'Administration Bush - le Mémorandum 200 sur la Sécurité nationale.

" On y lit que pour la première fois, les Etats-Unis considèrent les populations du Tiers-monde comme un ennemi menaçant les intérêts de la sécurité nationale américaine." " Note 9. En fait, c'est une citation tout droit sortie du rapport NSSM 200 de Kissinger sur le contrôle démographique dans le Tiers-monde qui comprend ; 1) " la réduction des populations devrait être la première des priorités de la politique américaine en matière d'Affaires étrangères envers le Tiers-monde " ; 2) " la réduction du taux de natalité des Etats-Unis est un problème vital pour la sécurité nationale des Etats-Unis ", etc. - Voir National Security Council. NSSM 200 - Implications of Worldwide Population Growth for U.S. Security and Overseas Interests. Washington, D.C. : The White House, 10 décembre 1974. Rapport confidentiel rendu public le 3 juillet 1989, NSAID-ROX 89-4. Voir aussi : Rense J. AIDS Exposed : Secrets, Lies & Myths. Goleta, CA : BioAlert Press, 1996, pp. 51 et 52."

 

- 2) Cf. Bible, l'Ecclésiastique, sur la liberté humaine, 15 : 14 ; Jean, 7 : 7 (les œuvres de ce monde) ; 9 : 39 ; 14 : 27 (la paix, non comme le monde la donne), 30 (le Prince de ce monde) ; 17 : 9 (Jésus : " Je ne prie pas pour le monde ") ; I Jean, 2 : 15-17 ; 3 : 1, 13, 17 ; 4 : 1, 3-5 ; 5 : 4-5, 19 ;

 

- 3) Coran, 2 : 216 ; 5 : 33 ; 8 : 17, 39, 67 ; 9 : 5, 29, 41, 111, 123 ; 47 : 4, 35 ; sur le butin pris par les combattants du jihad : 8, 69 et 41, sur l'importance stratégique du facteur démographique : 2 : 223 ;

 

- 4) Livre de Zacharie, VIII, 19 : " Veritatem tantùm, et pacem diligite."

 

- 5) St Thomas, 2a-2æ, 29, art. I, ad. I ; St Augustin, De civ. Dei, lib. 19, c. XIII, n. I ; Pape Pie XII, Radio-mess. au monde entier, 24 décembre 1942, in Les Enseignements Pontificaux, La Paix intérieure des Nations, Desclée & Cie, Editeurs Pontificaux, 1962 ;

 

- 6) Cf. Jean, 1 : 14 ;

 

- 7) Id. 8 : 32 ; 14 : 6. ;

 

- 8) Contra Constant., 1 ;

 

- 9) Matthieu, 24 : 6-8, 14 ; Marc, 13 : 7-9 ; Luc, 21 : 9 ;

 

- 10) Luc, 11 : 17 ; Marc, 3 : 24 ; Matthieu, 12 : 25 ; Psaumes, 126 : 1 ;

 

- 11) Cf. Jacques, 4 : 1 ;

 

- 12) Cf. Jacques, 2 : 24 ; I Jean, 3 : 9.] [...]

 

Cardinal Pie, Œuvres de Mgr l’Evêque de Poitiers, tome V (suite de la troisième instruction synodale citée plus haut), pages 200-202, 208 :

 

" XXVI. [...] À mesure qu'approcheront les derniers temps, la scission deviendra plus profonde, et l'immixtion des chrétiens dans la conduite des sociétés deviendra de plus en plus périlleuse pour leur honneur comme pour leur salut. Alors retentira de nouveau ce cri d'Isaïe, répété si énergiquement par saint Paul : " Retirez-vous, retirez-vous ; sortez de là ; ne mettez pas le doigt à ce qui est impur " (Isaïe 52 11 Ap 18 4 II Co 6 14-18). Je suis loin de croire [en 1863], Messieurs, que nous touchions à des temps qui nécessitent un parti si extrême. Il nous reste encore trop de sens chrétien dans les esprits [Dieu seul lit dans nos pensées et connaît l'état de notre vie intérieure], trop d'habitudes chrétienne dans la vie publique [cela nous paraît de moins en moins évident], pour que nous ayons à redouter les derniers excès. [...] Entendez saint Hilaire (v. 315-v. 367), parlant à vos pères. C'était sous le règne de Constance ou de Julien. Expliquant le premier verset du premier psaume, le pieux évêque, attentif aux besoins de son auditoire, exprimait en ces termes : " Le Psalmiste a dit : Heureux l'homme qui ne s'en est point allé dans le conseil des impies, qui ne s'est point arrêté dans le chemin des pécheurs, et qui ne s'est point assis dans la chaire de pestilence ! Je connais des hommes, dit le pontife, qui ne sont pas pécheurs, mais réguliers dans leur vie ; des hommes qui sont pénétrés de la crainte de Dieu, mais que l'amour de la gloire [l'orgueil n'est-il pas le premier des sept péchés capitaux ?], de l'avancement, des positions avantageuses du siècle place dans l'occasion prochaine et comme inévitable de la séduction. Soumis aux lois de l'Église, ils jugent d'après les lois du for profane. Et, bien qu'ils apportent à leurs fonctions elles-mêmes une volonté religieuse [nos hommes politiques n'en sont plus là], en se montrant bienveillants et modérés, il arrive néanmoins que le milieu dans lequel ils sont placés les touche de son atteinte pestilentielle. L'ordre légal, la raison d'état ne leur permet pas, malgré leur bon vouloir, de demeurer dans la sainteté de la loi enseignée par l'Eglise. Et quoiqu'ils soient résolus à ne pas renier leur baptême, cependant, par les exigences du siège obtenu, ils sont, à regret et à leur corps défendant, conduits à ce qu'ils ne voudraient pas. La nécessité s'impose à eux ; et, n'étant pas de ceux qui répandent la contagion [et l'exemple ?], ils en subissent au moins l'influence morbide. Le prophète a donc raison d'appeler leur chaire une chaire de pestilence, puisqu'elle souille par son contact le sanctuaire même d'une âme religieuse et chrétienne (S. Hilar. In Psalm. I, 5)."

" S'il en était ainsi, Messieurs et chers Coopérateurs, sous le régime d'un droit christianisé, mais non suffisamment expurgé de paganisme, les mêmes symptômes ne renaîtraient-ils pas sous le régime d'un droit chrétien sur lequel aurait passé de nouveau le souffle de l'infidélité ? Concluons donc qu'il n'est pas sans intérêt pour l'avenir des sociétés chrétiennes de sauvegarder le principe dont nous avons pris la défense.

" [...] XXVIII. […] Oui, cette Europe " sécularisée ", ces nations et ces institutions devenues " laïques ", le jour n'est pas éloigné [en 1863] où elles redemanderont au vicaire de Jésus les paroles de salut et de vie [vers qui d'autre, sur cette terre, pourrions-nous nous tourner ?]. Le droit chrétien avait formé la société européenne ; ce même droit, avec les modifications nécessaires que le temps apporte au détail des choses, procurera la solution de tant de problèmes reconnus insolubles désormais sans le secours de l'Eglise." 

 

Id., tome VIII, Homélie prononcée à la Messe pontificale du jour de Noël, sur le caractère de l'autorité dans le christianisme (25 décembre 1873), pages 62-63 :

 

" [...] A ceux, par exemple, qui s'obstinent à nier l'autorité sociale du christianisme, voici la réponse que nous donne saint Grégoire le Grand [Grégoire Ier le Grand, v. 540-604, pape et docteur de l'Eglise]. Il commente ce chapitre de l'Evangile où est racontée l'adoration des mages, c'est-à-dire l'accomplissement des prophéties qui promettaient au Messie l'adoration de tous les rois et la soumission de toutes les nations de la terre. Expliquant le mystère des dons offerts à Jésus par ces représentants de la gentilité, le saint docteur s'exprime en ces termes :

" “ Les mages, dit-il, reconnaissent en Jésus la triple qualité de Dieu, d'homme et de roi : ils offrent au roi l'or, au Dieu l'encens, à l'homme la myrrhe. Or, poursuit-il, il y a d'aucuns hérétiques : sunt vero nonnulli hæretici, qui croient que Jésus est Dieu, qui croient également que Jésus est homme, mais qui se refusent absolument à croire que son règne s'étende partout : sunt vero nonnulli, qui hunc Deum credunt, sed ubique regnare nequadam credunt.”

" Mon frère, vous avez la conscience en paix, me dites-vous, et, tout en acceptant le programme du catholicisme libéral, vous entendez demeurer orthodoxe [il y aura beaucoup de surprises au jugement dernier], vous entendez demeurer orthodoxe, attendu que vous croyez fermement à la divinité et à l'humanité de Jésus-Christ, ce qui suffit à constituer un christianisme inattaquable. Détrompez-vous. Dès le temps de saint Grégoire [à la fin du VIe siècle et au début du VIIe], il y avait “ d'aucuns hérétiques ” : nonnulli hæretici, qui croyaient ces deux points comme vous ; et leur “ hérésie ” consistait à ne vouloir point reconnaître au Dieu fait homme une royauté qui s'étendit à tout : sed hunc ubique regnare nequadam credunt. Non, vous n'êtes point irréprochable dans votre foi ; et le pape saint Grégoire, plus énergique que le Syllabus, vous inflige la note d'hérésie si vous êtes de ceux qui, se faisant un devoir d'offrir à Jésus l'encens, ne veulent point y ajouter l'or [et en l'an 2002 ils sont légion] : hi profecto ei thus offerunt, sed offere etiam aurum nulunt (S. Gregor., homil. X, in Evang.).

 

Id., tome III, chap. XXVII : Discours pour la solennité de la réception des reliques de saint Émilien, évêque de Nantes, prononcé dans l'église cathédrale de Nantes le VIII novembre 1859 (en présence des évêques d'Angers, de Bruges, d'Angoulême, de Blois, de Luçon et d'Amiens), Poitiers, Henri Oudin, Librairie-Editeur, Paris, Victor Palmé, Librairie-Editeur, 1872, pages 497-498, 498-499, 500, 501-502, 504, 505, 506-507, 508-509, 310-515, 515, 516, 517, 518, 519, 519-520, 521-522, 523, 524-525, 525-529 :

 

" Monseigneur (S.G. Mgr l'évêque de Nantes),

 

" Jamais le divin fondateur du christianisme n'a mieux révélé à la terre ce que doit être un chrétien, que quand il a enseigné à ses disciples la façon dont ils devaient prier. En effet, mes frères, la prière étant comme la respiration religieuse de l'âme, c'est dans la formule élémentaire qu'en a donnée J.-C. qu'il faut chercher tout le programme et tout l'esprit du christianisme. Écoutons donc la leçon textuelle du Maître. J'en ai récité le commencement tout à l'heure selon le texte plus concis de saint Luc. Je le dirai maintenant d'après saint Matthieu, tels que les enfants le balbutient et que tous les chrétiens le répètent depuis bientôt deux mille ans. Vous prierez donc ainsi, dit J.-C. : Sic ergo vos orabitis : “ Notre Père, qui êtes dans les cieux, que votre nom soit sanctifié, que votre règne arrive, que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel (Matth., VI, 9) ”. L'intelligence de mon sujet n'exige pas que j'ajoute le reste.

" [...] Qu'il soit grand ou petit, lettré ou ignorant, prêtre ou laïque, qu'il prie en public ou en particulier, cela n'importe pas ; l'Évangile suppose même qu'il est seul dans sa chambre, la porte fermée (Ibid., 6). [...] Avant toute autre chose, sa triple préoccupation, c'est la glorification du nom de Dieu sur la terre, c'est l'établissement du règne de Dieu sur la terre, c'est l'accomplissement de la volonté de Dieu sur la terre. Et ces trois aspirations, qui peuvent être ramenées à une seule, ne sont pas sans ordre et sans gradation. Il existe ici-bas des supériorités qui n'ont que l'excellence du nom et la préséance du rang. Il en est d'autres qui joignent à la dignité le pouvoir, mais qui n'en ont pas l'exercice, qui règnent et ne gouvernent pas. Enfin il en est qui trône, qui règnent et qui gouvernent ; et là seulement sont les véritables rois, les véritables monarques. Telle est éminemment la royauté suprême de notre Dieu dans les cieux. [...] Le chrétien, c'est un homme public et social par excellence ; son surnom l'indique : il est catholique, ce qui signifie universel. [...] Et comme assurément les œuvres de l'homme doivent être coordonnées avec sa prière, il n'est pas un chrétien digne de ce nom qui ne s'emploie activement, dans la mesure de ses forces, à procurer ce règne temporel de Dieu, et à renverser ce qui lui fait obstacle. [...] Voyons donc comment, en l'an de grâce sept cent vingt-cinq, les braves Nantais, guidés par leur évêque, ont compris et pratiqué les premiers mots de leur Pater : et nous tâcherons d'en conclure ce que nous devons être, ce que nous devons faire nous-mêmes, je dis nous tous, fidèles, prêtres, évêques, sous peine de donner le démenti à notre oraison dominicale et aux exemples de nos pères. [...]

 

PREMIÈRE PARTIE

 

" Le règne visible de Dieu sur la terre, M.T.C.F., c'est le règne de son Fils incarné, J.-C. ; et le règne visible du Dieu incarné, c'est le règne permanent de son Église [et là où est visiblement l'Église, là est le Christ]. [...] Là Dieu est connu ; là son nom est révéré et glorifié, là est sa royauté est acclamée, là sa loi est observée ; en un mot, selon la belle définition du catéchisme de Trente, expliquant le début de l'oraison dominicale, “ le règne de Dieu et du Christ, c'est l'Église ” : Regnum Christi quod est Ecclesia (Catéchisme du Concile de Trente, P. IV, ch. 41, § IV).

" [...] La raison en est que l'Église est ici-bas militante, et non pas triomphante ; elle est dans la voie, et non pas dans le terme. Il est vrai, il lui a été dit régner déjà, mais de régner au milieu de ses ennemis : Dominare in medio inimicorum tuorum (Psaumes, CIX, 2). Et sa domination sera ainsi partagée, disputée, quelquefois balancée, jusqu'au jour où tous ses ennemis seront placés sous ses pieds : Oportet autem illum regnare, donec ponat omnes inimicos ejus sub pedibus ejus (I Corinthiens, XV, 25). C'est dans cette lutte que se manifesteront les secrets des cœurs, et que se fera dès ici-bas le discernement des bons et des mauvais, le partage des braves et des lâches, ce qui veut dire le partage des élus et des réprouvés, puisque ni les méchants ni les lâches n'entreront dans le royaume des cieux [cf. Apocalypse, XXI, 8 ; I Samuel, VIII, 7 ; Luc, XIX, 27]. Heureux donc les hommes qui n'auront jamais hésité entre le camp de la vérité et celui de l'erreur [et plus précisément celui du naturalisme] ! Heureux ceux qui, dès le premier signal de la guerre, se seront incontinent rangés sous l'étendard de Jésus-Christ ! [Et qui ne se contenteront pas de pleurer].

" Or, à l'époque qui nous occupe, il avait paru sur la terre, depuis bientôt deux siècles, un fils de Bélial à qui il était réservé de tenir en haleine la chrétienté tout entière durant une période de plus de mille ans. L'islamisme, “ religion monstrueuse ”, dit Bossuet [qui n'était quand même pas un âne...] dans son beau panégyrique de saint Pierre Nolasque, “ religion qui se dément elle-même, qui a pour toute raison son ignorance [ou sa " logique du Coran "], pour route persuasion sa violence et sa tyrannie, pour tout miracle ses armes ” (Éd. de Lebel, T. XVI, p. 62), et j'ajouterai, pour tout attrait ses excitations voluptueuses et ses promesses immorales, l'islamisme avait déjà envahi d'immenses contrées. Que le schisme, que l'hérésie tombassent sous ses coups [ce qui nous pend au nez de nouveau !], c'était un grand malheur sans doute : toutefois c'est la loi de l'histoire et c'est un ordre accoutumé de la Providence que, pour punir les peuples pervers, Dieu se sert d'autres peuples plus pervers encore ; et cette mission, l'islamisme en était investi pour longtemps. Mais voici que la chrétienté n'est plus seulement atteinte dans ces races dégénérées qui ont décomposé en elles le principe de la vie par l'altération du principe de l'unité et de la vérité : c'est l'Europe dans ses parties les plus vitales, c'est le cœur même des races catholiques qui est menacé ; c'est le boulevard de l'orthodoxie, c'est le royaume très chrétien, c'est la France, et, derrière le rempart de la France, c'est la Métropole du christianisme, c'est le monde entier qui aura tout à redouter de ces nouveaux et implacables barbares. [...]

" [...] Nous pouvons succomber dans la lutte ; mais c'est le cas de dire, avec Judas Macchabée : “ Mieux vaut mourir que voir le désastre de notre patrie, et de supporter la profanation des choses saintes et l'opprobre de la loi que nous a donnée la majesté divine ” (cf. Ier Livre des Maccabées, III, 59. - Bolland., T. V Junii, ad diem 25, p. 81, n. 2).

" [...] Là, un admirable spectacle commence : c'est vraiment le prélude de nos plus saintes croisades, le début de nos plus magnifiques guerres chrétiennes. Émilien n'était pas de ces pontifes guerriers, comme on en vit alors quelques-uns, qui, sous le froc ecclésiastique, ne portaient qu'une âme laïque et séculière. Avant tout, Émilien est évêque ; il veut que l'expédition ait un caractère exclusivement religieux. Il se revêt donc des ornements sacrés, et il célèbre les saints mystères, durant lesquels il va bénir et ensuite communier tous ses compagnons d'armes [un chrétien doit-il se coucher devant ceux qui le combattent et veulent s'emparer de sa patrie et détruire même sa religion, c'est-à-dire son âme ? Et qu'a fait sainte Jeanne d'Arc ? - pour ne citer qu'elle. N'a-t-elle pas sauvé son pays et sa foi par les armes ? Sommes-nous des lâches ? En vérité, nous avons capitulé : les barbares sont au milieu de nous - avec leur fun culture ou la "culture" commerciale afro-américaine]. Rien ne manque à cette imposante solennité : l'homélie même n'y est pas omise, et je crois entendre retentir à mes oreilles ces accents du sacrificateur [...]

" [...] Trois premières batailles, engagées avec habileté et soutenues avec courage, sont couronnées par autant de brillantes victoires. Saint-Forgeot, Saint-Pierre-l'Étrier, Creuse-d'Auzy voient leurs champs abreuvés du sang des infidèles. La fortune semblait se fixer dans le rang des chrétiens, quand bientôt, à la suite d'un quatrième fait d'armes, une nouvelle et plus formidable armée de Sarrasins vient les surprendre à l'improviste. Le pontife fait sonner de la trompette, rallie ses soldats, les anime une dernière fois par sa parole inspirée. Mais, tandis qu'il parle, il est enveloppé lui-même par les bataillons infidèles ; il fait, jusqu'aux derniers moments, des prodiges de bravoure. Accablé par le nombre, criblé de cent coups d'épées et de lances, entouré de morts et de mourants, il exhortait encore les siens : “ O généreux soldats, soyez constants dans votre foi et dans votre courage ; reprenez force et haleine contre ces cruels païens... Enfants, vous êtes les soldats, non pas des hommes, mais de Dieu. Vous combattez pour votre véritable mère, la sainte Église, dont la voix crie vengeance vers Dieu pour le sang des saints. Là-haut, avec le Christ, un meilleur sort nous attend : là est notre victoire, là est notre récompense ” (Bolland., T. V Junii, ad diem 25, p. 82, n. 8). Ces derniers mots furent aussi le dernier soupir du guerrier ; son âme, reçue par les mains des anges, était introduite dans les joies éternelles [et l'Eglise catholique, l'Église de Jésus-Christ, l'a canonisé à juste titre. Doit-on en avoir honte ?]. [...] Vous le voyez donc, mes Frères, l'histoire de votre évêque guerrier n'a pas fini avec sa vie.

" [...] Et quant à son expédition, loin qu'elle ait fini avec lui, il est beaucoup plus vrai de dire qu'il en a seulement donné le signal. Ce farouche ennemi de la chrétienté, auquel la Bretagne catholique a porté les premiers coups et sur lequel elle a remporté de premiers, attendez seulement sept ans, et il sera tellement broyé dans les champs de Poitiers, qu'il reparaîtra plus jamais sur le sol de la France [ce n'est pas si sûr]. Et parce qu'il est écrit que ces deux généreuses provinces, la Bretagne et le Poitou, doivent toujours se donner la main dans les grands combats de la religion et du droit, un autre évêque de Nantes, successeur d'Émilien, figurera dans la bataille à côté de Charles Martel. Un de vos devanciers, Monseigneur, avait été à la peine : il était juste qu'un autre fût à l'honneur. Mais ce n'est point assez. Le Sarrasin, chassé de nos rivages, exerce ailleurs ses cruautés et ses impiétés. Ce n'est plus seulement de notre sol qu'il faut l'éloigner, c'est chez lui, c'est dans son propre empire qu'il faut désormais le poursuivre. L'orient, Jérusalem, les lieux saints nous convient à leur défense. Un pape français, Sylvestre II, pousse, au nom de la cité sainte, le premier cri de détresse : au autre pape, français encore, Urbain II, lance de premier cri de guerre. Les accents généreux de ces deux pontifes émeuvent le monde, et leurs discours volent de bouche en bouche. [...]

" [...] Il serait par trop cruel, en effet, que l'héritage de Mahomet devînt la proie de ces races perfides qui ont toujours abandonné nos braves à l'heure de l'action, et dont la trahison a tant de fois retardé nos succès. [...]

" Mais je m'aperçois, mes Frères, que je touche aux questions brûlantes de notre temps [déjà !]. Évitons de marcher sur ces charbons ardents, et néanmoins tâchons de demeurer les fils de nos pères et de savoir combattre comme eux pour le nom, pour le règne et pour la loi de Dieu. Ce sera l'objet d'une seconde réflexion.

 

SECONDE PARTIE

 

" Jésus-Christ est roi, M.T.C.F. ; il est roi non seulement du ciel, mais encore de la terre, et il lui appartient d'exercer une véritable et suprême royauté sur les sociétés humaines : c'est un point incontestable de la doctrine chrétienne (1). Ce point, il est utile et nécessaire de le rappeler en ce siècle. On veut bien de Jésus-Christ rédempteur, de Jésus-Christ sauveur, de Jésus-Christ prêtre, c'est-à-dire sacrificateur et sanctificateur ; mais de Jésus-Christ roi, on s'en épouvante ; ou on y soupçonne quelque empiètement, quelque usurpation de puissance, quelque confusion d'attribution et de compétence. Établissons donc rapidement cette doctrine, déterminons-en le sens et la portée, et comprenons quelques-uns des devoirs qu'elle nous impose dans le temps où nous vivons.

" Jésus-Christ est roi ; il n'est pas un des prophètes, pas un des évangélistes et des apôtres qui ne lui assure sa qualité et ses attributions de roi. Jésus est encore au berceau, et déjà les Mages cherchent le roi des Juifs : Ubi est qui natus est, rex Judeorum ? (Matthieu, II, 2) Jésus est à la veille de mourir : Pilate lui demande : Vous êtes donc roi : Ergo rex es tu ? (Jean, XVIII, 37) Vous l'avez dit, répond Jésus. Et cette réponse est faite avec un tel accent d'autorité, que Pilate, nonobstant toutes les représentations des Juifs, consacre la royauté de Jésus par une écriture publique et une affiche solennelle (Jean, XIX, 19-22). " Écrivez donc, s'écrie Bossuet [l'évêque de Meaux], écrivez, ô Pilate, les paroles que Dieu vous dicte et dont vous n'entendez pas le mystère. Quoi que l'on puisse alléguer et représenter, gardez-vous de changer ce qui est déjà écrit dans le ciel. Que vos ordres soient irrévocables, parce qu'ils sont en exécution d'un arrêt immuable du Tout-Puissant. Que la royauté de Jésus-Christ soit promulguée en la langue hébraïque, qui est la langue du peuple de Dieu, et en la langue grecque, qui est la langue des doctes et des philosophes, et en la langue romaine, qui est la langue de l'empire et du monde, la langue des conquérants et des politiques [langues véhiculant les trois valeurs de l'Occident ou de l'Europe avec ses trois villes : Athènes, Rome et Jérusalem, la première symbolisant la raison et la mesure des choses, la seconde, la loi et le droit, et la dernière, l'adoration en esprit et en vérité]. Approchez maintenant, ô Juifs héritiers des promesses ; et vous, ô Grecs, inventeurs des arts ; et vous, Romains, maîtres de la terre ; venez lire cet admirable écriteau : fléchissez le genoux devant votre Roi (Bossuet, 1er discours pour la Circoncision. Éd. Lebel, T. XI, p. 467)."

" Elle date de loin, mes Frères, et elle remonte haut cette universelle royauté du Sauveur. En tant que Dieu, Jésus-Christ était roi de toute éternité ; par conséquent, en entrant dans ce monde, il apportait avec lui déjà sa royauté [et c'est pourquoi cette royauté n'est pas de ce monde ou originaire de ce monde. - Cf. Jean, XVIII, 36]. Mais ce même Jésus-Christ, en tant qu'homme, a conquis sa royauté à la sueur de son front, au prix de tout son sang. “ Le Christ, dit saint Paul, est mort et il est ressuscité à cette fin d'acquérir l'empire sur les morts et sur les vivants ” : In hoc Christus mortuus est et resurrexit, ut et mortuorum et vivorum dominetur (Romains, XIV, 9). Aussi le grand apôtre [des Gentils ou des non Juifs] fonde-t-il sur un même texte le mystère de la résurrection et le titre de l'investiture royale du Christ : “ Le Seigneur a ressuscité Jésus, ainsi qu'il est écrit au psaume second : Vous êtes mon Fils ; je vous ai engendré aujourd'hui (Actes, XIII, 33 ; Psaumes, II, 7).” Ce qui veut dire : De toute éternité, je vous avais engendré de mon propre sein [et c'est pourquoi Jésus est le Fils unique de Dieu] ; dans la plénitude des temps, je vous ai engendré [en tant qu'homme] du sein de la Vierge votre mère ; aujourd'hui je vous engendre en vous retirant du sépulcre, et c'est une nouvelle naissance que vous tenez encore de moi. Premier-né d'entre les vivants, j'ai voulu que vous fussiez le premier-né d'entre les morts, afin que vous teniez partout la première place : Primogenitus ex mortuis, ut sit in omnibus ipse primatum tenens (Colossiens, I, 18). Vous êtes donc mon Fils ; vous l'êtes à tous les titres puisque je vous ai triplement enfanté, de mon sein, du sein de la Vierge, et du sein de la tombe. Or, à tous ces titres, je veux que vous partagiez ma souveraineté, je veux que vous y participiez désormais comme homme, de même que vous y avez éternellement participé comme Dieu. “ Demandez donc, et je vous donnerai les nations pour héritage, et j'étendrai vos possessions jusqu'aux extrémités de la terre (Psaumes, II, 8).”

" Et Jésus-Christ a demandé, et son Père lui a donné, et toutes choses lui ont été livrées (Luc, X, 22). Dieu l'a fait tête et chef de toutes choses, dit saint Paul (Éphésiens, I, 22), et de toutes choses sans exception : In eo enim omnia ei subject, nihil dimisit non subjectum (Colossiens, II, 10). Son royaume assurément n'est pas de ce monde, c'est-à-dire, ne provient pas de ce monde : Regnum meum non est de hoc mundo (Jean, XVIII, 36) ; et c'est parce qu'il vient d'en haut, et non d'en bas : regnum meum non est hinc (Ibid.), qu'aucune main terrestre ne pourra le lui arracher. Entendez les derniers mots qu'il adresse à ses apôtres avant de remonter au ciel : " Toute puissance m'a été donnée au ciel et sur la terre. Allez donc, et enseignez toutes les nations " (Matthieu, XXVIII, 18-19). Remarquez, mes Frères, Jésus-Christ ne dit pas tous les hommes, tous les individus, toutes les familles, mais toutes les nations. Il ne dit pas seulement : Baptisez les enfants, catéchisez les adultes, mariez les époux, administrez les mourants, donnez la sépulture religieuse aux morts. Sans doute, la mission qu'il leur confère comprend tout cela, mais elle comprend plus que cela : elle a un caractère public, un caractère social. Et, comme Dieu envoyait les anciens prophètes vers les nations et vers leurs chefs pour leur reprocher leurs apostasies et leurs crimes, ainsi le Christ envoie ses apôtres et son sacerdoce vers les peuples, vers les empires, vers les souverains et les législateurs, pour enseigner à tous sa doctrine et sa loi. Leur devoir, comme celui de Paul, est de porter le nom de Jésus-Christ devant les nations, et “ les rois, et les fils d'Israël ” : Ut portet nomen meum coram gentibus, et regibus, et filiis Israel (Actes, IX, 15).

" Mais je vois venir l'objection triviale, et j'entends élever contre ma doctrine [directement déduite des divines Écritures] une accusation aujourd'hui à la mode [et qui persiste en notre temps ou plus précisément en l'an 2002]. La thèse que vous développez, me crie-t-on, c'est celle de la théocratie toute pure. La réponse est facile, et je la formule ainsi : “ Non, Jésus-Christ n'est pas venu fonder la théocratie sur la terre, puisqu'au contraire il est venu mettre fin au régime plus ou moins théocratique qui faisait toujours le fond du mosaïsme, encore que ce régime eût été notablement modifié par la substitution des rois aux anciens juges d'Israël ”. Mais, pour que cette réponse soit comprise de nos contradicteurs, il faut, avant tout, que le mot même dont il s'agit soit défini : la polémique exploite trop souvent avec succès, auprès des hommes de notre temps, des locutions dont le sens est indéterminé [ce qui est de plus en plus fréquent à notre époque et rend vain tout dialogue sérieux]. Qu'est-ce donc que la théocratie ? La théocratie, c'est le gouvernement temporel d'une société humaine par une loi politique divinement constituée. Or, cela étant, comme Jésus-Christ n'a point imposé de code politique aux nations chrétiennes, et comme il ne s'est pas chargé de désigner lui-même les juges et les rois des peuples de la nouvelle Alliance, il en résulte que le christianisme n'offre pas de théocratie. [...] Trêve donc, par égard pour la langue française et pour les notions les plus élémentaires du droit, trêve à cette accusation de théocratie qui se retournerait en accusation d'ignorance contre ceux qui persisteraient à la répéter [et ils sont légion !].

" Le contradicteur insiste, et me dit : Laissons la question de mots. Toujours est-il que, dans votre doctrine, l'autorité temporelle ne peut pas secouer le joug de l'orthodoxie [nous y voilà !] ; elle reste forcément subordonnée aux principes de la religion révélée [et même aux principes premiers de la raison spéculative avec ses motifs de crédibilité], ainsi qu'à l'autorité doctrinale et morale de l'Église : or, c'est là ce que nous appelons le régime théocratique. Nous appelons, au contraire, régime laïque ou régime séculier, celui qui peut s'affranchir à son gré de ces entraves [qui va jusqu'aux entraves de la raison], et qui relève que de lui-même.- L'aveu est précieux, M.T.C.F. C'est-à-dire que la société moderne n'entend plus reconnaître pour ses rois et pour ses princes que ceux “ qui ont pris les armes et qui se sont ligués contre Dieu et contre son Christ ”, que ceux qui ont dit hautement : “ Brisons leurs liens et jetons leur joug loin de nous ” (Psaumes, II, 2-3). [Ce qui est proprement satanique.] C'est-à-dire qu'il faut supprimer la notion séculaire de l'État chrétien, de la loi chrétienne, du prince chrétien, notion si magnifiquement posée dès les premiers âges du christianisme, et spécialement par saint Augustin (cf. La Cité de Dieu, Livre V, ch. 24). [...] C'est-à-dire, enfin, que la philosophie sans foi et sans loi a passé désormais des spéculations dans l'ordre pratique, qu'elle est constituée la reine du monde, et qu'elle a donné le jour à la politique sans Dieu “ le prince de ce monde (Jean, XII, 31 ; XIV, 30), le prince de ce siècle ” (1 Corinthiens, II, 6, 8), ou bien encore “ la puissance du mal, la puissance de la bête ” (Apocalypse, IX, 10 ; XIII, 4) ; et cette puissance a reçu un nom aussi dans les temps modernes, un nom formidable qui depuis soixante-dix ans a retenti d'un pôle à l'autre : elle s'appelle la Révolution. [...] Vous savez, mes Frères, à quelle suprême tentation le Christ fut soumis. Satan le transporta sur une haute montagne, et lui dit : “ Tu vois toutes ces choses ? Eh bien ! je te donnerai tout cela si tu tombes à genoux et si tu m'adores ” : Hœc omnia tibi dabo, si cadens adoraveris me (Matthieu, IV, 9). Grand Dieu, viendra-t-il un jour dans la série des siècles où la même épreuve sera infligée à votre Église par le prince de ce monde ? [la tentation n'est-elle pas grande à notre époque de se mettre à genoux devant le monde avec ses organismes internationaux qui prétendent tout régler en se passant de Dieu ?] La puissance du mal s'approchera-t-elle jamais pour lui dire : Toutes ces possessions terrestres, toute cette pompe et cette gloire extérieure, je te les donnerai, je te les maintiendrai, pourvu que tu t'inclines devant moi, que tu sanctionnes mes maximes en les adoptant, et que tu me payes ton hommage : Hœc omnia tibi dabo, si cadens (quelle chute !) adoraveris me. A la parole du séducteur le Christ avait répondu : “ Arrière, tentateur, car il est écrit : Tu adoreras le Seigneur, et tu ne serviras que lui seul ”. Et le tentateur s'était éloigné de Jésus, et les anges s'approchant étaient venus le servir (Matthieu, IV, 10-11). Mes Frères, l'Église, placée dans les mêmes conditions que son Maître, ne saurait pas trouver d'autre réponse. [...] En face de certains principes fondamentaux du droit public chrétien, elle est et elle sera toujours inébranlable. Ce n'est pas elle qui subsistera jamais, même dans ses institutions purement temporelles, les prétendus droits de l'homme aux droits imprescriptibles de Dieu. [...]

" Je ne m'écarte point du plan de mon discours, M.T.C.F. Au temps de votre évêque Émilien, le grand ennemi du nom, du règne et de la loi de Dieu, c'était l'islamisme. Émilien et vos pères ont eu la gloire de s'enrôler contre lui [et non de s'en faire les complices ou des alliés par peur ou par intérêt], de lui résister, de le combattre, et ils y ont noblement sacrifié leur vie. Aujourd'hui [en 1859] l'ennemi capital du nom, du règne et de la loi de Dieu revêt une autre forme et s'appelle d'un autre nom. Sa tendance est la même, et sa devise est toujours celle de la populace déicide (cf. Luc, XXIII, 18) : Nolumus hunc regnare super nos : “ Nous ne voulons pas que le Christ règne sur nous ” (Luc, XIX, 14) [cf. l'encyclique Quas Primas, cinquième partie]. [...] Il ne s'agit pas, du moins encore à cette heure [en 1859], de prendre les armes. La lutte est principalement une lutte de doctrines. [...]

" [...] D'où vient donc ce symptôme si grave de l'affaiblissement des caractères ? Ah ! ne serait-il pas vrai qu'il est la conséquence naturelle et inévitable de l'affaiblissement des doctrines, de l'affaiblissement des croyances, et, pour dire le mot propre, de l'affaiblissement de la foi ? Le courage, après tout, n'a sa raison d'être qu'autant qu'il est au service d'une conviction. La volonté est une puissance aveugle lorsqu'elle n'est pas éclairée par l'intelligence. [...] Nos pères, en toute chose, cherchaient leur direction dans l'enseignement de l'Évangile et de l'Église : nos pères marchaient dans le plein jour. Ils savaient ce qu'ils voulaient, ce qu'ils repoussaient, ce qu'ils aimaient, ce qu'ils haïssaient, et, à cause de cela, ils étaient énergiques dans l'action. Nous, nous marchons dans la nuit ; nous n'avons plus rien de défini, rien d'arrêté dans l'esprit, et nous ne nous rendons plus compte du but où nous tendons. Par suite, nous sommes faibles, hésitants. [...] Ne vous arrêtez pas à ces doctrines de milieu que je ne sais quel tiers parti, né d'un caprice d'hier, invente chaque jour en matière religieuse. Est-ce que ce christianisme appauvri, débilité, le seul qui trouve grâce devant certains sages du Portique moderne, refera jamais les caractères vigoureux, les tempéraments fortement organisés des anciens âges ? Non, avec les doctrines amoindries, avec les vérités diminuées, on n'obtiendra que des demi-chrétiens ; et, avec les demi-chrétiens, ni la société religieuse, ni la société civile n'auront jamais raison de l'ennemi redoutable que je vous ai signalé.

" J'entends encore quelques objections qui me sont faites : Il faut être de son pays et de son temps. Il ne faut pas se heurter à des impossibilités.

" Il faut être de son pays : Oui, et mille fois oui surtout quand ce pays c'est la France. Or, vous serez davantage de votre pays, M.F., à mesure que vous serez plus chrétiens. Est-ce que la France n'est pas liée au christianisme par toutes ses fibres ? N'avez-vous pas lu, en tête de la première charte française, ces mots tant de fois répétés par l'héroïne d'Orléans : “ Vive le Christ qui est roi des Francs ” ? N'avez-vous pas lu le testament de saint Rémi, le père de notre monarchie et de toutes ses races régnantes ? N'avez-vous pas lu les testaments de Charlemagne et de saint Louis, et ne vous souvenez-vous pas comment ils s'expriment concernant la sainte Église romaine et le vicaire de Jésus-Christ ? Le programme national de la France est là ; on est Français quand, à travers les vicissitudes des âges, on demeure fidèle à cet esprit. [...] Les apostats de la France, ce sont les ennemis de Jésus-Christ. Quoi qu'on fasse, il n'y aura jamais de national en France que ce qui est chrétien. [...] Ce n'est pas la Bretagne qui me donnera le démenti si j'affirme que rien ne sera jamais décidément national en France que ce qui est franc.

" [...] Loin donc d'être atteint d'incapacité, l'homme perfectionné par la grâce et instruit par la longue expérience de l'Église, possède un tact plus exercé, un sens plus sûr pour le discernement du bien et du mal (Hébreux, V, 14). Nul ne juge mieux les choses selon leur vraie valeur que celui qui les pèse dans la balance de la foi et au poids du sanctuaire. Faute de ce régulateur, nous voyons tous les jours que les hommes les plus habiles et les plus renommés ne sont, hélas ! ni à la hauteur des destinées de leur pays, ni au niveau des besoins et des difficultés de leur temps.

" Enfin, ajoute-t-on, il est des faits accomplis dont il faut savoir prendre son parti ; l'esprit moderne ne permet plus d'espérer jamais le triomphe social des principes chrétiens : il ne faut pas se heurter à des impossibilités. - Des impossibilités ? Mais c'est dit bien vite. L'Église, qui a pour elle cette grande ressource qui se nomme le temps, n'accepte pas ce mot tout d'un coup. Le divin Sauveur, J.-C., a prononcé cet oracle : “ Ce qui est impossible auprès des hommes n'est pas impossible auprès de Dieu ” (Matthieu, XIX, 26) ; et l'Épouse de J.-C., durant sa carrière de dix-huit siècles, a expérimenté souvent l'accomplissement de cette parole. L'énumération serait longue de ces revirements subits de l'opinion, de ces retours inattendus des choses, de ces interventions manifestes de la Providence, qui ont fait revivre tout à coup, au sein de la société chrétienne, les institutions et les principes dont le rétablissement avait été déclaré impossible. En particulier, quand l'Église s'interroge elle-même aujourd'hui et qu'elle se compare avec les choses de ce temps, elle croit sentir en elle-même une vitalité, une fécondité, une force d'expansion et une richesse d'avenir qu'elle n'aperçoit nulle part ailleurs.

" Des impossibilités ? Ah ! ce qui pourrait les créer ici-bas au profit du mal, c'est cette facilité des bons à y croire et à se les exagérer, c'est cette disposition à douter d'eux-mêmes et de la valeur de leurs principes, c'est cette promptitude à rendre les armes à l'ennemi de Dieu et de l'Église ; que dis-je ? C'est cet empressement à proclamer son triomphe lorsqu'il est loin encore d'être définitif. [...]

" Il ne faut pas se heurter à des impossibilités, dites-vous ? Et moi je vous réponds que la lutte du chrétien avec l'impossible est une lutte commandée, une lutte nécessaire. Car dites-vous donc chaque jour : “ Notre Père qui êtes dans les cieux, que votre nom soit sanctifié, que votre règne arrive, que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel ” : Sicut in cœlo et in terra ? Sur la terre comme au ciel, mais c'est impossible ! Oui, c'est l'impossible ; et cet impossible, il faut travailler ici-bas, chacun selon nos forces, à en obtenir toute la réalisation qui est en notre pouvoir. Une seule génération ne fait pas tout, et l'éternité sera le complément du temps [si l'on peut dire...]. Nos pères, les anciens Gaulois, avaient une telle foi dans la vie à venir, qu'il leur arrivait de renvoyer la conclusion de leurs affaires à l'autre monde, et de prêter de l'argent recouvrable après la mort (Pompon. Mela, De situ orbis, L. III, n. 2). Ce qu'ils faisaient en païens, sachons le faire en chrétiens. Encore un coup, ce que nous commencerons, d'autres le continueront, et le dénouement final l'achèvera. [...] Le mal s'est produit depuis lors, il se produira jusqu'à la fin sous mille formes diverses. Le vaincre entièrement ici-bas, le détruire de fond en comble, et planter sur ses ruines l'étendard désormais inviolable du nom, du règne et de la loi de Dieu, c'est un triomphe définitif qui ne sera donné à aucun de nous, mais que chacun de nous n'en doit pas moins ambitionner avec espérance contre l'espérance même : Contra spem in spem (Romains, IV, 18).

