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12 février 2014 3 12 /02 /février /2014 10:49

LA POLITIQUE

 

(8/14)

 

Albert Marty, L'Action française racontée par elle-même, 1968, Nouvelles Éditions Latines, Paris, page 473 (extrait d'un article L'Action française du 19 juillet 1914 où Charles Maurras répond à Denys Cochin) :

 

" C'est le libéralisme et l'individualisme introduits, il y a 125 ans, dans nos lois, qui ont centralisé et étatisé le pays. Paradoxe ? Non pas, certitude. En affaiblissant ou en supprimant tous les corps intermédiaires, familles, métiers, provinces, qui aident, alimentent, défendent, mais ordonnent l'individu, on fait de lui un pygmée sans force contre l'État géant : c'est ce qu'on fait les très individualistes institutions de l'an VIII, suite naturelle de la Déclaration des Droits et du Contrat social. En proclamant la Liberté, au singulier, avec un grand L, l'État, jadis peu puissant contre les libertés vivaces, concrètes, dont le sol de l'antique royaume était encore "hérissé", l'État désormais [plus puissant que jamais] a pu faire et a fait tout ce qui lui a plu. Son libéralisme a fondé le jacobinisme au nom de la Liberté générale et abstraite (la volonté générale de Rousseau) contre les libertés particulières sans défenses ni défenseurs."

 

Copin-Albancelli, Le Drame maçonnique : Le Pouvoir occulte contre la France, Réimpression de l'Édition de 1908, Éditions A. Barruel, 2000, pp. 236 et 237 [cet ouvrage est remarquable et mérite d'être lu, relu et médité] :

 

" [...] En effet, ce qu'on appelle une république démocratique pure, c'est-à-dire une république absolument égalitaire, ne saurait exister pour cette raison très simple que la nature a pour loi la hiérarchie, et non pas l'égalité. On accordera sans doute que les êtres issus de la nature dépendant d'elle, faisant corps avec elle, ne sauraient entrer en révolte contre les lois de leur propre existence, c'est-à-dire sans aller au-devant de leur destruction. Les poissons, par exemple, ont été construits par la nature [ou créés] pour vivre dans l'eau. Et c'est pourquoi un poisson qui prétendrait vivre hors de l'eau n'en aurait pas pour longtemps.

" De même, la hiérarchie étant la loi de la nature, un peuple qui prétendrait se soustraire à cette loi naturelle se condamnerait lui-même à mort. Et c'est pour cela qu'une démocratie pure, c'est-à-dire un État qui décréterait et prétendrait établir la complète égalité, ne saurait exister, pas plus qu'un poisson hors de l'eau. Ceux-là seuls peuvent soutenir le contraire, qui sont ridiculement aveugles ou qui s'abaissent jusqu'à la plus lâche des flatteries devant le peuple ignorant de ces sortes de choses.

" [...] Cela n'est-il pas mis en pleine lumière par ce qui se passe en France, depuis qu'on a endormi le bon sens naturel du peuple français, en lui parlant d'une prétendue république démocratique ? Qu'est-il arrivé depuis lors ? Qu'une association appelée Franc-Maçonnerie, dont personne ne soupçonnait le genre d'occupation, est parvenue, sans même qu'on s'en soit aperçu, à monter sur le dos de la nation et à s'établir au-dessus d'elle en classe gouvernante [ce à quoi elle est parvenue en morcelant la France par une démocratie mortelle]."

 

Copin-Albancelli, Le Drame maçonnique : Le Pouvoir occulte contre la France, cf. ouv. cité ci-dessus, pp. 141-142 : La superposition des grades - la pyramide maçonnique, et 142, 143 : Les difficultés à vaincre (ouvrage à mettre en parallèle avec La face cachée de l'ONU de Michel Schooyans, aux Éd. Le Sarment:Fayard, 2000, cf. pp. 144-146 : Le symbolisme pyramidal) :

 

" Il est logique d'admettre qu'entre le Pouvoir occulte et la Franc-Maçonnerie, les choses ont dû se passer comme entre la Franc-Maçonnerie et le monde profane.

" Mais, alors, où trouver, dans la société secrète maçonnique, une autre société qui serait encore plus secrète et qui remplirait vis-à-vis du monde profane, dont les chefs se concerteraient sans que les francs-maçons se doutent de leur entente, et au profit de laquelle serait établie sur la Maçonnerie une domination analogue à la domination exercée sur nous par cette association ?

" Si nous possédions la réponse à cette question, nous aurions la clef du mystère.

" Or, cette réponse, nous l'aurons, si nous étudions l'organisation des grades. Nous constaterons alors qu'en fin de compte la Franc-Maçonnerie n'est pas seulement une société secrète, comme nous l'avons démontré, mais qu'elle constitue une véritable superposition de sociétés dont les unes sont secrètes pour les autres et peuvent agir sur celles-ci de la même manière exactement que l'ensemble maçonnique agit sur le monde profane [sur les simples membres ou les tâcherons de l'ONU par exemple].

" Figurons-nous une pyramide dont la base serait formée par les sociétés secrètes dites d'apprentis, lesquelles supporteraient les sociétés secrètes, qui supporteraient à leur tour les groupes de maîtres, la même superposition se continuant de grades en grades jusqu'au sommet qui serait composé d'un groupe unique [les initiés de haut grade]. Considérons ensuite la chose en sens inverse, et représentons-nous ce groupe unique du sommet pouvant exercer, sans être aperçu, son action inspiratrice sur les groupes placés immédiatement au-dessous de lui [la Lucis Trust, par exemple, " the World Goodwill ", fondée par Alice et Foster Bailey, et autres sectes lucifériennes du même genre, avec Helena Petrovna Blavatsky et " the Readers of Lucifer ", etc.] ; ceux-ci transportant cette action inspiratrice au-dessous d'eux dans les mêmes conditions ; et ainsi de suite jusqu'au bas de la pyramide, l'inspiration étant transportée de degrés en degrés exactement de la même manière qu'est transportée l'inspiration maçonnique dans le monde profane. Telle est, en réalité, la Franc-Maçonnerie considérée non plus au point de vue de l'organisation maçonnique administrative qui n'est qu'un trompe-l'œil, mais au point de vue de cette organisation des grades qui nous était tout d'abord apparue comme ne pouvant prêter qu'à rire.

" Conception extraordinaire ! dira-t-on. C'est vrai. Mais qu'est-ce qui n'est pas extraordinaire dans la Maçonnerie, de quelque manière qu'on l'envisage ? Si bien que quiconque ne veut pas se décider à considérer cette association comme établie sur un plan extraordinaire aboutit à quelque chose de plus extraordinaire que tout le reste, à savoir : l'inadmissible disproportion entre les moyens apparents et les résultats constatés.

" D'ailleurs, extraordinaire ou non, il s'agit de savoir si cela est ou n'est pas.

" Or, une fois qu'on a songé à y regarder de plus près, on se convainc bien vite que les choses sont comme nous venons de le dire et qu'on a enfin trouvé la solution du problème qui semblait insoluble. On marche alors de surprises en surprises, en constatant que, dans cette organisation qui semblait si absurde, tout, jusqu'aux moindres détails, est au contraire merveilleusement disposé pour permettre à une autorité invisible de s'exercer de la même manière que s'exerce l'autorité maçonnique sur le monde profane. On voit tout tendre à ce résultat. On se rend alors compte de la supériorité de l'organisation maçonnique. Elle résulte précisément de l'exacte adaptation des moyens au but. Et, dès lors, on ne s'étonne plus de la puissance, de la pérennité et de l'universalité de la Franc-Maçonnerie. La question maçonnique devient compréhensible. La lanterne est éclairée.

" Tout d'abord, on s'explique pourquoi tant de ridicule est accumulé autour de l'organisation des grades.

" Nous devons, en effet, partir de l'idée que les créateurs de la Franc-Maçonnerie [sous l'inspiration de Satan] voulaient deux choses : fonder leur pouvoir, et rendre ce pouvoir invisible]. [...]

" Pour parer à cette difficulté, les fondateurs de la Franc-Maçonnerie eurent l'idée [idée insinuée par Satan] de créer un organisme tel que le premier effet de son fonctionnement fût de tourner ailleurs l'attention des gens sérieux. Que pouvaient-ils trouver de mieux pour cela que le grotesque jeté à profusion sur cet organisme ? Lorsqu'on voit la bêtise agir, on ne s'attarde pas à se demander pourquoi ses actes bêtes. Inversement, lorsqu'on se trouve en présence d'actes stupides, on conclut tout naturellement qu'ils ont la stupidité pour cause, et on passe sans plus examiner. [...]."

 

Albert Pike, fondateur de l'organisation universelle de la Maçonnerie universelle, luciférien invétéré, franc-maçon du 33e degré, Souverain Pontife de l'église satanique, le 14 juillet 1889 :

 

"Ce que nous devons dire à la foule est que nous adorons un dieu mais, c'est le dieu que nous adorons sans superstition. A vous, grands inspecteurs généraux souverains, nous disons ceci pour que vous puissiez le répéter aux frères des 32e, 31e et 30e degré : La religion maçonnique devrait être par nous tous, initiés des hauts degrés, maintenue dans la pureté de la doctrine luciférienne... Si Lucifer n'était pas dieu, est-ce qu'Adonaï (le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, et le Dieu de Jésus-Christ) calomnierait, c'est-à-dire prendrait la peine de répandre des choses fausses et dangereuses sur son compte ? Oui, Lucifer est Dieu." 

 

Michel Schooyans, La face cachée de l'ONU, Éd. Le Sarment:Fayard, 2000, p. ouv. cité plus haut, pages 147-148 :

 

" Finalement, en raison de la place de la pyramide dans la symbolique maçonnique, il n'est pas exclu [il est certain] que cette architecture ait été retenu pour suggérer [?] la concentration du pouvoir au profit de la maçonnerie (1) [l'auteur n'ose pas dire la vérité : l'utilisation du système pyramidal constitue le moyen idéal pour fonder, concentrer et exercer le pouvoir tout en le rendant invisible]. Pour la deuxième fois dans l'histoire contemporaine, l'œuvre de Kelsen prendrait [notons le conditionnel] alors une dimension inquiétante : elle pourrait [toujours au conditionnel] être interprétée comme offrant un fondement historique à la prise de pouvoir mondial par la franc-maçonnerie."

 

1) Voici ce qu'écrit Pierre Mariel, dans Les Francs-Maçons en France, Paris, Éd. Marabout, 1969 :

 

" La Société des Nations fut, essentiellement, une création maçonnique, et son premier président fut un maçon français, Léon Bourgeois. De nos jours, l'ONU (comme l'UNESCO) est presque entièrement composée de maçons de tous pays [est-ce un hasard ?] (ce que savait pertinemment Paul VI quand il vint prendre la parole lors d'une mémorable séance)" (p. 204) [tout est dit].

 

Id., pages 40 et 41 :

 

« Cette escroquerie, qui instaure la tyrannie du consensus, est consommée par le rôle démesuré aujourd'hui accordé, le cas échéant, à la majorité.

« La " tyrannie de la majorité ". La " sainteté " civile des lois. - Depuis Rousseau, et spécialement ses grandes théories du Contrat social, la société politique est considérée comme issue du vouloir des individus qui renoncent, totalement ou partiellement selon les théoriciens, à leur volonté individuelle. Ils consentent librement à obéir au peuple souverain et à ses lois, expression infaillible de la volonté générale, laquelle s'exprime à la majorité. [...] Rousseau prétendait qu'en obéissant aux lois, l'individu n'obéissait finalement qu'à lui-même. Mais cette entourloupette n'a jamais abusé personne [là l'auteur se met à rêver] sur la nature irrémédiablement totalitaire de son utopie, qui signale le naufrage de la personne et même de l'individu au profit du peuple souverain."

 

Louis Daménie, La Révolution, phénomène divin, mécanisme social, ou complot diabolique ? (synthèse des grands courants contre-révolutionnaires (avec Joseph de Maistre, Augustin Barruel, Copin-Albancelli, Augustin Cochin, etc.), Les Cahiers de l'Ordre Français, 5e Cahier, 1968, page 101 :

 

" Copin-Albancelli reproche à Cochin de ne pas voir à l'intérieur de la Maçonnerie une succession de sociétés dont chacune est secrète pour la suivante comme la Franc-Maçonnerie une succession de sociétés dont chacune est secrète pour la suivante comme la Franc-Maçonnerie est secrète pour le monde profane. La critique qui n'est pas sans fondement est intéressante car elle aide à serrer de plus près l'analyse des mécanismes sociaux qui est de première importance. C'est un fait que nous avait déjà révélé l'étude de la secte de Weishaupt mais que confirme l'expérience maçonnique de Copin-Albancelli.

" Comment cette superposition de sociétés secrètes à l'intérieur de la Maçonnerie est-elle compatible avec le caractère égalitaire dont elle se réclame, avec une hiérarchie issue de vote ? Copin-Albancelli répond à cette question en mettant en évidence l'existence des hiérarchies parallèles à l'intérieur de la Maçonnerie et cette découverte constitue la contribution la plus importante qu'il ait apporté à l'étude des sociétés."

 

Pie XII, Let. Pour commémorer au Cardinal Archevêque de Malines, 24 août 1953 - pour le 25e anniversaire de l'Enc. Divini illius Magistri (qui vient d'être citée) :

 

" Les principes infrangibles que ce document pontifical (l'Enc. Divini illius Magistri) énonce sur les missions respectives de l'Église, de la famille et de l'État en matière d'éducation reposent sur la nature des choses et sur la vérité révélée ; ils ne sauraient être ébranlés par le flux et le reflux des événements. Quant aux normes fondamentales qu'il prescrit, elles ne sauraient pas davantage subir l'usure du temps, puisqu'elles ne sont qu'un fidèle écho du Maître divin, dont les paroles ne passent pas (S. Matt., 24 : 35). Véritable charte de l'éducation chrétienne, ' en dehors de laquelle il ne peut y avoir d'éducation complète et parfaite ' (Enc. Divini illius Magistri, n° 243), cette encyclique s'offre, aujourd'hui comme hier, à l'étude de tous ceux qui, loyalement, désirent connaître sur ce point, dans son authentique et sereine expression, la pensée de l'Église, ' à laquelle appartient d'une manière suréminente la mission d'éducatrice ' (Id., n° 246). "

 

Let. de la Secrétairerie d'État à la 45e semaine sociale de France, 28 juin 1958 - sur les monopoles de droit et de fait en matière d'éducation :

 

" Il revient aux Pouvoirs Publics, le cas échéant, d'harmoniser ces efforts multiples et de les ordonner au bien commun, mais ils doivent aussi savoir les respecter et les encourager de mille manières. ' Un État, observe le Saint-Père, qui s'attribue exclusivement la tâche de l'éducation et interdit aux particuliers ou aux groupes indépendants d'assumer en ce domaine aucune responsabilité propre, manifeste une prétention incompatible avec les exigences fondamentales de la personne humaine.

" Et chacun sait qu'à côté des monopoles de droit, il existe aujourd'hui, par suite des conditions économiques, des monopoles de fait qui ne sont pas moins rigoureux. "

 

Ibid., Let. Tras diligente, 10 janvier 1960, au VIIe Congrès interaméricain d'Éducation catholique - sur un principe de la pédagogie catholique :

 

" [...] C'est un principe de la pédagogie catholique que la science de l'éducation consiste dans la collaboration avec la grâce divine, pour former le vrai et parfait chrétien. Car si l'on ne doit pas mépriser les valeurs naturelles, ' tout naturalisme pédagogique est faux qui, de quelque façon que ce soit, exclut ou tend à amoindrir l'action surnaturelle du christianisme dans la formation de la jeunesse ' (Pie XI, Enc. Divini illius Magistri)."

 

La politique étant l'art de procurer le bien public, l'homme politique ("homo politicus") doit être préalablement fixé sur la nature intime de ce bien commun et sur les moyens de le promouvoir. Rendons à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu (cf. Mt 22, 21 ; Mc 12, 17 ; Lc 20, 25) ; et commençons par définir la nature de ce bien commun en précisant qu'il est constitué par tout ce qui contribue à la paix publique dans " la tranquillité de l'ordre ", suivant la célèbre définition de saint Augustin (Cité de Dieu, XIX, 18 ; S. Thomas, Somme théologique, IIa, IIæ, q. 29, art. 2), et tout ce qui permet d'acquérir la prospérité matérielle et morale commune pour y trouver un certain bonheur temporel, ou encore, pour reprendre un texte du concile Vatican II, qu'il " comprend l'ensemble des conditions sociales qui permettent aux hommes, aux familles et aux communautés de s'accomplir plus complètement et plus facilement " (Gaudium et Spes, n° 74, 7 décembre 1965).

Méditons ce que nous dit saint Thomas d'Aquin dans son De Regimine (liv. Ier, chap. IVe) : " Les hommes se réunissent pour bien vivre ensemble, but que ne peut atteindre l'homme isolé. Or la vie sociale ne sera bonne que si elle se règle, sur la vertu. Vivre selon la vertu, telle est donc la fin de la société humaine. La preuve en est que seuls constituent la société ceux qui ont des relations réciproques tout en vivant selon l'honnêteté naturelle. Si en effet les hommes ne se réunissaient que pour entretenir leur vie, les animaux devraient être comptés dans la société civile. "

Et n'oublions pas non plus Aristote qui, en cette matière, mérite également notre considération, nous disant dans son Éthique à Nicomaque (liv. I, chap. 2) : " Puisque toute connaissance, tout choix délibéré aspire à quelque bien, voyons quel est selon nous le bien où tend la Politique, autrement dit quel est de tous les biens réalisables celui qui est le Bien suprême. Sur ce nom, en tout cas, la plupart des hommes sont pratiquement d'accord : c'est le bonheur, au dire de la foule aussi bien que des gens cultivés ; tous assimilent le fait de bien vivre et de réussir au fait d'être heureux. Par contre, en ce qui concerne la nature du bonheur, on ne s'entend plus, et les réponses de la foule ne ressemblent pas à celles des sages. " Tout le reste du chapitre serait à citer, mais nous devons nous limiter à l'essentiel. Et passons au chapitre 3 qui, lui aussi, mérite notre attention. Voici ce que nous dit encore cet éminent philosophe : " Les hommes, et il ne faut pas s'en étonner, paraissent concevoir le bien et le bonheur d'après la vie qu'ils mènent. La foule et les gens les plus grossiers disent que c'est le plaisir : c'est la raison pour laquelle ils ont une préférence pour la vie de jouissance. [...] La foule se montre véritablement d'une bassesse d'esclave en optant pour une vie bestiale, mais elle trouve son excuse dans le fait que beaucoup de ceux qui appartiennent à la classe dirigeante ont les mêmes goûts qu'un Sardanapale. " (1) En vérité, la nature du bonheur ne peut être trouvée qu'en considérant une fonction inhérente à l'homme, c'est-à-dire l'exercice de sa pensée ou son activité raisonnable qui ne s'exerce réellement que dans une vie vertueuse. Et là, nous rejoignons la pensée de saint Thomas d'Aquin. Nous devons donc conclure avec Aristote et saint Thomas que la vie selon l'intellect au plus haut degré se manifeste dans la vie contemplative, là où l'homme atteint son but suprême en réalisant l'immortalité personnelle de son esprit - de son nous (cf. Aristote, Éthique à Nicomaque, X, 7 ; S. Thomas d'Aquin, Somme théologique, IIa, IIæ, q. 180, a. 4).

 

1) Aristote, La Politique, I, 2 :

 

" C'est le caractère propre de l'homme par rapport aux autres animaux, d'être le seul à avoir le sentiment du bien et du mal, du juste et de l'injuste, et des autres notions morales, et c'est la communauté de ces sentiments qui engendrent la famille et la cité. [...] C'est pourquoi l'homme est la plus impie et la plus sauvage des créatures quand il est sans vertu, et la plus grossière de toutes en ce qui regarde les plaisirs de l'amour et ceux du ventre. Mais la vertu de justice est de l'essence de la société civile, car l'administration de la justice est l'ordre même de la communauté politique, elle est une discrimination de ce qui juste."

 

Ibid., Éthique à Nicomaque, X, 10 :

 

" Car l'homme qui vit sous l'empire de la passion ne saurait écouter un raisonnement qui cherche à le détourner de son vice, et ne le comprendrait pas. [...] Mais recevoir en partage, dès la jeunesse, une éducation tournée avec rectitude vers la vertu est une chose difficile à imaginer quand on n'a pas été élevé sous de justes lois : car vivre dans la tempérance et la constance n'a rien d'agréable pour la plupart des hommes, surtout quand ils sont jeunes. Aussi convient-il de régler au moyen de lois la façon de les élever, ainsi que leur genre de vie, qui cessera d'être pénible en devenant habituel. [...] La plupart des gens, en effet, obéissent à la nécessité plutôt qu'au raisonnement, et aux châtiments plutôt qu'an sens du bien."

 

Ibid., Id., 6 :

 

" Ce n'est pas, en effet, dans le pouvoir absolu que résident la vertu et l'intelligence, d'où découlent les activités vertueuses, et si les gens dont nous parlons, qui ne ressentent aucun goût pour un plaisir pur et digne d'un homme libre, s'évadent vers les plaisirs corporels, nous de devons pas croire pour cela que ces plaisirs sont plus souvent souhaitables : car les enfants, aussi, s'imaginent que les choses qui ont pour eux-mêmes du prix sont d'une valeur incomparable. Il en découle logiquement que les appréciations des gens pervers et des gens de bien sont tout aussi différentes celles des enfants et des adultes. Par conséquent, ainsi que nous l'avons dit à maintes reprises, sont à la fois dignes de prix et agréables les choses qui sont telles pour l'homme de bien ; et pour tout homme l'activité la plus désirable étant celle qui est en accord avec sa disposition propre, il en résulte que pour l'homme de bien c'est l'activité conforme à la vertu. Ce n'est donc pas dans le jeu que consiste le bonheur. Il serait en effet étrange que la fin de l'homme fût le jeu, et qu'on dût se donner du tracas et du mal pendant toute sa vie afin de pouvoir s'amuser ! Car pour le dire en un mot, tout ce que nous choisissons est choisi en vue d'une autre chose, à l'exception du bonheur, qui est une fin en soi. Mais se dépenser avec tant d'ardeur et de peine en vue de s'amuser ensuite est, de toute évidence, quelque chose d'insensé et de puéril à l'excès ; au contraire, suivant le mot d'Anacharsis ( ' le jeu n'est qu'un moyen ' ), voilà, semble-t-il, la règle à suivre. Le jeu est, en effet, une sorte de délassement, du fait que nous sommes incapables de travailler d'une façon ininterrompue et que nous avons besoin de relâche. Le délassement n'est donc pas une fin, car il n'a lieu qu'en vue de l'activité."

 

Pape Pie XI, lettre de la Secrétairerie d'État, à Mr Duthoit, 18 juillet 1936, sur la civilisation chrétienne :

 

" [...] Le sujet que vous vous proposez de traiter dans cette session est d'ailleurs bien de ceux auxquels Sa Sainteté attache la plus grande importance. [...]

" Lorsqu'on parle de civilisation, il faut surtout considérer que ce terme ne signifie pas seulement un ensemble de biens et d'éléments matériels et temporels, mais aussi, et très spécialement, une somme de valeurs intellectuelles, morales, juridiques, spirituelles. Il n'est pas douteux que la primauté revient à ce dernier groupe de facteurs dont le total mérite de préférence le titre plus noble de culture qui serait comme l'âme de la civilisation.

" Mais si toute civilisation relève d'une culture, c'est donc aussi que toute civilisation plonge, en dernière analyse, dans un problème d'ordre spirituel, selon la conception que les hommes se font de la vie, de leur origine et de leur destinée.

" [...] S'inspirant fréquemment de principes erronés, aveuglées par l'ambition, par le désir déréglé des biens terrestres, emportées dans le tourbillon d'une concurrence déloyale, toute occupées à se surpasser l'une l'autre, les diverses civilisations offrent trop souvent un bien douloureux spectacle d'antagonisme et de haine, de lutte et de rivalité. [...]

" Or, le christianisme se présente, ici comme ailleurs, en libérateur, en sauveur. Il réalise en effet l'homme nouveau, moralement perfectionné comme individu et comme membre de la société, habitué à considérer les biens d'ici-bas, surtout la vie présente, comme le moyen de s'élever à une vie supérieure et éternelle. [...]

" [...] La nature humaine, douée d'intelligence et de volonté [et de peu de mémoire], provenant d'une seule souche originelle [selon la Révélation chrétienne], issue d'un même principe et destinée au même bien suprême, qui est Dieu [données révélées dont les conséquences sont inéluctables sur le plan social et philosophique], se doit de retrouver en son fond, à tous les stades de son progrès matériel et spirituel, les mêmes nécessités vitales, auxquelles seul le christianisme peut répondre exhaustivement. Élargissant, en outre, à l'humanité tout entière, sans distinction, les infinis trésors de l'ordre surnaturels dont Notre-Seigneur a constitué l'Église dépositaire et distributrice, le christianisme fait sien le programme de l'Apôtre : ' Omnia et in omnibus Christus ' : ' le Christ qui est tout et en tout ' (Colossiens, III, 11). C'est par là qu'Il informera [en tant que Verbe éternel du Père] toutes les civilisations en leur donnant une âme commune.

" Mais cela ne signifie pas [bien au contraire!], il faut bien le remarquer, que l'Église [catholique ou universelle] veuille faire, parmi les peuples, une œuvre de nivellement, d'uniformité [ce qui ne serait plus, par définition, une œuvre universelle, mais une œuvre sectaire], qui serait contre nature [contre la nature de l'Église catholique - qui assimile ou intègre tout ce qui est vrai ou tout ce qui est conciliable avec son dépôt sacré]. L'histoire prouve à quel point l'Église s'est toujours montrée respectueuse de leurs caractères distinctifs, de leurs apports particuliers et légitimes. Aussi, fidèle à son divin mandat de procurer le salut des âmes, s'est-elle toujours prononcée contre un particularisme religieux qui prétendrait que la Révélation et le salut fussent l'apanage d'une civilisation plutôt que de telle autre.

" Saint Paul n'a-t-il pas proclamé l'universalité du plan rédempteur quand il a dit que Dieu veut ' omnes homines... salvos fieri et ad agnitionem veritatis venire ' : Lui qui veut que tous les hommes soient sauvés et viennent à la connaissance de la vérité ' (I Timothée, II, 4) ? Au contraire des cultures d'invention humaine, toujours limitées, incomplètes, faillibles, le christianisme, débordant le temps et l'espace et resplendissant de lumière et de vertu, s'adresse, en effet, à tous les hommes, les prenant comme ils sont et où ils sont, pour les conduire ' ad montem, qui Christus est ' : ' à la montagne [au mont de la perfection], qui est le Christ ', même par des sentiers différents. Le christianisme, en définitive, n'est-il pas, ne doit-il pas être, de par la volonté de l'Homme-Dieu, qui est venu ' ut vitam habeant et abundantius habeant ' : ' afin que tous les hommes aient la vie, et qu'ils l'aient même en abondance ', le souverain inspirateur et le puissant ferment de toutes les cultures et de toutes les civilisations ? Et quel gage de collaboration, de prospérité et de paix n'en résulterait-il pas !

 

Pie (Cardinal), Œuvres de Mgr l'Évêque de Poitiers, tome V, pages 6-7, Homélie prononcée dans l'église primatiale de Saint-André de Bordeaux, pour la fête d'inauguration de la statue de Notre-Dame d'Aquitaine, le 19 mai 1863, Henri Oudin, Librairie-Éditeur, 4, rue de l'Éperon, Poitiers, 1871 :

 

" V. Ora pro populo : Priez pour le peuple, M. F., dans la langue de l'Église, le peuple fidèle, le peuple de Dieu, ce n'est pas seulement un assemblage d'individualités, c'est ce concert des nations chrétiennes, que nos pères ont appelé la chrétienté, la république chrétienne [et non la démocratie chrétienne] ; c'est ce que David avait proposé quand il parlait du contrat à intervenir entre les peuples et les rois pour le service du Seigneur : In conveniendo populos in unum et reges ut serviam Domino (Ps. LI, 23). Jésus est le roi des nations ; son sceptre s'étend sur les peuples. Tous ne lui obéissent pas ; il y a des peuples croyants, des nations fidèles ; il y a des peuples infidèles, des nations apostates [dont la France, en l'an 2001] : gentes apostatrices (Ezech., II, 3). Or, le but que la révolution poursuit, le triomphe qu'elle proclame être réservé à notre siècle, la mission qu'elle s'adjuge et dont elle se glorifie par la bouche de ses coryphées d'aujourd'hui, c'est l'anéantissement du christianisme public, le renversement de l'orthodoxie sociale [ce qui est fait pour la France et même pour l'Europe - cf. la Charte des droits fondamentaux formulée par l'Union européenne en décembre 2000, "un document sans Dieu", et entérinée peu après par les chefs d'État européens à Nice, c'est-à-dire en France]. Détruire les derniers restes de l'antique édifice de l'Europe chrétienne ; et, afin que la démolition soi définitive, abattre la clef de voûte autour de laquelle les derniers débris encore subsistants pourraient tôt ou tard se rapprocher et se rejoindre : voilà l'œuvre à laquelle les milles voix de l'impiété convient ouvertement notre génération [nihil sub sole novum, Vulgate, Ecclésiaste, I, 10] ; voilà le travail de désorganisation [ou de la démocratie] auquel il est manifeste que nous assistons. Et parce que le monde n'avait jamais porté un établissement aussi vaste que l'établissement chrétien, jamais il n'aura vu de si gigantesques ruines."

 

Méditons bien les paroles suivantes que le Pape Pie XII, bien conscient de ces problèmes, prononça, lors d'une allocution donnée au Tribunal de la Rote, le 13 novembre 1949 (cf. Les Enseignements Pontificaux, La Paix intérieure des nations, présentation et tables par les moines de Solesmes, Desclée & Cie, Éditeurs Pontificaux, 1962, nos 1070-1076, pp. 544-547) :

 

" C'est cela qui constitue la réponse à la question du droit vrai et du droit faux. Le simple fait pour une loi d'être déclarée par le pouvoir législatif norme obligatoire dans l'État, fait considéré seul et par lui-même, ne suffit pas à créer un vrai droit. Le ' critère du simple fait ' vaut seulement pour Celui qui est l'Auteur et la Règle souveraine de tout droit : Dieu. L'appliquer indistinctement et définitivement au législateur humain, comme si la loi était la règle suprême du droit, est l'erreur du positivisme juridique, au sens propre et technique du mot : erreur qui est la base de l'absolutisme d'État et qui équivaut à un déification de l'État lui-même [cf. le positivisme de l'adepte et académicien Condorcet, le panégyriste de Voltaire, enivré de sa haine contre le Christ, avec la collaboration des ' philosophes ' contre les trônes et l'autel, et le fondateur, avec Sieyès, de la Propagande, avec le soutien du Grand-Orient et des maçons jacobins - cf. Condorcet, Vie de Voltaire, édit. de Kell ; et Girtanner, Mémoires sur la révolution française, trad. de l'allemand par le baron de Pélissier Vien, IIIe vol., pp. 470-474].

" Le XIXe siècle est le grand responsable du positivisme juridique. Si ses conséquences ont tardé à se faire sentir dans toute leur gravité dans la législation, c'est dû au fait que la culture était encore imprégnée du passé chrétien et que les représentants de la pensée chrétienne pouvaient encore presque partout faire entendre leur voix dans les assemblées législatives. Puis devait venir l'État totalitaire de marque antichrétienne, l'État qui - par principe ou au moins de fait - rompait tout frein en face d'un droit divin suprême, pour dévoiler au monde le vrai visage du positivisme juridique [ensemble d'idées qui se rattachent plutôt à Condorcet qu'à Auguste Comte - cf. Vocabulaire technique et critique de la philosophie, André Lalande, P.U.F., Paris, 1968, Sur Positivisme, p. 793].

" Faut-il peut-être remonter beaucoup en arrière dans l'histoire pour trouver un tel ' droit légal ', qui enlève à l'homme toute dignité personnelle ; qui lui dénie le droit fondamental à la vie et à l'intégrité de ses membres, en livrant l'une et l'autre au pouvoir arbitraire du parti et de l'État ; qui ne reconnaît pas à l'individu le droit à l'honneur ni à la bonne réputation, qui conteste aux parents le droit sur leurs enfants et la tâche de leur éducation ; qui surtout considère la reconnaissance de Dieu, Maître suprême, et la dépendance de l'homme à son égard comme sans intérêt pour l'État et pour la communauté humaine ? Ce ' droit légal ', au sens où il vient d'être exposé, a bouleversé l'ordre établi par le Créateur ; il a appelé le désordre, ordre ; la tyrannie, autorité ; l'esclavage, liberté ; le crime, vertu patriotique [la fin justifiant les moyens].

" Tel était et tel est encore, devons-Nous dire, dans certains endroits, le ' droit légal '. Nous avons tous été témoins de la façon dont certains, qui avaient agi suivant ce droit, ont été ensuite appelés à en rendre compte devant la justice humaine. Les procès, qui se sont ainsi déroulés, n'ont pas seulement conduit de véritables criminels au sort qui leur était dû ; ils ont encore démontré la condition intolérable à laquelle une loi de l'État [et la loi Veil ?], complètement inspirée par le positivisme juridique [ou le naturalisme politique], peut réduire un fonctionnaire public qui, sans cela, par sa nature et laissé à la liberté de ses sentiments, serait resté un honnête homme.

" On a fait observer que, d'après les principes du positivisme juridique [ou du naturalisme politique], ces procès auraient dû se terminer par autant d'acquittements, même dans des cas de crimes qui répugnent au sens humain et remplissent le monde d'horreur. Les inculpés se trouvaient, pour ainsi dire, couverts par ' le droit en vigueur '. De quoi, en effet, étaient-ils coupables, sinon d'avoir accompli ce que ce droit prescrivait ou permettait ?

 " Nous n'entendons pas, certes, excuser les vrais coupables. Mais la plus grande responsabilité retombe sur les prophètes, sur le propagandistes, sur les créateurs d'une culture [d'une culture de mort], d'un pouvoir d'État, d'une législation qui ne reconnaissent pas Dieu, ni ses droits souverains. Partout où ces prophètes étaient et où ils sont encore à l'œuvre, on doit susciter la rénovation et la restauration du véritable esprit juridique [cf. l'encyclique Quas Primas du pape Pie XI instituant la fête de la royauté du Christ, le 11 décembre 1925].

" Il faut que l'ordre juridique se sente de nouveau lié à l'ordre moral, sans se permettre d'en franchir les limites. Or, l'ordre moral est essentiellement fondé sur Dieu, sur Sa volonté, sur sa sainteté, sur son être. Même la plus profonde ou la plus subtile science du droit ne saurait indiquer d'autre critère, pour distinguer les lois injustes des lois justes, le simple droit légal du vrai droit, que celui qui est déjà perçu par la seule lumière de la raison se basant sur la nature des choses et de l'homme, que le critère de la loi inscrite par le Créateur dans le cœur de l'homme (cf. Romains, II, 14-15), et expressément confirmée par la révélation. Si le droit et la science juridique ne veulent pas renoncer à leur seul guide capable de les maintenir dans le droit chemin, ils doivent reconnaître les ' obligations morales ' comme règles objectives valables même pour l'ordre juridique. "

 

 On voit par là que l'État ne peut absolument pas se désintéresser de la question morale sans faillir à sa mission de procurer les biens moraux dont a besoin tout corps social pour ne pas se désagréger. Il est évident que l'État ne doit ni tout faire (étatisme), ni laisser faire (individualisme), mais aider à faire. Et quand nous disons que l'État doit aider à faire, il ne s'agit pas d'aider à faire n'importe quoi et encore moins, sous prétexte d'une tolérance mal comprise, à déclarer licite tout ce qui est contraire à la loi naturelle, l'avortement, par exemple, mais il s'agit d'aider les membres de la Cité à atteindre leur fin personnelle ou du moins à ne pas faire en sorte que cette fin ne puisse être atteinte, ce qui serait contraire aux droits de la personne humaine. Cela est une question capitale dont dépend l'avenir de l'humanité. L'État est-il la source de la morale ? Si nous répondons par l'affirmative, nous devons logiquement ne plus considérer comme coupables tous les crimes commis par ceux qui s'étaient contentés d'obéir aux ordres transmis par Hitler, le chef du IIIe Reich ou de l'Allemagne nazie - pour ne prendre qu'un seul exemple typique. Sommes-nous conscients que cet empire monstrueux (l'empire de la Bête : cf. Apocalypse, XIX, 19-21) n'avait fait que conduire à ses ultimes conséquences les principes posés par le naturalisme politique ? Le positivisme juridique ne procède-t-il pas directement de ce naturalisme ? La France n'est-elle pas actuellement sur le même chemin ? N'est-ce pas là la déification de l'État lui-même, forme moderne de l'idolâtrie ? Les principes du naturalisme politique étant également posés, les conséquences suivront inéluctablement.

 

Rupert (L.), rédacteur du Monde, Une question politique soumise au Concile : En quoi consiste la légitimité du pouvoir ?, Paris, Librairie Vor Palmé, Éditeur, 25, rue de Grenelle-Saint-Germain, 1869, Introduction, pp.10-11 :

 

" La légitimité du pouvoir implique une question qui n'est pas du ressort de l'État, et dont les principes ne peuvent être formulés que par les enseignements de l'Église. [...] En face de ce naturalisme qui courbe les nations tantôt sous la loi de la chair, tantôt sous l'empire de la force, nous croyons pouvoir protester et dire que depuis la Révélation, l'ordre purement naturel n'est plus une base suffisante d'institutions pour les sociétés."

 

Id., chap. I, p. 23 :

 

" On a beaucoup déclaré, et non sans raison, contre l'absolutisme du pouvoir ; avec un peu plus de réflexion et un peu moins d'esprit révolutionnaire, on aurait peut-être trouvé la cause réelle et le principe générateur de cet absolutisme dans l'absolutisme de la loi qui constitue la puissance souveraine dans la plupart des États modernes."

 

Juan Vallet de Goytisolo de l'Académie Royale Espagnole de Jurisprudence et de Législation, La Crise du Droit, Union internationale des œuvres de formation civique et d'action doctrinale selon le droit naturel et chrétien, Québec, 1962, pp. 5, 10, 11, 16, 19, 20, 31, 32, 33-34, 35 :

 

" [...] Cependant, même chez les peuples et dans les religions où le Droit ne dérivait pas directement de la Révélation, Dieu en était la source première. On cite les paroles que Sophocle met dans la bouche d'Antigone rappelant à Créon qu'au-dessus de ses ordres, il y avait le Droit non écrit, immuable des dieux. Pour les Grecs et les Romains, et très spécialement pour les chrétiens, il est une autre forme sous laquelle la divinité manifeste le Droit commun à tous (celui qu'on nomme " Droit naturel "). [...]

" [...] Le fait de considérer l'État comme créateur et arbitre du Droit entraîne comme conséquence naturelle qu'il porte une attention très relative à la Justice et place au-dessus d'elle toutes sortes de raisons d'opportunité et de convenance. Comme l'a dit Ripert, on a invoqué des principes politiques, sociaux et économiques. On a seulement oublié de parler de justice et de morale. [...]

" [...] On a prétendu également que l'injustice était préférable au désordre. A quoi Ripert répondit que l'injustice, elle aussi, est un désordre, désordre intellectuel et moral, fréquemment pire que l'autre, car, à plus ou moins longue échéance, il met la société en péril. [...]

" [...] Il apparaît, en effet, comme l'a dit judicieusement Kulischer, que l'État est l'ultime révolution qui a triomphé ; s'il s'identifie avec le Droit, celui-ci ne sera plus que le produit de la force triomphante. Triste couronnement d'une construction scientifique formulée avec tant de soin ! [...]

" [...] D'autre part, l'État ayant été divinisé par le nazisme, il n'y a rien d'extraordinaire à ce que certains auteurs de traités aient soutenu que l'homme n'a une personnalité juridique qu'en tant que membre de la communauté nationale. Sans aller si loin, et par d'autres voies, les doctrines étatistes et sociologiques conduites à de semblables méconnaissances de la personnalité humaine. [...] Rien d'étonnant donc, si, dans ce climat de l'impersonnel qui tend à pénétrer et envelopper toute la vie, le sens du bien commun s'émousse dans les consciences des individus et si l'État perd de plus en plus le caractère primordial d'une communauté morale des citoyens. [...]

" [...] L'étatisation du Droit apparaît comme une caractéristique de périodes historiques déterminées découlant de leurs conceptions politiques particulières. H. Kantorowicz a affirmé que le préjugé du monopole de l'État pour la création du Droit, inconnu des Romains de la grande époque, a pris naissance à l'époque de la décadence politique sous les empereurs byzantins et fut ressuscité par les souverains absolus des XVIIe et XVIIIe siècles, puis plus tard par le jacobinisme révolutionnaire. [...]

" [...] Historiquement, il est évident que le Droit est antérieur à l'État. Il a existé et il existe en dehors de lui, comme le démontrent le Droit international, le Droit canon et les Droits des corps intermédiaires.

" C'est précisément un internationaliste, Frankestein, qui a fait ressortir, il y a quelque temps, la distinction entre la Loi et le Droit. La Loi, lex, ley, law. Le Droit ; jus, derecho, diritto, recht. [...]

" [...] Il est évident que ces corps intermédiaires - régions, provinces, municipalités, corps professionnels et syndicats [nations par rapport à l'Europe] - doivent être représentatifs, c'est-à-dire pousser, comme des plantes, de bas en haut, et non, à l'inverse, dépendre de haut en bas d'un pouvoir : celui de l'État, celui du parti majoritaire, du parti unique ou d'autres organismes supérieurs aux communautés qui doivent être représentées car, dans ce cas-là, il n'y a pas vraiment de corps intermédiaires, mais de simples succursales du pouvoir totalitaire dominant par leur truchement. Partant, ces communautés ne sont plus représentatives [on peut imaginer ce que sera l'Europe qu'on nous prépare avec les principes de la Révolution Française dont Jean-Jacques Rousseau est le héros principal].

" Ainsi l'antithèse liberté-autorité doit-elle se transformer en binôme liberté-autorité par la détermination des sphères respectives de compétence.

" Mais pour cela, il faut avoir la conviction qu'il existe un Droit antérieur et supérieur à l'État ; car, nous dit Pie XI, ' les lois humaines qui sont en contradiction insoluble avec le Droit naturel, sont marquées par un vice originel qu'aucune violence, ni aucun déploiement extérieur de force ne peut guérir '.

" Cela doit être revendiqué, lorsqu'il le faut, par la pression sociale des corps intermédiaires. C'est là l'unique garantie contre les abus des pouvoirs législatifs et exécutifs. Parce que la prétendue limitation de l'État ou de l'Administration par eux-mêmes n'est qu'une finalité idéale, simples portes placées dans la campagne. Comme Roubier le demande : si le Droit ne semble pas être supérieur à l'État, pourquoi l'État s'inclinerait-il devant lui et le respecterait-il ?

" Mais alors nous revenons par là au premier point, au point essentiel de la crise actuelle du Droit, l'oubli de l'existence de principes universels de morale et de justice, niés par le normativisme formaliste d'une part, et par le positivisme historiciste ou sociologique, d'autre part.

" [...] Au fond, nous nous trouvons devant un aspect du problème philosophique des universaux. Comme l'a dit Cathreim, ' le problème de l'universalité des concepts suprêmes et des principes juridiques est intimement lié à la question générale de la théorie de la connaissance [de la vraie connaissance, de la connaissance intellectuelle] : savoir, s'il y a des concepts universels, nécessaires, immuables, autrement dit, complètement indépendants du lieu et du temps quant à leur valeur '.

" Ce qui est certain, c'est que, par delà le normativisme, l'empirisme et le positivisme, on défend, de nouveau et chaque jour davantage, l'existence de principes supérieurs. Par bonheur de grands juristes ont défendu, même aux pires moments, les racines morales du Droit.

" Ihering avait affirmé que la séparation du Droit et de la Morale était un véritable cap des Tourments, montrant par là combien avaient fait naufrage en essayant de la doubler. Josserand en est venu à nier l'existence de frontières entre le Droit et la morale. [...] "

 

Hans Kelsen (1881-1973), professeur de Berkeley, juriste américain d'origine autrichienne qui est connu pour sa conception pyramidale et normative ou purement nominaliste, néo-kantienne, du droit et qui a influencé la rédaction de la Charte de l'ONU et dont l'influence continue à s'exercer sur les juristes du monde entier, Das Naturrecht in der politischen Theorie, Vienne, 1963, p. 148, cité par Julien Freund, L'essence du politique, Paris, Éd. Sirey, 1965, p. 723 (cf. également Michel Schooyans, La face cachée de l'ONU, Éd. Le Sarment:Fayard, 2000, ouv. cité plus haut, p. 169) :

 

" Du point de vue de la science juridique, le droit établi par le régime nazi est du droit.  Nous pouvons le regretter, mais nous ne pouvons pas nier qu'il s'agit d'un droit. Le droit de l'Union soviétique est du droit ! Nous pouvons l'exécrer comme nous avons horreur d'un serpent venimeux, mais nous ne pouvons pas nier qu'il existe, ce qui veut dire qu'il vaut." [Voilà jusqu'où peut aller la logique d'une philosophie fausse. L'État s'identifie ainsi avec le Droit sans la moindre référence à l'existence d'un Droit antérieur et supérieur à lui ou de principes fondamentaux et universels de morale et de justice, ce qui le conduit logiquement et fatalement à légaliser puis à légitimer tout ce qui s'oppose à la loi naturelle dont la source se trouve en Dieu, le Principe des principes. Cela, pour ne prendre qu'un exemple, nous le voyons manifestement avec la loi sur l'avortement.]

 

Selon le point de vue du démocrate ou de l'idolâtre (l'idolâtrie du nombre, du quantitatif, par opposition au qualitatif), la loi est l'expression de la volonté populaire considérée comme la seule souveraine, c'est-à-dire une et indivisible, - ce qui relève toujours du despotisme et conduit à la tyrannie (ce dont les Grecs étaient déjà conscients). Qui décidera en définitive ? Le pouvoir en tant que tel ne peut être divisé ou aller à hue ou à dia - pouvoir qui doit cependant être toujours soumis à une discipline supérieure ou aux "maximes générales" et aux "lois divines : lois non écrites, celles-ci, mais intangibles" (Sophocle, 496-406 av. J.-C., Antigone, 420-469). Or la volonté populaire, étant par définition la volonté du plus grand nombre, n'est en réalité constituée que par une addition hétérogène de volontés particulières capricieuses, disparates et versatiles, - ce qui est malheureusement prouvé par l'histoire de nos constitutions qui ont régi notre pays depuis 1789 (et par les sondages). Cette volonté est donc bien incapable de donner à l'État la stabilité et la continuité qui lui sont nécessaires pour gouverner en procurant et en perpétuant l'authentique bien commun de la Cité qu'elle ne peut avoir pour point pour repère - ce qui exigerait en effet qu'elle fît abstraction et parfois même le sacrifice des intérêts particuliers ou individuels. N'y voit-on pas là une contradiction ? Et ajoutons qu'il n'est pas raisonnable de ne tenir aucun compte des principes d'une constitution qui a été forgée, soutenue et développée par mille ans d'histoire, et grâce à laquelle la France a pu exister en tant que nation. Peut-on faire revivre un chêne que l'on vient de scier à sa base ou que l'on vient d'abattre en l'ayant coupé ou séparé de ses racines ? (1) La France ne s'est pas faite en un jour, comme la chaste Minerve, la déesse qui sortit tout armée du cerveau de Jupiter. Partie du Sacre Royal de Clovis par Saint Rémy, évêque de Reims, l'apôtre des Francs, et du Testament laissé par celui-ci, mais elle est née grâce à l'œuvre accomplie par la dynastie capétienne. Nous devons même considérer que le texte de ce Testament constitue la charte de la nation française. Comme l'a dit à juste raison le merveilleux et grand cardinal Pie, "il n'y aura jamais de national en France que ce qui est chrétien " ; et un peu plus loin : "rien ne sera jamais décidément national en France que ce qui est franc" (Œuvres de Mgr l'évêque de Poitiers, tome III, Discours pour la solennité de la réception des reliques de saint Émilien, évêque de Nantes, prononcé dans l'église cathédrale de Nantes le VIII novembre MDCCCLIX, pages 522, 523). Ne prenons pas trop à la légère un régime qui a fait et conservé la France et méditons sur les avantages du gouvernement d'un seul que saint Thomas d'Aquin considérait comme le meilleur des gouvernements (cf. Du Gouvernement Royal). Bossuet lui-même disait en substance la même chose (2)..

 

1) Maurice Jallut (l'auteur d'une " Histoire constitutionnelle de la France " en 2 tomes, aux éd. du Scorpion, qui fait autorité), avec la collaboration de François Buy et de Philippe Prévost, " Où va la République ? ", Philippe Prévost, 25, rue Jean de Beauvais, Paris (Ve), 1967, page 132 (cf. également, du même auteur : Propositions pour un nouveau régime et La France moderne et la démocratie, Les Cahiers de l'Ordre Français, les 2e et 3e Cahiers, 1962 et 1963) :

 

" Depuis 1789, nos constituants n'ont jamais voulu comprendre que les statuts politiques ne sont pas des œuvres de l'intelligence abstraite [ou une pure construction de l'esprit], qu'ils ne peuvent être fabriqués de toutes pièces en partant de principes posés a priori [voir Descartes et Rousseau], mais qu'ils sont au contraire forgés par l'histoire de chaque peuple, que lorsqu'une nation s'est formée, c'est son développement politique qui lui a donné la constitution qui lui convenait, ou tout au moins les lois fondamentales sur lesquelles cette constitution devait être édifiée. Bonald (1754 - 1840) a justement écrit que la constitution d'un peuple est son histoire mise en action. Une constitution ne se fabrique pas. Elle est organique car elle n'est en fait que la structure, la charpente, si l'on veut, de la Nation que ce peuple a formée. "

 

Pape Léon XIII, Encyclique Nobilissima Gallorum gens, 8 février 1884 - aux évêques français :

 

" Il n'y a qu'un moyen de salut pour les nations engagées dans les voies de la décadence, c'est leur retour à leurs institutions premières." [A moins que les papes n'écrivent que pour écrire ou pour ne rien dire, cette phrase doit quand même avoir une signification.]

 

2) Bossuet, La Politique tirée des propres paroles de l'Écriture sainte, livre II, article I :

 

" Il n'y a aucune forme de gouvernement, ni aucun établissement humain qui n'ait ses inconvénients ; de sorte qu'il faut demeurer dans l'état auquel un long temps a accoutumé le peuple. C'est pourquoi Dieu prend en sa protection tous les gouvernements légitimes, en quelque forme qu'ils soient établis : qui entreprend de les renverser n'est pas seulement ennemi public, mais encore ennemi de Dieu.

" La monarchie héréditaire a trois principaux avantages.

" Trois raisons font voir que ce gouvernement est le meilleur.

" La première, c'est qu'il est le plus naturel, et qu'il se perpétue de lui-même. Rien n'est plus durable qu'un État qui dure et se perpétue par les mêmes causes qui font durer l'univers, et qui perpétuent le genre humain. [...]

" Point de brigues [manœuvres par lesquelles, poursuivant quelque objet, on engage des personnes dans ses intérêts], point de cabales dans un État pour se faire un roi : la nature en a fait un [1]. Le mort, disons-nous, saisit le vif, et le roi ne meurt jamais. Le gouvernement est le meilleur, qui est le plus éloigné de l'anarchie. A une chose aussi nécessaire que le gouvernement parmi les hommes, il faut donner les principes les plus aisés, et l'ordre qui roule le mieux tout seul.

" La seconde raison qui favorise ce gouvernement, c'est que celui qui intéresse le plus à la conservation de l'État les puissances qui le conduisent. Le prince qui travaille pour son État travaille pour ses enfants ; et l'amour qu'il a pour son royaume, confondu avec celui qu'il a pour sa famille, lui devient naturel. Il est naturel et doux de ne montrer d'autre successeur que son fils ; c'est-à-dire un autre lui-même, en ce qu'il a de plus proche. Alors il voit sans envie passer son royaume en d'autres mains ; et David entend avec joie cette acclamation de son peuple : ' Que votre nom, et son trône au-dessus de votre trône ' (I Rois, 1 : 47). [...]

" La troisième raison est tirée de la dignité des maisons où les royaumes sont héréditaires. ' Cela a été peu pour vous, ô Seigneur, de me faire roi ; vous avez établi ma maison à l'avenir, et vous m'avez rendu illustre au-dessus de tous les hommes. Que peut ajouter David à tant de choses, lui que vous avez glorifié si hautement, et envers qui vous vous êtes montré si magnifique ' (I Chroniques, 17 : 17-18 ; II Samuel, 7 : 18) ? Cette dignité de la maison de David s'augmentant à mesure qu'on en voyait naître les rois ; le trône de David et les princes de la maison de David devinrent l'objet le plus naturel de la vénération publique. Les peuples s'attachaient à cette maison, et un des moyens dont Dieu se servit pour faire respecter le Messie fut de l'en faire naître. On le réclamait avec amour sous le nom de fils de David (cf. S. Luc, 1 : 30-33, 68-69 ; S. Matthieu, 1 : 1, 20 ; S. Luc, 6 : 3 ; S. Marc, 2 : 25 ; S. Matthieu, 12 : 3 ; S. Jean, 7 : 42 ; Actes, 2 : 29-30 ; Romains, 1 : 3 ; Nombres, 36 : 1-12 ; Tobie, 6 : 11-12 ; 7 : 2-4, 11-12 ; Psaumes, 89 (Vg. 88) : 4-5 ; 132 (Vg. 131) : 11 ; 16 (Vg. 15) : 10 ; Isaïe, 55 : 3 ; Michée, 5 : 1 ; S. Matthieu, 2 : 5 ; S. Luc, 18 : 38-39 ; S. Marc, 10 : 47-48 ; S. Matthieu, 20 : 30-31 ; 21 : 9 ; S. Luc, 20 : 41-44 ; S. Marc, 12 : 35-37 ; S. Matthieu, 22 : 41-46)."

 

1) Charles Maurras, L'Enquête sur la monarchie, Appendices, p. 557 :

 

" Nous espérons qu'on ne nous répondra point de sornettes sur le hasard de la naissance. Comme si l'élection n'avait point ses hasards ! Comme si ces derniers hasards n'étaient pires que les premiers ! [...] L'électeur français passe son temps à délivrer des blancs-seings à des inconnus, sans autre garantie que la nuance des affiches sur lesquelles les candidats ont inscrit leurs déclarations. [...] L'intérêt de parti remplace ainsi le bien public. C'est ainsi que l'on décompose la France. Qu'y devient l'État ? Un esclave. Esclave des Chambres. Esclave des partis parlementaires, des coteries électorales. Esclave même de ces événements imprévus qui, sous un tel régime, déchaînent avec la panique, des changements d'opinion, donc de personnel et de direction, mais qui sont justement ceux qui exigeraient, au regard du salut public, le maximum de fermeté, de stabilité et de possession de soi-même. [...] Mais l'unité française, œuvre de politique, de la plus souple, de la plus longue et de la plus ferme politique autoritaire, résulte et résulte exclusivement de desseins continués pendant 1000 ans par la Maison de France."

 

Cardinal Pie, Œuvres de Mgr l'évêque de Poitiers, tome III, Discours pour la solennité de la réception des reliques de saint Émilien, évêque de Nantes, prononcé dans l'église cathédrale de Nantes le VIII novembre MDCCCLIX, p. 523 (cité ci-dessus) :

 

" Le jour où la France entière aura rappris à se mettre à genoux (je veux dire à genoux devant Dieu, car certes nous l'avons vue s'agenouiller assez devant toutes ses rivales) ; le jour où la France aura rappris à se mettre à genoux, Dieu lui rendra le sceptre de l'univers, un instant tombé de ses mains. Elle reprendra sa magnifique destinée parmi les peuples, procurant à ses enfants ici-bas la paix, la liberté, la gloire, et députant des légions d'élus vers l'immuable et éternelle patrie."

 

 Encyclique Quas Primas du Pape Pie XI sur la Royauté du Christ, 11 décembre 1925 :

 

" Dans la première Encyclique qu'au début de Notre pontificat Nous avons adressé aux évêques de l'univers, il Nous souvient de l'avoir déclaré ouvertement, en recherchant les causes des calamités qui accablent l'humanité et avec lesquelles celles-ci est en lutte : non seulement ce déchaînement de malheurs a envahi l'univers parce que la plupart des hommes ont banni Jésus-Christ et sa foi très sainte de leurs coutumes et de leur vie particulière comme de la société familiale et de l'Etat, mais encore l'espoir d'une paix durable entre les peuples ne brillera jamais tant que les individus et les Etats s'obstineront à rejeter l'autorité de notre Sauveur. C'est pourquoi Nous avons averti qu'il fallait chercher la paix du Christ dans le règne du Christ, et Nous avons promis d'y contribuer de tout Notre pouvoir : dans le règne du Christ, disons-Nous, car pour aider à rétablir solidement la paix il ne Nous apparaissait pas de moyen plus efficace que la restauration du règne de Notre-Seigneur. [...] C'est pourquoi, en vertu de Notre autorité apostolique, Nous instituons la fête de Notre-Seigneur Jésus-Christ Roi, fête qu'il faudra célébrer chaque année, dans tout l'univers, le dernier dimanche d'octobre, c'est-à-dire le dimanche avant la Toussaint. [...] Aux États, la célébration annuelle de cette fête rappellera que les magistrats et les gouvernants sont tenus, tout comme les citoyens, de rendre au Christ un culte public et de lui obéir  ; elle évoquera devant eux la pensée de ce dernier jugement où le Christ, non seulement expulsé de la vie publique, mais encore négligé ou ignoré avec dédain, vengera sévèrement de telles injustices, car sa royauté exige que l'État tout entier se règle sur les commandements de Dieu et les principes chrétiens aussi bien dans la législation que dans la façon de rendre la justice et que dans la formation de la jeunesse à une doctrine saine et à une bonne discipline des mœurs. " [Cf. les encycliques Immortale Dei du pape Léon XIII et Quas Primas du pape Pie XI. - I Corinthiens, XV, 25 : " Car il faut qu'Il règne " ; cf. Daniel, 7 : 13-14 ; I Samuel, 8 : 7 : " Et Dieu dit à Samuel : ' Écoute la voix du peuple dans tout ce qu'il te dira ; car ce n'est pas toi qu'ils méprisent, c'est moi qu'ils méprisent, pour que je ne règne pas sur eux.' ; Psaume 2, 1-9 : " Pourquoi les nations s'agitent-elles en tumulte, et les peuples méditent-ils de vains projets ? Les rois de la terre se soulèvent et les princes tiennent conseil ensemble contre Dieu et contre son Oint : Brisons leurs entraves, et jetons loin de nous leurs chaînes " ! Celui qui trône dans les cieux se rit, le Seigneur se moque d'eux. Alors il leur parle, et dans sa fureur il les épouvante : " Et moi, j'ai établi mon Roi sur Sion, ma montagne sainte ". Je vais publier le décret de Dieu : Dieu m'a dit : " Tu es mon Fils ; moi-même, aujourd'hui je t'ai engendré. Fais m'en la demande, et je te donnerai les nations pour héritage, et pour domaine les extrémités de la terre. Tu les régiras avec une houlette de fer ; comme le vase du potier tu les mettras en pièces. " ; S. Luc, 19 : 27 : " Quant à mes ennemis, ces gens qui ne voulaient pas que je règne sur eux, amenez-les ici et égorgez-les [ou tuez-les] devant moi." (en latin : interficite ante me (Vulgate), en grec : katasfaxate emprosqen mou (Septante) - tuer, faire périr, lat. : interficio ; égorger, gr. : katsfaxw) (1) ; cf. Matthieu, 25 : 30; Luc, 10 : 10-12 (Mission des soixante-douze disciples : "... dans quelque ville où l'on ne vous recevrait pas") ; 12 : 49 ("Je suis venu jeter un feu sur la terre) ; 23 : 27-32 ; Matthieu, 10 : 34 ("Ne pensez pas que je sois venu jeter la paix sur la terre, mais le glaive.") ;11 : 23-24 ; 24 : 14 ; Romains, 14 : 17 ; I Cor., 4 : 20 ; Apocalypse, 11 : 15 ; 12 : 5 et 10 - en prenant aux sérieux la doctrine de la Royauté Sociale du Christ, devrions-nous être classés, pour reprendre la pensée de Jacques Maritain, parmi " les Ruminants de la Sainte-Alliance " participant de " l'Archétype de l'extrémisme de droite " ? Ridicule et blasphématoire ! Nous ne le pensons pas, car nous ne faisons qu'adhérer à une conclusion tirée des Saintes Écritures et explicitée par le Magistère de l'Église de Jésus-Christ. Nous ne devons pas nous agenouiller devant le monde présent ou " nous modeler sur lui " (Romains, 12 : 2). En cette vie, c'est la foi seule qui doit nous diriger. - cf. La Théologie de saint Paul, F. Prat, S. J., présentée par J. Daniélou, S. J., Beauchesne et ses Fils, Paris, 1961, IIe Partie, pages 460-461. - Catéchisme du S. Concile de Trente, chapitre 41, Seconde demande de l'oraison dominicale, " Que votre règne arrive ", § 5 : Demander au Saint-Esprit qu'Il nous enseigne à faire toutes choses selon Sa volonté : " Demandons que Jésus Christ soit vainqueur, et qu'Il triomphe ; que Ses lois soient en vigueur par toute la terre, que ses décrets soient partout exécutés, qu'il n'y ait ni traite ni déserteur parmi les siens, et que tous se montrent tels qu'ils puissent se présenter avec confiance devant Dieu leur Souverain, et entrer ensuite en possession du Royaume céleste qui leur a été préparé de toute éternité, et où ils jouiront avec Jésus Christ d'un bonheur qui n'aura point de fin " (cf. S. Matthieu, 6 : 10).]

 

1) S. Luc, XIX, 27 : " Quant à mes ennemis, ces gens qui ne voulaient pas que je règne sur eux, amenez-les ici et égorgez-les devant moi. " - S. Thomas d'Aquin, Chaîne d'Or, Évangile selon Saint Luc, XIX, 27 : « S. Cyrille. L'explication de cette parabole retrace tous les mystères de Jésus-Christ, depuis le premier jusqu'au dernier. [...] Théophyle. [...] Notre-Seigneur ajoute ensuite pour ses ennemis : " Quant à mes ennemis, qui n'ont pas voulu m'avoir pour roi, amenez-les ici, et tuez-les devant moi. " [...] S. Chrysostome. Cette sentence tombe directement sur les Marcionites. Jésus-Christ dit ici (S. Luc, 19 : 27) : “Amenez mes ennemis, et qu'on les mette à mort en ma présence” [aux derniers temps – cf. Apocalypse, 6 : 17] ; et cependant ils prétendent que le Christ est bon, et que le Dieu de l'Ancien Testament est mauvais. Or, il est évident que le Père et le Fils font ici la même chose, le Père envoie une armée à la vigne pour détruire ses ennemis, et le fils les fait mettre à mort en sa présence. »

 

Marquis de la Franquerie, Ascendances Davidiques des Rois de France et leur parenté avec Notre Seigneur Jésus-Christ, la Très Sainte Vierge Marie et Saint Joseph, Editions Sainte Jeanne d'Arc - " Les Guillots " - Villegenon - 18260 Vailly-sur-Sauldre, 1984, Tél. 02 48 73 74 22, Fax 02 48 73 75 86, Avant-propos, pp. 13-14 : Lettre du 6 novembre 1972 d'un religieux, " l'un des confidents et secrétaire à l'occasion du Padre Pio " :

 

" Padre Pio savait que la France cache un pouvoir qui se révélera à l'heure établie (c'est-à-dire à l'heure de Dieu)... Dans le monde manque le pouvoir royal que Dieu a caché en ces temps de folie. Le pouvoir royal seulement, celui que Dieu donna à David, est capable de régir le gouvernement des peuples. Sans le pouvoir royal de David, reconnu et mis à sa juste place, me disait le Padre Pio, la religion chrétienne n'a pas le soutien indispensable sur lequel appuyer la Vérité de la parole de Dieu. La folie des hommes a été de tenter de tuer la royauté ; le monde le paye encore aujourd'hui, car sans le véritable Roi promis par Dieu parmi les descendants de David, le pouvoir de Dieu ne réside plus dans le cœur des chefs d'Etat et des ministres. Mais Satan tire avantage à remplacer le pouvoir royal du David vivant. Que le malheur du monde sera grand avant que les hommes puissent comprendre cette vérité. La vérité est aujourd'hui dans le cœur de peu d'hommes élus et cachés, mais, dans ces hommes, il y a tous les pouvoirs du Dieu vivant qui veut et peut détruire tous les usurpateurs des pouvoirs véritables..."

 

Abbé Augustin Barruel (1741-1820), Mémoires pour servir à l'Histoire du Jaconinisme, Tome 2, Diffusion de la Pensée Française, Chiré-en-Montreuil, 86190 Vouillé, Nouvelle édition 1973, pp. 320-321 :

 

" Je ne sais à laquelle de ces deux Sectes [ou des deux espèces d'Illuminés] avait été initié le Comte de Virieux ; mais l'une et l'autre pouvaient également lui suggérer la manière dont il exprimait tout ce résultat du Congrès maçonnique [de 1781-1782]. De retour à Paris, félicité sur les admirables secrets qu'il était censé apporter de sa députation, pressé par les saillies de M. le Comte de Gilliers, qui dans les Francs-Maçons n'avait encore vu que des hommes dont l'esprit et le bon sens ont droit de se jouer. " Je ne vous dirai pas les secrets que j'apporte, répondit enfin le Comte de Virieu, mais ce que je crois pouvoir vous dire, c'est que tout ceci est plus sérieux que vous ne le pensez ; c'est qu'il se trame une conspiration si bien ourdie et si profonde, qu'il sera bien difficile et à la Religion et aux Gouvernements de ne pas succomber." - Heureusement pour lui, ajoutait M. le Comte de Gilliers, en rapportant ce fait, M. de Virieux avait un très grand fond de probité et de droiture. Ce qu'il avait appris dans sa députation, lui inspira tant d'horreur pour ces mystères, qu'il y renonça absolument et devint un homme très religieux. C'est à cela même que nous devons le zèle qu'il montra dans la suite contre les Jacobins."

 

 

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12 février 2014 3 12 /02 /février /2014 10:33

LA POLITIQUE

 

(7/14)

 

Augustin Cochin (mort en héros pour la Patrie, le 8 juillet 1916, au Calvaire de Hardecourt), Archiviste paléographe, École des Chartes, La Révolution et la libre-pensée (travail formidable : exploration des archives de quarante et un départements, de douze chefs-lieux de district, d'une quarantaine de bourgs et villages), Imp.-Édit. Plon, Paris, 1924, chap. II : Le phénomène révolutionnaire et la méthode sociologique, chap. III : Les types actifs, I : Les machinistes, 1° Le phénomène révolutionnaire, La méthode sociologique, 2° La conception de l'État, 3° Le " Contrat social ", Deuxième section : Liberté ou la volonté socialisée (1789-1793), § 2 : Le moyen : la liberté idéale, Les résultats : L'orthodoxie jacobine, Troisième section : Justice ou les biens socialisés (1793-1794), chapitre unique : Les biens socialisés, Exposé, I : Le gouvernement révolutionnaire, II : L'entraînement, IV : Le moyen, Appendice I : Canevas d'une conférence 1907, Appendice II : La société et le parti, pages 65, 66-67, 69, 70, 72-73, 74, 75-76, 80-81, 82, 83-84, 152, 153, 168, 188, 230, 232, 235, 236, 240, 242, 259-260, 266, 267 :

 

Chapitre II

 

Le Phénomène révolutionnaire

Et la méthode sociologique

 

1° Le phénomène révolutionnaire

 

" Si nous envisageons le résultat, nous le trouvons prodigieux.

" Le phénomène révolutionnaire, courant d'idées qu'on appelle, selon le temps, philosophie ou libre-pensée ; selon le degré, libéral ou jacobin ; philosophe en 1750 et 1793, libre-pensée aujourd'hui, jacobin pendant la Révolution, terrorisme, - connu de tout le monde, - est un fait social indéfinissable.

" Et d'abord, est-ce bien un phénomène à part ? Les libres-penseurs diront que non : c'est l'histoire même de l'humanité ; la libre-pensée, c'est la pensée ; le peuple, c'est tout le monde.

" Mais les jacobins ne sont pas tout le monde, ni le Grand-Orient, qui est plutôt un des grands centres de libre-pensée, n'est pas que je sache un centre intellectuel. [...]

" ... le travail des sociétés de pensée a, par sa forme même et indépendamment de son objet, un effet d'orientation sur l'esprit. La pensée socialisée, pauvre d'intuition, séquestrée du réel, aboutit à des vérités réduites parce qu'elle est orientée vers le vide.

" Et quant aux motifs conscients allégués en leur temps par les révolutionnaires eux-mêmes et docilement accueillis par les historiens de la défense républicaine [de la république démocratique] - circonstances, révoltes, complots, famines, guerres, - c'était la façade présentée à dessein à l'opinion publique pour masquer le travail intérieur de la petite cité qui tyrannise la grande : pour égarer l'opinion, tantôt on l'endormait en faisant le silence sur des actes énormes et révoltants, tantôt on l'affolait en donnant une publicité bruyante à des mensonges absurdes.

" Il faut donc chercher, au-dessous de la psychologie consciente, le ressort caché du régime révolutionnaire. [...]

" [...] Les jacobins règnent en vertu d'une force impersonnelle qu'ils servent sans la comprendre et qui les brisera sans effort comme elle les a élevés. L'histoire du petit peuple a sa loi, son progrès, que ses citoyens mêmes ne connaissent pas. Et c'est la loi sociologique des sociétés de pensée. Ce n'est pas d'une anarchie spontanée que surgit la Révolution en 1789. C'est d'un lent et sourd travail de trente ans, préparant, chauffant comme un vase clos dans ces sociétés fermées les initiés, c'est-à-dire les esprits les plus aptes à subir l'influence déformatrice [le travail spécifique des sectes]. On ne naît pas libre-penseur, on le devient encore moins au grand air de la vie si chargée de réalités.

 

2° La conception de l'État

 

" [...] Et d'abord quelle est la théorie, quelle est la conception politique qui va germer et fleurir dans les sociétés de pensée ? Avant d'en discuter la valeur, il faut en préciser la portée.

" Elle part du principe de l'égalité de tous les hommes, par suite de leur indépendance absolue. Elle s'appellera le régime de la démocratie directe : c'est là le cumul de tous les pouvoirs dans les mêmes mains qui ne s'en dessaisissent à aucun moment. Et ce souverain aux pouvoirs illimités et sans appel, maître de la justice même, c'est le peuple, le peuple agissant de concert pour édicter d'une seule voix sa volonté commune, la volonté générale. Et cette volonté générale crée la loi, les droits, les devoirs et n'est responsable qu'envers elle-même. La vie et les biens de chacun sont ainsi à la disposition du peuple souverain.

" Telle est l'idée de la cité démocratique que l'on inculquera depuis 1760 aux adeptes des sociétés de pensée, choisis, entraînée, cultivée épurée par une sélection continue, façonnée en un mot et passionnée dans ce milieu artificiel jusqu'au jour où ils sortiront apôtres de cette nouvelle religion. Le catéchisme en sera le Contrat social que Rousseau publie en 1762.

" Afin de bien saisir le caractère de cette doctrine, le meilleur moyen est de la voir à l'œuvre dans le détail de son application. Ne la prenons pas dans son triomphe quand elle règne sans conteste en l'année de la Terreur - toutes les tyrannies se ressemblent, - mais plutôt qu'elle lutte deux années durant pour arriver au pouvoir, la démocratie directe se mesurant avec la démocratie constituée ou parlementaire que représente la Convention.

" [...] Où se trouve le peuple ? Dans la rue, et dans les clubs ou les « sociétés populaires », qui ne sont autre chose que « les sociétés de pensée. » Le souverain est immédiatement dans les sociétés populaires ", diront les jacobins. C'est là que réside, parle et agit le peuple souverain. Le peuple de la rue ne sera requis que pour les besognes et les exécutions.

" Il faut se représenter les sociétés populaires comme un immense réseau ressortissant à la société-mère, le club des Jacobins : un système nerveux transmettant jusqu'aux extrémités du pays les impulsions de ce cerveau.

" [...] Les sociétés populaires sont des cercles fermés : depuis la première loge jusqu'au dernier club jacobin, elles se recrutent par élimination.

" [...] Dès le début, les sociétés ont régenté les assemblées électorales, intriguant, tripotant, sous-prétexte d'exclure des traîtres qu'elles seules désignaient. Plus tard, elles les ont doublées de comités de surveillance. A la fin elles les ont fermées d'office : plus de représentants élus puisque le peuple règne et gouverne par lui-même.

" De ces faits se dégage claire et limpide la doctrine sociale de la Révolution française.

" De face, les principes : tous les hommes égaux, tous les hommes libres, tous les hommes affranchis de toute autorité.

" A l'envers de cette médaille, les faits : le peuple souverain est le petit peuple des sociétés fermées, triées, épurées, réduites, seul représentant authentique du peuple en soi, seul représentant du peuple en soi et de la volonté générale.

" Et ce petit peuple n'a rien de commun avec le grand peuple de France puisqu'il l'opprime et à la fin le tyrannise. En nombre, le petit peuple est une infime minorité. La pratique est l'opposé de la théorie. Tyrannie de fait au service d'une liberté de principe : tel est le bilan de la Révolution. L'idée contredit la réalité. Le sens des mots est interverti.

" Les dénominations morales changent d'acception. Ce n'est plus à la morale humaine que l'on demande le sens du juste, c'est à l'idée révolutionnaire. Tout acte, tout décret du peuple souverain est appelé révolutionnaire et dès lors déclaré légitime. Le fanatisme des tueurs, les tribunaux assassins, " justice du peuple " ; des vices odieux, " vertus civiques ".

" Contresens des mots ! faut-il dire mensonge ? Non. Ce n'est ni un mensonge concerté, ni un complot machiné. Une intrigue n'aurait pas cette puissance, ni cette étendue, ni cette durée. Ils ne mentent pas ; ils sont convaincus et entraînés. Ils subissent la loi du régime et cette loi les dépasse.

 

3° Le " Contrat social "

 

" D'où vient cette conception politique que nous venons de voir à l'exécution ? On est tenté de dire que c'est l'invention de Rousseau, car la Révolution s'est donné comme programme le Contrat social. Mais n'y a-t-il pas autant de raison de dire que Rousseau a pris pour modèle les sociétés de pensée ? A le lire, ne se croirait-on pas devant une loge, un ordre, une société : liberté absolue des opinions, égalité des membres, toutes les décisions prises au scrutin : rien de plus démocratique.

" [...] Et poussé jusqu'à cette limite, le Contrat social, seul, contient la doctrine. La forme suppose le fond.

" C'est ainsi que la société en soi, et celle-là seulement, prend un caractère différent des autres.

" La réalisation de cette virtualité dépend de quoi ? D'un travail purement intellectuel, « les lumières », et nullement d'un travail moral et réel, l'effort, la lutte intérieure. On « prend conscience » de cette liberté, de cette égalité, au contraire de la liberté ou de l'égalité chrétiennes qui sont des points d'arrivée qu'on conquiert et mérite par ses œuvres, et non des points de départ. [...]

" [...] Rousseau se doutait-il, en écrivant sa constitution idyllique [irréalisable, chimérique, utopique, et dont les conséquences ne pouvaient être par conséquent qu'extrêmement dangereuses ou dramatiques] qu'un jour on voudrait la réaliser et voyait-il son doux rêve [rêve qui n'a rien de doux] s'achever en cauchemar de sang dans la France terrifiée ? [Rousseau ne le voyait pas; car il l'a lui-même reconnu, ayant écrit : « Vous êtes bon de me tancer sur mes inexactitudes en fait de raisonnement. En êtes-vous à vous apercevoir que je vois très bien certains objets, mais que je ne sais point comparer, que je suis assez fertile en propositions, sans jamais voir de conséquences ». - Ce qui dénote chez lui un manque d'intelligence et une totale irresponsabilité.]

" Et cependant l'idéal conçu par Rousseau, du peuple libre par excellence, du peuple en soi [autrement dit du peuple-Dieu], de la démocratie directe, ne cesse d'attirer comme par une fascination invincible les démocrates de tout genre : fatalement ils y viennent et s'y laissent séduire [comme une mouche par le miel]. L'oracle est là ; la voix des principes parle là et là seulement [le chant des sirènes... nous dirions plutôt la voix du Séducteur ou du Prince de ce monde, car toute créature ne pouvant être à elle-même sa règle, l'ordre naturel lui prescrit d'obéir à Dieu toujours, Dieu étant le Souverain Bien, le Bien total, le fondement de la vraie Liberté, vers qui elle doit tendre et qu'elle connaît " sous la raison de bien ", ne se portant pas fatalement vers un bien particulier ou n'ayant avec celui-ci aucune connexion nécessaire].

" [...] Il y a une volonté du peuple a priori : les principes. Si le peuple réel, la " multitude " décide dans leurs sens, c'est bien ; sinon, c'est lui qui a tort et il y a là une personne pour la redresser, le peuple des " sociétés ", qui, lui, grâce à son organisation, est toujours dans la droite voie. Et quand même dans cette petite cité on serait dix contre mille, la voix de la " société " est bien la voix du peuple. [...]

" On conçoit le droit absolu de la majorité qui n'est qu'un absolu relatif. Mais telle n'est pas l'idée de la survie du peuple comme elle paraît dès 1789 : il y a un être bon, vertueux, juste, sage par excellence, le peuple. Le peuple est Dieu. Non pas en tant que majorité décidant contre une minorité mais absolument parlant.

" Donc les doctrinaires du régime, philosophes et politiciens depuis Rousseau et Mably jusqu'à Brissot et à Robespierre, le vrai peuple est un être réel. La volonté générale, la volonté citoyenne dépasse la volonté actuelle du plus grand nombre comme la grâce domine la nature dans la vie chrétienne. Rousseau l'a dit : la volonté générale, le vrai peuple, n'existe que virtuellement dans la conscience ou l'imagination des « hommes libres », des « patriotes » - des « citoyens conscients », dirait-on aujourd'hui.

" [...] La volonté générale a d'autres caractères, les principes ; c'est la volonté conforme aux principes. Voilà le vrai peuple. Le reste n'est que « quelques particulières histoires ». [...]

" L'action des sociétés sur le peuple n'est pas de pensée, mais de force. Telle est la vérité réelle devant laquelle s'évanouit comme un fantôme la vérité sociale.

" La force colossale du régime qui triomphera en 1793 n'est autre que la force d'inertie canalisée par la machination des sociétés occultes. [...]

" Ce n'est pas la lumière du vrai que représente la maçonnerie philosophique, c'est une pression aveugle sur le peuple maintenu dans l'ignorance par des initiés au secret [voir les travaux de l'abbé Barruel : Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme].

" La façade vérité n'est qu'un mensonge. [...]

 

Chapitre Premier

 

L'organisation

 

§ 2. Le moyen : la liberté idéale.

 

" Un autre moyen d'entraînement est le vote des grandes masses et par acclamation, très favorable à la machine. On a remarqué en effet (cf. Le Bon, Psychologie des foules) que les foules s'assujettissent à des mouvements d'enthousiasme ou de haine presque mécaniques. Il y a une chimie des foules qui n'a rien a voir avec la raison [voir les techniques publicitaires et de désinformation]. Et c'est ce que les "wire-pullers" [les tireurs de ficelles] connaissent d'une façon tout objective, et ce que la machine est spécialement armée pour exploiter : 1° éloquence expressive, Stump. ; 2° applaudissements dispersés, Workers boys ; 3° les Démonstrations ou journées : la machine mobilise tout son contingent, tous ses moyens : Ex cortège pour Ferrer 1909 ; l'expression : "aller en masse".

" [...] Je n'insiste pas sur ces moyens dont on pourrait dresser tout un catalogue. Il y a toute une technique du travail de la machine. [...]

 

§ 3. La condition : la liberté, l'individualisme.

 

Les résultats : l'orthodoxie jacobine.

 

" [...] Comme l'a bien remarqué Durkheim, c'est la conformité qui remplace les anciens arguments de raison, de sentiment ou d'intérêt. Telle est la volonté du peuple. Voilà le nouvel et unique argument (1) [et ainsi tout ce décrète le peuple devient moral et rassure les consciences perverties]. On ne prêche plus, on fait voter, on présente un arrêt favorable - le jeu des adresses, le Cut and dried - avec l'argument du fait accompli. [...]

 

1) [Note de l'éditeur. Rapprochement contemporain : le professeur Lintilhac s'écriant au Sénat vers 1910 : " Lorsque la loi a parlé la conscience n'a qu'à se taire !"].

 

Chapitre Unique.

 

Les biens socialisés.

 

Exposé.

 

" Le respect est un élément moral qui suppose une loi morale et une conscience. Dans notre monde social il ne reste plus que la nature avec ses appétits. La philosophie de la libre-pensée a réduit la vie à un calcul d'appétits [et on ne parle plus que de gestion, car c'est la qualité de cette gestion qui valorise l'homme politique - et c'est tout ce que la Secte lui demande, parce qu'il est ainsi maniable à souhait, réduit à l'état d'une machine ou d'un robot].

 

" [...] Historiquement, cette troisième et dernière étape de la Révolution, où l'idée de Rousseau, la démocratie directe, achève de se réaliser, c'est l'année de la Terreur ou du gouvernement révolutionnaire (août 1993 -août 1794). C'est une vaste expérience collectiviste enserrant la France entière. [...]

 

I. Le gouvernement révolutionnaire

 

" ... le respect du verdict de la majorité : la loi, voilà le seul lien de cohésion ; celui qui le brise trahit l'intérêt des autres. [...]

 

II. L'entraînement

 

" Aussi fallut-il une préparation, un entraînement pour faire prendre consistance dans les esprits au mythe social de Rousseau, pour donner corps à cette fiction du peuple souverain se gouvernant par lui-même. Il fallait que ce mythe s'emparât des imaginations, que les uns fussent poussés à le réaliser et que les autres consentissent à le subir.

" Les trente ans de travail des sociétés maçonniques, philosophiques, littéraires, avaient familiarisé les esprits avec la thèse démocratique [travail que poursuivent tous les professeurs d'histoire, de lettres et de philosophie dont la responsabilité est capitale dans la décadence actuelle de notre société]. [...]

 

III. L'autocratie communiste

 

" Le communisme des biens n'est que la dernière application du Contrat social. Tout droit dérivant du Souverain-peuple, les biens comme les personnes sont entre ses mains.

" [...] Ce système contre nature exigea un si prodigieux déploiement de moyens de contrainte qu'il en reçu son nom : la Terreur. Le règne de l'impersonnel est un enfer : la démocratie - prince impersonnel - gouverne à rebours ; l'État - peuple impersonnel - travaille à perte : voilà les deux grandes vérités que nie la doctrine de la Révolution et que démontre son histoire.

 

IV. Le moyen

 

" Il n'est pas d'exemple dans l'histoire d'une plus profonde et plus complète dissolution sociale. La libre-pensée a tué la société parce qu'elle avait tué la personne humaine. Dissociant l'homme et l'isolant de toute attache naturelle et morale, elle l'a livré comme une épave au flot social ! En son âme, elle n'a laissé subsister que cette ruine, l'égoïsme, qu'elle a appelé raison et qui sera la haine ou la peur. [...]

 

Chapitre Trois

 

Les types actifs

 

I. - Les machinistes

 

" Désagréger la matière votante, isoler les individus, pour les rendre inorganiques, ce qui s'appelle liberté - indifférents et homogènes, ce qui s'appelle égalité ; - leur imposer néanmoins cette mutuelle adhérence qu'on nomme fraternité ; en un mot les réduire à un magma docile et pétrissable, tel est l'effet du machinisme.

 

Appendice I : canevas d'une conférence 1907

 

" Or, quel merveilleux moyen d'assurer l'isolement matériel que la liberté ! la liberté révolutionnaire, qui détruit les corps professionnels, les corps d'État, les corps provinciaux, qui déclare la guerre à tous ces organismes vivants qui étaient la France d'autrefois.

" De là cette rage d' "affranchir" que nous voyons sévir aujourd'hui, et d'affranchir les gens contre leur volonté : toutes les lois révolutionnaires sont des lois d'affranchissement, la loi des départements, les lois contre les congrégations religieuses, contre les corps de métier, contre les corps d'État, Sorbonne et Parlement, contre les corps provinciaux. C'est l'individualisme révolutionnaire qui est, on le voit, la première condition de bon fonctionnement de la machine." [...]

 

Appendice II : la société et le parti.

 

" ... et en France on sait quel limon de concussion et d'immoralité laissa l'inondation jacobine !

" La raison est facile à voir : la machine rend la corruption acceptable, lui donne une excuse. Tel qui hésitait jadis à se vendre à un candidat ou à un parti, qui achète pour son compte, n'hésite plus à se vendre à une société. Une si noble cause ennoblit tout, et le service qu'on lui rend, qui d'une bassesse devient un acte de vertu, et le prix qu'on en reçoit, qui d'un pot-de-vin devient une récompense méritée. La corruption prend l'apparence du devoir, et bien des consciences indulgentes s'y trompent.

Réflexion 1908-1909

" Ce parasite-là qu'on ne voit ni ne nomme, c'est le régime officiel de demain, le régime réel d'aujourd'hui, enfin parvenu à sa parfaite croissance et prêt à éclore, alors que bien des gens sont encore à savoir s'il existe. C'est la démocratie pure - dont la parlementaire n'est qu'une forme intermédiaire et bâtarde - l'étatisme universel et non limité comme le nôtre, le socialisme, collectivisme, syndicalisme, peu importe le nom : il n'y a là que des voies diverses convergeant plus ou moins droit vers le même terme."

 

Sommes-nous en république dans le vrai sens du terme ? Nous ne le pensons pas, parce que ce régime n'est pas compatible avec le régime dictatorial, alors que nous sommes en réalité sous le joug d'une dictature maçonnique instaurée subrepticement. Notre régime n'a en effet que l'apparence d'une république et ne procéderait des principes républicains que si les communautés naturelles avaient la possibilité de se maintenir en contact permanent avec le gouvernement et d'être obligatoirement entendues par celui-ci pour la sauvegarde de leurs intérêts vitaux. Or, et c'est là le drame ! notre prétendue république souffre d'une indigence chronique du fait qu'elle subit constamment les effets délétères d'une démocratie qui s'inspire des principes contre nature posés par Jean-Jacques Rousseau, dont les écrits sont l'œuvre d'un malade mental (cf. à ce sujet le réquisitoire irréfragable de Jacques Maritain) qui ne considérait que les droits d'un homme solitaire, d'un homme isolé de son milieu naturel, familial, professionnel, confessionnel, etc., de telle façon que tout homme, ainsi désarmé et par conséquent livré à tout vent de doctrine, est réduit à l'état d'un grain de poussière dont la Franc-Maçonnerie a fait son plus grand profit, tenant maintenant en main toutes les rênes du pays : diviser pour régner, ce qui lui aurait été impossible dans une véritable république. République, oui ; démocratie, non ; monarchie, trois fois oui. Cela les anciens le savaient (1). C'est une réponse logique à la grande question du meilleur des gouvernements, une conclusion quasiment mathématique ou irréfutable, parce que fondée sur l'observation des lois naturelles intangibles : république et démocratie sont en opposition ; et la monarchie, le meilleur des régimes (2). Aucune machine ne fonctionne sans règle ni loi universelle ou avec des principes n'ayant aucun fondement dans la réalité naturelle. Une intelligence n'est saine que si son raisonnement s'appuie sur des bases réelles en passant d'un objet perçu à un autre objet perçu ou d'une vérité à une autre vérité en opérant par mode de causalité dans une dépendance constante dans l'ordre de la vérité (3). C'est pourquoi nos institutions politiques étant basées depuis 1789 sur de dangereuses chimères, aucun Etat n'a pu et ne peut être refait. N'oublions quand même pas que la terreur jacobine n'est au fond que la conséquence logique des principes posés par Jean-Jacques Rousseau dans son Contrat social dont l'influence sur le totalitarisme nazi ou le socialisme national et le communisme est également évidente. On peut même soutenir que le principe du peuple souverain faisant du peuple un dieu juge de tout est d'origine satanique (4), parce que c'est bien le diable qui a voulu être à lui-même sa règle. En effet, nul être créé ne peut prétendre avoir la maîtrise du bien. " C'est bien là, dit le R. P. Philippe de la Trinité, O. C. D., le péché de l'esprit et la faute d'orgueil : le refus du surnaturel comme tel, le refus du souverain dominium de Dieu sur sa créature, le rejet de ce qui est la souveraine règle pour s'enfermer en sa nature. C'est la chute. " Nous voyons là les raisons de la condamnation sans appel du naturalisme que les Papes ont renouvelée maintes et maintes fois et sur laquelle aucun Pape ne reviendra en vertu des critères de l'infaillibilité du Magistère ordinaire de l'Église.

 

1 - Cf. Hérodote, Thucydide, Homère, Platon, Aristote, saint Thomas d'Aquin, Bossuet, Joseph de Maistre, etc

 

2 - et non le régime parfait, si ce n'est dans la future cité sainte, la Jérusalem nouvelle, où sera le trône de Dieu et de l'Agneau. - Cf. S. Thomas d'Aquin, Du Gouvernement Royal, l'incomparable et immortelle Encyclique Quas Primas du Pape Pie XI, et le sublime chapitre XI de l'Apocalypse dont aucune parole ne peut être retranchée.

 

3 - Cf. S. Thomas d'Aquin, II Anal., I, l. I, n° 4 ; S. th., II-I, q. 57, a. 2.

 

4 - La Paix intérieure des Nations, Les Enseignements Pontificaux, Présentation et tables par les moines de Solesmes, Desclée & Cie, Éditeurs Pontificaux, 1962, Encyclique du Pape Pie VI, 23 avril 1791 - à l'évêque d'Aléria, p. 7 :

 

" Il est inutile de parler ici en détail de toutes les délibérations qui ont été prises par l'Assemblée du Comtat. Il Nous suffit de rappeler :

 

" 1) les 17 articles sur les droits de l'homme qui ne sont qu'une répétition fidèle de la Déclaration faite par l'Assemblée nationale de France, si contraire à la religion et à la société, et que l'Assemblée du Comtat n'a adoptés que pour en faire la base de sa nouvelle Constitution." [Nous voudrions bien voir comment certaines personnes peuvent échapper à leurs contradictions en se prévalant de la foi catholique tout en se réclamant de ces articles dont Rousseau est le principal inspirateur. Il y a là un véritable acte d'apostasie. Quand d'aucuns soutiennent que la Démocratie chrétienne est le pire des partis, nous n'avons aucune difficulté à les suivre, n'ayant aucun argument à leur opposer - que cela nous plaise ou non.]

 

 Montesquieu, De l'esprit des lois, livre III, chapitre III :

 

" Il ne faut pas beaucoup de probité [parmi le peuple] pour qu'un gouvernement monarchique ou un gouvernement despotique se maintiennent ou se soutiennent. La force des lois dans l'un, le bras du prince dans l'autre, règlent ou contiennent tout. Mais, dans un État populaire, il faut un ressort de plus, qui est la VERTU [parmi le peuple].

" Mais ce que je dis est confirmé par le corps entier de l'histoire, et est très conforme à la nature des choses. Car il est très clair que dans la monarchie, où celui qui fait exécuter les lois se juge au-dessus des lois [1], on a besoin de moins de vertu que dans un gouvernement populaire, où celui qui fait exécuter les lois sent qu'il y est soumis lui-même, et qu'il en portera le poids.

" Il est clair encore que le monarque qui, par mauvais conseil ou par négligence, cesse de faire exécuter les lois, peut aisément réparer le mal [ce qui est déjà un avantage considérable sur la démocratie] : il n'a qu'à changer de conseil, ou se corriger de cette négligence même. Mais lorsque, dans un gouvernement populaire, les lois ont cessé d'être exécutées, comme cela ne peut venir que de la corruption de la république [ou du peuple], l'État est déjà perdu [le mal est donc devenu humainement irréparable]. [...]

" Les politiques grecs, qui vivaient dans le gouvernement populaire, ne reconnaissaient d'autre force qui pût les soutenir que celle de la vertu [force bien insuffisante et bien fragile en vérité]. [...]

" Lorsque cette vertu cesse, l'ambition entre dans les cœurs qui peuvent la recevoir [cf. la lutte des partis dans une démocratie], et l'avarice entre dans tous. Les désirs changent d'objets : ce qu'on aimait, on ne l'aime plus ; on était libre avec les lois, on veut être libre contre elles. Chaque citoyen est comme un esclave échappé de la maison de son maître ; ce qui était maxime, on l'appelle rigueur ; ce qui était règle, on l'appelle gêne ; ce qui y était attention, on l'appelle crainte [2]."

 

1) Ce qui est faux en ce qui concerne la monarchie française.

 

2) Cf. Platon (428 - 348 av. J.-C.), La République, VIII, 557 b, 558 b, 560 et 561 a, 562 a, 563 a, 564 a.

 

Id., ibid., livre XXX, chapitre XVIII :

 

" On croira peut-être que le gouvernement des Francs était pour lors bien dur, puisque les mêmes officiers avaient en même temps sur les sujets la puissance militaire et la puissance civile, et même la puissance fiscale : chose que j'ai dit, dans les livres précédents, être des marques distinctives du despotisme.

" Mais il ne faut pas penser que les comtes jugeassent seuls, et rendissent la justice comme les bachas la rendent en Turquie : ils assemblaient, pour juger les affaires, des espèces de plaids ou d'assises, où les notables étaient convoqués. [...]

" [...] Mais, qui que ce fût qui eût la juridiction, le roi, le comte, le gravion, le centenier, les seigneurs, les ecclésiastiques, ils ne jugèrent jamais seuls ; et cet usage, qui tirait son origine des forêts de la Germanie, se maintient encore lorsque les fiefs prirent une forme nouvelle."

 

Id., ibid., chapitre 5 :

 

" Je sais très bien qu'il n'est pas rare qu'il y ait des princes vertueux ; mais je dis que, dans une monarchie, il est très difficile que le peuple le soit [parce que le peuple n'est pas forcé à être vertueux ... Où est le despotisme ?]."

 

Id., ibid., livre V, chapitre VII :

 

Autres moyens de favoriser le principe de la démocratie :

 

" Si l'on établit un corps fixé qui soit par lui-même la règle des mœurs, un sénat où l'âge, la vertu, la gravité, les services donnent entrée, les sénateurs, exposés à la vue du peuple comme les simulacres des dieux, inspireront des sentiments qui seront portés dans le sein de toutes les familles [en politique, il ne faut jamais rêver].

" Il faut surtout que ce sénat s'attache aux institutions anciennes, et fasse en sorte que le peuple et les magistrats ne s'en départent jamais [le rêve continue].

" Il y a beaucoup à gagner, en fait de mœurs, à garder les coutumes anciennes. Comme les peuples corrompus font rarement de grandes choses, qu'ils n'ont guère établi de sociétés, fondé de villes, donné de lois ; et qu'au contraire ceux qui avaient des mœurs simples et austères [1] ont fait la plupart des établissements ; rappeler les hommes aux maximes anciennes, c'est ordinairement les ramener à la vertu [2]."

 

1) Où en sommes-nous au XXIe siècle ? Quand on voit, à travers les programmes de la télévision française, dans quel état moral se trouvent actuellement les Français, après avoir conclu que la généralisation et la croissance de l'immoralité sont inhérentes à la démocratie - rejoignant en cela la pensée de Platon cité plus haut, on peut se demander si l'État n'est pas déjà perdu.

 

2) Nous y voilà ! Quand on sait que l'Esprit des lois a cependant inspiré les révolutionnaires de 89 et troublé bien des esprits, il y aurait cependant quelques raisons d'être surpris, si l'on s'en tenait à une lecture superficielle qui masquerait les erreurs impardonnables que cet ouvrage contient.

 

Id., ibid., livre V, chapitre X : De la promptitude de l'exécution dans la monarchie :

 

" Le gouvernement monarchique a un grand avantage sur le républicain : les affaires étant menées par un seul, il y a plus de promptitude dans l'exécution. Mais, comme cette promptitude pourrait dégénérer en rapidité, les lois y mettront une certaine lenteur. [...]

" Les corps qui ont le dépôt des lois n'obéissent jamais mieux que quand ils vont à pas tardifs, et qu'ils apportent, dans les affaires du prince, cette réflexion qu'on ne peut guère attendre du défaut de lumières de la cour sur les lois de l'État, ni de la précipitation de ses Conseils. [...]

 

Id., ibid., chapitre XI : De l'excellence du gouvernement monarchique :

 

" Le gouvernement monarchique a un grand avantage sur le despotique [le gouvernement monarchique n'est donc pas un gouvernement despotique]. Comme il est de sa nature qu'il y ait sous le prince plusieurs ordres qui tiennent à la constitution, l'État est plus fixe, la constitution plus inébranlable, la personne de ceux qui gouvernent plus assurée."

 

Id., ibid., livre XXIV, chapitre II : Paradoxe de Bayle :

 

" C'est mal raisonner sur la religion, de rassembler dans un grand ouvrage une longue énumération des maux qu'elle à produits, si l'on ne fait de même celle des biens qu'elle a faits [des saints et des miracles, pour ce qui est de l'Église catholique, grâce aux vertus théologales de foi, d'espérance et de charité]. Si je voulais raconter tous les maux qu'ont produits dans le monde les lois civiles, la monarchie, le gouvernement républicain [ni saints ni miracles, avec les seules vertus naturelles, morales et politiques], je dirais des choses effroyables.

" ... celui qui n'a point du tout de religion, est cet animal terrible qui ne sent sa liberté que lorsqu'il déchire et qu'il dévore [avis aux révolutionnaires, aux athées et aux matérialistes]."

 

Id., ibid., chapitre III : Que le gouvernement modéré convient mieux à la religion chrétienne et le gouvernement despotique à la mahométane :

 

" La religion chrétienne est éloignée du pur despotisme : c'est que la douceur étant si recommandée dans l'Évangile [cf. les Béatitudes, dans S. Matthieu, 5 : 3-11], elle s'oppose à la colère despotique avec laquelle le prince se ferait justice, et exercerait ses cruautés.

" [...] Chose admirable! La religion chrétienne, qui ne semble avoir d'objet que la félicité de l'autre vie, fait encore notre bonheur dans celle-ci."

 

Id., ibid., chapitre IV : Conséquences du caractère de la religion chrétienne et de celui de la religion mahométane :

 

" [...] La religion mahométane, qui ne parle que de glaive, agit sur les hommes avec cet esprit destructeur qui l'a fondée [i.e. Mahomet]."

 

Id., ibid., chapitre VI : Autre paradoxe de Bayle :

 

" M. Bayle, après avoir insulté toutes les religions, flétrit la religion chrétienne : il ose avancer que de véritables chrétiens ne formeraient pas un État qui pût subsister. Pourquoi non ? Ce seraient des citoyens infiniment éclairés sur leurs devoirs [leurs devoirs d'état], et qui auraient un très grand zèle pour les remplir ; ils sentiraient très bien les droits de la défense naturelle ; plus ils croiraient devoir à la religion, plus ils penseraient devoir à la patrie [à la terre de leurs pères]. Les principes du christianisme, bien gravés dans le cœur, seraient infiniment plus forts que ce faux honneur des monarchies [en effet, la vaine gloire peut aisément s'introduire dans le cœur d'un monarque ou de n'importe quel chef d'État, prince ou président], ces vertus humaines des républiques [par opposition aux vertus théologales, celles qui font des saints], et cette crainte servile des États despotiques."  

 

Les Constitutions de la France depuis 1789, Présentation par Jacques Godechot, GF Flammarion, 1995, Introduction, page 7 :

 

« Sous l'Ancien Régime [gouvernement légitime], on parlait de Nation. Mais on désignait par là l'ensemble des ordres et des “ corps ” avec leurs “ libertés ” [franchises locales ou corporatives bien réelles et bien connues des historiens], leurs privilèges. Pour les philosophes [soi-disant tels], et surtout les disciples de Rousseau [et par conséquent de piètres philosophes], la Nation est composée d'individus égaux, les “ citoyens ”. La Nation, dans l'Ancien Régime est subordonnée au roi [régie par le roi]. Pour les théoriciens politiques qui suivent Diderot ou Rousseau, pour l'abbé Sieyès notamment [l'abbé Emmanuel Sieyès, prêtre passé à la Révolution, membre de la loge des ' Vingt-Deux '], la Nation est ' souveraine ', elle est donc supérieure au roi. [...] D'où l'importance de la loi, ' expression de la volonté générale ', selon la formule de Jean-Jacques Rousseau, et plus encore de la Constitution, qui est la loi par excellence, le “ contrat social ”. »

 

Id., chapitre premier : La Constitution de 1791, pages 24, 25 et 27 :

 

" La Déclaration de 1789 est donc restée célèbre dans sa rédaction du 26 août. Si d'autres déclarations des droits ont été publiées en 1793, c'est à celle de 1789 que se réfèrent, ainsi qu'on le verra plus loin, les constitutions du 27 octobre 1946 et du 4 octobre 1958 [à ne jamais oublier]. [...] La Déclaration française, au contraire, se veut universelle (1). Elle a subi l'influence des philosophes du XVIIIe siècle, et surtout de Locke, de Voltaire, de Rousseau. [...] Dès sa publication, elle eut dans le monde occidental un plus grand retentissement que les déclarations américaines à cause de son caractère beaucoup plus universel [mondial]. Elle devait devenir non seulement le dogme de la Révolution et de la liberté, mais, comme l'a dit Michelet, “ le credo du nouvel âge ”' et la base de toutes les constitutions françaises, ainsi que de la plupart des constitutions mondiales, jusqu'à nos jours [victoire incontestable de l'idéologie maçonnique]."

 

1) Montesquieu, De l'Esprit des lois, livre Ier, chapitre III :

 

" Il vaut mieux dire que le gouvernement le plus conforme à la nature est celui dont la disposition particulière se rapporte mieux à la disposition du peuple pour lequel il est établi.

" [...] La loi, en général, est la raison humaine, en tant qu'elle gouverne tous les peuples de la terre ; et les lois politiques et civiles de chaque nation ne doivent être que les cas particuliers où s'applique cette raison humaine.

" Elles doivent être tellement propres au peuple pour lequel elles sont faites, que c'est un très grand hasard si celles d'une nation peuvent convenir à une autre.

" Il faut qu'elles se rapportent à la nature et au principe du gouvernement qui est établi, ou qu'on veut établir ; soit qu'elles le forment, comme font les lois politiques ; soit qu'elles le maintiennent, comme font les lois civiles.