" Oui, avec cette espérance contre l'espérance même. Car je veux le dire à ces chrétiens pusillanimes, à ces chrétiens qui se font esclaves de la popularité, adorateurs du succès, et que les moindres progrès du mal déconcertent : Ah ! affectés comme ils sont, plaise à Dieu que les angoisses de l'épreuve dernière leur soient épargnées ! Cette épreuve est-elle prochaine, est-elle éloignée ? Nul ne le sait, et je n'ose rien augurer à cet égard ; car je partage l'impression de Bossuet, qui disait : “ Je tremble mettant les mains sur l'avenir ” (Explication de l'Apocalypse, ch. 20, Éd. Lebel, T. III, p. 478). Mais ce qui est certain, c'est qu'à mesure que le monde approchera de son terme, les méchants et les séducteurs auront de plus en plus l'avantage : Mali autem et seductores proficient in pejus (II Timothée, III, 13). On ne trouvera quasi plus la foi sur la terre (cf. Luc, XVIII, 8), c'est-à-dire, elle aura presque complètement disparu de toutes les institutions terrestres. Les croyants eux-mêmes oseront à peine faire une profession publique et sociale de leurs croyances [en 2002, en France, nous y sommes arrivés]. La scission, la séparation, le divorce des sociétés avec Dieu, qui est donné par saint Paul comme un signe précurseur de la fin : nisi venerit discessio primum (II Thessaloniciens, I, 3), ira se consommant de jour en jour. L'Église, société sans doute toujours visible, sera de plus en plus ramenée à des proportions simplement individuelles et domestiques. Elle qui disait à ses débuts : “ Le lieu m'est étroit, faites-moi de l'espace où je puisse habiter ” : Angustus est mihi locu, fac spatium mihi ut habitem (Isaïe, LXXI, 20), elle se verra disputer le terrain pied à pied ; elle sera cernée, resserrée de toutes parts ; autant les siècles l'ont faite grande, autant on s'appliquera à la restreindre. Enfin il y aura pour l'Église de la terre comme une véritable défaite : “ Il sera donné à la Bête de faire la guerre aux saints et de les vaincre ” (Apocalypse, XIII, 7). L'insolence du mal sera à son comble.

" Or, dans cette extrémité des choses, dans cet état désespéré, sur ce globe livré au triomphe du mal et qui sera bientôt envahi par la flamme (cf. II Pierre, III, 10-11), que devront faire encore tous les vrais chrétiens, tous les bons, tous les saints, tous les hommes de foi et de courage ? S'acharnant à une impossibilité plus palpable que jamais, ils diront avec un redoublement d'énergie, et par l'ardeur de leurs prières, et par l'activité de leurs œuvres, et par l'intrépidité de leurs luttes : O Dieu, ô notre Père, qui êtes dans les cieux, que votre nom soit sanctifié sur la terre comme au ciel, que votre règne arrive sur la terre comme au ciel, que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel : Sicut in cœlo et in terra ! Sur la terre comme au ciel... ! Ils murmureront encore ces mots, et la terre se dérobera sous leurs pieds. [...] Et alors, cet idéal impossible, que tous les élus de tous les siècles avaient obstinément poursuivi, deviendra enfin une réalité. Dans ce second et dernier avènement, le Fils remettra le royaume de ce monde à Dieu son Père, la puissance du mal aura été évacuée à jamais au fond des abîmes (I Corinthiens, XV, 24) ; tout ce qui n'aura pas voulu s'assimiler, s'incorporer à Dieu par J.-C., par la foi, par l'amour, par l'observation de la loi, sera relégué dans le cloaque des immondices éternelles. Et Dieu vivra, et il régnera pleinement et éternellement, non seulement dans l'unité de sa nature et la société des trois Personnes divines, mais dans la plénitude du Corps mystique de son Fils incarné, et dans la consommation de ses saints (cf. Éphésiens, IV, 12).

" Alors, ô Émilien, nous vous reverrons, vous et votre magnanime phalange ; et, après avoir travaillé comme vous ici-bas, dans la mesure de nos forces, à la glorification du nom de Dieu sur la terre, à l'avènement du règne de Dieu sur la terre, à l'accomplissement de la volonté de Dieu sur la terre, éternellement délivrés du mal, nous dirons avec vous l'éternel Amen : “ Cela est, cela est ”. Telle est la grâce que je vous souhaite à tous, M.T.C.F., au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit."

 

1) Concile du Vatican, Constitution Pastor æternus, c. 4 ; Collectio Lacensis, t. 7, Acta et decreta sacrosancti œcumenici concilii Vaticani, Fribourg en Br., 1890,486 ; Denz., 1836, Dum., 481 :

 

« Car le Saint Esprit n'a pas été promis aux successeurs de Pierre pour qu'ils fassent connaître, sous sa révélation, une nouvelle doctrine, mais pour qu'avec son assistance, ils gardent saintement et exposent fidèlement la révélation transmise par les apôtres, c'est-à-dire le dépôt de la foi. »

 

" En effet, le dépôt de notre foi doit être gardé saintement et exposé fidèlement tout en pouvant cependant être développé d'une manière organique, c'est-à-dire sans contredire ce qui a déjà été formulé, car si le vicaire du Christ se permettait d'avancer un point de doctrine infirmant celui de l'un de ses prédécesseurs, qui pourrait alors nous assurer qu'il ne se trompe pas à son tour ? Et s'il n'en tenait aucun compte, c'en serait fini de l'autorité de son magistère. Il s'introduirait ainsi un désordre épouvantable dans l'Église jusqu'à provoquer de graves dissensions, voire des schismes. Et c'est pourquoi on ne doit jamais oublier les critères du magistère ordinaire et universel de l'Église pour reconnaître les doctrines qui s'imposent à notre foi et pouvoir ainsi demeurer dans la charité, la joie et la paix en attendant patiemment des jours meilleurs ou le jour où nous verrons la cité mystique de Dieu descendre du ciel d'auprès de Dieu, brillante de la gloire de Dieu, et s'établir en nous et parmi nous pour l'éternité (1), sachant que, selon les promesses du Christ, les portes de l'enfer ne prévaudront pas contre son Église (2). À la vue de tant de scandales et d'hérésies dans l'Église, ne la quittons pas pour en rejoindre une autre qui prétendrait être la seule vraie sur la terre comme le font bien des sectes qui égarent des personnes de bonne volonté mais doctrinalement peu formées et psychologiquement vulnérables ou déstabilisées et par conséquent affaiblies dans leur foi, car si l'apôtre Pierre a reçu de Jésus-Christ l'assurance de l'indéfectibilité de l'Église bâtie sur lui, comment se pourrait-il qu'une autre Église puisse faire mieux qu'elle sans une telle promesse contenue dans la Sainte Écriture ? Ne lâchons donc pas la proie pour l'ombre ou n'imitons pas Gribouille en nous jetant à l'eau pour éviter la pluie. Patientons ! Laissons passer l'orage.

 

1) Cf. Apocalypse, XXI, 3-4, 8, 10, 23 ; XXII, 3-5, 14-15.

 

2) Cf. Matthieu, XVI, 18.

 

En ayant accompli son plan de Rédemption par Jésus-Christ (1), son Fils unique, Dieu a mis en échec et mat (tm : mort) le naturalisme de Lucifer, odieuse impiété qui est incapable de conduire à la vie éternelle (2) et n'aboutit en réalité qu'au néant ou à l'absurde en précipitant toutes choses vers la décadence et la mort.

 

1) Cf. Jn 19 30 ;

 

2) Ibid., 1 12 ; Ec 21 9-10 ; Jn 8 23 ; 17 9 ; Lc 13 25 27 ; I Co 14 38.

 

Comment une nation entière revient à Dieu ?

par le cardinal Pie

 

Cardinal Pie (1815-1880) [évêque de Poitiers (1849) qui contribua au concile du Vatican (1869-1870) à la définition de l'infaillibilité pontificale (1870) et fut créé cardinal par le Pape Léon XIII en 1879], Œuvres de Mgr l'Evêque de Poitiers, 10 volumes, tome I, chap. XI : Lettre pastorale sur le retour à Dieu considéré comme devoir particulier de tous les hommes qui ont intérêt à la conservation de l'ordre (Carême 1850), Poitiers, Henri Oudin, Librairie-Editeur, Paris, Victor Palmé, Librairie-Editeur, 1872, pages 138-139, 140-141, 141-142, 143, 144-145, 146, 147, 149, 150, 151-153, 153-154, 155, 156-157, 158, 161, 162 :

 

" I. Nous vous l'avons dit en arrivant parmi vous, Nos Très Chers Frères, il n'y aura de salut pour la société, qu'autant qu'elle se réformera selon les principes chrétiens. [...] Plus nous étudions le corps social dans tout ce qui constitue son existence et sa vie, plus nous y reconnaissons des germes de dissolution et de mort ; depuis la plante des pieds jusqu'au sommet de la tête, nous n'y trouvons aucune partie saine (cf. Isaïe, I, 4-6) ; et, remontant des effets à la cause, nous sommes forcés d'avouer que les vices de la société moderne sont le hideux écoulement de ses doctrines. " D'où proviennent tant de maux, s'écriait Jérémie, sinon de ce que la nation a délaissé le Seigneur son Dieu, alors qu'il la conduisait lui-même dans le chemin de la prospérité et de la gloire ? (Jérémie, II, 17) ". Nos pères ont dit à Dieu de se retirer loin d'eux (cf. Job, XXI, 14) ; Dieu s'est retiré en effet, et, pour nous châtier, il n'a eu besoin que de nous laisser à nous-mêmes. [...] - Que faire donc ? - Que faire, N.T.C.F. ? Il n'y a pas de milieu : il faut périr, ou revenir à Dieu. Choisissez : l'abîme est devant vous ; et, derrière vous, l'Église de Jésus-Christ vous rappelle et vous tend les bras ? Jérusalem, Jérusalem, reviens vers le Seigneur ton Dieu ! Et pourquoi voudrais-tu mourir, maison d'Israël ? (Ézéchiel, XVIII, 32) ? [...]

" II. Mais comment une nation entière revient-elle à Dieu ? [...] Le sort d'une contrée entière est entre les mains de quelques hommes dont l'exemple devient sa loi. C'est pourquoi, bien que nos paroles [ou nos écrits] doivent être utiles à tous, nous voulons surtout établir aujourd'hui que la conversion est le besoin et le devoir spécial de quelques-uns, c'est-à-dire d'une supériorité quelconque de fortune, de considération, d'intelligence, d'autorité, sont devenus les clefs du peuple qui les entoure. [...]

" [..] Les hommes influents d'une province, d'une ville, d'une bourgade, d'un hameau auront à répondre non seulement de leur âme, mais d'un grand nombre d'âmes ; et leur responsabilité ne concerne pas seulement le monde à venir, elle est immense dès le siècle présent. Hélas ! et s'il était vrai que ce sont eux qui ont mis en crédit l'impiété, et donné naissance à tous les maux que l'impiété traîne à sa suite, ce serait pour eux un devoir plus impérieux encore d'imprimer désormais le mouvement de retour à la religion, et de restituer ainsi à la société tous les biens que la religion apporte avec elle.

" [...] - Ce qui manque chez ces nouveaux apôtres [philanthropes], c'est premièrement la conviction, et secondement l'exemple pratique : d'où il arrive que leurs enseignements sont inefficaces, et parce qu'étant purement humains ils ne sont pas bénis de Dieu, et parce qu'étant inconséquents et intéressés ils ne sont pas recevables de la multitude. Ce qu'il faudrait donc, ce qui serait indispensable au succès de l'entreprise, c'est que tous ceux qui veulent réformer la société au nom de Dieu et de l'Évangile [hélas ! en l'an 2002, nous n'en sommes même plus là, car, en France, les noms de Dieu et de l'Évangile ne sont jamais prononcés par nos hommes politiques], commençassent par se convertir eux-mêmes sincèrement, pratiquement, entièrement. Ne perdons de vue aucune de ces idées.

" III. Plus d'une fois nous avons eu la satisfaction de nous rencontrer avec des hommes graves et sérieux, vraiment préoccupés du sort de l'humanité [surtout à la veille des élections !], désireux d'être utiles à leurs semblables, apportant à l'œuvre de la régénération sociale une volonté et un dévouement dignes de tous éloges. Ils avaient vu, d'une part, que les conditions supérieures sont à la veille d'être envahies par les passions de la multitude ; d'autre part, que les mauvais instincts de la multitude lui sont infiniment nuisibles à elle-même. Ils avaient compris qu'il fallait trouver une digue à opposer à ce débordement ; et, après mille autres tentatives, ils étaient enfin convaincus qu'il fallait demander à la religion son appui, à notre ministère son concours. [...] Ils ont l'Évangile à la main, et ne l'ont pas dans le cœur ; ils enseignent, mais ils ne croient pas. [...]

" [...] L'Évangile, auquel on fait ainsi appel pour la réforme des multitudes, prescrit des devoirs dont l'accomplissement est visible et se réfère à des actes publics et solennels. De ces pratiques sensibles [à la rigueur, lors des enterrements de certaines célébrités], de ces devoirs extérieurs dépend toute la vertu, toute l'efficacité de la morale évangélique ; sans l'accomplissement de ces observances, ne christianisme ne garantit plus aucun des fruits qu'on lui demande. [...] A Dieu ne plaise que je perce le mur qui me dérobe et qui doit me dérober leur vie privée ! Mais il est un fait patent : on ne les rencontre pas dans le temple ; ils ne donnent jamais l'exemple de l'assistance à la prière publique ; le dimanche les voit enfermés dans leur cabinet, où ils écrivent gravement sur les questions de régénération sociale ; la prédication évangélique ne peut faire arriver à leurs oreilles aucun des enseignements [c'est d'ailleurs le cadet de leurs soucis], toucher leur cœurs d'aucune de ses grâces. Inutile de dire qu'ils ne s'approchent pas des tribunaux sacrés, et qu'ils ne s'assoient pas plus avec le pauvre à la table divine qu'ils ne s'astreignent à partager avec lui le pain noir de sa misère ou de sa réclusion. [...]

" Après cela comment se fait-il que la multitude ne se laisse pas docilement persuader, et qu'elle résiste à ce prosélytisme si entraînant ? Comment se fait-il que, pendant vingt années et plus, tant de statistiques, tant de rapports, tant de brochures et de discours philanthropiques, tant d'annales de bienfaisance, tant de créations dispendieuses n'aient pas renouvelé la face du monde moral, mais au contraire aient abouti à la plus effroyable, à la plus menaçante de toutes les situations ? Eh quoi ! Douze pauvres pêcheurs ont changé l'univers ; et l'on verra les hommes les plus considérables, les publicistes, les économistes les plus distingués d'un pays, disposant de toutes les ressources de la puissance publique, échouer complètement dans leur noble entreprise ? Qui pourra nous expliquer ce mystère ? [...]

" IV. Or, nous disons que cette sorte d'apostolat exercé par les hommes du siècle, cet apostolat dénué de la conviction et de l'exemple pratique, est condamné à la stérilité et à l'impuissance. [...]

" La première condition du succès par un apôtre, c'est la grâce de Dieu. Nous plantons, dit saint Paul, mais c'est Dieu qui donne l'accroissement (cf. I Corinthiens, III, 7). Le travail est de l'homme, le résultat est de Dieu. Or Dieu n'accorde et ne doit accorder sa grâce qu'autant qu'elle produira des fruits qui tournent à sa gloire. Serait-il concevable que Dieu fit servir ses dons surnaturels à une autre cause que la sienne ?

" Je vois un apôtre chrétien ; que se propose-t-il ? - La gloire de Dieu, son règne sur la terre, le triomphe de la vérité. [...] - Ah ! N. T. C. F., nous comprenons qu'ici Dieu bénisse l'apostolat de l'homme, le dévouement de l'homme, car cet homme n'enseigne pas pour lui-même, mais pour Dieu.

" Je vois un apôtre selon le monde ; que se propose-t-il ? - La gloire de Dieu ? - Il ne songe pas même à s'élever jusque là. - Le triomphe de la vérité ? - Qu'est-ce que la vérité (cf. Jean, XVIII, 38) ? Il n'y a jamais pensé. [...] Or, est-il possible que Dieu bénisse et qu'il féconde un tel apostolat ? Non, évidemment non ; l'apôtre ici n'est qu'un homme, il ne se propose rien que d'humain ; Dieu n'a pas intérêt à intervenir, il ne mettra pas sa puissance au service de l'égoïsme et de l'ingratitude.

" V. [...] Mais que la foule puisse soupçonner l'apôtre de ne pas croire ce qu'il enseigne, de ne pas pratiquer ce qu'il prêche ; dès lors son apostolat a perdu toute vertu. Voilà ce qui rend et ce qui rendra longtemps encore inutiles tous les efforts tentés aujourd'hui au nom de la société pour la régénération sociale. [...] Prenons un exemple [le cas d'un reclus].

" [...] Le prêtre, dit-on, l'homme de Dieu, entrera chaque jour dans la cellule du reclus... [...] La société lui a envoyé le prêtre. Le prêtre a parlé à cette âme ; il lui a parlé, disons-le, au nom de Dieu et comme l'envoyé de l'Église, bien plus qu'au nom de la société, dont la mission est assez suspecte aux yeux des malheureux ; la parole du prêtre est entrée dans ce cœur qui s'en est laissé pénétrer ; les vérités chrétiennes l'ont subjugué par leur autorité, conquis par leur douceur. [...]

" Mais qui le croirait ? Cet homme que la société avait séparé de son corps, et qu'elle déclare aujourd'hui digne de rentrer dans son sein, - le dirai-je ? - au moment où il reçoit d'elle le baiser de la réconciliation, c'est contre elle-même, contre celle qui paraît sa bienfaitrice, qu'il faut le prémunir et le mettre en défiance. C'est elle qui va devenir pour lui un piège et un danger. [...] Mais quel n'est pas son étonnement, quand bientôt il s'aperçoit que ces principes de religion avec lesquels la société l'a réformé, la société y est totalement indifférente... [...] Il se met à réfléchir. Il va de mécomptes en mécomptes, de désenchantements en désenchantements. Ils avaient donc raison ceux qui, plus pervers, mais aussi mieux instruits, lui disaient que la religion était un moyen comme un autre, exploité par les heureux du monde pour faire accepter le malheur à ceux qui manquent de tout. [...]

" Et alors dans quelle affreuse perplexité, dans quelle étrange hésitation cet homme ne se trouve-t-il pas ? De deux choses l'une. - Ou bien il a puisé dans les enseignements du prêtre et dans les sacrements de l'Église une foi tellement robuste, une religion tellement solide, qu'en dépit de la contradiction qu'il aperçoit, il demeurera fidèle à Dieu, et se résignera par vertu à occuper honnêtement, humblement, le dernier rang dans une société dont les hauteurs méritent d'être jugées avec tant de sévérité. Et alors, j'ose le dire, cet homme est un phénomène. Si ce prodige arrive quelque jour [et il est déjà arrivé], tous tant que nous sommes, baissons les yeux. La prison enfante des âmes plus fortement trempées que celles qui celles qui sont formées dans la famille ou dans les écoles publiques. - Ou bien, et c'est ce qui arrivera presque infailliblement [c'est exact], la tentation sera trop forte pour ce malheureux. Il reconnaît qu'on a trompé sa simplicité ; que la société, plus avancée, plus raffinée que lui, a abusé de ce qui restait de candeur et d'honnêteté dans son âme. Que sais-je ? Peut-être dans le trouble où s'égare son indignation, il soupçonne le prêtre de s'être fait le complice des heureux du siècle, et d'avoir accepté l'affreux ministère de prêcher au malheur une religion qui ne saurait être vraie, puisque la richesse et la science la désavouent. Il retombe dans le scepticisme et le doute ; il se prend à haïr plus fortement que jamais cette société contre laquelle il n'avait été armé jusqu'ici que par la misère, mais qu'il trouve aujourd'hui vile et méprisable par sa fourberie sacrilège. C'en est fait, et la perversité de cet homme sera pire désormais que par le passé : Et fiunt novissima hominis illius pejora prioribus (Luc, XI, 26).

" Et que répondre à cet homme, N. T. C. F. ? Quand il juge, lui, conformément à sa raison, que si le Dieu qu'on lui a prêché était le Dieu véritable, il ne devrait pas être seulement le Dieu des repris de justice, mais aussi le Dieu de tous les hommes qui composent le grand parti de l'ordre, que lui dire ? - Un nègre [de l'esp. ou du port. negro, noir] de nos colonies disait à l'une de ces admirables femmes que la France catholique envoie sur tous les points du monde : " Ma sœur, pourquoi donc les vérités qu'on trouve bon que le Père nous prêche, à nous autres noirs, les blancs ne veulent-ils jamais les entendre ? Est-ce que les blancs n'ont pas d'âme ? " - Ah ! N. T. C. F., c'est parce que la philanthropie de notre siècle n'a rien à répondre à cette interrogation, que tous ses efforts sont frappés de stérilité. J'ai pris pour exemple, et j'ai exposé avec étendue ce qui concerne la réforme des coupables ; j'aurais pu passer en revue toutes les autres tentatives dont nous sommes témoins. L'adulte trouve bon que l'enfant ait de la religion ; le bourgeois trouve bon que l'ouvrier et le prolétaire [le déraciné] aient de la religion. Mais, de grâce, à quel taux faut-il être imposé pour avoir le droit de se passer de Dieu, et à quel âge est-on émancipé de l'Être souverain ? Les savants, les notables n'ont-ils pas d'âme, et n'y a-t-il de ciel et d'enfer que pour les enfants et les femmes ? Non ; évidemment si la religion est vraie, elle doit être vraie pour tous et s'appliquer à tous.

" [...] Non, n'attendez rien de l'impiété, rien que votre ruine et qu'un désastre universel. Vous donc qui vous réjouissez de posséder une supériorité sociale quelconque, voulez-vous la conserver ? Ramenez à Dieu le peuple dont vous êtes les guides et les modèles. - Nous l'avons essayé, dites-vous ; la société avait entrepris cette cure ; nous n'avons pu réussir. - Et moi je vous réponds : Vous n'avez employé aucun des moyens efficaces ; il est temps de substituer les remèdes aux palliatifs ; et, pour votre part, il faut revenir à Dieu SINCÈREMENT, PRATIQUEMENT, ENTIÈREMENT.

" VII. SINCÈREMENT. Le  nom français signifie la franchise. [...] Il faut, par conséquent, N. T. C. F., qui que vous soyez, il faut dès aujourd'hui, si vous ne croyez pas encore, examiner, étudier, prier afin de croire ; croire, afin d'avoir le droit d'enseigner ensuite ; se faire adepte, pour devenir apôtre, apôtre sincère : en dehors de là, ce serait l'imposture ; et qui de vous n'est pas révolté à la seule pensée d'être imposteur ?

" VIII. Mais ce n'est pas assez de croire : il faut agir. Aussi avons-nous dit que c'est votre devoir de vous rapprocher de Dieu PRATIQUEMENT. L'évangéliste nous apprend que le Sauveur des hommes commença par agir, et qu'il enseigna ensuite (Actes, I, 1). Imposez à d'autres un fardeau que l'on ne voudrait pas toucher du doigt, c'est ce que Jésus-Christ appelait le pharisaïsme par excellence (cf. Matthieu, XXIII, 4). [...] O vous qui êtes animés du noble désir de voir refleurir les principes de la religion et de la morale dans les cœurs desséchés par le doute et la corruption, permettez-moi de vous le dire : VOUS AVEZ ASSEZ PARLÉ, ASSEZ ÉCRIT ; IL EST TEMPS DE PRATIQUER ET D'AGIR (saint Justin, Dialog. Cum Tryph., 3). [...]

" Vous voulez moraliser les classes inférieures, et vous vous épuisez à en chercher les moyens ; mais existera-t-il jamais rien de plus moralisateur que l'institution du Dimanche, tel que l'Église catholique le prescrit ? Trouvez le secret de conduire tous les habitants d'une contrée, d'une ville, d'une province chaque Dimanche à la messe ; de les entraîner au pied de la chaire chrétienne, d'où on leur expliquera la doctrine et la morale de Jésus-Christ, que cela dure six mois, et, sans aucun doute, voilà une ville, une contrée régénérée tout entière. [...] Cependant, que tous les hommes qui ont intérêt à la conservation de l'ordre observent religieusement et fassent observer de tous ceux qui leur obéissent le jour consacré à Dieu ; qu'ils assistent avec foi et piété au sacrifice des autels ; qu'ils entendent avec docilité et respect la parole évangélique : le jour ne tardera pas à paraître où les multitudes marcheront sur leur trace, et bientôt des flots de chrétiens revenus à Dieu inonderont l'enceinte trop étroite de nos temples [à notre avis, le cardinal Pie se faisait bien des illusions, car ceux qui nous gouvernent ou devraient nous gouverner ne voient pas plus loin que le bout de leur nez et se moquent bien de la religion, préférant la voir reléguée dans les coulisses, muette et impuissante, afin de ne gêner personne et de laisser le monde sans morale en l'habituant même à ne plus jamais prononcer ce mot dérangeant qui lui rappelle ses devoirs vis-à-vis de Dieu]. - Vous voulez moraliser le peuple [en l'an 2002, ils ne veulent même plus le moraliser], et vous êtes à bout d'expédients. Mais voici un moyen infaillible, dont le succès est assuré [surtout pas !]. Connaissez-vous rien de plus moralisateur que la confession [malheureusement la pratique de la confession intégrale et individuelle des péchés tend à disparaître et l'on ne parle plus que de vagues célébrations pénitentielles et d'absolutions générales] ? Est-il rien de comparable pour réhabiliter l'âme dégradée qui n'osait plus se regarder elle-même [à notre époque, non seulement on ose se regarder, mais encore on affiche ses vices et l'on se flatte tout particulièrement de ses actes adultérins, fornicateurs et contre nature, dont les séries télévisées foisonnent, sans parler des scènes continuelles de violence et de gangstérisme, de vols, de trafics d'armes et de stupéfiants qui passent habituellement sur nos écrans et où l'usage des armes à feu surabonde. Et avec cela nos "responsables" s'étonnent de la dégradation des mœurs au sein de la jeunesse alors que toute leur politique y incite manifestement. N'est-ce pas là se moquer du monde ? ou un moyen de le dominer en l'abrutissant ?] ? Est-il rien de plus curatif pour le passé, de plus préventif pour l'avenir ? Connaissez-vous rien de plus moralisateur que la communion ? [...]

" [...]. - Sachez-le donc bien, hommes d'ordre et de conservation [s'il en reste encore] : si le désordre finit par triompher en France, s'il vient un jour de complète ruine pour tous les intérêts à la fois, vous serez responsables, au tribunal de l'histoire, d'avoir opté pour tous ces malheurs plutôt que de revenir à la pratique d'une religion qu'avaient pratiquée vos pères depuis plus de quatorze siècles. LE SALUT ÉTAIT POSSIBLE, VOUS N'AUREZ PAS VOULU L'ACHETER À CE PRIX : " Que ces paroles soient écrites pour la génération à venir (Scribantur hæc in generatione altera. Psaumes, CI, 19) ".

" IX. Enfin, ce n'est pas à moitié, c'est ENTIÈREMENT et sans réserve qu'il faut revenir à Dieu. Il est des choses qui ne sont pas susceptibles d'être divisées, partagées. Telle est la religion. Comme Dieu, dont elle est l'expression sur la terre, elle ne peut être scindée, diminuée ; c'est la tunique sans couture, elle est tout d'une pièce. Vouloir un peu de religion, c'est vouloir l'impossible ; en cette matière, c'est tout ou rien. L'Évangile ne renferme pas un seul chapitre, un seul verset qui soit superfétation [ajout superflu], et qu'on puisse retrancher à son gré. Vous appelez la religion à votre aide, vous avez besoin d'elle ; prenez-la telle quelle est sortie des mains de Dieu. N'allez pas croire que Dieu vous permette de retoucher son ouvrage, de l'amoindrir, de l'augmenter, de le modifier selon vos idées. Or, c'est là un des travers de notre siècle ; on veut la religion, mais on se réserve de faire un choix [du grec airesis, hérésis] entre les divers dogmes, entre les diverses pratiques ; on se constitue juge de ce qui est utile et de ce qui ne l'est pas dans l'œuvre de Jésus-Christ. [...]

" Ah ! N. T. C. F., resterons-nous toujours dans cette situation équivoque ? " Jusqu'à quand, s'écriait Élie, ressemblerez-vous à l'homme qui boite des deux côtés ? Si le Seigneur est Dieu, ne suivez que lui ; si Baal est Dieu, ne suivez que Baal (III Rois, XVIII, 21)." [...]

" X. O vous, chrétiens fidèles, qui avez compris depuis longtemps le langage que nous tenons aujourd'hui... nous ne vous adressons point, au nom de la religion, des éloges et des félicitations. Car, nous le savons, ce que vous faites, vous le devez faire [cf. Luc, XVII, 10]. [...] C'est à ce qui nous est resté de chrétiens sincères qu'elle [que la société] devra son salut ; c'est par eux que la chose publique aura été préservée de sa ruine. [...] "

 

 

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12 février 2014 3 12 /02 /février /2014 11:26

LA POLITIQUE

 

(12/14)

 

Louis Daménie, La Révolution, phénomène divin, mécanisme social, ou complot diabolique ? Les Cahiers de l'Ordre Français, 5e Cahier, 1968, pages 3-4, 11-13, 13-14, 15-16, 16-17, 17-18, 18, 19, 22, 23, 24-25, 27-29, 30-31 :

 

Michelet, romancier, prêtre et prophète de la Révolution

 

Le prêtre officiel d'une religion officielle.

 

" Je ne cesse d'être frappé de la persistance dans les esprits des idées fausses, des préjugés, du fatras de vieux clichés touchant la Révolution française. Persistance est peu dire car je crois que les nouvelles générations en son encore plus imprégnées que les anciennes, d'où la difficulté de plus en plus grande à faire comprendre et admettre les véritables mécanismes révolutionnaires.

" Que l'enseignement soit le véhicule essentiel de cette intoxication, cela ne fait point de doute ; quant à l'inspiration, il me semble que Michelet [1798-1874] y tient une place de choix. M'interrogeant sur ce point, je voulus me remettre en mémoire le petit livre intitulé : Trois idées politiques où Maurras consigne en un style admirable [et inimitable] les fortes idées que les commémorations de l'année 1898 lui ont suggéré (centenaire de la naissance de Michelet particulièrement carillonné, cinquantenaire de la mort de Chateaubriand, érection du buste de Sainte-Beuve) et dont voici celles qui se rapportent au rôle d'éducateur officiel que réserve au premier la république.

" Il est vrai que l'État veille sur Michelet depuis longtemps. Il en fait son affaire et comme sa religion. Outre les quatre cultes reconnus par l'État, en voilà un cinquième de privilégié. Partout où il le peut sans se mettre dans l'embarras ni causer de plaintes publiques, l'État introduit les œuvres et l'influence de son docteur ; voyez, notamment, dans les écoles primaires, les traités d'histoire de France, les manuels d'inspiration civique et morale [et quelle morale !] : ces petits livres ne respirent que les " idées " de Michelet. A Sèvres, à Fontenay, les jeunes normaliennes ont Michelet pour aumônier ; il est le Fénelon de ces nouveaux Saint-Cyr...

" On a de la peine à penser que cet annaliste d'une France décapitée, ce philosophe d'une humanité sans cerveau, représente l'essence de l'esprit national, ou même l'esprit de l'État. Je concède que nos pouvoirs publics, en tant que démocrates, aient parfois intérêt à choisir ce héros-là : mais en tant que Français ? en tant qu'hommes ? en tant que gardiens de la civilisation ? en tant que parti de gouvernement ? Si j'étais à leur place, le souvenir de ce centenaire ne me laisserait point très paisible.

" Ils en auront des remords avant peu de temps. Tout ce bouillonnant Michelet, déversé dans des milliers d'écoles, sur des millions d'écoliers, portera son fruit naturel : il multiplie, il accumule sur nos têtes les chances de prochain obscurcissement (à vrai dire, d'obscurantisme), les menaces d'orage, de discorde et de confusion. Si nos fils réussissent à paraître plus sots que nous, plus grossiers, plus proches voisins de la bête, la dégénérescence trouvera son excuse dans les leçons qu'on leur fit apprendre de Michelet."

" Et Maurras de noter qu'au 14 juillet, le gouvernement fit distribuer gratuitement dans toutes les écoles une brochure de morceaux choisis de Michelet intitulée : Hommage à Jules Michelet, 21 août 1798 - 9 février 1874.

" Ce sont les prévisions les plus pessimistes de Maurras qui se sont réalisées au cours des soixante années écoulées depuis qu'il les a formulées ; les hommes de gouvernement en ont-ils pour autant conçu quelque remords en tant que Français, en tant que gardiens de la civilisation? Il faudrait pour cela qu'ils distinguent la patrie de la Révolution de la patrie française, l'anti-civilisation de la Révolution de la civilisation ; s'ils avaient cette faculté, ils cesseraient d'être les instruments de la Révolution et par conséquent de faire partie de ce fief qu'ailleurs Maurras a justement appelé le pays légal.

           [...]

 

Haine du catholicisme, haine du prêtre.

 

" De quelles affabulations n'était pas capable l'homme soumis à toutes les impulsions du tempérament et dénué de tout contrôle intellectuel que viennent de nous décrire et Maurras et Henri Lasserre, lorsqu'il était en proie à une furie. Or tel est bien le terme qui convient à la passion anti-catholique de Michelet. Comme le fait encore entendre Henri Lasserre, celle-ci vint en 1843 ; c'est à l'époque où, arrivé à la fin du règne de Louis XI, il interrompt son Histoire de France pour entreprendre l'Histoire de la Révolution. C'est aussi le moment où la lutte devient violente entre catholiques et libéraux au sujet de l'Université, le moment où les cours de Michelet et de Quinet au Collège de France sont supprimés.

" Henri Lasserre situe ; dans le courant intellectuel révolutionnaire du moment, la décision de Michelet d'abandonner la rédaction de l'Histoire de France. Il notre que les deux premiers volumes de l'Histoire de la Révolution de Michelet, les deux premiers volumes de l'Histoire de la Révolution de Louis Blanc, l'Histoire des Girondins de Lamartine paraissent la même année, en 1847, que ces ouvrages eurent tous un grand retentissement à commencer par celui de Lamartine. 

" Les trois ouvrages eurent, celui de Lamartine par-dessus tous, un retentissement violent et assuré d'avance. Un commun courant les porta, que ces natures de lyriques et d'orateurs multiplièrent et échauffèrent, mais qu'ils avaient senti le plus puissant de l'heure présente. Les trois auteurs s'étaient mis à l'œuvre, pour ainsi dire, le même jour et ils furent prêts au même instant. Par des voies un peu différentes, mais par les mêmes moyens ils travaillèrent au même but et parvenaient au même résultat, de créer dans les imaginations la religion révolutionnaire. Elle date d'eux ; ils l'ont faite ; elle n'a produit depuis aucun monument apologétique de cette importance. Resterait à expliquer l'origine de ce courant d'opinion et de passion publique. Il nous suffit de constater son existence d'ailleurs bien connue. Un savant, un bénédiction poursuit, loin du bruit, le travail commencé. Les poètes de la multitude courent au-devant de ses vœux comme le soldat au canon.

" Telles sont donc les circonstances qui virent se développer la passion antireligieuse de Michelet qui dorénavant ne dira plus que jésuite pour catholique comme Voltaire disait fanatisme pour religion. Il n'y aura de bassesse et de sottise dont Michelet se dispensera à l'égard des jésuites et des prêtres dans son Histoire de la Révolution, sans parler de son livre Du Prêtre, écrit spécialement à l'effet d'exhaler sa haine.

 

" Voici d'abord l'explication de la perversité du prêtre.

 

" La première raison que j'en trouvai naguère, dans mon livre Du Prêtre, c'est le prodigieux enivrement d'orgueil que cette croyance donne à son élu. Quel vertige ! Tous les jours, amener Dieu sur l'autel, se faire obéir de Dieu !... Le dirais-je (j'hésitais, croyant blasphémer) faire Dieu !... Celui qui chaque jour accomplit des miracles, comment le nommer lui-même ? Un Dieu ? Ce ne serait pas assez.

[...] Que voulez-vous que devienne un pauvre homme [ici, comme précédemment, ce n'est plus un Dieu ou même plus qu'un Dieu] à qui tous les jours cent femmes viennent raconter leur cœur, leur lit, leur secret ? [...] Il peut garder les petites facultés d'intrigue et de manège, mais les grandes facultés viriles, surtout l'invention, ne se développent jamais dans cet état maladif [et saint Jean Népomucène, saint Jean-Marie Vianney, saint Joseph Cafasso, saint Léopold de Castelnuovo et le bienheureux Padre Pio, le fondateur d'un hôpital unique en son genre, ces apôtres extraordinaires du confessionnal, pour ne parler que des plus connus ?] ; elles veulent l'état sain, naturel, légitime et loyal. Depuis cent cinquante ans surtout, depuis que le Sacré-Cœur, sous le voile d'équivoques [il s'agit là de la dévotion pour le Sacré-Cœur de Jésus révélée à sainte Marguerite-Marie], a rendu si aisé ce jeu fatal, le prêtre s'y est énervé et n'a plus rien produit ; il est resté eunuque dans les sciences [ces lignes de Michelet sont proprement sataniques ou lucifériennes]."

" Engagé dans le roman nauséabond, Michelet s'y vautre indéfiniment, son imagination vicieuse que le mystère du confessionnal excite tout particulièrement ne cessant d'inspirer ses intarissables développements et les forgeries historiques les plus insensées :

" Si le mariage est l'union des âmes, le vrai mari c'était le confesseur. Ce mariage spirituel était très fort, là surtout où il était pur. Le prêtre était souvent aimé de passion, avec un abandon, un entraînement, une jalousie qu'on dissimulait peu. [...] L'Assemblée fut obligée de lancer ce décret du 27 novembre 91, qui envoyait au chef-lieu les prêtres réfractaires, les éloignait de leur commune, de leur centre d'activité, du foyer du fanatisme et de rébellion où ils soufflaient le feu. Elle les transportait dans la grande ville, sous l'œil, sous l'inquiète surveillance des sociétés patriotiques.

" [...] Qui peut dire les scènes douloureuses de ces départs forcés ? Tout le village assemblé, les femmes agenouillées pour recevoir encore la bénédiction, noyées de larmes, suffoquées de sanglots ?... Telle pleurait jour et nuit. Si le mari s'en étonnait un peu, ce n'était pas pour l'exil du curé qu'elle pleurait, c'était pour telle église qu'on allait vendre, tel couvent qu'on allait fermer...

" On connaît maintenant les moyens, les agents de cette guerre impie. Le côté politique, le Roi et la noblesse y furent très secondaires. Le prêtre y fut presque tout."

" Voici la conclusion à laquelle il fallait aboutir, voici comment Michelet écrit l'histoire car il suffit d'ouvrir ses livres à peu près au hasard pour y trouver des pages de la veine de celles qui viennent d'être citées. On comprend d'où le petit instituteur primaire anticlérical tire, depuis, ses arguments.

 

La Révolution, religion exclusive.

 

" Henri Lasserre nous dit que Michelet est totalement dénué de philosophie ; pourtant deux idées sont persistantes dans l'œuvre de Michelet, l'une est une vérité, l'autre une contre vérité : Révolution et Catholicisme sont exclusifs l'un de l'autre, telle est la vérité ; le peuple est le moteur de la Révolution, telle est la contre vérité.

" Je veux d'abord laisser à Michelet le soin de présenter sa religion de la Révolution, celle de l'Homme et du droit abstrait.

" La Révolution, a-t-on dit, a eu un tort. Contre le fanatisme vendéen et la réaction catholique, elle devait s'armer d'un Credo de secte chrétienne, se réclamer de Luther ou Calvin.

" Je réponds : Elle eût abdiqué. Elle n'adopta aucun Église. Pourquoi ? C'est qu'elle était une Église elle-même.

" Comme agape et Communion, rien ne fut ici-bas comparable à 90, à l'élan des Fédérations. L'absolu, l'infini du Sacrifice en sa grandeur, le don de soi qui ne réserve rien, parut au plus sublime dans l'élan de 92 : guerre sacrée pour la paix, pour la délivrance du monde.  

" Et s'écroulent en même temps toutes les petites barrières où s'enfermait chaque église, se disant universelle et voulant faire périr les autres. Elles tombent devant Voltaire, pour faire place à l'église humaine, à la catholique église qui les recevra, les contiendra toutes dans la justice et dans la paix.

" Cette religion de la Révolution n'est pas une religion quelconque, elle est la seule. Il n'y a qu'un Dieu, celui de l'égalité et de l'équité. Les droits de l'homme sont le décalogue de cette religion, la Marseillaise son cantique.

" Elle se dit non pas chrétienne mais plus, attaquée comme impie, elle était ultra chrétienne... On a reproché à la Révolution de n'être pas chrétienne : elle fut davantage. Ce qu'elle fut, c'est la religion de l'homme et de la justice telle que l'orgueil de la raison humaine, pour peu qu'elle soit de mauvaise qualité et livrée à elle-même, est capable de la concevoir, c'est-à-dire sous forme d'égalitarisme simpliste.

" Il fallait, avant toute chose, revendiquer le droit de l'homme si cruellement méconnu, rétablir cette vérité, trop vraie, et pourtant obscurcie : “ L'Homme a droit, il est quelque chose ; on ne peut le nier, l'annuler, même au nom de Dieu ; il répond, mais pour ses actions, pour ce qu'il fait de mal ou de bien ”. Ainsi disparaît du monde la fausse solidarité : l'injuste transmission du bien, perpétuée dans la noblesse ; l'injuste transmission du mal, par le péché originel, ou la flétrissure civile des descendants du coupable [Adam]. La Révolution les efface."

" [...] Ce que Michelet a senti c'est le caractère personnel et du catholicisme et des institutions qu'indubitablement il a façonnées, caractère personnel qui ne laisse pas de place aux généralités abstraites, aux idéologies déifiées. À l'appui de cette inconciliable opposition du christianisme avec le droit et la Révolution, Michelet n'hésite pas à se réclamer tout aussi bien de Bonald et de Maistre que de Proudhon.

" Royalisme et catholicisme sont choses identiques, deux formes du même principe ; incarnation religieuse, incarnation politique.

" Le christianisme même, démocratique extérieurement dans sa légende historique, est en son essence, en son dogme, fatalement monarchique. Le monde perdu par un seul [Adam] est relevé par un seul [Jésus-Christ, le nouvel Adam]. Le monde perdu par un seul [Adam] est relevé par un seul [Jésus-Christ, le nouvel ou le second Adam]. Dieu y dit aux rois : " Vous êtes mes Christs ". Bossuet établit admirablement contre les protestants, contre les républiques catholiques, que le christianisme donné, la royauté en ressort comme se forme logique et nécessaire dans l'ordre temporel.

" “La vie du catholicisme, c'est la mort de la République. La vie de la République, c'est la mort du catholicisme. [...].”

" Il est de la plus haute importance pour nous contre-révolutionnaires de savoir que la pensée fondamentale de celui dont la Révolution a fait son prophète, réside dans cette incompatibilité du Catholicisme et de la Révolution, et que ces deux forces sont les seules à se partager le monde. J'ai souvent cité la déclaration d'Henri Lefebvre proclamant cette même exclusivité en ce qui concerne le catholicisme et le marxisme, et j'ai déjà fait remarquer qu'elle n'était vraie que si l'on admettait que le marxisme était destiné à absorber l'ensemble de la Révolution, ce qui n'est pas démontré malgré les apparences contemporaines ; la formule de Michelet est plus juste et plus générale :

" Il y a deux choses et non pas une, nous ne pouvons le méconnaître, deux principes, deux esprits, l'ancien, le nouveau.

" Donc, malgré les développements que les théories ont pu prendre, malgré les formes nouvelles et les mots nouveaux, je ne vois encore sur la scène que deux grands faits, deux principes et deux personnes, le Christianisme, la Révolution."

" Ces phrases sont extraites de l'introduction de l'Histoire de la Révolution Française ; le fait que celle-ci ait comme centre cette idée de l'irréductible opposition Catholicisme-Révolution, atteste de l'importance primordiale que lui attribue Michelet et par conséquent ceux qui l'ont choisi pour grand-prêtre. Aussi citerai-je quelques autres passages de cette profession de foi.

" La Révolution continue le Christianisme, et elle le contredit. Elle en est à la fois l'héritière et l'adversaire.

" Dans ce qu'ils ont de général et d'humain, dans le sentiment, les deux principes s'accordent. Dans ce qui fait la vie propre et spéciale, dans l'idée mère de chacun d'eux, ils répugnent et se contrarient.

" Ils s'accordent dans le sentiment et la fraternité humaine. Ce sentiment, né avec l'homme, avec le monde, commun à toute société, n'en a pas moins été étendu, approfondi par le Christianisme. À son tour, la Révolution, fille du Christianisme, l'a enseigné pour le monde, pour toute race, toute religion qu'éclaire le soleil.

 

" Voilà toute la ressemblance. Et voici la différence :

 

" La Révolution fonde la fraternité sur l'amour de l'homme pour l'homme [la “philanthropie de l'enfer” : la philanthropie sans la charité, vertu théologale - cf. Don Guéranger, dans L'Année Liturgique, le temps après la Pentecôte, tome IV, saint Camille de Lellis et saint Vincent de Paul, cinquième édition, pages 173 et 181], sur le devoir mutuel, sur le droit et la justice. Cette base est fondamentale, et n'a besoin de nulle autre [naturalisme absolu et intégral].

" Elle n'a point cherché à ce principe certain un principe douteux historique. Elle n'a point motivé la fraternité par une parenté commune [par Adam et Ève, nos premiers parents], une filiation qui, du père aux enfants, transmettrait avec le sang la solidarité du crime [le péché originel]."

" [...] Donnons-nous ce grand spectacle :

 

" I. - Le point de départ est celui-ci : Le crime vient d'un seul, le salut d'un seul ; Adam a perdu, le Christ a sauvé.

" Il a sauvé, pourquoi ? Parce qu'il a voulu sauver. Nul autre motif. Nulle vertu, nulle œuvre de l'homme, nul mérite humain ne peut mériter ce prodigieux sacrifice d'un Dieu qui s'immole. Il se donne, mais pour rien ; c'est là le miracle d'amour ; il ne demande à l'homme nulle œuvre, nul mérite antérieur.

 

" II. - Que demande-t-il, en retour de ce sacrifice immense ? Une seule chose : qu'on y croie, qu'on se croie en effet sauvé par le sang de Jésus-Christ. [...]

" Plusieurs esprits éminents, dans une louable pensée de conciliation et de paix, ont affirmé de nos jours que la Révolution n'était que l'accomplissement du Christianisme, qu'elle venait le continuer, le réaliser, tenir tout ce qu'il a promis [quel aveuglement !].

" Si cette assertion est fondée, le dix-huitième siècle, les philosophes, les précurseurs, les maîtres de la Révolution se sont trompés, ils ont fait tout autre chose que ce qu'ils ont voulu faire. Généralement, ils ont un tout autre but que l'accomplissement du Christianisme [c'est évident]."

" [...] Ce qui oppose surtout Louis et Michelet, c'est Robespierre ; d'après Michelet, Louis Blanc ne lui pardonne pas d'avoir scruté son idole ; cette opposition n'est pas surprenante et Michelet nous l'expose :

" Il est demi-chrétien à la façon de Rousseau et de Robespierre. L'Être suprême, l'Évangile, le retour à l'Église primitive : c'est le Credo vague et bâtard par lequel les politiques croient atteindre, embrasser les partis opposés, philosophes et dévots." […]

" Un siècle s'est écoulé qui nous permet de mesurer combien, hélas ! était vain le zèle que Michelet déployait contre les révolutionnaires disposés à pactiser : les fils spirituels de Grégoire, les démocrates chrétiens exprimant eux-mêmes dans leur dénomination la contradiction dénoncée par Michelet, se montrèrent les agents les plus pernicieux de la diffusion révolutionnaire. [...]

" Michelet quant à lui est logique avec lui-même : croyant la Révolution la vraie religion, il condamne les partisans de compromis [...]. Logique et malhonnêteté intellectuelle ne sont pas incompatibles. Michelet ne pèche pas par l'enchaînement des syllogismes ; seulement, comme le monde de son idéologie ne se raccorde pas au monde réel, il bâtit une fausse image de celui-ci, qui, cette fois, est compatible avec celui-là ; non sans peine, non sans faille comme nous allons le voir.

 

Le peuple dieu.

 

" J'ai dit que la seconde idée de Michelet est le rôle fondamental du peuple en tant qu'entité collective dans le développement de la Révolution. Cette idée est une contradiction flagrante avec les faits mais logique par rapport à sa religion qu'il nous expose dans son introduction à l'Histoire de la Révolution à propos de Voltaire et de Rousseau.

" “ Solve et coagula ” [dissous et recompose] est l'éternelle devise de la Révolution [et de la Franc-Maçonnerie]. Mais cette Révolution, elle est en fait profondément divisée ; son unité consiste dans la haine du catholicisme ; de l'ordre temporel qu'il a suscité, et dans toute action tendant à détruire l'un et l'autre. Ainsi la conception de Michelet quoiqu'il en dise est en contradiction avec celle et de Voltaire et de Rousseau. Au demeurant Voltaire et Rousseau s'opposent l'un à l'autre bien que Michelet ne veuille les voir ni rivaux ni ennemis et place sur le même piédestal ces deux apôtres de la Révolution.

" Voltaire n'a qu'un mobile : " écraser l'infâme " [i.e. la religion chrétienne] ; il ne compte pas pour cela sur le peuple qu'il méprise, il compte sur les rois, sur la littérature et sur l'organisation de la propagande ; le système politique de Rousseau, il a beau jeu de le réduire en pièces en dégageant les contradictions dans lesquelles s'empêtre l'auteur du Contrat Social depuis la première ligne. Michelet rend gloire à Voltaire pour avoir été le champion de l'irréligion et de la justice abstraite, cela suffit à le rendre aveugle sur les autres aspects de celui-ci.

" Quant à Rousseau, Michelet se sent d'abord avec lui en affinité de tempérament par la sentimentalité débridée comme par la bassesse du caractère ; il lui doit le romantisme mais son système est bâti sur la mésinterprétation [sic] de Rousseau. La volonté générale dans l'esprit de Rousseau n'a jamais été celle du grand nombre mais celle des citoyens vertueux, c'est-à-dire des citoyens inaccessibles aux intérêts particuliers et entièrement dévoués à la cause de la Révolution [i.e. des personnes pratiquement introuvables ou se trouvant sur la lune, peut-être] ; le type même de ces hommes, le vrai disciple de Rousseau, c'est Robespierre, que Michelet accuse de trahir la Révolution. [...]

" En fait, le dieu de Michelet est trinitaire ; sa première personne est l'Homme abstrait qui n'a que des droits ; la deuxième personne est l'homme collectif, le peuple qui renverse l'ordre ancien et bâtit l'Ordre nouveau ; la troisième personne est l'esprit de la Révolution qui procède à la fois de l'homme individuel idéal et de l'homme collectif. Ainsi nous sommes en pleine théocratie puisque le même peule est dieu et souverain. [...]

" Dans mon premier volume (1847), j'avais indiqué à quel point les idées d'intérêt, de bien-être, qui ne peuvent manquer en nulle Révolution, en la nôtre pourtant sont restées secondaires, combien il faut la tordre, la fausser, pour y trouver déjà les systèmes d'aujourd'hui. Sur ce point, le beau livre de Quinet confirme le mien. Oui, la Révolution fut désintéressée. C'est son côté sublime et son signe divin."

" Ainsi, dans sa préface de 1868, écrivait Michelet qui semble ignorer qu'Orléans avait fait distribuer des modèles de cahiers dans toute la France, où la campagne d'élection des députés aux États Généraux avait été conduite partout en sous-main par la maçonnerie.

" Une chose qu'il faut dire à tous, qu'il est trop facile d'établir, c'est que l'époque humaine et bienveillante de notre Révolution a pour acteur le peuple même, le peuple entier, tout le monde. Et l'époque des violences, l'époque des actes sanguinaires ou plus tard le danger la pousse, n'a pour acteur qu'un nombre d'hommes minime, infiniment petit." [...]

" Écoutez donc ce peuple chanter la Marseillaise :

" Quand ces pauvres gens arrivèrent au passage : Liberté chérie ! il se fit un grand bruit. Touchant spectacle ! tout ce peuple était tombé à genoux : il achevait ainsi le cantique et la terre était inondée de pleurs." [Et même si cela était vrai, n'aurions-nous pas plutôt à faire à des actes de folie mystique que l'on a déjà vus sous les régimes communistes et nazis ? Attention aux réactions de la foule ! Elles ne sont pas nécessairement dues à de bons esprits. Il faut encore savoir les discerner par leurs fruits ou leur fin.]

 " C'est le peuple que l'Esprit saint de cette pentecôte illumine et non les scribes !

" [...] Au savant, au prêtre, au légiste, la Révolution a opposé l'homme, l'a mis de niveau avec eux. Cet homme qu'ils avaient dédaigné, que le Christianisme lui-même leur avait mis sous les pieds comme une créature gâtée, impuissante, obscurcie en sa raison par le péché originel, mineur à jamais sous le prêtre, cet homme dont le prêtre en lois, le légiste, se fait ensuite tuteur, la Révolution proclama sa majorité." [...]

" Il faut bien qu'il a ait eu intervention de l'Esprit [ou de Lucifer] pour que le peuple fît ces grandes choses spontanément puisque avec une certaine ingénuité, Michelet nous le définit jusqu'ici content de son sort, plein de tendresse pour ses maîtres.

" À l'esprit de fédération, d'union, à la nouvelle foi révolutionnaire, on ne pouvait opposer que l'ancienne foi, si elle existait encore.

" Au défaut du vieux fanatisme éteint, ou tout au moins profondément assoupi, le Clergé avait une prise qui ne manque guère, la facile bonté du peuple, sa sensibilité aveugle, sa crédulité pour ceux qu'il aimait, son respect invétéré pour le prêtre et pour le Roi... le Roi, cette vieille religion, ce mystique personnage, mêlé des deux caractères du prêtre et du magistrat, avec un reflet de Dieu !

" Toujours le peuple avait adressé là ses vœux, ses soupirs ; avec quel succès, quel triste retour, on le sait de reste. La royauté avait beau le fouler, l'écraser, comme une machine impitoyable ; il l'aimait comme une personne...

" J'entends ce mot sortir des entrailles de l'ancienne France, mot tendre, d'accent profond : " Mon Roi ! ".

" [...] Ce qui (...) étonne encore plus, c'est la résignation de ce peuple, son respect pour ses maîtres, laïques, ecclésiastiques, son attachement idolâtrique pour ses rois... Qu'il garde, parmi de telles souffrances, tant de patience et de douceur, de bonté, de docilité, si peu de rancune pour l'oppression, c'est là un étrange mystère..."

" Voilà, tout est simple, quand les vues de l'esprit sont en contradiction avec la réalité, on se contente de constater le mystère - puisque la Révolution est une religion pourquoi n'aurait-elle pas de mystères ?

" Mais à regarder les choses positivement, il est bien évident que ce peuple soumis au Roi, respectueux des prêtres n'a pas fait la Révolution tout seul ; au demeurant que signifie cette fiction de la volonté générale encore plus absurde dans la conception Michelet que dans celle de Rousseau ? Rien, car la volonté est une faculté psychique d'un homme et une masse en est encore plus dénuée qu'une oligarchie.

" Non les choses ne se sont pas passées comme le voudrait Michelet ; j'aurai l'occasion de revenir sur cette question essentielle quant à la compréhension des mécanismes révolutionnaires dans un autre article. Pour l'instant, je me contenterai de noter le désaccord qui existe sur ce point entre Michelet et son rival en tant qu'historien révolutionnaire ; il me suffit de faire parler Louis Blanc.

" Il importe d'introduire le lecteur dans la mine que creusaient alors sous les autels, des révolutionnaires bien autrement profonds et agissants que les encyclopédistes. Une association composée d'hommes de tous pays, de toute religion, de tout rang, liés entre eux par des conventions symboliques, engagés sous la foi du serment à garder d'une manière inviolable le secret de leur existence intérieure, soumis à des épreuves lugubres, s'occupant de fantastiques cérémonies, mais pratiquant d'ailleurs la bienfaisance et se tenant pour égaux quoique répartis en trois classes, apprentis, compagnons et maîtres : c'est en cela que consiste la Franc-maçonnerie. Or, à la veille de la révolution française, la Franc-maçonnerie se trouvait avoir pris un développement immense ; répandue dans l'Europe entière, elle secondait le génie méditatif de l'Allemagne, agitait sourdement la France et présentait partout l'image d'une société fondée sur des principes contraires à ceux de la société civile." [...]

" C'est à peine si Michelet consacre quelques lignes aux sociétés secrètes ; quant aux clubs, c'est comme une émanation du peuple qu'il nous les présente.

" Michelet, l'instrument de propagande idéal de la Révolution.

" La Révolution n'a pas renié Louis Blanc mais sans conteste, elle lui a préféré Michelet ; à celui qui a cyniquement dévoilé la machinerie et l'envers du décor [ce qui déplaît beaucoup à l'ennemi de la nature humaine qui veut agir en cachette, sans être découvert - cf. Exercices spirituels de S. Ignace, n° 326, 13e règle], elle préfère [bien sûr !] celui qui a embelli le décor ; au montreur de marionnettes, elle préfère leur habilleur.

" La raison de ce choix est évidente ; est-ce que le spectacle ne perd pas de son attrait lorsque les artifices des coulisses sont dévoilés [surtout lorsque l'on sait par là que l'auteur du spectacle est l'esprit malin ou Satan lui-même] ? Si les machinistes doivent parfaitement connaître leur métier, ils sont les seuls à le devoir connaître ; quant au public ce que l'on attend de lui c'est l'enthousiasme qu'aucun truquage apparent ne doit ternir, ce sont les applaudissements qui accréditent la qualité du spectacle.

" De toutes les thèses révolutionnaires, celle de Michelet est, jusqu'à l'avènement du marxisme (qui n'a pas été sans lui emprunter), celle qui a le plus de capacité de mobilisation des forces populaires [c'est actuellement le communisme qui a pris la relève en France), du fait du rôle flatteur qu'elle attribue au peuple [la démocratie ! le mot magique] ; qu'importe qu'elle soit fausse, qu'importe que le processus révolutionnaire soit tout autre, inverse même de celui où s'est complu Michelet ; ceux qui s'en servent comme instrument de propagande ne sont pas dupes.

" C'est le cas du gouvernement qui, en 1898, répand les œuvres de Michelet dans les écoles ; celui-ci est entièrement aux mains des Francs-maçons ; les sociétés secrètes [la société maçonnique ou la secte de la Franc-Maçonnerie] continuent de faire avancer l'œuvre révolutionnaire comme elles l'ont fait au cours du XVIIIe siècle ; leur force est d'être secrète ; le régime sera d'autant plus solide que d'une part, en tant que régime, il apparaîtra comme moins lié à la Révolution, que, d'autre part, l'opinion publique sera révolutionnaire avec plus de ferveur.

" Devant la montée des forces révolutionnaires [ou du naturalisme inhérent à la Franc-Maçonnerie], les catholiques ne seront-ils pas tentés de voir dans le gouvernement un arbitre neutre qu'il a intérêt à appuyer plutôt qu'à bouder ? Si Léon XIII avait su que le régime était une forteresse maçonnique inexpugnable [il l'a su vers la fin de sa vie terrestre], il n'aurait pas prié les catholiques français de s'y rallier ; et les catholiques français, s'ils avaient su la vérité, n'auraient pas suivi le Pape dans un domaine ou leur religion ne leur en faisait nulle obligation. Plus tard le masque sera levé, mieux cela ne vaudra-t-il pas pour la cause de la Révolution ; en 1898, l'équivoque est encore payante puisque le jeune Marc Sangnier n'a pas encore commencé sa carrière. Michelet n'a pas encore fini la sienne ; de la semence qu'il a répandue, sont encore à venir ; comme Maurras le redoutait à l'époque [et comme le voyait le Pape Saint Pie X], bien des fruits empoisonnés [et actuellement nous sommes complètement submergés par la marée moderniste] ; si vous voulez vous en convaincre, lisez les manuels dans lesquels la jeunesse des écoles de la République et de celles dites libres apprend aujourd'hui l'histoire. Ceux-là sont plus délétères encore que les œuvres mêmes de Michelet parce que plus perfides. À Michelet, dont on prononce beaucoup moins le nom, ils ont pris la vision de la Révolution présentée comme une réaction du peuple sacro-saint contre un ancien régime caricaturé ; mais ils se gardent bien de faire savoir que cette vision n'est que partie intégrante d'un système dans lequel la Révolution est une religion exclusive, dont le catholicisme est évidemment le plus irréductible ennemi ; ceci mettrait en éveil trop de ceux qui semblent heureux de dormir et de rêver.

" L'intoxication du grand nombre ne saurait empêcher l'existence d'une élite réfléchie. L'absurdité des thèses révolutionnaires éveillera les esprits épris de vérité. Taine réhabilitera l'honnêteté et démystifiera l'histoire présentée par Michelet ; il préparera ainsi la voie à Augustin Cochin qui entreprendra de démontrer les mécanismes secrets de la Révolution. Ceci fera l'objet d'un prochain chapitre."

 

Cardinal Pie (1815-1880) [évêque de Poitiers (1849) qui contribua au concile Vatican I à la définition de l'infaillibilité pontificale (1870) et fut créé cardinal par le Pape Léon XIII en 1879], Œuvres de Mgr l'Evêque de Poitiers, 10 volumes, tome V, chap. IV : Troisième instruction synodale sur les principales erreurs de notre temps, juillet 1862 et août 1863, Poitiers, Henri Oudin, Librairie-Éditeur, Paris, Victor Palmé, Librairie-Editeur, 1872, pages 41-42, 44, 46-47 :

 

" Or, si l'on cherche le premier et le dernier mot de l'erreur contemporaine, on reconnaît avec évidence que ce qu'on nomme l'esprit moderne, c'est la revendication du droit, acquis ou inné, de vivre dans la pure sphère de l'ordre naturel : droit moral tellement absolu, tellement inhérent aux entrailles de l'humanité, qu'elle ne peut, sans signer sa propre déchéance, sans souscrire à sa honte et à sa ruine, le faire céder devant aucune intervention quelconque d'une raison et d'une volonté supérieures à la raison et à la volonté humaine, devant aucune révélation ni aucune autorité émanant directement de Dieu.

" Cette attitude indépendante et répulsive de la nature à l'égard de l'ordre surnaturel et révélé, constitue proprement l'hérésie du naturalisme : mot consacré par le langage bientôt séculaire de la secte [i.e. la Franc-Maçonnerie - cf. l'enc. Humanum Genus du Pape Léon XIII] qui professe ce système impie, non moins que par l'autorité de l'Eglise qui le condamne.

" Cette séparation systématique, on l'a aussi appelée, et non sans fondement, l'antichristianisme. Par le fait, elle est entièrement destructive de toute l'économie chrétienne. En ne laissant subsister ni l'incarnation du Fils naturel [et unique] de Dieu, ni l'adoption divine de l'homme [par la grâce], elle supprime le christianisme à la fois par son faîte et par sa base, elle l'atteint à sa source et dans toutes ses dérivations.

" Pour assigner à ce naturalisme impie et antichrétien son origine première et son premier auteur, il faudrait pénétrer jusque dans les mystérieuses profondeurs du ciel des anges. Celui que Lucifer, constitué dans l'état d'épreuve, n'a pas voulu adorer, n'a pas voulu servir, celui auquel il a prétendu s'égaler, il serait difficile de croire que ce fut le Dieu du ciel [cf. le Palladisme ou le culte de Satan-Lucifer]. Une nature si éclairée, un esprit originairement si droit et si bon, ne semble pas susceptible d'une révolte si gratuite et si insensée. Quelle fut donc la pierre d'achoppement pour Satan et pour ses anges ? David commenté par saint Paul, l'Écriture interprétée par les plus illustres docteurs, versent d'admirables lumières d'où découlent tant de conséquences. [...]

" Du reste, en dehors de toute opinion concernant ce caractère spécial du péché des mauvais anges, il est certain, ainsi que l'enseigne saint Thomas, que " le crime du démon a été ou bien de mettre sa fin dernière dans ce qu'il pouvait obtenir par les forces seules de la nature [par la Science], ou bien de vouloir parvenir à la béatitude glorieuse par ses facultés naturelles sans le secours de la grâce " (Somme théologique, Ire Partie, qu. 63, art. 3, Concl.). Il faut donc, dans toute hypothèse, remonter jusqu'à Satan pour la découvrir dans son origine et pour la saisir dans son fond, cette odieuse impiété du naturalisme qui, à l'aide d'axiomes et de programmes plus ou moins habiles et savants, glisse ses ombres détestables jusque dans l'esprit des chrétiens de nos jours, décorant aussi faussement que fastueusement du nom d'esprit moderne ce qui est le plus vieux des esprits, l'esprit de l'ancien serpent, l'esprit du vieil homme, l'esprit qui fait vieillir toutes choses qui les précipité vers la décadence et la mort, et qui prépare insensiblement les effroyables catastrophes de la dissolution dernière. [...]

" IV. Mais cette œuvre du diable leur père (cf. Jn 8 44), les faux sages de notre époque ne la conçoivent pas tous de la même façon : ils l'embrassent et l'opèrent diversement selon les inspirations diverses qu'ils reçoivent de lui. Le naturalisme a des degrés : absolu chez les uns, partiel chez les autres ; là niant les principes premiers, ici écartant seulement quelques conséquences. Mais comme tout se tient, comme tout est fortement lié dans l'œuvre de Dieu, la négation des moindres conséquences fait remonter logiquement à la négation des principes. Le poison du naturalisme n'est donc inoffensif à aucun degré, il n'est supportable à aucune dose. Si les esprits moins imprégnés du venin courent moins de dangers pour leur propre compte, ils ne sont guère moins redoutables quant à la portée et aux effets contagieux de leur erreur. Cette influence mauvaise doit donc être dévoilée et combattue partout où elle se trouve.

" Les plus mitigés sont assurément ceux qui, acceptant la présence et l'autorité de Jésus-Christ dans l'ordre des choses privées et religieuses, l'évincent seulement des choses publiques et temporelles. Le Verbe, de qui saint Jean nous dit énergiquement qu' " il s'est fait chair " (Jn 1 14), ils veulent qu'il n'ait guère pris de l'humanité que les côtés spirituels ; et, tandis que le symbole enseigne qu' " il est descendu du ciel et s'est incarné pour les hommes " (Symbole de Nicée : Propter nos homines), c'est-à-dire pour des êtres essentiellement composés d'un corps et d'une âme et appelés à la vie sociale, ils insinuent que les conséquences de l'incarnation n'ont trait qu'aux âmes séparées de leur enveloppe corporelle, ou du moins qu'aux individus pris en dehors de la vie civile et publique. De là une séparation formelle entre les devoirs du chrétien et les devoirs du citoyen, de là des remontrances plus ou moins respectueuses à l'Épouse de Jésus-Christ, des théories qui lui font sa part, qui déterminent sa compétence et son incompétence ; de là enfin toute cette école nouvelle qui, avec des nuances diverses, entreprend de faire l'éducation de l'Eglise sur un certain nombre de questions pratiques, et s'intitule plus ou moins ouvertement l'école des " catholiques sincères et indépendants ".

" Le naturalisme de certains autres revêt un autre caractère. Soit qu'ils admettent ou qu'ils refusent d'examiner les questions de possibilité et d'existence de l'ordre surnaturel et révélé, ils posent en principe que cet ordre étant de surérogation et comme de luxe, demeure nécessairement facultatif ; que chacun peut licitement refuser de s'y engager, ou, après y être entré, en sortir à son gré ; que l'ordre de nature subsiste dans son intégrité et sa perfection propre, avec ses vérités, ses préceptes, sa sanction, et qu'il offre toujours à la créature raisonnable une fin assortie à la pure nature, et des moyens suffisants pour atteindre cette fin. Pour ces hommes, la question de religion positive n'étant qu'une affaire de choix et de goût, l'État, tout en assurant aux citoyens qui appartiennent à un culte quelconque la liberté de le suivre, doit, pour sa part, exercer le sacerdoce de l'ordre naturel, et poser l'éducation nationale, l'enseignement des lettres, de l'histoire, de la philosophie, de la morale, en un mot, toute la législation et toute l'organisation sociale, sur un fondement neutre, ou plutôt sur un fondement commun, et résoudre ainsi en dehors de tout élément révélé le problème de la vie humaine et du gouvernement public. C'est ce que le jargon du jour nomme l'État laïque, la société sécularisée, tenant en réserve la qualification de “ clérical ” à l'adresse de tout laïque et séculier qui n'est pas renégat de son baptême et transfuge de son Eglise."

 

ID., ibid., tome II, chap. XXVIII : Première instruction synodale sur les principales erreurs de notre temps, 7 juillet 1855, Poitiers, Henri Oudin, Librairie-Editeur, Paris, Victor Palmé, Librairie-Editeur, 1872, pages 388-393 :

 

" Les docteurs les plus illustres des premiers siècles vous fourniront de magnifiques développements sur cette matière [le naturalisme]. Vous ne sauriez surtout assez interroger saint Augustin [354-430].

" XIV. Ce beau génie, que la philosophie actuelle daigne honorer de son estime particulière, vous sera d'un grand secours. Parmi les docteurs du christianisme, un trait distinctif caractérise saint Augustin, c'est qu'il est de tous le plus philosophe, nous dit un récent traducteur de la Cité de Dieu (M. Saisset, Revue des Deux-Mondes, 15 mai 1855, p. 870). Je veux bien souscrire à cet éloge. Voyons donc si le théologien philosophe se montrera plus accommodant que les autres pères de l'Église, quand il s'agit de la nécessité de la foi et de la grâce surnaturelle pour parvenir au bonheur de l'autre vie et pour échapper aux peines éternelles. Je tombe sur son commentaire du quinzième chapitre de saint Jean. On ne peut disconvenir que les paroles du divin Sauveur soient assez directes contre l'erreur que nous avons en vue, contre l'erreur de ceux qui accordent que le chrétien uni à Jésus-Christ par la foi et par la grâce peut produire des fruits plus abondants, plus exquis peut-être, mais qui prétendent que le sarment détaché du cep, la nature séparée de la grâce, peut produire des fruits à tout le moins convenables et suffisants. Jésus leur dit : " Je suis la vigne et vous êtes les branches ; si le sarment adhère à la tige, il produira beaucoup ; sinon, rien ; on le mettra dehors, et il séchera, et on le jettera au feu, et il brûlera " (Jn 15 4-6). L'évêque d'Hippone, qu'on nous représente comme un fidèle disciple de Platon, va-t-il, dans sa tolérance philosophique, retrancher quelque chose de cette rigueur et de cette intolérance théologique ? Écoutez-le : “ De peur, dit-il, que le sarment ne crût pouvoir produire quelque petit fruit par lui-même, le Sauveur, après avoir dit que le rameau uni au cep produira de grands fruits, n'ajoute pas que sans cette union il en produira peu, mais il ne produira rien. Ni peu, ni beaucoup, rien n'est possible à l'homme pour le salut qu'à la condition rigoureuse de son union avec le Christ, qui est la vigne ; s'il n'est adhérent au cep, s'il ne puise sa sève dans la racine, il ne peut porter le moindre fruit par lui-même... Et comme, sans cette vie qui procède de l'union avec le Christ, il n'est pas au pouvoir de l'homme de mourir ou de ne pas mourir, celui qui ne demeure pas dans le Christ sera mis dehors, et il sèchera, et on le jettera au feu et il brûlera ”. Ici le saint docteur remarque, après le prophète Ézéchiel, que “ le sarment a cela de particulier, qu'étant retranché de la vigne il n'est propre à aucun usage, ni pour les travaux de l'agriculture, ni pour les travaux de construction (Éz., 15 : 1-8). Autant ce bois, qui se serait couvert de pampres et de raisins, et qui aurait produit le vin généreux, c'est-à-dire la plus noble des substances, aurait acquis de gloire en demeurant dans la vigne, autant il devient méprisable s'il n'y demeure pas. L'alternative inévitable pour le sarment, c'est la vigne ou le feu. S'il n'est pas dans la vigne, il sera dans le feu : afin de n'être pas dans le feu, qu'il reste donc uni à la vigne...” Entendez ce langage, vous qui vous complaisez en vous-mêmes, vous qui ne craignez pas de dire : “ C'est de Dieu que nous tenons notre nature, notre raison ; mais notre nature et notre raison nous étant données, c'est de notre propre fonds que nous pouvons tirer notre vertu et notre justice ”. Telle est notre vaine présomption ; mais voyez ce qui vous attend, et s'il vous reste quelque sentiment, frémissez d'horreur ! Celui qui croit porter du fruit par lui-même, n'est pas dans la vigne, c'est-à-dire n'est pas dans le Christ ; s'il n'est pas dans le Christ, il n'est pas chrétien : voilà la profondeur de votre abîme. “ Or, autant la nature humaine enrichie de la sève surnaturelle qu'elle eût puisée dans la racine qui est le Christ, aurait été glorifiée, autant sa destinée devient humiliante quand elle s'isole de la grâce : Tanto contemptibiliora si in vite non manserint, quanto gloriosiora si manserint. Le Père céleste, qui est le grand laboureur et le grand architecte, n'en saura tirer aucun parti. Præcisa, nullis agricolarum usibus prosunt, nullis fabrilibus operibus depuntantur. Pour la nature humaine, dans sa condition présente, il n'y a pas de destinée intermédiaire : ou le Christ ou le feu : Unum de duobus palmiti congruit, aut vitis aut ignis. Si elle ne veut pas puiser la vie et la gloire dans le Christ, elle trouvera l'opprobre et le supplice dans la flamme : Si in vite non est, in igne erit. Pour éviter la flamme, qu'elle demeure donc fidèlement unie au Christ : Ut ergo in igne non sit, in vite sit. ” Ailleurs le même saint docteur [saint Augustin] explique une autre parabole, c'est celle où le Sauveur dit : “ Je suis la porte, si quelqu'un entre par moi dans le bercail, il sera sauvé, et il aura ses entrées et ses sorties, et il trouvera d'abondants pâturages ; mais si quelqu'un n'entre pas par la porte, et veut escalader par ailleurs, c'est un ravisseur, qui ne vient que pour dérober, pour massacrer et pour détruire ” (Jn 10 1 9 10). “ En effet, reprend saint Augustin, il est bon nombre de gens qui, d'après certaine coutume de la vie humaine, sont appelés des gens de bien, des hommes de bien, des femmes de bien : secundum quamdam vitæ hujus consuetudinem, dicuntur boni homines, boni viri, bonæ feminæ, gens réguliers qui semblent observer ce qui est commandé dans la loi : rendant honneur à leurs parents, ne commettant ni la fornication, ni l'homicide, ni le vol ; ne portant de faux témoignage contre personne, et accomplissant à peu près les autres points de la loi ; mais ils ne sont pas chrétiens : Christiani non sunt. Or, comme tout ce qu'ils font ainsi, ils le font inutilement, ne sachant pas à quelle fin ils doivent le rapporter, c'est à leur sujet que le Seigneur propose la similitude de la porte par laquelle on entre dans le bercail. Que les païens disent donc : Nous vivons bien. S'ils n'entrent par la porte, à quoi leur sert ce dont ils se glorifient ? Car le motif de bien vivre pour chacun, c'est l'espérance de toujours vivre : Ad hoc enim debet unicuique prodesse bene vivere ut datur illi semper vivere. A quoi bon en effet une vie régulière, si elle n'est le moyen d'obtenir une vie sans fin : Nam cui non datur semper vivere, quid prodest bene vivere ? On ne peut dire que ceux-là vivent bien, qui sont assez aveugles pour ignorer la raison qu'ils ont de bien vivre, ou assez orgueilleux pour la mépriser. Or, personne n'a une assurance vraie et certaine de vivre toujours, s'il ne connaît la véritable vie, qui est Jésus-Christ, et s'il n'entre dans le séjour de la vie par cette porte... Il y a donc certains philosophes qui dissertent avec subtilité sur les vices et les vertus ; ils divisent, ils définissent, ils raisonnent, ils concluent, ils emplissent les livres, ils enflent leurs joues pour vanter leur sagesse... Les hommes de cette trempe cherchent le plus souvent à persuader leurs semblables de bien vivre sans pour cela devenir chrétiens. Mais ces hommes n'entrent pas par la porte qui est Jésus-Christ ; ils veulent monter par ailleurs ; ils n'aboutiraient qu'à ravir, à ravager, à perdre les âmes.”

" Vous le voyez, Messieurs et chers Coopérateurs, ce grand homme et ce grand évêque, en qui l'on se complaît à célébrer la fusion intime et complète des deux plus grandes forces de l'esprit humain, la raison et la foi (Revue des cours publics, 24 juin 1855, p. 55), est loin de considérer comme indifférent que l'homme fasse le bien au nom de sa raison et de sa conscience, ou qu'il le fasse au nom de sa foi. Il ne conteste pas à l'honnêteté naturelle sa bonté morale : mais il ne reconnaît point dans la raison humaine une discipline assez forte pour suffire à tous les devoirs ; il n'admet pas de juste milieu philosophique et paisible entre le scepticisme et l'orthodoxie, où qui que ce soit puisse trouver le repos de sa conscience. Quiconque ne veut pas entrer par la porte chrétienne, il n'hésite pas à lui fermer le ciel et à lui montrer l'abîme qui l'attend. Puisse l'autorité de ce grand théologien et de ce grand philosophe ne rencontrer aucun entêtement d'orgueil, mais exciter plutôt une reconnaissance singulière chez ceux de nos frères en Jésus-Christ qui nous ont interpellés (J. Rigault, Journal des Débats, loc. cit.) ! Il est écrit au Livre des Proverbes : “ Celui qui veut instruire le railleur, se fait injure à lui-même ; ne raisonnez pas le moqueur, de peur qu'il ne vous haïsse ” (Pr 9 7). Mais il est écrit aussi : “ Répondez au sage, et il vous aimera ” (v. 8). C'est la grand saint Augustin qui a répondu à notre interrogateur : il trouvera dans son âme docilité et amour."