" Elles doivent être relatives au physique du pays ; au climat glacé ou tempéré ; à la qualité du terrain, à sa situation, à sa grandeur ; au genre de vie des peuples, laboureurs, chasseurs ou pasteurs ; elles doivent se rapporter au degré de liberté que la constitution peut souffrir ; à la religion des habitants, à leurs inclinations, à leurs richesses, à leur nombre, à leur commerce, à leurs mœurs, à leurs manières. Enfin elles ont des rapports entre elles ; elles en ont avec leur origine, avec l'objet du législateur, avec l'ordre des choses sur lesquelles elles sont établies. C'est dans toutes ces vues qu'il faut les considérer." [Nous sommes là bien loin de Rousseau et des hordes révolutionnaires qui psalmodiaient : " du passé faisons table rase ". Peut-il exister une civilisation sans conservation, sans capital, sans tradition ou sans histoire ? Et comment abstraire des lois universelles d'un très grand hasard ? N'étant pas armé philosophiquement et intellectuellement, le présentateur des "Constitutions de la France depuis 1789" n'a pas réalisé qu'il ne faisait que reprendre le sophisme idéaliste qui consiste à réduire l'être au connaître ou le réel à la pensée. D'ailleurs quand on constate l'engouement de nos politologues pour la pensée de Jean-Jacques Rousseau, on ne peut pas être surpris de l'indigence philosophique et intellectuelle de nos responsables politiques.]

 

John Locke (1632-1704), Deux traités du gouvernement, Deuxième traité du gouvernement : Essai sur l'origine, les limites et les fins véritables du gouvernement civil, chapitre VI : De la puissance paternelle, Librairie Philosophique J. Vrin, Paris, 1997, pages 167, 169, 171 :

 

" 55. Je conviens que les enfants ne naissent pas dans cet état de pleine égalité, même si la naissance donne un titre à y accéder. Quand ils viennent au monde et quelque temps par la suite, leurs parents exercent sur eux une sorte de pouvoir et de juridiction, mais seulement à titre temporaire. Les liens de cette sujétion sont comme les langes qui enveloppent et protègent la faiblesse de leur enfance. L'âge et la raison les délient au fur et à mesure de la croissance, jusqu'au jour où ils finissent par tomber tout à fait et laisser l'homme libre de disposer de lui-même. [...]

" 60. Si des défauts, tels qu'il peut s'en rencontrer dans le cours ordinaire de la nature, empêchent quelqu'un d'accéder à une maturité intellectuelle suffisante pour qu'on puisse le supposer capable de connaître la loi et de vivre dans l'observance de ses règles, il ne pourra jamais devenir un homme libre et on ne l'abandonnera jamais au gré de sa volonté propre ; car il n'en connaît pas les limites et ne possède pas l'entendement qui doit le guider ; on le maintient sous le magistère et le gouvernement d'autrui tant que son intelligence est incapable d'exercer ces fonctions." [...]

" 63. Ainsi la liberté de l'homme et sa faculté d'agir selon sa volonté propre se fondent-elles sur le fait qu'il a une raison, capable de lui enseigner la loi sur laquelle il doit se régler et de lui faire connaître dans quelle mesure il reste libre de suivre sa propre discrétion. Le lâcher dans une liberté sans frein avant que la raison ne le guide, ce n'est pas reconnaître à sa nature le privilège d'être libre, mais le jeter dehors au milieu des brutes et l'abandonner à un état misérable, aussi inférieur que le leur à celui d'un homme."

 

Id., chapitre II : De l'état de nature, pages 140, 141-142 :

 

" 6. Cependant, bien qu'il s'agisse d'un état de liberté, ce n'en est pas un de licence [il n'y a donc pas de Liberté à tout prix]. [...].

" 7. [...] la loi de la nature serait vaine, si personne, dans l'état de nature, n'avait le pouvoir d'en assurer l'exécution pour protéger les innocents [par exemple les créatures humaines dans le sein de leur mère] et imposer la retenue aux délinquants [...].

" 8. [...] En transgressant le droit naturel, le délinquant déclare qu'il vit selon une autre règle que celle de la raison et de l'équité commune établie par Dieu comme mesure des actions des hommes, en vue de leur sécurité mutuelle ; partant, il devient dangereux pour l'humanité [...] donc, pour infliger à quiconque a violé cette loi des maux qui lui donnent lieu de s'en repentir et, par là, empêcher l'intéressé lui-même, ou d'autres, suivant son exemple, de commettre de tels méfaits. En ce cas et pour ce motif, tout homme est en droit de punir le délinquant et de se faire l'exécuteur du droit naturel. [...]

" 11. [...] et aussi pour garantir les gens contre les tentatives d'un criminel ; car, celui-ci ayant abjuré la raison [...] et on peut donc le détruire comme un lion ou un tigre, comme l'une de ces bêtes sauvages, près de qui l'être humain ne connaît ni société, ni sécurité. [...]

" 12. [...] S'il est vrai que je m'écarterais de mon propos actuel en entrant ici dans les détails de la loi naturelle et de la gradation des peines qu'elle prévoit, il n'en est pas moins certain qu'une telle loi existe, tout aussi intelligible et claire aux yeux d'une créature raisonnable attachée à son étude que l'est le droit positif d'une république, peut-être même plus claire [ce n'est certainement plus le cas à notre époque où les hommes ne sont même pas capables de reconnaître l'existence de la loi naturelle ou sont dépourvus de conscience morale] [...] car voilà ce que sont un grand nombre des lois civiles des divers pays, justes seulement dans la mesure où elles se fondent sur le droit naturel qui doit les régir et servir à les interpréter." [C'est exactement la pensée de saint Thomas d'Aquin.]

 

Id., chapitre X : De la propriété, page 155 :

 

" 32. [...] La superficie de terre qu'un homme travaille, plante, améliore, cultive et dont il peut utiliser les produits, voilà sa propriété. Par son travail, peut-on dire, il l'enclot et la sépare des terres communes."

 

Id., chapitre IX : Des fins de la société politique et du gouvernement, pages 205, 213 :

 

" 124. [...] Quoique le droit naturel soit clair et intelligible pour toutes les créatures raisonnables, le parti pris de l'intérêt et l'ignorance qui résulte du manque d'étude empêchent les hommes de lui reconnaître la valeur d'une loi qu'ils seraient obligés d'appliquer dans leurs affaires particulières [où en est actuellement le monde du troisième millénaire dont la pensée a été l'objet d'un sabotage méthodique ?]. [...]

" 135. [...] La loi de la nature, comme règle éternelle, s'impose donc à tous les hommes, les législateurs aussi bien que les autres. Les règles auxquelles ils soumettent l'activité d'autrui, tout comme cette activité même et comme leurs propres actions, doivent se conformer à la loi de la nature, c'est-à-dire à la volonté de Dieu, qu'elle a pour objet de déclarer : puisque la loi fondamentale de la nature s'identifie à la conservation de l'humanité, toute sanction humaine qui s'oppose à celle-ci est nulle et sans valeur. [...]

" 136. [...] Comme la loi de la nature n'est pas une loi écrite et qu'on la trouve que dans l'esprit des hommes, ceux que la passion ou l'intérêt incitent à la citer en la déformant, ou à en faire une fausse application, ne sont pas si faciles à convaincre de leur erreur en l'absence d'un juge établi [toute la question est là - et où l'on voit le rôle capital que peut jouer le Pontife romain ou le vrai et unique vicaire du Christ qui est infaillible en matière de foi et de morale]."

 

Id., chapitre XIX : De la dissolution du gouvernement, page 268 :

 

" Je suis sûr d'une chose : quiconque, gouvernant ou sujet [ou secte], entreprend de porter atteinte par la force aux droits du prince ou du peuple et prépare le renversement de la constitution  et de la structure de n'importe quel gouvernement légitime [faudrait-il nier la légitimité des rois de France ? (1)] se rend coupable d'un crime, que le crois être le plus grave qu'un homme puisse commettre, car il doit répondre de tous les maux du sang versé, de la rapine et de la désolation, dont le pays est devenu la proie à la suite de la destruction du gouvernement [royal]. Quiconque agit ainsi mérite que l'humanité le considère comme un ennemi commun et comme une peste ; et on doit le traiter comme tel."

 

 1) Cf. Guy Coutant de Saisseval, La Légitimité Monarchique en France, le droit royal historique (brochure de 40 pages), Éditions de La Seule France, 10, rue Croix des Petits Champs, Paris (Ier), 1959.

 

Pape Pie VI, Allocution au Consistoire, 17 juin 1793 :

 

" Le roi très chrétien Louis XVI a été condamné au dernier supplice par une conjuration impie, et ce jugement s'est exécuté.

" Nous vous rappellerons en peu de mots les dispositions et les motifs de cette sentence. La Convention nationale n'avait ni droit ni autorité pour la prononcer."

 

Edgar Allan Poe (1809 - 1849), Colloque entre Monos et Una :

 

" En dépit de la voix haute et salutaire des lois de gradation qui pénètrent si vivement toutes choses sur la terre et dans le ciel, des efforts insensés furent faits pour établir une démocratie universelle."

 

René Guénon, La crise du monde moderne, Éd. Gallimard, 1946, pp. :

 

" Si l'on définit la ' démocratie ' comme le gouvernement du peuple par lui-même, c'est là une véritable impossibilité, une chose qui ne peut pas même avoir une simple existence de fait, pas plus à notre époque qu'à n'importe quelle autre ; il ne faut pas se laisser duper par les mots, et il est contradictoire d'admettre que les mêmes hommes [individus] puissent être à la fois gouvernants et gouvernés, parce que, pour employer le langage aristotélicien, un même être ne peut être ' en acte ' et ' en puissance ' en même temps et sous le même rapport."

 

Christian Jacq, docteur en études égyptologiques, Le Voyage initiatique, Éditions du Rocher, Monaco, 1986, page 147 :

 

" La fameuse égalité de toutes les démocraties est l'un des plus sordides mensonges jamais inventé par les ambitieux avides de pouvoir personnel."

 

Les Protocols des Sages de Sion (un exemplaire d'une deuxième édition des " Protocols " est entré au British Muséum de Londres, le 10 août 1906, où il a été répertorié sous le n° 3926 - D 17 ) :

 

L'Anarchie nous livre les Peuples

 

L'idée de liberté est irréalisable, parce que personne ne sait en user avec juste mesure : il suffit de laisser le peuple se gouverner lui-même pendant quelque temps pour que cette liberté devienne du relâchement. Dès lors naissent des conflits intérieurs qui ne tardent pas à dégénérer en guerres sociales dans lesquelles les Etats se consument et où leur puissance se trouve réduite en cendres. Qu'un Etat s'épuise dans ses convulsions intestines ou que les guerres civiles le livrent au pouvoir des ennemis extérieurs, il peut, dans l'un et l'autre cas, être considéré comme irrémédiablement perdu ; il est en notre pouvoir...

 

La Foule est aveugle et veule

 

Pour élaborer un plan d'action coordonné, il faut tenir compte de la bassesse, de l'instabilité, de la versatilité de la foule, de son incapacité à apprécier les conditions de sa propre existence et de son bien-être ; il faut comprendre que la foule est aveugle, impulsive, dépourvue de jugement, prêtant servilement l'oreille à droite et à gauche.

Un aveugle ne peut guider d'autres aveugles sans risquer de les conduire vers le précipice. Par conséquent, les parvenus, issus de la foule - fussent-ils des génies, mais non initiés à la politique - ne peuvent prétendre la diriger, sans s'exposer à perdre tout leur troupeau

 

Henri La Croix-Haute, Propos sur " Les Deux Lumières " de Henri Coton-Alvart suivis de " Fragments d'Hermétisme " et de ses " Contes philosophiques ", Le Mercure Dauphinois, Geneviève Dubois, 2001, Grenoble - France, page 49 :

 

" La finalité du sens de la vie paraît être dans un accroissement qualitatif généré par quelques individus, car la masse tire toujours vers le bas. Selon la juste formule d'André Suarès : ' N'est-ce pas la médiocrité des hommes qui assure le train du monde ?' Platon en eut conscience quand il comprit que la démocratie, loin d'appeler au pouvoir les gens vertueux, suscitait la foire d'empoigne des médiocres et le nivellement aux bas instincts."

 

Louis Jugnet, Professeur de " khâgne " au Lycée Fermat de Toulouse et chargé de cours à l'Institut des Sciences politiques, Premier cahier de textes inédits, Vérité et Libéralisme, Imprimerie Gerbert, 1975, page 17 :

 

" N'est-il pas démontrable de façon irréfutable, par exemple, qu'organiser une société, c'est en différencier les éléments ? [La société n'est-elle pas semblable à tout corps organisé composé de plusieurs éléments dont chacun a une fonction propre ?] Que différencier c'est hiérarchiser et que hiérarchiser étant en fait synonyme d'inégaliser, la notion de Démocratie organisée - ou civilisée - est aussi impensable que celle de cercle carré puisque toute Démocratie tend à égaliser et à niveler (1)."

 

1) Cf. Ire aux Corinthiens, 12 : 12-27.

 

Hérodote (v. 484 - v. 425 av. J.-C.), historien grec, considéré comme " le père de l'histoire " (en réalité, le vrai Père de l'Histoire fut Moïse, et non pas Hérodote), L'Enquête ( Histoires), livre III, Choix d'un gouvernement :

 

" (80). [...] Qu'ils adoptent le régime démocratique, ceux qui voudraient nuire à la Perse ! [ou à une autre nation]. [...]

" (82). Tel fut l'avis de Mégabyse. Darius, en troisième, lui, donna le sien : ' [...] Trois formes de gouvernement s'offrent à nous ; supposons-les parfaites toutes les trois - démocratie, oligarchie, monarque parfaits - je déclare que ce dernier régime [le régime monarchique] l'emporte nettement sur les autres. [...] Donnez maintenant le pouvoir au peuple : ce régime ne pourra pas échapper à la corruption ; or la corruption dans la vie politique fait naître entre les méchants non plus des haines, mais des amitiés tout aussi violentes, car les profiteurs ont besoin de s'entendre pour gruger la communauté. Ceci dure jusqu'au jour où quelqu'un se pose en défenseur du peuple et réprime ces agissements ; il y gagne l'admiration du peuple et, comme on l'admire, il se révèle bientôt chef unique ; et l'ascension de ce personnage prouve une fois de plus l'excellence du régime monarchique. D'ailleurs, pour tout dire en un mot, d'où nous est venue notre liberté ? A qui la devons-nous ? Est-ce au peuple, à une oligarchie, ou bien à un monarque ? [pour la France, nous la devons à Philippe-Auguste, le fondateur de l'unité française]. Donc, puisque nous avons été libérés par un seul homme (libérés du joug des Mèdes par Cyrus). Mon avis est de nous en tenir à ce régime et, en outre, de ne pas abolir les coutumes de nos pères lorsqu'elles sont bonnes : nous n'y aurions aucun avantage."

 

 

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12 février 2014 3 12 /02 /février /2014 10:17

LA POLITIQUE

 

(6/14)

 

Collin (Henri), docteur en philosophie et en théologie, Manuel de philosophie thomiste, 3 vol. ( I : Logique formelle - Ontologie - Esthétique ; II : Psychologie ; III : Critériologie - Méthodologie - Morale - Théologie naturelle - Tables générales), Librairie P. Téqui, éditeur, Paris, 1950, tome III, morale, p. 334 :

 

" II - J.-J. ROUSSEAU (1712-1778) dans le Contrat social, imagine pour l'humanité un état primitif asocial : l'homme naturellement bon, sans péché originel, libre de toute obligation, égal en droits à ses semblables, menait primitivement une vie solitaire dans les forêts, parfaitement heureux, à l'abri des troubles causés par les idées, les désirs ou les lois morale."

 

Id., pp. 339, 340-341, 338-339 :

 

" 791. CONCEPTION ORGANIQUE DE LA SOCIÉTÉ CIVILE. - De même que la famille est composée d'individus à fonctions variées, de même la société civile, nous venons de le voir, résulte de l'union d'un certain nombre de familles en vue de la défense de leurs droits et de leur prospérité commune. Les cellules sociales sont donc ici, en loi ordinaire, non pas des individus, mais les familles qui, unies elles-mêmes en communes, provinces et, par certains de leurs membres, en associations professionnelles, forment ainsi les différents organes d'importance inégales du corps social, de l'État où, sous une autorité civile unique, elles sont associées ensemble par une communauté d'intérêts, de droits et de devoirs sur un territoire déterminé nécessaire à leur complète organisation : tels sont les éléments personnels et l'élément réel de la société civile.

" C'est seulement constituée de la sorte que la société civile mérite le nom de corps social, qu'elle présente une analogie avec le corps physique où les cellules ne font partie de l'ensemble qu'indirectement, en formant d'abord des organes hétérogènes et ne coopèrent à l'activité générale que sous la loi directrice d'un principe vital unique [l'âme]. Il y a cependant cette différence capitale que les cellules du corps social que sont ses membres intelligents et libres ont avant tout leur fin personnelle à réaliser dans et par la société. [...]

" 792. THÉORIE INDIVIDUALISTE. - A cette conception organique de la société civile s'oppose l'individualisme qu'a mis en vogue surtout J.-J. Rousseau et qu'a cherché à réaliser la Révolution française. Suivant cette façon de voir [façon de voir qui ne repose sur aucun fondement historique et qui méconnaît la véritable nature de l'homme], l'État n'est plus un corps social immédiatement composé d'organes différents à fonctions déterminées inégales : c'est une agglomération d'individus, une juxtaposition dans le temps et dans l'espace d'unités toutes égales, sans liens sociaux d'intérêts, de traditions de famille, sans droits ni devoirs autres que ceux qui dérivent de leur volonté libres, soumises immédiatement sans intermédiaires à une autorité omnipotente et omnivore - incarnée dans un homme plébiscité ou une assemblée irresponsable - qui est censée exprimer la volonté libre de tous et de chacun [autrement dit " du passé faisons table rase " ... c'est de la folie furieuse. Comment est-il encore possible de croire à de tels principes qui sont manifestement erronés et pernicieux ? N'est-ce pas là la mort de l'intelligence ? Il reste bien la raison, mais celle-ci sans la saisie des principes premiers tourne à vide. Il s'agit donc bien de la mort de l'intelligence].

" En un mot, il ne reste plus alors que deux éléments dans la société civile, un gouvernement, maître de toutes les libertés et source de tous les droits, devant une poussière, sans cohésion ni force, de citoyens également réduits à leur faiblesse individuelle, ' hommes abstraits qui ne sont d'aucun pays, pures entités écloses sous la baguette métaphysique..., absolument semblable entre eux..., tous indépendants, sans traditions, sans habitudes, comme autant d'unités arithmétiques, toutes séparables, toutes équivalentes" (Taine, La Révolution, I, 2, 2).

" Inutile d'insister sur une conception aussi factice qui ne s'applique nullement aux hommes réels, seuls existants, qui ne respecte pas la dignité humaine, brise l'organisme naturel de la société civile et conduit, sous prétexte de liberté, au despotisme anonyme populaire, le plus funeste de tous (cf. S. Thomas d'Aquin, De regimine principum, I, 5)."

" 790. LA VÉRITABLE FIN DE LA SOCIÉTÉ CIVILE. - Elle n'est autre qu'une tranquille prospérité commune qui rende plus facile une vie honnête, vertueuse, et qui aide ainsi l'homme à atteindre sa fin dernière personnelle. Cette prospérité comprend : 1° comme élément négatif, la paix publique, résultant de la protection des droits de chacun et qui consiste non pas dans une tranquille possession de l'injustice, mais, suivant la célèbre définition de saint Augustion (Cité de Dieu, XIX, 13, cf. S. Thomas d'Aquin, Somme théologique, IIa-IIae, q. 29, art. 2), dans ' la tranquillité de l'ordre ' ; 2° comme élément positif, la jouissance des biens spirituels et matériels qui dépassent les moyens d'action des simples particuliers, de telle sorte que tous les membres du corps social trouvent là, autant qu'il est possible, leur bonheur temporel relatif."

 

        La vie en société civile est naturelle à l'homme, car celui-ci y incline naturellement en vertu d'une loi qui lui est inhérente (1). Cette inclination ou cette loi naturelle immuable participe de la Loi éternelle étant établi que les choses sont dans la Pensée divine de toute éternité en tant qu'elles sont nécessairement connues et ordonnée par Dieu, la Raison suprême (2), de même que la vie intellectuelle est naturelle à l'homme qui désire naturellement savoir (3) et participe de la Vie du Verbe éternel par les principes généraux et indémontrables qui éclairent son esprit (4) et lui permettent ainsi d'aboutir à des conclusions ou à des déterminations particulières visant des cas concrets (5). Et c'est ainsi que la nature pousse l'homme à former différentes sociétés civiles et à tirer parfois des conclusions erronées ou à faire parfois des lois qui ne conviennent pas à certains peuples (6). Montesquieu a très bien vu le problème en écrivant que " les lois doivent être tellement propres au peuple pour lequel elles sont faites [lois fondamentales] que c'est un très grand hasard si celles d'une nation peuvent convenir à une autre " (7). Et le désastre pour une nation ne sera que plus important lorsque de nouveaux principes contraires à l'ordre naturel viendront la désorganiser et lui faire perdre sa raison d'être. Une lecture attentive et méditée du Traité de la Loi de saint Thomas d'Aquin nous montre les effroyables erreurs du monde moderne incapable de différencier la loi naturelle, qui est absolument immuable dans ses principes premiers, de la loi humaine ou positive qui en dérive et qui, quant à elle, ne peut que varier dans son application à cause de la grande diversité des choses humaines ou des caractères fondamentaux et des coutumes de chaque nation considérée (8). Cela nous autorise à affirmer qu'une loi qui serait injuste, c'est-à-dire en désaccord avec la loi naturelle ou avec la règle de la raison, ne serait déjà plus une loi, mais une corruption de la loi (9). Soulignons encore que la vertu de religion, qui consiste à rendre à Dieu un hommage qui Lui est dû qu'à Lui seul, relève de la morale naturelle et qu'à ce titre elle est apparentée à la vertu de justice et s'impose à l'homme comme étant la vertu la plus haute de toutes (10). Quel misérable monde dans lequel nous nous trouvons ! Et pauvre Europe !

 

1) Cf. Genèse, 2 : 18 ; Aristote, Politique, tome I, 2 ;

2) cf. Romains, 4 : 17 ;

3) cf. Aristote, Métaphysique, liv. A, 1 ;

4) cf. S. Jean, I : 1 ; 4 et 9 ;

5) cf. S. Thomas d'Aquin, Somme théologique, Ia-IIæ, qu. 91, art. 1, 2 et 3 et qu. 95, art. 2 ;

6) cf. id., qu. 95, art. 3 et 4 ;

7) phrase citée par Maurice Jallut dans La France moderne et la démocratie, Les Cahiers de l'Ordre français, 3e Cahier, 1963 ;

8) cf. Maurice Jallut, Propositions pour un nouveau régime, Les Cahiers de l'Ordre français, 2e Cahier, 1962 ; ibid., Histoire Constitutionnelle de la France, 2 vol. Éd. du Scorpion ;

9) cf. S. Thomas d'Aquin, Somme théologique, Ia, IIæ, qu. 95, art. 2 ;

10) cf. id., IIa-IIæ, qu. 80, art. unique ; qu. 81, art. 4 et 5 ; cf. Contra Gentiles, III, 119 et 120 ; IV, 1, ad. Quia vero ; et Cicéron, Rhetor., l. 2, c. 53.

 

Lalande (André), membre de l'Institut, professeur honoraire à la Sorbonne, président honoraire de la Société Française de Philosophie, Vocabulaire technique et critique de la philosophie, revu par MM. les membres et correspondants de la Société et publié avec leurs corrections et observations par André Lalande, avant-propos de René Poirier, membre de l'Institut, professeur à la Sorbonne, Presses Universitaires de France, Paris, 1968, page 215 :

 

" DÉMOCRATIE, Grec : Dhmokratia [de dhmos, peuple, et kratein dominer, régner, gouverner, commander, ordonner] ; Allemand : Demokratie ; Anglais : Democracy ; Italien : Democrazia.

A. État politique dans lequel la souveraineté appartient à la totalité des citoyens, sans distinction de naissance, de fortune ou de capacité.

B. Parti politique soutenant la démocratie au sens A.

Radical international : Demokrati."

 

Aristote, Ethique à Nicomaque, VIII, 12, 1161 a 6-9 :

 

" La démocratie se rencontre principalement dans les demeures sans maîtres (car là tous les individus sont sur un pied d'égalité), et dans celles où le chef est faible et où chacun a licence de faire ce qui lui plaît."

 

- - - - - -

 

Pape Léon XIII, Encyclique " Graves de communi " (" Les graves discussions "), 18 janvier 1901 - la " Charte de l'action des catholiques " sur la " démocratie chrétienne " et l'ambiguïté de ce terme :

 

" ... et Nous avons cru de notre devoir d'avertir publiquement les catholiques des erreurs profondes cachées dans les doctrines du socialisme et des dangers qu'elles faisaient courir, non seulement aux biens extérieurs, mais aussi à la probité des mœurs et à la religion. [...]

" Ailleurs, la chose elle-même est appelée démocratie chrétienne, et ceux qui s'y adonnent sont les démocrates chrétiens ; au contraire, le système défendu par les socialistes est désigné sous le nom de démocratie sociale.

" Or, des deux dernières expressions énoncées ci-dessus, si la première, ' chrétiens sociaux ', ne soulève guère de réclamations, la seconde, ' démocratie chrétienne ', blesse beaucoup d'honnêtes gens, qui lui trouvent un sens équivoque et dangereux. Ils se défient de cette dénomination pour plus d'un motif. Ils craignent que ce mot ne déguise mal le gouvernement populaire [1] ou ne marque en sa faveur une préférence sur les autres formes de gouvernement. [...]

" Que prétend la démocratie sociale [ou socialiste], et quel doit être le but de la démocratie chrétienne ? Il ne peut y avoir de doute sur ce point. L'une, en effet, - qu'on se laisse aller à la professer avec plus ou moins d'excès - est poussée par un grand nombre de ses adeptes à un tel point de perversité, qu'elle ne voit rien de supérieur aux choses de la terre, qu'elle recherche les biens corporels et extérieurs, et qu'elle place le bonheur de l'homme dans la poursuite et la jouissance de ces biens. C'est pour cela qu'ils voudraient que, dans l'État, le pouvoir appartînt au peuple [d'où le terme de Démocratie]. [...]

" Au contraire, la démocratie chrétienne, par le fait seul qu'elle se dit chrétienne, doit s'appuyer sur les principes de la foi divine comme sur sa propre base. Elle doit pourvoir aux intérêts des petits, sans cesser de conduire à la perfection qui convient aux âmes créées pour les biens éternels. Pour elle, il ne doit y avoir rien de plus sacré que la justice ; il lui faut garder à l'abri de toute atteinte le droit de propriété et de possession, maintenir la distinction des classes qui, sans contredit, est le propre d'un État bien constitué ; enfin, il faut qu'elle accepte de donner à la communauté humaine une forme et un caractère en harmonie avec ceux qu'a établis le Dieu créateur.

" Mais il serait condamnable de détourner à un sens politique le terme de démocratie chrétienne [notons bien que le Peuple de Dieu ne gouverne pas l'Église : kratein]. Sans doute, la démocratie, d'après l'étymologie même du mot et l'usage qu'en ont fait les philosophes, indique le régime populaire ; mais, dans les circonstances actuelles, il ne faut l'employer qu'en lui ôtant tout sens politique, et en lui attachant aucune autre signification que celle d'une bienfaisante action chrétienne parmi le peuple (beneficam in populum actionem christianam). [...]

" Nous venons, en passant, de rappeler la pratique des vertus et des devoirs religieux, et ce n'est pas sans intention. Certains hommes, en effet, professent l'opinion, et elle se répand parmi le peuple, que la question sociale, comme on dit, n'est qu'une question économique. Il est très vrai, au contraire, qu'elle est avant tout une question morale et religieuse, et que, pour ce même motif, il faut surtout la résoudre d'après les règles de la morale et le jugement de la religion. Admettons, en effet, que le salaire des ouvriers soit doublé, que la durée du travail soit réduite ; admettons même que les denrées soient à bas prix. Eh bien! Si l'ouvrier, selon l'usage, prête l'oreille à des doctrines et s'inspire des exemples qui le poussent à s'affranchir du respect envers Dieu et à se livrer à la dépravation des mœurs, il est inévitable qu'il voie ses ressources et le fruit même de ses travaux se dissiper. L'expérience et la pratique montrent que, malgré la durée plus courte de leur travail et le prix plus élevé de leur salaire, la plupart des ouvriers de mœurs corrompues et sans principes religieux mènent une vie gênée et misérable. [...]

" [...] Certes, elle est assez étendue, la perspective des misères qui sont devant nos yeux ; elles sont assez redoutables, les menaces de perturbations funestes que tient suspendues sur nos têtes la force toujours croissante des socialistes. Ceux-ci se glissent habilement au sein de la société. Dans les ténèbres de leurs conventicules secrets [allusion aux assemblées générales des loges maçonniques] comme en plein jour, par la parole et la plume, ils poussent la multitude à la révolte. Affranchis des enseignements de l'Église, ils ne s'inquiètent pas des devoirs, n'exaltent que les droits. Ils font appel à des foules chaque jour grossissante de malheureux, que les difficultés de l'existence rendent plus accessibles à leurs mensonges et plus ardents à embrasser leurs erreurs.

" L'avenir de la société et de la religion est en jeu. Sauvegarder l'honneur de l'une et de l'autre, c'est le devoir sacré de tous les gens de bien. [...] "

 

1) L'avenir leur a donné raison, car, même aujourd'hui, en l'an 2001, le terme de " démocratie chrétienne ", dans l'esprit des Français, est toujours confondu avec celui de " démocratie sociale " que les socialistes utilisent pour promouvoir un égalitarisme contre nature, si cher à Jean-Jacques Rousseau, car, en conservant ce mot, on ne pouvait fatalement que revenir à sa définition réelle ou à la chose même, c'est-à-dire au gouvernement du peuple, aboutissement logique de la folle utopie égalitaire.

 

Lettre " Notre charge apostolique " du Pape saint Pie X sur le " Sillon " à l'épiscopat français du 25 août 1910 :

 

" 22. Au reste, si le peuple demeure le détenteur du pouvoir, que devient l'autorité ? Une ombre, un mythe ; il n'y a plus de loi proprement dite, il n'y a plus d'obéissance." [En effet, dans une démocratie proprement dite, qui doit obéir à qui ?]

 

Louis Daménie, La Cathédrale effondrée, les Cahiers de l'Ordre Français, 1er Cahier, 1962, Légitimité et légalité, pages 79-80 :

 

" Qui a perdu l'art de mettre de l'ordre dans les concepts est promis à tous les emportements de la passion, à tous les fanatismes et finalement à toutes les tyrannies. Les traditions morales, nous l'avons constaté, peuvent servir jusqu'à un certain point de garde-fou. Jusqu'à un certain point seulement. Nous n'arracherons la jeunesse à la séduction du totalitarisme qu'en lui donnant les armes nécessaires pour vaincre les sophistes. L'Occident n'a dû sa supériorité militaire et technique qu'à un effort millénaire contre la confusion de l'esprit. Ce n'est qu'en bridant l'anarchie intellectuelle que l'on fonde la liberté de l'intelligence.

" Nos intellectuels ne seraient pas la proie des nuées si, au lieu de leur faire la tête trop pleine de connaissances encyclopédiques, on leur avait enseigné dès l'enfance, le haut idéal socratique : " Moi, Socrate, fils de Sophronisque, qui ne me permettrai pas plus de produire à la légère une affirmation non vérifiée que de croire savoir ce que j'ignore..." Savoir ce dont il parle est la première condition d'une réflexion féconde. Qui ne veut pas se contenter de bavarder ou de parler à l'étourdi, doit commencer par fixer le sens des mots dont il se sert.

" Cela paraît aller de soi. Non pas. Combien s'imaginent, par les meilleurs, qu'il est permis de ployer des concepts à sa fantaisie. On en voit, par exemple, qui se disent démocrates, simplement parce que ce vocable sonne heureusement aux oreilles du peuple. Tout le monde, de nos jours, se dit démocrate. [...]. Pourquoi rejeter ce terme si vague et d'un emploi si commode ? Chacun met dessous ce qui lui plaît. Ce n'est qu'un emballage dont les gens ont pris l'habitude et qui leur fait accepter plus facilement la marchandise. Si, par souci janséniste de pureté, vous refusez de vous dire démocrate, vous heurtez de front les préjugés et vous vous engagez dans des difficultés infinies. Par une sorte de réflexe conditionné, le peuple vous tiendra d'emblée pour son ennemi et refusera de vous écouter. N'est-ce pas perdre son temps que de se battre pour un mot ? Ce ne sont pas les mots qui comptent, mais les idées qu'ils recouvrent.

" Qui raisonne ainsi se désarme en face de la subversion. Que peut-il lui opposer, puisqu'il partage son mépris de la vérité, qui est adéquation du mot à l'idée et de l'idée au mot. Si le langage n'est pas juste, l'idée cesse aussitôt de l'être. Le mot de démocratie traîne derrière lui toute une nuée d'images vagues, de réminiscences, de rêveries, que l'Histoire lui a attachées. Que vous le vouliez ou pas, votre idée s'en trouvera gauchie. Dès l'instant que l'on préfère l'efficacité à la vérité, on ne peut plus s'arrêter. Un choix irréversible a été posé. On ne se délivre pas de l'engrenage du mensonge. Dès qu'on y a mis le doigts, il faut que le corps y passe tout entier.

" [...] L'homme a droit à la vérité [et lui dire la vérité, c'est le respecter]. C'est même l'unique droit de l'homme. Il a le droit qu'on lui parle avec des mots vrais, des mots qui s'accordent avec la réalité qu'ils recouvrent. Prétendre le contraire, c'est en définitive se reconnaître dialecticien, mais dialecticien honteux. Le moment n'est-il pas venu de comprendre que l'on ne résiste pas à la subversion en composant avec les méthodes intellectuelles qui sont siennes ? La vérité est une, et l'Histoire précisément ne nous prouve-t-elle pas que c'est le langage qui commence par être subverti ? Dès cet instant, il n'y a plus de vérité [et il ne faut même pas affirmer qu'il n'y a pas de vérité]. La dialectique [qui ne s'applique qu'à éprouver le savoir] triomphe, et l'ordre humain tout entier se lézarde. Savoir ce dont on parle est le premier devoir. Le plus difficile aussi. Il ne servirait à rien de le nier. A qui fera-t-on croire qu'on gagne des batailles en s'avouant d'avance vaincu ?"

 

En vérité, n'ayons pas peur de l'avouer : la démocratie, dans ses principes, ne peut produire qu'un immense chaos culturel, c'est-à-dire tout le contraire d'une société bien organisée. Étymologiquement parlant ou par définition, la démocratie est impraticable. C'est même une folie. La démocratie n'est que la phase terminale ou l'ultime degré de dégénérescence de la cité (Homère, Iliade, chant II, 63 : " sans famille, sans loi, sans foyer ", traduction libre d'Aristote dans sa Politique, liv. I, I : Communauté et Cité). La hiérarchie s'impose partout même chez les anges et chez bienheureux ou dans la Jérusalem céleste (cf. Évangile selon S. Matthieu, VI : 10 : Jésus dit à ses disciples : " Lorsque vous prierez, dites : Notre Père ... que ton règne arrive ; que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel ", c'est-à-dire ni le règne ni la volonté de l'homme ou du peuple ; S. Jean, 14 : 2 : " Dans la maison de mon Père, il y a des demeures en grand nombre " ; I Corinthiens, 6 : 3 : " Ne savez-vous pas que nous aurons à juger les anges ? " ; 12 : 4-5 : Certes, il y a diversité [...] de ministères, mais c'est le même Seigneur " ; Apocalypse, 22 : 3 : " Le trône de Dieu et de l'Agneau sera dans la cité ; ses serviteurs assureront son culte " ; Psaumes, 127 (Vulg. 126) : 1 : " Si ce n'est pas Dieu qui bâtit la cité, c'est en vain que travaillent ceux qui la construisent " ; cf. S. Denys l'Aréopagite, De la Hiérarchie ecclésiastique et De la Hiérarchie céleste).

 

Maurice Jallut, Propositions pour un nouveau régime, Les Cahiers de l'Ordre Français, 2e Cahier, 1962, p. 107 :

 

" On nous objectera qu'un régime qui répudie la souveraineté du peuple et ses corollaires n'a rien de démocratique [au sens réel ou au vrai sens du terme]. Nous n'essaierons même pas de torturer le sens du terme en prétendant qu'à une démocratie formelle nous substituons une démocratie réelle ou positive ou communautaire. Le mot doit être pris dans son sens véritable. La démocratie est le gouvernement du peuple, étant entendu que gouverner c'est exercer le pouvoir souverain. […]. Mais si nous lui retirons cette prétendue souveraineté, nous restituons aux Français les droits dont la démocratie les a frustrés : le droit de se grouper en communautés naturelles, le droit pour les communautés d'exprimer leurs intérêts qui ne sont que la réunion des intérêts de leurs membres, de se maintenir en contact permanent avec le Gouvernement et d'être obligatoirement entendus par lui ; l'assurance, enfin, que, lorsque des satisfactions leur sont refusées ou lorsque des sacrifices leur sont demandés, ce n'est jamais qu'en vue du bien de tous. La justice elle-même y gagnera, car un système dans lequel on se compte, qui est proprement le système démocratique, est sans aucun doute le moins apte à la procurer à ceux n'ont pas pour eux la force du nombre."

 

  Nos « politiques » ou prétendus tels ne voient-ils pas qu'avec toutes les Constitutions de la France qui, depuis 1789, déclarent que la loi est l'expression de la volonté du peuple, ils font du gouvernement ou de l'exécutif un commis du Parlement (et plus précisément de l'Assemblée Nationale) ou du législatif, ou livrent le gouvernement pieds et poings liés au Parlement ? Dans ces conditions qui gouverne ? Le chef de l'État ? Le chef du gouvernement ? La majorité des députés de l'Assemblé Nationale ? En réalité, selon les circonstances, toutes nos Constitutions n'ont fait que passer de la prépondérance du législatif (ou de l'Assemblé Nationale dans laquelle les partis politiques jouent un rôle déterminant) à celle de l'exécutif, ou vice versa, sans jamais trouver un équilibre entre ces deux organismes, faute d'avoir un arbitre indépendant de l'opinion et capable de voir les choses d'un peu plus haut ou d'une façon moins partisane, voire non partisane, et finalement de les unir en prenant une décision toujours conforme aux seuls intérêts matériels, moraux et spirituels ou au bien commun de la nation française justement appelée la fille aînée de l'Église et dont ils ne sont que les serviteurs (3). La XVe Constitution de la Ve République, promulguée le 4 octobre 1958, déclare à l'article 89 : " La forme républicaine du gouvernement ne peut faire l'objet d'une révision ". Qui donc peut lier la puissance du peuple souverain et prévoir ce que celui-ci décrétera ? A-t-il seulement toujours su ce qu'il voulait et n'a-t-il pas changé tout au long de son histoire ? (4) Qui donc l'empêchera de retourner à la monarchie s'il le veut ? (5) Peut-être réalisera-t-il un jour que la République française telle qu'elle a été conçue se trouve absolument incapable de gouverner la France conformément aux lois profondes de son être ? Dieu seul le sait. - Noël 2000]."

Notons qu'il est impossible de concilier le principe de la souveraineté absolue du peuple (Rousseau) et celui de la séparation des pouvoirs exécutif et législatif (et le pouvoir judiciaire : Montesquieu). Et n'oublions pas que le peuple étant souverain, il ne peut se limiter ou se lier lui-même sans se contredire. Quand on sait que les auteurs de nos Constitutions se sont inspirés à la fois de l'Esprit des Lois de Montesquieu et du Contrat social de Rousseau, cela nous donne une petite idée de leur indigence intellectuelle, car ils n'ont manifestement jamais entendu parler du principe de non-contradiction, le premier de tous les principes qui est directement relatif aux opérations de l'esprit en tant qu'enraciné dans la notion d'être. Quel édifice pourrait tenir bien longtemps sans fondements solides ? Et quel arbre pourrait porter de bons fruits et durer bien longtemps coupé de ses racines ou séparé de celles-ci ? Nous ne parlons même pas ici de syllogismes qui jouent, selon Leibniz lui-même, un rôle de choix en mathématiques et qui sont également et fréquemment utilisés en logique formelle pour raisonner, c'est-à-dire pour passer d'un objet perçu à un autre objet perçu et ainsi progresser dans l'ordre du savoir.

 

4) Cf. Maurice Jallut, Où va la république ?, Philippe Prévost, Paris, 1967 ; Les Constitutions de la France depuis 1789, GF Flammarion, 1995.

 

5) Jean-Jacques Rousseau, Du contrat social, livre III, ch. XVIII :

 

" [...] L'ouverture de ces assemblées, qui n'ont pour objet que le maintien du traité social, doit toujours se faire par deux propositions qu'on ne puisse jamais supprimer, et qui passent séparément par les suffrages.

" La première : S'il plaît au souverain [peuple souverain] de conserver la présente forme de gouvernement.

" La seconde : S'il plaît au peuple d'en laisser l'administration à ceux qui en sont actuellement chargés.

" Je suppose ici ce que je crois avoir démontré, savoir qu'il n'y a dans l'État aucune loi fondamentale qui ne se puisse révoquer, non pas même le pacte social ; car si tous les citoyens s'assemblaient pour rompre ce pacte d'un commun accord, on ne peut douter qu'il ne fût très légitimement rompu. [...] " [Le peuple souverain, en tant que souverain, a le droit de faire et de défaire toutes les lois. Là est Rousseau : l'homme libre ne doit être gouverné que par lui-même, et c'est dans le peuple que réside la puissance législative, - celui qui exécute la loi n'étant que l'esclave de celui qui la fait. Il a repris tout simplement les principes posés par Montesquieu (a) en les conduisant à leur ultime conséquence, qui ne mettent en lumière qu'un salmigondis de sophismes, d'inductions incomplètes et de contradictions. Et quel crédit peut-on accorder à Monsieur de Montesquieu, Charles Louis de Secondat, baron de la Brède, lorsque l'on sait qu'en posant des principes inconciliables avec les lois de la monarchie française et avec les dogmes de la foi catholique, il a cependant noué des liens étroits avec les athées ou déistes de l'Encyclopédie tout en recourant parfois aux bons offices de la noblesse et manifesté un zèle d'apôtre et de théologien pour que ses amis mourussent avec les sacrements de l'Église catholique, s'étant lui-même confessé et ayant communié et reçu l'Extrême-Onction avant de quitter ce monde ?]

 

a) De l'esprit des lois, liv. XI, chapitre VI : De la constitution d'Angleterre :

 

" Il y a dans chaque État trois sortes de pouvoirs : la puissance législative, la puissance exécutrice des choses qui dépendent du droit des gens, et la puissance exécutrice de celles qui dépendent du droit civil [cette phrase a une signification universelle et se présente par conséquent comme un axiome].

" [...] Lorsque, dans la même personne ou dans le même corps de magistrature, la puissance législative est réunie à la puissance exécutrice, il n'y point de liberté ; parce qu'on peut craindre que le même monarque ou le même sénat [ou assemblée] ne fasse des lois tyranniques pour les exécuter tyranniquement [l'abus d'un principe ou d'une chose ne justifie pas ipso facto la suppression de ce principe ou de cette chose, pas plus que l'abus de l'autorité d'un père ne justifie la suppression du principe de l'autorité paternelle, ou la crainte de l'alcoolisme la suppression de l'alcool, etc. Et ne peut-on pas également craindre que la démocratie engendre la dictature ou l'esclavage ? N'était-ce pas, par exemple, le cas avec Hitler ? Nos seuls points de repère sont les préceptes de la loi naturelle qui procèdent de la loi éternelle et sont l'objet de notre raison et se trouvent gravés dans notre conscience]. [...]

" Il n'y a point encore de liberté si la puissance de juger n'est pas séparée de la puissance législative et de l'exécutive [cela n'est pas vrai dans une monarchie où le roi reconnaît l'existence de lois naturelles qui le lient et ne se reconnaît pas le droit d'être juge de sa propre cause].

" Dans la plupart des royaumes de l'Europe, le gouvernement royal est modéré, parce que le prince, qui a les deux premiers pouvoirs, laisse à ses sujets l'exercice du troisième [Montesquieu atténue là sa pensée, mais soutient néanmoins qu'il n'y a pas de liberté lorsque le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif sont unis, ce qui n'a pas échappé à J.-J. Rousseau].

" Comme, dans un État libre, tout homme qui est censé avoir une âme libre doit être gouverné par lui-même (1), il faudrait que le peuple en corps eût la puissance législative. Mais comme cela est impossible dans les grands États, et est sujet à beaucoup d'inconvénients dans les petits, il faut que le peuple fasse par ses représentants tout ce qu'il ne peut faire par lui-même."

 

1) Là est l'erreur fondamentale dont Rousseau s'est emparé pour construire un système qui a contribué à mettre l'Europe à feu et à sang par le déclenchement de la Révolution française. 

 

Copin-Albancelli, Le Pouvoir occulte contre la France, réimpression de l'édition de 1908, Editions A. Barruel; B.P. 8, 33650 - Cabanac (cf. sur Internet site Barruel - une mine d'or !), pages 235-236, 237, 238-239 :

 

" [...] Or, la France voulait-elle se tuer en 1789 ? Evidemment non. Pas plus que maintenant. Elle voulait évoluer. [...] Mais alors une question se pose : Comment se fait-il que, le roi, les nobles et le clergé consentant aux réformes, non pas seulement en 1789, mais dès les années précédentes, ces réformes se soient opérées, non pas d'une manière naturelle, normale, conformes aux lois de la vie, mais dans les convulsions provoquées par le furieux esprit de haine qui s'éleva soudain ?

" D'autre part, si la France désirais certains changements, il en est dont elle n'avait pas même l'idée. Par exemple, il est manifeste que la France ne songeait pas à la République. Elle ne savait pas ce que c'était. De plus, elle n'en avait nul besoin. Des lors, d'où le désir lui en serait-il venu ? L'Angleterre avait vu, elle aussi, sa Révolution, un siècle et demi plus tôt. Au cours de cette révolution, la Monarchie avait été supprimée. On sait que la nation anglaise éprouve à un bien plus haut degré que la nôtre le besoin de la liberté. Et cependant, après sa révolution, elle est revenue au gouvernement monarchique qu'elle n'a plus quitté, ce qui tendrait à prouver que l'amour de la liberté peut facilement se concilier avec l'existence d'une monarchie. Tandis qu'au contraire, l'exemple de la Terreur, celui du gouvernement que la France subit actuellement et celui de la République de Venise, sans compter d'autres, prouvent qu'il n'y a pas de pire despotisme que celui qui parvient à s'établir à l'ombre d'une république et surtout d'une république qui veut être égalitaire et démocratique.

" Cela s'explique le plus naturellement du monde pour quiconque veut bien réfléchir sans parti pris. C'est pour ainsi dire un fait d'ordre scientifique.

" En effet, ce qu'on appelle une république démocratique pure, c'est-à-dire une république absolument égalitaire, ne saurait exister par cette raison très simple que la nature a pour loi la hiérarchie, et non pas l'égalité. On accordera sans doute que des êtres issus de la nature, dépendant d'elle, faisant corps avec elle, ne sauraient entrer en révolte contre ses lois, sans entrer en révolte contre les lois de leur propre existence, c'est-à-dire sans aller au devant de leur destruction. Les poissons, par exemple, ont été construits par la nature pour vivre dans l'eau [les sots (stulti), quant à eux, et au nom de Darwin, persisteront à soutenir qu'ils ont été construits pour évoluer afin de vivre sur terre en tentant de les mettre hors de l'eau ou en les forçant à évoluer]. Et c'est pourquoi un poisson qui prétendrait vivre hors de l'eau n'en aurait pas pour longtemps.

" De même, la hiérarchie étant la loi de la nature, un peuple qui prétendrait se soustraire à cette loi naturelle se condamnerait lui-même à mort. Et c'est pour cela qu'une démocratie pure, c'est-à-dire un état qui (au nom de Jean-Jacques Rousseau) décréterait et prétendrait établir la complète égalité, ne saurait exister, pas plus qu'un poisson hors de l'eau. Ceux-là seuls peuvent soutenir le contraire, qui sont ridiculement aveuglés ou qui s'abaissent jusqu'à la plus lâche des flatteries devant le peuple ignorant de ces sortes de chose.

" [...] Cela n'est-il pas mis en pleine lumière par ce qui se passe en France, depuis qu'on a endormi le bon sens naturel du peuple français, en lui parlant d'une prétendue république démocratique ? Qu'est-il arrivé depuis lors ? Qu'une association appelée Franc-Maçonnerie, dont personne ne soupçonnait le genre d'occupation [et pour cause !], est parvenue, sans même qu'on s'en soit aperçu, à monter sur le dos de la nation et à s'établir au-dessus d'elle en classe gouvernante.

" [...] Ajoutons encore, puisque cela est conforme aux lois de la logique, que si cette troisième force est un pouvoir personnel et héréditaire, l'intérêt du titulaire [intérêt vital], empereur, roi ou dictateur, lui commandera le plus souvent d'être national, c'est-à-dire d'avoir pour principal occupation la sécurité, le bon ordre et le bien-être intellectuel, moral et physique de la collectivité. Il aura intérêt à la conservation de ce sur quoi il règne, précisément parce que c'est sa descendance qui sera appelée à régner après lui. Sans doute il pourra négliger d'apporter tous ses soins au bien général : mais ce ne sera qu'à son détriment ou au détriment de ceux de sa race. Et c'est ainsi le propre de ce gérant de la chose nationale qui constituera la garantie de la nation.

" C'est là, semble-t-il, une conséquence des lois de la nature dont nous dépendons. Et c'est sans doute ce qui explique que le système monarchique se trouve introduit dans un si grand nombre de sociétés humaines. Accoutumés que nous sommes à ne pas aller au fond des choses, nous considérons que l'établissement des monarchies n'est dû qu'à l'ambition de ceux qui ont voulu être rois. Nous ne réfléchissons pas que derrière ces individus, et au-dessus d'eux, il y a la nature [et au-dessus d'elle, la bienheureuse Trinité]. Nous ne voyons pas que la coexistence de ces trois forces (celle de la masse, celle de l'élite ou de l'aristocratie et celle du pouvoir personnel) est surtout un effet de la loi d'équilibre qui soutient les mondes et qui, se manifestant dans les plus petites choses comme dans les plus grandes, veut qu'une marmite ne soit pas stable sur deux pieds, tandis qu'elle l'est parfaitement sur trois [nous ne pouvons pas ne pas penser ici à la troisième dimension qui donne de la profondeur et de la vie à un ensemble ou au troisième élément qui lie, unifie et couronne les deux autres en leur donnant une fécondité inépuisable - cf. le Timée de Platon, 31b-33a]."

" [...] Louis XVI pécha par sentimentalité, ce fléau qui sévit aujourd'hui dans les esprits et dans les lois, et qui n'est que le reflet efféminé de la mâle et robuste charité."

 

La conversion d'Emile Zola, "jadis Grand Maître du siège, et aussi ancien grand prêtre (Hiérophante) et Souverain suprême ainsi que " Super Comthur " (détenteur d'un ordre de classe supérieure, ou commandeur), fondateur d'un ordre maçonnique en Egypte et de ses Loges, membre de la secte des Francs-Maçons durant 30 ans et Souverain suprême de l'Ordre durant 12 ans), in " Vox Vitæ ", mai 1996 :

 

" Zola visita un jour une église de village, non pas pour y prier, mais pour se gausser du " sot peuple " qui y afflue. Pourtant, ce jour a été le plus remarquable de toute sa vie.

L'étrange guérison

" Le soir même de ce jour, Zola glissa et se fit 3 fractures du pied. Pendant qu'on allait chercher un médecin en ville, le pied avait tellement enflé qu'une guérison parut peu à peu hors de question. Deux mois passèrent et l'état de son pied empira de telle façon que les médecins envisagèrent l'amputation de sa jambe, si l'on voulait conserver la vie du malade.

" En la vigile du Noël suivant, il gardait le lit, ne pouvant se joindre aux amis qui étaient venus le voir. Il fit cette nuit-là un rêve singulier : il était dans l'église même qu'il avait visitée lorsqu'il s'était cassé le pied. Tout son entourage se réjouissait de l'intégrité de ses membres, lui seul marchait avec des béquilles. Soudain, il aperçut à un mur latéral une belle forme féminine tenant un enfant dans ses bras. Elle lui parut d'abord immobile, puis elle marcha rapidement vers l'autel et se retourna vers le malade avec une mine de reproche : " N'as-tu donc pas de demande à faire, que je pourrais t'accorder ? Jette loin de toi ces béquilles et marche ! " Le malade obéit, tout en se disant : " Certes, ici je puis bien marcher, mais qu'en sera-t-il dehors ? " L'apparition ne lui inspirait aucune crainte ; au contraire, elle lui paraissait comme une mère aimante. Et, pendant son sommeil, il se mit à chanter doucement de " Dominus vobiscum " comme il l'avait entendu à l'église.

" Le lendemain martin, sa femme qui, pendant la nuit, l'avait entendu avec étonnement fredonner le chant d'église, lui demanda ce que signifiait cet étrange événement. La réponse fut qu'elle devrait aujourd'hui même offrir un cierge devant l'image de la Mère de Dieu. Zola éprouva à ce moment-là dans son pied malade d'inhabituels tiraillements et élancements. Il tenta de se lever, ce qu'il fit sans aucune difficulté ; il ne sentait même plus aucune douleur et il ne restait plus trace de l'enflure.

" Se conformant au désir du curé du lieu, Zola mit d'abord par écrit le compte-rendu de cette guérison merveilleuse, et ensuite se confesse à Mgr Sallois, archevêque de Calcédoine, auquel il remit aussi, signé de sa main, le document qui suit.

Le mensonge le plus éhonté qui soit...

" Moi, soussigné, jadis Grand Maître du siège, et aussi ancien grand prêtre (Hiérophante) et Souverain suprême ainsi que " Super Comthur " (détenteur d'un ordre de classe supérieure, ou commandeur), fondateur d'un ordre maçonnique en Egypte et de ses Loges, je déclare par la présente que j'ai été pendant 30 ans membre de la secte des Francs-Maçons, pendant 12 ans Souverain suprême de l'Ordre et avoir eu tout ce temps de connaître minutieusement et à fond et d'apprendre le projet et les visées que l'Ordre poursuit. Il se donne pour une institution purement philanthropique, philosophique et libérale, qui aspire à la vérité et à l'avancement de la moralité et dont l'objet serait aussi la science, l'art et la bienfaisance. Il donne l'assurance de se comporter avec une égale tolérance à l'égard des diverses confessions de foi, que les questions de la religion et de la politique ne sont absolument pas discutées dans les réunions de l'Ordre. Et, de plus l'Ordre prétend que la Franc-Maçonnerie n'est pas une secte religieuse, mais un Temple de la Justice, de la Miséricorde et de l'Amour du prochain.

" A l'encontre de cela, je déclare que la Franc-Maçonnerie n'est aucunement en pour quoi elle se donne. Tout le bien qu'on prétend trouver dans ses lois, ses rituels, ce n'est pas vrai. C'est le plus éhonté des mensonges et rien de plus ; tout ce bavardage sur ces vertus hypocritement professées, à savoir : la justice, la miséricorde, la bienfaisance et l'amour, elle sont introuvables soit dans les loges, soit dans les cœurs des Francs-Maçons, vu que ces vertus leur sont tout à fait étrangères - à peu d'exceptions près - et ne sont pas du tout exercées par eux. La vérité n'a pas de place dans la Franc-Maçonnerie et elle est complètement étrangère aux frères des loges. Dans l'Ordre franc-maçon prévaut un mensonge qui ne recule devant rien et y règne sous le couvert hypocrite de la vérité, tromperie et mauvaise foi qui enchaînent dans les liens de l'erreur le peuple frivole.

" J'affirme que la Franc-Maçonnerie est une secte religieuse dont le but est de détruire toutes les religions existantes et de s'installer à leur place et de ramener ainsi le monde à l'antique culte des idoles. À présent que je suis totalement convaincu d'avoir été pendant 30 ans dans l'erreur, que j'ai reconnu sur quoi est basé le système franc-maçon, et après avoir répandu cette doctrine et avoir amené d'autres à la répandre, de sorte qu'une grande masse de gens m'a suivi dans l'erreur, je m'en repens sincèrement. Eclairé maintenant là-dessus par Dieu, je me rends compte de tout le mal que j'ai commis là, en raison de quoi je rejette la Franc-Maçonnerie et m'en désolidarise, en avouant avec repentir mes erreurs devant l'Eglise. Je demande pardon à Dieu de tout le mal dont j'ai donné l'exemple pendant le temps de mon appartenance à l'Ordre de la Franc-Maçonnerie, et j'implore de notre Souverain Pasteur, Sa Sainteté le Pape Léon XIII le pardon, comme aussi de quiconque que j'ai attiré de quelque manière que ce soit dans l'erreur."

 

Rome, le 18 avril 1896

 

Émile Zola."

 

Charles Maurras, La Politique religieuse, ch. VI : L'Individu contre la France, Nouvelle Librairie Nationale, Paris, 1914, pages 65, 66, 67-68, 69, 76-79 :

 

" ... A la fin de 1897, peut-être encore en janvier et février suivants, celui qui devait être le fondateur de l'Action française, M. Henri Vaugeois, était très assidu, impasse Ronsin, aux séances de l'Union pour l'Action morale, alors comme aujourd'hui dirigée par M. Paul Desjardins, quelque peu présidée par M. Gabriel Séailles et patronnée de haut par M. Ferdinand Buisson [...]

" L'impasse Ronsin s'était placée sous l'influence de doctrine assez complexe, mais non très divergente : prédication de J.-J. Rousseau, spinosisme, kantisme, Emerson, Ibsen, Tolstoï, et l'école protestante de Renouvier. Pour instruire l'individu à tirer de lui-même sa propre règle, on commençait par s'efforcer de le délivrer de toute loi ne venant pas directement de lui. La loi " extérieure " est de pure contrainte, de pure immoralité : on peut donc la subir, on ne peut pas l'accepter et la loi intérieure, qui mérite le nom de Loi morale, reste subjective à chacun, ne s'impose que par elle-même : elle se déshonore et s'annule aussitôt qu'elle fait appel à une autre autorité que la sienne [autrement dit, à chacun sa vérité ou sa loi morale].

" A cette révolte méthodique contre les règles correspond l'exaltation du dieu intérieur [ainsi l'homme, comme le démon, usurpe une prérogative divine : il veut être à lui-même sa règle, car être à soi-même sa règle est le propre de Dieu. Et c'est pourquoi la Révolution est satanique dans ses fondements]. [...]

" Ce culte exclusif et réfléchi de la spontanéité individuelle, joint au mépris de tout le reste, doit être désigné par son son nom d'individualisme [...].

" A rétablir, à rapprocher les noms de choses on en comprend mieux les rapports : l'individualisme religieux s'appelle la Réforme ou le libre examen ; l'individualisme politique s'appelle la Révolution ; l'individualisme dans l'art, c'est le Romantisme. Tout cela, au vrai, ne fait qu'un. Si le grand intérêt de la vie se réduit à l'apport individuel de chaque être humain, quel qu'il soit, que valent les lois, les mœurs, les institutions, les coutumes ? Cet héritage social est mauvais au fond, la transmission héréditaire est funeste. Les produits élaborés et filtrés par la suite des générations ne peuvent compter pour grand-chose : il convient, il est juste, il est noble et brillant de recréer le monde à chaque matin, il est beau d'y recommencer à discuter et à vérifier indéfiniment tout, langues et prosodies, codes politiques et constitutions religieuses. Le recommencement vaudra d'autant plus qu'il se fera sur une table rase ; avant de construire l'idéale cité, on doit d'abord balayer toutes les réalités anciennes. Elles encombrent indûment le terrain : la destruction devient le premier en date de tous les devoirs.

" Les hommes qui propageaient de telles doctrines étaient pour la plupart des bourgeois fort rangés, très souvent éducateurs officiels de notre jeunesse, pourvus de situations sociales et d'honneurs : ainsi la destruction qui venait d'eux ne pouvait alarmer personne. [...] En dehors du siège de la conscience morale, tout était déclaré parfaitement indifférent, même la branche sur laquelle ils se trouvaient assis : or, ils la sciaient de leur mieux.

" [...] Ce que l'on respirait impasse Ronsin n'était que l'extrait concentré d'une atmosphère plus ou moins diffuse partout ailleurs, et qu'avait bien favorisé la littérature poético-philosophique du XIXe siècle à peu près entier. On n’appartient pas impunément à une patrie abaissée et surmenée par cent années de révolutions et de guerres ; pour que la volonté de réaction surgisse, il faut que le sentiment de la dépression soit devenu intolérable : vers 1890, on était déprimé, mais on n'en ressentait pas encore le malaise.

" [...] La première formule que donna l'Action française, un certain soir de novembre 1899, ne serait pas moins suggestive. Trois points y étaient posés comme fondement essentiels de l'accord, et, sur les deux premiers (nature sociale de l'homme, nécessité moderne des nations pour l'Humanité), on n'a jamais rien eu à changer par la suite. L'Action française n'a pas varié davantage sur le début de l'autre article : " Entre Français, toutes les questions pendantes, tous les problèmes diviseurs doivent être coordonnés et résolus par rapport à la nation ". Mais elle ajoutait alors que " les groupements naturels des Français doivent se faire autour du commun élément national ", et ce terme encore si vague d' " élément " était déclaré aux lignes suivantes de manière à laisser voir un tâtonnement assez grave. " Par-dessus leurs sentiments ", disait-on, " les Française doivent se classer suivant le plus ou moins de profondeur et d'intensité de leur foi française."

Se classer d'après l'intensité de leur foi française ! En quoi les patriotes ainsi distribués et classés auraient-ils pu découvrir et formuler une solution à la crise ? Pareil programme se ressentait des méthodes subjectives de l'impasse Ronsin : on prétendait se compter ses des sentiments, au lieu d'envisager les choses ou les idées qui déterminent les sentiments ; on parlait de l'opinion des Français, et non pas des besoins réels de la France. Quelques mois de réflexion, et la nécessité de préciser (pour écarter des objections spécieuses), suffirent à dégager la formule définitive. Le vague " élément national " cité plus haut fit place à un terme net, celui qu'on trouve partout, depuis, dans les publications de l'Action française, celui qu'on pourrait appeler le commun dénominateur auquel ont été ramenés tous les problèmes à résoudre : l'intéret national.

" Un vrai nationaliste place la patrie avant tout ; il conçoit donc, il traite donc, il résout donc toutes les questions politiques pendantes dans leur rapport avec l'intérêt national ; avec l'intérêt national, et non avec ses caprices de sentiment ; avec l'intérêt national, et non avec ses goût ou ses dégoûts, ses penchants ou ses répugnances ; avec l'intérêt national, et non avec sa paresse d'esprit, ou ses calculs privés, ou ses intérêts personnels."

" Aimer la patrie, croire aux destinées de la patrie, ne suffit donc ni à chaque nationaliste [ou Français], ni au chef de la nation [le roi]; il ne suffit pas à ce dernier à ce dernier d'être le fondé de pouvoir du sentiment. Il lui faut la notion profonde des intérêts de ses nationaux, non de quelques-uns seulement, mais de tous, des nationaux vivants, des nationaux à vivre ; il lui faut le pouvoir de défendre au besoin la France éternelle contre le caprice ou l'avidité de quelques-uns, ou de beaucoup, ou même de l'ensemble des Français d'une époque, - absolument comme on défend la chasse contre les chasseurs ou la pêche contre les pêcheurs : car la somme des intérêts particuliers, ou même des intérêts collectifs français, ne donne pas du tout l'intérêt général de la nation française, qui est parfois tout autre, et qui doit toujours prévaloir.

" Pour appliquer correctement ces principes, pour mener à bonne fin des études où l'analyse du réel observable se compliquait à chaque instant de généralisations délicates, il fallait de toute nécessité récuser constamment l'obsédant fantôme de la morale, de la morale individualiste étudiée sous Kant, en Sorbonne ou bien à l'impasse Ronsin. En examinant la structure, l'ajustage et les connexités historiques et sociales, on observe la nature de l'homme social et non sa volonté, la réalité des classes, et non leur justice : on constate un ensemble de faits dont on ne saurait dire après tout s'ils sont moraux ou immoraux, car ils échappent de leur essence à la catégorie du droit et du devoir, puisqu'ils ne se rapportent pas à nos volontés.

" Comme il y eut des phénomènes purement chimiques ou physiques dans l'organisation d'un Descartes ou d'un saint Vincent de Paul, toute société se construit suivant des nécessités naturelles dont il s'agit connaître exactement l'essence, non d'affirmer ou de contester la justice et le bien fondé. Nous ne savons s'il est juste qu'un fils ne puisse choisir son père, ou qu'un citoyen soit jeté dans une race avant d'avoir manifesté le libre vœu de sa conscience. Nous savons que les choses ne sont pas maîtresses de se passer autrement. Est-il juste qu'une opinion bien intentionnée, quand elle est absurde, puisse perdre un État ? [cf. l'influence des idées de Kant et de J.-J. Rousseau - et bien d 'autres] Peut-être, mais, pour le salut de cet État, l'important ne sera point de décider si la chose est juste, mais de la connaître pour l'éviter. L'infaillible moyen d'égarer quiconque s'aventure dans l'activité politique, c'est d'évoquer inopinément le concept de la pure morale, au moment où il doit étudier les rapports des faits et leurs combinaisons. Telle est, du reste, la raison pour laquelle l'insidieux esprit révolutionnaire ne manque jamais d'introduire le concept moral à ce point précis, où l'on a que faire de la morale ; il a toujours vécu de ce mélange et de cette confusion, qui nuisent à la vraie morale autant qu'à la vraie politique. La morale se superpose aux volontés : or, la société ne sort pas d'un contrat de volonté [cf. Rousseau], mais d'un fait de nature

" C'est ainsi que Vaugeois se trouve amené à s'écrier un jour : " Nous ne sommes pas des gens moraux ". Et, à le bien voir, il est impossible de rien faire de plus moral que cette honnête distinction entre deux ordres que l'on confond malhonnêtement."  

 

Abbé Henri Collin, docteur en philosophie et en théologie, Manuel de philosophie thomiste, tome III : Critériologie - Méthodologie - Morale - Théologie naturelle - Tables générales, Librairie Téqui, Éditeur, Paris, 1950, page 333, 334, 335 :

 

ARTICLE PREMIER

 

Origine de la société civile

 

" 784. ETAT DE LA QUESTION. - [...]

" Et d'abord la vie en société civile, considérée en elle-même, nous est-elle imposée par la loi naturelle ? Est-elle de droit naturel ? En d'autres termes, l'homme est-il déterminé pas sa nature même à former entre familles des sociétés civiles de plus en plus complexes ? Ou bien est-ce là l'œuvre tout artificielle d'un pacte libre nullement exigé par la nature humaine, comme le prétendent Hobbes et Rousseau ?

" 785. ORIGINE NATURELLE DE LA VIE EN SOCIÉTÉ.- Il est facile d'établir que la société civile est un état naturel à l'homme. En effet, lui est naturel, est l'œuvre de la loi naturelle, ce pour quoi l'homme a de par sa nature des aptitudes, des tendances et des exigences. Or il en est ainsi de la société civile [...].

" II. - J.-J. Rousseau (1712-1778) dans le Contrat social, imagine pour l'humanité un état primitif asocial : l'homme naturellement bon, sans péché originel, libre de toute obligation, égal en droits à tous ses semblables, menait primitivement une vie solitaire dans les forêts, parfaitement heureux à l'abri des troubles causés par des idées, les désirs ou les lois morales. Par malheur, doué du pouvoir funeste de se perfectionner, il se fait des occupations nouvelles, apprend différents arts, usurpe pour lui seul la propriété commune de tous, formes des sociétés passagères, toutes sources de disputes et de fraudes qui ruine son état d'heureuse innocence primitive et le conduisent à ce mal devenu nécessaire pour rétablir la paix, qu'est la société civile. Et Rousseau - sans prétendre aucunement en tout cela faire œuvre d'historien ni décrire ce qui s'est réellement passé - étudie à quelles conditions la société civile, mal devenu nécessaire et irréparable, sera légitime.

" Pour cela, dit-il, il faut l'adapter à l'état naturel de l'homme - " état naturel qui n'existe plus, qui n'a peut-être point existé, qui probablement n'existera jamais " (Discours sur l'origine de l'inégalité, Préface), caractérisé principalement par la liberté qui distingue l'humanité du reste de la nature - ; il faut trouver une combinaison où l'homme obéissant à l'autorité sociale n'obéisse en fait qu'à sa propre volonté libre. C'est ce que réaliserait un contrat social par lequel chacun abandonnerait librement tous ses droits, sa personne, sa liberté, à une personne morale universelle dont chaque individu serait comme une partie égale et dont l'autorité ne serait que la somme de tous les droits et de toutes les volontés individuelles libres spontanément unies en un seul tout.

" Cette autorité choisie librement, toujours révocable en théorie suivant le gré de chacun, devient ainsi la source unique de tous les droits et de tous les devoirs (théorie du peuple souverain), bien qu'elle ait besoin de sages législateurs pour l'éclairer : en lui obéissant, chacun reste son maître, puisqu'il n'obéit qu'à soi-même. Si le choix de l'autorité n'est malheureusement pas unanime, on se contentera de la majorité quantitative des libertés individuelles égales (moitié + 1 des suffrages) : le pouvoir une fois établi de la sorte, les lois qu'il portera seront l'expression de la volonté générale à laquelle la minorité numérique devra raisonnablement se soumettre en vertu du contrat librement accepté. Et c'est parce que historiquement les sociétés civiles ne se sont pas constituées ainsi qu'elles engendrent de si grands maux et dépravent les individus.

" Mais sans nous attarder à discuter en détail ces conceptions notons seulement : I° qu'elles ne reposent sur aucun fondement historique ; 2° qu'elles méconnaissent la véritable nature de l'homme [...]."

 

Maurice Jallut, Propositions pour un nouveau régime, cf. plus haut, pp. 61-63 :

" [...] Ce qui ressort de ce résumé très schématique de nos différentes Constitutions c'est en effet leur caractère artificiel. Ce sont des vues de l'esprit, des constructions idéales qui n'épousent jamais la réalité [c'est là l'erreur fatale et monstrueuse de la réduction de l'être à la pensée]. Elles superposent au pays réel un pays légal, et l'un et l'autre ne coïncident jamais. L'instabilité de ces statuts politiques qui se sont succédés à un rythme effarant est l'aspect le plus spectaculaire de ce vice congénital [et il ne peut pas logiquement en être autrement]. Mais il en est d'autres moins visibles mais tout aussi caractéristiques. Il est remarquable, tout d'abord, que nous n'avons pas de véritable évolution constitutionnelle. On constate comme une sorte d'incohérence dans la longue série de ces Constitutions. Le seul ordre qu'on y puisse trouver est un sentiment rudimentaire de réaction contre les excès du régime que l'on détruit et que l'on veut remplacer. La Constitution de l'An III réagit contre l'omnipotence de la Convention en divisant et en affaiblissant les pouvoirs. Puis le Consulat, à son tour, réagit contre cette faiblesse en concentrant l'autorité entre les mains d'un seul homme. La Charte revient à une sorte de libéralisme en rendant aux assemblées l'autonomie qu'elles avaient perdue. Réaction autoritaire avec le Second Empire, libérale avec la IIIe République, autoritaire enfin, une nouvelle fois, avec la Constitution de 1958. C'est un va-et-vient perpétuel de l'autoritarisme simpliste à l'anarchie parlementaire, et inversement. Il n'est point étonnant, dans ces conditions, que l'on ne découvre dans l'histoire mouvementée de nos institutions politiques depuis 1789 aucun assouplissement des principes au contact des réalités, aucune adaptation coutumière qui leur aurait permis de se mouler sur le caractère, les besoins et les aspirations profondes des Français [que l'on tend à transformer en citoyens du monde, prolétaires libérés de tout lien familial, culturel, patriotique, professionnel et religieux, en commençant par les transformer en citoyens européens déracinés de toutes leurs attache naturelles et spirituelles, moyens rêvés pour asservir les êtres humains en les rendant ainsi manifestement plus malléables et en faire finalement des pantins en les mettant sous le joug d'un gouvernement européen ou de Bruxelles, puis sous celui des Etats-Unis d'Amérique ou de Washington et enfin sous celui d'un gouvernement mondial d'obédience maçonnique - ce vers quoi nous oriente déjà l'ONU].

" Autre trait du côté factice de nos formules constitutionnelles : elles n'ont jamais pu nous donner des institutions qui aient pénétré dans la vie du pays réel, qui aient pu acquérir un caractère organique, qui se soient si intimement mêlées à l'histoire politique : souveraineté du peuple et séparation des pouvoirs. En voulant substituer la souveraineté du peuple à la souveraineté monarchique, les Constituants ont dû tenter de donner à la première les attributs de la seconde et, singulièrement, celui de l'indivisibilité. Mais cette indivisibilité tient à la nature même des choses dans l'institution monarchique. L'État est un lorsqu'il s'incarne dans un être physique qui, grâce à l'hérédité [racines familiales], se perpétue de génération [par exemple la dynastie capétienne]. La souveraineté royale maintient l'unité sans rompre la diversité des éléments qui composent la Nation à laquelle elle se superpose. La situation est toute différente lorsque l'on veut que le souverain soit la Nation elle-même [et bientôt l'Europe, puis le grand tout pour y être absorbé définitivement ou s'y perdre]. Alors cette unité n'existe que dans la mesure où l'on parvient à faire de la Nation un seul corps exprimant une volonté indivisible comme si elle était celle d'un seul être. C'est ce qu'avait parfaitement compris Rousseau lorsqu'il prônait l'interdiction des associations partielles [familiales, nationales, professionnelles ou autres], ce qu'avaient également compris ses disciples, les Constituants, quand ils ont supprimé les provinces, les corporations et les compagnies judiciaires. Mais, en brisant ces diversités, ils ont du même coup substitué à un corps vivant une entité artificielle [un pur être de raison] ; en prétendant lui faire manifester une volonté générale, alors que les parties qui la composent ne peuvent exprimer que des volontés particulières traduisant les intérêts également particuliers, ils ont enlevé à la représentation des différents éléments de la Nation tout caractère positif. Œuvre dissolvante avant tout, mais aussi œuvre vaine, car ces diversités que l'on prétendait étouffer se réveillent constamment. Seulement, quand les institutions s'obstinent à les méconnaître [ou plutôt quand elles ont été élaborées pour leur refuser tout droit d'exister], elles s'extériorisent en réactions qui se veulent idéologiques (mais qui ne sont qu'épidermiques) faute de pouvoir faire entendre leur voix naturelle. Si la classe ouvrière s'est laissé pénétrer par le marxisme, n'est-ce point parce que le régime moderne [régime démocratique s'inspirant de la pensée de Rousseau] lui interdisant toute expression purement professionnelle et partant réaliste de ses besoins et de ses aspirations l'a rejetée dans une extériorisation doctrinale de sa personnalité qui finit par lui faire croire qu'elle n'a plus de liens avec le reste de la Nation ? Ainsi, les partis politiques, succédanés des diversités naturelles, accentuent les divergences entre les classes sociales ; car, en donnant une forme purement idéologique à des aspirations qui pourraient et devraient normalement se traduire par des revendications positives et concrètes, ils leur enlèvent du même coup cette limite d'un intérêt commun dont les intérêts particuliers finissent par comprendre qu'ils sont tous justiciables. Loin de faire de la Nation un seul corps, la doctrine révolutionnaire n'a donc su qu'exaspérer les oppositions en les transformant en conflits d'idées. En cherchant à supprimer les diversités naturelles, la Révolution n'a pas réalisé l'unité morale du pays, elle l'a simplement soumis à une centralisation étouffante, car elle a ouvert les voies à l'uniformité administrative et elle a brisé tous les éléments de résistance à l'emprise bureaucratique."

 

 

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12 février 2014 3 12 /02 /février /2014 10:06

LA POLITIQUE

 

(5/14)

 

Charles Maurras, De la politique naturelle au nationalisme intégral, Textes choisis par François Natter, Maître Assistant à Paris-Sorbonne, Doyen de la Faclip, Claude Rousseau, Maître Assistant à Paris-Sorbonne, Professeur à la Faclip, avec la collaboration de Claude Polin, Maître Assistant à Paris-Sorbonne, Professeur à la Faclip, Collection Essais d'Art et de Philosophie, Paris, Librairie Philosophique J. Vrin, 6, place de la Sorbonne, Paris (Ve), 1972, p. 91, journal quotidien de l'Action française, 25 septembre 1926, dans le Dictionnaire Politique et Critique :

 

" L'école au service du régime ; la conscience conforme :

" Théoriquement, l'a b c de l'instituteur confessionnel ou son système métrique ne diffère en rien de l'a b c de l'arithmétique laïque et obligatoire. Mais, à côté de cette théorie, il y a la pratique, et en pratique il y a ce grand point : l'instituteur officiel est chargé d'enseigner les dogmes du régime, il est le distributeur d'une doctrine d'État. Il a la charge d'une religion, d'une foi.

" Ne dites pas que cette religion est inexistante parce qu'elle est inavouée ou même interdite par une loi qui parle de neutralité : la neutralité est un masque. Plus on insistera sur le silence absolu que gardent nos lois quant à l'esprit de l'école officielle, plus même on démontrera que l'État, notre État (incohérent, instable, impersonnel), est incapable d'élaborer une doctrine, plus il faudra sentir ce que montrent les réalités : en fait, une doctrine et même ce qu'on a tort d'appeler une Mystique se trouve être enseignée neuf fois sur dix par le corps des maîtres primaires ; cette doctrine de la démocratie traditionnelle se fondant sur la théorie de l'individu-roi, aboutit à la théorie de l'individu-dieu.

" [...] L'école publique est, après l'urne et pour l'urne, son premier instrument de règne. Sans l'école, il aurait déjà perdu la partie. "

 

Id., pp. 191-192, et dans Jeanne d'Arc, Louis XIV, Napoléon, Flammarion, 1937, pp. 213 à 224 :

 

" Sur les corps et les âmes ou l'Université servante de l'État démocratique.

" [...] Ainsi que le disait Le Chapelier, “ l'anéantissement de toutes espèces de corporations de citoyens de même état et profession était l'une des bases fondamentales de la Constitution française ” : l'Association Universitaire subit la loi commune.

" Elle fut “ anéantie ”.

" La Constitution de 1791 posa le principe qu'il serait créé et organisé une instruction publique commune à tous les citoyens. Les contribuables la payent depuis cent quarante ans.

" [...] Notre université ne prêche plus le respect de l'empereur, ni la fidélité à la dynastie. Un autre dogme, un autre culte : elle affiche cette déclaration des Droits de l'homme qui, désavouée par la science et par la raison, mais restée la loi d'une secte, sert de symbole verbal au Régime. L'intelligence du pays aura consigne de professer ce symbole. L'État unique imposera son système et sa bibliothèque de dogmes intéressés. Il sera l'arbitre des programmes.

" Il y a bien la liberté de l'enseignement.

" Ceux qui ne veulent pas envoyer leurs enfants aux maîtres de l'État peuvent les placer dans des maisons d'instruction privées. Mais cela est cher. Les parents qui n'utilisent pas l'enseignement de l'État y contribuent pourtant de leurs deniers. De plus, l'État s'est réservé le droit de sanctionner tout enseignement et, pour obtenir le diplôme, les candidats doivent justifier qu'ils sont instruits de ce que l'État veut qu'ils sachent, comme il veut que cela soit su. Les établissements privés doivent donc se conformer aux études officielles, et, comme celles-ci sont fort chargées [et pour cause!], il ne peut être question d'y introduire une autre matière.

" [...] Plébiscitaire ou parlementaire, populaire ou impérial, un gouvernement qui est l'élu du Nombre ne peut jouer qu'une comédie de neutralité tolérante. Il n'est rien de moins neutre, ni de moins disposé à laisser circuler les idées dans les intelligences et les consciences, car sa vie en dépend. Il ne peut se désintéresser de ce qui se passe dans les cerveaux et les cœurs dont il sollicite le vote [mais providentiellement, en 1957, grâce aux militaires américains, naquit l'idée de réseau d'où Internet surgira pour jouer un rôle de plus en plus important dans la diffusion de la connaissance - ce à quoi tenteront de s'opposer les gourous de l'information ou les mandarins de l'Instruction publique par des arguments spécieux. Bien sûr, sur Internet le pire passe, mais le meilleur également, alors qu'ailleurs ne règnent le plus souvent que la désinformation, l'omission volontaire, le mensonge, la veulerie et la médiocrité)."

 

Id., pp. 79 et 80, et dans La Politique religieuse, Nouvelle Librairie Nationale, 1912, pp. 410-413 :

 

" Le gouvernement du nombre.

" La démocratie est le gouvernement du Nombre. [...]

" Il faut exclure le principe du gouvernement du nombre, parce qu'il est absurde dans sa source, incompétent dans son exercice, pernicieux dans ses effets (1). (...) Nous prions nos contradicteurs de prendre garde à ces mots : " principe du gouvernement ", surtout à principe.

" Car, si, sous le nom de gouvernement du nombre, vous parlez d'autre chose, si vous donnez au nombre un maître, un souverain - loi divine ou humaine, loi abstraite ou vivante, - vous pouvez dire : “ J'ai associé le nombre au gouvernement ”, vous ne pouvez pas dire que le nombre est le gouvernement, car ce gouvernement serait gouverné lui-même, selon votre propre langage, par un maître, par un guide, par une règle autre que lui. Cela peut être mieux, cela peut être pis, c'est autre chose, à coup sûr, c'est autre chose qu'un gouvernement ayant son principe dans le nombre.

" Or, c'est de ce dernier que nous voulons parler ; il est seul en discussion.

" Donc, nous respectons trop le peuple pour aller lui dire : Il suffit de compter les voix des incompétents, pour résoudre les questions d'intérêt très général qui exigent de très longues années d'études, de pratique ou de méditation. Ou bien : Il suffit de recueillir et d'additionner les suffrages des premiers venus [la présentation de la carte nationale d'identité étant suffisante] pour réussir les choix les plus délicats.

" Nous aimons trop le peuple pour aller lui chanter ces choses. L'amour et le respect du peuple nous permettent de proposer au peuple, j'entends à l'ensemble des citoyens organisés, la gestion des intérêts où il est compétent, ses intérêts locaux et professionnels. Le même sentiment nous oblige à lui refuser la gestion des intérêts généraux de la nation je dis de la nation française, parce que ces intérêts sont beaucoup trop complexes pour être également et clairement sensibles à la pensée de tous.

" Prise en fait, “ la démocratie c'est le mal, la démocratie c'est la mort ” (Préface de l'Enquête sur la Monarchie). Le gouvernement du nombre [ou par le nombre] tend à la désorganisation du pays [en le morcelant, en l'atomisant, en le réduisant à l'état de poussière - au quantitatif pur, à une materia prima capable de prendre n'importe quelle forme, - moyen idoine de désarmer le peuple pour mieux le dominer]. Il détruit par nécessité tout ce qui le tempère, tout ce qui diffère de lui : religion, famille, traditions, classes, organisation de tout genre. Toute démocratie isole et étiole l'individu, développe l'État au-delà de la sphère qui est propre à l'État. Mais, dans la sphère, où l'État [et quel État puisque c'est le Nombre, i.e. le quantitatif, l'instabilité même ?] devrait être roi, elle lui enlève le ressort, l'énergie, même l'existence : " Nous n'avons plus d'État, nous n'avons que des administrations " [aussi anonymes que des grains de poussière], la belle parole de M. Anatole France se vérifie partout où l'erreur démocratique affecta les institutions et les lois. C'est un fait que la démocratie corrompt tout. Nous le disons au peuple, parce que cela est.

" Dire au peuple ce qui n'est pas serait lui manquer de respect. Lui débiter des fables pernicieuses, c'est plutôt le haïr, tantôt le mal aimer. Profiter, pour lui faire ce mensonge, de la confiance naïve qu'il a voulu placer en vous, c'est abuser de lui, c'est le trahir et vous dégrader vous-même. Voilà pourquoi nous prenons le peuple à témoin de la vivacité de notre haine pour la démocratie et pour ce principe, absolument faux, de la souveraineté du Nombre. Notre honneur est en cause, en même temps que la sécurité française et tous les autres bien publics."

1) Cité par S. EM. Le cardinal Billot (Tractatus, p. 37).

 

Id., p. 83, et dans Mes idées politiques, préface de Pierre Gaxotte de l'Académie française, Fayard, 1937, pp. 170-171 :

 

" La démocratie, gouvernement des choses.

" Qui ne sent, qui ne voit la raison profonde de l'extrême précarité du bien sous le régime républicain ? Rien ne l'arrête, rien ne le fixe. Aucune institution n'est chargée de capitaliser les leçons de l'expérience. Nulle magistrature stable, et qui dure par elle-même, n'est capable de résister aux aveugles remous d'une opinion trompée.

" La faiblesse de ses hommes compte infiniment peu auprès de la nocivité du régime. De quoi se plaint-on ? De ce que des intérêts importants soient traînés en longueur puis réglés brusquement par des improvisations plus que dangereuses. Le scandale est double. Mais il sort d'une source unique : de l'irresponsabilité dans le temps. A chaque minute de ce temps, on peut trouver un ministre pour bomber le torse, couvrir les subordonnés, revendiquer la paternité de tel ou tel acte. Mais à trois mois ou à trois semaines de distance, le ministre a changé, il a changé de sa personne, il a changé de groupe ou de parti, il est impossible de retrouver au pouvoir l'auteur de telles lenteurs, de telles négligences, telles remises au lendemain, et si, par miracle, on le retrouve, il répond froidement qu'ayant dit oui, puis non, il n'a fait que suivre les nécessités objectives. Elle sont variables et l'ont fait varier [et il compte même là-dessus].

" Elles seules comptent. C'est elles qui gouvernent. Se relâchent-elles de leur prise sur les factions et les assemblées, on se relâche aussi et on ne fait rien. Pressent-elles, on est pressé, et l'on bâcle ce qui aurait dû être sérieusement mûri et profondément médité. Bref, l'homme abdique ostensiblement et s'en remet au gouvernement des choses muettes [ou au prochain gouvernement, et ainsi de suite]. Imaginons un chariot quelconque abandonné ainsi à la loi des forces aveugles ! [Et le char de l'État démantelé et la France morcelée]."

 

Id., pp. 101-102, 103, et dans La Politique religieuse, Nouvelle Librairie Nationale, 1912, pp.406-410, et in Dentelle du rempart, pp. 206-210 :

 

" Le libéralisme est la doctrine politique qui fait de la Liberté le principe fondamental par rapport auquel tout doit s'organiser en fait, par rapport auquel tout doit se juger en droit. Je dis que le libéralisme supprime en fait toutes les libertés. Libéralisme égale despotisme. Je le démontre :

" En religion.

" Dans l'ordre religieux, la liberté-principe peut tout admettre, hors l'aliénation de la liberté, d'elle-même. Un homme qui aliène sa liberté personnelle n'est plus un homme, dit la philosophie libérale. Il a perdu son rang, sa dignité. Mais, objectera-t-on, il fit acte de liberté en immolant sa liberté ? Il n'avait pas ce droit de l'immoler. La liberté, c'est l'intangible [c'est une partie inhérente des droits imprescriptibles de l'homme]. " Pas de liberté contre la liberté." Dès lors, point de vœux monastiques, point de Congrégation [etc.]. C'est le sophisme protestant des Renouvier et des Buisson. Mais qu'on y prenne garde : ce raisonnement est sophistique parce que le point de départ en est faux : il n'est point vrai que la liberté soit un principe fondamental. Mais, si la prémisse était vraie, la conclusion le serait aussi [c'est évident].

" C'est très logiquement, très rigoureusement que M. Buisson a déduit la loi de 1901 du principe libéral. Dans le principe libéral, la liberté des ordres religieux serait chose immorale. Dans le principe libéral, cette liberté doit être étouffée. Et voilà donc une première liberté dont la conquête exige au préalable le renversement du principe libéral. Si nous nous dévouons à la liberté des congrégations religieuses, - liberté définie, liberté réelle et pratique, - nous devons faire la guerre au libéralisme.

" En économie politique.

" Dans l'ordre économique, la liberté-principe veut que la concurrence des libertés individuelles, d'où le bien doit sortir inévitablement, soit œuvre sacrée. Il n'y a qu'à laisser faire et à laisser passer. Toute intervention de l'État ou de la Société mérite le nom d'attentat et presque de profanation. Le statut du travail doit donc être individuel. Autant par respect pour sa liberté propre que par vénération de la mécanique du monde, l'ouvrier doit respecter les injonctions du décret Le Chapelier et s'interdire sévèrement toute association, corporation, fédération, tout syndicat d'ordre professionnel, de nature à troubler le libre jeu de l'offre et de la demande, le libre échange du salaire et du travail. Tant pis si le marchand de travail est un millionnaire maître absolu du choix entre 10.000 ouvriers : liberté ! liberté ! La liberté économique aboutit donc, par une déduction rapide, à la célèbre liberté de mourir de faim.

" En science politique.

" Dans l'ordre politique, le libéralisme, exprimé à la première phrase du Contrat social [de J.-J. Rousseau] et au premier article de la Déclaration des droits de l'homme, parce que l'homme naît libre. Le libéralisme veut dégager l'individu humain de ses antécédences ou naturelles ou historiques : il l'affranchira des liens de famille, des liens corporatifs et de tous les autres liens sociaux ou traditionnels [et avec cela l'on prétend vouloir " faire du social " - ne faut-il pas en toutes choses regarder la fin ?]. [...]

" Il y a une autre forme de libéralisme, plus aiguë, plus logique, à laquelle arrivent toujours, quand ils ont persisté dans l'opposition, les partis libéraux : ils se font anarchistes purs. [...] "

 

LE CRÉTINISME DE J.-J. ROUSSEAU : LE MAÎTRE ÀPENSER ET L’IDOLE DE LA RÉPUBLIQUE FRANCAISE !

 

 Charles Maurras, L'Avenir de l'Intelligence, préface, pp. 32 et 33, Nouvelle Librairie Nationale, 11, rue de Médicis, Paris, 1917 :

 

" Or, c'est, tout au contraire, la réforme, le changement des idées admises et des goûts établis qui fut le but marqué des écrivains du XVIIIe siècle. [...]

" [...] Ce sont des mécontents. Ils apportent au monde une liste de doléances, un plan de reconstitution.

" [...] Et la vivacité, l'esprit, l'éloquence de leurs critiques leur procure la vogue. Jusqu'à quel point ? Cela doit être mesuré au degré de la tolérance dont Jean-Jacques réussit à bénéficier. Il faut se rappeler ses manières, ses goûts et toutes les tares de sa personne (1). [...]

" [...] Quand Rousseau écrivait, il usurpait les attributs du prince, ceux du prêtre et ceux même du peuple entier, puisqu'il n'était même point le sujet du roi, ni membre d'aucun grand État militaire faisant quelque figure dans l'Europe d'alors. L'élite politique et mondaine, une élite morale, fit mieux que ramasser la plume de Jean-Jacques ; elle baisa la trace de sa honte et de ses folies ; elle en imita tous les coups. Le bon plaisir de cet homme ne connut de frontières que du côté des gens de lettres, ses confrères et ses rivaux.

" La royauté de Voltaire, celle de l'Encyclopédie, ajoutée à cette popularité de Jean-Jacques, établirent très fortement, pour une trentaine et une quarantaine d'années la dictature générale de l'Écrit. L'Écrit régna non comme vertueux, ni comme juste, mais précisément comme écrit. Il se fit nommer la Raison. Par gageure, cette raison n'était d'accord ni avec les lois physiques de la réalité, ni avec les lois logiques de la pensée : contradictoire et irréelle dans tous ses termes, elle déraisonnait et dénaturait les problèmes les mieux posés."

 

1) Gaxotte (Pierre), de l'Académie française, La Révolution française, Arthème Fayard et Cie, 1928, chap. IV : La crise de l'autorité, page 77 :

 

" On connaît la vie de Rousseau. Ancien laquais congédié pour vol, entretenu à seize ans par une maîtresse qui en avait trente et qui partageait ses faveurs entre lui et son jardinier, chassé par M. de Mably, qui l'avait engagé comme précepteur et dont il pillait la cave, amant d'une femme de charge, Thérèse Levasseur, avec qui il vivait chez une autre protectrice, Mme d'Épinay, persécuté imaginaire, à demi fou avant de l'être tout à fait, il est chéri, admiré par toute la haute société."

 

Jacques Maritain, Trois réformateurs : Luther, Descartes, Rousseau, Plon-Nourrit et Cie, Imprimeurs-Éditeurs, Paris, 1925, III : Rousseau, page 144 :

 

" Autant dire qu'il y a chez Jean-Jacques aucune rectification de la volonté. De là ses actions viles et sa veulerie morale. C'est essentiellement par cette lâcheté devant le réel que s'expliquent l'abandon de ses cinq enfants, et ses crises passionnelles, ses ruptures d'amitiés, ses impuissantes frénésies, le narcissisme équivoque de ses sentiments et toutes les misères de sa vie."

 

Id, p. 139 :

 

" Ce qui est propre à Jean-Jacques, son privilège singulier, c'est sa résignation à lui-même. Il s'accepte, et ses pires contradictions, comme le fidèle accepte la volonté de Dieu.  Il consent d'être à la fois le oui et le non ; et il le peut, dans la mesure où il consent à déchoir de l'état de raison, et à laisser végéter tels quels les morceaux disjoints de son âme. Telle est la sincérité de Jean-Jacques et de ses amis. Elle consiste à ne jamais toucher à ce qu'on découvre en soi à chaque instant de sa vie, de craindre d'altérer son être. Voilà dès le principe et par définition tout travail moral entaché d'hypocrisie pharisaïque : dernier état du salut sans les œuvres ! [Cf. S. Jacques, 2 : 20.] "

 

Id., pp. 142-143 :

 

" Concentrant en lui-même l'héritage de tous les déséquilibres introduits dans le monde depuis la Réforme, malade et perdu de névrose, profondément asthénique, champ clos de contrastes héréditaires épuisants, il joint à de merveilleux dons d'artiste, à une intelligence vive, et capable d'un remarquable bon sens instinctif, à une sensibilité suraiguë, à des désirs du sublime, à une flamme de génie qui paraît dans ses yeux admirables, une impuissance extraordinaire des fonctions par lesquelles l'homme domine rationnellement le réel : dans l'ordre spéculatif, tout effort de construction logique et cohérente est pour lui un supplice (1), ' ses raisonnements différents concordent jamais qu'à la cadence de sa plainte (2) ', et surtout dans l'ordre pratique, la volonté en tant que faculté rationnelle est nulle chez lui (3)."

 

1) Lettre à Dom Deschamp, 12 septembre 1762, Masson, II, 84 :

 

" Vous êtes bon de me tancer sur mes inexactitudes en fait de raisonnement. En êtes-vous à vous apercevoir que je vois très bien certains objets, mais que je ne sais point comparer, que je suis assez fertile en propositions, sans jamais voir de conséquences [n'est-ce pas là un manque d'intelligence ?] ; qu'ordre et méthode qui sont vos dieux, sont mes furies ; que jamais rien ne s'offre à moi qu'isolé, et qu'au lieu de lier mes idées dans les lettres, j'use d'une charlatanerie de transitions, qui vous en impose tous les premiers, à tous vous autres grands philosophes ? C'est à cause de cela que je me suis mis à vous mépriser, voyant bien que je ne pouvais pas vous atteindre."

 

2) Charles Maurras, Romantisme et Révolution, préface à l'édition définitive.

 

3) Jean-Jacques Rousseau, Dialogues, écrits entre 1772 et 1775, et où l'on voit Rousseau juge de Jean-Jacques, Deuxième Dialogue :

 

" Enflammé par la longue contemplation d'un objet, il fait parfois dans sa chambre de fortes et promptes résolutions qu'il oublie ou qu'il abandonne avant d'être arrivé dans la rue. Toute la vigueur de sa volonté s'épuise à résoudre ; et il n'en a plus pour exécuter."

 

ID., ibid. :

 

" Jamais homme ne se conduisit moins sur des principes et des règles, et ne suivit plus aveuglément ses penchants. Prudence, raison, précaution, prévoyance, tout cela ne sont pour lui que des mots sans effet. Quand il est tenté, il succombe ; quand il ne l'est pas, il reste dans sa langueur."

 

ID., ibid. :

 

" J'ai dit que Jean-Jacques n'était pas vertueux : notre homme ne le serait-il pas non plus ; et comment, faible et subjugué par ses penchants, pourrait-il l'être, n'ayant toujours pour guide que son propre cœur, jamais son devoir ni sa raison ? Comment la vertu, qui n'est que travail et combat, régnerait au sein de la mollesse et des doux loisirs ? Il serait bon, parce que la nature l'aurait fait tel ; Il ferait du bien, parce qu'il lui serait doux d'en faire : mais s'il s'agissait de combattre ses plus chers désirs et de déchirer son cœur pour emplir son devoir, le ferait-il aussi ? J'en doute. La loi de la nature, sa voix du moins, ne s'étend pas jusque-là."

 

ID., ibid. :

 

" D'heureuses fictions lui tiennent lieu d'un bonheur réel ; et que dis-je ? lui seul est solidement heureux, puisque les biens terrestres peuvent à chaque instant échapper en mille manières à celui qui croit les tenir ; mais rien ne peut ôter les biens de l'imagination à quiconque sait en jouir ; il les possède sans risque et sans crainte." 

 

ID., Émile, l. IV (Prof. de foi) :

 

" Dans l'état d'abaissement où nous sommes durant cette vie, tous nos premiers penchants sont légitimes."

 

ID, ibid., l, V (Prof. de foi) :

 

" ... les idées générales et abstraites sont la source des plus grandes erreurs des hommes, jamais le jargon de la métaphysique n'a fait découvrir une seule vérité."

 

ID., Lettre à M. de Beaumont :

 

" Les premiers mouvements de la nature sont toujours droits."

 

ID., Premier Dialogue :

 

" Tous les premiers mouvements de la nature sont bons et droits."

 

ID., Nouvelle Héloïse, Ve partie, lettre III :

 

" Il n'y a point d'erreur dans la nature."

 

ID., Discours sur l'origine de l'inégalité, Ire partie :

 

« ... j'ose presque assurer que l'état de réflexion est un état contre nature, et que l'homme qui médite est un animal dépravé [d'où l'on conclut qu'en ne méditant pas l'homme revient à ses origines et retrouve ainsi son état d'animal parfait]. » Quand on sait de source sûre que Jean-Jacques Rousseau était adulé par l'élite politique et mondaine de son temps et qu'il continue même à l'être de nos jours par l'éloge de ses écrits, de son style (a), de sa pensée politique et même philosophique, alors que les écrits de cet homme révèlent manifestement un déséquilibre moral et intellectuel notoire, on est bien obligé de conclure à la mort de l'intelligence de tous ceux et de toutes celles qui nous gouvernent et sont publiquement censés nous donner des leçons, alors qu’ils sont même incapables de nous dire ce qu’est la vérité.]

 

a) Cf. Antoine Albalat, La Formation du Style par l'Assimilation des Auteurs, Librairie Armand Colin, Paris, 1956, p. 11.

 

ID., Deuxième lettre à Sophie, Œuvres et correspondance inédites, éd. Streckeisen-Moulton, 1861 (Masson, II, p. 55) :

 

" ... le raisonnement, loin de nous éclairer, nous aveugle ; il n'élève point notre âme, il l'énerve et corrompt le jugement qu'il devrait perfectionner."

 

ID., IIe et IVe lettres à Sophie :

 

" Je veux parler à votre cœur, et je n'entreprends pas de discuter avec les philosophes. Ils auraient beau me prouver qu'ils ont raison, je sens qu'ils mentent, et je suis persuadé qu'ils le sentent aussi... Si vous sentez que j'ai raison, je n'en veux pas davantage."

 

ID., IIIe lettre à Sophie (cf. également Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes, Ire partie) :

 

" En philosophie, substance, âme, corps, éternité, mouvement, liberté, nécessité, contingence, etc., sont autant de mots qu'on est contraint d'employer à chaque instant et que personne n'a jamais conçus..." [Réflexion de Jacques Maritain : " Il dit vrai en ce qui le concerne".]

 

ID., Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes, IIe partie :

 

" L'exemple des sauvages qu'on a presque tous trouvés à ce point semble confirmer que le genre humain était fait pour y rester toujours, que cet état est la véritable jeunesse du monde, et que tous les progrès ultérieurs ont été en apparence autant de pas vers la perfection de l'individu, et en effet vers la décrépitude de l'espèce."

 

Lettre de Voltaire à Rousseau relative au Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes, 30 août 1755 :

 

" J'ai reçu, Monsieur, votre nouveau livre contre le genre humain (...). On n'a jamais employé tant d'esprit à vouloir nous rendre bêtes, il prend envie de marcher à quatre pattes quand on lit votre ouvrage." [On ne peut pas mieux dire.]

 

J.-J. Rousseau, Du contrat social, l. I, chap. Ier et chap. VI :

 

" L'homme est né libre, et partout [sauf solitaire et à l'état sauvage] il est dans les fers."

 

ID., ibid., l. I, chap. VI :

 

" “ Trouver une forme d'association qui défende et protège de toute la force commune la personne et les biens de chaque associé, et par laquelle chacun s'unissant à tous n'obéisse pourtant qu'à lui-même et reste aussi libre qu'auparavant.” Tel est le problème fondamental dont le contrat social donne la solution.

" ... l'aliénation totale de chaque associé avec tous ses droits à toute la communauté. Car, premièrement, chacun se donnant tout entier, la condition est égale pour tous, et la condition étant égale pour tous, nul n'a intérêt de la rendre onéreuse aux autres.

" Enfin chacun se donnant à tous ne se donne à personne, et comme il n'y a pas un associé sur lequel on n'acquière le même droit qu'on lui cède sur soi, on gagne l'équivalent de tout ce qu'on perd, et plus de force pour conserver ce qu'on a.

 

ID., ibid., l. I, chap. VII :

 

" On voit par cette formule que l'acte d'association renferme un engagement réciproque du public avec les particuliers, et que chaque individu, contractant, pour ainsi dire, avec lui-même, se trouve engagé sous un double rapport ; savoir, comme membre du souverain envers les particuliers, et comme membre de l'État envers le souverain. [Nous avons là un joli tour de passe-passe et le programme d'un homme - ou plutôt d'un sauvage - incapable de maîtriser les inclinations vicieuses de ses sens et par conséquent incapable de raisonner sainement et de voir où son imagination débridée le conduit.]