 

ID., ibid., tome V, chap. IV : Troisième instruction synodale sur les principales erreurs de notre temps, juillet 1862 et août 1863, pages 151, 152, 153, 154-155 :

 

" Le naturalisme part de ce faux supposé que l'homme aurait été constitué d'abord dans un état d'intégrité purement naturelle, avec une fin purement naturelle, et des facultés et puissances capables d'atteindre cette fin [à l'époque actuelle, c'est-à-dire en l'an 2002, on en est même plus là, mais la science, soutiennent les prétendus savants de notre monde en folie, grâce à ses progrès, prouve maintenant incontestablement que l'homme descend du singe ou qu'il n'était à l'origine qu'une bête sans intelligence ni raison - comme si la conscience, l'intelligence et la maîtrise humaine étaient sorties d'un inconscient inintelligent en nous poussant aveuglément. Et de s'abrutir sur la recherche et l'étude de quelques vieux os pour confirmer leurs doctrines insensées et diaboliques sur l'origine de l'homme et inonder les écoles de leurs écrits ou de leurs conclusions par des ouvrages que l'éducation nationale impose dans ses programmes de sciences naturelles, et ce avec la complicité tacite de tout le corps enseignant. On appelle cela un progrès. Voilà en effet qui élève l'homme et qui donne à la jeunesse des raisons d'espérer en une fin plus glorieuse !]. En cela, le naturalisme confond ce qui aurait pu être avec ce qui a été, et il prend l'hypothèse pour l'histoire. [...] Mais la vérité est, nous l'avons vu, que le décret de notre exaltation est antérieur à notre apparition, que la bénédiction spirituelle en Jésus-Christ nous a été octroyée avant la constitution du monde ; que nous avons été créés en lui (cf. Éph., 2 : 10) comme nous avons été rachetés par lui ; que toutes choses ont été faites en lui comme elles ont été restaurées en lui (cf. Col., 1 : 15-16) ; que non seulement la justice originelle, mais l'intégrité même naturelle nous a été conférée par sa grâce. La nature donc, si elle est dépouillée des dons gratuits, est par là même blessée dans ce qui lui est propre (cf. II Cor., 5 : 4). [...] Et comme le fabricateur souverain avait voulu l'humanité enrichie de privilèges, comme il avait simultanément créé en elle la nature et infusé la grâce, comme il avait mêlé son Esprit sanctificateur au premier souffle dont il l'avait animée, comme il avait empreint dans son âme et jusque sur son visage la marque de ressemblance avec son Verbe incarné, en un mot, comme il l'avait prédestinée à l'adoption déifique, elle est désormais défectueuse, elle est laide, elle est réprouvée devant lui, parce qu'elle manque d'un ordre de perfection, de beauté, de mérite auquel étaient attachés la grâce et le salut. De là la parole énergique de l'apôtre qui déclare que nous sommes " par nature, enfants de colère " : natura filii iræ (Éph., 2 : 3). Non pas en ce sens que la nature soit mauvaise et criminelle de son propre chef [n'oublions quand même pas que le Fils unique de Dieu a pris chair de la Vierge Marie], et que tout ce qu'elle fait par elle-même soit péché : ce qui serait contre la foi aussi bien que contre la raison (cf. Bulla Leon. X, Exsurge, Domine, contra Luther). ; mais en ce sens que, s'étant librement détournée de la fin unique et surnaturelle que Dieu lui avait assignée, elle est constituée en dehors de la volonté divine, et qu'ainsi continuant d'être bonne dans son essence, ce qui est vrai de la nature même des démons (cf. S. Thomas, S. th., Ire P., qu. LXIII, art. 4), elle est mauvaise dans son état. [...] Séparée, et dépouillée du Christ ; la nature humaine constitue pleinement ce que les saintes Écritures appellent “ le monde ” ; ce monde dont Jésus-Christ n'est pas (cf. Jn 8 23), pour lequel il ne prie pas (cf. Ibid., 17 : 9), auquel il a dit malheur (cf. Mtt., 18 : 7) ; ce monde dont le diable est le prince et la tête (cf. Ibid., 16 : 11), et dont la sagesse est ennemie de Dieu (Rm 8 7) à ce point que, vouloir être ami de ce siècle, c'est être constitué adversaire de Dieu (Jac., 4 : 4) ; ce monde qui, parce qu'il ignore le Christ sauveur, sera ignoré du Christ rémunérateur : Qui ignorat, ignorabitur (I Cor., 14 : 38), et recueillera la terrible sentence : " Je ne vous connais pas " (Luc, 13 : 25, 27) ; ce monde enfin dont les voies aboutissent à l'enfer (cf. Si., 21 : 10). Tant que dure la vie présente, c'est l'œuvre de la grâce, par conséquent l'œuvre de l'Église, de retirer les créatures de cet état de mondanité, en le rendant à Jésus-Christ, et, par Jésus-Christ, à leur destination bienheureuse (cf. Jean, 17 : 6 15-16). [...] À considérer son état actuel et réel, et nonobstant la bonté persistante de ses éléments essentiels, la nature est “ péché ”. Qu'on parle tant qu'on voudra des droits de l'homme : il en est deux qu'il ne faudrait point oublier. L'homme apporte en naissant le droit à la mort et le droit à l'enfer. Ce n'est que par Jésus-Christ qu'il peut revendiquer le droit à la résurrection et à la vie bienheureuse. Quant à replacer l'homme en dehors de Jésus-Christ, de façon à lui refaire un ordre de pure nature, avec une fin purement naturelle et un droit à la béatitude naturelle, tous les efforts du naturalisme n'y parviendront jamais. On ne changera pas les plans primitifs du Tout-Puissant. Bien plutôt, au péché de son origine, l'homme de la pure nature ajoutera le péché actuel et personnel, puisqu'en fermant son oreille à la révélation et son cœur à la grâce divine, il se rendra coupable de la plus grave de toutes les fautes qui est le péché d'infidélité. Et alors, par un juste jugement de Dieu, n'ayant pas voulu comprendre le degré d'honneur auquel il était appelé il descendra au niveau des êtres sans raison [l'homme du XXIe siècle s'y met déjà par sa théorie sur son origine, justifiant ainsi sa conduite bestiale et se préparant à être jeté pour l'éternité dans l'étang de feu (cf. Ap., 20 : 13-15 ; 21 8 ; 22 15], et, par plus d'un côté, il leur deviendra semblable (Ps., 48 : 13). C'est de cette sorte d'hommes que l'apôtre saint Jude a parlé. Blasphémateurs des choses surnaturelles qu'ils ignorent et veulent systématiquement ignorer, ils se corrompent dans les choses naturelles qu'ils connaissent par un instinct animal plutôt que véritablement raisonnable... Nuées sans eau qui sont promenées au gré des vents, des vents des opinions et des vents des passions ; arbres d'automne, qui poussent des fleurs incapables de donner des fruits, arbres doublement morts, et quant à la vie de la foi et quant à la vie de la raison, arbres déracinés et destinés au feu ; étoiles errantes, auxquelles une tempête noire et ténébreuse est réservée pour l'éternité (cf. Jude, 10 : 12 13). Cela demeure donc établi : il n'y a pas de refuge pour la nature en dehors de Jésus-Christ. " Il faut choisir entre les deux, dit le martyr saint Ignace : ou le courroux éternel de Dieu dans l'autre vie, ou sa grâce dans la vie présente " (Epist. ad Ephes.)."

 

Id., tome V, pages 170, 171, 172, 176-177, 188-189, 191-192, 193, 207 :

 

" L'erreur naturaliste a conçu l'ambition de devenir un dogme public ; si elle ne peut régir toutes les existences individuelles, elle aspire à devenir la loi des Etats, le principe régulateur du monde moderne [en l'an 2002, cette erreur n'aspire plus à devenir la loi des États : elle est le principe régulateur du monde moderne]. Des bancs du portique, elle s'efforce de monter jusque sur le marchepied des trônes et ne désespère pas de s'y asseoir définitivement ; des discours et des livres, elle vise à s'installer dans les constitutions et dans les lois. L'édifice du naturalisme philosophique attend son couronnement du naturalisme politique.

" J'appelle de ce nom le système d'après lequel l'élément civil et social ne relève que de l'ordre humain et n'a aucune relation de dépendance envers l'ordre surnaturel. Le chef de l'Église [le pape Pie IX] le définit en ces termes : “ Ils ne craignent pas d'affirmer dit-il, que les législations civiles, comme les sciences philosophiques et morales, peuvent et doivent décliner la révélation divine et l'autorité de l'Église ; ... ils avancent, dans leur extrême impudence, non seulement que la révélation divine ne sert de rien, mais qu'elle nuit à la perfection humaine, qu'elle est elle-même imparfaite, et par conséquent soumise à un progrès continu et indéfini [progressisme], qui doit répondre au progrès de la raison de l'homme ;... ils ajoutent que cette raison, sans tenir aucun compte de la parole de Dieu, est l'unique arbitre du vrai et du faux, du bien et du mal ; qu'elle est à elle-même sa loi, et qu'elle suffit par ses forces naturelles à procurer le bonheur des hommes et des peuples ” (Al. au Consistoire, 9 juin 1862 : La source du droit). [...]

" Aux yeux du déiste, combien plus à ceux du panthéiste, du matérialiste, du fataliste, toute influence de la religion sur la politique est une domination usurpée, une tutelle humiliante, une entrave apportée au libre développement des forces de la société. Quand ils sont imprégnés de ces doctrines, il est naturel que les rois de la terre et les peuples se liguent ensemble contre Dieu et contre son Christ, qu'ils aspirent à briser leurs liens et à semer le joug de ce qu'ils appellent la superstition (cf. Psaumes, 2 : 1-3).

" Mais, par une de ces inconséquences dont l'esprit humain est susceptible, il est des hommes qui, sans révoquer en doute le caractère divin du christianisme [c'est-à-dire tous nos hommes politiques qui sont de confession catholique], enseignent que l'autorité de Jésus-Christ, l'autorité de sa doctrine, de sa loi, de son Église, s'arrête au seuil de la vie publique des chrétiens. En tant qu'elle procède de certaines maximes familières à l'ancien gallicanisme de la cour et du parlement, nous avons eu l'occasion de réfuter directement cette prétention incompatible avec la saine croyance chrétienne (cf. tome IV, p. 228). [...]

" En effet, tandis que la presse impie et rationaliste [ou franc-maçonne] proclame la sécularisation désormais absolue des lois, de l'éducation, du régime administratif, des relations internationales et de toute l'économie sociale, comme étant le fait et le principe dominant de la société nouvelle, de cette société émancipée de Dieu, du Christ et de l'Église [objectif pleinement atteint en l'an 2002], nous avons vu surgir, sous l'empire de préoccupations honnêtes et estimables, des adeptes inattendus de ce système nouveau. Des chrétiens ont paru penser que les nations n'étaient pas tenues, au même titre que les particuliers, de s'assimiler et de professer les principes de la vérité chrétienne [l'œuvre par excellence des démocrates chrétiens — les pires !] ; [...] enfin que la génération héritière de celle qui aurait accompli, en tout ou en partie, cette œuvre de déchristianisation légale et sociale, pouvait et devait l'accepter, non pas seulement comme une nécessité, mais comme un progrès des temps nouveaux, que dis-je, comme un bienfait même du christianisme, lequel après avoir conduit les peuples à un certain degré de civilisation, devait se prêter volontiers à l'acte de leur émancipation, et s'effacer doucement de leurs institutions et de leurs lois [à la grande satisfaction des francs-maçons qui voyaient leur plan diabolique se réaliser d'une façon inespérée], comme la nourrice s'éloigne de la maison quand le nourrisson a grandi." [...]

" [...] Enfin, ce n'était pas des princes de Juda seulement que le Seigneur disait, pour expliquer les châtiments dont il les avait écrasés : " Ils ont régné par eux-mêmes et non par moi ; ils ont été princes, et je ne les ai pas connus " (Osée, 8 : 4). Remarquez ces derniers mots, Messieurs. Une plume qui n'avait pas conscience de son impiété écrivait : " La loi moderne IGNORE DIEU ". Eh bien ! nous ne craignons pas de le dire : A un tel ordre de choses, partout où il existera, Dieu répondra par cette peine du talion qui est une des grandes lois du gouvernement de sa providence. Le pouvoir qui comme tel ignore Dieu, sera comme tel ignoré de Dieu : si quis autem ignorat, ignorabitur (I Co., 14 : 38). Or, être ignoré de Dieu, c'est le comble du malheur ; c'est l'abandon et le rejet le plus absolu [i.e. la damnation éternelle]. La sentence d'éternelle réprobation ne sera pas formulée en d'autres termes : " Je ne vous connais pas, je ne sais pas d'où vous êtes " (Luc, 13 : 25). De là, ces transformations si fréquentes, ces changements périodiques des gouvernements et des dynasties. [...]

" [...] Par exemple, après l'expérience de dix-huit siècles de christianisme, comment s'obstiner à mettre quotidiennement sur les lèvres de tous les chrétiens des vœux aussi irréalisables que ceux qui sont exprimés dans l'oraison dominicale ? N'y a-t-il pas lieu d'opérer la radiation définitive de ces mots : " Que votre règne arrive et que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel " ? Appliquée aux nations, cette même règle serait la condamnation, non pas seulement du principe de la politique chrétienne, mais de toute la législation mosaïque. Car nous ne craignons pas de l'affirmer, l'histoire à la main : les temps et les pays chrétiens ont vu plus de grands règnes, des règnes plus purs, plus saints, que les temps d'Israël. Qu'on compare les Livres des Juges, des Rois et des Maccabées avec les annales des nations catholiques, et qu'on lise si le désavantage est du côté qui offre ici les Charlemagne et les saint Louis, là les saint Henri d'Allemagne, les saint Etienne de Hongrie, les saint Wenceslas de Bohème, les saint Ferdinand de Castille, les saint Édouard d'Angleterre, enfin tant de princes et de princesses non moins illustres par l'éclat religieux de leurs règnes que par leurs grandes et royales qualités. Qu'on ne l'oublie pas : le droit chrétien a été, pendant mille ans, le droit général de l'Europe. Beaucoup de crimes, assurément, ont été commis alors comme aujourd'hui. L'humanité, depuis les jours de Caïn et Abel, a été et sera toujours divisée en deux camps. Parfois même les passions ont été plus violentes, plus énergiques, en face des vertus plus fortes et de la sainteté plus éclatante. Mais personne de sensé ne le niera : tout ce qui subsiste aujourd'hui encore de vraie civilisation, de vraie liberté, de vraie égalité et fraternité, a été le produit du christianisme européen ; l'affaiblissement du droit chrétien de l'Europe a été le signal de la décadence et de l'instabilité des pouvoirs humains ; enfin, ce que l'œuvre d'ailleurs si négative et si désastreuse des révolutions modernes pourra laisser de bon et de salutaire après elle, aura été la réaction contre des excès et des abus que réprouvait le régime chrétien.

" [...] Quand l'Église pose ses principes, encore bien qu'ils impliquent une perfection qui ne sera jamais atteinte ici bas, elle en veut les conséquences, toutes les conséquences : les conséquences extrêmes seront le ciel. Quand la révolution pose ses principes, elle ne veut qu'une partie de leurs conséquences ; elle arrête, elle enchaîne les conséquences trop générales et trop étendues : la conséquence extrême et totale sera l'enfer. La révolution ne peut pas et ne veut pas être logique jusqu'au bout. L'Église peut et veut l'être toujours : rien au monde n'est donc plus pratique et n'est moins chimérique.

" [...] Disons-le : il est des nations tellement créées pour Jésus-Christ qu'elles ont l'heureuse impuissance de trouver leur assiette fixe en dehors de lui. Du sein de la gloire, les veillants et les saints s'emploient à ce qu'il en soit de la sorte (cf. Daniel, 4 : 14) : les temps se passent dans d'humiliantes épreuves ; les révolutions, les craquements des trônes, des sociétés, des institutions se succèdent, jusqu'à ce que le droit suprême de Dieu soit proclamé (cf. Ibid., 21-22), et qu'il soit reconnu que la puissance vient du ciel (Ibid., 23). Jusque là, toute la prudence des prudents, toutes les habiletés des habiles, tous les discours des orateurs, tous les livres des écrivains n'aboutissent à rien de fonder de stable et de solide. Les vertus, les actes généreux des particuliers ne profitent guère qu'à eux-mêmes. C'est la société publique qui a péché et qui périt par l'ulcère d'un naturalisme injurieux à Dieu [cf. Enc. Humanum Genus du Pape Léon XIII sur la Secte des Francs-Maçons] ; c'est à la société qu'il est urgent et nécessaire, quoiqu'on dise, de présenter le remède. Le remède est en Jésus-Christ, il est dans l'acceptation sociale des principes révélés [cf. Enc. Quas Primas du Pape Pie XI instituant la fête de la Royauté du Christ]. Hors de là, la religion pourra jusqu'à un certain point vivifier les individus, vivifier les familles ; les sociétés et les pouvoirs resteront sous le coup de la réprobation d'en haut [la seconde partie de ce passage, que nous reprenons ici étant donné son importance, a déjà été citée plus haut].

" [...] Je vous adressais, dans cette même enceinte, il y a sept ans, Messieurs et chers Coopérateurs, une Instruction synodale sur la papauté ; et je vous disais :

" Aussi longtemps que la grande famille occidentale s'est appelée la Chrétienté, et que le pontife romain en a été l'oracle, il n'a jamais manqué aux devoirs que lui imposait la confiance des rois et des peuples. Depuis que cette grande unité sociale du monde chrétien a été rompue, depuis que les royautés même orthodoxes ont déclaré n'avoir besoin que de Dieu et de leur épée, le pontife de Rome, qui va chercher partout les âmes pour les gagner au ciel, mais qui n'impose pas ses conseils et son concours aux empires de la terre lorsqu'ils paraissent les redouter, s'est noblement renfermé dans l'administration temporelle de ses propres Etats et dans le gouvernement spirituel de l'Église. [...]

" En face de cette œuvre universelle de destruction, que reste-il, sinon “ l'Église du Dieu vivant qui est la colonne et le rempart de la vérité ” (I Tim., 3 : 15) ! Et cette Église, cette colonne, ce rempart, le monde ne l'a jamais mieux compris, c'est principalement la papauté [ce que prouve manifestement notre présente étude qui s'appuie sur de nombreux textes pontificaux], incarnation vivante de tout l'ordre surnaturel et chrétien, seule force morale capable de préserver la raison contre ses propres excès, la société contre ses tendances subversives.

 

Id., pages 182-185, 200-201, 202, 208 :

 

" Ecoutez ces admirables accents d'un poète de Pologne :

" Les nations, dit-il, sont voulues de Dieu, et conçues dans votre grâce, ô Jésus-Christ ! A chacune d'elles vous avez donné une vocation. En chacune d'elles vit une idée profonde qui vient de vous, qui est la trame de ses destinées. Or, parmi les nations, il en est qui ont la mission de défendre la cause de la vérité et de la beauté céleste, de racheter les crimes du monde et de lui donner un évangélique exemple en portant, pendant de longs jours, leur lourde croix sur la route inondée de sang, jusqu'à ce que, par une lutte sublime, elles aient inspiré aux hommes une idée plus divine, une charité plus sainte, une plus large fraternité, en échange du glaive qu'on a plongé dans leur poitrine. Telle est votre Pologne, ô Jésus-Christ ! (L'Aurore, par Krasinski)."

" Mais cette prédestination catholique que les fils de la Pologne revendiquent à juste titre pour leur patrie, le monde entier n'est-il pas d'accord pour la décerner surtout à la France ? O peuple des Francs, remonte le cours des siècles, consulte les annales de tes premiers règnes, interroge les gestes de tes ancêtres, les exploits de tes pères, et ils te diront que, dans la formation du monde moderne, à l'heure où la main du Seigneur pétrissait de nouvelles races occidentales pour les grouper, comme une garde d'honneur, autour de la seconde Jérusalem, le rang qu'il t'a marqué, la part qu'il t'a faite te placent à la tête des nations catholiques [Seigneur, où en sommes-nous, maintenant, en l'an 2002 ? C'est vraiment l'abomination de la désolation : la Franc-Maçonnerie a tout envahi. La France, Fille aînée de l'Eglise, a renié les promesses de son baptême en ayant exclu Jésus-Christ de la législation et des affaires publiques, l'autorité ne tirant plus son origine de Dieu, mais des hommes.]. Tes plus vaillants monarques se sont proclamés les " sergents de Jésus-Christ " ; et l'Eglise reconnaissante de tes services chevaleresques t'a adjugé la plus glorieuse de toutes les primogénitures.

" Après cela, n'est-ce pas évident, Messieurs et chers Coopérateurs, que le devoir de toute nation chrétienne, combien plus le devoir de la nation très-chrétienne, est de pénétrer en toutes choses et avant tout de l'esprit chrétien ? Saint Ambroise a dit : " Celui-là s'exile de sa patrie, qui se sépare du Christ " (Exposit. in Luc. L. VII, 214). Où cette maxime sera-t-elle plus vraie qu'en France ? La France est originairement chrétienne et substantiellement chrétienne : aucune révolution ne changera sa nature, sa constitution, son tempérament, sa mission, son histoire, sa destinée, ses aspirations. " O Dieu, s'écriait le plus religieux de tous les monarques, le roi se réjouira dans votre force, et il éprouvera un vif transport des progrès de votre règne salutaire " (Ps 20 1). Oui, le roi trouvant sa joie dans le libre déploiement de la force divine, dans le libre exercice des droits suprêmes de Jésus-Christ, le roi tressaillant avec ardeur quand l'œuvre du salut des hommes s'accomplit dans ses Etats : c'est là le type de la vraie royauté, de la royauté baptisée et sacrée en Jésus-Christ. Pour être délaissé, honni, rejeté, ce programme n'en reste pas moins le programme de tout pouvoir régulier au sein des nations chrétiennes. Qu'on l'appelle " idéal " tant qu'on voudra ; au-dessous de cet idéal, nul programme n'est digne de la France, parce que rien de ce qui est au-dessous de la vérité n'est au niveau du rôle que la nature et la grâce ont donné à cette nation dans le monde.

" Mais je lis sur les lèvres de quelques-uns de vous, Messieurs, les objections que vous avez si souvent entendues et qui m'ont été plus d'une fois adressés à moi-même. Ne craignons pas de les formuler ici tout haut avant d'y répondre.

" XXIII. Le programme est beau, nous dit-on ; il n'a que le défaut d'être chimérique, inopportun et, par suite, dangereux. A quoi bon maintenir des théories désormais sans application ? L'absolutisme et la théocratie ont fini leur temps. Le seul régime possible du monde moderne, c'est le régime de la démocratie et de la liberté. Les chrétiens n'ont qu'à gagner à se montrer hommes pratiques et positifs, et, pour cela, hommes de leur temps. C'est ainsi qu'ils exerceront une action puissante et qu'ils réconcilieront l'Eglise avec la société moderne, etc., etc. -

 

 

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12 février 2014 3 12 /02 /février /2014 11:20

LA POLITIQUE

 

(11/14)

 

Quelques raisons d'espérer contre toute espérance

 

Lucien Thomas, L'Action Française devant l'Église, de Pie X à Pie XII, Nouvelle Éditions Latines, 1965, Paris, Annes, p. 357 et 358 :

 

IV. - Note de Robert de Boisfleury, administrateur de l'A.F. remise au cardinal Pacelli [futur Pie XII] le 3 avril 1937 :

 

" La gravité du péril communiste contre lequel le Très Saint-Père [Pie XI] dans sa récente et lumineuse Encyclique [Divini Redemptoris] vient de faire un appel aux hommes de bonne volonté de l'univers entier, est particulièrement grande en France, c'est notre pays qui, après l'Espagne aujourd'hui frappée, est le premier visé [et présentement, en l'an 2001, la France a un premier ministre socialiste et des ministres communistes - qui se disent démocrates...]. Et comme le gouvernement français est incapable, en admettant contre toute évidence qu'il le veuille sincèrement, de résister à la poussée communiste, il est nécessaire de grouper toutes les forces d'ordre susceptibles de faire face à une menace probablement très prochaine. Parmi ces forces, l'A.F. est une des plus importantes ; aucune action contre-marxiste efficace ne peut être menée en France sans le concours de l'A.F. Tant que ce concours risquera d'être reproché à ceux qui y font appel, par les catholiques [démocrates] - dont le nombre s'accroît - partisans des alliance avec les révolutionnaires [rien de nouveau sous le soleil], les défenseurs de l'ordre en France, même les plus républicains, souffriront un préjudice irréparable. [...]

" Si c'est l'influence de Maurras qui est redoutée [par les communistes, les socialistes, et par la gauche en général avec les démocrates chrétiens aux "âmes fuyantes"], son influence est toute politique, et il s'est toujours interdit de rien faire qui pût troubler ou froisser la foi de ses collaborateurs, ou d'essayer de leur demander des actes qui ne seraient pas approuvés par leur conscience religieuse. Témoin quotidien de sa vie depuis trente ans, je puis affirmer qu'il a ramené beaucoup de gens à la foi catholique, dont il n'a éloigné personne, sans parler des sentiments profonds que j'ai vus avec bonheur s'éveiller dans son âme sous l'influence de la bonté, des prières et de l'action surnaturelle des pieuses Carmélites de Lisieux et de leur Grande Petite Sainte [sainte Thérèse de l'Enfant Jésus et sa sœur aînée, Pauline, la Révérende Mère Agnès de Jésus, et bien d'autres religieuses] et l'Auguste Bonté du Souverain Pontife a remué jusqu'au fond du cœur mon ami prisonnier."

 

Albert Marty ; L'Action française racontée par elle-même, Nouvelles Éditions Latines, 1968, Paris, pp. 460-461, 462 et 463 :

 

" Maurras lui-même a cité deux " prophéties " de Pie X. La première lui fut rapportée, au retour d'un voyage à Rome, en 1909, par Émile Flourens, ancien ministre des Affaires Étrangères et ancien Directeur des Cultes : " Je n'ai jamais eu - écrit Maurras - l'honneur d'être présenté à Mme Émile Flourens. Mais à leur retour du voyage de 1909, son mari, demanda à un ami commun de nous réunir. L'entrevue, d'un haut intérêt, demeure inoubliable. Cet ancien ministre républicain revenait de Rome rallié à la Monarchie, et c'était à la voix du Pape, restaurateur de disciplines philosophiques, que s'était opérée cette évolution politique :

- Croyez-moi, lui avait dit tranquillement Pie X, je connais vos Français. Ils sont naturellement catholiques et monarchistes. Ils le redeviendront tôt ou tard." (Charles Maurras, Le Bienheureux Pie X - Sauveur de la France, Librairie Plon, 1953, Paris, p. 22.)

" La seconde eut lieu deux ans après. C'était en 1911. Écoutons le témoignage de Charles Maurras : " Je n'ai pu aller voir ma mère en Provence. Elle a fait le voyage de Paris et me dit :

- Je ne veux pas mourir sans avoir été bénie par Pie X. Veux-tu m'accompagner. C'est une affaire de quinze jours.

Quinze jours ? Hélas ! les avais-je ? Ma table pliait sous le poids des besognes :

- Vois ! Regarde ! Comment bouger ?

Par bonheur, mon jeune frère, le Dr Maurras, entre deux postes coloniaux, rentrait de Marseille. Elle prit son bras. Dans la vigueur et la lumière de ses soixante-quinze ans, elle fit le pèlerinage..."

Avec Mme Aventino, épouse du correspondant de l'Action Française au Vatican, Mme Maurras fut reçue par le Pape en audience personnelle :

" Agenouillée dans le cabinet de Pie X, il s'en faut - poursuit Charles Maurras - que l'une ou l'autre ait eu envie de parler politique. Mais, quand il eut donné toutes les bénédictions implorées, le Bienheureux étendit son regard sur ma mère. Il dit :

- Ne parlez pas à votre fils de ce que je vais vous dire.

... Ne lui en dites jamais rien.

... Mais je bénis son Œuvre.

Il se tut pour ajouter :

- Elle aboutira.

Tel fut le trésor que ma mère emporta de Rome.

Elle ne m'en fit jamais part.

Pendant les onze années qui lui restaient à vivre, elle n'y fit aucune allusion.

Cependant, depuis ce voyage, un changement s'était produit dans sa façon de suivre le va-et-vient de notre fortune.

Autrefois, la moindre injustice publique commise contre l'Action Française l'exaspérait. Elle ne tenait pas en place. De sa paisible terrasse du Chemin de Paradis, elle courait à Marseille chercher des explications chez l'un ou l'autre de nos amis, elle se rendait à la librairie de la rue de la Darse, tenue par une fidèle Alsacienne, Mlle Ehrard, auprès de qui le rendez-vous était permanent ; elle interrogeait les Dromard, la marquise de Clapier, que sais-je ? Il fallait tout lui dire, elle n'en avait jamais assez. Maintenant, rien ne la trouble. Il semble que ciel puisse nous tomber sur la tête sans nous blesser : une sérénité incompréhensible accueille toutes les inventions et les calomnies que l'on continue de faire pleuvoir.

Pendant la guerre, le complot des panoplies ne parvint pas à la remuer. Ses lettres montrent qu'elle en a presque souri. Ce ne peut être indifférence... J'eus la clef du mystère huit jours après sa mort, survenue le 5 novembre 1922. Deux amies à qui elle s'était confiée me donnèrent le secret des paroles pontificales : mon œuvre a été bénie de Pie X. Elle aboutira. J'avais la prophétie et la bénédiction de ce Bienheureux ..."

" Ce qui davantage avait apaisé Mme Maurras, c'était d'avoir obtenu l'assurance de la fin chrétienne de son fils. Nouvelle Monique [mère de Saint Augustin], elle tremblait pour son Augustin. Saint Pie X la tranquillisa :

- Rassurez-vous, Madame, - lui dit le Pape , - votre fils a rendu trop de services à l'Église pour qu'il ne recouvre pas la Foi.

Le fait nous a été rapporté, en 1922, par Gaston de Butler qui le tenait d'une amie de Mme Maurras. [...]

" Maurras est mort en chrétien, le 16 novembre 1952, à plus de quatre-vingt-quatre ans, très lucide, entre Jacques Maurras, son neveu et fils adoptif, et le Dr François Daudet, son filleul. Ses derniers mots furent pour demander son chapelet. [...]

" Son œuvre aboutira." L'auteur du Bienheureux Pie X - Sauveur de la France croyait fermement à la réalisation de cette " prophétie " [et nous y croyons également, surtout venant du pape saint Pie X]. Beaucoup penseront : c'est invraisemblable, à cette heure où la démocratie paraît triompher [actuellement, en 2001, on peut même soutenir qu'elle a triomphé, et ce jusque dans le cœur des monarques actuels qui, à moins d'être complètement décadents ou suicidaires, doivent probablement confondre démocratie et démophilie]. Mais Charles Maurras ne désespéra jamais. En 1905, il remarquait déjà, dans L'Avenir de l'Intelligence, son chef-d'œuvre : " tout désespoir en politique est une sottise absolue." (Charles Maurras, L'Avenir de l'Intelligence, Nouvelle Librairie Nationale, 1917, Paris, p. 19, en préface.) Un demi-siècle plus tard, en février 1951, le vieux Maître calomnié, emprisonné, spolié de son journal, restera "optimiste". Il écrira cette admirable lettre à Pierre Boutang :

 

" ... Nous bâtissons l'arche nouvelle, catholique, classique, hiérarchique, humaine, où les idées ne seront plus des mots en l'air, ni les institutions des leurres inconsistants, ni les lois des brigandages, les administrations des pilleries et des gabegies, où revivra ce qui mérite de revivre, en bas les républiques, en haut la royauté et, par-delà tous les espaces, la Papauté ! Même si cet optimisme était en défaut et si, comme je ne crois pas tout à fait absurde de le redouter, si la démocratie étant devenue irrésistible [ce qui est actuellement le cas], c'est le mal, c'est la mort qui devraient l'emporter, et qu'elle ait eu pour fonction historique de fermer l'histoire et de finir le monde, même en ce cas apocalyptique, il faut que cette arche franco-catholique soit construite et mise à l'eau face au triomphe du Pire et des pires [sans renier Maurras en évitant de citer son nom de peur de passer pour un fasciste, voire un nazi, car s'agit bien au contraire de réhabiliter ce génial penseur politique dans le cœur des Français en leur expliquant et en leur démontrant que le maurrassianisme, dans ses principes et fondements naturels, se concilie parfaitement avec le thomisme que l'Église romaine a qualifié de " philosophia perennis ", c'est-à-dire de " philosophie éternelle ", ce qui est tout dire]. Elle attestera, dans la corruption universelle [nous y sommes], une primauté invincible de l'Ordre et du Bien. Ce qu'il y a de bon et de beau dans l'hommes ne se sera pas laissé faire. Cette âme du bien l'aura emporté, tout de même, à sa manière, et, persistant dans la perte générale, elle aura fait son salut moral et peut-être l'autre. Je dis peut-être, parce que je ne fais pas de métaphysique et m'arrête au bord du mythe tentateur, mais non sans foi dans la vraie colombe, comme au vrai brin d'olivier, en avant de tous les déluges..." (Aspects de la France du 20 novembre 1953 ; Charles Maurras, Lettres de Prison, p. 225, Flammarion, 1958.)

" Oui, partout, même dans l'Église, la Démocratie, la poussée du nombre paraît irrésistible. Mais si les déluges dont parlait Maurras sont prévus, depuis longtemps, par maintes âmes mystiques, de Sainte Catherine Labouré, de Paris, à Lucie, de Fatima, ces prophétesses ont annoncé aussi la Colombe et le brin d'olivier.

" Mme Royer dont les prophéties (beaucoup plus nettes que celles de Pie X citées plus haut, dans lesquelles on pourrait ne voir qu'une simple opinion personnelle) se sont réalisées déjà, point par point, en grande partie, Mme Royer déclarait : "... les mauvais se détruiront eux-mêmes... La France sera comme désemparée... Alors arrivera celui qui doit tout restaurer... Il faudra bien accepter celui que la Providence enverra !"

" Même avec un petit nombre - a dit le Sacré-Cœur à sa confidente, - j'entraînerai les faibles et les indécis et je remporterai la Victoire... Car voici l'heure où je règnerai malgré Satan. Le monde entier verra que je ne suis pas seulement l'Époux mystique des âmes pures et ferventes, leur consolateur, leur confident, mais que je suis aussi Dieu, Roi de l'Église et du monde et que la victoire ne tient pas à la force des armes, ni au nombre, mais à Ma Volonté."

" Le nombre ne fera plus la loi. Les Droits de l'Homme seront remis à leur place et rétablis les Droits de Dieu. Ce sera la fin de la " Révolution satanique " de 1789 [cf. Joseph de Maistre]. L'Action Française aura pour sa part contribué à ce triomphe de la Vérité sur le Nombre, elle que le cardinal Charost, archevêque de Rennes, proclamait, en décembre 1926, le premier mouvement contre-révolutionnaire vaste et méthodique qui fût apparu en France depuis l'époque de l'Encyclopédie."

 

 

Mes ultimes citations

 

 

La Cathédrale effondrée, les Cahiers de l'Ordre Français, Henri Massis, Pierre Debray et Louis Daménie, 1er Cahier, 1962, avant-propos de l'Ordre Français, pages 5-9 :

 

" Depuis un siècle et demi, la France était semblable à une cathédrale, dont la Révolution, comme une foudre, aurait détruit le faite. Le noble édifice, désormais découronné, s'ouvrait, par ce grand vide, à toutes les bourrasques de l'histoire. La France était devenue un corps privé de tête, le roi ; dépouillé de son âme, Dieu.

" Les murs cependant demeuraient intacts, d'apparence, soutenus par ces arcs-boutants qu'étaient l'Église, l'Armée, la Justice, l'Administration. Les Français devenaient sans doute stupides, lorsqu'ils se rendaient aux urnes, mais le reste du temps, ils continuaient de pratiquer les antiques vertus. L'existence qu'ils menaient dans leur métier, dans leur commune, dans leur famille, était réglée, comme avant 1789, par les traditions domestiques. L'artisan, le commerçant, le paysan, l'ouvrier conservaient le trésor de leur honneur, le patrimoine de leurs fidélités. Ceux-là mêmes qui se déclaraient pacifistes les jours d'élection se précipitaient aux frontières dès que le tocsin sonnait, pour annoncer que la patrie était en danger.

" Pourtant, le libéralisme privait de leurs protections corporatives les travailleurs des fabriques, des mines, et la première révolution industrielle se développait dans l'anarchie. Par centaines de milliers, les hommes, les femmes, les enfants étaient arrachés à la terre, et parqués dans les faubourgs sur-urbains. Ainsi se constituait une gigantesque armée de déracinés, qui campaient aux abords de la cité, soumis à l'obsession du chômage, ne possédant rien que leurs bras nus, menant l'existence la plus incertaine et la plus précaire. Le sort des serfs était certes plus enviable que le leur, que le seigneur, du moins, ne pouvait pas priver de la glèbe. Et, même celui des esclaves, que son intérêt bien compris interdisait au maître de priver de nourriture.

" La bourgeoisie libérale inscrivait la liberté, l'égalité, la fraternité au fronton des monuments publics. Quelle liberté laissait-elle à ces malheureux, sinon celle de mourir de faim, lorsque survenait, avec une effrayante régularité, l'une de ces crises cycliques qui scandaient les progrès de l'industrie ? Alors que les puissances d'argent gouvernaient, l'égalité faisait figure de dérision. La fraternité devenait une insulte pour ces masses affamées et désespérées, dont les insurrections étaient sauvagement réprimées. Aucun régime moins que la république bourgeoise n'a été avare du sang ouvrier.

" C'était jeter le prolétariat dans les bras subversifs, plus rigoureux encore que les premiers, puisqu'ils prétendaient faire passer les principes démocratiques de l'abstraction politique dans la réalité sociale. Comment n'aurait-il pas été internationaliste ? On lui refusait sa place dans la nation. Il ne faisait d'ailleurs qu'imiter le capitalisme apatride. Comment n'aurait-il pas été anti-clérical ? M. Thiers, athée notoire et massacreur exemplaire, ne prétendait-il pas employer le clergé comme une gendarmerie supplémentaire ?

" Pourtant, le prolétariat avait trouvé, parmi les élites catholiques et monarchistes, des dévouements et des protections. De grandes voix s'élevaient dans le pays qui proposaient des remèdes à ses maux. Pour éviter qu'elles soient entendues, les républicains usèrent de la diversion anticléricale [rien de bien nouveau]. Ce qui présentait, pour eux, deux avantages : d'une part, ils mystifiaient le peuple, le détournant du catholicisme social, d'autre part, ils reprenaient l'entreprise de déchristianisation arrêtée par le Concordat napoléonien. L'égoïsme, l'avarice, la dureté de cœur du personnel républicain s'additionnaient ainsi de ses préjugés idéologiques pour empêcher la réforme de la société industrielle. En définitive, le dogme qui veut qu'il n'y ait pas d'ennemi à gauche le portait à préférer la révolution socialiste, qui du moins participait, comme lui, de la subversion [qui n'a pas compris cette logique de la Révolution qui est proprement satanique ?].

" Néanmoins, la résistance des grands contre-révolutionnaires du début du siècle parvint longtemps à sauver l'essentiel. Il fallut, pour venir à bout des structures traditionnelles, le double coup d'accélérateur du gaullisme, celui de 1944 et celui de 1958. Désormais, les arcs-boutants sont fissurés, ébranlés, parfois démantelés. L'Église de France ? On mesure aujourd'hui les conséquences de la condamnation de l' “Action Française”, que beaucoup prirent, sur le moment, pour un acte simplement politique. Les prêtres sillonnistes s'introduisirent dans les grands séminaires, les militants démocrates colonisèrent l'action catholique et les syndicats chrétiens. Eux-mêmes considèrent, maintenant, avec effroi leur postérité progressiste. L'Armée ? Le corps des officiers a été disloqué, recru d'humiliations, de répressions, de reniements. Les meilleurs de ses chefs ont été jetés en prison, contraints à l'exil, envoyés dans de lointaines garnisons. Sous prétexte de préparer une guerre atomique, on met en place une armée de robots. La Justice ? Il n'y a plus d'autre droit que l'arbitraire d'une volonté particulière. L'Administration ? Elle se bureaucratise. On pousse aux postes les plus élevés de sa hiérarchie les hommes imbus de l'idéologie technocratique [et animés de naturalisme].

" Il n'y a plus d'esprit public. Tout ce qui conserve, dans la société, une position indépendante est, méthodiquement, soumis aux contraintes étatiques. Tout ce qui garde la volonté d'entreprendre se voit découragé par système. Une politique de centralisation abolit ce qui restait des libertés communales, remplace partout le responsable par le gestionnaire, intervient jusque dans les familles pour disputer aux parents le choix de l'éducation et de l'orientation des enfants. En même temps que les institutions sclérosent, étouffent les cellules vivantes, les mœurs se dégradent. La grande presse, spéculant sur la bassesse de l'âme, exploite tous les scandales et toutes les immoralités.

" Dans ces conditions, nous ne saurions purement et simplement reprendre les analyses de nos maîtres, car celles-ci datent d'une époque où la société demeurait saine, si l'État était corrompu. Ils opposaient le pays réel au pays légal, le même pays d'ailleurs, mais pris soit dans son abstraction démocratique, soit dans son expression concrète. Au moment où cette distinction passe dans le langage courant, elle tend à perdre sa valeur, puisque la société s'étatise à mesure que l'État se socialise. Il n'y a pratiquement plus d'activité qui ne soit de quelque manière contrôlée, réglementée, et à la limite, commandée par la bureaucratie dirigeante.

" De même, nos maîtres estimaient que, pour empêcher la ruine de la cathédrale, il suffisait de restaurer la clef de voûte. S'ils y étaient parvenus, tout aurait été, effectivement, sauvé. Ce ne fut pas. Comment jeter une clef de voûte sur une ruine ? Elle s'effondrerait avec elle. Il ne subsiste plus que les fondations, que le dessein général de l'édifice. La France ressemble à ces cités antiques, Glanum ou Amporia, que le barbare a rasées au sol, mais dont on retrouve, en creusant, le plan, inscrit dans la pierre.

" Il faut nous contenter, pour l'heure, de jeter sur le chantier une bâche de fortune, et travailler humblement, en partant du bas, de ce qui demeure, qui n'est pas beaucoup. Nous avons à reconstruire la société en même temps que l'État. Cette double tâche pose des problèmes nouveaux.

" La fidélité à nos maîtres commandes de nous attacher à leur méthode, l'empirisme organisateur, plutôt qu'aux résultats contingents qu'ils ont obtenus, par l'usage, d'ailleurs correct en son temps, de cette méthode. Nous n'avons pas à les répéter, scolairement, en mauvais élèves, mais à les imiter. Être empirique, cela consiste à constater que le temps fait son œuvre. Pour le pire, comme pour le meilleur. Être organisateur, cela consiste à partir de ce qui existe, afin d'en conserver les formes et de les projeter dans un avenir qu'il nous appartient d'inventer.

" Les cinq essais [d'Henri Massis, de Pierre Debray et de Louis Daménie] reproduits dans cet ouvrage étudient successivement la crise de la civilisation chrétienne, la subversion du droit, le rôle de l'État, les conditions de l'unité française, les problèmes de la légalité et de la légitimité. Ce sont donc autant de jalons qui indiquent la direction dans laquelle doit s'engager une réflexion politique qui vise à restaurer la cathédrale effondrée dans sa splendeur primitive [S. Pie X : " Instaurer et restaurer sans cesse la civilisation chrétienne sur ses fondements naturels et divins "], en l'enrichissant de l'effort créateur de l'homme du XXe siècle [présentement du XXIe siècle], ainsi que le firent tous les siècles qui précédèrent le nôtre.

 

" L'ORDRE FRANÇAIS "

 

Louis Daménie, La Cathédrale effondrée, les Cahiers de l'Ordre Français, 1er Cahier, 1962, "Légitimité et légalité", pages 81, 82, 83, 86-88, 90, 91, 92, 94-95 :

 

" Légitime, légal : s'il existe deux mots pour exprimer la notion générale de conformité à la loi, c'est bien qu'ils en traduisent des aspects différents. Il y a en effet lois et lois : celles que les hommes fabriquent à leur guise, et celles dont l'homme n'est pas maître, qui s'imposent à lui parce qu'elles sont les lois de sa nature ou de sa vocation. Est légitime ce qui se rapportent à celles-ci, légal ce qui se rapporte à celles-là. Les lois de la nature et de la civilisation sont intangibles. Vis-à-vis d'elles, l'homme n'a qu'un pouvoir, mais qui ne les affecte pas, celui de les reconnaître ou de les nier. Mais, suivant celle des deux attitudes qu'il adopte quand il légifère, il établit une légalité légitime ou illégitime.