" [...] Ainsi donc que le pacte social ne soit pas un vain formulaire, il renferme tacitement cet engagement qui seul peut donner de la force aux autres, que quiconque refusera d'obéir à la volonté générale y sera contraint par tout le corps : ce qui ne signifie autre chose sinon qu'on le forcera d'être libre [...]."

 

ID., ibid., l. I, chap. VIII :

 

" Ce que l'homme perd par le contrat social, c'est sa liberté naturelle et un droit illimité à tout ce qui le tente et qu'il peut atteindre ; ce qu'il gagne, c'est la liberté civile et la propriété de tout ce qu'il possède." [Rousseau a complètement perdu le sens du réel.]

 

ID., ibid., l. II, chap. III :

 

" Il y a souvent bien de la différence entre la volonté de tous et la volonté générale ; celle-ci ne regarde qu'à l'intérêt commun, l'autre regarde à l'intérêt privé, et n'est qu'une somme de volonté particulières [...]. Mais quand il se fait des brigues, des associations partielles [enfin, nous y sommes !] aux dépens de la grande [de la grande association, c'est-à-dire de l'État], la volonté de chacune de ces associations devient générale par rapport à ses membres, et particulière par rapport à l'État [ce que le décret Le Chapelier a fidèlement illustré en supprimant les corporations ou les corps intermédiaires ou les " prétendus intérêts communs "]. [...]

" Il importe donc pour avoir bien l'énoncé de la volonté générale qu'il n'y a pas de société [ou association] partielle dans l'État et que chaque citoyen n'opine que d'après lui [comme le sauvage solitaire - et la boucle est ainsi bouclée !]."

 

ID., Du contrat social, livre III, chap. IV : De la démocratie :

 

" A prendre le terme dans la rigueur de l'acception, il n'a jamais existé de véritable démocratie, et il n'en existera jamais. Il est contre l'ordre naturel que le grand nombre gouverne et que le petit soit gouverné. [...] Ajoutons qu'il n'y a pas de gouvernement si sujet aux guerres civiles et aux agitations intestines que le démocratique ou populaire, parce qu'il n'y en a aucun qui tende si fortement et si continuellement à changer de forme, ni qui demande plus de vigilance et de courage pour être maintenu dans la sienne. [...] S'il y avait un peuple de dieux, il se gouvernerait démocratiquement. Un gouvernement si parfait ne convient pas à des hommes. [Tiens, tiens! là Rousseau semble avoir repris une certaine lucidité, mais en réalité un tel gouvernement est dans tous les cas contre nature, car gouverner et démocratiser sont deux termes inconciliables. Ce gouvernement ne convient par conséquent à aucune créature. Rousseau est un malheureux et dangereux insensé. Il faut vraiment que le monde soit dans une totale cécité intellectuelle pour ne pas s'en apercevoir.]

 

ID., ibid., livre IV, chap. III : Des élections :

 

" [...] Mais j'ai déjà dit qu'il n'y avait point de véritable démocratie."

 

ID., Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes, seconde partie :

 

" Ce système odieux [la tyrannie] est bien éloigné d'être même aujourd'hui celui des sages et bons monarques, et surtout des rois de France, comme on peut le voir en divers endroits de leurs édits et en particulier dans le passage suivant d'un écrit célèbre, publié en 1667, au nom et par les ordres de Louis XIV (1) : Qu'on ne dise donc point que le souverain ne soit pas sujet aux lois de son État, puisque la proposition contraire est une vérité du droit des gens que la flatterie a quelquefois attaquée, mais que les bons princes ont toujours défendue comme une divinité tutélaire de leurs États. Combien est-il plus légitime de dire avec le sage Platon que la parfaite félicité d'un royaume est qu'un prince soit obéi de ses sujets, que le prince obéisse à la loi, et que la loi soit droite et toujours dirigée au bien public." [Là aussi. Le lecteur conclura et choisira ce qui lui semble le plus raisonnable.]

 

1) Note de Maurice Jallut in "Propositions pour un nouveau régime", p. 21 :

 

" Il s'agit en réalité du “ Traité des droits de la Reine ”, que Louis XIV fit publier en 1667 pour défendre les droits de son épouse Marie-Thérèse à la succession des Pays-Bas espagnols."

Pour bien préciser sa pensée sur la souveraineté du peuple, J.-J. Rousseau ridiculise même les politiques qui s'imaginent qu'une somme de volontés particulières fait une volonté générale, écrivant dans son “ Contrat Social ” (liv. II, ch. II) :

" [...] ils font du souverain un être fantastique et formé de pièces rapportées ; c'est comme s'ils composaient l'homme de plusieurs corps dont l'un aurait des yeux, l'autre des bras, l'autre des pieds, et rien de plus. Les charlatans du Japon dépècent, dit-on, un enfant aux yeux des spectateurs, puis jetant en l'air tous ses membres l'un après l'autre, ils font retomber l'enfant vivant et tout rassemblé. Tels sont à peu près les tours de gobelets de nos politiques ; après avoir démembré le corps social par un prestige digne de la foire, ils rassemblent les pièces on ne sait comment." [Rousseau apporte de l'eau à notre moulin. D'aucuns concluront à bon droit que cette conception de la souveraineté conduit logiquement au règne du parti unique. Ne voit-on pas qu'en cherchant à obtenir des électeurs le plus grand nombre possible de voix tout en demeurant dans le cadre de la volonté générale, on ne peut que s'en tenir à quelques idées rudimentaires et à des vœux pieux fort séduisants, comme le chant des sirènes (1), sans considérer les intérêts des forces vives de la nation ou sans se prononcer sur des problèmes concrets et particuliers, c'est-à-dire sans jamais aller jusqu'au fond des choses ? Et qui doit ou devra déterminer et régler le bien commun ? Une majorité d'intérêts particuliers ? Là est la question. Et nous n'oublions pas non plus l'influence des groupes de pression et les plans ou les projets élaborés dans l'abstrait par des techniciens accrédités par le Pouvoir ("la chose des partisans") et finalement imposés au peuple. A quoi bon l'E.N.A., l'officine du naturalisme ou du positivisme juridique (cf. Hans Kelsen), si l'on ne voit pas cela ? Les énarques lisent peut-être tous les textes dont ils ont besoin pour leurs études ou leur carrière, mais ils ne semblent pas pour autant discerner le vrai du faux. Outre cela, ils ont été habitués depuis l'école primaire à lire des ouvrages qu'un État d'obédience maçonnique a choisis pour eux afin de les marquer à vie - ce qui, la grâce aidant, ne réussit pas toujours, mais laisse cependant des séquelles. Mais rares sont ceux qui osent sortir des sentiers battus en lisant d'autres ouvrages sérieux ou bien informés susceptibles de les changer du tout au tout. La carrière politique compte-t-elle plus que la vérité ? Savent-ils seulement ce qu'est la vérité ? - Pas plus qu'un ordinateur qui, bien que capable actuellement d'intégrer des systèmes différentiels du second ordre, n'est en réalité qu'une machine sans âme. Le pouvoir et l'argent attirent sans doute davantage nos énarques. Nous ne pouvons par conséquent leur accorder le moindre crédit. Ne nous laissons pas séduire par leurs belles paroles ou le chant des sirènes, car ils sont rompus à la dialectique et savent toujours retomber sur leurs pattes au profit de la Franc-Maçonnerie qui les a façonnés à sa manière dès leurs premières années à l'école laïque, c'est-à-dire à l'école sans Dieu ou sans Vérité.]

 

1) Cf. Homère, L'Odyssée, chant XII.

 

Quelle misère d'élaborer une Constitution basée sur les principes d'un homme sans principes qui se disait " assez fertile en propositions, sans jamais voir de conséquences " et qui s'était permis d'écrire que " les idées générales et abstraites sont la source des plus grandes erreurs des hommes " ! Si le Genevois, le sophiste de la liberté et de l'égalité qui n'a fait que reprendre les petits mystères de Weishaupt, se savait incapable d'abstraire des idées de la réalité, c'est-à-dire d'avoir une activité noétique adéquate pour penser, et de voir les conséquences de ses dogmes ou de ses postulats, tels que le principe de la souveraineté du peuple et la loi de la volonté générale, on se demande bien pourquoi il s'est mis à écrire sur des problèmes qui lui échappaient totalement. En effet, il n'a pas vu qu'en décrétant illimitée la souveraineté du peuple il légitimait frauduleusement et logiquement un pouvoir livré aux caprices de la volonté générale et récusait ainsi l'intangibilité des lois naturelles qui participent de la loi éternelle de Dieu. C'était la porte ouverte à tous les débordements dont les hommes sont capables et même à la justification puis à la légitimation des crimes les plus abominables (par exemple l'avortement). Nous l'avons vu d'abord avec les jacobins puis avec le communisme ou le socialisme et avec le nazisme ou le socialisme national qui tend maintenant à devenir international. Seuls les Papes, surtout jusqu'au Pape Pie XII, avaient vu clair, mais les laïcs catholiques ou chrétiens s'en sont indignement moqués en se laissant progressivement gagner par l'idéologie maçonnique qui ne voit partout que le despotisme ou l'esclavage. Nos travaux le prouvent incontestablement ; et nous en attendons toujours d'un pied ferme la réfutation en bonne et due forme Nous sommes vraiment arrivés à la fin d'un monde dont Dieu seul connaît la suite.

 

Les Constitutions de la France depuis 1789, texte intégral, édition mise à jour, 1995, GF Flammarion, Paris, ch. Ier : La Constitution de 1791, pp. 21-22, 24, 25 :

 

«  [...] Les " physiocrates " et les " économistes " auraient désiré que la Constitution organisât rationnellement l'exploitation des terres, les manufactures et les échanges commerciaux. Jean-Jacques Rousseau [nous y sommes!] souhaitait que la constitution ou " contrat social " assurât le bonheur des citoyens en leur garantissant une égalité, non plus seulement " en droits, mais " en jouissance ", c'est-à-dire par une répartition autoritaire des biens. Les rédacteurs des cahiers avaient lu les " philosophes " ou avaient entendu parler de leurs idées, la plupart prescrivirent aux députés de s'occuper d'abord de rédiger une constitution.

«  [...] La Déclaration de 1789 est donc restée célèbre dans sa rédaction du 26 août. Si d'autres déclarations des droits ont été publiées en 1793 et en 1795, c'est à celle de 1789 que se réfèrent, ainsi qu'on le verra plus loin, les constitutions du 27 octobre 1946 et du 4 octobre 1958 [peut-on être plus clair ?].

" [...] La déclaration française, au contraire, se veut universelle. Elle a subi l'influence des philosophes du XVIIIe siècle, et surtout de Locke [1], de Voltaire, de Rousseau [toujours lui !]. »

 

1) John Locke (1632-1704), philosophe anglais, de l'école nominaliste, c'est-à-dire de l'école pour laquelle l'universel n'est absolument pas dans les idées, sans que rien y réponde dans la réalité (« par exemple, dit Jacques Maritain, il n'y a pas dans la réalité de nature humaine qui se retrouve en Pierre comme en Paul et en Jean ; ce qui détruit purement et simplement la connaissance intellectuelle et fait de la science une fiction » . — cf. Jacques Maritain, Éléments de philosophie, I : Introduction générale à la philosophie, Éd. Téqui, 1952, p. 113 ; Les degrés du savoir, Éd. Desclée De Brouwer, 1932, ch. III : Le réalisme critique, Positions idéalistes et essais de réaction, p. 248 : " L'idée devient désormais, comme dira Locke, l'objet immédiat de la pensée." ; Henri Collin, docteur en philosophie et en théologie, Manuel de philosophie thomiste, 3 vol., tome III : Critériologie, ch. III, Le problème idéaliste, § 2 : L'expérience sensible, art. II : L'expérience externe, n° 489 : L'idéalisme subjectiviste, Librairie P. Téqui, éditeur, Paris, 1950, p. 43 :

 

" Avançant dans la voie du subjectivisme, ouverte par Descartes, Locke, après avoir distingué les qualités premières [seule perception des sens] et les qualités secondes [connaissance du sensible sous un mode universel] de la matière, avait fait de celles-ci de pures modifications subjectives de nos sens, auxquelles rien de réel ne correspond formellement en dehors de nous, et n'avait reconnu de réalité qu'aux premières. Berkeley, arguant du principe médiatiste que nous ne connaissons par nos sens, quels qu'ils soient, que des états subjectifs, en conclut logiquement que nous n'avons pas plus le droit d'affirmer la réalité des qualités premières que celle des qualités secondes ; que leur être à toutes se réduit à la représentation subjective que nous nous en faisons et que seule nous percevons."). En politique, Locke passe pour un libéral en distinguant deux pouvoirs dans l'État : le pouvoir législatif et le pouvoir exécutif, et en soutenant la suprématie du Parlement, et ce pour que les Anglais ne soient plus gouvernés par des souverains étrangers à leur patrie, en l'occurrence par les Français avec le duc de Normandie et les Plantagenets. Ce qui est un cas typiquement anglais et par conséquent non reproductible (Montesquieu, De la Constitution anglaise : " Elles [les lois] doivent être tellement propres au peuple pour lequel elles sont faites que c'est un très grand hasard si celles d'une nation peuvent convenir à une autre ").

 

Id., ch. III : La Constitution de 1795 ou de an I, p. 94 :

 

«  La nouvelle Constitution [...] tend à consolider le gouvernement de la bourgeoisie et à lui assurer la paisible jouissance des avantages que la Révolution lui a procurés. Pour ces raisons elle répudie tout ce qui, dans les précédentes constitutions, avait été rédigé sous l'influence des idées de Rousseau [on n'en sort pas !], elle suit au contraire davantage celles de Montesquieu [ces passages valent de l'or], notamment en ce qui concerne la séparation des pouvoirs et le rôle des " corps intermédiaires ", ainsi marque-t-elle un recul, non seulement sur la Constitution de 1793, mais même sur celle de 1791. »

 

        Pour que notre corps aille toujours dans une bonne direction ne faut-il pas que nos membres soient intiment associés à notre volonté ? Dans un mouvement cohérent ou bien ordonné, moteur et mobile ne doivent-ils pas aller de concert ? Qu'en serait-il de l'univers s'il venait à se désorganiser ? Les anciens le nommaient d'ailleurs cosmos, ce qui signifie " qui est en bon ordre, bien ordonné, bien réglé ". Ce raisonnement s'applique également à toute société humaine bien organisée ou digne de ce nom, - l'organisation matérielle ou purement économique ne suffisant pas pour en faire une société humaine (cf. la vie des abeilles, celle des fourmis, etc. - Comme le dit Platon dans sa Politique (276c) par la voix de l'étranger éléate, " si fortement que nous ayons été convaincus qu'il y a un art de nourrir le troupeau bipède, nous ne devions pas plus pour cela lui donner sur-le-champ le nom d'art royal et politique, comme si la définition en était achevée "). Sans ordre, tout retournerait au chaos ou à l'anarchie, c'est-à-dire au néant ou au non-être, car toute chose tient dans l'être conformément à la loi naturelle ou divine. Et c'est pourquoi l'être est intelligible et les sciences naturelles sont possibles (logos). La séparation politique du législatif et de l'exécutif est une monstruosité. Ces deux domaines requièrent un seul pouvoir pour les unir et les rendre féconds. On ne doit pas les séparer, mais seulement les distinguer pour les unir. Ceux qui voient les choses ainsi sont animés par l'esprit manichéen qui caractérisait les révolutionnaires de 89, les adeptes de la maçonnerie ou les fils spirituels de Manès, l'esclave Curbique vendu à la veuve de Scythien, préconisant une égalité et une liberté sans frein ou désorganisatrices contre toute loi, toute magistrature, contre les rois et contre le Dieu du christianisme.

 

Abbé Augustin Barruel (1741 - 1820), Mémoires pour servir à l'histoire du Jacobinisme, en 2 tomes (1063 pages), Diffusion de la Pensée Française, 1974, tome 1, Discours préliminaire, pp. 42, 43, 44, 45 :

 

" Appuyés sur les faits, et munis des preuves qu'on trouvera développées dans ces Mémoires, nous tiendrons un langage bien différent. Nous dirons et nous démontrerons ce qu'il importe aux peuples et aux chefs des peuples de ne pas ignorer ; nous leur dirons : Dans cette Révolution française, tout jusqu'à ses forfaits les plus épouvantables, tout a été prévu, médité, combiné, résolu, statué : tout a été l'effet de la plus profonde scélératesse, puisque tout a été préparé, amené par des hommes qui avaient seuls le fil des conspirations longtemps ourdies dans des sociétés secrètes, et qui ont su choisir et hâter les moments propices aux complots. [...]

" [...] La Révolution française a été ce qu'elle devait être dans l'esprit de la secte. [...] Je dirai plus encore : bien loin de préparer dans le lointain un avenir heureux, la Révolution française n'est encore qu'un essai des forces de la secte ; ses conspirations s'étendent sur l'univers entier.

" ... mais je me hâterai d'ajouter : Ecraser une secte n'est pas imiter ses fureurs, sa rage sanguinaire et l'homicide enthousiasme dont elle enivre ses apôtres ; ce n'est pas égorger, immoler ses adeptes, et diriger contre eux toutes les foudres dont elle les armait. Ecraser une secte, c'est l'attaquer dans ses écoles mêmes, dissiper ses prestiges, mettre au jour l'absurdité de ses principes, l'atrocité de ses moyens, et surtout la scélératesse de ses maîtres. Oui, anéantissez le Jacobin, mais laissez vivre l'homme. [...]

" La secte est monstrueuse, mais ses disciples ne sont pas tous des monstres. Les soins mêmes qu'elle prenait pour cacher au grand nombre ses derniers projets, les précautions extrêmes dont elle usait pour ne les révéler qu'aux élus de ses élus, nous démontrent assez combien elle craignait de se voir sans moyens et sans force, et d'être abandonnée par la multitude de ses disciples, s'ils venaient à pénétrer dans toute l'horreur de ses mystères. [...]

" Si la France, aujourd'hui fermée comme l'enfer, ne peut plus entendre d'autre voix que celle des démons de la Révolution, au moins est-il encore temps de prévenir une partie des autres Nations. Elles ont entendu parler des forfaits et des malheurs de cette Révolution ; il faut bien qu'elles sachent le sort qui les attend elles-mêmes, si la secte des Jacobins prévaut ; il faut bien qu'elles sachent aussi que leurs propres révolutions ne font pas moins partie du grand complot que celle de la France ; et que tous ces forfaits, toute cette anarchie, toutes ces atrocités qui ont suivi la dissolution de l'Empire français, ne sont qu'une partie de la dissolution qu'on leur prépare à toutes [...].

 

Michel Creuzet, Les corps intermédiaires, Éditions des Cercles Saint-Joseph, Marigny, 1964, pp. 72-74 :

 

Enoncés pontificaux du principe de subsidiarité

 

« Pie XI, dans l'encyclique Quadragesimo Anno a donné une synthèse remarquable du " principe de subsidiarité " des corps intermédiaires.

« “ Il n'en reste pas moins indiscutable, déclare le pape, qu'on ne saurait ni changer, ni ébranler ce principe si grave de philosophie sociale : de même qu'on ne peut enlever aux particuliers, pour les transférer à la communauté, les attributions dont ils sont capables de s'acquitter de leur seule initiative et par leurs propres moyens, ainsi ce serait commettre une injustice en même temps que troubler d'une manière dommageable l'ordre social, que de retirer aux groupements d'ordre inférieur, pour les confier à une collectivité plus vaste et d'un rang plus élevé, les fonctions qu'ils sont en mesure de remplir eux-mêmes.

« L'objet naturel de toute intervention en matière sociale est d'aider les membres du corps social et non pas de les détruire, ni de les absorber.”

« Développant sa pensée à propos du rôle de l'État le pape ajoute : " Que les gouvernements en soient bien persuadés ; plus parfaitement sera réalisé l'ordre hiérarchique des divers groupements selon ce principe de la fonction supplétive de toute collectivité, plus grandes seront l'autorité et la puissance sociales, plus heureux et plus prospères l'état des affaires publiques."

« Pie XII résume ainsi l'enseignement de son prédécesseur : " Toute activité sociale est de par sa nature subsidiaire ; elle doit servir de soutien aux membres du corps social et ne jamais les détruire ni les absorber. Paroles vraiment lumineuses qui valent pour la vie sociale à tous ses degrés et aussi pour la vie de l'Église, sans préjudice de sa structure hiérarchique ".

« “ Principe grave de philosophie sociale ” que l'on ne saurait “ ni changer, ni ébranler ” et dont l'oubli troublerait “ d'une manière dommageable l'ordre social ”.

« L'Église tient visiblement à cette position. Et l'on notera que les papes, en cet endroit, n'invoquent pas des motifs surnaturels mais l'ordre des choses, la conformité à l'ordre naturel, les données de la raison et de l'histoire.

« C'est assez dire que le “ principe de subsidiarité ” est un élément fondamental, essentiel, de la vie sociale. La doctrine de l'Église ne peut ni le méconnaître, ni le modifier, ni en diminuer la portée.

« Des données de l'expérience et de l'énoncé d'un principe de droit naturel par les souverains pontifes on peut déduire ces règles de vie sociale :

- il faut laisser aux particuliers et aux groupes d'ordre inférieur les attributions dont ils peuvent s'acquitter de leur propre initiative ;

- les groupes d'ordre supérieur ont pour seul but d'aider les particuliers ou les groupes inférieurs, de suppléer à ce qu'ils ne peuvent faire par eux-mêmes. Ils ne doivent ni les détruire ni prendre leur place ;

- le seul cas où un groupe d'ordre supérieur peut remplacer un groupe d'ordre inférieur c'est quand il y a carence de ce dernier, comme le personnel subsidiaire suppléant remplace les titulaires malades et les gens en vacances.

 

Lien entre la “ fonction supplétive ” et “ l'ordre hiérarchique ”.

 

« “ Fonction supplétive ” et “ ordre hiérarchique ” des corps intermédiaires sont intimement liés. La notion de hiérarchie, si on veut en dégager pleinement le sens, ne doit pas s'entendre à la façon d'un concept mathématique. Hiérarchiser n'est pas mettre en rang d'oignons. L'ordre hiérarchique suppose des dispositions harmonieuses, conforme à l'extrême complexité du réel. Autrement dit : chaque groupe à sa place. Devant : ce qui doit être ; à l'écart ce qui doit y rester ; au-dessus ce qui y a droit ; à un rang exceptionnel ce qui fait exception, etc.

« Problème de hiérarchie d'abord, problème de la place que doit occuper dans l'ordre social, tel ou tel groupe humain. Mais problème qui déjà introduit l'examen du mécanisme de cette “ fonction supplétive ” des corps sociaux sur le quel nous nous pencherons ensuite. La fonction supplétive est, si l'on veut, l'aspect dynamique du principe général de subsidiarité tandis que l'ordre hiérarchique en est l'aspect statique. Il ne suffirait pas de déterminer la hiérarchie des corps intermédiaires si les groupements “ supérieurs ” trouvaient leur raison d'être dans le seul fait de leur supériorité. Ils n'auraient plus qu'à détruire et absorber les groupes “ inférieurs ” pour être assurés de l'hégémonie. On serait à l'opposé du principe de subsidiarité !

« En réalité la détermination statique de la place de chaque corps intermédiaire dans l'ordre social est en même temps la détermination dynamique de la fonction d'aide, de subsidium, qu'il exercera par rapport à ceux qui sont placés au-dessus de lui. Car telle est sa raison d'être."

 

 S. Thomas d'Aquin, Commentaire sur le De l'Interprétation (peri ermhneias, Hermeneutica, de Interpretatione) d'Aristote, I, l. 2, n° 2 (cité par H.-D. Gardeil, O. P., professeur à la Faculté de Philosophie du Saulchoir, dans l'Initiation à la philosophie de S. Thomas d'Aquin, vol. I, Logique, Textes ; pp. 201-202 :

 

" [...] Et si l'homme était par nature un animal solitaire [Et si quidem homo esset naturaliter animal solitarium : le postulat du Contrat social], les passions de l'âme lui suffiraient, en le conformant aux choses, pour en avoir en lui la connaissance. Mais, comme l'homme est par nature un animal politique et social [sed quia homo est animal naturaliter politicum et sociale : autrement dit l'antithèse de Rousseau], il fallut que chacun pût communiquer aux autres ses pensées, ce qui se fait par la voix ; il fallut donc des paroles significatives pour permettre aux hommes de vivre ensemble ; aussi ceux qui sont de langues différentes ne peuvent-ils pas vivre convenablement ensemble. D'autre part, si l'homme ne jouissait que de la connaissance sensible qui vise le présent et l'immédiat, il lui suffirait pour vivre avec autrui de paroles significatives, comme les autres animaux qui par certains sons de voix se manifestent entre eux leurs représentations. Mais, comme l'homme jouit également de la connaissance intellectuelle qui fait abstraction du présent et de l'immédiat, mais encore de ce qui lui est distant dans l'espace et futur dans le temps ; aussi, pour manifester également ses pensées à ceux qui lui sont distants dans l'espace et à ceux qui viendront dans le futur, il lui fallut faire usage de l'écriture."

 

        Quand on sait que le principe fondamental de la souveraineté illimitée du peuple relève directement de la pensée de Jean-Jacques Rousseau et que ce principe exerce encore une influence considérable sur les grands politiques de notre temps ou sur ceux que l'on tient pour tels, on ne peut que rester stupéfait devant la déliquescence intellectuelle du monde moderne ou actuel. Nous parlons bien d'intelligence et non pas de raison (1), car sans la saisie intellectuelle de l'être ou du réel existant et des principes premiers de la raison spéculative, sans oublier la connaissance des universaux ou des notions transcendantales et des règles élémentaires de la logique (2), les plus beaux raisonnements seront toujours insuffisants pour la découverte de la vérité et immanquablement entachés de sophismes.

        On ne construit pas un État sur des principes abstraits qui prêtent à des interprétations contradictoires et le contraignent à osciller constamment entre la liberté et l'autorité en le condamnant ainsi à une instabilité chronique, et à plus forte raison lorsque ces principes ne sont même pas en conformité avec la loi divine et naturelle et le conduisent alors inéluctablement à les mettre en application par des mesures sans lendemain, inopérantes ou stériles, voire désastreuses pour le pays tout entier (3). "Les abstractions, dit Maurice Jallut, ont une logique que rien ne peut arrêter " (4). Et le Docteur angélique, dans son traité général de la Loi, pour nous prévenir, écrit : " Dès qu'une chose joue le rôle de moyen en vue d'une fin [le bien commun d'une cité, par ex.], il faut que sa constitution intime soit déterminée en proportion avec cette fin : par exemple, la scie est ainsi faite qu'elle est apte à couper (5)." Retenons bien les leçons de ce saint, car sa philosophie est appelée, avec raison, " philosophia perennis " ou philosophie éternelle - dans ses principes, bien sûr.

 

1) S. Thomas d'Aquin, Somme théologique, I, q. 79, a. 8.

 

2) Ibid., commentaire sur les Seconds analytiques d'Aristote, I, l. I, nos 1-2 : " Et ideo (ars logica, id est rationalis scientia) videtur esse ars artium " : " Et c'est pourquoi (l'art logique, c'est-à-dire la science rationnelle) semble être l'art des arts ", ou l'art de l'activité rationnelle de l'esprit.

 

3) Connaît-on seulement le sens des mots : patrie (la terre de nos pères, patrimoine historique, legs matériels, intellectuels, spirituels et moraux), nation (communauté vivante des héritiers appelés à conserver leur patrimoine et à le transmettre à leur postérité) et État (puissance politique autonome dont le devoir est d'aider et de protéger la communauté nationale) ?

 

4) Propositions pour un nouveau régime, Les Cahiers de l'Ordre Français, 2e Cahier, 1962.

 

5) S. Thomas d'Aquin, Somme théologique, 1a-2æ, qu. 95, conclusion.

 

Charles Maurras, Romantisme et Révolution, Nouvelle Librairie Nationale, Paris, 1922 :

 

" [...] Mais le misérable Rousseau ! Celui-là, rien ne pouvait ni ne devait le contenir. Il venait d'un des points du monde où, depuis deux siècles, tournoyaient les mélanges de décomposition. Ni l'esprit de famille, ni l'esprit de parti, ni cet intérêt politique qui aurait modéré tout autre Genevois n'étaient capables de tempérer la rage mystique de ce batteur d'estrade malheureusement né, fouetté tout de travers par une vieille demoiselle, et gâté jusqu'aux moelles par ses premiers amis. Capable de tous les métiers, y compris les plus dégoûtants, tour à tour laquais et mignon, maître de musique, parasite, homme entretenu, il s'est instruit à peu près seul ; comme le capital intellectuel, le capital moral lui fait défaut ; de même qu'il s'est fabriqué une science, il s'est fait par la collaboration de l'expérience et de ses lectures ou par les leçons successives de ses maîtresses qu'il a vilement racontées son système du goût et son code des convenances. Il raisonne facilement : mais, né sensible et versatile, tout à fait impuissant à s'attacher avec force à la vérité, ses raisonnements différents ne concordent jamais qu'à la cadence de sa plainte, et l'on trouve chez lui à doses presque égales l'homme criminel ou l'homme sauvage et le simple fou. [...] Plus il y eut en lui d'abjection sincère et de vilenie naturelle, plus il prétendit qu'on devait tout en admettre, et l'obéir, et l'adorer."

 

 

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12 février 2014 3 12 /02 /février /2014 09:59

LA POLITIQUE

 

(4/14)

 

 

Charles Maurras (1868-1952), Le Bienheureux Pie X, sauveur de la France, Librairie Plon, Les Petits-Fils de Plon et Nourrit, Imprimeurs-Éditeurs, 8, rue Garantière, Paris (VIe), 1953, Introduction générale, pp. XXI-XXII et XXIV :

 

" La vraie vie sociale reconnaît sa cellule fondatrice et régulatrice dans la famille. Livrer la société à la volonté de l'individu, c'est les perdre tous deux. Les lois sont faites pour l'en sauver. Nous parlons d'un salut temporel accompli dans ce monde et non dans l'autre, sur lequel nous sommes insuffisamment informés : il ne semble pas y avoir de survie spirituelle des sociétés, pas même des ménages. La Cité de Dieu se définit comme un concert d'âmes affranchies. Il n'en est que plus curieux de prendre garde que la Loi de Moïse, à laquelle on m'excusera de me référer, dit à l'article IV : Honore tes pères et mère, si tu veux vivre longuement sur cette bonne terre que le Seigneur Dieu t'a donnée (version des Septante). C'est le seul. Si du Décalogue ; le reste y est ordonné catégoriquement, indépendamment de tout si. Un tel si doit avoir un sens : vaudrait-il dire que la Maison qui tiendra, la Nation qui vivra, doit avoir pratiqué la piété filiale en tête des autres devoirs ? Les Physiciens sociaux ne disent pas le contraire : l'un d'eux, Le Play, prouve que l'autorité paternelle, vivante et morte, règle la prospérité des États comme des Foyers.

" Une déduction assez claire fait du mariage un sacrement et le rend indissoluble. Précisément parce qu'il a pris l'allure et le sens d'un contrat, il n'est pas laissé à la merci des volontés qui le forment ; il les dépasse et les contraint en vertu d'une loi supérieure, s'ils sont unis au nom de Dieu. Cette nuance catholique a été fort bien saisie et combattue par l'école adverse ; le contractualisme volontariste a imposé le divorce à la IIIe République, en alléguant le principe que la liberté humaine n'a pas le droit de se renoncer par des engagements sans terme. La logique du système aurait été d'aller jusqu'à interdire le mariage indissoluble. Le morceau étant un peu gros, l'on s'est contenté de prohiber les autres vœux éternels. [...]

" L'éclaircissement régulier de notre pensée ne pouvait qu'accentuer l'entente avec les vieux Français dont la foi religieuse n'était pas partagée (ou pas encore) par quelques-uns d'entre nous. Ces progrès de lumière accentuaient un premier degré d'amitié d'esprit. Un esprit aussi peu accommodant que le sourcilleux cardinal Billot, "divus Thomas redivivus", le nouveau saint Thomas d'Aquin, comme l'appelait Rome entière, n'avait pas été offusqué des petits compléments qu'un jeune philosophe apportait à sa théologie. La première édition de son Tractatus Ecclesiæ Christi avait cité en note tel et tel de nos textes, comme : Il faut exclure le principe de gouvernement du Nombre, parce qu'il est absurde dans sa source, incompétent dans son essence, pernicieux dans ses effets, ou : le gouvernement du Nombre tend à la désorganisation du pays ; il détruit par nécessité tout ce qui le tempère, tout ce qui diffère de lui : religion, famille, classes, organisations de tout genre.

" Le même écho de pensée amie nous fut donné en tête d'un volume de sa traduction de la Somme par l'éminent dominicain que ses disciples surnommaient Phgh gnwsews, Source du Savoir, le P. Pègues. "

 

ID., L'Enquête sur la monarchie, Réponse à M. Eugène Ledrain :

 

" Sub rege, respublica, dit une ancienne maxime du droit français. Le roi est l'arbitre, le chef, le protecteur des républiques qui se juxtaposent, se conjuguent, s'entrecoupent, se compénètrent dans la complexité du royaume de France, par toute l'étendue de l'empire français. [...]

" [...] Et, à leur tour, ces républiques auront exonéré le roi d'une foule de sujétions et de soucis, en sorte qu'il pourra gérer plus librement tous les intérêts généraux de la nation."

 

Id., ibid., Appendices :

 

" Nous avons un gouvernement républicain et une administration monarchique : le bien public exige que cet ordre paradoxal soit renversé.

" L'administration doit être républicaine puisqu'elle doit servir le public ; le gouvernement, monarchique, puisqu'il doit le gouverner. Ce qui importe, en effet, à la vie des administrés, c'est la liberté ; ce qui importe à la vie politique d'une nation, c'est l'autorité, condition de l'esprit de suite, de la décision et de la responsabilité.

" L'autorité en haut, en bas les libertés, voilà la formule des constitutions monarchiques.

" [...] La liberté est de droit sous la République, mais elle y est seulement de droit : sous la royauté nationale, les libertés seront des faits, certains, réels et tangibles."

 

Id., ibid., Réponse à M. Lionel des Rieux :

 

" 1° La politique réaliste de décentralisation (domestique, locale et professionnelle) n'est pas seulement ' inappliquée ' en république démocratique : elle y est encore inapplicable, et pour trois raisons. a) La démocratie, loi du nombre, exclut la qualité, condition de l'organisation. b) Si par miracle la décentralisation se faisait, la France, tiraillée entre les grandes compagnies divergentes, disparaîtrait en tant qu'unité politique, faute d'un organe vivant et puissant de l'intérêt général. c) La République démocratique française ne peut passer de l'état centralisé à l'état décentralisé, faute d'un pouvoir qui consente à effectuer cette opération : aucun pouvoir n'y peut consentir en effet, car, émané de l'élection, il a besoin de tous les moyens de la centralisation pour se conserver, autrement dit pour se faire élire."

 

Id., ibid., au sujet de la Lettre de M. Fredéric Amouretti (ancien secrétaire et collaborateur de M. Maurice Barrès et disciple de Mistral) :

 

" M. Amouretti dirait volontiers avec Le Play : ' la monarchie dans l'État, l'aristocratie dans la province ' ; à aucun prix, il n'ajouterait : ' la démocratie dans la commune ', car la commune, autant que l'État et que la province, a besoin d'être ' organisée ', or, qui juxtapose que les mots d'organisation et de démocratie ne juxtapose que ces mots : les idées sont et demeurent contradictoires. En fait, en droit, l'organisation suppose des différences, des classements, une hiérarchie ; elle répond à ' la voix haute et salutaire des lois de gradation qui pénètrent si vivement toutes choses sur la terre ou dans le ciel '. La démocratie a pour essence de renier ou de négliger ces lois éternelles. Ce qui rend le socialisme anarchique et révolutionnaire, ce n'est point ce qu'il a de socialiste, c'est le poison démocratique qui s'y mêle toujours : ôtez ce poison, et l'organisation du travail redevient un important problème de fait que toute société saine résoudra convenablement et même spontanément, pourvu que le pouvoir politique, étant continu et puissant, y suffise au maintien de l'ordre."

 

Id., ibid., La réponse de M. Jules Lemaître :

 

" Mon changement moral ne s'arrête pas là ... Dieu sait si j'ai cru autrefois à l'excellence de 89 ! J'ai été naïvement républicain ; j'ai frémi d'indignation au 16 Mai ; j'ai même été antiboulangiste, ce qui m'étonne un peu aujourd'hui ... Je suis bien revenu de mes illusions. Le seul bienfait des derniers événements, pour moi et pour d'autres, c'est que nous ne sommes plus dupes de certains mots, mais, là, plus du tout. On a fait de ces mots un tel abus, et à ce point cynique, qu'ils ont perdu toute espèce de sens ... D'autre part, j'ai lu et relu, ces temps-ci, Comte, Le Play, Balzac, Taine, Renan, et j'ai vu que les plus fortes têtes du dernier siècle exécraient la Révolution, son esprit et ses œuvres. Par leurs leçons, et aussi par mon expérience personnelle, j'ai reconnu que le suffrage universel, la démocratie, le gouvernement du nombre, c'est proprement ' l'absurde ', et qu'une République parlementaire finit par livrer nécessairement et mécaniquement un peuple à ce qu'il contient de pire. La seule conquête de la Révolution a été l'égalité civile, que nous aurions eue sans elle ; ses autres ' conquêtes ' sont des désastres ... Oh ! je sais bien que la superstition de la Révolution et de la République est encore ancrée dans l'esprit de beaucoup d'honnêtes citoyens. Le Temps, par exemple, organe de la bourgeoisie cossue, tout en dénonçant chaque jour les maux dont nous mourons, continue d'en vénérer la cause. Mais je ne suis plus de cette religion-là (car c'en est une), je me suis décidément affranchi ; ils en ont trop fait ! [...]

" [...] ' Ne t'est-il pas arrivé aussi de promettre, tout comme un autre, les ' retraites ouvrières ' ? Et pourtant la pensée, la vraie pensée, a toujours été que le monstre-État, depuis la Révolution et l'Empire, a déjà trop d'attributions qui ne lui appartiennent pas naturellement ; que la solution des questions sociales est surtout dans le développement des associations libres et des syndicats non politiques ; que, en tout cas, les retraites ouvrières (et pourquoi pas les retraites paysannes et bourgeoises ?) ont pour première condition le bon état des finances ; que les finances ne peuvent être rétablies que par des économies larges et décisives, et, notamment, par une forte réduction du fonctionnarisme ; que cette réduction suppose le remaniement des divisions administratives et la décentralisation ; que la décentralisation ne sera jamais faite par une assemblée, mais par la volonté d'un chef, et qu'au bout du compte la restauration d'un pouvoir responsable et supérieur aux partis est la condition nécessaire des justes réformes sociales ..."

 

Charles Maurras, Mes idées politiques, préface de Pierre Gaxotte de l'Académie française, Éditions Fayard & Cie, 1937, pages 209, 210, 211, 213 :

 

" Le mal, ce n'est pas le fait d'une élection, c'est le système électif étendu à tout, c'est la démocratie. ' La démocratie, c'est le mal, la démocratie, c'est la mort.' 

Du suffrage universel

" Toutes les fois que nous montrons quel mal politique, économique, intellectuel et moral a fait et fera le régime électif en France, il ne manque pas de nigauds pour répondre :

- Alors, vous ne voulez plus d'électeurs ni d'élus ? Alors, vous ne voulez pas que la nation puisse se faire entendre ? Vous voulez que ses affaires soient toutes faites d'en haut sans qu'elle ait le droit de dire son mot sur ses droits ?

" Les plus nigauds ajoutent :

- Nous vous voyons venir, c'est au suffrage universel que vous en avez.

" Nous en avons si peu au suffrage universel que nous voudrions l'étendre. [...] Le suffrage universel ne nous ' effraye ' nullement. Nous sommes effrayés des choses auxquelles on l'applique. [...] Le mal ne vient pas du nombre de votants, mais de l'objet sur lequel ils votent. Si on leur donne à décider les tendances du Gouvernement, si on leur donne à choisir le Chef, il y a dix mille contre un à parier qu'ils éliront l'homme dont le nez leur plaira et qui aura pas plus de cerveau qu'une calebasse ; il y a dix mille contre un à parier qu'ils exigeront du gouvernement la politique de leur intérêt particulier, sacrifiant l'intérêt général, la politique du moindre effort et du moindre labeur sans se soucier du présent éloigné, ni du prochain avenir. [...] La dernière chose à laquelle penseront l'un et l'autre sera certainement l'intérêt public.

" [...] Voilà pourquoi le Souverain intérêt public, voilà pourquoi le Chef gouvernant, responsable de l'intérêt public, ne doit pas être livré à la fortune de l'élection, qu'elle soit réglée par des dizaines ou par les millions d'hommes. [...]

" La démocratie consiste à donner la direction générale et supérieure, le gouvernement et la souveraineté au nombre s'exprimant par la voie des suffrages. Ce n'est pas l'universalité du suffrage qui est à déplorer. C'en est le point d'application et la compétence faussée. C'est sur ce qu'il ignore le plus, c'est sur ce qu'il est le plus incapable de diriger, à savoir l'État, l'État central et souverain, que le suffrage est consulté, par la démocratie, et c'est là-dessus qu'il fonctionne le plus activement. [...]

" Un électeur conservateur et patriote devrait faire le bilan de ce que lui coûte une pareille machine à mal faire. Sacrifices d'argent. Ils sont considérables au temps électoral. Sacrifices d'idées, de jugement, de conviction, parfois d'honneur : il se donne un mal fou pour quelqu'un qui ne représente ni sa pensée, ni même une pensée qui lui soit tolérable dans l'ordre religieux, social, économique, national."

 

Id., ibid., pp. 214-215 :

 

" [...] à chaque minute de ce temps, on peut trouver un ministre pour bomber le torse, couvrir les subordonnés, revendiquer la paternité de tel ou tel acte. Mais, à trois mois ou à trois semaines de distance, le ministre a changé, il a changé de sa personne, il a changé de groupe ou de parti, il est impossible de retrouver au pouvoir l'auteur de telles lenteurs, de telles négligences, de telles remises au lendemain et, si, par miracle, on le retrouve, il répond froidement qu'ayant dit oui, puis non, il n'a fait que subir les nécessités objectives. Elles sont variables et l'ont fait varier.

" [...] Imaginons un chariot quelconque abandonné ainsi à la loi des forces aveugles ! C'est celle que l'on applique au char de l'État.

" [...] Qui dit démocratie dit un double gouvernement : l'apparent, celui du nombre, le réel, celui des oligarchies et de l'or.

" Observons la composition moyenne des groupes qui, autour du pouvoir, exercent l'influence et, à l'occasion, meuvent l'autorité. Comme tous les gouvernements du monde, dès qu'ils sont un peu installés, la République est, dans sa somme, un gouvernement de familles. Quelques milliers de familles y occupent par les assemblées et par les administrations, ce que l'on appelle les avenues du Pouvoir."

 

Id., ibid., pp. 220-221, 228 :

 

" [...] Le gouvernement, quel qu'il soit, a donc intérêt, pour se faire réélire, à conserver dans sa main, - le plus nombreux possible, - les administrations des services publics, autrement dit à centraliser. [...]

" [...] Qu'est-ce qu'un parti ? Une division, un partage. Les ' mots de la tribu ' offrent souvent une contexture sacrée qui en contient, en conserve, en préserve le sens. Ici, il est limpide. Il n'y a qu'à fermer les yeux et écouter le son. Parti ! Rouvrons les yeux : le spectacle contredit-il l'audition et l'entendement ? [...]

" L'élément générateur des partis est passionnel et, presque toujours, personnel. [...]

" La France [la France profonde, la France catholique, la vraie France, celle des nos pères, celle de nos rois et celle de nos saints et de nos saintes] est déchirée parce que ceux qui la gouvernent ne sont pas des hommes d'État, mais des hommes de parti [et des hommes de passage ou des éphémères irresponsables de leurs actes publics et dont les programmes seront nécessairement bâclés, voire remis en cause et modifiés par d'autres hommes de tendances différentes et même opposées : " ... un petit tour et puis s'en vont ! "]. Honnêtes, ils songent seulement au bien d'un parti ; malhonnêtes, à remplir leurs poches. Les uns et les autres sont les ennemis de la France. La France n'est pas un parti."

 

Id., ibid., pages 238, 240, 242, 243 :

 

" Vous êtes démocrate ? Fort bien ! La démocratie veut devenir icocratique (maîtresse de la maison, du gr. oikos, maison, et kratew, gouverner), ploutocratique (maîtresse de la richesse, du gr. ploutos), elle n'existe que par et pour cette volonté. Qu'y répondez-vous ? Oui ? Non ? Si c'est non, vous n'êtes pas démocrate. Si c'est oui, tous les inconvénients du socialisme reparaissent. Si c'est ni oui, ni non, tout se passe comme si c'était oui. Les faims, les soifs, les appétits, les convoitises éveillées par le seul mot de démocratie, se donnent carrière, ils règnent sur l'électeur, par l'électeur sur l'État, par l'État sur les finances, et vous voilà, comme disait l'autre, au rouet.

" En quoi le communisme diffère-t-il du socialisme ? Par la méthode, en ce qu'il accélère le désordre. [...]

" Au fond, pourtant, il ne se présente qu'à titre de stimulant.

" Stimulant, pour empêcher les socialistes de s'endormir dans leurs prébendes, leurs proconsulats et leurs sous-secrétariats. Auxiliaire, pour le grand soir. [...]

" Nous revivons les temps de la Cité antique où toutes les fois qu'un certain degré élevé de civilisation matérielle a été atteint, quand la ploutocratie, manœuvrant la démocratie, a fait disparaître le patriciat et la royauté, les biens collectifs réunis, y compris les trésors spirituels et moraux qui s'y joignaient, furent enveloppés dans la même ruine. [...] Il n'y a point de différence entre ces jeux des factions d'aujourd'hui et il y a deux mille ans. La démocratie politique fait la démocratie sociale. Le principe d'égalité attaché à la capacité du suffrage des personnes exige d'être étendu à la propriété des choses. Il n'y a pas un conservateur démocrate capable d'un peu de réflexion et d'esprit de suite qui puisse faire une réponse décente à la question."

 

Id., ibid., Pierre Gaxotte dans sa préface au sujet de Charles Maurras, pp. 12-13 :

 

" C'est une étrange erreur aussi de croire que Maurras jugeait les peuples étrangers par leur régime et, monarchiste, se jugeait solidaire de tous les monarques du monde. Rien de tel n'a jamais effleuré son esprit. Jugeant que la monarchie était le meilleur ou le moins imparfait des régimes, il souhaitait que la France eût un roi, mais il eût volontiers mis tous ses ennemis en république, parce qu'à ses yeux la démocratie ne pouvait que les affaiblir. Sans doute était-il obligé de reconnaître ce que les Hohenzollern avaient fait pour la grandeur de la Prusse et de l'Allemagne. Il en rapportait tout le mérite à l'institution, non aux hommes, et concluait avec condescendance que les Hohenzollern étaient les singes des Capétiens. Aussi, durant la guerre de 1914-1918, s'employa-t-il quotidiennement à démontrer que la victoire militaire était nécessaire, qu'elle était dans l'ordre des choses, qu'il n'y avait d'autre espérance que celle-là. Alors ses ennemis le traitaient de ' jusqu'au-boutiste ', l'accusaient de vouloir anéantir le peuple allemand, d'être aveuglé par la haine, etc.

" Les mêmes, vingt et quelques années plus tard, affirmèrent qu'il était devenu nazi [qui veut noyer son chien...]. Or si Maurras professait à l'égard de la Germanie une méfiance insurmontable [ce qui n'est quand même pas dénué de fondement], il tenait la dictature plébiscitaire pour le pire des régimes ; il le rangeait au-dessous de la démocratie. Ouvrons derechef le Dictionnaire politique à l'article Déroulède : ' L'élection du Chef de l'État par le peuple nous a déjà livrés en 1848, 1852, 1870 à ces puissances de publicité et d'argent, à cet absurde gouvernement d'opinion qui fit l'unité italienne, permit l'unité allemande, désorganisa notre armée et nous conduisit à Sedan... Le dictateur plébiscité est le serf de la ploutocratie, comme Roosevelt (le premier, Théodore) ou le serf de l'opinion publique, comme Napoléon III.' Par quelle incroyable transformation, Maurras monarchiste, qui, en 1914-1918, avait été l'ennemi acharné des monarchies ennemies de la France, serait-il devenu en 1940 l'admirateur et le collaborateur d'une dictature, qu'il détestait pour elle-même, qu'il détestait comme ennemie et qu'il détestait encore comme allemande ? [La lecture attentive du compte rendu intégral du procès de Charles Maurras ne nous a laissé aucun doute à ce sujet (1). Ce serait une preuve manifeste de malhonnêteté de soutenir le contraire de ce que nous affirme Pierre Gaxotte (2).]

" Maurras fut, jusqu'au bout, fidèle au maréchal Pétain [comme la majorité des Français de l'époque - (3)] pour des raisons qu'il a cent fois expliquées et répétées à son procès [et soutenu par des témoins d'une honorabilité incontestable], au premier rang desquelles je mettrai la conviction que le maréchal Pétain était le seul qui pût aider la nation à traverser les années d'épreuves avec le minimum de dommages, le seul aussi qui pût, à la victoire, la préserver des funestes divisions, des querelles intestines, des vengeances et des improvisations politiques. Je ne crois pas me tromper sur ces points. Si d'autres ont pensé autrement, ils n'en ont pas pour cela le droit de travestir les intentions et la conduite de Maurras."

 

1) Le Procès de Charles Maurras, Compte rendu sténographique, Collection des Grands Contemporains, publiée sous la direction de Maurice Garçon de l'Académie française, Éditions Albin Michel, Paris, 1946

 

2) H.-I. Marrou, professeur à la Sorbonne, De la connaissance historique, Collection Esprit, Éditions du Seuil, Paris, 1966. [Il faut vraiment manquer d'intelligence pour prétendre juger le caractère moral des faits humains du passé avec notre conscience actuelle. Placés dans les mêmes conditions, avec les mêmes informations et avec la conscience de l'époque, qui peut dire ce que nous aurions fait à la place de nos parents ou grands-parents ? Chaque âge n'a-t-il pas son esprit spécial, ses vertus spéciales et ses vices spéciaux ? Comme l'a si bien dit le R. P. Faber, docteur en théologie, supérieur de l'Oratoire Saint-Philippe-de-Néri de Londres, " l'œuvre de Dieu ne peut jamais s'achever dans le cours d'un seul âge " (Le Précieux Sang, Éd. Téqui). Dieu seul peut étreindre la réalité historique et sonder les reins et les cœurs.]

 

3) Henri Amouroux, de l'Institut, Pour en finir avec Vichy, I ; Les outils de la mémoire 1940, France Loisirs, Paris, 1997, Deuxième partie : Le peuple accablé, 5. Pétain, page 121.

 

Pape saint Pie X, encyclique E Supremi, 4 octobre 1903 - appel aux laïques :

 

" [...] Ce ne sont donc pas seulement les hommes revêtus du sacerdoce, mais tous les fidèles sans exception qui doivent se dévouer aux intérêts de Dieu et des âmes : non pas, certes, chacun au gré de ses vues et de ses tendances, mais toujours sous la direction et selon la volonté des évêques, car le droit de commander, d'enseigner, de diriger n'appartient dans l'Église a personne d'autre qu'à vous [évêques], ' établis par l'Esprit-Saint pour régir l'Église de Dieu ' (Actes, XX, 28).

 

Pape Léon XIII, encyclique Sapientiæ Christianæ, 10 janvier 1890, sur l'action des fidèles :

 

" 22. Les premières applications de ce devoir consistent à professer ouvertement et avec courage la doctrine catholique, et à la propager autant que chacun peut le faire. [...]

" 23. Toutes les fois que la nécessité l'exige, ceux-là peuvent aisément, non, certes, s'arroger la mission des docteurs, mais communiquer aux autres ce qu'ils ont eux-mêmes reçu, et être, pour ainsi dire, l'écho de l'enseignement des maîtres. [...]

 

S. Thomas d'Aquin, Somme théologique, 2a-2æ (La Foi), qu. 3, art. 2, sol. 2 :

 

" 2. En cas de nécessité, là où la foi est en péril, n'importe qui ("quilibet") est tenu de divulguer aux autres sa foi, soit pour instruire ou affermir les autres fidèles, soit pour réprimer l'impertinence des infidèles. Mais en d'autres temps, instruire les gens dans la foi n'est pas l'affaire de tous les fidèles. " [Si nous devons, en cas de nécessité, là où la foi est en péril, divulguer aux autres notre foi en instruisant ou en affermissant les autres fidèles et en réprimant même l'impertinence des infidèles, cela implique qu'en accomplissant ce devoir nous n'œuvrons pas en vain. Toute la question est de savoir avec certitude si la foi catholique est présentement bien en péril. Pour tout observateur avisé, cela ne fait pas l'ombre d'un doute. Nous devrions donc porter quelques fruits pour ce genre d'apostolat, que nous soyons prêtres ou laïcs, isolés ou non. C'est à nous de semer et à Dieu de faire croître.]

 

Pape saint Pie X, encyclique E Supremi, 4 octobre 1903 - appel aux laïques [aux simples fidèles !] :

 

" Immense est le champ de l'action catholique, par elle-même, elle n'exclut absolument rien de ce qui, d'une manière quelconque, directement ou indirectement, appartient à la mission divine de l'Église.

" On reconnaît sans peine la nécessité de concourir individuellement à une œuvre si importante non seulement pour la sanctification de nos âmes, mais encore pour répandre et toujours mieux développer le règne de Dieu dans les individus, les familles et la société, chacun procurant selon ses propres forces le bien du prochain, par la diffusion de la vérité révélée, l'exercice des vertus chrétiennes et les œuvres de charité ou de miséricorde spirituelle et corporelle. Telle est la conduite digne de Dieu, à laquelle nous exhorte saint Paul, ' de façon à Lui plaire en toutes choses en produisant les fruits de toutes les bonnes œuvres et en progressant dans la science de Dieu ' (Colossiens, I, 10)." [...]

" [...] La civilisation du monde est une civilisation chrétienne ; elle est d'autant plus vraie, plus durable, plus féconde en fruits précieux, qu'elle est plus nettement chrétienne ; d'autant plus décadente, pour le grand malheur de la société, qu'elle se soustrait davantage à l'idée chrétienne.

" Aussi, par la force intrinsèque des choses [les portes de l'enfer, selon les promesses du Christ, ne pouvant prévaloir contre la seule Église bâtie par Lui sur Pierre et sur ses successeurs], l'Église devient-elle encore en fait la gardienne et la protectrice de la civilisation chrétienne. Et ce fait fut reconnu et admis dans d'autres siècles de l'histoire ; il forme encore le fondement inébranlable des législations civiles. Sur ce fait reposèrent les relations de l'Église et des États, la reconnaissance publique de l'autorité de l'Église dans toutes les matières qui touchent de quelque façon à la conscience, la subordination de toutes les lois de l'État aux divines lois de l'Évangile [fondement logique et ontologique, et par conséquent nécessaire], l'accord des deux pouvoirs, civil et ecclésiastique, pour procurer le bien temporel des peuples de telle manière que le bien éternel n'en eût pas à souffrir [et cela est capital].

" ' Tout restaurer dans le Christ ' a toujours été la devise de l'Église, et c'est particulièrement la nôtre, dans les temps périlleux que nous traversons. Restaurer toutes choses, non d'une manière quelconque, mais dans le Christ ; ' ce qui est sur la terre et ce qui est dans le ciel ' (Éphésiens, I, 10), ajoute l'Apôtre ; restaurer dans le Christ non seulement ce qui incombe directement à l'Église en vertu de sa divine mission qui est de conduire les âmes à Dieu, mais encore, comme Nous l'avons expliqué, ce qui découle spontanément de cette divine mission, la civilisation chrétienne dans l'ensemble de tous et de chacun des éléments qui la constituent.

" [...] car les vrais amis du peuple ne sont ni révolutionnaires ni novateurs, mais traditionalistes."

 

ID., encyclique Editæ sæpe, 26 mai 1910, sur le miracle de l'indéfectibilité :

 

" [...] Et, de fait, seul un miracle de la puissance divine peut faire que, malgré l'invasion de la corruption et les fréquentes défections de ses membres, l'Église, Corps Mystique du Christ, puisse se maintenir indéfectible dans la sainteté de sa doctrine, de ses lois et de sa fin, tirer des mêmes causes des effets également fructueux, recueillir de la foi et de la justice d'un grand nombre de ses fils des fruits très abondants de salut. Et la marque de sa vie divine n'apparaît pas moins évident en ce fait que, malgré le repoussant cloaque des opinions perverses, malgré le nombre si grand des rebelles et la multitude des erreurs, elle persévère néanmoins [contre vents et marées], constante et immuable, comme ' la colonne et le soutien de la vérité ' (I Timothée, III, 15), dans la profession d'une même doctrine, dans la communion des mêmes sacrements, dans sa Constitution divine, dans le gouvernement, dans la morale. Cela est d'autant plus admirable que, non seulement elle résiste au mal, mais qu'elle ' triomphe du mal par le bien ' (Romains, XII, 21) et ne laisse jamais de bénir ses ennemis comme ses amis, travaillant ardemment à ce but, qu'elle désire tant réaliser, de rénover par des institutions chrétiennes la société comme les individus. Car cette œuvre constitue sa mission propre dans le monde, et ses ennemis eux mêmes en ressentent les bienfaits."

 

Id., allocutation aux membres de l'Union apostolique, 18 novembre 1912, sur la façon d'aimer le Pape :

 

" Pour aimer le Pape, il suffit de réfléchir à ce qu'il est.

" Le Pape est le gardien du dogme et de la morale [et il ne l’est que dans la mesure où il répond à ces critères]; il est le dépositaire des principes qui rendent vertueuses les familles, grandes les nations, saintes les âmes ; il est le conseil des princes et des peuples ; il est le chef sous lequel nul ne se sent tyrannisé, parce qu'il représente Dieu Lui-même ; il est le père par excellence qui réunit en lui tout ce qu'il peut y avoir d'aimant, de tendre et de divin.

" Il semble incroyable, et c'est pourtant une douloureuse réalité, qu'il existe des prêtres auxquels il faille faire cette recommandation ; mais nous sommes pourtant aujourd'hui, en cette dure, en cette malheureuse condition de devoir dire à des prêtres : Aimez le Pape !

" Et comment aimer le Pape ? Non par des paroles seulement, mais par des actes, et avec sincérité. Non verbo neque lingua, sed opere et veritate (I Jean, III, 18). Quand on aime quelqu'un, on cherche à se conformer en tout à ses pensées, à exécuter ses volontés et à interpréter ses désirs [ou même à les prévenir]. Et si Notre Seigneur Jésus-Christ disait de Lui-même : ' Si quis diligit me, sermonem meum servabit ' (Jean, XIV, 23), ainsi pour montrer notre amour au Pape, il est nécessaire d'obéir.

" Et c'est pourquoi, quand on aime le Pape, on ne s'arrête pas à discuter sur ce qu'il commande ou exige, à chercher jusqu'où va le devoir rigoureux de l'obéissance, et à marquer la limite de cette obligation. Quand on aime le Pape, on n'objecte pas qu'il n'a pas parlé assez clairement, comme s'il était obligé de redire directement à l'oreille de chacun sa volonté, et de l'exprimer non seulement de vive voix, mais chaque fois par des lettres et autres documents publics ; on ne met pas en doute ses ordres, sous le facile prétexte, chez qui ne veut pas obéir, qu'ils n'émanent pas directement de lui, mais de son entourage ! On ne limite pas le champ où il peut et doit exercer sa volonté ; on n'oppose pas à l'autorité du Pape celle d'autres personnes, si doctes fussent-elles, qui diffèrent d'avis avec le Pape. D'ailleurs, quelle que soit leur science, la sainteté leur fait défaut, car il ne saurait y avoir de sainteté là où il y a dissentiment avec le Pape. "

 

Id., allocution à des pèlerins français, 19 avril 1909, sur l'exemple de Jeanne d'Arc :

 

" [...] Nous nous réjouissons avec vous, catholiques bien-aimés de la France, qui, faisant écho à l'oracle de l'Église, combattez sous la bannière de la vraie patriote, Jeanne d'Arc, où il vous semble voir écrits ces deux mots : ' Religion et Patrie ' ; avec vous qui, de toute l'ardeur de votre âme, acclamez cette héroïne, victime de la basse hypocrisie et de la cruauté d'un renégat vendu à l'étranger, toujours confiante cependant dans le Vicaire de Jésus-Christ, auquel, dans sa détresse, elle en appelait, comme à son dernier refuge. Nous partageons votre joie et votre fierté quand vous vénérez sur les autels cette vierge bénie qui, par les inscrutables jugements de Dieu, sauvait sa patrie du schisme et de l'hérésie et lui conservait l'auguste privilège de fille aînée de l'Église. "

 

Pape Léon XIII, encyclique Nobilissima Gallorum, 8 février 1884, à l'épiscopat français - sur les fins de la société :

 

" [...] D'ailleurs, comme il n'y a aucun bien dans les choses, qu'elles ne l'aient reçu de la bonté divine, toute société humaine qui prétend exclure Dieu de sa constitution et de son gouvernement refuse, autant qu'il est en elle, le secours des bienfaits divins, et mérite vraiment que l'appui du ciel lui soit refusé. Aussi, quelles que soient en apparence ses forces et ses richesses, elle porte dans ses entrailles un principe secret de mort et ne peut avoir l'espoir de durer. "

 

Id., encyclique Dall' alto, 15 octobre 1890, aux évêques, clergé et peuple d'Italie - sur le mot d'ordre de la Franc-Maçonnerie :

 

" [...] Grâce à l'instruction que l'on veut exclusivement laïque depuis les premiers éléments jusqu'à l'enseignement supérieur des Universités, les nouvelles générations, autant que cela dépend de l'État, sont comme contraintes de grandir en dehors de toute idée religieuse et dans l'ignorance complète des premières et des plus essentielles notions de leurs devoirs envers Dieu. C'est là mettre la cognée à la racine de l'arbre, et l'on ne saurait imaginer un moyen plus universel et plus efficace pour soustraire à l'influence de l'Église et de la foi la société, la famille et les individus. ' Saper par tous les moyens le cléricalisme dans ses fondements et aux sources mêmes de la vie, c'est-à-dire à l'école et dans la famille ' [et par le biais des mass media], tel est le mot d'ordre des écrivains francs-maçons. " (Sur les conséquences des principes posés par la franc-maçonnerie : Les conséquences des principes et, dans "Page de liens", cliquer sur "Barruel")

 

Pape Pie XI, let. Perhumano litterarum, 28 août 1934, au cardinal Schuster - remède contre le laïcisme :

 

" Au laïcisme, cette peste meurtrière de notre siècle, qui accable le monde de tant d'erreurs et de tant de désastres, qui deviendront peut-être encore pires, il faut opposer un remède contraire au mal et efficace, c'est-à-dire les foules chrétiennes, qui sous la poussée du Saint-Esprit s'unissent pour le bien du catholicisme, dans toutes les parties du monde, pour contribuer grandement à la restauration de la vie chrétienne."

 

Pie IX (bienheureux), Let. Quum non sine, 14 juillet 1864, à l'archevêque de Fribourg en Brisgau - sur les écoles publiques :

 

" [...] Lorsque l'on nie avec impudence les vérités révélées de Dieu, ou qu'on prétend les soumettre à l'examen de la raison humaine, la subordination des choses naturelles à l'ordre surnaturel disparaît, les hommes sont éloignés de leur fin éternelle, leurs pensées et leurs actions sont ramenées aux limites des choses matérielles et fugitives de ce monde. Et parce que l'Église a été établie par son divin Auteur comme la colonne et le fondement de la vérité, pour enseigner à tous les hommes la foi divine et garder dans son intégrité le dépôt qui lui a été confié, pour diriger la société et les actions des hommes, et les établir dans l'honnêteté des mœurs et l'intégrité de la vie d'après les règles de la vérité révélée, les fauteurs et les propagateurs des mauvaises doctrines font tous leurs efforts pour dépouiller la puissance ecclésiastique de son autorité vis-à-vis de la société humaine [en la marginalisant ou en marginalisant " le sel de la terre " (Mt 5 : 13) et en faire même un objet de dérision par le biais des mass media et de la publicité ordinairement mensongère, vénale, impudique, infantile et lâche - ce qu'on ne se permet pas avec les musulmans, parce qu'on les craint]. Ils ne négligent rien pour resserrer chaque jour dans de plus étroites limites, ou pour écarter complètement des institutions sociales toute puissance ecclésiastique, et l'action salutaire que, en vertu de son institution divine, l'Église a toujours exercée et doit toujours exercer sur ces institutions ; enfin ils cherchent par tous les moyens à soumettre les sociétés humaines au pouvoir absolu de l'autorité civile et politique, selon le bon plaisir de ceux qui commandent et les opinions changeantes du siècle.

" Il n'est pas étonnant que ce funeste travail se fasse surtout dans l'éducation publique de la jeunesse ; mais, qu'on en doute pas, les plus grands malheurs attendent la société où l'éducation publique et privée de la jeunesse, qui a tant d'influence sur la prospérité de la société religieuse et de la société civile, est soustraite au pouvoir modérateur de l'Église et à son action salutaire. Par là, en effet, la société perd peu à peu ce véritable esprit chrétien qui seul peut conserver d'une façon stable les fondements de l'ordre et de la tranquillité publique, procurer et guider le véritable et utile progrès de la civilisation et fournir aux hommes les secours dont ils ont besoin pour atteindre leur fin dernière après leur passage dans cette vie mortelle, c'est-à-dire pour obtenir leur salut éternel. Un enseignement qui non seulement ne s'occupe que de la science des choses naturelles et des fins de la société terrestre, mais qui de plus s'éloigne des vérités révélées de Dieu, tombe inévitablement sous les joug de l'esprit d'erreur et de mensonge, et une éducation qui prétend former, sans le secours de la doctrine et de la loi morale chrétienne, les esprits et les cœurs des jeunes gens, d'une nature si tendre et susceptible d'être tournée au mal, doit nécessairement engendrer une race livrée sans frein aux mauvaises passions et à l'orgueil de sa raison, et des générations ainsi élevées ne peuvent que préparer aux familles et à l'État les plus grandes calamités.

" [...] La jeunesse se trouve donc exposée aux plus grands périls lorsque, dans ces écoles, l'éducation n'est pas étroitement liée à la doctrine religieuse. "

 

Id., allocution au Cercle littéraire allemand, 12 janvier 1873 - sur la mission divine réservée à l'Église :

 

" Mais ce n'est pas assez : ils ne veulent pas seulement détruire tout ce qui appartient essentiellement à l'Église, mais encore tout ce qui touche à la morale ; ils veulent s'emparer de l'enseignement et instruire la jeunesse selon leurs principes.

" Mais je leur dirai, moi, que de même que Jésus-Christ a dit au peuple de respecter les souverains [et non une majorité populaire qui, en tant que telle, n'est pas une personne] à qui Il a décerné la puissance, de même aussi Il a dit à l'Église et à ses ministres : ' Ite, docete omnes gentes ', ' Allez, enseignez toutes les nations ' (Matth., 28 : 19). Ce n'est point aux rois, ni aux empereurs, ni à aucun souverain qu'Il a adressé ces paroles [ni moins encore à quelqu'un qui ne se dit que le représentant d'une majorité populaire en ne prétendant détenir son autorité que de celle-ci, incapable de distinguer une cause instrumentale d'une cause principale et première ou d'un agent supérieur - cf. S. Thomas, S. th., Ire P., qu. 18, art. 3] ; non, c'est à l'Église et à ses ministres [qu'Il a choisis]. C'est à l'Église [son propre Corps mystique] qu'Il a imposé le devoir d'instruire tous les peuples ; ce sont les ministres de Dieu [ministres qu'Il a personnellement choisis] qui doivent parcourir toute la surface de la terre, pour y répandre la parole de la vérité, ' baptizantes eos ', ' les baptisant ' [de faire des disciples en les baptisant], administrer les sacrements, édifier par les exemples et la parole. L'enseignement, je le répète, appartient en propre à l'Église. "

 

Pape Pie XI., encyclique Divini illius Magistri, 31 décembre 1929 - sur l'éducation :

 

" [...] Nous faisant l'écho du divin Maître, Nous avons adressé de salutaires paroles, tantôt d'avertissement, tantôt d'exhortation, tantôt de direction aux jeunes gens et aux éducateurs, aux pères et aux mères de famille, sur différents points de cette éducation chrétienne. Nous y avons mis cette sollicitude qui convient au Père commun de tous les fidèles, et cette insistance, en temps et hors de temps, qui est le devoir du Pasteur, comme l'enseigne l'Apôtre : ' Insiste à temps et à contretemps, reprends, supplie, menace avec une inaltérable patience et toujours en instruisant ' (II Timothée, 4 : 2). Insistance plus que jamais nécessaire à notre époque, où nous n'avons que trop à déplorer une absence si complète de principes clairs et sains, même sur les problèmes les plus fondamentaux.

" [...] En vérité, on n'a jamais autant que de nos jours discuté sur l'éducation ; aussi, les inventeurs de nouvelles théories pédagogiques se multiplient-ils. On imagine, on propose, on discute des méthodes et des moyens propres non seulement à faciliter l'éducation, mais à créer même une éducation nouvelle, d'efficacité infaillible, qui soit capable de disposer les nouvelles générations à la félicité terrestre si convoitée.

" [...] Il est donc de suprême importance de ne pas errer en matière d'éducation, non plus qu'au sujet de la tendance à la fin dernière [et la fin dernière de tout homme], à laquelle est intimement et nécessairement liée toute l'œuvre éducatrice. En fait, puisque l'éducation consiste essentiellement dans la formation de l'homme, lui enseignant ce qu'il doit être et comment il doit se comporter dans cette vie terrestre pour atteindre la fin sublime en vue de laquelle il a été créé, il est clair qu'il ne peut y avoir de véritable éducation qui ne soit tout entière dirigée vers cette fin dernière. Mais aussi, dans l'ordre présent de la Providence, c'est-à-dire depuis que Dieu s'est révélé dans son Fils unique, qui seul est ' la Voie, la Vérité et la Vie ' [et dans son Fils unique seul à la fois Dieu et homme, mais homme parfait, non déchu], il ne peut y avoir d'éducation complète et parfaite en dehors de l'éducation chrétienne.

" [...] Pareillement, des principes énoncés ressort clairement et avec évidence l'excellence, peut-on dire incomparable, de l'œuvre de l'éducation chrétienne, puisqu'elle a pour but, en dernière analyse, d'assurer aux âmes de ceux qui en sont l'objet la possession de Dieu, le Souverain Bien, et à la communauté humaine le maximum de bien-être réalisable sur cette terre ; ce qui s'accomplit de la part de l'homme de la manière la plus efficace qui soit possible, lorsqu'il coopère avec Dieu au perfectionnement des individus et de la société. [...]

" L'éducation est nécessairement œuvre de l'homme en société, non de l'homme isolé. Or, il y a trois sociétés nécessaires, établies par Dieu, à la fois distinctes et harmonieusement unies entre elles, au sein desquelles l'homme vient au monde. Deux sont d'ordre naturel : la famille et la société civile ; la troisième, l'Église, est d'ordre surnaturel. En premier lieu, la famille, instituée immédiatement par Dieu pour sa fin propre, qui est la procréation et l'éducation des enfants. Elle a pour cette raison une priorité de nature et, par suite, une priorité de droits, par rapport à la société civile [car la famille existait avant la société, avant l'État]. Néanmoins, la famille est une société imparfaite, parce qu'elle n'a pas en elle-même tous les moyens nécessaires pour atteindre sa perfection propre, tandis que la société civile est une société parfaite, car elle a en elle tous les moyens nécessaires à sa fin propre, qui est le bien commun temporel. Elle a donc, sous cet aspect, c'est-à-dire par rapport au bien commun, la prééminence sur la famille, qui trouve précisément dans la société civile la perfection temporelle qui lui convient.

" La troisième société, dans laquelle l'homme, par le baptême, naît à la vie divine de la grâce, est l'Église, société d'ordre surnaturel et universel [d'où le terme catholique], société parfaite aussi, parce qu'elle a en elle tous les moyens requis pour sa fin, qui est le salut éternel des hommes. A elle donc la suprématie dans son ordre.

" En conséquence, l'éducation, qui s'adresse à l'homme tout entier, comme individu et comme être social, dans l'ordre de la nature et dans celui de la grâce, appartient à ces trois sociétés nécessaires, dans une mesure proportionnée et correspondant à la coordination de leurs fins respectives, selon le plan établi par la Providence divine.

" Et d'abord elle appartient d'une manière suréminente à l'Église à deux titres d'ordre surnaturel, que Dieu lui a conférés à elle exclusivement, et qui sont, pour ce motif, absolument supérieurs à tout autre titre d'ordre naturel [Dieu étant l'Auteur et le Maître de la nature].

" Le premier titre se trouve dans la mission expresse et l'autorité suprême du magistère que son divin Fondateur lui a données : ' Toute puissance m'a été donnée dans le ciel et sur la terre. Allez donc, enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit ; leur apprenant à garder tout ce que je vous ai commandé ; et voici que je suis avec vous tous les jours, jusqu'à la consommation des siècles ' (S. Matthieu, 28 : 18-20). A ce magistère, le Christ a conféré l'infaillibilité [ce qui est logique puisqu'Il a dit à ses apôtres qu'Il est avec eux jusqu'à la consommation des siècles, ou alors on ne verrait pas la raison de sa présence continuelle par son Esprit de vérité et par le sacrement de l'Eucharistie], en même temps qu'Il donnait à l'Église la mission d'enseigner sa doctrine. Il en résulte que celle-ci ' a été établie par son divin Auteur comme la colonne et le fondement de la vérité pour enseigner à tous les hommes la foi divine, pour en conserver entier et inviolé le dépôt qui lui a été confié, pour conduire et conformer les hommes, leurs mutuelles relations et leurs actions, à l'honnêteté des mœurs et à l'intégrité de la vie selon la règle de la doctrine révélée ' (Pie IX, Let. Quum non sine, 14 juillet 1864).

" Le second titre est la maternité surnaturelle par laquelle l'Église, Épouse immaculée du Christ, engendre, nourrit et élève les âmes dans la vie divine de la grâce par ses sacrements et son enseignement. C'est pourquoi saint Augustin affirme à bon droit que ' celui-là n'aura pas Dieu pour père qui aura refusé d'avoir l'Église pour père ' (De Symbolo ad catech. XIII). [...]

" Or, cette fin, ce bien commun d'ordre temporel, consiste dans la paix et la sécurité dont les familles et les citoyens jouissent dans l'exercice de leurs droits, et en même temps dans le plus grand bien-être spirituel et matériel possible en cette vie, grâce à l'union et à la coordination des efforts de tous [où en est actuellement, en l'an 2000, notre monde dit moderne?]. La fonction de l'autorité civile qui réside dans l'État est donc double : protéger et faire progresser la famille et l'individu, mais sans les absorber ou s'y substituer.

" En matière donc d'éducation, c'est le droit, ou pour mieux dire le devoir, de l'État de protéger par ses lois le droit antérieur, défini plus haut, qu'a la famille sur l'éducation chrétienne de l'enfant, et, par conséquent aussi, de respecter le droit surnaturel de l'Église sur cette même éducation.

" [...] D'une manière générale, c'est encore le droit et le devoir de l'État de protéger, selon les règles de la droite raison et de la foi, l'éducation morale et religieuse de la jeunesse, en écartant ce qui, dans la vie publique, lui serait contraire [nous sommes au regret de soutenir que l'État n'accomplit plus son devoir en ce qui concerne la morale et la vraie religion].

" Il appartient principalement à l'État, dans l'ordre du bien commun, de promouvoir de toutes sortes de manières l'éducation et l'instruction de la jeunesse : tout d'abord, il favorisera et aidera lui-même l'initiative de l'Église et des familles et leur action, dont l'efficacité est démontrée par l'histoire et par l'exemple ; de plus, il complétera cette action lorsqu'elle n'atteindra pas son but ou qu'elle sera insuffisante ; il le fera même au moyen d'écoles et d'institutions de son ressort, car l'État, plus que tout autre, est pourvu de ressources, mises à sa disposition pour subvenir aux besoins de tous [et tout particulièrement des plus pauvres], et il est juste qu'il en use à l'avantage de ceux-là mêmes dont elles proviennent.

" [...] Est donc injuste et illicite tout monopole de l'éducation et de l'enseignement qui oblige physiquement ou moralement les familles à envoyer leurs enfants dans les écoles de l'État, contrairement aux obligations de la conscience chrétienne ou même à leurs légitimes préférences. [...]

" De plus, en général, la société civile et l'État sont en droit de revendiquer ce qu'on peut appeler l'éducation civique, non seulement de la jeunesse, mais encore de tous les âges et de toutes les conditions. [...] Cette éducation civique, vaste et multiple au point d'embrasser presque toute l'œuvre de l'État pour le bien commun, ne peut avoir d'autre fondement que les règles du droit, et ne peut davantage se mettre en contradiction avec la doctrine de l'Église qui est la maîtresse divinement établie de ces règles. [...]

" [...] En effet, il ne faut jamais perdre de vue que le sujet de l'éducation chrétienne c'est l'homme tout entier : un esprit joint à un corps, dans l'unité de nature, avec toutes ses facultés naturelles et surnaturelles, tel que nous le font connaître la droite raison et la Révélation [pour l'État actuel tous ces mots ne correspondent à rien de réel]. [...]

" [...] Il importe en particulier d'imprégner l'intelligence des vérités surnaturelles et de fortifier la volonté par le secours de la grâce ; sans quoi il sera impossible de dominer les mauvaises inclinations et de mener à son terme et sa perfection l'action éducatrice de l'Église : de cette Église que le Christ a dotée de la doctrine céleste et des sacrements divins, pour qu'elle remplisse efficacement le rôle de maîtresse de tous les hommes.

" Est donc faux tout naturalisme pédagogique qui, de quelque façon que ce soit, exclut ou tend à amoindrir l'action surnaturelle du christianisme dans la formation de la jeunesse ; erronée toute méthode d'éducation qui se base, en tout ou en partie, sur la négation ou l'oubli du péché originel ou du rôle de la grâce, pour ne s'appuyer que sur les seules forces de la nature.

" Mais à prendre les mots dans leur sens naturel, à en juger par les faits, il n'est que trop clair que l'intention d'un grand nombre est de soustraire l'éducation à toute dépendance de la loi divine. Et ainsi voit-on de nos jours ce cas vraiment étrange d'éducateurs et de philosophes qui se fatiguent à la recherche d'un code moral universel d'éducation, comme si n'existaient ni le Décalogue, ni la loi évangélique, ni même cette loi naturelle que Dieu a gravée dans le cœur de l'homme, qui a été promulguée par la droite raison et codifiée encore par Dieu Lui-même, avec la Révélation positive, dans les dix commandements. Ce sont encore des novateurs qui ont coutume de donner par mépris à l'éducation chrétienne les noms de : ' hétéronome ', ' passive ', ' arriérée ' ["catho"], tout simplement parce qu'elle se fonde sur l'autorité et la loi de Dieu.

" [...] Et qu'on ne dise pas qu'il est impossible à l'État, dans une nation divisée de croyances, de pourvoir à l'instruction publique autrement que par l'école neutre ou l'école mixte, puisqu'il doit le faire plus raisonnablement, et qu'il le peut plus facilement en laissant la liberté et en venant en aide par des justes subsides à l'initiative et à l'action de l'Église et des familles. Que cela soit réalisable à la satisfaction des familles et pour le bien de l'instruction, de la paix et de la tranquillité publiques, l'exemple de certains peuples, divisés en plusieurs confessions religieuses, le démontre. Chez eux, l'organisation scolaire sait se conformer aux droits des familles en matière d'éducation pour tout l'enseignement (spécialement en accordant des écoles entièrement catholiques aux catholiques), mais ils observent encore le respect de la justice distributive, l'État donnant des subsides à toute école voulue par les familles. [L'État a donc le devoir de rendre entièrement gratuites toutes les écoles catholiques, afin que celles-ci ne soient pas seulement réservées aux riches. Ainsi les écoles gratuites sont seulement celles où l'on enseigne l'erreur, le mensonge, l'athéisme et le matérialisme, en un mot, celles qui n'apportent que le désespoir et la mort - sans oublier que les catholiques contribuent malgré eux à leur financement en payant leurs impôts, ce qui est un comble ! (et c'est également ce qui se passe pour les avortements). Est-ce juste ? Seuls les Pontifes Romains avaient vu et voient toujours clair. C'est vraiment maintenant, en l'an 2000, l'époque des ténèbres.]

 

 

 

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POUR PARVENIR À UNE RÉSURRECTION DE VIE (CF. S. JEAN, V, 25, 28-29) - Le Présent éternel

 

 

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12 février 2014 3 12 /02 /février /2014 09:47

LA POLITIQUE

 

(3/14)

 

Léon XIII, encyclique Libertas du 20 juin 1888 sur la liberté humaine :

 

" 24. Or, le principe de tout rationalisme, c'est la domination souveraine de la raison humaine, qui, refusant l'obéissance due à la raison divine et éternelle, et prétendant ne relever que d'elle-même, ne se reconnaît qu'elle seule pour principe suprême, source et juge de la vérité. Telle est la prétention des sectateurs du Libéralisme dont nous avons parlé ; selon eux, il n'y a dans la pratique de la vie aucune puissance divine à laquelle on soit tenu d'obéir, mais chacun est à soi-même sa propre loi. De là, procède cette morale que l'on appelle indépendante et qui, sous l'apparence de la liberté, détournant la volonté de l'observation des divins préceptes, conduit l'homme à une licence illimitée. "

 

Pape saint Pie X, allocution au Consistoire, 14 novembre 1904, sur la forme du pouvoir politique :

 

" [...] Tandis que les documents émanés du Siège Apostolique disent sans ambiguïté que la profession des principes chrétiens peut s'accorder parfaitement avec la forme républicaine, ces hommes semblent vouloir affirmer que la République, telle qu'elle existe en France, ne peut avoir rien de commun avec la religion chrétienne [il ne faut quand même pas oublier que les principes maçonniques de la république française sont inhérents à la Déclaration des droits de l’homme (1)]. Double calomnie qui blesse les Français à la fois comme catholiques et comme citoyens. "

 

 1) Pape Pie VI, Encyclique Adeo nota, du 23 avril 1791 sur la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen - à l'évêque d'Aléria :

 

" [...] Il Nous suffit de rappeler les 17 articles sur les droits de l'homme qui ne sont qu'une répétition fidèle de la Déclaration faite par l'Assemblée nationale de France de ces mêmes droits, si contraires à la religion et à la société, et que l'Assemblée du Comtat n'a adoptés que pour en faire la base de sa nouvelle Constitution [ce qui est écrit est écrit]."

 

Id., encyclique Il fermo proposito, 11 juin 1905, sur l'action politique des catholiques :

 

" [...] Les constitutions actuelles des États donnent indistinctement à tous la faculté d'exercer une influence sur la chose publique, et les catholiques, tout en respectant les obligations imposées par la loi de Dieu et les prescriptions de l'Église, peuvent en user en toute sûreté de conscience pour se montrer, tout autant et même mieux que les autres, capables de coopérer au bien-être matériel et civil du peuple, et acquérir ainsi une autorité et une considération qui leur permettent aussi de défendre et de promouvoir les biens d'un ordre plus élevé, le bien des âmes. [...]

" Or, la possibilité de cette bienveillante concession de Notre part entraîne pour tous les catholiques le devoir de se préparer prudemment et sérieusement à la vie politique, pour le moment où ils y seraient appelés. [...]

" En même temps, il faudra inculquer et suivre en pratique les principes élevés qui règlent la conscience de tout vrai catholique : il doit se souvenir avant tout d'être en toute circonstance et de se montrer vraiment catholique, assumant et exerçant les charges publiques avec la ferme et constante résolution de promouvoir autant qu'il le peut le bien social et économique de la patrie et particulièrement du peuple, suivant les principes de la civilisation nettement chrétienne, et de défendre en même temps les intérêts de la religion et de la justice. [...] "

 

Id., let. Poloniæ populum, 3 décembre 1905, aux évêques de Pologne, sur l'obéissance au pouvoir :

 

" [...] A ce propos, tous aimeront à se rappeler les instructions que Notre prédécesseur, d'heureuse mémoire, vous adressait le 19 mars 1894 : ' Les sujets doivent toujours respect et fidélité à leurs princes comme à Dieu même, qui règne par leur intermédiaire ; ils doivent leur obéir non seulement par crainte, mais par conscience ' (Matth., XVI, 26) ; ' ils doivent prier, supplier, conjurer, remercier Dieu pour eux ' (Romains, XIII, 5) ; ils doivent observer l'ordre saint établi dans la société, s'abstenir de tous les complots fomentés par les sectes malfaisantes, éviter toute sédition, contribuer enfin de toutes leurs forces au maintien de la paix et de la justice. "

 

Id., let. Inter catholicos, 20 février 1906, à l'évêque de Madrid, sur le devoir électoral :

 

" [...] L'effort principal des catholiques sera d'envoyer, soit aux municipalités, soit au corps législatif, les hommes qui, étant données les particularités de chaque élection et les circonstances de temps et de lieu, paraissent devoir mieux veiller aux intérêts de la religion et de la patrie dans l'administration des affaires publiques. [...] "

 

Pape saint Pie X, allocution au Consistoire, 21 février 1906, sur la séparation de l'Église et de l'État, au sujet de la France :

 

" L'offense infligée naguère à l'Église et à Nous est si grave et si violente que Nous ne pouvons la passer sous silence, et, le voudrions-Nous, Nous ne pourrions la taire sans manquer à Notre devoir.

" Vous devinez, Vénérables Frères, que Nous voulons parler de cette loi absolument inique, ourdie pour la ruine du catholicisme, qui vient d'être promulguée en France en vue de la séparation de l'État d'avec l'Église. [...]

" En effet, pouvons-Nous ne pas réprouver cette loi, lorsque son titre même montre sa malice et la condamne ? Il s'agit Vénérables Frères, de séparer violemment l'État de l'Église. Donc, telle qu'elle est, elle tend au mépris du Dieu éternel et Très-Haut, puisqu'elle affirme qu'aucun culte ne Lui est dû par l'État. Or, Dieu n'est pas seulement le Seigneur et le Maître des hommes considérés individuellement, mais Il l'est aussi des nations et des États ; il faut donc que ces nations et ceux qui les gouvernent Le reconnaissent, Le respectent et Le vénèrent publiquement.

" Si l'oubli de ce devoir et ce divorce sont partout injurieux pour la Majesté divine, ils sont en France une ingratitude plus grande et un malheur plus funeste.

" Car si l'on considère en toute vérité l'ancienne gloire de la France, on reconnaîtra qu'elle lui vient en majeure partie, et de beaucoup, de la religion et de l'union constante avec le Saint-Siège, qui en découlait. De plus, cette union de l'Église et de l'État était sanctionnée en France par un pacte solennel. [...]

" Et maintenant, si Nous examinons la teneur même de la loi, qui ne voit que le fait de sa proposition détruit la Constitution même par laquelle Jésus-Christ a façonné l'Église qu'Il a acquise par son sang ? [...]

" Mais ici Nous dirons en résumé que, d'un côté les évêques ne peuvent plus régir le peuple chrétien dans la pleine souveraineté de leur charge, de l'autre on enlève au peuple chrétien le droit très sacré de professer librement sa religion suivant son devoir ; enfin, l'action de l'Église sur la société est affaiblie sur de nombreux points ou tout à fait entravée. [...]

" Quant à la République, elle se délie de toute obligation de subvenir aux dépenses annuelles de la religion, dépenses que, par une convention, elle avait prises à sa charge en compensation de la spoliation officielle. [...]

" En vertu de la suprême autorité dont Nous jouissons comme tenant la place du Christ sur la terre, nous condamnons la loi de séparation et la réprouvons comme injurieuse au Dieu très bon et très grand, contraire à la divine Constitution de l'Église, favorisant le schisme, hostile à Notre autorité et à celle des pasteurs légitimes, spoliatrice des biens de l'Église, opposée au droit des gens, ennemie du Siège Apostolique et de Nous-même, très funeste aux évêques, au clergé et aux catholiques de France, Nous prononçons et Nous déclarons que cette loi n'aura jamais et en aucun cas la moindre valeur contre les droits perpétuels de l'Église [la teneur de l'expression verbale utilisée ici par le Pontife romain donne à sa condamnation un caractère incontestable d'infaillibilité : sa condamnation est irréformable par elle-même et ne tolère aucun appel à un autre jugement]."

 

 

Pierre de Clorivières, Contemporain et juge de la Révolution (1735-1829), jésuite (l'auteur des célèbres et très solides " Considérations sur l'exercice de la prière et de l'oraison ", D.D.B., collection Christus), Introduction de M. René Bazin (1853-1932), de l'Académie française, Paris, J. De Gigord, Éditeur, rue Cassette, 15, 1926, pp. 75 et suivantes :

 

" Je me sers de la seconde Déclaration des Droits de l'homme et du Citoyen, présentée au Peuple par la Convention nationale, le 24 juin 1793, l'an deuxième de la République. Je n'ai pas même la première sous les yeux, mais je m'en souviens assez pour comparer ces Déclarations l'une avec l'autre, au moins dans leur ensemble. Elles sont d'accord quant aux points fondamentaux, mais ces points n'y sont pas présentés de la même manière. [...]

 

" 1793 : Le Peuple Français, convaincu que l'oubli et le mépris des droits naturels de l'homme sont les seules causes des malheurs du monde, a résolu d'exposer dans une Déclaration solennelle ces droits sacrés.

 

" [...] La Déclaration des Droits de l'homme a été la pomme de discorde qui a porté au sein de la patrie la guerre et la désolation. Le Peuple Français ne peut donc pas être convaincu que l'oubli et le mépris de ces droits de l'Homme soient les seules causes des malheurs du monde.

 

" D'ailleurs une telle conviction est nulle, elle est fausse et impossible. L'homme peut bien oublier ses devoirs, parce qu'ils ont quelque chose de gênant, dont le souvenir l'importune, mais il est impossible que l'homme oublie des droits qui flattent son orgueil [droits naturels et imprescriptibles : liberté et égalité]. Il est également impossible qu'il souffre qu'on les méprise, parce que ces droits étant les mêmes dans tous les hommes, la généralité, dans qui réside la force, ne manquerait pas de réclamer efficacement contre ce mépris. [...]

 

" 1793 : Afin que tous les citoyens, pouvant comparer sans cesse les actes du Gouvernement avec le but de toute Institution Sociale, ne se laissent jamais opprimer et avilir par la tyrannie.

 

" [...]

 

" Afin que le Peuple ait toujours devant les yeux les bases de sa liberté et de son bonheur, le Magistrat la règle de ses devoirs, le Législateur l'objet de sa mission.

 

" L'idée d'un faux bonheur et d'une fausse liberté ne peut qu'égarer le peuple ; ce qui détruit les devoirs les plus essentiels ne peut servir de règle à des magistrats ; on ne conçoit pas que nos législateurs y aient vu l'objet de leur mission et que cet objet ait dû les diriger dans leurs travaux destructeurs. Cette fausse liberté, ce faux bonheur ont été [et sont] le fantôme dont ils ont ébloui les yeux du peuple.

 

" En conséquence, il proclame en présence de l'Être Suprême [cet Être Suprême est en réalité Lucifer, opposé au Père, au Fils et au Saint-Esprit, Jésus étant le Maudit], la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen.

 

" On est surpris que dans une déclaration où tous les Droits de Dieu sont lésés, compromis, comptés pour rien, on ose rappeler la présence de l'Être suprême [c'est en effet se moquer vraiment de Lui]. Serait-ce par dérision ? On ne saurait l'imaginer, nos législateurs n'ont point prétendu invoquer le Dieu qu'ils méconnaissent. Il est plus croyable que par l'Être Suprême, ils ont entendu ou la divinité monstrueuse de Spinosa, composé bizarre de l'assemblage de tous les êtres, ou le Mauvais principe des Manichéens [les enfants de Manès, l'esclave Curbique, le fils de la veuve de Scythien, que le roi de Perse fit écorcher vif avec des pointes de roseau pour avoir causé la mort de son fils qu'il avait promis de guérir], ou le génie malfaisant qu'une secte, qui joue un grand rôle dans cette révolution, appelle son grand Maître invisible.

 

" Art. 1er . - Le but de la Société est le bonheur commun. Le gouvernement est institué pour garantir à l'homme la jouissance de ses droits naturels et imprescriptibles.

 

" Il serait plus vrai de dire que le but de la Société civile est de pourvoir, dans les choses qui sont de son ressort, aux nécessités sociales de l'homme : parce que nul homme ne peut se suffire à lui-même. Ce que tout gouvernement doit se proposer, c'est de maintenir le bon ordre et la paix parmi les citoyens, en veillant à ce que nul ne s'écarte de ce qui est prescrit par de justes lois. C'est le seul moyen qu'il ait de procurer le bien de la Société.

 

" Mais il faut d'abord se rappeler ces principes indéniables : 1° que la loi civile, pour être bonne, doit être calquée sur la loi de Dieu, ou du moins ne rien prescrire qui lui soit contraire ; 2° que des législateurs qui se proposent pour but le bien de l'homme et de la Société, doivent, avant toutes choses, les porter à l'obéissance à la loi naturelle et à la loi révélée.

 

" Quelle que soit la forme de son gouvernement, un peuple est heureux quand les lois y font régner la Justice et la Crainte de Dieu et que l'empire de ces lois y est en honneur. Un grand Jurisconsulte en avait averti nos législateurs quand il avait dit : ' Les mœurs et la liberté sont une même chose ' [comme le vice ou les mauvaises mœurs et l'esclavage].

 

" Dieu protège un peuple qui le fait honorer ; il veille aux intérêts de sa gloire et de sa grandeur. La promesse en est consignée en grand nombre d'endroits des Livres Saints.

 

[...]

 

" Art. 2 . - Ces droits sont l'égalité, la liberté, la sûreté, la propriété.

 

" [...] Considéré par rapport à Dieu, l'homme n'a pas de droits, parce qu'il tient tout de Dieu, qu'il doit tout à Dieu, et que Dieu ne lui doit rien [puisque Dieu l'a créé avec le temps ou le crée dans son Présent éternel en le dominant de son Être incréé] ; quoique Dieu se doive à Lui-même, c'est-à-dire à sa Sagesse et à sa Bonté, d'accorder à ses créatures les choses nécessaires à chacune d'elles, selon la nature qu'Il leur a donnée ; mais considéré par rapport aux autres hommes, l'homme a droit qu'on ne l'empêche pas de jouir des biens conformes à sa nature. S'exprimer ainsi, c'eût été rendre hommage à la vérité.

 

" Mais les droits qui sont ici marqués, sont-ils les droits de l'homme ? Des droits naturels sont ceux qu'on tient de la nature. Il y en a qui sont tellement inhérents à la nature de l'homme, qu'ils ne peuvent en être séparés. Ce sont ceux dont nous parlerons ici, parce qu'ils sont communs à tous les hommes.

 

" Pour connaître quels sont les droits naturels et imprescriptibles de l'homme, il faut considérer les biens de la nature sur lesquels ces droits sont fondés. Ces biens sont : d'abord l'être, et cet être est composé d'une âme spirituelle et d'un corps matériel ; les facultés de l'âme sont le jugement, dont l'objet est le Vrai, et la volonté dont l'objet est le Bien ; les facultés du corps sont l'usage des sens et le pouvoir d'agir extérieurement. Et parce que l'homme est libre, il peut se servir librement de ses facultés tant de l'âme que du corps. C'est de ces biens de la nature que dérivent les droits naturels de l'homme.

 

" Parce qu'il est doué d'un jugement dont l'objet est le Vrai [Jésus-Christ, le Verbe incarné, étant la Vérité même], il a droit de connaître la vérité et de s'y attacher. Parce qu'il est doué d'une volonté ou capacité d'aimer, dont l'objet est le Bien, il a le droit d'en poursuivre la possession et de s'y attacher. Ce Bien c'est le Souverain Bien, qui seul peut rendre l'homme entièrement heureux ; c'est aussi tout ce qui peut l'aider à en obtenir la jouissance, sans exclure les autres biens conformes à sa nature et à sa fin. Parce qu'il a un corps et qu'il est libre, il peut faire tout ce qui n'est pas contraire à son devoir. Parce qu'il a l'être, il a droit de pourvoir à sa conservation personnelle et à son bien-être.

 

" Voici donc quels sont les droits naturels et imprescriptibles de l'homme :

 

" 1° La connaissance de la Vérité ; 2° La poursuite du Bien nécessaire à son bonheur [à son vrai bonheur] et à sa fin ; 3° La liberté ou le pouvoir de faire tout ce qui n'est pas contraire au devoir ; 4° La conservation de sa personne et de ses biens.

 

" Ces droits sont naturels, puisqu'ils proviennent de la nature, et que sans eux les biens que l'homme a reçus de la nature lui seraient inutiles.

 

" Les deux premiers sont tout à fait imprescriptibles. [...]

 

" La nature et le bon sens ne nous montrent point dans l'homme d'autres droits naturels et imprescriptibles. [...] Ils sont fort différents de ceux qui sont exposés dans la Déclaration ; il y en a dont cette déclaration ne parle pas, et dont elle devrait parler ; il y en a dont elle parle autrement qu'elle ne devrait en parler ; la sûreté et la propriété sont les seuls droits qu'on puisse rapporter à celui de la conservation de sa personne et de ses biens.

 

" Pourquoi nos législateurs en exposant les droits de l'homme et du citoyen, ont-ils omis de parler de ses droits les plus nobles et les plus essentiels à son bonheur, pour ne parler que de ceux qui lui seraient communs avec la brute, si la brute pouvait avoir des droits ? Ne devaient-ils pas envisager l'homme et le citoyen sous tous ses rapports ? Cette considération ne devait-elle pas les guider dans la confection de la loi ? N'influe-t-elle pas infiniment sur la conduite du citoyen ? On ne peut en douter.

 

" La sûreté et la propriété ne sont pas des droits nouveaux. On ne les a jamais contestés à l'homme, dans quelque gouvernement que ce fût, lors même que les citoyens y étaient le plus opprimés par l'abus du pouvoir. Ils appartiennent entièrement à l'ordre civil, et ne regardent que bien indirectement la Religion et les mœurs. C'est pourquoi nous n'en parlerons point.

 

" Il n'en est pas ainsi de l'Égalité et de la Liberté. Ce sont des droits tout à fait nouveau dans le sens où ils nous sont présentés. Nos législateurs n'ignoraient point que ces mots étaient susceptibles de différentes significations ; ils devaient donc en fixer le sens. La confusion dont ils s'enveloppent est, comme nous allons le voir, un piège pour nous faire tomber dans les erreurs les plus grossières et les plus nuisibles.

 

" Cette égalité et cette liberté qu'on nous présente comme des droits naturels et imprescriptibles méritent de notre part une attention particulière. Ces deux points sont la base de toute la Constitution nouvelle. Ils ont paru si considérables aux nouveaux législateurs, qu'ils font prêter serment à tous les citoyens qu'ils maintiendront jusqu'à la mort la Liberté et l'Égalité, et qu'ils ont substitué ce serment aux précédents.

 

" Art. 3 . - Tous les hommes sont égaux par la nature et devant la loi.

 

" On ne peut exprimer d'une manière plus précise, qu'il y a parmi les hommes l'égalité la plus entière et la plus parfaite ; et cette égalité nous est présentée comme un droit naturel et imprescriptible.

 

" C'est dire que la nature a placé tous les hommes au même rang, qu'elle ne connaît entre eux aucune distinction, qu'elle ne soumet point un homme à un autre homme, et qu'un homme ne peut, sans violer les droits de la nature, s'arroger quelque supériorité sur un autre homme [et cela va très loin]. C'est dire encore que la Loi, quelle qu'elle soit, naturelle, divine, humaine, n'admet et ne reconnaît aucune distinction, aucune supériorité dans un homme sur un autre homme. L'une et l'autre propositions énoncés de cette manière, sont d'une fausseté manifeste.

 

" Examinons d'abord l'Égalité par rapport à la nature. Les hommes ont tous reçu de la nature, ou plutôt de Dieu comme auteur de la nature, les mêmes biens naturels et généraux, les mêmes droits naturels. Ils sont assujettis aux mêmes lois générales, sujets aux mêmes peines, etc. En cela ils sont tous égaux. Cette égalité de l'homme n'a jamais été contestée ; mais elle n'exclut en aucune manière la diversité des rangs et des conditions, et par conséquent elle ne favorise en rien les desseins que nos législateurs ont eu en déclarant une égalité parfaite parmi les hommes.

 

" La même nature qui rend les hommes égaux dans les choses essentielles à la nature de l'homme, a en même temps établi entre eux une grande inégalité ; elle les a subordonnés les uns aux autres, elle a voulu que les uns eussent l'autorité et que les autres leur fussent soumis. Cette inégalité est une suite de leur origine. Dieu ayant voulu que le genre humain prît naissance d'un seul homme et qu'il se multipliât de la même manière, dès lors il est divisé en deux classes, parents et enfants, les uns donnent, les autres reçoivent ; ceux-ci dépendent nécessairement de ceux-là. Et combien d'autres inégalités se rattachent à cette inégalité première !

 

" Examinons maintenant la chose par rapport à la Loi.

 

" Si les hommes ne sont pas égaux par la nature [encore faut-il être convaincu qu'il existe une nature humaine, ce que le monde des " savants " et des " philosophes " de l'an 2000 ne sait même plus], de cette égalité qui n'admettrait entre eux ni supériorité, ni distinction, comment le seraient-ils devant la Loi ? Quelle Loi verrait en eux une égalité qui n'est pas conforme à la nature ? Ce n'est pas certainement la loi naturelle ; cette loi n'est que la voix de la nature, ce n'est que par elle que l'Auteur de la nature intime à l'homme ce qui convient à sa nature [encore ne faut-il pas être athée ou matérialiste], qu'Il lui défend les choses qui lui sont contraires, et qu'Il lui permet les choses indifférentes. Ce n'est pas non plus la loi divine ; cette Loi étant émanée de ce même Dieu qui est l'Auteur de la nature, ne peut être contraire à ce que la loi naturelle nous a fait connaître.

 

" Je ne dirais rien ici de plus de cette loi divine positive, émanation de la Volonté libre de Dieu, par laquelle Il nous prescrit des devoirs qui ne sont pas contenus dans la loi naturelle - et qui nous sont connus par la Révélation - je n'en parlerais pas, dis-je, si parmi ceux qui pour lesquels j'écris, il ne se trouverait pas un grand nombre d'hommes qui rougiraient de renoncer au christianisme, et si on ne s'était pas prévalu contre eux des principes mêmes de la religion pour accréditer cette égalité indéfinie. Je dois leur montrer qu'ils ne peuvent admettre cette égalité sans travailler, de concert avec nos législateurs, à abolir la religion de Jésus-Christ [avis donc aux chrétiens " qui ne craignent pas de faire entre l'Évangile et la Révolution des rapprochements blasphématoires " - S. Pie X, Let sur le "Sillon", 25 août 1910].