" [...] La pérennité des institutions est un facteur essentiel de leur légitimité, d'abord parce qu'elle leur permet de parvenir progressivement et sans heurts à leur pleine efficacité, ensuite parce que le temps est en lui-même une épreuve. Il se conçoit mal qu'un gouvernement dure sans que des services aient été rendus, sinon ou le mécontentement à la longue l'aurait renversé, ou le pays aurait décliné puis disparu. Par ailleurs, l'ancienneté crée des racines qui augurent de la stabilité de l'avenir. La pérennité exige que les hommes puissent se rapporter à des règles précises, d'où le besoin de codifier ce que l'usage a suggéré. La légalité est donc un soutien et un prolongement de la légitimité, mais en aucun cas elle ne saurait la conférer, et, quand elle règle les modalités d'un Pouvoir illégitime, elle n'est que la complice du désordre. C'est une bouffonnerie que de voir des juristes vouloir trancher de la légitimité au moyen des ressources de leur art, autant s'en aller acheter chez le pharmacien les vérités philosophiques.

" [...] L'homme ne pouvant vivre qu'en société et la société ne pouvant exister sans autorité, il convient de reconnaître un préjugé favorable de légitimité au Pouvoir de fait. Celui-ci assure au moins l'ordre élémentaire, celui qui, dans nos sociétés modernes, relève des édiles, des cantonniers, des sergents de ville et des pompiers. Cet aspect de l'ordre, en soi préférable à l'anarchie qui accompagnerait la disparition du Pouvoir, confère à celui-ci une valeur que l'on doit reconnaître comme légitime, à moins que le gouvernement en question ne contienne un passif de désordre plus lourd que son actif d'ordre. C'est le cas d'un gouvernement qui serait au service de principes contre nature ou contraires à la civilisation. [...] On ne saurait plus parler d'un gouvernement légitime : le communisme, le nazisme ne sont pas des gouvernements légitimes, pour ne citer que des régimes forts - car les régimes faibles et contre nature prouvent leur illégitimité par leur inefficacité suivie en général de leur autodestruction.

" Il n'est peut-être pas inutile de remarquer au passage, quant aux principes, que “ contre nature ” et “ contraire à la civilisation ” s'équivalent : la nature de l'homme est d'être social, et la civilisation consiste précisément en ce travail de la société qui élève et embellit l'homme, met un frein à ses mauvais instincts, et grandit ses œuvres en élargissant ses possibilités.

" [...] Même consacré par l'Église, le souverain issu de l'élection reste tributaire de ceux qui l'ont élu, et cela peut aller jusqu'à la déposition, comme on l'a vu avec Charles le Gros [839-888, roi de France de 884 à 887, carolingien d'Allemagne, rétablit provisoirement l'empire d'Occident]. Tout en respectant les us, Hugues Capet cherche et trouve le remède à cet état de choses en associant de son vivant, son fils aîné à la royauté ; les successeurs immédiats d'Hugues font de même, puis, la tradition de la succession assurée, l'usage tombe en désuétude. La règle de dévolution la plus bénéfique était trouvée, et la France lui devra 800 ans de continuité, fait unique dans l'histoire de notre ère. Conforme à la vocation spirituelle de la France et aux lois naturelles, éliminant toute source de contestation de succession, le régime capétien est un modèle de légitimité, en même temps que de légalité. En se dressant pour chasser l'Anglais, en menant Charles VII à Reims, Jeanne d'Arc défendra à la fois l'une et l'autre : prince anglais, héritier de souverains et chef d'un peuple ennemis du royaume de France, Henri VI ne peut légitimement régner en ce pays ; descendant des rois de France, mais par les femmes, et donc exclu à ce titre de leur succession par la loi salique, il ne peut pas davantage prétendre y régner légalement [et sans cela la France serait passée aux Anglais et aurait vécu].

" La monarchie capétienne a donc apporté à la France une continuité exceptionnelle, à la fois source et fruit de sa légitimité. Elle a même donné à cette notion de légitimité une portée et un sens que la simple durée ne pouvait suffire à lui conférer. Le roi de France du Xe siècle n'est en effet qu'un suzerain, c'est-à-dire le chef suprême d'une hiérarchie de seigneurs pratiquement indépendants dans leur fief. En fait, l'État a disparu. Pour reconquérir leur puissance, les Capétiens doivent donc soumettre les seigneurs à leur autorité et par conséquent reconstituer l'État à leur profit [profit intimement lié aux intérêts de la France et à ceux de leur dynastie]. Le développement de l'État et celui de la puissance monarchique se sont donc confondus. Les théoriciens de la royauté ont complété cette confusion d'abord purement empirique par une construction doctrinale qui identifiait l'État et la dynastie en donnant à cette dernière les caractères essentiels du premier : unité, pérennité, indissolubilité. Tel fut l'objet de la loi dite salique qui assurait à la dynastie capétienne un ordre de succession éliminant toute contestation sur la dévolution de la puissance royale et donnant du même coup à la légitimité une assise qu'on ne retrouve pas dans les autres monarchies européennes [les rois actuels ne gouvernant plus et n'étant en réalité que des rois démocrates, c'est-à-dire des rois d'opérette]. [...]

" Que cette monarchie ait cependant commis des erreurs, des fautes, c'est le fait de la nature humaine ; qu'elle se soit usée, qu'elle ait eu besoin d'une rénovation au temps des derniers Bourbons, il en est ainsi de toute institution humaine, qui appelle de temps en temps une révision, un rajeunissement. Mais tout cela ne change rien au fond : elle fut le modèle des institutions, et la Révolution de 1789 qui la détruisit constitue l'acte le plus illégitime et le plus criminel de l'Histoire des peuples.

" Le besoin, incontestable, de rénover certaines institutions vieillies a été l'occasion de la Révolution ; mais sa véritable force motrice était son idéologie, née directement de la philosophie des encyclopédistes. Cette idéologie se caractérise par l'affirmation de postulats touchant la société, à la fois contraire à la réalité observée [rien de nouveau sous le soleil] et à la tradition de l'Eglise. En fait, les " philosophes " du XVIIIe siècle [c'est-à-dire les Francs-Maçons et leurs "moutons" - cf. Barruel, Cochin et Copin-Albancelli] sont animés de la volonté forcenée de contredire la philosophie chrétienne, ce qui les conduit hors des chemins de la réalité et les oblige à négliger ou à nier les règles de la connaissance qui constituaient tout l'acquit rationnel de notre civilisation. La révolte contre Dieu aboutit à la révolte contre la raison (encore qu'on ne l'ait jamais tant invoquée).

" [...] L'abdication de Charles X [1757-1836, qui succéda à son frère Louis XVIII en 1824], elle, n'était pas légitime, car la tradition de la monarchie française, nullement contredite sur ce point par la charte constitutionnelle de 1814, ne permettait pas au souverain de renoncer au pouvoir, encore moins de désigner un successeur autre que celui déterminé par la loi salique. La légitimité de Louis-Philippe sera d'autant plus contestable qu'il est le fils d'un des plus puissants artisans de la Révolution, régicide de surcroît, et que lui-même a favorisé, par ses intrigues, l'éviction de son cousin. En fait, la monarchie de juillet ne reposera plus sur les principes traditionnels ; entre elle et la monarchie capétienne, il n'y aura de commun que des apparences. Les Orléans, compromis naguère avec la Révolution et avec ses principes [ce dont ils n'ont pas de quoi être fiers], ne peuvent aujourd'hui les répudier complètement. Par un logique retour des choses, la Révolution les emmènera comme elle les a amenés avant que l'on ait pu parler de dynastie.

" [...] Pourtant, le conflit des deux branches va se régler : avant de mourir sans héritier, le comte de Chambord stipule qu'il considère les princes d'Orléans comme ses fils. Aux Français, il avait dit aussi auparavant : " Avec vous et quand vous le voudrez, je reprendrai le grand mouvement de 89 ", reconnaissant ainsi le besoin de réformes qui s'imposait à la monarchie du XVIIIe siècle, rendues nécessaires par l'évolution de la société et du mode de vie. Il lègue donc à la France une situation parfaitement claire en matière de légitimité : il a défini les limites au-delà desquelles la monarchie ne saurait transiger, parce qu'en le faisant, elle cesserait d'être la monarchie qui a fait la France et perdrait donc ses titres à la légitimité.

" L'attitude du comte de Chambord confirmant qu'il reconnaît les princes d'Orléans comme ses héritiers, et celle du comte de Paris s'inclinant devant le comte de Chambord éteignent la querelle entre la branche aînée et la branche cadette des Bourbons et donnent ainsi une solution pratique à la restauration. [...]

" [...] La Révolution est revenue à ses origines bourgeoises, elle n'est plus sans culotte, elle porte faux-col et montre un visage grave. Ses grands artisans seront au parlement, dans les conseils d'administration des grandes affaires, mais surtout dans l'Université : pour détruire une civilisation, faire oublier ou renier le pouvoir temporel qui en a permis l'épanouissement, l'est-il pas indispensable d'aliéner d'abord l'intelligence ? C'est pourquoi, avant de s'attaquer à l'Eglise, le parti révolutionnaire, qui dispose du Pouvoir de fait, s'efforce de conquérir graduellement l'école.

" C'est alors qu'un mouvement se forme qui va prendre la défense de la légitimité en portant son action sur le plan de l'intelligence. Jusqu'ici, les défenseurs de la monarchie étaient mus par un attachement quasi religieux [voire mystique] au roi et se préoccupaient peu de justifier rationnellement leurs sentiments. Le génie de Maurras va démontrer avec une rigueur scientifique que le nationalisme français ne saurait trouver son expression que dans la monarchie qui a édifié la France. Puisque l'attitude du comte de Chambord a rendu possible la restauration d'une authentique monarchie. Maurras, dont la fougue ne le cède pas au génie, se donne cette restauration comme le but de son action politique.

" [...] Le très grand mérite de l'Action française [fondée en juillet 1899 par Henri Vaugeois, professeur au Lycée de Coulommiers] a été de combler cette usure de la légitimité royale par une présence intellectuelle, en rappelant les services de mille ans de monarchie, en démontrant que le roi replacé sur le trône était seul capable de rendre à la France, dans le présent et dans le futur, des services comparables, - enfin en maintenant vivante la pensée du comte de Chambord. [...]

" Ainsi est légitime le Pouvoir qui assure le service que la nation attend de lui ; à commencer par la défense de son territoire et de sa civilisation. [...] Aujourd'hui [en 1962], on ne peut défendre le sol sans défendre les esprits et la civilisation ; c'est pourquoi au-delà de la durée d'un instant crucial de menace impérieuse sur le plan des armes matérielles. Le Pouvoir ne pourra plus connaître de légitimité que globale comme est globale la menace de notre patrimoine.

" Est-ce à dire que nous ne devrons reconnaître qu'une légitimité parfaite ? Non, certes, global et parfait ne sont pas synonymes ; aujourd'hui, comme hier, il faudra savoir faire la part du contingent en matière de légitimité ; aujourd'hui, plus qu'hier car les espoirs de rétablir d'emblée un régime qui aurait tous les caractères de la légitimité, y compris la pérennité, ont maintenant disparu. Nous avons vu comment, au début du siècle, étaient réunies les conditions d'une solution pratique du rétablissement direct d'une monarchie exempte de compromission révolutionnaire ; cet espoir s'autorisait des réalités de l'époque. Celles d'aujourd'hui sont différentes parce que le temps, facteur inexorable, s'est écoulé, émoussant des souvenirs, remplaçant par d'autres les hommes en cause, consommant la détérioration des esprits et le délabrement des structures naturelles.

" Au jour où nous sommes, inutile de nous bercer d'illusions. C'est par étapes successives et laborieusement qu'il nous faudra reconstruire un Pouvoir légitime ; la première phase décisive consistera à renverser le mouvement qui depuis deux siècles nous conduit à la décadence et s'accélère maintenant [en 1962 !] vertigineusement.

" Une telle action comporte trois plans :

  • Défense du territoire par les armes et la diplomatie.
  • Défense de la civilisation contre la Révolution par les idées.
  • Défense de l'homme contre le totalitarisme [1] et l'anonymat par le rétablissement d'institutions protectrices respectant les structures naturelles et fortifiant les cellules intermédiaires entre le citoyen et l'État.

Ces trois plans sont d'ailleurs indissolublement liés. Qu'un pouvoir central provisoire préside à cette tâche en quelques années, voire en quelques décennies, il aura bien servi le pays, il aura donc été en son temps légitime ; la restauration de la pérennité viendra ensuite, rendue plus aisée par l'œuvre déjà accomplie. La sagesse et la foi populaires qui sont, en la matière, meilleurs guides que les calculs ambitieux des théoriciens ne nous livrent-elles pas deux maximes précieuses : " A chaque jour suffit sa peine " [Mt 6 34] et " aide-toi, le ciel t'aidera "."

 

1) Michel Schooyans, La face cachée de l'ONU, Le Sarment/Fayard, 2000, page 11 :

 

" L'idéologie totalitaire est la drogue qui tue la capacité de discerner le vrai du faux, le bien du mal, et qui inocule un ersatz de vérité, habituellement sous forme d'utopie." [Avec la tyrannie du consensus ou du monisme matérialiste qui conduit à un système de Pensée unique qui tend à devenir mondial.]

 

Pierre Debray, La Cathédrale effondrée, les Cahiers de l'Ordre Français, 1er Cahier, 1962, "L'Etat, pourquoi faire ?", pages 13-14 :

 

" Ainsi que l'écrivait l'un de mes maître, Alexandre Koyré, celui-là même qui m'a appris à aimer Platon : " rien sans doute ne ressemble moins à l'Etat moderne que la Polis antique... et pourtant, en lisant les pages passionnées et sévères, profondes et caustiques à la fois, dans lesquelles Platon nous décrit la décadence de la démocratie athénienne, glissant, par l'anarchie et la démagogie vers la dictature et le despotisme, le lecteur moderne ne peut pas s'empêcher de se dire : de nobis fabula narratur... [c'est une histoire qui nous concerne...] C'est que la Cité antique et la Cité moderne, si différentes soient-elles, sont toutes les deux des cités humaines. Et la nature humaine, quoi qu'on en dise, a peu changé au cours des siècles qui nous sépare de Platon ; ce sont toujours les mêmes mobiles, l'attrait des " bonnes choses " de cette vie, la richesse, le plaisir, l'ambition, honores, divitiæ, voluptates, qui poussent et déterminent ses passions ; ce sont toujours les mêmes motifs, honneur, fidélité, amour du vrai et dévotion au bien qui guident et éclaircissent son action. Et c'est pour cela que la leçon de Platon, que le message de Socrate qui nous atteint à travers les siècles est chargé, pour nous, de signification actuelle. [De Platon mais aussi bien d'Aristote et de leurs grands commentateurs médiévaux.]

 

" Le meilleur et le pire.

 

" Saint Thomas, résumant la doctrine commune à Platon et à Aristote, affirme que le meilleur gouvernement est le monarchique. Il identifie d'ailleurs monarchie et royauté, conformément à l'usage de son temps. Sans doute faudrait-il désormais les distinguer, car il est des rois qui ne gouvernent pas [ainsi en est-il des rois actuels qui se flattent tous d'être des démocrates et ne sont, par voie de conséquence, que des rois d'opérette tout juste bons à inaugurer les chrysanthèmes et alimenter la rubrique mondaine, laissant passer toutes les lois contraires au droit naturel (César) et divin (Dieu), telles la loi sur l'avortement], et qui, au plein sens du terme, ont cessé d'être des monarques, et à l'inverse, des régimes monarchiques ont existé, ainsi l'Empire Romain tel que le concevait Auguste, dont le Chef, écartant la dignité royale, ne se donnait que pour le premier du Sénat, du corps aristocratique. [...]

" Pourquoi le gouvernement monarchique est-il le meilleur ? Parce que " le bien et le salut des hommes, constitués en société, est de conserver cette unité qu'on appelle paix... Aussi dans la mesure où un gouvernement réussira mieux à maintenir cette paix qui résulte de l'unité, il sera plus utile... De même, ce qui est chaud par soi est la cause la plus efficace de la chaleur. Le gouvernement d'un seul est donc plus utile que le gouvernement de plusieurs." Le Docteur angélique apporte la confirmation de la raison, de la nature, de l'expérience. " Les provinces ou les cités qui n'ont pas de monarque, souffrent des dissensions et vont à la dérive en s'écartant de plus en plus de la paix : ainsi se trouve réalisée la plainte que le Seigneur met dans la bouche du prophète Jérémie, XII, 10 : " Les pasteurs (parce que) nombreux ont dévasté ma vigne."

" Cependant, " comme le pouvoir d'un seul, quand il est juste, est ce qu'il y a de meilleur, de même, dans le cas contraire, il est ce qu'il y a de pire ". Nul paradoxe dans la pensée de Saint Thomas et pas davantage dans celle d'Aristote dont il s'inspire. " A la république s'oppose la démocratie, l'une et l'autre, comme il appert de ce que nous avons dit, étant le fait d'une collectivité : à l'aristocratie, à son tour, l'oligarchie, l'une et l'autre étant le fait du petit nombre ; la monarchie, enfin, s'oppose à la seule tyrannie, l'une et l'autre étant le fait d'un seul homme. Que la monarchie soit le meilleur régime, nous l'avons montré ci-dessus. Si donc au meilleur s'oppose le pire, il s'ensuit nécessairement que la tyrannie est ce qu'il y a de pire... En conséquence, de même qu'il est plus utile qu'une force opérant en vue du bien ait plus d'unité, pour être plus puissante à faire le bien, de même une force opérant le mal est plus nuisible si elle est une que si elle est divisée.

" Rien de plus aisé d'illustrer les thèses de Saint Thomas grâce à des exemples empruntés à l'actualité la plus récente. Hitler disposait d'un pouvoir sans partage. Le Troisième Reich formait sans conteste un Etat fort. Qui oserait nier qu'il ait mis sa force au service du mal ? [...]

 

" Du bien commun.

 

" Il importe de trouver des critères qui permettent de distinguer le gouvernement monarchique du tyrannique. Ils ont en commun de rassembler les énergies de l'Etat dans une volonté unique. Si l'on se situe au seul niveau des réalisations, en faisant abstraction du jugement moral, il est aisé de les confondre. Des esprits exclusivement préoccupés du succès, ce qui est le cas de beaucoup de modernes, sont amenés à se satisfaire de la tyrannie parce qu'elle réussit mieux que la démocratie, alors qu'elle est pire qu'elle.

" Cependant le tyran s'oppose au monarque parce qu'il " recherche son bien privé ". Ce qui demande quelques explications, car peu de notions ne plus dégradées que celles du bien commun, au point qu'on a oublié sa signification véritable et qu'on l'emploie à tort et à travers. Tout être tend de lui-même vers son bien, qu'il en soit conscient ou pas, c'est-à-dire vers la réalisation de sa nature. La nature de l'homme implique la vie en société, et sans une autorité, aucune société ne serait capable de durer. D'où l'existence d'un bien commun qui ne se réduit pas à la somme des biens particuliers, puisqu'il est autre, mais qui n'est pas davantage leur négation, puisqu'un bien qui serait contradictoire d'un autre bien essentiel cesserait un bien lui-même.

" L'homme est destiné au bonheur, c'est-à-dire à l'accomplissement de fins humaines. Les fins humaines ne pouvant s'accomplir sans la société, et sans un principe directeur de la société et de l'Etat, il faut que la société puisse jouer son rôle propre. Comment y parviendrait-elle si elle était déchirée par la discorde, propre à l'anarchie ? L'Etat a donc pour devoir de maintenir l'harmonie entre les citoyens, de protéger (ou de promouvoir quand elle a disparu) la paix civile. Il n'en reste pas moins que la société et a fortiori l'Etat, ne sont que des instruments et qu'ils ne sauraient sans abus empêcher l'homme d'accomplir ses fins humaines en se prenant eux-mêmes pour des fins.

 

" De la démocratie à la tyrannie.

 

" Le danger de la tyrannie est particulièrement grand dans les périodes qui succèdent à l'effondrement d'un régime démocratique. Il convient de reprendre l'analyse célèbre de Platon. Je sais bien qu'on a souvent reproché à Platon, et cela dès Aristote, de s'être appuyé pour montrer l'enchaînement des diverses formes de gouvernement sur une logique abstraite plutôt que sur les réalités historiques. C'est traiter bien à la légère la riche expérience politique de l'auteur de La République ; il a vécu le désastre militaire d'Athènes, l'avènement de la dictature des Trente et sa chute, les désordres de la démocratie et sa métamorphose. Les deux grands candidats à la tyrannie, que les malheurs des temps avaient fait surgir, le sombre Critias et l'énigmatique Alcibiade étaient des familiers de Socrate et ils ont donné leur nom à des dialogues platoniciens. D'ailleurs au XIXe siècle le processus qui mène de l'oligarchie, la démocratie censitaire, à la démocratie pure, la révolution de 1848, puis de la démocratie pure à la tyrannie, le second empire, ne s'est-il pas déroulé selon le schéma décrit au Ve siècle avant Jésus-Christ dans le VIIIe Livre de La République ? [...]

 

" Pour une cité juste.

 

" [...] A quelles conditions est-il possible d'empêcher le gouvernement d'un seul de tourner au pire, de lui permettre donc d'être le meilleur ? Par la réforme intellectuelle et morale [ce qui n'a absolument aucun rapport avec les qualités d'un bon gestionnaire dont notre société ne manque pas, car il convient de mettre chaque chose à sa place], par l'éducation des citoyens. C'est le vice le plus grave de la démocratie, et là-dessus Aristote s'accorde avec Platon, que d'introduire l'anarchie jusque dans les esprits. Remettre de l'ordre dans les idées, voilà par quoi il faut commencer, car tant que les citoyens se laisseront abuser par les propagandes contradictoires, il n'y aura rien de stable, rien de sûr dans l'Etat. C'est pourquoi le problème de l'éducation a été au centre des méditations de Platon.

" Second point, le pouvoir d'un seul doit être tempéré. L'harmonie de la vie sociale exige que les biens particuliers des citoyens ne soient pas soumis à la volonté du prince, sinon son arbitrage dégénérerait en arbitraire. Etat fort donc mais Etat limité, ce qui impose l'existence auprès du souverain d'une représentation nationale. Le monarque ne saurait d'ailleurs se passer d'un conseil. Si perspicace qu'il soit, remarque Saint Thomas, le moyen le meilleur n'est pas toujours celui qui se présente à son esprit, et s'il se fie à son seul jugement [ou à celui d'une oligarchie qui n'a aucun contact avec les forces vives de la nation, car il ne faut pas attendre les réactions violentes de la rue avant de prendre des décisions judicieuses ou de revenir sur celles dont les incidences auraient été catastrophiques], sans prendre l'avis des hommes compétents [c'est-à-dire sages et expérimentés], il s'expose à l'erreur, il s'emprisonne dans son orgueil, et finalement tyrannise.

" Troisième point : le monarque doit pratiquer la vertu, ce qui ne signifie nullement qu'il ne soit pas un pécheur lui aussi, mais seulement qu'il reconnaît l'existence au-dessus de lui de lois non écrites, de lois divines qu'il lui est interdit de violer, et qu'il en fait publiquement profession [cf. l'encyclique "Quas Primas"]. Sans cette reconnaissance d'un Bien et d'un Vrai transcendants, le prince est livré à son caprice. Là-dessus Platon a écrit des pages admirables que Saint Augustin a repris dans une perspective chrétienne, la seule qui leur donne tout leur sens. [...]

" [...] Pourtant sans la réforme intellectuelle et morale, sans l'établissement d'une authentique représentation nationale, sans la reconnaissance par le prince des lois divines, ce nouveau régime se rendrait vite si odieux au peuple que celui-ci en viendrait à regretter la démocratie, et à juste titre nous enseigne Saint Thomas."

 

Pierre Debray, La Cathédrale effondrée, les Cahiers de l'Ordre Français, 1er Cahier, 1962, "La subversion du droit", pages 31-33, 34-38, 41 :

 

" Sans doute, n'est-ce pas pousser trop loin le paradoxe que de soutenir que le mythe mieux que l'histoire nous livre le droit en quelque sorte à l'état naissant. Eschyle, Sophocle, Hésiode [1] ou Platon nous font saisir, mieux que les pesants travaux de nos sociologues, l'effort obstiné de l'homme occidental pour imposer aux puissances terribles de la nuit la lumineuse majesté de la loi. Minerve, la vierge sage, désarmant les Erynnies, filles furieuses de la vengeance, n'a-t-elle conclu, sur l'Acropole, un pacte entre la sagesse politique et la justice des dieux ? Parfois, il adviendra qu'il soit oublié, jamais il ne sera dénoncé, avant notre âge de fer, qui, pour l'avoir rompu, retourne à la barbarie originelle.

" Poursuivi par les Erynnies, Oreste s'était réfugié en suppliant, au pied de l'autel de Minerve. Les Erynnies ne voulaient rien reconnaître des circonstances qui avaient armé son bras. Il avait tué, il fallait qu'il meure à son tour. Cela seul leur importait. Fondatrice de la cité athénienne, Minerve intervint, parce qu'elle était consciente que le sang appelle le sang et qu'il fallait rompre le cycle de la violence, sinon l'anarchie régnerait en maîtresse. Seul, en effet, l'arbitrage souverain d'un tribunal pouvait trancher de façon définitive et créer les conditions de cette amitié, sans laquelle, comme l'écrira plus tard Aristote, il n'est pas de cités. La déesse sut trouver les mots qui désarmaient les Erynnies, les persuadant de porter leur cause devant l'Aréopage. Elles soutinrent l'accusation, Apollon, assumant, pour la première fois, le rôle d'avocat, plaida pour Oreste. Cependant, au moment de rendre le verdict, le tribunal ne parvint pas à se départager. Il y eut le même nombre de voix pour l'acquittement que pour la condamnation, comme si le poète avait voulu montrer que l'acte de juger était si grand qu'il dépassait les forces de l'homme. L'intervention de la déesse fut nécessaire et c'est l'inspiration d'une raison divine qui fit pencher la balance en faveur d'une juste clémence. La leçon est forte et mériterait d'être longtemps méditée.

" Néanmoins, il importe davantage à notre propos de constater que l'institution du droit coïncide avec la fondation de la cité, c'est-à-dire d'une société politique, d'une société où les rapports entre les hommes sont réglés par la loi et non plus livrés à la pure violence, au caprice ou à colère. On ne saurait concevoir une cité sans droit et non plus un droit sans cité. Si Athènes n'avait pas disposé d'une autorité légitime, l'Aréopage, dont le pouvoir semblait, aux Erynnies mêmes, indiscutable, jamais l'équité n'aurait prévalu sur la vengeance.

" A l'inverse, une cité qui méconnaît le droit se nie elle-même et se condamne à la ruine. Thèbes, qui n'a pas respecté le malheur d'Œdipe, est promise à la guerre civile et quand le vieil homme se réfugie à Colone, dans la banlieue d'Athènes, le roi Thésée, plutôt que de le repousser, préfère prendre le risque d'un conflit avec ses redoutables voisins. Athènes, si elle avait trahi le droit d'asile, aurait attiré la malédiction des dieux tandis que, quoi qu'il arrive, la présence d'Œdipe l'assure de vaincre.

" Sophocle, dans Antigone, fournit au reste la preuve a contrario. Polynice, le fils d'Œdipe, qui a porté la guerre contre son peuple, est tombé sur le champ de bataille. Le roi Créon interdit qu'on lui donne une sépulture. Ses raisons sont fortes, du moins en apparence. N'a-t-il pas le devoir de châtier la trahison jusque par delà la mort ? Antigone, pourtant, encore qu'elle sache qu'elle sera emmurée vive, refuse de s'incliner. " Comment as-tu osé désobéir à la loi ?" l'interroge Créon, et elle répond : " Ce n'est pas Zeus qui a promulgué cette défense, mais la justice, compagne des divinités infernales, qui a établi de telles lois parmi les hommes. Je n'ai pas pensé que des décrets avaient un tel pouvoir qu'ils puissent autoriser un mortel à fouler au pied les lois non écrites et stables des dieux. Ces lois ne sont pas d'aujourd'hui, ni d'hier, mais vivent toujours et nul ne sait quelle est leur origine " [seule la Bible en révèle l'origine]. 

" Nous touchons là le point essentiel, l'opposition que Sophocle reprend d'Hésiode, de Thémis et de Diké. Thémis incarne ce qui fait le fondement même de la loi, ce qu'aucun texte ne saurait contenir, parce que les codifications n'en sont que l'expression contingente. Quant à Diké, c'est la technique judiciaire, simple instrument fabriqué de nos mains débiles. Certes, Diké se révèle indispensable, puisqu'elle est la médiatrice des puissances de la terre et du ciel. Encore convient-il qu'elle reste dans son rôle tout subalterne, servante de Thémis qui, lorsqu'elle s'émancipe et se veut maîtresse à son tour, commet le crime de démesure. Le souverain, eût-il comme Créon la légitimité pour lui, se rend coupable d'impiété, et son autorité s'évanouit, du moment qu'il se persuade que sa seule volonté commande aux lois.

" Ainsi, pour les Grecs, il existe deux droits, l'un dont l'origine échappe au temps, parce qu'il a été fondé en même temps que la cité, et de la même main, celle des dieux éponymes, l'autre que le souverain, prince ou assemblée, élabore au gré des besoins [voire de leurs intérêts propres ou de leurs passions].

" [...] Le sophiste se fonde sur la protestation de Clytemnestre et d'Antigone pour rejeter, comme des produits de l'artifice, les contraintes sociales. L'exemple d'Agamemnon et de Créon l'autorise à préférer le succès au respect des ancêtres.

" En réalité, aucun des grands tragiques grecs, pas même Euripide, n'a mis sur le même pied Thémis et Diké. Appartenant à deux ordres différents, elles ne sauraient entrer en conflit, à moins qu'une faute ne soit commise. Aussi, Clytemnestre a tort autant qu'Antigone a raison. Elle a tort parce que ce n'est pas l'orgueil qui porte Agamemnon, mais seulement son devoir de chef, qui doit conduire les Hellènes à la victoire. C'est qu'en effet la cité dont émane la législation positive trouve dans la loi naturelle sa finalité propre. Elle n'a été édifiée que pour permettre à l'homme de vivre selon sa nature. Là où il n'y a pas de cité, dans le monde barbare, et c'est tout le thème des “ Perses ”, il n'y a pas de droit, ni positif, ni naturel.

" Le premier tribunal, l'Aréopage, était, nous l'avons vu, d'institution divine. C'était Minerve qui avait appris aux hommes à distinguer le juste de l'injuste. Il importe de prendre le mythe au sérieux ; le juste et l'injuste ne sauraient être définis qu'en fonction de valeurs transcendantes. Le vrai et le bien ne dépendent ni de l'intérêt, ni des humeurs, ni des opinions du moment. Ils existent par eux-mêmes, dans l'absolu ; et l'acte de juger cesse d'être possible dès l'instant où la législation positive est livrée à l'arbitraire du souverain [prince ou assemblée du peuple].

" De fait, la subversion du droit s'instaure dans la Grèce antique lorsque le souverain, en l'occurrence l'assemblée du peuple, se décide en fonction de son humeur. Alors commence le règne des sophistes, qui possèdent l'art de persuader l'opinion, non d'enseigner le vrai et le bien [c'est là le règne de la démocratie au sens étymologique du terme]. Discutant avec le plus fameux d'entre eux, Gorgias, Socrate l'accule à reconnaître que l'acte judiciaire prend le caractère d'une compétition, où c'est celui qui sait le mieux pratiquer l'art de la parole qui l'emporte [l'arme dont se servent nos hommes politiques pour séduire le peuple et parvenir au pouvoir par le jeu électoral]. Sans doute, Gorgias s'évade-t-il derrière de grands mots [qui n'engagent à rien]. Caliclès se mêlant à l'entretien, se moque de ses précautions verbales. Le sophiste ne parle encore de vertu que “ pour se conformer à l'usage ”. A quoi bon ruser plus longtemps. La loi n'est qu'une convention, qu'il est permis de tourner. Il n'est qu'une loi véritable, celle de la nature et selon la nature, le vrai et le bien, c'est d'être le plus fort, de l'emporter dans la lutte pour la vie [cf. Darwin : tout change, tout évolue, tout n'est que lutte perpétuelle, pas de nature stable ni par conséquent de morale absolue]. L'art oratoire constitue une concession à la lâcheté de la multitude, un moyen oblique pour assurer la victoire du plus habile.

" Caliclès, cependant, ne va pas jusqu'au bout de la logique de la sophistique. Le Thrasymaque, que Platon évoque dans la République, ne craint pas, par contre, de soutenir que la loi se contente d'exprimer les rapports réels de domination et de servitude à l'intérieur de la cité. “ Chaque gouvernement établit des lois pour son propres avantage [ou les avantages de son parti ou de sa secte] : la démocratie, des lois démocratiques, la tyrannie, des lois tyranniques et les autres de même ; chacun déclare juste ce qui le sert et punit comme coupable d'injustice celui qui transgresse des décrets rédigés à l'avantage des puissants du jour [qui ne veulent pas être dérangés]. Voici donc, mon cher, ce que j'affirme, partout le juste se réduit à ce qui profite aux hommes en place ”. Thrasymaque ne craint de prononcer un éloge de l'injustice : " Va, Socrate, jusqu'au comble de l'injustice, celle qui fonde le bonheur de celui qui la commet, l'infortune de ceux qui ont été les victimes pour avoir refusé de la commettre. Ce comble, c'est la tyrannie, Qui, de surprise aussi bien que de force, dérobe, non par petits morceaux, ce qui appartient à autrui, biens sacrés et biens humains, biens des particuliers et biens de l'Etat, mais tous en bloc. Que, sur chaque partie de cet ensemble, l'injustice commise ne soit pas secrète, le coupable est puni, il est chargé des pires opprobres : pilleur de temples, asservisseur d'hommes, perceur de murailles, spoliateur, voleur, voilà les noms que, selon les diverses catégories de semblables méfaits, on donne à ceux qui commettent l'injustice. Mais, lorsqu'un homme, sans parler des fortunes confisquées, a en outre asservi ses concitoyens eux-mêmes, plutôt que des noms honteux, il reçoit ceux d'heureux et de fortuné, non seulement des citoyens, mais encore de tous ceux qui apprennent qu'il a porté l'injustice à son extrémité. C'est qu'ils ne craignent pas de tomber eux-mêmes dans l'injustice, ceux qui la blâment ; ils n'ont peur que de la souffrir. Vois-tu, Socrate, l'injustice, à condition d'être portée au degré convenable, est plus forte, plus libre, plus digne d'un maître, plus libre enfin que la justice ".

" Platon décrit les jeunes gens qui entouraient Socrate troublés par l'argumentation de Thrasymaque. L'un d'eux, Adimante, interroge le philosophe, non sans quelque pathétique : " Il importe, lui dit-il, de prouver que la justice est bonne et désirable en elle-même, et comment y parvenir si l'on ne trouve pas un critère du juste et de l'injustice ? Ce critère où le chercher sinon par-delà l'homme, dans le vrai et le bien ? Ne te contente pas, s'écria Adimante, de nous expliquer que la justice est supérieure à l'injustice, va plus loin, montre-nous quelle sorte d'action chacune d'elles exerce sur celui qui en est le sujet, afin que rien que par elle-même, et fût-ce à l'insu des dieux et des hommes, l'une d'elles soit une chose bonne et l'autre mauvaise ". Là, en effet, est la question, que Socrate s'efforcera de résoudre. C'est alors qu'il construira l'utopie du roi philosophe, c'est-à-dire du souverain qui n'exerce l'autorité politique qu'après avoir dégagé par l'étude, des valeurs indiscutables. Cette utopie, Platon tentera de la traduire dans le réel, en formant un disciple appelé à régner. Dion, neveu et beau-frère du tyran de Syracuse, Denys. L'expérience échouera avant même que d'avoir commencé.

" Du moins, Socrate témoignera-t-il par l'exemple de sa mort de la transcendance du droit. On connaît la scène fameuse. Criton qui le visite dans sa prison, lui annonce que tout a été préparé pour son évasion. Pourquoi hésiterait-il ? N'a-t-il pas été condamné par des juges partiaux ? Là n'est pas le problème, rétorque Socrate, et il imagine les lois se dressant devant lui et lui disant : “ Ce que tu te prépares à faire tend à nous ruiner et avec nous l'Etat tout entier. Crois-tu donc possible à cet Etat de durer et de n'être pas de fond en comble renversé, si les jugements qui sont rendus ont si peu d'autorité qu'il suffit de la volonté d'un simple particulier pour les bafouer ”.Qu'importe au fond que les juges soient mauvais si les lois sont justes. La malfaisance des hommes reste affaire contingente, la bienfaisance des lois, chose nécessaire.

" En donnant sa vie, Socrate n'est pas mort en vain. Bien sûr, si l'on se fie aux apparences, sa propre cité n'a pas été sauvée, faute d'avoir entendu l'avertissement qu'il lui donnait. Pourtant, le droit disparaissait, non l'idée du droit. Cet héritage, l'Europe chrétienne l'a recueilli. Comme les Grecs de la grande époque, elle sait que le droit positif repose sur le droit naturel et que l'acte judiciaire suppose une autorité légitime, donc indépendante de l'opinion et des intérêts.

" A partir du XVIe siècle cependant, on assiste à un mouvement de subversion de plus en plus rapide, qui n'est pas sans présenter de troublantes analogies avec celui qu'avait jadis connu les Grecs. En 1575, Théodore de Bèze publie Du Droit des Magistrats qui affirme le droit du peuple à se révolter contre une loi qui ne lui paraît pas conforme à la “ pure religion ”. Rien là, en soi, de révolutionnaire. N'empêche que pour Théodore de Bèze c'est chaque conscience qui a autorité pour déterminer si la religion est pure ou pas. Du libre examen en matière religieuse découle le libre examen en matière politique. La pente est fatale, et Bossuet n'aura pas de peine à en apporter la preuve dans sa célèbre polémique avec le pasteur Jurieu.

" Cependant, comme cela arrive pourtant trop souvent, c'est un homme que l'on classerait à droite, si l'on osait cet anachronisme, qui reprendra la position de Thrasymaque et lui donnera son expression moderne. Hobbes [1588-1679], défenseur de la monarchie des Stuart, ne craint de soutenir que l'homme étant un loup pour l'homme, le vaincu, par crainte de la mort, se remet au vainqueur du soin de dicter la loi. Fondée sur la force, et partant sur la crainte, plutôt que sur le respect de valeurs transcendantes, la souveraineté ne connaît plus les limites que lui assignait l'Occident chrétien. On oublie trop, en effet, que la monarchie ne se donnait pour absolue qu'au sens latin du terme. Ce qui signifiait uniquement qu'elle était indépendante en tant que pouvoir. Nullement qu'elle était capable de faire ce qui lui plaisait. Bien au contraire, le respect de la loi divine et des communautés naturelles contraignait le Prince à n'agir selon son gré que dans un étroit domaine, celui qui tenait à la conservation de l'Etat. Et encore l'Etat n'était-il pour lui qu'un héritage, dont il ne pouvait disposer.

" [...] Le droit naturel marche par devant, le droit positif suit. Les lois non écrites qui vont les premières, où en trouverons-nous le dépôt sinon dans la tradition même de notre patrie, comme les Athéniens le trouvaient dans la leur. Cette tradition, osons le dire, est d'abord une tradition chrétienne [c'est encore heureux d'oser le dire ! Il est vrai que maintenant tous nos hommes politiques n'osent plus parler de valeurs chrétiennes, mais de valeurs tout court (c'est moins compromettant...) - il ne nous reste plus que des lâches - cf. Ap 3 15-16]."

 

1) Hésiode (VIIIe - VIIe s. av. J.-C.), Les travaux et les jours, n° 250 :

 

" La Justice.

 

" [...] Et vous aussi, rois, méditez sur cette justice ! Tout près de vous, mêlés aux hommes, des Immortels sont là, observant ceux qui, par des sentences torses, oppriment l'homme par l'homme et n'ont souci de la crainte des dieux."

 

 

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12 février 2014 3 12 /02 /février /2014 11:10

LA POLITIQUE

 

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Témoignage du lieutenant général Comte Alexandre-Louis-Robert de Girardin (1776-1855) laissé à ses amis M. et Mme Lépingleux-Deshayes et publié ultérieurement dans la " Revue Rose " du 15 août 1892, pp. 1-6, par leur fils, Albert, qui en fut l'un des animateurs (témoignage qui sera confirmé en 1908, à quelques détails près, par la Comtesse de la Poëze dans une lettre adressée à Mademoiselle Marguerite de la Tour du Pin - cf. Xavier de Roche dans son ouvrage Louis XVII, cité plus haut, p. 659) :

 

" Ce pauvre Comte de Chambord, c'est le plus brave homme du monde, mais au fond du cœur le plus à plaindre, car c'est un prétendant qui doute de ses droits et que l'honnêteté arrêtera toujours. Ce n'est jamais lui qui tentera un coup d'État et, quoi que puissent faire ses partisans, je doute fort qu'il tente rien pour monter sur le trône, si jamais un jour les événements le favorisaient, ce dont je doute ... ; mais, enfin, on ne peut jamais répondre de l'avenir ! L'Empire ou la République, n'est-ce pas ?

" - Non ! Henri V ne peut pas régner, parce qu'il sait une histoire mystérieuse, véritable légende qui peut faire pendant au mystère du Masque de fer. Cela vous intrigue, n'est-ce pas ? Eh bien ! entre nous, voici le fait ... mais gardez-en le secret ... qui m'a été bien recommandé à moi. Mais, je me connais, et j'ai refusé de donner ma parole ... Cependant, je n'en ai encore parlé à personne.

" Quand Louis XVI périt sur l'échafaud, il laissait deux enfants : le Duc de Normandie et la Duchesse d'Angoulème.

" Le premier passe pour être mort au Temple, en 1795. - La seconde, mariée du Duc d'Angoulème, fils du Roi Charles X, mourut à Gortz en 1851.

" Naundorff, qui avait déjà, lors de la Restauration, tenté de se faire reconnaître comme Louis XVII, essaya de nouveau sous la monarchie de juillet.

" La Duchesse d'Angoulème, qui avait été exilée avec son mari par le Roi Louis-Philippe, ne se sentait évidemment aucune sympathie pour les Orléans ; elle ne pouvait du reste, oublier que Philippe-Égalité avait voté la mort de son père.

" Avait-elle secrètement fait encourager les revendications de Naundorff, s'instituant Duc de Normandie ? Cela n'aurait absolument rien d'étonnant, mais ce qui est certain, c'est que, jusqu'à la mort de son mari, elle avait toujours refusé audience au prétendu Naundorff, qui avait maintes fois sollicité une entrevue avec celle qu'il qualifiait de sœur.

" La mort du Duc d'Angoulème, en 1844, laissa la Duchesse dans une profonde tristesse et un isolement qui lui rappelèrent cruellement sa jeunesse si malheureuse ... et la mort épouvantable des siens.

" Un doute naquit dans son esprit au sujet de son frère : était-il bien mort ? n'était-ce pas réellement ce Naundorff, que tous traitaient d'imposteur, et dont elle-même avait avec indignation repoussé les assertions ?

" L'idée lui vint de le voir sans se faire reconnaître.

" Elle s'arrangea pour cela de façon à se rencontrer avec Naundorfff chez une de ses amies, où elle se rendit en compagnie de deux de ses dames d'honneur.

" Naundorff, interrogé par la Duchesse qu'il n'avait jamais vue depuis le Temple, fit fort bonne impression, affirmant son identité et réclamant ses droits au trône.

" - Oui, Madame, déclara-t-il, je suis bien le Duc de Normandie, Louis XVII, et je puis vous affirmer que si je voyais ma sœur, la Duchesse d'Angoulème, qui n'a jamais voulu me recevoir en audience, je lui prouverais bien que je suis son frère.

 " - Mais enfin, Monsieur, fit la Duchesse anxieuse, toutes les preuves possibles ne les avez-vous pas fournies à l'opinion publique, et si votre sœur avait pu vous reconnaître, elle l'eut déjà fait ?

" - Non, Madame, répondit doucement Naundorff, je n'ai pas tout dit, et puisque vous paraissez vous intéresser à mon sort, je vais encore vous dire à vous quelle preuve indiscutable, je pourrais lui fournir.

" - J'écoute, dit la Duchesse très émue.

" - J'ai au sein une excroissance affectant la forme d'une fraise ... C'est déjà un signe particulier. Mais j'en ai deux autres plus importants. Le premier, provenant de l'inoculation du vaccin, affecte une forme particulière, car, vous le savez sans doute, Madame, les enfants de France étaient vaccinés à l'aide d'un instrument spécial ... Ma sœur, la Duchesse d'Angoulème, porte la même marque que moi.

" La Duchesse s'était penchée vers le narrateur, et, blême, écoutait, les yeux fixés dans ses yeux.

- Mon récit paraît vous intéresser vivement, continua Naundorff, et cependant vous m'êtes étrangère, vous que je vois pour la première fois ; vous devez penser combien ma sœur pourrait s'y intéresser, elle qui reconnaîtrait que je dis la vérité. Mais je continue.

" Le second signe m'est absolument particulier et personne ne peut l'imiter : je possède à la cuisse un dessin tracé par les veines fémorales et qui représente une colombe. Ce signe était connu à la Cour de mon père Louis XVI sous le nom de Saint-Esprit.

' A ces mots, la Duchesse s'évanouit ; ses dames d'honneur la transportèrent sur un lit, après avoir donné à Naundorff cette explication que l'horreur de son récit l'avait émue, à ce point de lui faire perdre connaissance.

" Maundorff sortit. À peine était-il hors du salon que les dames d'honneur dégrafèrent la Duchesse, afin de satisfaire leur curiosité : sur le bras gauche de la fille de Louis XVI, une cicatrice existait et, les dames l'ayant vivement tapotée, sous prétexte de rétablir la circulation du sang, ne tardèrent pas à voir apparaître distinctement la marque particulière aux Enfants de France.

" Et la Duchesse, dans le délire, criait en s'arrachant les cheveux : " C'est mon frère ! Ah ! la Raison d'État ! la Raison d'État ! "

" Avouer publiquement cette parenté, n'était-ce pas accuser ses deux oncles et son mari lui-même d'imposture ?  

" J'ignore si Naundorff a jamais su quelle était cette Dame que le récit de ses malheurs avait si vivement émue. Il est bien probable que le secret a été gardé à son égard.

" Voilà une histoire vraie que connaît le Comte de Chambord et qui donne fort à réfléchir à son honnêteté, car c'est un honnête homme avant que d'être un Prétendant. Je ne serais donc pas étonné de le voir mourir en exil plutôt que d'usurper un trône qui ne lui appartient pas."

 

Avec le Comte de Chambord, qui devait monter sur le trône, la royauté en France ne s’est-elle pas éteinte (a) ? Ne sommes-nous pas parvenus au temps de la la grande Apostasie avec la venue de l’Antéchrist décrite magistralement au IIe siècle par saint Irénée, évêque de Lyon, dans le Ve et dernier Livre de son traité « Contre les Hérésies » ?

 

  1. Cf. le Marquis de la Franquerie, « Le Caractère sacré et divin de la royauté en France », p. 191, aux Éditions du Chiré.

 

Témoignage de Mlle Marie Graux qui avait soigné à l'hospice des Incurables, de 1810 à 1815, la veuve Simon, qui fut la gouvernante des Enfants de France du 3 juillet 1793 au 19 janvier 1794 et l'épouse du gardien du Temple qui fut guillotiné le 10 thermidor an II (sans doute en savait-il trop sur l'évasion de Louis XVII, ainsi que son épouse que la République se contenta de déclarer folle - ce que les religieuses de Saint-Vincent-de-Paul infirmèrent catégoriquement (d) :

 

d) Xavier de Roche, Louis XVII, ouv. cité plus, haut, p. 192 :

 

« De 1810 à 1815, j'ai beaucoup connu, fréquenté et servi à l'hospice des incurables la femme Simon : je lui ai souvent entendu dire ce qu'elle disait à tout le monde, " que le Dauphin n'était pas mort, qu'elle avait contribué à le sauver, qu'elle était bien sûre qu'il existait et qu'on le reverrait un jour sur le trône " ; la Duchesse d'Angoulème est venue la voir : elle a été plusieurs fois conduite aux Tuileries ; une dernière fois elle a été enlevée dans un équipage, et quand elle fut revenue, elle disait à ceux qui lui parlaient du Prince : " Ne me parlez pas de ça, je ne puis plus rien dire ; il y va de ma vie ".

" J'ai appris de personnes respectables et encore vivantes qui avaient assisté la femme Simon à ses derniers moments qu'elle déclara, sur la demande qu'on lui en fit, " qu'étant prête à paraître devant Dieu qui allait la juger, elle maintenait et affirmait de nouveau tout ce qu'elle avait dit concernant le Dauphin, fils de Louis XVI ".

" (Signé) : Marie Graux, pensionnaire à l'hospice Larochefoucaud.

" (Ce témoignage est légalisé par M. Cadet, maire de Montrouge en 1848." 

 

Louis XVII et la Hollande, Delft du 9 au 11 août 1995, Album du Cent cinquantenaire, Annexes, pp. 19-20 : Le témoignage du général Van Moeurs, ancien ministre de la guerre des Pays-Bas, Institut Louis XVII, 3, rue des Moines, 75017 - Paris, Tél. : 42 28 61 00 (ou Internet, http://www.louis-xvii.com/) :

 

" À la requête de Monsieur le comte Gruau de la Barre demeurant à Bréda et de Madame la veuve de feu Monsieur Naundorff et ses enfants, demeurant à Bréda, je soussigné, Lieutenant Général Corneille Théodore van Moeurs, Aide de camp de Sa Majesté le Roi des Pays-Bas déclare que :

" Le 31 janvier 1845, étant alors Major d'Artillerie, Sous-Directeur des Arsenaux et Ateliers de Construction d'Artillerie à Delft, il fut invité au nom d'un personnage inconnu venu d'Angleterre et descendu à l'hôtel de St-Lucas à Rotterdam, de se rendre près de lui pour recevoir la communication de nouvelles inventions pour l'Artillerie, invitation à laquelle il a donné suite le 3 février suivant. Après un entretien de plus de trois heures, et après avoir reçu toutes les explications nécessaires de ce Monsieur, il en fit un rapport au Ministre de la Guerre à la Haye, lequel, en lui remettant ce rapport, lui disait que la personne avec qui il avait été en relation se nommait Naundorff et prétendait être le duc de Normandie, c'est-à-dire le fils de feu le Roi de France Louis XVI.

" Par suite du rapport susdit, Monsieur Naundorff fut invité par le Ministre de la Guerre de se rendre à Bréda pour soumettre ses inventions à un examen et aux épreuves qu'en ferait le Général Major Seelig, alors Gouverneur de l'Académie militaire de Bréda.

" Ces épreuves ont parfaitement réussi et répondu à l'attente qu'on en avait fait. Par suite, Monsieur Naundorff fut engagé par le Gouvernement de se fixer à Delft, où on lui procurerait les localités et tout ce qui serait nécessaire pour monter ses ateliers, afin de pouvoir exécuter successivement ses inventions et fabriquer en grande quantité les objets de guerre éprouvés à Bréda.

" D'après la convention passée entre le Gouvernement et Monsieur Naundorff, cet atelier ne pouvait être visité que par le Colonel Directeur et par le soussigné, alors Sous-Directeur des Arsenaux et Ateliers de Construction d'Artillerie à Delft.

" Par suite de ce contrat, il fut donc journellement en rapport avec ce Monsieur Naundorff. C'est dans ces entretiens journaliers que Monsieur Naundorff lui dit qu'il état le duc de Normandie, qu'on l'avait sauvé de la prison du Temple à Paris et que le procès-verbal qui relatait sa mort n'était qu'une pièce fausse, parce qu'on lui avait substitué un autre enfant maladif, lequel est décédé au Temple. Par ce commerce journalier et ses relations avec lui, il gagnait de plus en plus sa confiance, il lui communiqua différents détails de sa vie.

" Au commencement du mois de juillet 1845, Monsieur Naundorff a pris un coup de froid, lequel gagnait en peu de jours assez d'importance et le força de garder le lit ; pendant cette indisposition, il se tourmenta beaucoup d'être toujours séparé de sa famille, laquelle se trouvait encore à Londres. Le 19 juillet, Monsieur le comte de La Barre me pria de tâcher de lui procurer les moyens nécessaires pour pouvoir ramener la famille, car leur présence aurait certes une très bonne influence sur la santé du duc de Normandie. Quelques démarches faites dans ce but par le soussigné le lendemain eut pour résultat que Monsieur de La Barre pût partir immédiatement pour Londres. Pendant l'absence du Comte, la maladie du Prince empirait de jour en jour et lui donna de grandes inquiétudes ; il ne quittait plus le malade et le 1er août il envoyait un exprès au Ministre de la Guerre pour l'informer de l'état du noble patient en le priant de lui donner assistance du premier médecin de la garnison, lequel traiterait le malade de concert avec son médecin civil. Le Ministre m'envoyait de suite l'Inspecteur Général du service sanitaire de l'armée, lequel trouva le malade dans une fièvre typhoïde et donna l'ordre au médecin militaire de la garnison de soigner l'auguste malade. Le 4 août au soir toute la famille accompagnée du comte de La Barre est arrivée de Londres.

" De revoir sa famille, le soussigné espérait un bon résultat, mais hélas ! la maladie avait fait déjà trop de progrès et le pauvre Prince diminuait d'heure en heure ; il ne l'a plus quitté, jour et nuit il est resté auprès de lui et le 10 août, quart avant trois heures après-midi, le malheureux martyr fut par la mort délivré de ses souffrances.

" Toutes les relations que le Prince m'a fait de sa vie, ma présence continuelle dans sa chambre pendant sa maladie, m'ont mis à même de pouvoir bien observer toutes ses actions, toutes ses paroles. Eh bien !tout ce qu'il a entendu lui dire alors qu'il pensait haut dans ses nuits sans sommeil, tout ce qu'il a dit, même dans son délire et même peu avant sa mort, tous ces événements et la triste fin de cette vie de malheur sont pour lui autant des convictions que le nommé Naundorff était le duc de Normandie, le véritable Dauphin, fils de Louis XVI, martyr de la politique et de la haine de ses plus proches parents (e).

 

" En foi de quoi je signe cette déclaration :

 

Van Moeurs

Lt Général

La Haye, ce 24 juin 1872."

 

N.-B. Ce témoignage est trop précieux pour que l'on se permette d'y changer un mot ; aussi est-il à lire attentivement, parce que l'auteur, un Hollandais, n'a pas toujours su appliquer à l'expression de sa pensée les règles d'une syntaxe bien rigoureuse. [Nous posons la question : est-il possible qu'un homme mortellement atteint par la maladie, pensant tout haut dans ses nuits sans sommeil et parfois même en délirant, puisse mentir jusqu'au terme fatal de sa vie ?]

 

e) Louis XVII - Des Documents... Des Faits... Des Certitudes, Xavier de Roche, ouvrage cité plus haut, page 801 :

 

Le délire du roi Louis XVII dura six jours et, selon ses médecins, ses pensées " s'arrêtaient principalement sur son malheureux père Louis XVI, sur le spectacle effroyable de la guillotine ; ou il joignait les mains pour prier et demander de bientôt rejoindre au Ciel son royal père ", répétant souvent : " Je m'en vais chez mon Père céleste, et Il me couronnera... Pauvres enfants ! Vous n'avez plus de nom ; vous êtes retombés dans les ténèbres. Mon Dieu prenez-moi en grâce... Depuis qu'ils ont coupé la tête à mon père, il n'y a eu pour moi qu'obscurité ".

 

Id., Ibid., p. 21 : 

 

TRADUCTION DU CONTRAT DU 7 JANVIER 1846

ENTRE GUILLAUME II ET CHARLES-EDOUARD DE BOURBON

 

Nous GUILLAUME II, par la grâce de Dieu, roi des Pays-Bas, prince d'Orange-Nassau, grand-duc du Luxembourg, etc.

Vu notre décision d'aujourd'hui : n° 316 KOK, par laquelle est ordonnée de créer un atelier pyrotechnique auprès de la direction de l'Artillerie, des magasins de Réserve et de Construction.

Sur la demande de notre ministre de la guerre, du 7 de ce mois, cabinet L a E, ont été approuvés et fait comprendre :

 

- qu'il faut nommer comme directeur de l'Atelier de Pyrotechnique nommé ci-dessus, monsieur CHARLES EDOUARD de BOURBON et qui recevra une rente annuelle de quinze mille florins (f), comme honoraires pendant les deux premières années, en commençant le 7 de ce mois, après que soient passées les deux années dont on parlait juste avant.

Ce versement annuel sera réglé par nous tous les ans, nous basant sur les articles 3 et 8 de notre décision du 26 septembre, n° 270 K d K, avec l'ayant droit prénommé.

Notre ministre de la Guerre sera chargé de cette exécution dont copie sera envoyée à la Chambre Générale des Comptes pour information.

 

La Haye, le 7 janvier 1845

 

Guillaume

 

Le ministre de la Guerre

 

List

 

f) Il faut savoir qu'un ministre néerlandais de l'époque gagnait 9.000 florins par an, - somme qui, nous le voyons, ne peut être attribuée à un inconnu ou au premier venu.

 

Ibid., p. 16 :

 

" Le 12 mars 1888, à la demande de la veuve de Charles-Edmond de Bourbon, née Christina Schoenlau, le procureur général de Bois-le-Duc (port des Pays-Bas), et le 20 mai 1891, celui du tribunal de Maëstricht, proposent à ces juridictions de rectifier tous les actes d'état civil hollandais comportant le nom de " Naundorff " : ces hautes magistrats fondent leurs réquisitions sur le motif suivant :

 

" Considérant que toutes ces prétentions sont fondées au nom des membres de la famille de Bourbon, de descendre du fils de Louis XVI et de Marie-Antoinette, roi de France, établi en cette contrée, peuvent être considérées comme un fait historique prouvé.

" A la suite de ces réquisitions, les deux tribunaux, aux dates susvisées, rendent les jugements conformes, en vertu desquels le nom de " Naundorff " est partout rectifié en " de BOURBON "."

 

Témoignage de Madame de Rambaud, ancienne femme de chambre attachée au berceau du Dauphin, lettre du 15 décembre 1834 (g). (Plaidoirie dans l'affaire Louis XVII, Jules Favre, Paris, Le Chevalier, 1874, pp. 73-76 ; Xavier de Roche, Louis XVII, ouv. cité plus haut, pp. 587-588) :

 

g) Plaidoirie dans l'affaire Louis XVII, Jules Favre, Paris, Le Chevalier, 1874, pp. 73-76 ; Xavier de Roche, Louis XVII, ouv. cité plus haut, pp. 587-588 :

 

" 15 décembre 1834.

" Dans le cas où je viendrais à mourir avant la reconnaissance du Prince, fils de Louis XVII et de Marie-Antoinette, je crois devoir affirmer ici par serment, devant Dieu et devant les hommes, que j'ai retrouvé, le 17 août 1833, Monseigneur, Duc de Normandie, auquel j'eus l'honneur d'être attachée depuis le jour de sa naissance jusqu'au 10 août 1792, et comme il était de mon devoir d'en donner à S.A.R. Madame la Duchesse d'Angoulème, je Lui écrivis dans le courant de la même année. Je joins ici la copie de ma lettre.

" Les remarques que j'avais faites dans son enfance sur sa personne ne pouvaient me laisser aucun doute sur son identité partout où je l'eusse retrouvé. Le Prince avait, dans son enfance, le col court et ridé d'une manière extraordinaire. J'avais toujours dit que si jamais je le retrouvais, ce serait un indice irrécusable pour moi. D'après son embonpoint, son col ayant pris une forte dimension est resté tel qu'il était, aussi flexible. Sa tête était forte, son front large et découvert, ses yeux bleus, ses sourcils arqués, ses cheveux d'un blond cendré, bouclant naturellement. Il avait la même bouche que la Reine et portait une petite fossette au menton. Sa poitrine était élevée ; j'y ai reconnu plusieurs signes alors très peu saillants et un particulièrement au sein droit. La taille était très cambrée et sa démarche remarquable. C'est enfin identiquement le même personnage que j'ai revu, à l'âge près.

" Le Prince fut inoculé au château de Saint-Cloud, à l'âge de deux ans et quatre mois (en réalité, trois ans, un mois et dix-huit jours), en présence de la Reine, par le docteur Joubertou, inoculateur des Enfants de France, et de la Faculté, les docteurs Brunier et Loustonneau. L'inoculation eut lieu pendant son sommeil, entre dix et onze heures du soir, pour prévenir une irritation qui aurait pu donner à l'Enfant des convulsions, ce qu'on craignait toujours. Témoin de cette inoculation, j'affirme aujourd'hui que ce sont les mêmes marques que j'ai retrouvées, auxquelles on donna la forme d'un triangle.

" Enfin j'avais conservé, comme une chose d'un grand prix pour moi, un habit bleu que le Prince n'avait porté qu'une fois. Je le lui présentai en lui disant, pour voir s'il se tromperait, qu'il l'avait porté à Paris. - " Non, Madame, je ne l'ai porté qu'à Versailles, à telle époque."

" Nous avons fait ensemble des échanges de souvenirs, qui, seuls, auraient été pour moi une preuve irrécusable que le Prince actuel est véritablement ce qu'il dit être : l'Orphelin du Temple.

 

" Mt., veuve de Rambaud,

 

" Attachée au service du Dauphin, Duc de Normandie,

" Depuis le jour de sa naissance jusqu'au 10 août 1792."

 

Testament de M. Ferdinand Geoffroy qui corrobore et complète le témoignage de Mme de Rambaud, ancien secrétaire comptable aux Pages de Charles X, ancien secrétaire des Deux-Sèvres, avocat (Légitimité, 1884, p. 179 ; Xavier de Roche, Louis XVII, ouv. cité plus haut, p. 588) :

 

" [...] Tandis que le Prince contemple à nouveau le portrait de la Reine, elle (Mme de Rambaud) reprend : " Lorsqu'on refusa de m'admettre au Temple, je voulus garder un souvenir de mon Cher Enfant. Voici un petit habit qu'on lui donna à l'occasion d'une fête aux Tuileries. Voyez si vous le reconnaissez ". Apercevant l'habit bleu de ciel, larges boutons à queue de moineau et brodé en feuillages, le Prince dit vivement : " Mais vous vous trompez, ce n'est pas à Paris. C'était à Versailles, dans une petite assemblée, et je n'ai pas voulu le porter, car il me gênait ". A ce mot, Mme de Rambaud n'y tient plus. Elle se lève précipitamment et se prosterne appuyée sur les genoux du Prince. " O mon Dieu ! mon Dieu ! c'était à Versailles, et vous ne vouliez plus le porter ". Le bonheur des trois personnes était indescriptible : joie bien rare sur cette terre."

 

Témoignage de M. Marcoux, ancien huissier de la chapelle du Roi, archives des Bourbons de Hollande, " Dossier d'un grand procès ", pp. 91-94 (cf. Xavier de Roche in Louis XVII, ouv. cité plus haut, pp.599-601) :  

 

" Je, soussigné, déclare que les faits relatés ci-après sont de la plus rigoureuse exactitude :

 

" Je connaissais Mme la Comtesse de Mauvoir qui, si je ne me trompe, demeurait dans la rue des Augustins, à Paris. Ayant eu l'occasion de la voir, à une date que je ne saurais préciser aujourd'hui je lui parlais de ma conviction et de mes rapports avec le duc de Normandie (Louis XVII ou le pseudo Naundorff). Elle fut fort étonnée de mon langage et me déclara qu'elle ne pouvait partager mes sentiments. Nous nous vîmes plusieurs fois; je lui donnais tous les renseignements qui parvenaient à ma connaissance. Tous ces détails excitaient vivement son émotion, et elle finit par me dire : " serait-il bien possible que le Prince ne fût pas mort ? J'avoue que ce que vous me dites me porte à croire que vous avez raison d'y croire ". Et elle fondait en larmes en me faisant cet aveu. " J'en atteste Dieu ! madame, lui répondis-je ; le fils de Louis XVI existe ."

" Alors elle me dit : " Je connais M. de Joly, ministre de la justice sous Louis XVI : peut-être pourrait-il appuyer les réclamations du Prince et concourir à le faire reconnaître. Je lui en parlerai ".

" Quelque temps après, Mme de Mauvoir me rapporta qu'elle avait vu M. de Joly ; qu'elle lui avait parlé du duc de Normandie ; que la conversation avait été fort animée, et que ce ministre lui avait dit avec une grande colère : " Comment! vous aussi, Madame, vous voulez proclamer dans la société une erreur déplorable, pour diviser le parti légitimiste, quand tout le monde sait que le fils de Louis XVI est malheureusement bien mort ? Envoyez-moi l'homme qui vous égare, et je l'aurai bientôt détrompé ".  

" Quel fut mon étonnement lorsque Mme la Comtesse me fit part de cette conversation ! J'habitais Versailles ; avant de retourner chez moi, je me présentai aussitôt à la demeure de M. de Joly. Ce fut lui qui me reçut. Ne le connaissant pas, je lui demandai si je ne pourrais pas parler à M. de Joly. " C'est moi, monsieur, me répondit-il ; que me voulez-vous ? " Je m'annonçai comme venant de la part de Mme la Comtesse de Mauvoir : il me fit entrer dans son cabinet et renvoya son secrétaire. Quand nous fûmes seuls, il me dit : " Mme de Mauvoir m'a assuré que vous croyiez à l'existence du fils de Louis XVI , - C'est vrai, monsieur, répliquai-je. - Mais, ajouta-t-il, on ne peut pas sans démence croire à pareille chose. Personne ne doute de la mort du Dauphin. J'ai de nombreux fragments d'histoire de divers auteurs qui ont écrit l'histoire de la Révolution, et tous prouvent qu'il est mort. - Ils n'ont pas plus que moi été témoins de son décès, répartis-je ; ils ont écrit sur des on-dit." Je ne puis reproduire en détail toutes les particularités de notre entretien. Je lui racontai tous les faits dont j'étayais ma croyance. Il insista pour me démontrer que j'étais la dupe d'une intrigue qui avait pour but de semer la division dans le parti légitimiste.

" Je lui répondis que si j'étais dans l'erreur, c'était de la meilleure foi du monde ; que s'il pouvait m'en convaincre, je ne résisterais pas à l'évidence. La discussion que nous eûmes ensemble nous laissa chacun dans notre opinion, et nous nous quittâmes brusquement, probablement, pensais-je, pour ne plus nous revoir.

" Je fus donc excessivement surpris lorsque, dans un nouveau voyage à Paris, au bout de quelque temps, ayant revu Mme de Mauvoir, elle me prévint que M. de Joly désirait encore causer avec moi, pour me prouver jusqu'à l'évidence que j'étais dans l'erreur en croyant que le fils de Louis XVI était vivant. Je lui répondis que je ne demandais pas mieux que d'être éclairé et que j'irai chez M. de Joly. Quand il me vit, il me dit : " Je vous ai fait prier de venir, parce que vous me semblez de bonne foi, et je veux vous désabuser. Pourrais-je voir votre prétendu Prince ? " Sur ma réponse affirmative et l'assurance que je lui donnai que le Prince recevait tout le monde, et particulièrement les Français, il fut convenu que j'irais m'informer si le personnage était visible ce jour-là même et à quelle heure. M'étant rendu chez le Prince, il fut enchanté de savoir qu'il allait se trouver en présence d'un ancien ministre de Louis XVI, et me dit de le lui amener à quatre heures, ajoutant : " Vous serez présent à l'entrevue ; je veux que vous soyiez témoin de ce qui va se passer ".

 " Un instant après, il se présenta accompagné de quelques personnes dont j'ai oublié le nom. Je me lève et j'annonce le Prince à M. de Joly. Il se lève et regarde attentivement le personnage qui s'avançait vers lui, et lui dit : " On m'a informé que vous aviez servi mon père, mon ami ? " Le Prince qualifiait ainsi du nom d'ami toutes les personnes qui l'abordaient. M; de Joly lui répondit : " C'est possible, monsieur ". Le Prince lui dit de s'asseoir et s'assit lui-même en face de lui. Aussitôt la conversation s'engagea sur le fait de l'existence du fils de Louis XVI. Afin de s'assurer si le personnage avait des souvenirs exacts sur des faits que sa mémoire avait pu conserver, M; de Joly prenait à tâche de lui en signaler, en les rapportant tous à rebours de la vérité. Mais le Prince le contredisait aussitôt en rectifiant les erreurs volontaires du ministre. Je ne me rappelle pas précisément aujourd'hui, avec détail, toutes les circonstances de cette intéressante entrevue, dont le résultat fut tout à l'avantage du Prince. Il me parut que ses souvenirs ne lui faisaient pas défaut, car M. de Joly les écouta attentivement et ne fit pas la moindre réflexion.

" Il fut particulièrement question du transfert de la famille royale des Tuileries à l'Assemblée nationale. Je me rappelle parfaitement que M. de Joly expliqua au Prince intentionnellement contre la vérité, comment la salle était éclairée, et que le Prince lui répondit aussitôt : " Vous vous trompez, je me souviens qu'il y avait de grandes fenêtres ". Je crois même, sans être trop sûr, qu'il ajouta qu'elles étaient grillées : je n'ai point non plus oublié que M. de Joly lui dit ensuite : " Vous vous êtes presque toujours promené ", et que le Prince lui répliqua : " Non, mon ami, j'étais sur les genoux de ma mère ; je m'y suis même endormi ". Enfin, j'ai encore la certitude que M. de Joly dit : " Vous avez demandé un morceau de pain à manger " ; et que le Prince lui répondit : " Je ne me rappelle pas avoir tenu ce propos ; mais je sais que je me suis plaint de la faim et que j'ai mangé de la soupe ".

" M. de Joly, en se retirant, dit au Prince : " J'ignore qui vous êtes ; tout ce que je puis attester, c'est que vous ressemblez à une personne [Louis XVI] que j'ai bien connue ". - " Parce que je suis la vérité ", répliqua le Prince. - " Ce n'est pas là toujours une raison, répartit M. de Joly ; car j'ai trois enfants, dont deux me ressemblent beaucoup, et l'autre ne me ressemble pas : quoique je crois en être le père."

" Ce fut un lundi que cela se passait (en 1835, antérieurement au 25 août). C'est de cette manière que la conversation s'était longtemps prolongée entre les deux interlocuteurs. On se donna rendez-vous pour le mercredi suivant. Je n'assistai pas à cette conférence. Ayant reconduit M. de Joly chez lui, je lui demandai : " Franchement, que pensez-vous du personnage, que vous venez de voir ? - Je ne suis pas convaincu, me répondit-il, mais ce que je puis vous dire, c'est qu'il a le verbe, les gestes et la démarche de Louis XVI, et ce sont de ces choses qui ne s'imitent pas. - Eh bien, lui dis-je, vous me faites plaisir de me dire cela ".

" Nous nous quittâmes avec promesse de nous revoir. Peu de temps après, étant allé à Paris, je fus voir M. de Joly. Quelle fut ma surprise quand, lui ayant demandé s'il avait revu le Prince, il me répondit : " Oui, et c'est bien le fils de Louis XVI ". Et moi je lui répondis ironiquement : " Comment, monsieur de Joly, et vous aussi vous voulez diviser le parti légitimiste ? - Ah ! me répondit-il, vous avez le droit de rire de moi ; car si je n'avais pas entendu de mes oreilles et vu de mes yeux, je n'aurais jamais cru. Mais maintenant, rien au monde ne pourrait détruire, dans mon esprit, son identité avec le fils de Louis XVI ; car tout ce qu'il m'a dit était à ma connaissance, et ne pouvait être su que du Dauphin et de moi ".

" J'ai lu cette déclaration, dictée par moi, et en tout véritable. (Signé) Marcoux, ancien huissier de la Chapelle du Palais et honoraire de la Chambre du Roi, demeurant à Versailles, rue des Hôtels, n° 1."

 

En 1879, l'abbé Henry Dupuy publia un ouvrage intitulé " La Survivance du Roi-Martyr " qu'il soumit à la censure romaine sur lequel celle-ci se prononça dans les termes suivants :

 

" Le soussigné, ayant reçu le mandat d'examiner l'ouvrage intitulé " La Survivance du Roi-Martyr ", par un Ami de la Vérité, déclare qu'après l'avoir lu attentivement, il n'y a rien trouvé de contraire à la foi et aux bonnes mœurs. Il en recommande vivement la lecture.

 

Rome, le 23 décembre 1879,

 

P. Pie Carullo,

Docteur en Théologie et curé de Sainte-Dorothée."

 

Le 27 mai 1881, l'auteur de cet ouvrage, qui eut beaucoup de succès dans les milieux romains, reçut une lettre élogieuse de Mgr Giuseppe Pennacchi, consulteur de la Sacrée Congrégation de l'Index, lui écrivant :

 

" Je réponds un peu tard parce qu'auparavant j'ai voulu lire le livre " La Survivance ", que j'ai parcouru très vite, mais en entier, avec à la fois une grande tristesse d'âme et aussi une grande joie.

" Bien que j'avais déjà entendu dire que le Dauphin s'était évadé du Temple, les documents me faisaient cependant défaut pour prouver cette évasion.

" Je vous remercie infiniment, car par l'envoi de ce livre vous m'avez rendu certain de ce fait.

" Depuis 1865, je suis professeur d'histoire ecclésiastique : jusqu'en 1870, à l'Université Romaine, et maintenant, grâce à Léon XIII, au Séminaire Romain de Saint-Apollinaire.

" Vous me concéderez ainsi très facilement que je connais un tant soit peu la réalité et la force probante des documents historiques, ainsi que les critères qui enseignent à discerner la vérité historique.

" Voici donc mon jugement :

 

" 1° ) Ou bien les documents allégués dans le livre sont apocryphes et doivent donc être rejetés.

 

" 2° ) Ou bien, si on les admet, Charles-Guillaume Naundorff est bien Charles-Louis, fils du Roi de France Louis XVII.

 

" Je ne vois pas avec quels arguments on pourrait défendre le premier terme de cette alternative : il reste donc à admettre le second.

" Fasse Dieu que les Français rendent aux fils de ce si malheureux Prince [naturellement roi !] la justice qu'ils dénièrent à leur père.

" Je l'avoue : la politique d'aujourd'hui est une fontaine d'iniquités, mais je ne savais pas à quel point elle pouvait être inique.

" Il est vrai que, comme Dieu enlève l'esprit à ceux qu'il veut perdre, les adversaires de ce Prince si infortuné ont prouvé son origine royale par leurs propres persécutions.

" Plaçons en Dieu notre Espérance afin que nous puissions chanter un jour : " Tout ceci a été permis par le Seigneur, pour qu'un miracle éclate devant nos yeux ".

" Mais, dites-moi : n'y-a-t-il personne en France pour suggérer au Comte de Chambord de porter au moins secours à cette pauvre famille et de lui restituer ce qu'il retient ?..." (Légitimité, 1883, pp. 35-35.- Lettre citée par Xavier de Roche dans son ouvrage : " Louis XVII ", page 803, cité plus haut.)

 

La réponse de la Bergère de la Salette :

 

 

Journal de l'Abbé Gilbert Combe, Curé de Diou (Allier), Dernières années de Sœur Marie de la Croix (1899 - 1904), Bergère de la Salette, Editions Saint-Michel, 1967, pages 176-177 :

 

" Jeudi 25 mai 1903. - [...] Pour la deuxième fois, elle aborde la question des Naundorff, mais cette fois-ci elle l'aborde d'une façon peu banale.

 

" - Mon Père, vous savez qu'il n'y a pas de famille d'Orléans ? que les princes d'Orléans ne sont pas des Bourbons ?

" - Comment peut-on savoir avec certitude ? Vous voulez parler de l'affaire Chiappini ?

" - Vous savez pourtant ce qui s'est passé !

" - Je sais ce qu'on raconte avec documents à l'appui, mais il faudrait davantage pour que je dise, c'est certain ! Savez-vous par révélations que cet échange d'enfants eut lieu ? [1] Répondez sans détour.

" - Oui, mon Père, vous savez, reprit-elle, que la famille Naundorff descend de Louis XVII.

" - Je vous fais la même réponse, je n'en ai pas la certitude absolue. Dieu vous l'a-t-il révélé ?

" - L'Histoire suffit, mon Père, pour vous convaincre sans recourir à une révélation.

" - Il peut y avoir des dessous que j'ignore. Répondez donc à ma question. Votre " Frère " [Jésus lui-même] vous a-t-il dit qu'ils descendent de Louis XVII ?

" - Oui, mon Père.

" - Me permettez-vous de faire connaître votre réponse à leurs partisans ?

" - Pas maintenant, mais après sa mort.

" - Monteront-ils sur le trône ?

" Elle a refusé de répondre. En vain j'ai tourné autour de la question pour deviner sa pensée ; elle a échappé à mes ruses ; je n'ai obtenu d'elle qu'un peut-être. Elle m'a laissé ignorer si les Bourbons sont définitivement rejetés ou s'ils le sont conditionnellement. Elle semble reprocher à la famille de ne pas se convertir sincèrement au catholicisme sans aucun motif politique (voir ses lettres).

" - Je crois pourtant ma Sœur, que vous avez encouragé la princesse Amélie [fille de Louis XVII, 1819-1891]à espérer.

" - Non, mon Père. J'ai reproché à la famille [Naundorff descendant de Louis XVII] de se convertir dans le but de remonter sur le trône. Ce motif ne plaît pas à Dieu.

" - Alors si l'héritier, l'aîné de la famille était un très bon chrétien, Dieu pourrait lui rendre le royaume de ses Pères ?

" - Peut-être (elle a positivement refusé de dire OUI)."

 

Marquis de la Franquerie, Le caractère sacré et divin de la royauté en France,  Éditions de Chiré, Diffusuion de la Pensée Française, 1978, Appendice V :

 

A propos des prétentions des Orléans à la couronne de France, pp. 165-166.- Cet ouvrage nous apprend que Philippe-Egalité, le régicide partisan de la Révolution française, sous le nom de comte de Joinville, échangea son premier enfant né de la princesse Maria Stella Newborough contre le fils du geôlier italien Lorenzo Chiappini qui devint Louis-Philippe Ier, échange qui fut confirmé par le jugement de la Cour ecclésiastique de Faenza de 1824 validé par les accords bilatéraux franco-italiens 03/06/1930 et 12/01/1955 (cf. L'Histoire du Roi Chiappini et de Maria Stella Newborough, Docteur Renato Zanelli, trad. fr. par la comtesse Marthe de Digoine du Palais, Ed. Méridionales, Nimes, 1934).

 

Il n'appartient pas à Dieu de satisfaire notre pure curiosité. Ne Le tentons pas ! Faisons notre devoir et le reste suivra. - Cf. l'admirable et incomparable ouvrage du Marquis de la Franquerie intitulé " Ascendances Davidiques des Rois de France ", ouvrage cité plus haut, où l'on voit que les Saintes Ecritures soutiennent la pérennité de la race de David jusqu'à la consommation des siècles pour assurer la succession des rois de France qui sont les seuls à être sacrés et à descendre de David ou de la maison royale de Juda par ordre de primogéniture mâle, le sceptre religieux ou la grande prêtrise n'appartenant qu'au seul successeur de Pierre et ne reposant également que sur les mâles conformément à la Parole de Dieu. Et que les traditionalistes ne prennent pas Sœur Marie de la Croix ou Mélanie de la Salette pour une menteuse et mettent leur foi en accord avec leur vie ! N'oublions pas ce qu'écrivit l'abbé Gouin dans son ouvrage intitulé " Sœur Marie de la Croix , Bergère de la Salette " : " Mélanie est élevée à l'un des plus hauts degrés de la contemplation infuse. Elle vit la vie d'union divine."  Une âme, dans un tel état de vie spirituelle, peut-elle mentir ? Soyons donc logiques avec notre foi et ayons le courage de lui donner de la consistance.

 

Lettre du 14 février 1907 de l'abbé Hector Rigaux à l'abbé Emile Combe relatant sa conversation avec Mélanie de La Salette relative au rôle politique de la France dans le plan de Dieu à la lumière des actes et des paroles prophétiques de sainte Jeanne d'Arc :

 

" Le ton avec lequel elle [Sœur Marie de la Croix ou Mélanie de La Salette] me disait : " la France " me fit soupçonner un autre mystère. Je lui dis : " Ma chère enfant, je sais que Jésus donna autrefois la France à Jeanne d'Arc. Le roi Charles VII émerveillé des gestes de la sainte Pucelle, lui avait donné la France. Jeanne accepta cette donation signée du roi. Elle s'en fut l'offrir à son tour à Jésus et à Marie qui acceptèrent..."

" - Il me l'a donnée aussi, mon père, répondit-elle.

" - Alors, ma chère enfant, votre France vous est devenue odieuse, puisque vous dites que vous retrournerez en Italie pour y mourir ? "

Elle pleura et dit : " Oh non ! Je l'aime ! Je voudrais mourir mille fois pour elle, mon cœur lui appartient ".

" Voilà la substance exacte de notre conversation."

 

Lettre n° 67 de Mélanie de La Salette du 12 juin 1895 à Mlle Vernet :

 

" Ordinairement je vais à la messe de quatre heures. Ce matin, voulant autant que possible me rapprocher en union avec mes amis de Paris, je suis allée à la dernière messe qui se dit à huit heures ; et la communion, comme de juste, je l'ai faite en action de grâces pour l'heureuse évasion du Dauphin Louis XVII."