 

" Je dis donc de la loi divine ou, ce qui revient au même, de la Religion révélée qui nous la fait connaître, comme je l'ai dit de la Nature, qu'elle admet une égalité essentielle parmi les Chrétiens. Tous sont enfants de Dieu, régénérés en Jésus-Christ par le Baptême, tous appartiennent à Jésus-Christ et à son Église. Mais cette égalité n'empêche pas qu'il y ait entre eux de grandes inégalités. Les grâces, les vertus, les mérites ne sont pas égaux, les desseins de Dieu et son choix sont différents ; l'état des uns n'est pas celui des autres. Nier cette inégalité, c'est nier les principes les plus certains ; c'est saper par les fondements le Dogme et la Morale.

 

" Mais sans le Sacerdoce la Religion de Jésus-Christ ne peut subsister. Ainsi, vouloir renverser le sacerdoce, comme introduisant parmi les hommes une inégalité odieuse et incompatible avec l'égalité naturelle et imprescriptible de l'homme, c'est vouloir anéantir Jésus-Christ ; et, par une conséquence manifeste, admettre l'égalité indéfinie de nos législateurs, une égalité qui rejette toute distinction, c'est, en réalité, admettre un principe destructeur de la Religion de Jésus-Christ. Il faut donc en convenir, l'égalité dont parle la Déclaration est rejetée par la loi divine, comme elle l'est par la loi naturelle.

 

" Mais pourrait-elle être reconnue par la loi civile ? Il est impossible qu'elle le soit. La loi civile est essentiellement subordonnée à la loi naturelle et à la loi divine ; il est donc impossible qu'elle admettre rien de contraire à ces lois. [...] Une loi civile suppose un gouvernement quelconque. Un gouvernement ne peut subsister sans quelque autorité constituée, sans subordination, sans diversité d'emplois ; tout cela entraîne la diversité des rangs et des conditions, et fait par conséquent disparaître la chimère d'égalité dont on berce le peuple ; si cette chimère pouvait se réaliser il n'y aurait pas de gouvernement, il n'y aurait pas de loi civile, parce qu'il n'y aurait personne pour veiller à son exécution.

 

" [...] D'ailleurs combien y a-t-il de citoyens qui, faute de talents et d'éducation, ne peuvent être admissibles aux emplois publics ? Combien pour qui la protection des lois se réduit à bien peu de chose ? [...] Ce n'est donc point cela seulement qu'on a voulu faire entendre par le droit d'égalité. Les conséquences qu'on a tirées de ce droit et de celui de la liberté, pour ruiner la Monarchie et la Religion, le démontrent suffisamment.

 

" Art. 5. - Tous les citoyens sont également admissibles aux emplois publics. Les Peuples libres ne connaissent d'autres motifs de préférence dans leurs élections, que les vertus et les talents.

 

" Je ne vois rien que d'honnête dans une égale admissibilité des citoyens aux emplois publics. Cela peut exciter en eux une louable émulation, qui ne saurait manquer de contribuer au bien et à la gloire de la chose publique.

 

" [...] Peut-être était-ce un des points qui parmi nous avait le plus besoin de réforme. Mais cette réforme pouvait s'effectuer sans que tout fût bouleversé. [...]

 

" Le mal est que nos législateurs comptent ce droit d'admissibilité parmi les droits naturels et imprescriptibles, ce qui suppose qu'il est commun à tous les hommes de tous les pays, quelles que soient les lois et la forme du gouvernement sous lequel ils vivent [et ainsi de convaincre les hommes du nec plus ultra d’un gouvernement mondial et de nous y conduire] . N'est-ce pas là chercher à soulever les peuples chez qui cette loi n'est pas reçue ?

 

" [...] J'omets à dessein les raisons politiques qui combattent l'égalité indéfinie parmi les citoyens et qui montrent que cette égalité ne pourrait subsister longtemps, vu la grande inégalité que la nature a mise parmi les hommes ; qu'elle atteindrait bientôt le droit de propriété, parce que ceux qui se regardent comme égaux en toute autre chose, croiront aussi devoir l'être dans les biens de la fortune, prétention dont on a déjà vu des effets ; enfin qu'elle serait une source éternelle intarissable de troubles pour la Société.

 

" Art. 6. - La liberté est le pouvoir qui appartient à l'homme de faire tout ce qui ne nuit pas aux droits d'autrui. Elle a pour principe la nature, pour règle la Justice, pour sauvegarde la loi ; sa limite morale est dans cette maxime : Ne fais pas à autrui ce que tu ne veux pas qu'il te soit fait.

 

" [...] La Liberté, nous dit-on, est le pouvoir qui appartient à tout homme de faire tout ce qui ne nuit pas aux droits d'autrui. Cette action est vraiment nouvelle. Un peu de réflexion nous montrera combien elle est fausse et désastreuse dans ses conséquences.

 

" [...] On peut licitement faire tout ce qui ne nuit pas aux droits d'autrui ; c'est un droit naturel et imprescriptible de l'homme, c'est un droit inhérent à sa nature, qu'on ne peut lui ravir et dont on ne peut, sans tyrannie, empêcher à l'homme la jouissance.

 

" Donc, toutes les lois divines, ecclésiastiques, civiles, qui lui interdisent quelque chose que ce soit qui ne blesse pas les droits d'autrui, sont des lois injustes et tyranniques. Il en est affranchi par le droit naturel, imprescriptible, de faire tout ce qui ne nuit pas aux droits d'autrui. Et parce que, selon nos législateurs, tout ce qui n'est pernicieux qu'à son auteur, tout ce qui n'est contraire qu'à l'honnêteté naturelle, tout ce qui n'outrage que Dieu, ne nuit point aux droits d'autrui, l'homme a le droit de se permettre toutes ces choses. Il peut dire, imprimer contre Dieu, contre Jésus-Christ, contre la Religion, les blasphèmes les plus impies ; tenir contre les mœurs les propos les plus licencieux ; publier contre la Vérité les erreurs les plus évidentes ; adorer les idoles, les animaux, les démons ; adopter et exercer tel culte qu'il voudra sans que personne puisse le trouver mauvais. [...]

 

" Art. 7. - Le droit de manifester sa pensée et ses opinions [ou nos débordements dans tous les domaines], soit par la voie de la presse, soit de toute autre manière, le droit de s'assembler paisiblement, le libre exercice du Culte, ne peuvent être interdits.

 

" [...] Voici la maxime qui exprime entièrement la limite absolument nécessaire à l'usage que l'homme peut faire de sa liberté : ' Ne fais rien de ce qui est contraire à la loi naturelle et à la loi divine ' ; et plus clairement encore : ' Ne fais rien d'injurieux à Dieu, de nuisible au prochain et de funeste à toi-même '. On voit par là que la maxime qu'on a citée n'exprime qu'en partie la limite morale de la liberté, et ce n'est pas sans dessein, puisqu'on prétend affranchir l'homme du joug de la loi naturelle et de la loi divine, et que c'est dans cet affranchissement qu'on fait consister sa liberté.

 

" D'ailleurs, en nous citant cette maxime sacrée, il eût fallu, pour en faire sortir tout son poids, nous la présenter comme un point essentiel de cette loi naturelle que Dieu a gravée dans le cœur de tous les hommes, loi qu'Il intime à chacun d'eux par le moyen de sa propre conscience, et par laquelle Il lui prescrit d'agir d'une manière conforme à la raison. Pourquoi ne l'ont-ils pas fait ? C'est qu'ils ne pouvaient rappeler l'idée de la loi de Dieu sans porter un coup mortel à celle qu'ils voulaient établir. [...]

 

Art. 4. - La loi est l'expression libre et solennelle de la volonté générale. Elle est la même pour tous, soit qu'elle protège, soit qu'elle punisse ; elle ne peut ordonner que ce qui est juste et utile à la Société ; elle ne peut défendre que ce qui lui est nuisible.

 

" La définition qu'on donne ici de la loi est générale, rien n'indique le contraire, et il convenait qu'elle le fût dans une déclaration des droits de l'homme, afin qu'on pût connaître jusqu'où s'étendent ces droits. Cette définition doit donc convenir à toute espèce de loi, car telle est la nature de la définition. Or, il est évident que cette définition ne convient ni à la loi naturelle, ni à la loi divine, ni à la plupart des lois humaines. Elle ne convient point à la loi naturelle, puisque celle-ci n'est pas libre, étant essentiellement conforme à la Volonté immuable, éternelle, de la Souveraine Sagesse qui n'est autre que Dieu. Elle ne convient pas à la loi divine, - qui est libre dans ses dispositions, car il s'agit de loi positive, - parce qu'elle provient uniquement de la Volonté souveraine de Dieu et ne dépend nullement de la volonté générale de ceux à qui la loi est donnée. [...]

 

" Ainsi, par leur définition, nos législateurs rejettent la loi naturelle, la loi divine et la plupart des lois humaines. [...]

 

" Mais restreignons cette définition à quelque chose de moins général, supposons qu'on a prétendu définir que la loi humaine. Cela suffirait-il pour faire disparaître toute espèce d'iniquité ? Non, pas tout à fait ; parce qu'il est essentiel à toute loi humaine d'être appuyée sur la loi naturelle et divine. Sans cet appui, elle ne peut obliger, elle ne peut être loi. Il était donc nécessaire d'ajouter cette clause à la définition de la loi : pourvu que la volonté générale soit conforme ou du moins n'ait rien de contraire à la loi naturelle et divine. [...]

 

" [...] D'où la volonté générale tirera-t-elle, pour obliger les hommes à l'obéissance, une autorité sans laquelle il n'y a point de loi ? Ce n'est pas d'elle-même, il n'y a que Dieu qui tienne son autorité de Lui-même. Ce n'est pas non plus des hommes, parce que se soumettre à la volonté générale, lui donner l'autorité de commander, c'est aliéner sa liberté, c'est enchaîner le pouvoir qu'on a de ' faire tout ce qui ne nuit pas aux droits d'autrui ', ce qui est chose impossible, la liberté étant un ' droit imprescriptible '. Il n'y aurait donc plus de loi.

 

" [...] Si par volonté générale on entend que la volonté du plus grand nombre [abstraction d'ordre quantitatif : deuxième degré d'abstraction dont la matière, par elle-même inerte et aveugle, est la source ou le fondement, quantité et qualité étant irréductibles l'une à l'autre, parce que la quantité n'explique rien et que la qualité se rattache à la forme qui en est la source ou le principe et l'explication], alors je ne suis plus libre ; je n'ai plus ce pouvoir imprescriptible de faire tout ce qui ne nuit pas aux droits d'autrui. Ma volonté se perd, elle est abîmée dans un concours immense de volontés étrangères ; et je suis contre mon gré, irrésistiblement obligé de faire la volonté des autres.

 

" [...] La définition que nos législateurs nous donnent de la loi est donc bien mal imaginée, puisque leur but, en nous la donnant, était de sauver au moins l'apparence de leur liberté et qu'elle ne la sauve en aucune manière. Elle n'en est plus la sauvegarde, elle en est l'anéantissement. Le mensonge est de soi l'iniquité. [...]

 

" Disons-le hardiment parce que la chose est notoire. Dans toutes nos Assemblées, nos représentants se sont arrogés un pouvoir qu'on ne leur avait pas donné, et qu'on n'avait pu leur donner. Leur choix n'avait pas été celui du plus grand nombre. Les élections n'avaient point été libres, au moins quant aux deux dernières législatives. Tout ce qu'il y avait d'honnête dans la Nation n'y avait point concouru : elles ont été l'ouvrage de l'intrigue et de la cabale ; et comme l'intrigue et la cabale sont la science des méchants, ceux-ci y ont présidé, ils ont réuni tous les suffrages ; ils ont été nommés les représentants de la Nation, et ils l'ont été par eux-mêmes. Parmi eux, ceux qui étaient les plus méchants l'ont emporté. Eux seuls ont fait la loi ; et l'expression de leur volonté est ce qu'ils appellent l'expression libre et solennelle de la volonté générale. [...]

 

" On dit de la loi qu'elle ne peut ordonner que ce qui est juste et utile à la Société [comme les jeux d'argent, les intérêts usuraires, les spectacles immoraux, le divorce, le concubinage ou l'adultère légalisé, l'avortement, le ménage avalisé des homosexuels, etc. ?], qu'elle ne peut défendre que ce qui lui est nuisible. Cette maxime est vraie par rapport aux lois qui sont appuyés sur la loi naturelle et la loi divine. Mais attribuer la même chose à des lois qui seraient seulement l'expression de la volonté générale des hommes, sans aucun rapport à la Volonté divine, c'est dire que des hommes sont par eux-mêmes incapables de se tromper, incapables de vouloir rien de mal ; c'est leur attribuer une infaillibilité, une sagesse, qui n'appartiennent qu'à Dieu, et ne viennent que de Dieu. [...]

 

" Nous ne nierons pas que, dans la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, il n'y ait plusieurs choses justes et utiles, ce sont celles qui sont conformes à la Jurisprudence commune et ordinaire. Ce mélange était nécessaire pour faire illusion [cf. les Exercices spirituels de S. Ignace de Loyola relatifs aux règles du discernement des esprits et tout particulièrement à la règle 332 pour mieux connaître le propre de l'ange mauvais qui se déguise en ange de lumière en proposant de bonnes choses ou de saintes et bonnes pensées et qui, peu à peu, attire l'âme dans ses pièges secrets et ses intentions perverses]. Mais combien en est-il encore que nous pourrions relever comme contraires à la Religion, au bien de la Société et aux bonnes mœurs ? [...]

 

Art. 25. - La souveraineté réside dans le Peuple.

 

" [...] Mais prétendre que la souveraineté réside tellement dans le Peuple, que c'est un droit imprescriptible et inaliénable du peuple, et qu'elle ne pourrait être en d'autres mains sans une usurpation tyrannique, c'est une fausseté pernicieuse, c'est condamner tous les siècles, et presque tout le genre humain ; c'est vouloir exciter tous les peuples contre leurs Souverains [les catholiques contre le Pape, par exemple] et contre toute espèce de gouvernement qui ne serait pas purement démocratique [à l'instar de la divine constitution de la Sainte Église catholique]. Que si, de plus, on prétend que, même dans le gouvernement démocratique, la Souveraineté appartient tellement au Peuple qu'elle ne dérive pas de la volonté libre de Dieu, qui dispense parmi les hommes les pouvoirs comme il Lui plaît ; si l'on prétend qu'il ne puisse y avoir parmi les hommes d'autres formes de gouvernements, où la souveraineté soit entre les mains d'un seul homme ou de plusieurs hommes, c'est une assertion qui révolte la raison, et qui choque toutes les idées qu'elle se forme de la Puissance divine.

 

" Nous pourrions étendre plus loin nos réflexions sur la Déclaration des droits de l'homme. Nous pourrions montrer combien nos législateurs eux-mêmes l'ont violée dans tout ce qu'elle pouvait avoir de favorable aux partisans de la Religion, de la Justice et de la Vérité [et cela se voit comme le nez au milieu du visage]. Notre objet n'a pas été de censurer leur conduite, mais leurs principes [il ne s'agit même que de cela, car tout homme est pécheur - cf. I S. Jean, 1 : 10], et de montrer combien cette Déclaration des droits de l'homme et du citoyen est contraire à la Religion et aux mœurs. Il était important d'éclairer mes concitoyens sur cette matière, à laquelle plusieurs d'entre eux ne font pas assez attention.

 

" Nos réflexions ont rempli suffisamment cet objet. Nous ne voyons pas qu'on puisse les lire avec quelque soin, sans reconnaître que cette Déclaration couvre la Vérité d'un voile ténébreux : qu'elle tend au renversement total de la Religion de Jésus-Christ [c'est même sa seule raison d'être, tout le reste n'étant que de faux prétextes pour mieux tromper les personnes de bonne volonté, ce qui est prouvé par l'histoire des sociétés secrètes] ; qu'elle est dans ses points principaux tout à fait opposée au Saint Évangile ; qu'elle affranchit l'homme de tous les devoirs que la loi, même naturelle, lui impose par rapport à Dieu ; enfin qu'elle est un véritable amas d'impiétés et d'immoralités.

 

" [...] Si malheureusement les ténèbres qu'on s'est proposé de propager, par le moyen de cette Déclaration des droits de l'homme, venaient à se répandre sur la terre ; si la plupart des hommes s'en laissaient envelopper, alors nous serions arrivés à ces temps malheureux, où selon la terrible parole des Livres sacrés, le soleil de la Vérité sera obscurci [cf. Apocalypse, 6 : 12 - quand on observe ce qui se passe en l'an 2000, on peut se poser bien des questions]. "

 

Achevé le 7 août 1793.

 

Les vrais " Principes de 1789 ", Rapport du Comité de Constitution de l'Assemblée Constituante, séance du lundi 27 juillet 1789, résumant le dépouillement des Cahier de doléances exprimant la volonté de huit millions d'électeurs :

 

PRINCIPES AVOUÉS ET UNANIMEMENT RECONNUS :

 

Art. 1er - Le Gouvernement Français est un Gouvernement Monarchique.

Art. 2 - La Personne du Roi est inviolable et sacrée.

Art. 3 - La Couronne est héréditaire de mâle en mâle.

Art. 4 - Le Roi est dépositaire du Pouvoir exécutif.

Art. 5 - Les Agents de l'Autorité sont responsables.

Art. 6 - La sanction Royale est nécessaire pour la promulgation des Lois.

Art. 7 - La Nation fait la Loi avec la sanction Royale.

Art. 8 - Le consentement national est nécessaire à l'emprunt et à l'impôt.

Art. 9 - L'impôt ne peut être accordé que d'une tenue d'États-Généraux à l'autre.

Art. 10 - La Propriété sera sacrée.

Art. 11 - La Liberté individuelle sera sacrée.

 

Notons bien que trois ans plus tard, ces principes furent violés par une minorité infime de conspirateurs et sophistes de l'impiété et de la rébellion au nombre desquels se trouvaient des membres issus des arrière-Loges de la Franc-Maçonnerie qui avaient fait secrètement le serment de renverser le trône et l'autel en égarant monstrueusement l'opinion et dont le fatal secret se réduisait à ces deux mots, égalité et liberté, mais vus en réalité dans l'optique jacobine ou par la lorgnette de Lucifer plaçant son bien en lui (ou dans l'homme), et non en Dieu, le Souverain Bien. 

 

Le 13 août 1792, la foule des émeutiers ayant formé la commune insurrectionnelle de Paris dans la nuit du 9 au 10 août, fait incarcérer Louis XVI dans la Tour du Temple avec son épouse, la Reine Marie-Antoinette, leurs deux enfants et Madame Elisabeth, la soeur du Roi, et contraint l'Assemblée législative terrorisée par la pression minoritaire des Jacobins à suspendre illégalement le Roi constitutionnel des Français. Le signataire parjure est le nommé Lecointe-Puyraveau, avocat, député des Deux-Sèvres et futur conventionnel régicide. (Documents et ouvrages à consulter : Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, en 2 volumes, par l'abbé Augustin Barruel (1741-1820), à la Diffusion de la Pensée Française, Chiré-en-Montreuil, 86190 Vouillé, 1974, et Xavier de Roche, Louis XVII - Des Documents... Des Faits... Des Certitudes, 923 pages (15,9/24,9), Éditions de Paris, 7, rue de la Comète, 75007 - Paris, 1987.)

 

Pape Pie VI (1775-1799), Let. Quod aliquantum, 10 mars 1791 - au cardinal De la Rochefoucauld et aux Évêques de l'Assemblée Nationale de France :

 

" Malgré des principes généralement reconnus dans l'Église, l'Assemblée Nationale s'est attribuée la puissance spirituelle lorsqu'elle a fait tant de nouveaux règlements contraires au dogme et à la discipline. Mais cette conduite n'étonnera pas ceux qui observeront que l'objet nécessaire de la constitution décrétée par l'assemblée est d'anéantir la religion catholique et avec elle, l'obéissance due aux rois. C'est dans cette vue qu'on établit, comme un droit de l'homme en société, cette liberté absolue qui non seulement assure le droit de ne pas être inquiété sur ses opinions religieuses, mais qui accorde encore cette licence, de dire, d'écrire et même de faire imprimer impunément en matière de religion tout ce que peut suggérer l'imagination la plus déréglée ; droit monstrueux qui paraît cependant résulter à l'assemblée de l'égalité et de la liberté naturelles à tous les hommes. Mais que pouvait-il y avoir de plus insensé que d'établir parmi les hommes cette égalité et cette liberté effrénée qui semble étouffer la raison, le don le plus précieux que la nature ait fait à l'homme et le seul qui le distingue des animaux ? [...]

" Où est donc cette liberté de penser et d'agir que l'Assemblée Nationale accorde à l'homme social comme un droit imprescriptible de la nature ? Ce droit chimérique n'est-il pas contraire aux droits du Créateur suprême à qui nous devons l'existence et tout ce que nous possédons ? [...]

" Mais pour faire évanouir aux yeux de la saine raison ce fantôme d'une liberté indéfinie, ne suffit-il pas de dire que ce système fut celui des Vaudois et des Béguards, condamnés par Clément V avec l'approbation du concile œcuménique de Vienne [infaillible] : que dans la suite, les Wicléfites et enfin Luther se servirent du même appas d'une liberté effrénée pour accréditer leurs erreurs : ' nous sommes affranchis de toute espèce de joug ', criait à ses prosélytes cet hérétique insensé. Nous devons cependant avertir qu'en parlant ici de l'obéissance due aux puissances légitimes, Notre intention n'est pas d'attaquer les nouvelles lois civiles auxquelles le roi a pu donner son consentement, comme n'ayant de rapport qu'au gouvernement temporel dont il est chargé : Nous n'avons pas pour but, en rappelant ces maximes, de provoquer le rétablissement du régime ancien de France : le supposer serait renouveler une calomnie qu'on a affecté jusqu'ici de répandre afin de rendre la religion odieuse : Nous ne cherchons, vous et Nous, qu'à préserver de toute atteinte les droits de l'Église et du Siège apostolique. [...]

 

Id., Encyclique Adeo nota, 23 avril 1791 - à l'évêque d'Aléria, sur la déclaration des Droits de l'homme :

 

" [...] Il est inutile de parler ici en détail de toutes les délibérations qui ont été prises par l'assemblée du Comtat. Il nous suffit de rappeler :

 

" 1) Les 17 articles sur les Droits de l'homme de la déclaration faite par l'Assemblée nationale de France de ces mêmes droits, si contraires à la religion et à la société, et que l'Assemblée du Comtat n'a adopté que pour en faire la base de sa nouvelle Constitution ; [...].

 

Id., Allocution au Consistoire, 17 juin 1793 - sur les origines et les principes de la Révolution française :

 

" Comment Notre voix n'est-elle point étouffée en ce moment par Nos larmes et Nos sanglots ? N'est-ce pas Nos gémissements, plutôt que par Nos paroles, qu'il Nous convient d'exprimer cette douleur sans bornes que Nous sommes obligé d'épancher devant vous, en vous retraçant le spectacle de cruauté et de barbarie que l'on vit à Paris le 21 du mois de janvier dernier ? Le roi très chrétien Louis XVI a été condamné au dernier supplice par une conjuration impie, et ce jugement s'est exécuté.

" Nous vous rappellerons en peu de mots les dispositions et les motifs de cette sentence. La Convention nationale n'avait ni droit ni autorité pour la prononcer. En effet, après avoir aboli la monarchie, le premier des gouvernements, elle avait transporté toute la puissance publique au peuple, qui ne se conduit ni par la raison, ni par conseil, ne se forme sur aucun point des idées justes, apprécie peu de choses selon la vérité, et en évalue un grand nombre d'après l'opinion [que les mass media engendrent dans les esprits par des informations tronquées, parfois erronées et souvent subrepticement communiquées sous forme conditionnelle, et par des commentaires ou des interprétations tendancieuses, personnelles ou subjectives] ; qui est toujours inconstant, facile à être trompé, entraîné à tous les excès, ingrat, arrogant, cruel ; qui se réjouit dans le carnage et dans l'effusion du sang humain, et se plaît à contempler les anciens allaient voir les gladiateurs expirer dans leurs amphithéâtres [la télévision nous inonde toujours de ce genre de spectacles]. La portion la plus féroce de ce peuple, peu satisfaite d'avoir dégradé la majesté de son roi, et déterminée à lui arracher la vie, voulut qu'il fût jugé par ses propres accusateurs, qui s'étaient déclarés hautement ses plus implacables ennemis.

" [...] L'Assemblée générale du clergé de France de 1745 avait découvert et dénoncé les abominables complots de tous ces artisans d'impiété. Et Nous-même, dès le commencement de Notre pontificat, prévoyant les exécrables manœuvres d'un parti si perfide, Nous annonçâmes le péril imminent qui menaçait l'Europe, dans Notre Lettre encyclique adressée à tous les évêques de l'Église catholique, auxquels Nous parlions en ces termes : ' Arrachez le mal du milieu de nous, c'est-à-dire éloignez de la vue de vos troupeaux, avec une grande force et une continuelle vigilance, tous ces livres empestés '. Si l'on eût écouté Nos représentations et Nos avis, Nous n'aurions pas à gémir maintenant des progrès de cette vaste conspiration tramée contre les rois et contre les empires. [...]

" Aussi a-t-on publié, dans la vie imprimée de l'impie Voltaire, que le genre humain lui devait d'éternelles actions de grâces, comme au premier auteur de la Révolution française [ce que l'abbé Augustin Barruel a confirmé par ses recherches historiques]. C'est lui, dit-on, qui, en excitant le peuple à sentir et à employer ses forces, a fait tomber la première barrière du despotisme, le pouvoir religieux et sacerdotal. Si l'on eût pas brisé ce joug, on n'aurait jamais brisé, ajoute-t-on, celui des tyrans. L'un et l'autre étaient si étroitement unis, que le premier une fois secoué, le second devait l'être bientôt après. En célébrant comme le triomphe de Voltaire la chute de l'autel et du trône, on exalte la renommée et la gloire de tous les écrivains impies, qui apparaissent comme autant de généraux d'une armée victorieuse. Après avoir ainsi entraîné, par toutes sortes d'artifices, une très grande portion du peuple dans leur parti, pour mieux l'attirer encore par leurs œuvres et par leurs promesses, ou plutôt pour en faire leurs jouets dans toutes les provinces de la France, les factieux se sont servis du mot spécieux de liberté ; ils en ont arboré les trophées et ils ont invité la multitude à se réunir sous ses drapeaux qu'ils ont déployés de tous côtés. [...]

" Ces avocats tant vantés du genre humain ont ajouté au mot faux et trompeur de liberté un autre mot qui ne l'est pas moins, celui d'égalité ; comme si, entre des hommes réunis en société et pourvu de facultés intellectuelles si différentes, ayant des goûts si opposés et une activité si déréglée, si dépendante de leur convoitise individuelle, il ne devait y avoir personne qui réunît la force et l'autorité nécessaires pour contraindre, réprimer, ramener au devoir ceux qui s'en écartent, afin que la société, bouleversée par tant de passions diverses et désordonnées, ne soit pas précipitée dans l'anarchie et ne tombe pas entièrement en dissolution. [...]

" C'est de ce laboratoire qu'est sortie cette constitution sacrilège que nous avons réfutée dans notre réponse, du 10 mars 1791, à l'exposition de principes qui nous avait été soumise par trente évêques. [...] Tous les Français qui se montraient encore fidèles dans les différents ordres de l'État, et qui refusaient avec fermeté de se lier par un serment à cette nouvelle Constitution, étaient aussitôt accablés de revers et voués à la mort. On s'est hâté de les massacrer sans distinction. On a fait subir les plus barbares traitements à un grand nombre d'ecclésiastiques. On a égorgé des évêques, alors que si l'on veut savoir avec quelle piété, avec quel respect on doit les vénérer, on peut l'apprendre par l'exemple de Jésus-Christ lui-même qui, selon la remarque de saint Cyprien, ' honora constamment jusqu'au jour de sa mort, les pontifes et les prêtres, quoiqu'ils n'eussent pas conservé la crainte de Dieu et qu'ils n'eussent pas reconnu le Messie '. On a immolé un grand nombre de Français de toute condition. Ceux qu'on permettait avec moins de rigueur étaient arrachés de leurs foyers et relégués dans des pays étrangers [et tout particulièrement en Angleterre, véritable terre d'asile qui méritera toujours la reconnaissance des Français catholiques - ne soyons pas ingrats !], sans distinction d'âge, de sexe, ni de rang. On avait décrété que chacun serait libre d'exercer la religion qu'il choisirait, comme si toutes les religions également au salut éternel ; et cependant la seule religion catholique était proscrite. [...]

" Ah ! encore une fois, France ! tu demandais toi-même auparavant un roi catholique. Tu disais que les lois fondamentales du royaume ne permettaient point de reconnaître un roi qui ne fût pas catholique. Et maintenant que tu l'avais, ce roi catholique, c'est précisément parce qu'il était catholique que tu viens de l'assassiner ! "

Oublions une fois pour toutes les querelles ou les divergences de vues des uns et des autres, et retenons tout ce qui est vrai en ne laissant pas passer ce qui mérite d'être cité pour une meilleure compréhension des sujets qui nous préoccupent, savoir la morale et la politique.

 

Edgar Poe, Colloque entre Monos et Una :

 

" En dépit de la voix haute et salutaire des lois de gradation qui pénètrent si vivement toutes choses sur la terre et dans le ciel, des efforts insensés furent faits pour établir une démocratie universelle."

 

Ernest Renan, Lettre du 14 janvier 1852 :

 

" Croiriez-vous que, dans la fièvre des premiers jours, j'étais presque devenu légitimiste, et que je suis encore bien tenté de l'être s'il m'est démontré que la transmission héréditaire du pouvoir est le seul moyen d'échapper au césarisme, conséquence fatale de la démocratie, telle qu'on l'entend en France."

 

 

 

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LA POLITIQUE (4/14) - Le Présent éternel

 

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POUR PARVENIR À UNE RÉSURRECTION DE VIE (CF. S. JEAN, V, 25, 28-29) - Le Présent éternel

 

 

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11 février 2014 2 11 /02 /février /2014 21:44

 LA POLITIQUE

 

 (2/14)

 

 

L’Année Liturgique, par le R. P. Dom Prosper Guéranger (1805-1875), abbé de Solesmes, Le Temps pascal, tome I, treizième édition, Le vendredi de Pâques, pp. 376-383, Librairie Religieuse H. Oudin, Paris – Poitiers 1905 :

 

« Arrêtons-nous donc aujourd'hui à considérer la Résurrection de notre Sauveur comme l'apogée de sa gloire personnelle, comme l'argument principal  sur lequel repose notre foi en sa divinité. Si le Christ n'est pas ressuscite, nous dit l'Apôtre, notre foi est vainc « (I Cor. XV. 17) ; mais parce qu'il est ressuscite, notre foi est assurée. Jésus nous devait donc d'élever sur ce point notre certitude au plus haut degré; voyez s'il a manqué de le faire; voyez si, au contraire, il n'a pas porte en nous la conviction de cette vérité capitale jusqu'à la plus  souveraine évidence de fait. Pour cela deux choses étaient nécessaires : que sa mort fût lapins réelle, la mieux constatée, et que le témoignage qui atteste sa Résurrection fût le plus irréfragable à  notre raison. Le  Fils de Dieu n'a manqué à aucune de ces conditions ; il les a remplies avec un divin scrupule : aussi le  souvenir du triomphe qu'il a remporté sur la mort ne saurait-il s'effacer de la pensée des hommes ; et de là vient que nous éprouvons encore aujourd'hui, après dix-neuf siècles, quelque chose de ce frisson de terreur et d'admiration que ressentirent les témoins qui eurent à  constater ce passage subit de la mort à la vie.

« Certes, il était bien réellement devenu la proie de la mort, celui que, vers la dixième heure du jour, Joseph d'Arimathie et Nicodème descendaient de la croix, et dont ils déposaient les membres roidis et sanglants entre les bras de la plus désolée des mères. L'affreuse agonie de la veille, lorsqu'il luttait avec les répugnances de son humanité, à la vue du calice qu'il était appelé à épuiser ; le brisement qu'avait éprouvé son cœur par suite de la trahison de l'un des siens et de l'abandon des autres; les outrages et les violences dont il fut assailli durant de longues heures ; l'effroyable flagellation que Pilate lui fit subir, dans le but d'apitoyer un peuple altéré de meurtre; la croix, avec ses clous ouvrant quatre sources d'où le sang s'échappait à grands flots; les angoisses du cœur de l'agonisant, à la vue de sa mère éplorée à ses pieds ; une soif ardente qui consumait rapidement les dernières ressources de la vie ; enfin le coup de lance traversant la poitrine, et allant atteindre le cœur et faire sortir de son enveloppe les dernières gouttes de sang et d'eau : tels furent les titres de la mort pour revendiquer une si noble victime. C'est afin de vous glorifier, ô Christ, que nous les rappelons aujourd'hui : pardonnez à ceux pour lesquels vous avez daigné mourir, de n'oublier aucune des circonstances d'une mort si chère. Ne sont-elles pas aujourd'hui les plus solides assises du monument de votre résurrection ?

« Il avait donc véritablement conquis la mort, ce vainqueur d'une nouvelle espèce qui s'était montré à la terre. Un fait surtout restait acquis à son histoire : c'est que sa carrière, passée tout entière dans une obscure contrée, s'était terminée par un trépas violent, au milieu des acclamations de ses indignes concitoyens. Pilate adressa à Tibère les actes du jugement et du supplice du prétendu Roi des Juifs ; et dès ce moment l'injure fut toute prête pour les sectateurs de Jésus. Les philosophes, les beaux esprits, les esclaves de la chair et du monde, se les montreront du doigt, en disant : « Voila ces gens étranges qui adorent un Dieu mort sur une croix ». Mais si pourtant ce Dieu mort s'est ressuscité, que devient sa mort, sinon la base inébranlable sur laquelle s'appuie l'évidence de sa divinité? Il était mort et il s'est ressuscité ; il avait annoncé qu'il mourrait et qu'il ressusciterait ; quel autre qu'un Dieu peut tenir entre ses mains « les clefs de la mort et du tombeau » ? (Apoc. I, 17.)

        « Or il est ainsi. Jésus  mort est sorti  vivant du tombeau.  Comment  le savons-nous? — Par le témoignage de ses Apôtres,  qui L'ont vu vivant après sa mort, auxquels il s'est donne à toucher, avec Lesquels il a conversé durant quarante jours. Mais  ces  Apôtres, devons-nous les en croire? — Et qui pourrait douter du témoignage le plus sincère que le monde entendit jamais ? Car quel intérêt auraient  ces  hommes à publier la gloire du maître auquel ils s'étaient donnés, et qui leur avait promis qu'après sa mort il ressusciterait, s'ils savaient qu'après avoir péri dans un supplice ignominieux pour eux aussi bien que pour lui, il n'a pas rempli sa promesse ? Que les princes des Juifs, pour décrier le témoignage de ces hommes,  soudoient les  gardes du  tombeau, afin de leur faire dire que, pendant qu'ils dormaient, ces pauvres  disciples  que la frayeur avait dispersés, sont venus durant la nuit enlever le corps ; on est en droit de leur répondre par cet éloquent sarcasme de saint Augustin : « Ainsi donc les témoins que vous produisez sont des témoins qui dormaient! Mais n'est-ce pas vous-mêmes qui dormez, quand vous vous épuisez à chercher une telle défaite (1)? » Mais où les Apôtres auraient-ils pris le motif de prêcher une résurrection qu'ils auraient su n'être pas arrivée ? « A leurs yeux, remarque saint Jean Chrysostome, leur maître ne doit plus être qu'un faux prophète et un imposteur; et ils iront défendre sa mémoire  contre  une  nation tout entière ! Ils se dévoueront à tous  les mauvais traitements pour un homme qui les aurait trompés! Serait-ce dans l'espérance des promesses qu'il leur  avait faites? Mais s'ils savent qu'il n'a pas rempli  sa promesse de ressusciter, quel fond peuvent-ils faire sur les autres (2) ? » Non, il faut nier la nature humaine, ou reconnaître que le témoignage des Apôtres est un témoignage sincère.

 

1) Enarrat. In Psalm. LXIII.

2) In Matth. Homil. LXXXIX.

 

« Ajoutons maintenant que ce témoignage fut le plus indépendant de tous :  car il ne procurait d'autres avantages aux témoins que les supplices et la mort ; qu'il révélait dans ceux qui l'émettaient une assistance divine: car il faisait voir en eux, si timides la veille, une fermeté que rien ne fit jamais faiblir, et dans des hommes du peuple une assurance humainement inexplicable, et qui les  accompagna jusqu'au  sein  des capitales les plus civilisées, où ils firent de nombreuses conquêtes. Disons encore que les prodiges les plus frappants venaient confirmer leur témoignage, et réunir autour d'eux dans la foi de la Résurrection de leur maître des multitudes de toute langue et de toute nation; qu'enfin,  lorsqu'ils disparurent de la terre, après avoir scellé de leur sang le grand fait dont ils étaient  dépositaires,  ils avaient répandu dans toutes les régions du monde, et bien au-delà des frontières de l'Empire romain, la semence de leur doctrine, qui germa promptement et produisit une moisson dont la terre entière se vit bientôt couverte. Tout ceci n'engendre-t-il pas la plus ferme de toutes les certitudes sur le fait étonnant dont ces hommes étaient porteurs? Les récuser, ne serait-ce pas récuser en même temps les lois de la raison? O Christ! votre résurrection est certaine  comme votre mort ; la vérité a pu seule faire parler vos Apôtres ; seule elle peut expliquer le succès de leur prédication.

« Mais le témoignage des Apôtres a cessé ; et un autre témoignage non moins imposant, celui de l'Eglise, est venu continuer le premier, et il proclame avec non moins d'autorité que Jésus n'est plus parmi les morts.

        « L'Eglise attestant la résurrection de Jésus, c'est la voix de toutes ces centaines de millions d'hommes qui, chaque année depuis dix-huit siècles, ont fêté la Pâque. En face de ces milliards de témoignages de foi, y a-t-il place pour le doute ? Qui ne se sent écrasé sous le poids de cette acclamation qui n'a pas fait défaut une seule année, depuis que la parole des Apôtres est venue l'ouvrir? Et clans cette acclamation, il est juste de distinguer la voix de tant de milliers d'hommes doctes et profonds qui ont aimé à sonder toute vérité, et n'ont donne leur adhésion à la foi qu'après avoir tout pesé dans leur raison; de tant de millions d'autres qui n'ont accepté le joug d'une croyance si peu favorable aux passions humaines, que parce qu'ils ont vu clairement que nulle sécurité après cette vie n'était possible en dehors des devoirs qu'elle impose; enfin, de tant de millions d'autres qui ont soutenu et protégé la société humaine par leurs vertus, et qui ont été la gloire de notre race, uniquement parce qu'ils ont fait profession de croire au Dieu mort et ressuscité pour les hommes.

« Ainsi s'enchaîne d'une façon sublime l'incessant témoignage de l'Eglise, c'est-à-dire de la portion la plus éclairée et la plus morale de l'humanité, à celui des premiers témoins que le Christ daigna se choisir lui-même : en sorte que ces deux témoignages n'en font qu'un seul. Les Apôtres attestèrent ce qu'ils avaient vu; nous, nous attestons, et nous attesterons jusqu'à la dernière génération, ce que les Apôtres ont prêché. Les Apôtres s'assurèrent par eux-mêmes du fait qu'ils avaient à annoncer; nous nous assurons de la  véracité de leur parole. Après expérience, ils crurent; et après expérience, nous aussi nous croyons. Ils ont été  assez heureux pour voir, dès ce monde, le Verbe de vie, pour l'entendre, pour le toucher de leurs mains (I JOHAN. I) ; nous, nous voyons et nous entendons l'Eglise qu'ils avaient établie en tous lieux, mais qui ne faisait encore que sortir du berceau, lorsqu'ils furent enlevés de la terre. L'Eglise est le complément du Christ, qui l'avait annoncée aux Apôtres comme devant couvrir le  monde, bien que sortie du faible grain de sénevé. Sur ce sujet, saint Augustin, dans un de ses Sermons sur la Pâque, dit ces admirables paroles : « Nous ne voyons pas encore le Christ; mais nous  voyons  l'Eglise; croyons donc au Christ. Les Apôtres, au contraire, virent le Christ ; mais ils ne voyaient l'Eglise que par  la foi. L'une des deux choses leur était montrée, et l'autre était l'objet de  leur croyance ; il en est de même pour nous. Croyons au Christ que nous ne voyons pas encore; et en nous tenant attachés à l'Eglise que nous voyons, nous arriverons à celui dont la vue ne nous est que différée (3).  »

« Ayant donc, ô Christ, par une si magnifique attestation, la certitude de votre Résurrection glorieuse, comme nous avons celle de votre mort sur l'arbre de la croix, nous confessons que vous êtes le grand Dieu, l'auteur et le souverain Seigneur de toutes choses. Votre mort vous a abaissé, et votre résurrection vous a élevé ; et c'est vous-même qui avez été l'auteur de votre abaissement et de votre élévation. Vous aviez dit devant vos ennemis : « Personne ne m'ôte la vie; c'est moi-même qui la dépose; j'ai le pouvoir de la quitter, et j'ai aussi celui de la reprendre » (JOHAN. X. 18) ; un Dieu pouvait seul réaliser cette parole: vous l'avez accomplie dans toute son étendue ; en confessant voue Résurrection, nous confessons donc votre Divinité : rendez digne de vous l'humble et heureux hommage de notre foi. »

 

3) Sermo CCXXXVII. In diebus Paschalibus, X.

 

L’ÉGLISE ROMAINE, PAR SON ORIGINE, S’IMPOSE SPIRITUELLEMENT AU MONDE

 

Saint Irénée (135/140-202/203), évêque de Lyon (177-202/203), honoré par l’Église comme martyr, « fondateur de la théologie catholique » et « marteau des hérésies », Contre les hérésies, Livre III, Préliminaire, La vérité des Écritures, La Tradition apostolique de l’Église, 3, 1 et 2 :

 

La Tradition apostolique de l'Église.

 

3, 1. Ainsi donc, la Tradition des apôtres, qui a été manifestée dans le monde entier, c'est en toute Église qu'elle peut être perçue par tous ceux qui veulent voir la vérité. Et nous pourrions énumérer les évêques qui furent établis par les apôtres dans les Églises, et leurs successeurs jusqu'à nous. Or ils n'ont rien enseigné ni connu qui ressemble aux imaginations délirantes de ces gens-là. Si pourtant les apôtres avaient connu des mystères secrets qu'ils auraient enseignés aux « parfaits », à part et à l'insu des autres, c'est bien avant tout à ceux à qui ils confiaient les Églises elles-mêmes qu'ils auraient transmis ces mystères. Car ils voulaient que fussent absolument parfaits et en tout point irréprochables ceux qu'ils laissaient pour successeurs et à qui ils transmettaient leur propre mission d'enseignement : si ces hommes s'acquittaient correctement de leur charge, ce serait un grand profit, tandis que, s'ils venaient à faillir, ce serait le pire malheur.

 

3, 2. Mais comme il serait trop long, dans un ouvrage tel que celui-ci, d'énumérer les successions de toutes les Églises, nous prendrons seulement l'une d'entre elles, l'Église très grande, très ancienne et connue de tous, que les deux très glorieux apôtres Pierre et Paul fondèrent et établirent à Rome; en montrant que la Tradition qu'elle tient des apôtres et la foi qu'elle annonce aux hommes (b) sont parvenues jusqu'à nous par des successions d'évêques, nous confondrons tous ceux qui, de quelque manière que ce soit, ou par infatuation, ou par vaine gloire, ou par aveuglement et erreur doctrinale, constituent des groupements illégitimes : car avec cette Église, en raison de son origine plus excellente, doit nécessairement s'accorder toute Église, c'est-à-dire les fidèles de partout, — elle en qui toujours, au bénéfice de ces gens de partout, a été conservée la Tradition qui vient des apôtres.

  1. Cf. I Timothée, 3 : 2 ;
  2. Cf. Romains, 1 : 8.

 

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La Bible ne ment pas et l'Esprit-Saint ne parle pas inutilement. Et c'est ainsi que nous est révélé le véritable Sens de l'Histoire humaine qui, au terme de sept mille ans, aboutira à notre entrée dans la Cité de Dieu ou dans la divine et éternelle Octave, le huitième jour qui ne finira pas - ce qui correspond bien à notre eschatologie ou à un but qui n'a de sens que pour l'homme conduit par l'Esprit de Dieu, et ce que l'homme naturel ou le naturalisme philosophique et politique récuse (cf. I Cor., 2 : 14).

 

1) Cf. " Le problème des datations dites absolues " sur le site internet du Cercle Scientifique et Historique (CESHE) : http://www.chez.com/ceshe ; et l'article de D. Russel Humphreyz intitulé " Faits appuyant l'hypothèse d'une terre jeune " du bulletin n° 65 de " Science et Foi ", 3e trimestre 2002, conçu par CESHE.

 

Nous n'allons pas reprendre ici intégralement cette démonstration qui a déjà été faite par bien des auteurs et tout particulièrement par Monsieur Raoul Auclair dans ses ouvrages intitulés " La fin des temps " (Fayard), " Mystère de l'Histoire " (Nouvelles Editions Latines) et " Histoire et Prophétie " (Id.). Nous vous donnons seulement ci-après quelques dates-charnières et quelques nombres-clés avec leur référence scripturaire afin que vous puissiez constater que nous n'inventons rien et que la Bible est une île, l'île sacrée ou sainte, qui se suffit à elle-même, un livre qui est écrit " en dedans et en dehors " (cf. Apocalypse, V, 1). La Bible est pleinement achevée : il n'existe pas et n'existera jamais d'autre livre révélé sur la terre.

 

Matthieu, XVI, 3 :

 

"Vous savez interpréter l'aspect du ciel, et vous ne savez discerner les signes des temps."

 

Daniel, XII, 10 :

 

" Beaucoup seront purifiés, beaucoup seront blanchis et éprouvés. Les méchants feront le mal et les méchants ne comprendront point. Seuls, ceux qui ont l'intelligence comprendront."

 

Id., V, 26-28 :

 

" Voici l'Ecriture qui a été tracée : MENÉ MENÉ. TEQUEL. OUPHARSIN. Et voici le sens de cela : Mené (compté) : Dieu a compté ton règne et y a mis fin. Tequel (pesé) : tu as été pesé dans les balances et trouvé insuffisant. Perès (divisé) : ton royaume sera divisé et donné aux Mèdes et aux Perses."

 

II Pierre, III, 8 :

 

" Mais il est une chose, bien-aimés, que vous ne devez pas ignorer, c'est que, pour le Seigneur, un jour est comme mille ans, et mille ans sont comme un jour."

 

Genèse, XXIX, 27 :

 

" Accomplis l'autre semaine, et nous te donnerons aussi l'autre pour le service que tu feras encore chez moi pendant sept autres années."

 

Genèse, I, 14 : Dieu dit :

 

" Qu'il y est des luminaires au firmament du ciel pour séparer le jour de la nuit, pour marquer les dates, les jours et les années."

 

Sophonie, I, 10 :

 

" En ce temps-là, dit le Seigneur, on entendra de la PORTE DES POISSONS un grand cri ; et de la seconde (de la seconde PORTE - la porte de sortie, i.e. celle qui s'ouvre sur le Verseau, toute Maison zodiacale ayant deux portes) des hurlements ; et le bruit d'un grand carnage retentire du haut des collines."

 

Luc, XXIII, 46 :

 

" Et poussant un grand cri, Jésus s'écria : " Père, je remets mon esprit entre tes mains !". Et en disant ces paroles, il expira."

 

Apocalypse, I, 19-20 :

 

"Ecris donc ce que tu as vu, et ce qui est, et ce qui doit arriver par la suite [n'en déplaise aux savants exégètes, il s'agit bien là d'une vision de saint Jean, et non d'une vague et facile compilation de certains textes de l'Ancien Testament], le mystère des sept étoiles que tu as vues sur ma main droite, et des sept candélabres d'or. Les sept étoiles sont les anges des sept Eglises, et les sept candélabres sont les sept Eglises."

 

Id., IV, 5 :

 

" Devant le trône brûle sept lampes ardentes : ce sont les sept Esprits de Dieu."

 

Psaumes, LXXXIX, 10 :

 

" Le temps de nos années s'élèvent à soixante-dix, et, si l'on est robuste, à quatre-vingts."

 

Matthieu, XVIII, 21 :

 

Alors Pierre s'approcha et lui dit : " Seigneur, si mon frère pèche contre moi, combien de fois lui pardonnerai-je ?... Jusqu'à sept fois ? " Jésus lui dit : " Je ne te dis pas : jusqu'à sept fois ; mais : jusqu'à soixante-dix fois sept fois."

 

En 753 av. J.-C., naissance de Rome.

En 602 av. J.-C., à la fin de la deuxième année de Nabuchodonosor, roi de Babylone, songe du colosse à la tête d'or fin interprété par Daniel.

En 444 av. J.-C., l'édit d'Artaxerxès relatif à la restauration des murs de Jérusalem. .

En 476 ap. J.-C., chute de Rome par la victoire d'Odoacre, le Barbare.

A Reims, dans la nuit de Noël 496 ap. J.-C., Clovis est baptisé et reçoit le sacre à la manière et de l'onction de David (cf. I Samuel, XVI, 13).

A Tours, en 507 ap. J.-C.., Clovis reçoit des mains de l'envoyé de l'Empereur d'Orient les " signes " de la puissance romaine, c'est-à-dire la tunique, la chlamyde et la pourpre romaine, et en renoue ainsi la chaîne (ou le symbole et l'allégorie du fer, le césarisme - cf. Daniel, II, 40-45 ; Psaumes, II, 9 ; Jérémie, XXVIII, 13 et 14 ; Apocalypse, II, 27 ; XII, 5 ; XIX, 15).

 

Daniel, VII, 25 :

 

" Il proférera des paroles contre le Très-Haut, il persécutera les saints du Très-Haut, et il songera à changer les temps et la religion, et lui seront abandonnés pour UN TEMPS, DES TEMPS ET UNE MOITIÉ DE TEMPS."

Id., XII, 4-9 : " Moi, Daniel, je regardais ; et voici : deux hommes étaient debout, l'un sur la rive du fleuve, l'autre sur l'autre rive. L'un dit à l'homme vêtu de lin qui se tenait au-dessus des eaux du fleuve : " Jusques à quand le temps de ces choses inouïes ?"

" J'entendis l'homme vêtu de lin, celui qui était au-dessus des eaux : il leva la main droite et la main gauche vers le ciel et il jura par celui qui vit éternellement : " UN TEMPS, DES TEMPS ET UN DEMI-TEMPS, et toutes choses seront accomplies quand sera brisé celui qui écrase la force du peuple saint.

" J'entendis et ne compris point ; et je dis : " Mon Seigneur, quelle sera la fin de ces choses ? " Il dit : " Va, Daniel ; ces paroles sont closes et scellées jusqu'au temps de la fin ". "

 

Id., IX, 25 :

 

" Sache donc et comprends : depuis l'instant que sortit cette parole [d'Artaxerxès] " qu'on ramène et rebâtisse Jérusalem " jusqu'à un CHEF, un OINT, un chef, il y a SEPT SEMAINES et SOIXANTE-DEUX semaines, place et remparts rebâtis, mais dans la détresse des temps."