 

Marquis de la Franquerie, Ascendances Davidiques des Rois de France et leur parenté avec Notre Seigneur Jésus-Christ, la Très Sainte Vierge Marie et Saint Joseph, ouvrage cité plus haut, Avant-propos, pp. 13-14 : Lettre du 6 novembre 1972 d'un religieux, " l'un des confidents et secrétaire à l'occasion du Padre Pio " :

 

" Padre Pio savait que la France cache un pouvoir qui se révélera à l'heure établie (c'est-à-dire à l'heure de Dieu)... Dans le monde manque le pouvoir royal que Dieu a caché en ces temps de folie. Le pouvoir royal seulement, celui que Dieu donna à David, est capable de régir le gouvernement des peuples. Sans le pouvoir royal de David, reconnu et mis à sa juste place, me disait le Padre Pio, la religion chrétienne n'a pas le soutien indispensable sur lequel appuyer la Vérité de la parole de Dieu. La folie des hommes a été de tenter de tuer la royauté ; le monde le paye encore aujourd'hui, car sans le véritable Roi promis par Dieu parmi les descendants de David, le pouvoir de Dieu ne réside plus dans le cœur des chefs d'Etat et des ministres. Mais Satan tire avantage à remplacer le pouvoir royal du David vivant. Que le malheur du monde sera grand avant que les hommes puissent comprendre cette vérité. La vérité est aujourd'hui dans le cœur de peu d'hommes élus et cachés, mais, dans ces hommes, il y a tous les pouvoirs du Dieu vivant qui veut et peut détruire tous les usurpateurs des pouvoirs véritables..."

 

Abbé Augustin Barruel (1741 - 1820), Mémoires pour servir à l'histoire du Jacobinisme, Diffusion de la Pensée Française, 1973, Tome I, pages 513, 514, 515 et 516 :

 

Philippe, duc d'Orléans, chef des conjurés.

 

 

" Tels étaient les progrès de la double conspiration, aux approches des états généraux. Les sophistes souterrains des francs-maçons et les sophistes apparents du club d'Holbach reconnurent qu'il ne leur manquait plus qu'un chef pour le mettre en avant et se couvrir de son égide. Il le fallait puissant, pour appuyer tous les forfaits qu'ils avaient à commettre ; il le fallait atroce pour qu'il s'effrayât peu du nombre de victimes que devaient entraîner tous ces forfaits. Il lui fallait, non pas le génie de Cromwell, mais tous ses vices. Les conjurés trouvèrent Philippe d'Orléans ; l'ange exterminateur l'avait pétri pour eux.

" Philippe avait lui-même sa conspiration comme ils avaient la leur. Plus méchant qu'ambitieux, il eût voulu régner ; mais, pareil au démon qui veut au moins des ruines s'il ne peut s'exalter, Philippe avait juré de s'asseoir sur le trône ou de le renverser, dît-il se trouver écrasé par sa chute. [...] Une jeunesse passée dans la débauche avait blasé son cœur ; tout, jusque dans ses jeux, trahissait la bassesse de son âme. L'artifice venait y suppléer à la fortune, pour ajouter à ses trésors. [...] Ce monstre était le chef que l'enfer préparait aux conjurés.

" [...] Pour la première fois, Louis XVI avait pu se résoudre à lui donner des preuves de son ressentiment. Il l'avait exilé dans son château de Villers-Cotterêts ; ce fut là l'étincelle qui alluma dans le cœur de Philippe d'Orléans tous les feux de la vengeance. Il haïssait déjà Louis XVI parce qu'il était roi : il haïssait Marie-Antoinette, parce qu'elle était reine ; il jura de les perdre ; il jura dans les transports de la rage et de la frénésie. Le calme ne revint dans son cœur, que pour méditer les moyens de remplir son serment. [...]

" [...] Les démons sont bientôt tous amis, quand il s'agit de nuire. [...] Au moins est-il certain que vers ce temps-là le comité des frères l'avait connu assez atroce pour l'admettre aux dernières épreuves. Celle qui lui offrit dans l'antre des Kadosh un roi à poignarder, fut pour lui un essai voluptueux. Philippe, en prononçant ces paroles haine au culte, haine aux rois, conçut tout ce que ce serment devait mettre d'obstacle à ses vues ultérieures sur le trône de Louis XVI, mais il voulait surtout être vengé ; il avait dit : Je le serai, dussé-je y dépenser ma fortune, y perdre la vie même. [...]

" En prononçant ce vœu, une carrière immense de forfaits s'était ouverte devant lui ; pas un seul ne l'effraya. Il lui tardait de la parcourir tout entière. Un aveu de Brissot nous apprend que Philippe s'y fût lancé dès ce moment, mais qu'il crut voir la Cour encore trop forte, et ne partit alors pour l'Angleterre que pour laisser à la révolution le temps de se mûrir. (J'ai trouvé cet aveu dans les mémoires de M. le marquis de Beaupoil, qui l'avait entendu de la bouche de Brissot même.)

" [...] Les loges ténébreuses de la maçonnerie, les antiques mystères de l'esclave Curbique n'avaient servi d'asile aux enfants de Voltaire et de Diderot que pour y fomenter plus secrètement toute cette haine et du Christ et des rois. [...] L'affreuse propagande avait et ses trésors et ses apôtres ; le comité Central, le comité Régulateur avaient leurs secrètes intelligences, leur conseil et leur chef ; toutes les forces de la rébellion et de l'impiété étaient organisées. [...]

" Sous le nom d'illuminés, était venue se joindre aux encyclopédistes et aux maçons une hordes de conjurés, plus ténébreuse encore, plus habile dans l'art de tramer les complots, plus vaste en ses projets dévastateurs ; creusant plus sourdement et plus profondément les mines des volcans ; ne jurant plus la haine ou des autels chrétiens, ou des trônes des rois, jurant tout à la fois la haine de tout Dieu, de toute loi, de tout gouvernement, de toute société, de tout pacte social, proscrivant le mien et le tien, ne connaissant d'égalité, de liberté que sur la ruine entière, absolue, générale, universelle de toute propriété.

" Qu'il ait pu exister une pareille secte, qu'elle ait pu devenir puissante, redoutable ; qu'elle existe de nos jours [et plus que jamais en l'an 2002], et qu'à elle soit dû le pire des fléaux révolutionnaires, c'est sans doute ce qui, pour mériter la foi de nos lecteurs, exigera toutes les preuves de l'évidence même. Elle seront l'objet du troisième volume de ces Mémoires."

 

L'actuel roi de droit va-t-il régner ou n'est-il pas réellement le roi de droit bien que descendant de Louis XVI ?

 

Il est difficile de répondre catégoriquement à cette question par l'affirmative, car des prophéties dues à des mystiques célèbres dont la piété et les vertus héroïques ne semblent pas contestables font allusion à un Grand Monarque qui détruira l'empire de Mahomet ou des Turcs et dont le " chemin de sa venue sera miraculeux comme le reste de sa vie " (1). Il faut cependant être extrêmement prudent sur le sujet, car ces prophéties ne tiennent pas toutes le même langage et certaines même se contredisent. Toujours conscient de notre profonde misère et de notre propre néant et ne nous déterminant ni dans un sens ni dans un autre, nous nous abandonnerons donc sans réserve aux décrets ou aux ordres de la divine Providence en marchant constamment en présence de Dieu avec la seule foi pour compagne et en pratiquant, à chaque instant, nos devoirs journaliers et les actions de notre état (2) A.M.D.G. Que Dieu nous en donne continuellement la grâce par les seuls mérites de son divin Fils unique Jésus-Christ, notre Sauveur, notre Rédempteur et notre Créateur!

 

1) Cf. Les Prophéties de La Fraudais de Marie-Julie Jahenny, Ed. Résiac, 2001 ; Le Ciel en colloque avec Marie-Julie Jahenny, Pierre Roberdel, Ed. Résiac, 1982 ; Michel Morin, Le Grand Monarque, Louise Courteau, éditrice inc., Quebec, 1995.

 

2) Cf. Jean-Pierre de Caussade, S.J., L'Abandon à la Providence divine, Desclée De Bouwer, 1966 ; et ses Lettres Spirituelles en 2 vol., même éditeur, 1962.

 

Louis Bassette, Le fait de La Salette (1846-1854),  Éd. Du Cerf, 1955, page 406 et note 41 :

 

« Le Ier mars 1875, Maximin mourut à Corps, après une vie errante et douloureuse (41), couronnée par une enviable mort. »

 

41) Dont voici les étapes : […] En 1865, il voyage : à Froshdorf, grâce à la marquise de PIGNEROLES, fin avril, il visite Henri V [c’est-à-dire le comte de Chambord], vient ensuite à Rome, et s’engage pour six mois dans les zouaves pontificaux. […] »

 

Marquis de la Franquerie, Le caractère sacré et divin de la royauté en France, Éd. Du Chiré, 1978, page 111 :

 

« Mélanie, la bergère de La Salette : « C’est Lucifer qui gouverne la France… Dieu nous donnera un Roi caché auquel on ne pense pas… Dieu seul le donnera. »

« C’est donc bien que Dieu seul  veut le Roi de France, puisque c’est Lui, et Lui seul, qui le donnera…

« Maximim avait reçu l’ordre de la Sainte Vierge de faire connaître la Survivance de Louis XVII au Comte de Chambord. Après l’entretien que le Prince eut avec le Messager marial, il déclara au comte de Vanssay, son secrétaire et gentihomme de service :

« Maintenant, j’ai la certitude que mon Cousin Louis XVII existe [a existé]. Je ne monterai donc pas sur le Trône de France. Mais Dieu seul veut que nous gardions le secret. C’est LUI SEUL qui se réserve de rétablir la Royauté. » [Charles-Louis Naundorff se disant lui-même Louis XVII décéda le 10 août 1845, c’est-à-dire vingt ans avant l’entretien de Maximin avec le Comte de Chambord ou Henri V.]  

 

Selon une parole de Saint Michel Archange adressée à Marie-Julie Jahenny de la Fraudais ou selon d’autres prophéties faites à différentes âmes privilégiées, celui qui devra porter la couronne « est encore caché dans le secret de l’Éternel ». Tirons-en les conclusions au sujet des prétendants au trône de France que le monde connaît.

 

- - - - - - - -

 

Mgr Stanislas-Xavier Touchet, Évêque d'Orléans, La Sainte de la Patrie, P. Lethielleux, Lib.-Éd., Paris, 1921, Tome I, pages 116, 117, 118 et 119 : Entrevue de Jeanne et de Charles à Chinon (mars 1429) :

 

" Tandis donc que le souverain [le roi Charles VII] se dissimulait, le comte de Clermont, le Beau Seigneur ; le " Pâris de la cour " "feignait qu'il était le roi " (1). Magnifiquement vêtu, très entouré, il jouait fort bien son personnage. Jeanne ne s'y laissa point prendre.

" Quand Charles sortit de la chambre où il se tenait et se mêla aux courtisans, elle l'aperçut. Or " combien que elle ne le cognaissait pas et ne l'avait onques veu " (2), elle alla droit vers lui. Sa Voix la menait. " Quand j'entrai dans le palais de mon roi, affirmera-t-elle aux juges de Rouen, je le connus au milieu de son entourage sur l'indication de ma Voix qui me le révéla " (3).

" [...] C'est une prophétesse qui se dévoile ; mais une prophétesse de dix-sept ans douce comme une fleur de Pâques. Sa Voix lui avait désigné son roi.

" Charles lui demanda son nom, et ce qu'elle venait faire.

- Gentil Dauphin, j'ai nom Jeanne la Pucelle (4).

" Cinq siècles déjà ont ratifié cette réponse. Elle déclara ensuite que ce n'étaient pas les hommes qui l'envoyaient. Elle s'était mise en chemin, de par " le Roy des cieulx " (5). - " Mon très illustre maître, conclut-elle ; je suis venue pour donner secours au royaume et à vous (6) ... Et vous mande le Roi du ciel, par moi, que vous serez sacré et couronné dans la ville de Reims ; et que vous serez lieutenant à Luy, qui est vray Roy de France (7)."

" La question ne pouvait se poser plus nettement. Pas d'ambages, pas d'hésitation : c'est Dieu qui a mis Jeanne en route. Il lui a confié une mission ; elle est son ange près du roi. Et de cette mission les résultats sont annoncés avec une précision éblouissante : Orléans sera repris (8) ; le roi sera sacré ; mais qu'il ne l'oublie pas : sacré, il sera un lieutenant. On l'appellera le roi : il ne sera que le lieutenant du vrai Roi, c'est le Christ (9) ! [Qu'on y prenne bien garde ! Ces paroles s'adressent également au futur roi de France et à tous ses successeurs].

" [...] Jeanne eut l'intuition qu'il faudrait des prodiges comme disait Jésus pour conquérir ce cœur incertain. [...]

" Charles effectivement en était arrivé à ce point de douter de son sang (10). Tant de malheurs avaient fondu sur lui qu'il avait fini par les regarder comme le signe d'une réprobation inexplicable supposé que le trône lui appartînt. Et à tout peser équitablement, avec une mère telle qu'Isabeau, nulle inquiétude n'était exagérée. Toutefois, si Charles souffrait durement de cette angoisse, il la dissimulait profondément. De certains maux on rougit.

" Jeanne toucha la blessure avec une souveraine délicatesse. Regardant le roi, et s'élevant tout d'un coup au tutoiement des antiques prophètes : " Je te le dis de la part de Messire que tu as vrai héritier de France et fils de roi ! Il m'envoie vers toi pour que je te conduise à Reims, si tu veux " (11), prononça-t-elle.

" Le roi ne répondit pas, que l'on sache.

" Il conclut l'audience. Son mélancolique visage était éclairé. Il ne dissimula point avoir entendu des choses extraordinaires, des secrets que Dieu seul pouvait connaître. C'est pourquoi il n'était pas sans confiance (12)."

Chronique, Q. IV, 207 ; 2° Jean Chartier, Q. IV, 52 ; 3° Jeanne, Q. I, 56 ; 4° Pasquerel, Q. III, 103 ; 5° Ibid. ; 6° Gaucourt, Q. III, 17 ; 7° Livre noir de la Rochelle ; 8° Gaucourt, Q. III, 17 ; 9° Quicherat, III, 103 ; 10° L'abbréviateur, Q. IV, 258-259 ; 11° Pasquerel, Q. III, 103.

 

Cardinal Pie (1815-1880) [évêque de Poitiers (1849) qui contribua au concile du Vatican à la définition de l'infaillibilité pontificale (1870) et fut créé cardinal par le Pape Léon XIII en 1879], Œuvres de Mgr l'Evêque de Poitiers, 10 volumes, tome I, chap. XVII : Mandement qui ordonne un " Te Deum " à l'occasion de la rentrée de N. S. P. le pape Pie IX dans Rome (3 mai 1850), Poitiers, Henri Oudin, Librairie-Editeur, Paris, Victor Palmé, Librairie-Editeur, 1872, pages 197-198 :

 

" I. Le pape Grégoire IX écrivait à saint Louis :

 

" Le Fils de Dieu, à l'empire duquel obéit l'univers entier, et qui tient à ses ordres toutes les légions célestes, ayant établi ici bas différents royaumes selon les différences des langues et des climats, a conféré aux divers gouvernements des missions diverses pour l'accomplissement de ses desseins suprêmes ; et comme autrefois la tribu de Juda, préférée à celle des autres fils du patriarche, fut enrichie d'une bénédiction spéciale, ainsi le pays de France, plus que tous les autres de la terre, a reçu du Seigneur une prérogative d'honneur et de grâce (Labbe, Concil.., t. XI, p. 366)."

" Et le grand pape, justifiant sa comparaison entre la tribu de Juda et le peuple français, " dont cette tribu était la figure anticipée (Præfata tribus regni Franciæ præfigurativa. Ibid.) ", énumérait tous les combats de la France pour l'exaltation de la foi catholique et la défense de la liberté religieuse : combats dans l'Orient, combats dans l'Occident ; combat contre les païens d'outre-mer, et contre les hérétiques de nos provinces du Midi ; combats dont Rome, Jérusalem et Constantinople furent successivement le prix ; combats dont les héros, à commencer par Charles Martel et Charlemagne, formaient déjà toute une généalogie qui aboutissait à Louis le Chaste, en attendant Louis le Saint et tant d'autres héros français, héritiers de la valeur de leurs pères et de leur dévouement à l'Église.

" Car en ce pays, en cette tribu toujours fidèle, qu'aucun effort de l'enfer n'a pu détourner de la sainte cause de Dieu et de l'Église [les temps ont bien changé], jamais la liberté ecclésiastique n'a péri ; en aucun temps la foi chrétienne n'y a perdu sa vigueur ; mais, au contraire, les rois et les soldats de cette noble terre n'ont jamais hésité à répandre leur sang et à se jeter au milieu des périls pour la conservation d cette foi et de cette liberté.

" " D'où nous concluons avec évidence, disait toujours Grégoire IX, que notre Rédempteur, en choisissant ce peuple de France pour le spécial exécuteur de ses volontés divines, s'en est armé comme d'un carquois d'où il tire, à certains jours, des flèches choisies qu'il dirige contre les impies, pour la protection de la foi et de la liberté religieuse ; et pour la défense de la justice (Concil., t. XI, p. 367)."

" II. Ainsi parlait le chef de l'Église en l'année 1230. Dieu soit mille fois béni, nos très chers Frères ! "

 

Dom Guéranger, abbé de Solesmes, l'Année liturgique, le Temps de la Septuagésime, le XII mars, S. Grégoire le Grand (539 - 604), Pape et Docteur, Librairie Religieuse H. Oudin, Poitiers et Paris, 1904, page 473 :

 

" De tous les peuples nouveaux qui s'étaient établis sur les ruines de l'Empire romain, la race franque fut longtemps seule à professer la croyance orthodoxe ; et cet élément surnaturel lui valut les hautes destinées qui lui ont assuré une gloire et une influence sans égales. C'est assurément pour nous, Français, un honneur dont nous devons être saintement fiers, de trouver dans les écrits d'un Docteur de l'Église ces paroles adressées, dès le VIe siècle, à un prince de notre nation :

 

" Comme la dignité royale s'élève au-dessus des autres hommes, ainsi domine sur tous les royaumes des peuples la prééminence de votre royaume. Être roi comme tant d'autres n'est pas chose rare ; mais être roi catholique alors que les autres sont indignes de l'être, c'est assez de grandeur. Comme brille par l'éclat de la lumière un lustre pompeux dans l'ombre d'une nuit obscure, ainsi éclate et rayonne la splendeur de votre foi, à travers les perfidies des autres nations " (Regest. Lib. IV. Epist. VI ad Childebertum Regem)"."

 

 

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12 février 2014 3 12 /02 /février /2014 11:00

LA POLITIQUE

 

(9/14)

 

Propos tenu par Chamfort lors de la réunion des Etats-Généraux et rapporté par Marmontel dans ses " Mémoires ", un sophiste armé contre le Christ ou un conjuré anti-chrétien que Voltaire tenait en grande estime (citation de Xavier de Roche dans son ouvrage monumental (15,9/24,9 - 923 pages) intitulé " Louis XVII - Des Documents... Des Faits... Des Certitudes ", Éditions de Paris, 1987, p. 246 :

 

" Le Trône et l'Autel tomberont ensemble ; ce sont deux arc-boutants appuyés l'un sur l'autre ; que l'un soit brisé, l'autre va fléchir ".

 

Pape Léon XIII, encyclique Immortale Dei du 1er novembre 1885 sur la constitution chrétienne des États (cf. plus haut, dans les prolégomènes) :

 

"Il est donc nécessaire qu'il y ait entre les deux puissances [la puissance ecclésiastique et la puissance civile] un système de rapports bien ordonné non sans analogie avec celui qui dans l'homme constitue l'union de l'âme et du corps." [L'âme étant au corps ce que la puissance ecclésiastique est à la puissance civile, nous pouvons affirmer que toute société séparée de la puissance ecclésiastique ou de Dieu est une monstruosité, comme tout corps séparé de son âme. Le naturalisme politique - ou le positivisme juridique - est donc une monstruosité ou plutôt pire encore un cadavre puant d'immoralité (terra damnata) et voué irrémédiablement à une totale décomposition et destruction, c'est-à-dire l'antithèse de " la bonne odeur du Christ " ou de son Corps mystique (II Cor., 2 : 15). - Cf. Psaumes, 16 (15) : 9-10 ; Éphésiens, 5 : 25-27 ; S. Jean, 8 : 51-52 ; S. Luc, 19 : 27 ; I Samuel, 8 : 7 ; II Pierre, 3 : 7.]

 

Marcel de Corte, " Le Temple écroulé " (II), revue Itinéraires, n° 165, p. 230-231) :

 

" L'homme et le monde sont entrés dans une ère de mouvement perpétuel inconnu des âges précédents. Le devenir est désormais l'ersatz de l'être et le progrès le substitut de la vie éternelle. L'intelligence n'a plus à se conformer aux choses. C'est aux choses, qu'elle crée [produit, génère] continuellement, à se conformer à ses injonctions. La notion de vérité se trouve de la sorte complètement invertie [et pervertie]. Et comme l'intelligence change sans cesse en fonction du monde artificiel qu'elle crée [produit] et qui la laisse continuellement insatisfaite, le principe de contradiction s'évapore : ce qui était vrai hier, du point de vue de cette intelligence pervertie, ne l'est plus aujourd'hui, son point de vue ayant changé, et ce qui est vrai aujourd'hui ne le sera plus demain." [Et adieu à l'infaillibilité du Magistère ordinaire de l'Église ! - tout se tient.]

 

Avec tous les textes pontificaux que nous venons de citer et les brefs commentaires que nous venons de faire, nous pouvons soutenir que tout État, à moins de se déifier, a le devoir de rendre à Dieu ce qui est à Dieu, en assurant toutes les facilités possibles à la poursuite et à l'acquisition du bien suprême et immuable auquel aspire tout être humain, Dieu étant le seul souverain bien, la cause finale, la cause des causes, la fin ultime de toutes choses, ce que celles-ci désirent afin de conserver pleinement leur être pour la simple raison que rien n'est bon sans l'être (cf. S. Thomas d'Aquin, Somme théologique, Ire Partie, qu. 5, art. 2). Deux excès sont à éviter : exclure Dieu en n'admettant que César, n'admettre que Dieu en excluant César. La France est historiquement liée au Christ depuis le Testament de saint Rémy avec le baptême et le sacre de Clovis, le Christ étant le véritable roi de France, ce qui est confirmé par la mission de sainte Jeanne d'Arc et les révélations du Sacré-Cœur à sainte Marguerite-Marie - et par bien d'autres événements merveilleux qui jalonnent toute notre histoire et qui viennent par surcroît renforcer notre foi, n'en déplaise aux historiens naturalistes qui refusent tout fait qui dépasse leur petite raison. La France, la fille aînée de l'Église, étant catholique en vertu d'un état de droit illimité et imprescriptible parce qu'émanant de la volonté du Christ Lui-même, l'État a le devoir d'élaborer des lois conformes à la droite raison et à la Révélation ou à la loi naturelle et divine, ne faisant en sorte que retourner aux origines et aux lois traditionnelles et mêmes fondamentales de notre pays, la nation des Francs, que des sectes ténébreuses ont dépouillée de son âme chrétienne par des lois perverses, partisanes et haineuses. A moins que nous soyons arrivés au terme de notre parcours (cf II Pierre, 3 : 7), il devra surgir un jour ou l'autre un fidèle du Christ, une autorité vivante, bien réelle, suscitée par un George Monk français capable de lui passer le flambeau (1), pour faire entendre sa voix et gouverner la terre de nos pères en ayant toujours son regard fixé sur les principes que nous venons de donner. Prions pour cela. Nous n'en dirons pas plus. Que nos hommes politiques qui se réclament du catholicisme en fassent leur profit pour la plus grande gloire de la bienheureuse Trinité et leur propre salut et le salut du monde! Il ne suffit pas de bien penser ou de bien parler ou d'écrire de belles choses, mais il faut gouverner et mettre sa vie et toutes ses activités en accord avec sa foi, en un mot se comporter en chrétien cohérent, si l'on ne veut pas encourir la damnation en se mettant en opposition avec sa foi, car Dieu gouverne notre monde et nul ne peut impunément se moquer de Lui (cf. Sagesse, 14 : 3 ; Galates, 6 : 7 ; S. Thomas d'Aquin, Somme théologique, Ire Partie, qu. 103). Par leur naturalisme, tous les partis politiques s'égarent et conduisent actuellement notre pays à sa ruine morale et spirituelle (2). N'oublions jamais qu'une société sans âme est un corps mort et que " si Dieu ne bâtit la maison, c'est en vain que travaillent ceux qui la bâtissent " (Psaumes, 127, Vg. 126, verset 1).

 

(1) Un inconnu que Charles Maurras désigna symboliquement du nom d'un général et d'un homme politique anglais du XVIIe siècle qui, à la mort de Cromwell, remit Charles II sur le trône d'Angleterre. Cf. Charles Maurras, De la politique naturelle au nationalisme intégral, Textes choisis par François Natter, Maître Assistant à Paris-Sorbonne, Doyen de la Faclip, Claude Rousseau, Maître Assistant à Paris-Sorbonne, Professeur à la Faclip, avec la collaboration de Claude Polin, Maître Assistant à Paris-Sorbonne, Professeur à la Faclip, Collection Essais d'Art et de Philosophie, Paris, Librairie Philosophique J. Vrin, 6, place de la Sorbonne, Paris (Ve), 1972, I : L'éducation de Monk, pp. 269-274.

 

(2) François Liberman, Commentaire de saint Jean, ouvrage cité plus haut, pages 52, 53 et 54 : S. Jean, I : 12 et 13 (prologue de l'Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean) : " Tous ceux qui l'ont reçu, il leur a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu, à ceux qui croient en son nom, qui ne sont point nés du sang, ni de la volonté de la chair, mais de Dieu." :

 

" Parmi ceux à qui la lumière adorable s'est montrée, il y en eut qui l'ont reçue. Cette réception dont parle ici l'Evangéliste est ce commencement de foi, qui se trouvait dans plusieurs juifs. L'intelligence s'aperçut de la divine lumière, la volonté même était émue et penchait vers cette divine lumière, on croyait que c'était le Fils de Dieu, mais on ne se livrait pas encore, à cause d'une foule d'embarras qui se trouvaient dans l'esprit et d'une grande faiblesse dans la volonté.

" Tous ceux qui le recevaient ainsi, étant fidèles à cette première lumière, recevaient le pouvoir de devenir des enfants de Dieu, et étaient amenés, par de nouvelles et de plus parfaites lumières, à une foi solide et à une volonté d'adhérer à la lumière adorable à laquelle ils croyaient. Etant fidèles à cette seconde lumière, ils devenaient les enfants de Dieu : mais, par la première réception, ils n'étaient pas enfants de Dieu, ils recevaient seulement le pouvoir de le devenir, dedit eis potestatem ; par la fidélité à la seconde grâce, ils devenaient enfants de Dieu ayant la foi : his qui credunt. Tous ceux qui croient ont d'abord reçu ce pouvoir de devenir enfants de Dieu, et ils le sont maintenant.

" C'est une grande chose que nous annonce ici le saint Evangéliste : que nous devenons enfants de Dieu. Par le premier bienfait de la création nous devons au Verbe divin la qualité de serviteurs de son Père, car la qualité de créature porte toujours avec elle le titre de néant et ne peut prétendre qu'à la servitude ; mais étant sortis même de la servitude de Dieu par notre péché, le Verbe, réparateur de son premier ouvrage, est venu sur la terre se mêler parmi nous et s'unir à notre nature, a donné à tous ceux qui s'unissent à lui par la foi véritable la participation à la filiation divine.

" Dans ce verset le saint Évangéliste nous enseigne que le germe et le principe de cette filiation divine n'est pas en nous, et que ce ne sont pas nos forces qui nous y font arriver, mais une force divine du Verbe qui vient vivre en ceux qui adhèrent à lui par la foi, pour les animer, les vivifier et leur communiquer la qualité de fils de Dieu, qui lui est propre, et c'est à cette vie et communication divine toute seule que nous devons d'être enfants de Dieu [sont par conséquent véritablement frères ou enfants de Dieu ou d'une même Père ceux qui croient en Jésus-Christ en tant que fils naturel et unique de Dieu le Père]. [...] Mais quel est donc le principe qui nous engendre à la vie divine ? C'est la vie divine que nous obtenons par le Verbe : ex Deo nati sunt [ceux qui sont nés de Dieu]. De là il résulte que toutes les fois que notre âme agit par un principe naturel  [autrement dit de la volonté de la chair], quoique bon, son action n'est pas l'action d'enfants de Dieu, et plus elle est unie à Notre Seigneur et assujettie et dépendante de son inspiration, plus l'enfance divine est parfaite en elle."

 

Saint François de Sales, Docteur de l'Église, le Docteur de l'Amour (Pie IX), l'aigle de douceur et l'apôtre du Chablais, Traité de l'Amour de Dieu, livre XI, chap. II :

 

" Que l'amour sacré rend les vertus excellemment plus agréables à Dieu qu'elles ne le sont par leur propre nature " et XI : " Comme les actions humaines sont sans valeur lorsqu'elles sont faites sans le divin amour " (Psaumes, Vg. 126 : 1 : " Si ce n'est pas Dieu qui bâtit la cité, c'est en vain que travaillent ceux qui la construisent ") [Non seulement cette doctrine, bien qu'elle appartienne manifestement à la foi catholique ou se trouve dans la Tradition et même dans l'Ecriture sainte, est ignorée de l'immense majorité des catholiques, - n'étant plus actuellement enseignée dans l'Eglise, - mais elle est même combattue par la plupart des chrétiens, prêtres, pasteurs et simples fidèles, qui la considèrent comme scandaleuse ou contraire à l'amour du prochain. Et que ceux ou celles qui doutent de ce que nous avançons en vérifient l'exactitude par des moyens appropriés. Si le Verbe éternel de Dieu le Père s'incarnait à notre époque en tenant le langage qui se trouve dans les quatre Évangiles, les autorités de notre pays, avec le soutien et sur la recommandation de quelques psychiatres, ne le feraient certes pas crucifier, car cela est passé de mode, mais ils s'empresseraient de le faire interner dans un hôpital psychiatrique sans lui donner la moindre chance d'en sortir un jour. Le Christ a en effet tenu un langage que le monde ne peut pas supporter et ne cesse en conséquence de modifier ou d'interpréter à sa façon pour lui donner un sens plus adapté à ses mœurs. C'est la parole de Dieu au goût du jour, ou, selon la formule consacrée, l'adaptation au monde. Mais les personnes de bonne volonté ne sont pas dupes de l'ambiguïté de cette expression. Toute assertion contraire à l'Écriture et à la Tradition, lors même qu'elle serait soutenue par la plus haute autorité sur la terre, est absolument fausse et ne mérite par conséquent aucune considération. Qu'on ne s'y trompe pas : on ne se moque pas de Dieu (cf. Galates, VI, 7). Dieu est Dieu.] :

" Que si les vertus, étant ainsi bonnes en elles-mêmes, ne sont pas récompensées d'un loyer éternel lorsqu'elles sont pratiquées par les infidèles ou par ceux qui sont en péché, il ne s'en faut nullement étonner : puisque le cœur pécheur duquel elles procèdent n'est pas capable du bien éternel, s'étant d'ailleurs détourné de Dieu, et que l'héritage céleste appartenant au Fils de Dieu, nul n'y doit être associé qui ne soit en lui, et son frère adoptif ; laissant à part que la convention par laquelle Dieu promet le Paradis ne regarde que ceux qui sont en sa grâce, et que les vertus des pécheurs n'ont aucune dignité ni valeur que celle de leur nature, qui par conséquent ne les peut relever au mérite des récompenses surnaturelles, lesquelles pour cela même sont appelées surnaturelles, d'autant que la nature et tout ce qui en dépend ne peut ni les donner ni les mériter. [...]

" Mais quand les vertus morales, oui même les vertus surnaturelles, produisent leurs actions en l'absence de la charité (1), comme elles font entre les schismatiques, au rapport de saint Augustin (2), et quelquefois parmi les mauvais catholiques, elles n'ont aucune valeur pour le Paradis ; non pas même l'aumône, quand elle nous porterait à distribuer toute notre substance aux pauvres ni le martyre non plus, quand nous livrerions notre corps aux flammes pour être brûlés. Non Théotime, sans la charité, dit l'Apôtre (3), tout cela ne servirait de rien, ainsi que nous montrons plus amplement ailleurs (4). [...] Or je dis, rien ne profite pour la vie éternelle, quoique, comme nous disons ailleurs (5), les œuvres vertueuses des pécheurs ne soient pas inutiles pour la vie temporelle, mais, Théotime, mon ami, que profite-t-il à l'homme s'il gagne tout le monde temporellement et qu'il perde son âme éternellement (6) ? "

 

1) Romains, 5 : 5 : "La charité de Dieu a été répandue dans nos cœurs par l'Esprit-Saint qui nous a été donné " ; I Timothée, I : 5 : " Cette injonction a pour objectif la charité qui procède d'un cœur pur, d'une bonne conscience et d'une foi non feinte (fide non ficta)." ; S. Matthieu, 5 : 37 : " Mais que votre parole soit oui, [si c'est] oui, non, [si c'est] non ; ce qu'on y ajoute vient du malin." ; Ibid., 7 : 21 : " Ce n'est pas quiconque me dit ' Seigneur ! Seigneur ! ' qui entrera dans le royaume des cieux, mais celui qui fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux " ; Saint Luc, 6 : 46 : " Pourquoi m'appelez-vous : ' Seigneur ! Seigneur ! ' et ne faites-vous pas ce que je dis ? " ; Saint Jean, 14 : 21 : " Celui qui a mes commandements et les garde, voilà qui m'aime. Celui qui m'aime sera aimé par mon Père. Moi aussi je l'aimerai et je me manifesterai à lui." ; Id., 15 : 14 : " Vous êtes mes amis, si vous faites ce que je vous commande." ; Saint Matthieu, 17 : 5 : " Comme il (Pierre) parlait encore, une nuée lumineuse les couvrit (Pierre, Jacques et Jean). Et voici, une voix fit entendre de la nuée ces paroles : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis toute mon affection : écoutez-le ! " ; Ibid., 7 : 13-14 : " Entrez par la porte étroite. Car large est la porte, spacieux est le chemin qui mènent à la perdition, et il y en a beaucoup qui entrent par là. Mais étroite est la porte, resserré le chemin qui mènent à la vie, et il y en a peu qui les trouvent." ; Saint Jean, 3 : 35-36 : " Le Père aime le Fils, et il a remis toutes choses entre ses mains. Celui qui croit au Fils a la vie éternelle, celui qui ne croit pas au Fils ne verra point la vie, mais la colère de Dieu demeure sur lui." ; Saint Jean, 7 : 16 : " Jésus leur répondit : Ma doctrine n'est pas de moi, mais de celui qui m'a envoyé." ; Saint Marc, 13 : 31 : " Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront point." ; Saint Marc, 16 : 15-16 : " Puis il (Jésus) leur dit : Allez par tout le monde, et prêcher la bonne nouvelle à toute la création. Celui qui croira et qui sera baptisé sera sauvé, mais celui qui ne croira pas sera condamné." ; Saint Jean, 15 : 19-20 : " Je vous ai choisis et retirés du monde, à cause de cela le monde vous hait. Souvenez-vous de la parole que je vous ai dite : " Un serviteur n'est pas supérieur à son maître." S'ils m'ont persécuté, ils vous persécuterons aussi ; s'ils ont gardé ma parole, ils garderont la vôtre aussi."; S. Luc, 12 : 8-9 : " Je vous le dis, quiconque me confessera devant les hommes, le Fils de l'homme le confessera aussi devant les anges de Dieu ; mais celui qui me reniera devant les hommes sera renié devant les anges de Dieu." ; Ibid., 13 : 3 et 5 : " Non, je vous le dis. Mais si vous ne vous repentez, vous périrez tous également." ; IIe épître de S. Jean, versets 7 à 11 : " C'est que beaucoup de séducteurs se sont répandus dans le monde, qui ne confessent pas Jésus-Christ venu dans la chair. Voilà bien le Séducteur et l'Antichrist. Ayez les yeux sur vous, pour ne pas perdre le fruit de vos travaux, mais recevoir au contraire une pleine récompense. Quiconque va plus avant et ne demeure pas dans la doctrine du Christ ne possède pas Dieu. Celui qui demeure dans la doctrine, c'est lui qui possède et le Père et le Fils. Si quelqu'un vient à vous sans apporter cette doctrine, ne le recevez pas chez vous et abstenez-vous de le saluer. Celui qui le salue participe à ses œuvres mauvaises." ; Ire épître de S. Jean, 4 : 2-3 : " A ceci reconnaissez l'Esprit de Dieu : tout esprit qui confesse Jésus venu dans la chair est de Dieu ; et tout esprit qui ne confesse pas Jésus n'est pas de Dieu ; c'est là l'esprit de l'Antichrist." ; IIe épître de S. Pierre, 1 : 20-21 : " Avant tout, sachez-le : aucune prophétie d'Ecriture n'est l'objet d'explication personnelle ; ce n'est pas d'une volonté humaine qu'est jamais venue une prophétie, c'est poussés par le Saint-Esprit que des hommes ont parlé de la part de Dieu." ; IIe épître à Timothée, 3 : 16-17 : " Toute Écriture est inspirée de Dieu et utile pour enseigner, réfuter, redresser, former à la justice : ainsi l'homme de Dieu se trouve-t-il accompli, équipé pour toute œuvre bonne." ; Ibid., 1 : 13-14 : " Prends pour norme les saines paroles que tu as entendues de moi, dans la foi et la charité du Christ Jésus. Garde le bon dépôt avec l'aide du Saint-Esprit qui habite en nous." ; IIe épître aux Thessaloniciens, 2 : 15 : " Dès lors, frères, tenez bon, gardez fermement les traditions que vous avez apprises de nous, de vive voix ou par lettre." ; Épître aux Colossiens, 2 : 8 : " Prenez garde qu'il ne se trouve quelqu'un pour vous réduire en esclavage par le vain leurre de la philosophie, selon une tradition tout humaine, selon les éléments du monde, et non selon le Christ." ; Épître aux Galates, 1 : 8-9 : " Eh bien! Si nous-même, si un ange venu du ciel vous annonçait un évangile différent de celui que nous avons prêché, qu'il soit anathème! Nous l'avons déjà dit, et aujourd'hui je le répète : si quelqu'un vous annonce un évangile différent de celui que vous avez reçu, qu'il soit anathème." ; S. Thomas d'Aquin, Somme théologique, IIaIIæ, qu. 24, art. 3, sol. 3 : " C'est également le sens qu'il faut donner à ces paroles de saint Augustin : ' La crainte introduit en nous la charité ' ; et à ces paroles de la Glose sur S. Matthieu : “La foi engendre l'espérance, et l'espérance la charité.”. ; Romains, 1 : 17 : " C'est en effet la justice de Dieu qui se révèle en lui, (venant) de la foi pour la foi, selon qu'il est écrit : Qui est juste par la foi vivra (a)" ; Hébreux, 11 : 6 : " Sans la foi on ne peut plaire (à Dieu), car celui qui s'approche de Dieu doit croire qu'il existe et qu'il est le rémunérateur pour ceux qui le cherchent (b)."

a) Hab., 2 : 4 ; Gal., 3 : 11 ; Héb., 10 : 38 ;

b) Jér., 29 : 12-14 ;

 

2) Saint Augustin, Du baptême, liv. I, chap. VIII, IX ;

 

3) I Corinthiens, 13 : 3 ;

 

4) Traité de l'amour de Dieu, liv. X, chap. VIII ;

 

5) Ibid., liv. XI, chap. I .

 

Charles de Foucauld, En vue de Dieu seul, 2 - Foi, Nouvelle Cité, Paris, 1973, pp. 191-192 :

 

" 86. " Le Père vous aime, parce que vous m'aimez et que vous croyez que je suis son Fils [et que vous avez cru que je suis sorti de Dieu]." (S. Jean, 16, 27) - Vous donnez ici à la foi accompagnée de la charité, le pouvoir d'attirer l'amour du Père. Il ne suffit pas qu'on pense aimer son Fils comme homme, qu'on l'admire, il faut qu'on l'admire assez pour reconnaître en lui plus qu'un homme, qu'on l'aime, non de l'amour qu'on attribue à un homme, mais de celui qu'on doit à Dieu... Quand on croit en votre Fils comme on doit croire en lui et qu'on l'aime comme on doit l'aimer, alors on est vraiment son ami, son fidèle serviteur, son disciple dévoué, ... et par un effet naturel de l'amour du Père pour le Fils, le Père aime les amis, les fidèles serviteurs, les disciples dévoués, les vrais amis de son Fils. Mais le Père aime trop le Fils pour pouvoir aimer ceux qui, avertis de ce qu'ils doivent au Fils, ne lui rendent pas les devoirs qui lui sont dus. Et c'est une des causes pour lesquelles " hors de la foi, hors de l'Eglise pas de salut " (a), c'est que le Père aime trop le Fils pour pouvoir aimer et recevoir comme siens ceux qui, avertis de ce qu'est le Fils, appelés à lui par la grâce du Père et par ses envoyés, ont trop de mauvaise volonté, d'indifférence ou de lâcheté pour reconnaître le Fils pour ce qu'il est et lui rendre les devoirs et l'amour qu'ils lui doivent : Le Père aime trop le Fils pour pouvoir aimer de tels hommes."

a) " Extra Ecclesia salus non est." S. Cyprien, Ep. 73, ad Jubaianum, 21 ; De Unitate Ecclesiæ, VI, P. L., IV, 503 : " Hors de l'arche, le déluge et la mort ; hors de l'Eglise, la damnation." ; Conc. Later. cap. IV, Firmiter ; Conc. Florent. Decretum pro Jacobitis. Cf. Denzinger Bannwart, 430, 714, 1647, 1677. 

 

6) Saint Matthieu, 16 : 26.

 

Évangile selon saint Jean, Prologue, chapitre Ier, verset 12 :

 

" Mais à ceux qui l'ont reçu (le Verbe qui est Dieu), il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu : à ceux qui croient en son nom, qui ne sont nés ni du sang, ni d'un vouloir charnel, ni d'un vouloir humain, mais de Dieu."

 

Saint Jean de la Croix, Docteur de l'Eglise, Le Docteur mystique, La Montée du Mont Carmel, Livre II, chap. V (où il est déclaré ce qu'est l'union avec Dieu, et ceci avec une comparaison), et Livre III, chap. XXVII (la joie des biens moraux, des bonnes œuvres) :

 

" Et c'est ce que saint Jean a voulu donner à entendre par ces paroles " Qui ne sont point nés du sang, ni de la volonté de la chair, mais de Dieu " (S. Jean, I : 13) ; comme s'il disait : Il a donné le pouvoir d'être faits enfants de Dieu - c'est-à-dire de pouvoir se transformer en Dieu - seulement à ceux qui ne sont point nés du sang - c'est-à-dire qui ne sont point nés des complexions et compositions naturelles - ni non plus de la volonté de la chair - c'est-à-dire de l'arbitre de quelque habileté ou capacité naturelle - ni moins encore de la volonté de l'homme (cf. verset 13) - en quoi est compris tout mode et manière de juger et concevoir avec l'entendement."

 

Ibid., Livre III, chapitre XXVII :

 

" La quatrième sorte de biens dans lesquels la volonté peut se réjouir sont les biens moraux. Nous entendons par là les vertus et leurs habitudes en tant que morales ; pareillement l'exercice de quelque vertu que ce soit, et l'exercice des œuvres de miséricorde, l'observation de la loi de Dieu, la politique (le bien public) et tout exercice de bon naturel et inclination.

" Et ainsi, parlant humainement, parce que les vertus méritent d'elles-mêmes d'être aimées et estimées, l'homme peut bien se réjouir de les avoir et de les pratiquer, tant pour ce qu'elles sont en soi, que pour ce qu'elles apportent de bien à l'homme humainement et temporellement. Car en cette façon et pour ce sujet les philosophes, les sages et anciens princes les ont estimées, les ont louées et ont tâché de les avoir et de les pratiquer ; et, bien que gentils (par opposition aux juifs et aux chrétiens) et quoiqu'ils ne regardassent les choses que temporellement - pour les biens temporels et naturels qu'ils connaissaient leur devoir advenir de là - ils n'obtenaient pas seulement par là les biens et l'estime temporelle qu'ils prétendaient, mais en outre Dieu, qui aime tout ce qui est bon (même chez les barbares et gentils) et qui ' n'empêche pas de faire quelque bien ' (Sagesse, VII, 22 - Vulgate : ... quem nihil vetat, benefaciens), comme dit le Sage, leur prolongeait la vie, leur accroissait l'honneur, le domaine et la paix, comme Il fit aux Romains, parce qu'ils vivaient sous de bonnes lois ; et leur assujettit presque tout le monde - payant d'une récompense temporelle les bonnes mœurs de ceux qui pour leur infidélité étaient incapables de récompense éternelle. [...]

 

Saint Bonaventure (1221 - 1274), le " Docteur Séraphique ", franciscain, cardinal, qui fut le VIIIe successeur de saint François d'Assise à la tête de son Ordre, docteur de l'Église, Breviloquium, Ire Partie, ch. 9, § 7 :

 

" [...] Donc, lorsque la Volonté divine damne et réprouve, elle opère selon la justice, lorsqu'elle prédestine, elle opère selon la grâce et la miséricorde qui n'exclut pas la justice ; car tous, appartenant à la masse de perdition, devaient être damnés. Plus nombreux sont les réprouvés que les élus, pour montrer que le salut vient d'une grâce spéciale et la damnation de la justice commune : " Quia ergo omnes, secundum quod de massa perditionis errant, dedebant damnari, ideo plures reprobantur quam eligantur, ut ostendatur, quod salvatio est secundum gratiam specialem, sed damnatio secundum iustitiam communem "."

 

Concluons par le passage suivant extrait d'une allocution du Pape Pie XII adressée aux jeunes de l'Action catholique italienne, le 20 avril 1946, et dont nos responsables politiques devraient faire tout particulièrement leur profit, s'ils avaient un peu de bon sens et d'honnêteté intellectuelle, car les paroles de ce Pontife ne sont pas à prendre à la légère :

 

« L'histoire signale invariablement comme élément précurseur des grandes catastrophes, non seulement économiques et politiques, mais également et principalement spirituelles et religieuses, la décadence de la moralité publique, la corruption des mœurs qui s'installe effrontément en souveraine et vise à séduire surtout les jeunes générations. L'expérience présente ne fait que confirmer les leçons de l'histoire. Nous ne Nous lassons pas de dénoncer, en toute occasion qui se présente à Nous, au moins trois des formes plus redoutables du monstrueux Moloch qui moissonne tant de victimes : le divorce, l'école sans Dieu, l'immoralité de la littérature et des spectacles. »

 

Et l'année suivant, le 7 avril 1947, pour nous éviter de sombrer dans l'angélisme et de croire que nous pourrons par nous-mêmes édifier en cette vie une cité idéale absolument parfaite jusqu'à le confondre avec le Royaume de Dieu, il dira à des étudiants français :

 

« L'esprit du mal, qui jamais ne désarme, redouble en ce moment ses efforts dans la lutte contre la sainte Église et contre toute société humaine ordonnée, contre Dieu même et contre le Christ. Et l'acharnement qu'il y met semblerait faire présager que cette lutte est à la veille d'aboutir à une solution définitive, si l'on ne savait qu'elle durera autant que le monde et qu'elle ne se résoudra que dans la victoire de Dieu et le triomphe final de son Église. »

 

Pape Léon XIII, Encyclique "Arcanum divinæ Sapientiæ", 10 février 1880 - sur le mariage :

 

" Plût à Dieu que les doctrines des philosophes naturalistes, qui sont pleines de fausseté et d'injustices, ne fussent pas en même temps fécondes en malheurs et en ruines ! [Ce qui est fait en l'an 2002.] Mais il est facile de voir combien de maux a produits cette profanation du mariage, et de combien de maux elle menace dans l'avenir la société tout entière. [Aujourd'hui, en l'an 2002, l'effet a suivi la menace.]

" [...] Or, ceux qui nient que le mariage soit sacré, et qui, après l'avoir dépouillé de toute sainteté, le rejettent au nombre des choses profanes, renversent les fondements même de la nature, contredisent aux desseins de la divine Providence et démolissent, autant qu'il dépend d'eux, ce qui a été établi par Dieu. C'est pourquoi il ne faut pas s'étonner que ces tentatives impies engendrent tant de maux si funestes au salut des âmes et à l'existence de la société."

 

Pape saint Pie X, Allocution à des Français, 18 novembre 1909 - sur l'absolutisme d'État :

 

" Ils veulent supprimer jusqu'à la notion même du christianisme, et sous prétexte de se soustraire à l'autorité dogmatique et morale de l'Église, ils en acclament une autre, aussi absolue qu'illégitime, à savoir la suprématie de l'État, arbitre de la religion, oracle suprême de la doctrine et du droit."

 

Ibid., Décret "Lamentabili", 3 juillet 1907 - énoncés des erreurs sur l'Institution de l'Église, et tout particulièrement de l'erreur des modernistes relative à la morale :

 

" LXIII. - L'Église se montre incapable de défendre efficacement la morale évangélique, parce qu'elle se tient obstinément attachée à des doctrines immuables qui ne peuvent se concilier avec les progrès actuels."

 

Les conclusions politiques qui s'imposent

 

N'ayons pas peur de déclarer que l'école laïque est une invention inspirée par le démon à la franc-maçonnerie pour déchristianiser notre pays en s'emparant des écoles publiques. Une telle convergence dans la haine de l'Église catholique et un tel acharnement à vouloir détruire celle-ci par tous les moyens possibles et imaginables ne peuvent pas provenir du hasard. On retrouve en effet cette pensée funeste et sa concrétisation chez tous les francs-maçons de haut grade dans le monde entier Ce que nous avançons a déjà été prouvé par bien des historiens. Et l'on peut aisément en retrouver les preuves si l'on veut vraiment s'en donner la peine. Des parents chrétiens font baptiser leurs petits enfants qu'ils confieront quelques années plus tard aux curés de leur paroisse pour que ceux-ci leur communiquent, avec la collaboration de quelques laïcs très souvent peu formés, les rudiments de la foi chrétienne et les amènent par là à leur confirmation et à leur communion. Un peu plus tard, ces enfants, devenus des jeunes gens, seront pris en main par des professeurs de l'école laïque qui se chargeront de leur faire oublier et même rejeter le peu qu'ils ont appris pour les conduire finalement à l'athéisme ou à une totale et froide indifférence en matière de religion. C'est simple comme bonjour. D'un côté on fait baptiser et instruire religieusement ses enfants et de l'autre on soigne les corps tout en contribuant à la damnation éternelle des âmes. A quoi tout cela a servi ? Et qui est le grand vainqueur ? Il est temps que les catholiques relèvent le défi de l'ennemi de la nature humaine et combattent pour la Royauté Sociale du Christ et de son Corps Mystique (problème politique et affaire de laïcs. Dieu ne nous sanctifiera qu'à ce prix (cf. S. Matt., 7 : 21 ; 5 : 48). L'équilibre du monde en dépend (cf. Psaumes, 127 : 1). Nous aurons des comptes à rendre. Méditons bien la parabole des talents (cf. S. Luc, 19 : 11-27). L'ordre ne peut pas naître spontanément. Dans un système où toutes les cartes sont pipées ou biseautées, aucune restauration nationale n'est possible sans le retour d'une autorité réelle (1) et la révision intégrale de nos conceptions politiques, ce qui implique le rejet des faux dogmes de la souveraineté du peuple et de la séparation des pouvoirs. En réalité, tout est à revoir, car l'injustice s'est infiltrée partout - étant bien entendu que tout ce qui est en conformité avec la loi divine et la loi naturelle est toujours à conserver. Le problème n'est-il pas d'abord politique (2)? Car il ne suffit pas de balancer les bras de droite à gauche au rythme d'une pieuse chanson et de parler d'amour matin et soir en croyant que nous parviendrons ainsi à faire abroger des lois autorisant et favorisant l'immoralité et l'injustice et à persuader nos gouvernants de rendre "un culte public au Christ" au point "que l'État tout entier se règle sur les commandements de Dieu et les principes chrétiens" (Encyclique Quas Primas). Ce sont vraiment des enfantillages (3). Si le monde est actuellement en pleine crise morale, la faute incombe d'abord à nous laïcs ou chrétiens baptisés. Ne prenons pas nos prêtres pour des boucs émissaires et n'accablons pas la hiérarchie ou Dieu ou Son Église de tous les maux qui affligent notre monde. N'est-ce pas là un misérable moyen de rassurer notre conscience à bon marché et de fuir nos responsabilités ou un prétexte pour ne rien faire ?

Et même vainqueurs, notre vigilance ne devra plus jamais se relâcher, car jusqu'à l'avènement du Fils de l'homme ou jusqu'au retour du Christ sur la terre, il y aura un mélange de bon grain et d'ivraie ou de bons et de méchants, de fidèles et d'infidèles, de saints et d'impies, et ce n'est qu'à la fin absolument dernière de l'histoire que Dieu séparera les sujets du Royaume et les sujets de Lucifer, le chef du camp de Babylone (4), et qu'Il fera toutes choses nouvelles (5). Et ce n'est également que dans l'au-delà de l'histoire que sera atteint l'état final de l'humanité. Tant que dure le temps, le combat du bien et du mal durera ; et jusqu'à la fin nous devrons sans cesse lutter contre nous-mêmes et contre les puissances des ténèbres avec l'aide de Dieu et de ses célestes armées. Mais déjà, en cette vie, par la foi pure et nue, par la foi seule, et en passant par bien des épreuves et par notre conformité de notre volonté à celle de Dieu dans tout ce qu'Il permet de nous arriver, nous pouvons recevoir les prémices de la vie éternelle, selon les promesses du Christ et le témoignage des saints (6).

 

1) Charles Maurras, Le Bienheureux Pie X, Sauveur de la France, Plon, 1953, pp. XXIII-XXIV :

" [...] Si nous nous disions un peu moins tapageusement ' sociaux ' que d'autres, c'était en vertu de l'observation d'un fait que voici : tant qu'il y aura un parti professionnellement constitué pour vivre de la dilacération de la société, de l'exploitation de ses antagonismes et, pour tout dire, de ses plaies, toute entreprise d'accord social subira l'échec dû à la surenchère vitale organisée par cette lutte des classes [ou des partis] que le mécanisme électif appelle à la prépondérance."

 

2) Charles Maurras, De la politique naturelle au nationalisme intégral (ouvrage cité plus haut), Textes choisis par François Natter, Maître Assistant à Paris-Sorbonne, Doyen de la Faclip, Claude Rousseau, Maître Assistant à Paris-Sorbonne, Professeur à la Faclip, avec la collaboration de Claude Polin, Maître Assistant à Paris-Sorbonne, Professeur à la Faclip, Collection Essais d'Art et de Philosophie, Paris, Librairie Philosophique J. Vrin, 6, place de la Sorbonne, Paris (Ve), 1972, pp. 173, 172, et dans Mes idées politiques, Préface de Pierre Gaxotte, de l'Académie française, Fayard, 1937, pp. 160, 155, L'Action française du 2-6-1906, et le Dictionnaire politique et critique, I, La Cité des Livre, 1932, p. 459 :

 

" Les lois.

" La science politique est une science expérimentale dont l'objet est la poursuite de constantes régulières et des lois statistiques de la société."

" ' Politique d'abord '.

« Quand nous disons ' politique d'abord ', nous disons : la politique la première, la première dans l'ordre du temps, nullement dans l'ordre de la dignité. Autant dire que la route doit être prise avant que d'arriver à son point terminus ; la flèche et l'arc seront saisis avant de toucher la cible : le moyen d'action précédera le centre de destination. »

" Au point de vue de l'importance, le n° 1 appartient évidemment aux questions religieuses et morales ; le n° 2 aux questions sociales, et le n° 3 aux questions politiques. Mais, au point de vue de la marche et du moment, de l'ordre dans lequel le problème peut se traiter en fait dans les conditions de la France d'aujourd'hui, c'est le numérotage inverse qui s'impose : le n° 1 est politique, le n° 2 social, le n° 3 moral et religieux. Étant donné l'omnipotence de l'État centralisateur de qui tout dépend, il faut commencer par mettre dans l'impossibilité de nuire cet État antisocial, antireligieux et antimoral [et par principe ou en finalité antisocial parce qu'antimoral et antireligieux, car tout se tient] ; il faut ensuite, avec le concours de cet État redressé, introduire de sages réformes sociales ; enfin, à la faveur d'une atmosphère sociale épurée et renouvelée, favoriser les entreprises de réforme religieuse et morale, ou plutôt assurer à leur expansion un champ de liberté plénière. L'Action française fit de bonne heure cette distinction de sens commun : dans l'œuvre du labour, la charrue importe bien plus que les bœufs qui la traînent ; cependant, la charrue n'est point placée avant les bœufs, hormis chez les Gribouilles conservateurs qui, naturellement, en sont toujours punis."

 

Ibid., La politique religieuse, Nouvelle Librairie Nationale, 1914, III : Défense politique d'intérêts religieux, VII : La leçon politique d'un fait religieux, A propos de l'encyclique " Gravissimo officii " du pape saint Pie X, pp. 318, 321, 323 et 324 :

 

" Sur les questions religieuses, Rome donnera des instructions pratiques. Elle refusera d'en donner, elle le refuse déjà, pour qui sait lire l'Encyclique, sur les questions qui sont proprement politiques. Nos concitoyens seront invités à user de leurs 'droits', en ayant soin de se conformer aux lois de la vie chrétienne et aux règles de la charité évangélique. [...] Rome ne dispensera donc ni d'être hommes, ni d'être Français, ni d'être des êtres raisonnables et des citoyens prévoyants.

" [...] Nos adversaires ne sont sans doute pas des aigles, comme on a la faiblesse de le croire souvent. Mais on aurait tort de les tenir pour des buses. Ils ont tout à la fois l'expérience du pouvoir et celle de l'opposition. Comme dans tous les partis de guerre civile, leurs cervelles, insensibles au bien commun et aveuglés sur les périls extérieurs, sont lucides et hardies quand il s'agit d'un ennemi intérieur. [...]

" Axiome : - La politique religieuse, comme la politique économique, comme la politique sociale, est d'abord une politique. Elle consiste donc en tout premier lieu à s'emparer et à s'assurer du pouvoir. Rien n'est fait de certain, rien n'est fait de sérieux contre un adversaire quelconque si on lui laisse le moyen d'édicter la loi, de l'interpréter et de l'exécuter. La conquête du pouvoir par les catholiques est donc le seul moyen certain d'une résistance sérieuse [cf. plus haut l'encyclique Quas Primas du Pape Pie XI sur la Royauté du Christ]. Œuvre à longue, à très longue portée assurément. Œuvre de transformation profonde et radicale. Œuvre aussi fort complexe et dans laquelle tout - homme, lois et institutions - peut être remis en question. La question pourtant est unique : - Comment la conquête du pouvoir peut-elle être entreprise, conduite, effectuée ? [...]

" Cette solution positive, la seule positive, est d'une complexité immense. J'ajoute qu'elle n'est pas plus commode à manier que simple à concevoir. Seulement, elle est l'unique et elle est la vraie. C'est quelque chose. L'autre est absurde, l'autre tombe sous l'anathème que l'histoire du monde, tout comme le Siège romain, prodigue, en toutes ses pages, aux imprévoyants."

 

Marquis de la Franquerie, Ascendances Davidiques des Rois de France et leur parenté avec Notre Seigneur Jésus-Christ, la Très Sainte Vierge Marie et Saint Joseph, ouvrage cité plus haut, Avant-propos, pp. 13-14 : Lettre du 6 novembre 1972 d'un religieux, " l'un des confidents et secrétaire à l'occasion du Padre Pio " :

 

" Padre Pio savait que la France cache un pouvoir qui se révélera à l'heure établie (c'est-à-dire à l'heure de Dieu)... Dans le monde manque le pouvoir royal que Dieu a caché en ces temps de folie. Le pouvoir royal seulement, celui que Dieu donna à David, est capable de régir le gouvernement des peuples. Sans le pouvoir royal de David, reconnu et mis à sa juste place, me disait le Padre Pio, la religion chrétienne n'a pas le soutien indispensable sur lequel appuyer la Vérité de la parole de Dieu. La folie des hommes a été de tenter de tuer la royauté ; le monde le paye encore aujourd'hui, car sans le véritable Roi promis par Dieu parmi les descendants de David, le pouvoir de Dieu ne réside plus dans le cœur des chefs d'Etat et des ministres. Mais Satan tire avantage à remplacer le pouvoir royal du David vivant. Que le malheur du monde sera grand avant que les hommes puissent comprendre cette vérité. La vérité est aujourd'hui dans le cœur de peu d'hommes élus et cachés, mais, dans ces hommes, il y a tous les pouvoirs du Dieu vivant qui veut et peut détruire tous les usurpateurs des pouvoirs véritables..."

 

Pape Saint Pie X, Lettre sur le Sillon du 25 août 1910 relative au modernisme social :

 

" Non, vénérables Frères - il faut le rappeler énergiquement dans ces temps d'anarchie sociale et intellectuelle [ces temps d'anarchie sociale et intellectuelle ont-ils disparu en l'an 2001 ?], où chacun se pose en docteur et législateur - on ne bâtira pas la cité autrement que Dieu ne l'a bâtie ; on n'édifiera pas la société [il s'agit donc bien là de politique], si l'Église n'en jette les bases et ne dirige les travaux ; non, la civilisation n'est plus à inventer ni la cité nouvelle à bâtir dans les nuées. Elle a été, elle est ; c'est la civilisation chrétienne, c'est la cité catholique. Il ne s'agit que de l'instaurer et la restaurer sans cesse sur ses fondements naturels et divins contre les attaques toujours renaissantes de l'utopie malsaine, de la révolte et de l'impiété : omnia instaurare in Christo (a) (restaurer toutes choses dans le Christ)." [Et peut-on instaurer et restaurer toutes choses dans le Christ sans faire de politique ?]

a) Éphésiens, I, 10 : " in dispensationem plenitudinis temporum instaurare omnia in Christo quae in caelis et quae in terra sunt in ipso ".

 

3) Charles Maurras, L'Avenir de l'Intelligence, préface, pp. 12-13, 13-14, 17-18, 19, Nouvelle Librairie Nationale, 11, rue de Médicis, Paris, 1917 :

 

" Il faut être stupide comme un conservateur ou naïf comme un démocrate pour ne pas sentir quelles forces tendent à dominer la Terre. Les yeux créés pour voir ont déjà reconnu les deux antiques forces matérielles : l'Or et le Sang.

" En fait, un homme d'aujourd'hui devrait se sentir plus voisin du Xe siècle que du XVIIIe. Quelques centaines de familles sont devenues les maîtresses de la planète. Les esprits simples qui s'écrient : Révoltons-nous, renversons-les, oublient que l'expérience de la révolte a été faite en France, il y a cent quinze ans, et qu'en est-il sorti ? De l'autorité des princes de notre race, nous avons passé sous la verge de marchands d'or, qui sont d'une autre chair que nous, c'est-à-dire d'une autre langue et d'une autre pensée. [...]

" Sans doute, le catholicisme résiste, et seul : c'est pourquoi cette Église est partout inquiétée, poursuivie, serrée de fort près. Chez nous, le Concordat l'enchaîne à l'État qui, lui-même, est enchaîné à l'Or, et nos libres penseurs n'ont pas encore compris que le dernier obstacle à l'impérialisme de l'Or, le dernier fort des pensées libres est justement représentée par l'Église qu'ils accablent de vexations ! Elle est bien le dernier organe autonome de l'esprit pur. Une intelligence sincère ne peut voir affaiblir le catholicisme sans concevoir qu'elle est affaiblie avec lui : c'est le spirituel qui baisse dans le monde, lui qui régna sur les argentiers et les rois ; c'est la force brutale qui repart à la conquête de l'univers. [...]

" Rien n'est possible sans la réforme intellectuelle de quelques-uns. Mais ce petit nombre d'élus doit bien se dire que, si la peste se communique par la simple contagion, la santé publique ne se recouvre pas de la même manière. Leurs progrès personnels ne suffiront pas à déterminer un progrès des mœurs. Et d'ailleurs ces favorisés, fussent-ils les plus sages et les plus puissants, ne sont que des vivants destinés à mourir un jour ; eux, leurs actes et leurs exemples ne feront jamais qu'un moment dans la vie de leur race, leur éclair bienfaisant n'entrouvrira la nuit que pour la refermer, s'ils n'essayent d'y concentrer en des institutions un peu moins éphémères qu'eux le battement furtif de la minute heureuse qu'ils auront appelée sagesse, mérite ou vertu. Seule, l'institution, durable à l'infini, fait durer le meilleur de nous. Par elle, l'homme s'éternise : son acte bon se continue, se consolide en habitudes qui se renouvellent sans cesse dans les êtres nouveaux qui ouvrent les yeux à la vie. [...]

" Tout désespoir en politique est une sottise absolue."

 

4) Cf. S. Ignace de Loyola, Exercices spirituels, Quatrième jour : Méditation des deux Étendards.

 

5) Cf. S. Matthieu, 13 : 24-30, 36-43 ; Apocalypse, 21 : 1-5.

 

6) Cf. S. Luc, 9 : 23 ; S. Matthieu, 19 : 29 ; 11 : 30 ; I Thessaloniciens, 5 : 16-18 ; S. Jean, 14 : 23 ; I Corinthiens, 6 : 17 ; Romains, 14 : 17 ; 2 Corinthiens, 7 : 4 ; Galates, 2 : 20 ; etc.

 

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Le Testament de saint Rémi

La charte fondamentale de la nation française

 

Pape Saint Pie X à Mgr Touchet, évêque d'Orléans, lors de la lecture du décret de Béatification de Jeanne d'Arc, le 13 décembre 1908 (cf. Actes de Saint Pie X, tome V, p. 204) :

 

" Vous direz aux Français qu'ils fassent leur Trésor des Testaments de saint Rémi, de Charlemagne et de saint Louis, qui se résument dans ces mots si souvent répétés par l'héroïne d'Orléans :

" Vive le Christ qui est Roi de France ! "

" A ce titre seulement la France est grande parmi les Nations. A cette clause Dieu la protégera et la fera libre et glorieuse. [...]"

 

Voici les parties essentielles de ce Testament que tout Français devrait connaître :

 

" Que le présent testament que j'ai écrit pour être gardé respectueusement intact par mes successeurs les évêques de Reims, mes frères, soit aussi défendu, protégé partout envers et contre tous par mes très chers fils les rois de France par moi consacrés au Seigneur à leur baptême, par un don gratuit de Jésus-Christ et la grâce du Saint-Esprit.

" Qu'en tout et toujours il garde la perpétuité de sa force et l'inviolabilité de sa durée. [...]

" [...] Mais par égard seulement pour cette race royale [race animée par le sang du Roi Jésus, Roi du Ciel et de l'univers, et par le sang du roi David] qu'avec tous mes frères et co-évêques de la Germanie, de la Gaule et de la Neustrie, j'ai choisie délibérément pour régner jusqu'à la fin des temps (1), au sommet de la majesté royale pour l'honneur de la Sainte Église et la défense des humbles.

" Par égard pour cette race que j'ai baptisée, que j'ai reçue dans mes bras ruisselante des eaux du baptême : cette race que j'ai marquée des sept dons du Saint-Esprit, que j'ai ointe de l'onction des rois par le Saint-Chrême du même Saint-Esprit;

" J'ai ordonné ce qui suit :

" Si un jour cette race royale que j'ai tant de fois consacrée au Seigneur, rendant le mal pour le bien, lui devenait hostile, envahissait ses églises, les détruisait, les dévastait :

" Que le coupable soit averti une première fois par tous les évêques du diocèse de Reims,

" Une deuxième fois par les églises réunies de Reims et de Trèves,

" Une troisième fois par un tribunal de trois ou quatre archevêques des Gaules,

" Si à la septième monition il persiste dans son crime, trêve à l'indulgence ! Place à la menace !

" S'il est rebelle à tout, qu'il soit séparé du corps de l'Église par la formule inspirée aux évêques par l'Esprit-Saint : parce qu'il a persécuté l'indigent, le pauvre au cœur contrit ; parce qu'il ne s'est point souvenu de la miséricorde ; parce qu'il a aimé la malédiction, elle lui arrivera ; et n'a point voulu de la bénédiction, elle s'éloignera.

" Et tout ce que l'Église a l'habitude de chanter de Judas le traite et des mauvais évêques que toutes les églises le chantent de ce roi infidèle.

" Parce que le Seigneur a dit : ' Tout ce que vous avez fait au plus petit des miens, c'est à moi que vous l'avez fait, et tout ce que vous ne leur avez pas fait, c'est à moi que vous ne l'avez pas fait ' (S. Matthieu, 25 : 45).

" Qu'à la malédiction finale on remplace seulement, comme il convient à la personne, le mot épiscopat par le mot royauté :

" Que ses jours soient abrégés et qu'un autre reçoive sa royauté ! (2)  [mais de la même race et toujours dans le respect de la Loi Salique, car Dieu ne peut pas se contredire, cf. plus haut.]

" Si les archevêques de Reims, mes successeurs, négligent ce devoir que je leur prescris, qu'ils reçoivent pour eux la malédiction destinée au prince coupable : que leurs jours soient abrégés et qu'un autre occupe leur siège.

" Si Notre Seigneur Jésus-Christ daigne écouter les prières que je répands tous les jours en sa présence, spécialement pour la persévérance de cette race royale, suivant mes recommandations, dans le bon gouvernement de son royaume et le respect de la hiérarchie de la Sainte Église de Dieu,

" Qu'aux bénédictions de l'Esprit-Saint déjà répandues sur la tête royale s'ajoute la plénitude des bénédictions divines !

" Que de cette race sortent des rois et des empereurs qui, confirmés dans la vérité et la justice pour le présent et pour l'avenir suivant la volonté du Seigneur pour l'extension de la Sainte Église, puissent régner et augmenter tous les jours leur puissance et méritent ainsi de s'asseoir sur le Trône de David dans la céleste Jérusalem où ils régneront éternellement avec le Seigneur. Ainsi soit-il. "

 

1) Cf. II Samuel, 7 : 8-29 ; Psaumes, 88 : 21-38 ; Jérémie, 1 : 4-5 ; 31 : 10 ; 52 : 10-11 ; 25 : 17-18 ; 39 : 6-9 ; 41 : 10 ; Ezéchiel, 21 : 17-18, 29-32 ; Osée, 3 : 4-5 - en 585 av. J.-C., les enfants du roi du pays de Juda, Sedecias, ayant été égorgés et aussi tous les chefs du royaume de Juda sur l'ordre du roi de Babylone, et les villes d'Israël ayant été réduites en ruines, que sont devenus les descendants de David choisis par Dieu pour régner jusqu'à la fin des temps ? Les rois de France ne seraient-ils pas les descendants de la tribu de Juda par ordre de primogéniture ? C'est ce que l'Écriture et la Tradition nous inclinent à croire, car Dieu tient toujours ses promesses. L'Écriture et le Testament de saint Rémi ne peuvent en effet que se rejoindre sur la question du royaume de France et celle du royaume de David. 

 

2) Le pouvoir au plus digne ! Mais qui est le plus digne ? Pour en décider, dans un régime de partis où le nombre seul fait loi, que de querelles partisanes et que de combats électoraux et de déchirements cela entraîne périodiquement ! Et quel parti saura reconnaître qu'un autre parti fait réellement de bonnes choses sans l'avantager pour les prochaines élections ? Et si le langage des uns et des autres n'est qu'un langage de circonstance imposé par le jeu électoral et non un langage de vérité, quel crédit peut-on accorder aux candidats aux élections ? N'est-ce pas là un jeu de dupes et mettre le mensonge au rang d'une institution ? Et c'est ainsi que prime l'intérêt de parti au détriment de l'intérêt général et que la France, sans cesse partagée et remise en question, se trouve livrée à l'instabilité, aux caprices et aux passions de la masse populaire ou d'une somme de volontés disparates et facilement influençables. Hitler ne fut-il pas le coryphée du régime électif et le maître de la propagande ? Et dans tout cela que devient le bonum commune ? Mais un roi suffit et Dieu seul est juge. Le droit ne doit-il pas par nature échapper aux caprices de la foule ? Attendons tout de la Providence divine et vivons sans interruption de la vie de la pure foi en remplissant les devoirs de notre état, car rien n'échappe à Dieu. Ou, selon la formule chère à saint Ignace de Loyola, "confions-nous en Dieu, comme si le succès des moyens dépendait en tout de nous et en rien de Dieu ; de même cependant en prenant tous les moyens, comme si nous ne faisions rien, Dieu faisant tout". Cela étant précisé, pour ne pas suivre l'exemple des quiétistes ignorants et sans expérience, il importe avant tout de faire en sorte que le souverain qui travaille pour son État ait fortement conscience de travailler également pour ses enfants et que l'amour qu'il a pour son pays soit confondu avec l'amour de sa famille. En vérité, les députés en tant que membres d'un parti sont non seulement inutiles, mais sont également nuisibles, car chacun des partis partage la nation en formant pour ainsi dire un État dans l'État. Tout parti en tant que tel ne peut en effet que partager ou diviser une communauté. Ne comprend-on pas qu'il existe une différence essentielle entre un corps intermédiaire et un parti ? Ce sont les représentants des communautés naturelles qui doivent être entendus par le Gouvernement et maintenus en contact permanent avec celui-ci, et non pas les représentants des partis politiques. Tant que l'on n'aura pas compris que la démocratie politique, qui, par définition, s'appuie sur la loi du nombre ou sur une majorité d'intérêts particuliers, on ne pourra pas, par principe, prendre en considération les intérêts des corps intermédiaires constituant les forces vives de la nation (que l'on consulte in extremis, par la force des choses, après des manifestations de rue plus ou moins violentes préjudiciables à la sécurité et aux biens des personnes et endettant inutilement la nation - ce qui ne s'appelle pas gouverner, car gouverner c'est prévoir et aller au-devant des besoins de la multitude) ni moins encore le bien commun du bon peuple de France, mais on ne fera au contraire qu'engendrer des monstruosités ou des systèmes contre nature, c'est-à-dire des systèmes dépourvus de toute règle et toute limite ou de toute valeur constante. Il faut être aveugle pour ne pas se rendre compte que le monde suit actuellement une direction qui le conduit à une totale dégénérescence ou à sa dégradation morale et spirituelle (1), tout en rapprochant chaque jour davantage de Dieu les fidèles du Christ ou de " Son ciel nouveau et de Sa terre nouvelle " (2).

 

1) Cf. Luc, XVIII, 6-8.

 

2) Apocalypse, XXI, 1 et 5 ; Philippiens, III, 19-21 ; II Pierre, III, 13. N'oublions pas cependant que le Roi ou le Prince n'est au fond qu'un mandataire de Dieu - et que tout mandat, et non toute dynastie, est révocable. Des dynasties se sont éteintes et d'autres se conservent ou se conserveront par leur fidélité ou les promesses divines (cf. Psaumes, 17 : 51 ; 147 : 20 ; 131 : 11-12), car Dieu ne rejette pas celui qu'Il a élevé sur le trône sans des motifs imposés par Sa justice (cf. Deutéronome, 32 : 4). Et ne donnons donc pas au droit de primogéniture ou à la loi salique une interprétation universelle, bien que ce droit ait joué un rôle capital dans la consolidation de notre pays et que la raison n'y puisse faire mieux (a). Ce qui est nécessaire pour la France ne l'est pas pour les autres nations. Bossuet et Pascal l'avaient bien compris. La mission surnaturelle de sainte Jeanne d'Arc confirme d'ailleurs que la Royauté par le Sacre est le seul régime que Dieu veut pour la France dont le Royaume appartient en réalité au Roi Jésus, le roi du Ciel, ou, plus précisément, au Sacré-Cœur, ce qui confère à la France, jusqu'à la fin des temps, une préséance politique et même spirituelle sur tous les rois et les grands de la terre. - Cf. l'Ancien Testament, Salomon et David, Isaac et Jacob, puis Jacob et Joseph, et l'Histoire des Francs de saint Grégoire de Tours (v. 538 - v. 594), le Père de l'histoire de France, etc.

 

a) Cf. Guy Coutant de Saisseval, La Légitimité Monarchique en France, le droit royal historique (brochure de 40 pages) , Éditions de La Seule France, 10, rue Croix des Petits Champs, Paris (Ier), 1959, pages 6 et 9 :

 

Jean du Tillet, évêque de Meaux, 1577 :

 

" Mesdames Filles de France sont perpétuellement exclues de la Couronne par coutume et Loi particulière de la Maison de France, fondée sur la magnanimité des Français, ne pouvant souffrir être dominés par femmes de par elles ; aussi qu'elles eussent, par mariage, pu transférer la Couronne aux étrangers..."

Cahiers des États généraux de 1789, Tiers État de la Ville de Paris :

" La succession au Trône est héréditaire dans la Race régnante par ordre de primogéniture, à l'exclusion des femmes et de leurs descendants tant mâles que femelles et ne peut échoir qu'à un Prince, né Français, en légitime mariage et régnicole (1)."

 

1) Terme de jurisprudence et de chancellerie qui se dit des habitants naturels d'un royaume, d'un pays, considérés par rapport aux droits dont ils peuvent jouir.

Les historiens de la République nous ont ignominieusement trompés.

 

Marquis de la Franquerie, Ascendances Davidiques des Rois de France, Éditions Sainte Jeanne d'Arc, " Les Guillots ", Villegenon (18260), Avant-Propos, Révélations du Padre Pio, Lettre du 5 mai 1972, page 13 :

 

" Un jour Padre Pio me parla d'un importantissime Testament caché au Vatican. Il s'agit du Testament de la Duchesse d'Angoulême... Ce Testament aurait révélé non seulement le mystère du Dauphin mais encore le sien... Pour le bien de la France, de l'Italie et du monde, un tel Testament ne peut rester secret...".

 

" [...] Ce n'est pas ici le lieu de rouvrir la querelle de la survivance en faveur de tel ou tel prétendant. Au demeurant, tous les faux dauphins se sont évanouis ; un seul est resté [ou s'est avéré par décantation], dont la postérité ne laisse pas de revendiquer les droits de son auguste filiation. Celui-là est enterré en terre de Hollande.

" Dans un temps où les hommes se taisent, ce sont les pierres qui parlent [n'est-ce pas ?]. Et voici ce que crie une pierre, là où fut un cimetière, et qui est maintenant un lieu de passage : une Pierre toute seule, entourée d'une grille, dans une place publique :

 

Ici repose

LOUIS XVII

Charles Louis Duc de Normandie

ROI DE FRANCE ET DE NAVARRE

Né à Versailles le 27 Mars 1785

Décédé à Delft le 10 Août 1845

 

" [...] Eh bien ! ce roi, ce germain, on s'obstine à ne voir en lui qu'un Germain ! Car le dauphin fut nanti d'un nom et d'un état civil germaniques. En 1810, ayant juste vingt-cinq ans, on lui donne un passeport allemand établi au nom de Charles-Guillaume Naundorff, âgé de quarante-trois ans, né à Weimar. Il fut plus tard prouvé, dit-on, que nul Naundorff n'habita jamais Weimar [et c'est ainsi que fut caché Louis XVII sous le pseudonyme de Naundorff et que sa vie fut providentiellement préservée ou que la secte des francs-maçons ou certains prétendants ne puissent tenter de le faire disparaître].

" De toutes les dénégations qui s'élevèrent contre le Dauphin, ce fut bien, assurément, celles de la duchesse d'Angoulème qui furent les plus cruelles. Mais n'était-elle point l'alliée - ou la prisonnière - de la Restauration ? Mariée à son cousin, fils de Charles X, elle était à présent dauphine. Au reste, la France, qui avait renoué avec ses traditions [si l'on peut dire], par-delà l'ouragan révolutionnaire et les gloires tragiques de l'Empire, se souciait peu de compromettre le précaire équilibre de la Monarchie retrouvée [monarchie qui, cependant, ne respectait pas la Loi Salique sur laquelle sainte Jeanne d'Arc, la Sainte de la Patrie, en mars 1429, vint mettre le sceau divin], en suscitant des querelles autour des prétentions de Louis XVII [non des prétentions, mais d'un droit sacré dont dépend la destinée de la France]. Ce prince était mort. L'état civil en faisait foi.

" On vous propose, écrivait le prince exilé [Naundorff ou Louis XVII] à Madame Amélie, sa fille [1819-1891], on vous propose de vous conduire à Carlsbad, afin d'essayer de toucher le cœur de la duchesse d'Angoulême. J'ai cru, autrefois, moi-même, que la chose était facile. Ta bonne mère peut l'attester combien de fois j'ai pleuré à cause de cette sœur...

" ... Rien ne pourrait l'attendrir : par conséquent le voyage serait inutile et dangereux ; il me coûterait de l'argent qu'on peut mieux employer qu'à dépenser pour une femme sans cœur et sans âme même, car Mme la Duchesse d'Angoulême est déjà comme morte par sa propre condamnation..." (Lettre du Dauphin du 6 février 1837 - La Question de Louis XVII, Otto Friedrichs). [...]

" Enfin, en filigrane de l'oracle principal concernant la part prise par la duchesse d'Angoulême dans la forclusion de Louis XVII, voici apparaître un sens second, une image corrélative, un destin parallèle et comme marqué d'un secret châtiment : Madame Royale, ayant épousé son cousin germain, dut, à son tour, s'exiler lors de la chute de Charles X ; en sorte que son marie, lui aussi forclos, ne régna point. Tous deux moururent dans les Allemagnes.

" Celui qui occupait une des premières places dans le règne, Louis-Philippe-Joseph, cousin du roi Louis XVI et qui va, lui, le régicide, devenir le chef de la IVe Maison d'Orléans.

[...]

La subversion se répandit d'abord en haut, à la cour, dans les salons, chez les beaux esprits (i.e. les "intellectuels"). C'était là son visage ouvert. Elle en avait un autre, nocturne, plus dangereux parce que plus couvert : la secte des Illuminés et des Francs-Maçons. La tête, le chef rouge, était le duc d'Orléans.

" La société des Francs-Maçons naquit en Grande-Bretagne, à l'époque d'une autre révolution, celle de Cromwell. Elle vint en France en 1725, mais elle végéta jusqu'en 1771 où Philippe d'Orléans fut nommé Grand Maître. Du coup, grandie d'un si noble patronage, la Franc-Maçonnerie prit son essor et s'affermit pour vaincre."

 

 

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