 

Apocalypse, XII, 6, 14 :

 

" La Femme s'enfuit au désert, où Dieu lui a ménagé un refuge pour qu'on l'y nourrisse pendant DOUZE CENT SOIXANTE JOURS." [...] Mais les deux ailes du grand aigle furent données à la Femme pour s'envoler au désert, en son refuge, où elle est nourrie UN TEMPS, DEUX TEMPS ET UN DEMI-TEMPS, loin du serpent."

 

Luc, XXI, 24, 25 :

 

" Jérusalem sera foulée aux pieds par les Gentils, JUSQU'A CE QUE LES TEMPS DES GENTILS SOIENT ACCOMPLIS. Et il y aura des signes dans le soleil, la lune et les astres, et sur la terre les nations connaîtront l'angoisse, rendues inquiètes par le bruit de la mer et son agitation, tandis que des gens mourront de frayeur dans l'attente de ce qui va arriver à l'univers, car les puissances des cieux seront ébranlées."

 

Apocalypse, XI, 1-3 :

 

" On me donna un roseau semblable à un bâton en me disant : " Debout ! Mesure le temple de Dieu, avec l'autel et ceux qui y adorent. Mais le parvis extérieur du temple, laisse-le de côté, ne le mesure pas, car il a été abandonné aux Gentils : ils fouleront aux pieds la Ville Sainte pendant QUARANTE-DEUX mois. Je donnerai à mes deux témoins, revêtus de sacs, pendant MILLE DEUX CENT SOIXANTE jours : ce sont les deux oliviers et les deux candélabres dressés devant le Seigneur de la terre (Zacharie, IV, 3, 11-14). Si quelqu'un veut leur faire du mal, du feu sort de leur bouche et dévore leurs ennemis " (II Rois, I, 10-14 ; Jérémie, V, 14)."

 

En 602 av. J.-C., Nabuchodonosor vit en songe une grande statut d'un éclat extraordinaire qui avait une tête d'or fin dont la signification lui fut révélée par Daniel. Cette date qui, selon Daniel, correspond à la deuxième année du règne du roi Babylone (cf. Daniel, II, 1), ne peut que nous révéler l'origine du Temps des Gentils, car nous n'en avons pas d'autre à notre disposition pour donner à ce songe prophétique une portée réaliste. Que pourrions-nous en faire sans la moindre date ou sans le moindre repère ? Nous avons 42 mois : 30 x 42 = 1260 jours = 3 temps et demi = une demi-semaine ; d'où une semaine : 1260 x 2 = 2520 jours ou 2520 années, en comptant un jour pour une année. Autre voie : 7 jours de 360 ans : 7 x 360 = 2520 années (1260/360 = 3,5). Fin du temps des nations : 2520 - 602 - 1 = 1917 (miracle du soleil à Fatima, déclaration de Balfour et langue hébraïque, langue morte depuis deux millénaires et demi, remise en vigueur en Israël ).

Édit d'Artaxerxès du 2 nisan de la vingtième année de son règne, i.e. le 5 mars de l'année 444 av. J.-C. (cf. Néhémie, II) : autorisation de restaurer les murs de Jérusalem. Cf. Daniel IX, 25 : 1/2 semaine = 3 1/2 années, 1 an = 360 jours de l'année parfaite, 1 semaine = 7 années (cf. Genèse, XXIX, 27), 1 mois = 30 jours, 42 mois = 1260 jours (cf. Apocalypse, XI, 2, 3). Comptons : 7 + 62 semaines = 69 semaines, d'où 69 x 7 x 360 = 173.880 jours - ce qui nous fait arriver au 30 mars ou au 10 nisan de l'année 33 ap. pour l'entrée de Jésus à Jérusalem (date de sa crucifixtion : le 14 nisan ou le 3 avril 33 - cf. Bible hébraïque, Exode, XXXIV, 7, la lettre Noun, la 14e lettre de l'alphabet, exaltée, et Jean-Gaston Bardet, Le trésor secret d'IShRAËL, chez Robert Laffont, pages 414-416). Comptons cette fois-ci autrement : entre la restauration des murs de la Ville Sainte, en 444 av. J.-C., et l'entrée de Jésus à Jérusalem, en 33 ap. J.-C. : 444 + 33 - 1 = 476 années (l'année 0 n'existant pas). Ce qui nous fait : 476 x 365,24219879 (jours) = 173.855 jours, et entre le 5 mars (2 nisan) et le 30 mars (10 nisan), en ajoutant par conséquent 25 jours, nous avons un total de 173.880 jours (173.855 + 25) - ce qui nous fait également arriver au 30 mars ou au 10 nisan de l'année 33 ap. J.-C. CQFD

 

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Pape Pie XII, allocution à des étudiants français, 7 avril 1947 - sur la victoire sur l'esprit du mal : 

 

" [...] Les idées - les suprêmes idées philosophiques - mènent le monde, dit-on. Où mènent-elles ? Filles de la science, mais reflet de la vérité éternelle, rayons de la lumière incréée, elles le mènent vers sa perfection, dans l'ordre, pour son bien et sa félicité. Coupées de leur foyer divin, elles ne sont plus que ténèbres : malheur au monde, du jour où, trompé, il prend les ténèbres pour la lumière (cf. Isaïe, V : 20) ! Il marche dans la nuit, il court dans le désordre, à sa ruine, à l'effondrement de la société, à la perte éternelle des âmes qui la composent (cf. S. Matthieu, 7 : 13-14)."

 

Jean Rime, Sainte Marguerite-Marie, lettre-préface de M. François Veuillot, éd. Salvator, Mulhouse (Haut-Rhin), et Casterman, Paris, 1947, chap. XIV, pp. 232-234, 235, 238-239, appendice II, lettre de Marie Lataste, p. 266 :

 

" ' Chaque nation, comme chaque individu ', dira Joseph de Maistre plus d'un siècle plus tard, ' a reçu une mission qu'elle doit remplir. Celle de la France est d'exécuter les gestes de Dieu, Gesta Dei per Francos. ' Mais toutes les nations, comme tous les individus, n'ont pas le privilège d'entendre dès leur berceau l'impérieux appel de la voix mystérieuse qui dit quelquefois aux hommes : tu seras soldat, médecin, navigateur, tu seras prêtre, et qui a dit a la France : tu seras la nation choisie, la terre de ma prédilection, la fille aînée de mon Église [Galliam Ecclesiæ filiam primogenitam], ton peuple sera plus particulièrement mon peuple et tes rois mes lieutenants.

" Privilège unique depuis la venue du Christ ! Dès les premières pages de son histoire la France a pu lire imprimés manifestement par le doigt de Dieu dans les événements sa merveilleuse destinée et le choix que de toute éternité il avait arrêté sur elle. Dieu qui fixa les limites des peuples ( cf. Deutéronome, XXXII, 8) et détermina pour chaque nation les bornes de son domaine (cf. Actes des Apôtres, XVII, 26) n'a pas traité le peuple français comme les autres peuples. 'Non fecit taliter omni nationi'. Le philosophe politique [Joseph de Maistre] le remarquera : ' Le châtiment des Français sort de toutes les règles ordinaires, et la protection accordée à la France en sort aussi ; mais ces deux prodiges réunis se multiplient l'un par l'autre, et présentent un des spectacles les plus étonnants que l'œil humain ait jamais contemplés ' (Considérations sur la France, ch. II, pp. 8 et 27). [...]

" Tolbiac et Reims [en 496, victoire de Clovis sur les Alamans et son baptême et son Sacre], élection et baptême de la France ; Poitiers, victoire de la Croix sur le croissant ! Depuis les siècles où la France n'est pas encore la France et jusqu'aux jours où le Sacré-Cœur se manifeste à une humble Française, que de noms bénis accumulés, que de faits accomplis par la France pour la plus grande gloire de Dieu ! Saint Martin, sainte Geneviève, saint Aignan, saint Rémy, saint Louis et sainte Jeanne d'Arc prient maintenant comme toujours pour le royaume où se sanctifie la disciple bien-aimée. Ils sont en prière devant le trône de Dieu pour la terre où s'épanouiront un jour les Jean-Marie Vianney, les Bernadette et les Thérèse de l'Enfant Jésus. [...]

" Non fecit taliter omni nationi. Non, Dieu n'a pas traité semblablement [taliter] toutes les nations. Pourquoi ? Encore une fois, parce que cela a plu à la Sagesse infinie. Et cette Sagesse, c'est Elle qui choisit le moment où le jansénisme [et, à notre époque, l'intégrisme] glace et paralyse les cœurs, pour les réchauffer et les ranimer dans les flammes dévorantes du Cœur même du Christ. C'est elle, connaissant l'abîme où va rouler la France de la Révolution, qui l'invite à s'en détourner en se précipitant dans un autre abîme : celui que la lance du soldat ouvrit dans le côté adorable, et prépare pour les victimes de la Terreur une source puissante de foi et de consolation. [...]

" - Voici, dit sainte Marguerite Marie, les paroles que j'entendis au sujet de notre roi [Louis XIV, Louis-Dieudonné, dont les désordres étaient finis depuis plusieurs années] : ' Fais savoir au fils aîné de mon Sacré-Cœur [la France étant la Fille aînée de l'Église], que, comme sa naissance temporelle a été obtenue par la dévotion aux mérites de ma sainte Enfance, de même il obtiendra sa naissance de grâce et de gloire éternelle par la consécration qu'il fera de lui-même à mon Cœur adorable, qui veut triompher du sien, et par son entremise de celui des grands de la terre. Il veut régner dans son palais, être peint sur ses étendards et gravé sur ses armes, pour les rendre victorieuses de tous ses ennemis, en abattant à ses pieds ces têtes orgueilleuses et superbes pour le rendre triomphant de tous les ennemis de la sainte Église. [...]

" Hélas ! le message ne parviendra pas jusqu'à Louis XIV. Louis XV l'ignorera probablement. Louis XVI le connaîtra vraisemblablement dans ses grandes lignes et, prisonnier, s'engagera dans le cas où il recouvrerait sa liberté, à se consacrer lui-même, sa famille et son royaume à l'adorable Cœur et à bâtir en son honneur et décorer une chapelle ou un autel. [...]

" Quelles épreuves, ô France, France de Jeanne d'Arc, France de saint Louis, quelles épreuves devront s'abattre sur toi pour que tu comprennes enfin ? Quelles menaces devront t'environner pour que tu te réfugies avec assurance dans la plaie du divin Cœur qui t'est toujours ouverte ? Quels coups, ô ma patrie, devront frapper ton cœur pour qu'il réponde enfin pleinement, sans réserve, à la demande du plus aimant des cœurs ?

" O sainte Marguerite-Marie, patronne de la France, priez pour que luise bientôt ce jour ! Priez, ô sainte héritière des trésors du Sacré-Cœur, priez plus que jamais ce Cœur pour la France ! [Il ne suffit pas que nous demandions à cette sainte de prier pour la France, mais nous devons tous également prier pour la restauration nationale de notre patrie en prenant tous les moyens nécessaires pour cela, comme si nous ne faisions rien, Dieu faisant tout, et en nous confiant en Dieu, comme si le succès dépendait en tout de nous, en rien de Dieu - selon les conseils de saint Ignace de Loyola, le fondateur de la Compagnie de Jésus]."

 

Lettre LXIV de Marie Lataste adressée à M. le curé de Mimbaste en 1844 :

 

" Monsieur le Curé,

 

" C'est toujours avec cette confiance que m'inspire votre charité, et ma qualité de votre enfant en le Sauveur Jésus que je vous communique, selon votre désir, tout ce que j'éprouve.

" Voici ce que m'a dit, dimanche dernier, après la sainte communion, le Sauveur Jésus :

" ' [...] Le premier roi, le premier souverain de la France, c'est moi [Jésus]. Je suis le maître de tous les peuples, de toutes les nations, de tous les royaumes, de tous les empires, de toutes les dominations ; je suis particulièrement le maître de la France [ce que confirme la véritable histoire de France - et non " celle que l'on commande à nos professeurs en vue de tromper le pays "]. Je lui donne prospérité, grandeur et puissance au-dessus de toutes les autres nations, quand elle est fidèle à écouter ma voix [là est la vérité]. J'élève ses princes au-dessus de tous les autres princes du monde quand ils sont fidèles à écouter ma voix. J'ai choisi la France pour la donner à mon Église comme sa fille de prédilection. A peine avait-elle plié sa tête sous mon joug qui est suave et léger, à peine avait-elle senti le sang de mon cœur tomber sur son cœur pour la régénérer, pour la dépouiller de sa barbarie et lui communiquer ma douceur et ma charité, qu'elle devint l'espoir de mes pontifes, et bientôt après leur défense et leur soutien. Ils lui donnèrent le nom bien mérité de ' Fille aînée de l'Église '. "

 

Pierre Virion, Le Christ qui est Roi de France, éd. Saint-Germain, Paris, 1949, pp. 86-87 :

 

« En premier lieu la légitimité de l'Église. L'Église n'a pas reçu le pouvoir temporel. Jamais elle n'a revendiqué la juridiction directe sur les affaires de l'État. Le Christ qui disait à Pilate ' Mon royaume n'est pas de ce monde ' (cf. S. Jean, XVIII, 36) et cependant s'affirmait Roi n'a, selon saint Augustin, levé ni tribut, ni armée ; il est roi parce qu'il dirige les âmes, veille au salut éternel et conduit ceux qui par la Foi, l'Espérance et la l'Amour tendent au Royaume des cieux. Ni les décrétales d'Innocent III, ni les bulles de Boniface VIII n'ont outrepassé ce précepte. Mais, parce que le pouvoir temporel, loin de s'opposer à l'épanouissement de la vie spirituelle, a pour fin, au contraire, d'en écarter les obstacles et d'en réaliser les conditions, il n'est pas douteux que l'État est par là même indirectement subordonné à l'Église. Le prince est spirituellement sujet de Pierre ; il l'est pour lui-même parce qu'il est homme, mais il l'est encore à cause de son peuple dont la vie spirituelle confiée au chef des Apôtres ne saurait être laissée par le successeur de celui-ci à la merci des abus et des faiblesses du pouvoir temporel. Ainsi l'État comme l'individu doit pratiquer la religion, soutenir et défendre l'Église et par conséquent s'y soumettre. Modératrice de la force et maîtresse de civilisation, elle protège et donne la vie. Nous sommes maintenant assez avertis par l'expérience du contraire que sa lumière, sa morale et son autorité font les sociétés libres. Entre le paganisme de la cité antique et celui de la cité moderne, la légitimité du gouvernement de Pierre fit et doit faire encore la grandeur et la sécurité de l'État. »

Après la lecture de ce texte, certains nous reprochent d'oublier  « un peu vite que les conflits qui ont engendré nombre de victimes se résument à des guerres de religion ». Nous leur répondrons que dans la plupart des conflits armés qui se déclenchèrent à travers les siècles, le facteur religieux n'a joué qu'un rôle mineur. Les marxistes, quant à eux, n'y voient que le facteur économique ; d'autres y voient une lutte de classes, une lutte pour la vie au sens darwinien du terme ; d'autres encore le pouvoir pour le pouvoir, ou le désir d'affirmer leur supériorité (cf. l'analyse de Del Valle sur les États-Unis), ou leur mégalomanie, voire leur esprit de revanche, leur volonté de puissance, etc. Bien des causes sont imbriquées. Outre cela, on ne peut non plus soutenir que toutes les guerres sont injustes. Que seraient devenus la France et le catholicisme sans Jeanne d'Arc ? Leur jugement perd donc son caractère d'universalité et ne conduit par conséquent qu'à une impasse. Ils oublient, quant à eux, l'histoire de l'Égypte pharaonique, des Chaldéens avec Babylone, leur capitale célèbre, des cruels et sanguinaires Assyriens, de l'empire perse, des Crétois et des Phéniciens, de la Grèce ancienne, des grandes conquêtes de Rome, de la Gaule qui, au troisième siècle, devint la proie des Barbares, des Huns et des hordes d’Attila, de la France qui, avec Clovis, fut en gestation, de l'empire des Incas, des Aztèques, avec les célèbres (tristement ou non) Thoutmès III, Ramsès II, Assourbanipal, Nabuchodonosor, Minos, Cyrus II le Grand, Cambyse, son fils, Darius, Alexandre le Grand, Camille, Scipion, Charlemagne, Charles Martel, Napoléon, Staline, Mao Tsè-Toung, Hitler, etc., etc. Leurs conquêtes étaient-elles toutes dues à des causes d'origine religieuse ? (Nous leur conseillons la lecture de l'Histoire de la guerre du Péloponèse de Thucydide (v. 460 - v. 392 av. J.-C.), le Père de l'histoire qui a su poser la plupart des problèmes politiques et moraux qui se posent encore à notre époque.) Et la Révolution française avec sa guillotine n'avait-elle pas été préparée par les francs-maçons à qui Jean-Jacques Rousseau apporta le grand principe du peuple souverain dont les conséquences ensanglantèrent le monde, le tourmentant sans cesse et engendrant le communisme, le socialisme, le national-socialisme ou le nazisme, oscillant constamment entre le libéralisme et l'étatisme, sans plus jamais trouver un certain équilibre et une paix relativement durable ? Nous leur conseillons également la lecture des Mémoires pour servir à l'histoire du Jacobinisme de l'abbé Augustin Barruel et De la connaissance historique de Henri-Irénée Marrou, professeur à la Sorbonne. Il y en a bien d'autres, mais nous citons seulement deux ouvrages qui, comparés à d'autres du même genre, nous semblent plus importants par leur relative objectivité, le sérieux de leurs recherches et la justesse de leur raisonnement - ce qui est, à notre époque, une qualité des plus rares, l'intelligence, au sens vrai et noble du terme (intus legere) étant en péril de mort. Nous trouvons étrange leur point de vue à l'égard le la religion, parce qu'ils condamnent néanmoins la franc-maçonnerie en s'insurgeant contre son pouvoir fourbe. Si je saisis bien leur pensée, la religion étant la source de toutes les guerres, c'est en abolissant résolument et positivement toutes les religions (cf. la Critique de la philosophie du Droit de Hegel) ou en n'en faisant plus aucun cas dans la vie publique que l'on y mettra fin. Ne voient-ils pas que leur position ne peut que réjouir la franc-maçonnerie ? Nous nous demandons si nous n'avons pas plutôt affaire à des taupes ou à des moutons. Satan ou Lucifer ne veut-il pas organiser le monde sans Dieu ? Qu'ils se posent la question, s'ils le peuvent, et qu'ils cherchent à qui profite cette politique naturaliste. Réduire l’homme à sa plus simple expression, c’est-à-dire à l’état animal. Voila qui va améliorer la situation des peuples : la loi de la jungle, la loi du plus fort ! Nous leur conseillons enfin de lire attentivement les trois ouvrages fondamentaux proposés par notre ami François-Xavier Obrador sur notre site : <http://www.barruel.com> : Lucifer démasqué, Le Pouvoir occulte contre la France et Le Palladisme.

 

Si ce que nous écrivons et soutenons sur les fondements de la création et l’origine de nos maux n’a aucun sens, nous pouvons dire avec Macbeth, le personnage célèbre de Shakespeare, que « la vie n’est qu’un fantôme errant, un pauvre comédien qui se pavane et s’agite durant son heure sur la scène et qu’ensuite on n’entend plus » et que « c’est une histoire dite par un idiot, pleine de fracas et de furie, et qui ne signifie rien… » (Macbeth, Acte V, Scène V). Alors, toutes nos connaissances sont vaines parce qu’elles ne conduisent nulle part ; et l’homme ayant perdu sa raison d’être et ne sachant d’où il vient ni où il va, se trouve ainsi dans un état pire que celui d’un animal qui ne se pose pas ce genre de questions. Notre monde étant actuellement dans un état de décrépitude intellectuelle a fini par sombrer dans une bestialité pire que celle des animaux parce qu’elle le conduit à la monstruosité ou au viol de la loi naturelle (cf. Apocalypse, 16 : 2 ; 22 : 10-15). Nous sommes vraiment parvenus au règne de la Bête avec ses immondices morales !

 

Cardinal Pie, Œuvres de Monseigneur l'Évêque de Poitiers, Tome V, Troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent, juillet 1862 et août 1863, Henri Oudin, Librairie-Éditeur, Paris, 1872, p.186-187, note 1 :

 

" Mais je vois venir l'objection triviale, et j'entends élever contre ma doctrine une accusation aujourd'hui à la mode [Ecclésiaste, I, 9 : ' Il n'y a rien de nouveau sous le soleil.']. La thèse que vous développez, me crie-t-on, c'est celle de la théocratie toute pure. La réponse est facile, et je la formule ainsi : Non, Jésus-Christ n'est pas venu fonder la théocratie sur la terre, puisqu'au contraire il est venu mettre fin au régime plus ou moins théocratique qui faisait toujours le fond du mosaïsme, encore que ce régime eût été notablement modifié par la substitution des rois aux anciens juges d'Israël. Mais, pour que cette réponse soit comprise de nos contradicteurs, il faut, avant tout, que le mot même dont il s'agit soit défini : la polémique exploite trop souvent avec succès, auprès des hommes de notre temps, des locutions dont le sens est indéterminé. Qu'est-ce donc que la théocratie ? La théocratie, c'est le gouvernement temporel d'une société humaine par une loi politique divinement révélée et par une autorité politique surnaturellement constituée. Or, cela étant, comme Jésus-Christ n'a point imposé de code politique aux nations chrétiennes, et comme il ne s'est pas chargé de désigner lui-même les juges et les rois des peuples de la nouvelle alliance, il en résulte que le christianisme n'offre pas trace de théocratie (1). L'Église, il est vrai, a des bénédictions puissantes, des consécrations solennelles pour les princes chrétiens, pour les dynasties chrétiennes qui veulent gouverner chrétiennement les peuples. Mais nonobstant cette consécration des pouvoirs humains par l'Église, je le répète, il n'y a plus, depuis Jésus-Christ, de théocratie légitime sur la terre. Lors même que l'autorité temporelle est exercée par un ministre de la religion, cette autorité n'a rien de théocratique [comme ne l'a jamais été celle de saint Louis], puisqu'elle ne s'exerce pas en vertu du caractère sacré, ni conformément à un code inspiré. Trêve donc, par égard pour la langue française et pour les notions les plus élémentaires du droit, trêve donc à cette accusation qui se retournerait en accusation d'ignorance ou de mauvaise foi contre ceux qui persisteraient à la répéter " (Discours prononcé à Nantes, le 8 novembre 1859, voir tome III, p. 514).

 

1) Raoul Auclair, Prix Victor-Emile Michelet de littérature ésotérique, Les Centuries de Nostradamus, Editions des Deux-Rives, Paris, 1958, pages 161 et 162 :

 

" Louis XVI ne sut pas concilier son amour ardent du peuple avec l'instinct du pouvoir et les devoirs de la Monarchie absolue. Mais qui donc, à ce propos, sait encore aujourd'hui ce qu'est la monarchie absolue ? Une autorité qui jouit d'un pouvoir sans limité ? Non point. C'était l'apanage des potentats antiques et ce l'est devenu des Dictateurs du XXe siècle. La monarchie est absolue pour autant qu'elle détient absolument son pouvoir ; donc de Dieu, cet unique ABSOLU [et non l'Etat démocratique qui n'est pas la source de la moralité, ni le peuple le détenteur du pouvoir - à moins de faire de l'autorité une ombre, un mythe (cf. Lettre sur le " Sillon " du pape S. Pie X)]. [...] "

 

Id., La fin des temps, Lib. Arthème Fayard, 1973, pages 96, 154 :

 

" En France, le Roi était la Tête, le Royaume les Membres. Mais en Occident, c'était la France qui était la Tête et les autres peuples les Membres (a). Par la France sclérosée, la sclérose gagna tout le corps des nations chrétiennes.

" La Loi, qui venait d'en-haut, ne pouvant plus descendre et se poser, car il n'y avait plus de Tête ni de sommet, une multitude de lois proliférèrent en bas ; et l'on sait que la prolifération des lois est le signe de la sénilité des peuples.

" [...] Les Juifs qui attendaient le Messie, mais Roi, repoussèrent l'Agneau immolé. Les Chrétiens accepteront-ils le Christ-Roi, Jésus, enfin, venant dans son Règne ? [Et qui cependant osent ou ont l'audace de dire à Dieu durant le Saint Sacrifice de la Messe : " Que ton règne vienne ".] Hélas ! cet esprit de " démocratie " qui monte dans le peuple chrétien, assurément suscité par le Prince de ce monde qui voit le monde tantôt lui échapper, cet esprit, comme un flot puissant, hostile, dès maintenant se répand, prêt à repousser toute Monarchie, fût-elle du Messie-Roi ! [Cf. l'encyclique Quas Primas de S. S. Pie XI.]

" Et que, déjà, conteste à Pierre cette royauté qu'il tient du Christ ! Et qui, déjà, comme une digue dressée contre la venue de la suprême Royauté, prétend, après vingt siècles, faire entrer la démocratie dans l'Eglise ! " [La logique du système ! Le nec plus ultra de toutes les solutions politiques pour gouverner excellemment ... Ce qui est le meilleur en soi devant évidemment convenir à l'Eglise.]

 

a) Les dix orteils, les dix Peuples barbares et les dix Nations d'Occident symbolisés par le songe de Nabuchodonosor sous la forme d'un Colosse dont Daniel en révéla le secret au chapitre 2 de son Livre.

 

Cardinal Pie, Œuvres de Monseigneur l'Évêque de Poitiers, Tome V, cité plus haut, Troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent, juillet 1862 et août 1863, Henri Oudin, Librairie-Éditeur, Paris, 1872, p.192 :

 

" [...] C'est la société publique qui a péché et qui périt par l'ulcère d'un naturalisme injurieux à Dieu ; c'est à la société qu'il est urgent et nécessaire, quoiqu'on dise, de présenter le remède. Le remède est en Jésus-Christ, il est dans l'acceptation sociale des principes révélés. Hors de là, la religion pourra jusqu'à un certain point vivifier les individus, vivifier les familles ; les sociétés et les pouvoirs resteront sous le coup de la réprobation d'en haut. "

 

Id., Tome II, Première instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent, adressée au clergé diocésain assemblée pour la retraite et le synode, 7 juillet 1855, pages 361-362 :

 

" VI. En effet, Messieurs et chers Coopérateurs, les principes essentiels et constitutifs du christianisme sont ceux-ci : l'élévation primitive de l'homme à une destinée surnaturelle ; sa chute, et, par suite, le vice de notre origine ; la nécessité d'une réparation et d'une réhabilitation ; l'incarnation du Fils de Dieu, et la rédemption par sa mort : la croyance à tout un ensemble de moyens divinement institués pour communiquer aux âmes les fruits de la doctrine et les mérites de Jésus-Christ ; l'existence d'une société [l'Eglise] gardienne et dépositaire de ces trésors ; la nécessité d'appartenir à cette société pour se sauver. Nier ces grandes vérités, et particulièrement nier l'incarnation, qui est le mystère central de toute l'économie religieuse, c'est nier le christianisme tout entier. Or, non seulement aucun de ces points n'est admis par l'école philosophique moderne que nous avons en vue, mais il en est aucun qui ne soit ou formellement ou implicitement nié par elle. Prouvons-le en ce qui concerne la révélation divine et l'incarnation. C'est l'oracle de l'école qui va parle [Victor Cousin].

" Le seul moyen qui nous soit donné de nous élever jusqu'à l'être des êtres, sans éprouver d'éblouissement ni de vertige, c'est de nous en rapprocher à l'aide du divin intermédiaire " (Du Vrai, du Beau et du Bien, par M. Victor Cousin, 2e édition, 1854, p. 132).

" Mais, quel est ce médiateur divin, ce médiateur unique ? Vous espérez ici peut-être le nom de Jésus-Christ. Erreur !

" Entre un être fini tel que l'homme, et Dieu, substance absolue et infinie, il y a le double intermédiaire et de ce magnifique univers livré à nos regards, et de ces vérités merveilleuses que la raison conçoit, mais qu'elle n'a pas faites, pas plus que l'œil ne fait les beautés qu'il aperçoit."

" Vous l'entendez, Messieurs. Saint Paul a dit : " Il y a un seul médiateur entre Dieu et les hommes, le Christ Jésus qui est homme lui-même (Unus mediator Dei et hominum homo Christus Jesus. I Timothée, II, 5)." L'apôtre de la philosophie naturaliste dit à son tour :

" Se rapprocher de Dieu à l'aide du divin intermédiaire, c'est-à-dire se consacrer à l'étude et à l'amour de la vérité, à la contemplation du beau, surtout à la pratique du bien (Du Vrai, etc., p. 132) ... tel est le SEUL moyen qui nous soit donné de nous élever jusqu'à l'être des êtres, sans éprouver d'éblouissement ni de vertige."

" Peut-on nier plus ouvertement l'existence et même la possibilité d'une révélation directe ? Peut-on combattre plus formellement la doctrine de l'incarnation divine, et substituer plus clairement la médiation du Verbe humain, c'est-à-dire de la pure raison, à celle du Verbe fait chair (cf. S. Jean, I, 14) ? "

 

Id., Tome VII, Quatrième Instruction synodale, 1871, pp. 193-194 :

 

" Le naturalisme, fils de l'hérésie, est donc bien plus qu'une hérésie : il est pur antichristianisme. L'hérésie nie un ou plusieurs dogmes ; le naturalisme nie qu'il y ait des dogmes et qu'il puisse y en avoir. L'hérésie altère plus ou moins les révélations divines ; le naturalisme nie que Dieu soit révélateur. L'hérésie renvoie Dieu de telle portion de son royaume : le naturalisme l'élimine du monde et de la création. C'est pourquoi le concile du Vatican (1869-1870) dit de cette odieuse erreur qu'elle en est en tout point en opposition à la religion chrétienne ; ayant soin d'ajouter que si elle se dresse ainsi en hostilité complète contre le christianisme, c'est qu'il est le surnaturel institué [surnaturali instituto], le surnaturel vivant et agissant, le surnaturel fait homme en Jésus-Christ et fait ensuite société et humanité dans l'Eglise [cf Daniel, 2 : 34-35, 44-45]. Et parce que c'est là le premier principe du naturalisme, il s'ensuit que sa loi fatale, son besoin essentiel, sa passion obstinée, et dans la mesure où il y réussit, son œuvre réelle, c'est de détrôner le Christ et de le chasser de partout [et c'est là l'œuvre essentielle de la Franc-Maçonnerie], ce qui sera la tâche de l'antéchrist et ce qui est l'ambition supérieure de Satan. Oui, tel est le dernier mot de cet exécrable programme [cf. l'Encyclique Humanum Genus du Pape Léon XIII]. Le Christ, notre unique Seigneur et Sauveur, c'est-à-dire le Christ qui est deux fois notre Maître, maître parce qu'il a tout fait, maître parce qu'il a tout racheté. Il s'agit de l'exclure de la pensée et de l'âme des hommes [par l'éducation nationale], de le bannir de la vie publique et des mœurs des peuples pour lui substituer à son régime ce qu'on appelle le pur règne de la raison et de la nature [i.e. le laïcisme intégral]."

 

Pape Benoît XV, Allocution au Sacré Collège, Noël 1917 :

 

" C'est l'athéisme légal érigé en système de " civilisation " qui a précipité le monde dans un déluge de sang."

 

ID, Motu Proprio "Bonum sane" du 25 juillet 1920, à propos des solennités  du cinquantenaire de la proclamation de saint Joseph, époux de la Bienheureuse Vierge Marie, comme patron de l'Eglise catholique :

 

« […] Voici, en effet, que mûrit l'idée que tous les plus dangereux fauteurs de désordre appellent de leurs vœux et dont ils escomptent la réalisation, l'avènement d'une république universelle, basée sur les principes d'égalité absolue des hommes et de communauté des biens, d'où serait bannie toute distinction de nationalités et qui ne reconnaîtrait ni l'autorité du père sur ses enfants, ni celle des pouvoirs publics sur les citoyens, ni celle de Dieu sur la société humaine. Mises en pratique, ces théories doivent fatalement déclencher un régime de terreur inouïe, et dès aujourd’hui une partie notable de l'Europe en fait la douloureuse expérience. […] »

 

Cardinal Mercier, Instruction pastorale pour le Carême 1918 :

 

" Le principal crime que le monde expie c'est l'apostasie officielle des Etats." (Cf. Chanoine Etienne Catta, La doctrine politique et sociale du Cardinal Pie, Nouvelles Editions Latines, 1959, pages 34 et 35.)

 

Pape Pie XI, Encyclique Ubi Arcano, 23 décembre 1922 :

 

" Le jour où les Etats et les gouvernements se feront un devoir sacré de se régler dans leur vie politique, au-dedans et au-dehors, sur les enseignements, les préceptes de Jésus-Christ, alors, mais alors seulement, il jouiront à l'intérieur d'une paix durable, entretiendront des rapports de mutuelle confiance et résoudront pacifiquement les conflits qui pourraient surgir."

 

Saint Thomas d'Aquin (1225 - 1274), Du Gouvernement Royal, préface du R. P. Garrigou-Lagrange, O. P., Les Maîtres de la Politique chrétienne, Éd. de la Gazette Française, Paris, 1929, livre Ier, chap. XIVe, pp. 110, 111-112 :

 

" [...] Mais, puisque l'homme, en vivant selon la vertu, se trouve ordonné à une fin plus lointaine qui consiste, nous l'avons déjà dit, en la jouissance de Dieu, il faut qu'il y ait une fin commune à la société humaine et à l'individu. La fin dernière de la société n'est donc pas de vivre selon la vertu [qui n'est en réalité qu'un moyen, un moyen nécessaire, certes !], mais d'atteindre, par la pratique de la vertu, la jouissance de Dieu [objet formel]. [...]

" [...] Mais comme l'homme n'atteint pas sa fin qui est la possession de Dieu, par ses propres forces [ce qui serait contradictoire - cette fin divine étant disproportionnée par rapport aux moyens purement humains], mais par la puissance divine, selon le mot de l'Apôtre (Romains, VI, 23) : Le don de Dieu, c'est la vie éternelle, il n'appartient pas au gouvernement humain, mais au gouvernement divin de le conduire à cette fin. Or un tel gouvernement relève de ce Roi qui n'est pas seulement homme, mais aussi Dieu, c'est-à-dire Notre-Seigneur Jésus-Christ, lequel, en faisant des hommes les fils de Dieu [par la grâce], les a introduits dans la gloire céleste.

" C'est donc là le pouvoir qui Lui a été donné et qui ne périra pas ; aussi les Livres Saints Lui donnent-ils le titre non seulement de prêtre, mais de roi, comme dit Jérémie, XXIII, 5 : Un roi régnera qui sera sage. De Lui découle le sacerdoce royal ; et, qui plus est, tous les fidèles du Christ, en tant qu'ils sont ses membres, ont part à ce double titre de roi et de prêtre [cf. Ire ép. de Pierre, II, 9]. L'administration de ce royaume, pour que le spirituel soit bien distingué du temporel, n'a pas été confié aux rois de la terre, mais aux prêtres et principalement à notre ' Grand Prêtre ', le successeur de Pierre, le Vicaire du Christ, le Pontife Romain, à qui tous les rois de la chrétienté doivent se soumettre comme à Notre-Seigneur Jésus-Christ lui-même. "

 

Pape Léon XIII, encyclique Immortale Dei du 1er novembre 1885 sur la constitution chrétienne des États :

 

" [...] Mais comme nulle société ne saurait exister sans un chef suprême qui imprime à chacun une même impulsion efficace vers un but commun, il en résulte qu'une autorité est nécessaire aux hommes constitués en société pour les régir ; autorité qui, aussi bien que la société, procède de la nature et par suite a Dieu pour auteur. - Il en résulte encore que le pouvoir public ne peut venir que de Dieu. Dieu seul, en effet, est le vrai et souverain maître des choses : toutes quelles qu'elles soient, doivent nécessairement Lui être soumises et Lui obéir ; de telle sorte que quiconque a le droit de commander ne tient ce droit que de Dieu, chef suprême de tous. ' Tout pouvoir vient de Dieu ' (Romains, XIII, I ; S. Jean, XIX, 11).

" Du reste, la souveraineté n'est en soi nécessairement liée à aucune forme politique, elle peut fort bien s'adapter à celle-ci ou à celle-là, pourvu qu'elle soit de fait apte à l'utilité et au bien commun. Mais, quelle que soit la forme de gouvernement, tous les chefs d'État doivent absolument avoir le regard fixé sur Dieu, souverain modérateur du monde, et dans l'accomplissement de leur mandat le prendre pour modèle et règle. [...]

" [...] C'est pourquoi, de même qu'il n'est permis à personne de négliger ses devoirs envers Dieu, et que le plus grand de tous les devoirs est d'embrasser d'esprit et de cœur la religion, non pas celle que chacun préfère, mais celle que Dieu a prescrite et que des preuves certaines et indubitables établissent comme la seule vraie entre toutes, ainsi les sociétés politiques ne peuvent sans crime se conduire comme si Dieu n'existait en aucune manière, ou se passer de la religion comme étrangère et inutile, ou en admettre une indifféremment selon leur bon plaisir. En honorant la Divinité, elles doivent suivre strictement les règles et le mode suivant lesquels Dieu lui-même a déclaré vouloir être honoré.

" Les chefs d'État doivent donc tenir pour saint le nom de Dieu et mettre au nombre de leurs principaux devoirs celui de favoriser la religion, de la protéger de leur bienveillance, de la couvrir de l'autorité tutélaire des lois, et ne rien statuer ou décider qui soit contraire à son intégrité. Et cela, ils le doivent aux citoyens dont ils sont les chefs. Tous, tant que nous sommes, en effet, nous sommes nés et élevés en vue d'un bien suprême et final auquel il faut tout rapporter, placé qu'il est aux cieux, au delà de cette fragile et courte existence. Puisque c'est de cela que dépend la complète et parfaite félicité des hommes, il est de l'intérêt suprême de chacun d'atteindre cette fin. Comme donc la société civile a été établie pour l'utilité de tous, elle doit, en favorisant la prospérité publique, pourvoir au bien des citoyens de façon non seulement à ne mettre aucun obstacle, mais à assurer toutes les facilités possibles à la poursuite et à l'acquisition de ce bien suprême et immuable auquel ils aspirent eux-mêmes. [...]

" Dieu a donc divisé le gouvernement du genre humain entre deux puissances : la puissance ecclésiastique et la puissance civile ; celle-là préposée aux choses divines, celle-ci aux choses humaines ; chacune est renfermée dans des limites parfaitement déterminées et tracées en conformité de sa nature et de son but spécial. [...]

" Il est donc nécessaire qu'il y ait entre les deux puissances un système de rapports bien ordonné non sans analogie avec celui qui dans l'homme constitue l'union de l'âme et du corps. On ne peut se faire une juste idée de la nature et de la force de ces rapports, qu'en considérant, comme nous l'avons dit, la nature de chacune des deux puissances, et en tenant compte de l'excellence et de la noblesse de leurs buts, puisque l'une a pour fin prochaine et spéciale de s'occuper des intérêts terrestres, et l'autre de procurer les biens célestes et éternels. - Ainsi, tout ce qui, dans les choses humaines, est sacré à un titre quelconque, tout ce qui touche au salut des âmes et au culte de Dieu, soit par sa nature, soit par rapport à son but, tout cela est du ressort de l'autorité de l'Église. Quant aux autres choses qu'embrasse l'ordre civil et politique, il est juste qu'elles soient soumises à l'autorité civile, puisque Jésus-Christ a commandé de rendre à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu (cf. S. Matthieu, XXII, 21). [...]

" Dans l'ordre politique et civil, les lois ont pour but le bien commun, dictées non par la volonté et le jugement trompeur de la foule (' multitudinis '), mais par la vérité et la justice. [...]

" [...] Quant à la souveraineté du peuple, que, sans tenir aucun compte de Dieu, l'on dit résider de droit naturel dans le peuple, si elle est éminemment propre à flatter et à enflammer une foule de passions, elle ne repose sur aucun fondement solide et ne saurait avoir assez de force pour garantir la sécurité publique et le maintien paisible de l'ordre. En effet, sous l'empire de ces doctrines, les principes ont fléchi à ce point que, pour beaucoup, c'est une loi imprescriptible, en droit politique, que de pouvoir légitimement soulever des séditions. Car l'opinion prévaut que les chefs du gouvernement ne sont plus que des délégués chargés d'exécuter la volonté du peuple : d'où cette conséquence nécessaire que tout peut également changer au gré du peuple [y compris la morale naturelle qui paraît trop contraignante au laxisme ambiant de notre société qui tombe manifestement en état de déliquescence] et qu'il y a toujours à craindre des troubles.

" Relativement à la religion, penser qu'il est indifférent qu'elle ait des formes disparates et contraires équivaut simplement à n'en vouloir ni choisir, ni suivre aucune. C'est l'athéisme moins le nom [ou le naturalisme absolu]. Quiconque, en effet, croit en Dieu, s'il est conséquent et ne veut pas tomber dans l'absurde [comme nos députés et sénateurs qui se disent catholiques - en privé - et qui devraient agir en accord avec ce que la foi et la morale chrétienne proclament], doit nécessairement admettre que les divers cultes en usage, entre lesquels il y a tant de différence, de disparité et d'opposition, même sur les points les plus importants, ne sauraient être tous également vrais, également bons, également agréables à Dieu.

" [...] La liberté, cet élément de perfection pour l'homme, doit s'appliquer à ce qui est vrai et à ce qui est bon. Or, l'essence du bien et de la vérité ne peut changer au gré de l'homme, mais elle demeure toujours la même, et, non moins que la nature des choses, elle est immuable [il n'y a pas de philosophie ou de sagesse possible sans cela].

" Ces doctrines, que la raison humaine réprouve et qui ont une influence si considérable sur la marche des choses publiques, les Pontifes romains, Nos prédécesseurs, dans la pleine conscience de ce que réclamait d'eux la Charge Apostolique, n'ont jamais souffert qu'elles fussent impunément émises. C'est ainsi que, dans sa Lettre-Encyclique "Miravi vos", du 15 août 1832, Grégoire XVI, avec une grande autorité doctrinale, a repoussé ce que l'on avançait dès lors qu'en fait de religion, il n'y a pas de choix à faire [ou de bien commun et suprême à atteindre] : que chacun ne relève que de sa conscience et peut, en outre, publier ce qu'il pense et ourdir des révolutions dans l'État. Au sujet de la séparation de l'Église et de l'État, ce Pontife s'exprime en ces termes : ' Nous ne pouvons pas attendre pour l'Église et l'État des résultats meilleurs des tendances de ceux qui prétendent séparer l'Église de l'État et rompre la concorde mutuelle entre le sacerdoce et l'empire. C'est qu'en effet les fauteurs d'une liberté effrénée redoutent cette concorde, qui a toujours été si favorable et salutaire aux intérêts religieux et civils '. - De la même manière Pie IX, chaque fois que l'occasion s'en présenta, a condamné les fausses opinions les plus en vogue, et ensuite il en fit faire un recueil [Syllabus, l'épouvantail qu'il convient de ne pas nommer], afin que dans un tel déluge d'erreurs, les catholiques eussent une direction sûre (a).

 

a) Propositions condamnées :

 

Prop. XIX. - L'Église n'est pas une société vraie, parfaite, indépendante ; elle ne jouit pas de droits propres et constants que lui ait conférés son divin Fondateur ; mais il appartient au pouvoir civil de définir quels sont les droits de l'Église et dans quelles limites elle peut les exercer.

Prop. XL. - L'État, comme origine et source de tous les droits, jouit d'un droit illimité.

Prop. LV. - Il faut séparer l'Église de l'État et l'État de l'Église.

Prop. LVI - Les lois de la morale n'ont pas besoin de la sanction divine, et il n'est pas du tout nécessaire que les lois humaines se conforment au droit naturel ou reçoivent de Dieu le pouvoir d'obliger.

Prop. LVIII - Il ne faut reconnaître d'autres forces que celles qui résident dans la matière, et tout système de morale, toute honnêteté doivent consister à accumuler et augmenter de toute manière ses richesses et à satisfaire ses plaisirs.

Prop. LIX - Le droit consiste dans le fait matériel, tous les devoirs de l'homme ne sont qu'un vain mot, et tous les faits humains ont force de droit.

Prop. LX - L'autorité n'est autre chose que la somme du nombre et des forces matérielles.

Prop. LXXIX. - ... Il est faux que la liberté civile des cultes et la pleine faculté donnée à chacun de manifester ouvertement et publiquement n'importe quelles opinions ou pensées ait pour conséquence de corrompre plus facilement les esprits et les mœurs et de propager la peste de l'indifférence [la vérité libère, mais l'erreur asservit].

" Tolérance et liberté. - De plus, il n'y a pour personne de juste motif d'accuser l'Église d'être l'ennemie soit d'une juste tolérance, soit d'une saine et légitime liberté. - En effet, si l'Église juge qu'il n'est pas permis de mettre les divers cultes sur le même pied légal que la vraie religion, elle ne condamne pas pour cela les chefs d'État qui, en vue d'un bien à atteindre, ou d'un mal à empêcher, tolèrent dans la pratique que ces divers cultes aient chacun leur place dans l'État. C'est d'ailleurs la coutume de l'Église de veiller avec le plus grand soin à ce que personne ne soit forcé d'embrasser la foi catholique contre son gré, car, ainsi que l'observe sagement St Augustin, l'homme ne peut croire que de plein gré (In Joan., Tract. 26, n° 2). "

 

 

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POUR PARVENIR À UNE RÉSURRECTION DE VIE (CF. S. JEAN, V, 25, 28-29) - Le Présent éternel

 

 

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11 février 2014 2 11 /02 /février /2014 21:34

 LA POLITIQUE

(1/14)

 

À Notre-Dame de France,

la politique française :

"regnum Galliæ, regnum Mariæ"

 

Ps 126 1 : " Si Dieu ne bâtit pas la cité,

ceux qui la bâtissent travaillent en vain "

 Luc, XI 2 ; Matthieu VI, 9-10 :

" Notre Père ... que Ton règne arrive " 

Is XL 3-4; Lc III 4 ; Mc I 3 ; Mt III 3 :

" Préparez la voie du Seigneur, rendez droit ses sentiers."

 

Aristote (384 - 322 av. J.-C.), La Politique, t. II, V, 1 :

" La démocratie, en effet, est née de cette idée que ceux

qui sont égaux sous un rapport quelconque sont égaux sous tous les rapports

(ainsi, parce qu'ils sont tous pareillement des hommes libres, les hommes

estiment qu'ils sont égaux en tout) [...] sous prétexte qu'ils sont égaux, ils ont

la prétention de participer à toutes choses sur un pied d'égalité [...]

Toutes ces constitutions [démocratie et oligarchie] renferment donc

quelque chose de juste, mais absolument parlant elles sont défectueuses. "

 

- - - - - - - - - - - -

 

Une conséquence logique :

 

Un État qui reçoit ses directives d’une société secrète ne jouit d’aucune égalité de droit (a).

 

a) Cf. Léon de Poncins, « La F.:. M .:. d’après ses documents secrets », Éd. Beauchesne, Paris 1936 ; Le Talmud, sur internet : Talmud : un best-of ; sur notre blog : LA « FORCE MYSTÉRIEUSE » : L’ORIGINE DE LA FRANC-MAÇONNERIE (1/19). - Le Présent éternel.

 

- - - - - - - - - - - -

 

Prolégomènes

Aristote, Éthique à Nicomaque, I, 4, 1096 a 16-17 :

" Vérité et amitié nous sont chères l'une et l'autre,

mais c'est pour nous un devoir sacré d'accorder

la préférence à la vérité. "

 

 

La politique étant l'art de gouverner la multitude pour procurer le bien de la cité ou le bien commun de la vie humaine, l'homme politique doit être avant tout fixé sur la nature intime de ce bien et sur les moyens de le promouvoir. En tant que science architectonique veillant sur tout ce qui a trait aux valeurs intellectuelles et morales, elle exige donc, pour connaître le pourquoi et la cause de la condition humaine, une éducation, c'est-à-dire une culture et une discipline longue, patiente et honnête. Cela, nous le comprenons aisément, ne relève pas spécifiquement de la compétence d'un bon gestionnaire dont l'utilité, en son domaine, n'est certes pas contestable. Mais ne mêlons pas les genres !

 

Cardinal Pie (1815-1880) (évêque de Poitiers (1849) qui contribua au concile Vatican I à la définition de l'infaillibilité pontificale (1870) et fut créé cardinal par le Pape Léon XIII en 1879), Œuvres de Mgr l'Evêque de Poitiers, en 10 volumes, tome II, chap. XIV : Lettre pastorale ordonnant les prières publiques indiquées par N. S. P. le Pape avec indulgence en forme de Jubilé, à l'occasion de la prochaine définition du dogme de l'Immaculée Conception (Ier octobre 1854), Poitiers, Henri Oudin, Librairie-Editeur, Paris, chez Victor Palmé, Libraire,1872, page 170 :

 

" Insensés, de n'avoir pas encore compris que c'est, en définitive, sur le terrain de la doctrine que se gagnent ou se perdent les batailles qui décident de l'avenir ! "

 

Platon (428 - 348 av. J.-C.), Cratyle, 436 b :

" Socrate :

- Il est évident que le premier qui a établi les noms les a établis suivant la manière dont il concevait les choses. C'est bien ce que nous disons, n'est-ce pas ?

" Cratyle :

- Oui.

" Socrate :

- Mais si sa conception n'était pas juste et s'il a établi les noms suivant cette conception, que crois-tu qu'il nous arrivera à nous qui le suivons ? Ne serons-nous pas trompés ?

" Cratyle :

- [...] La meilleure preuve qu'on puisse te donner que l'auteur des noms n'a pas manqué la vérité, c'est cette concordance qu'il a su mettre entre tous. [...]

" Socrate :

- Ta réponse, mon bon Cratyle, ne prouve rien. [...] Il en est ici comme dans les figures de géométrie : s'il arrive que la première, petite et peu nette, soit erronée, les nombreuses déductions qui s'ensuivent n'en sont pas moins d'accord entre elles. C'est donc, en toute entreprise, sur le point de départ qu'on doit toujours porter le plus de réflexion et le plus d'attention afin de s'assurer si le principe posé est juste ou non ; quand il a été bien éprouvé, on voit le reste s'y accommoder."

 

Aristote, Traité du Ciel (Caeli et Mundi), 271 b :

 

" Il en a été ainsi et il ne pouvait qu'en être ainsi, puisqu'un faible écart initial prend, à mesure qu'on s'éloigne de la vérité, mille fois plus d'ampleur. [...] La cause en est que l'importance d'un principe tient plus à sa puissance de développement qu'à son développement même : c'est pourquoi ce qui était insignifiant au début finit par devenir d'une grandeur immense."

 

S. Thomas d'Aquin, L'être et l'essence, Introduction :

 

" Quia parvus error in principio magnus est in fine, secundun Philosophum, primo libro Caeli et Mundi " : " Parce qu'une petite erreur au commencement est grande à la fin, selon le Philosophe, au premier livre Du Ciel et du Monde." [Par conséquent, pour ne jamais nous égarer dans nos raisonnements et pour toujours aboutir à des conclusions certaines, partons de l'être réel ou de la réalité existante et avançons par une suite de propositions rigoureusement liées et parfaitement assujetties les unes aux autres conformément aux règles de la logique. - Sur l'Organon ou la Logique d'Aristote : L’ORGANON D’ARISTOTE OU LOGIQUE - Le Présent éternel]

D'aucuns se sont demandés à la suite de cette citation et de notre bref commentaire entre crochets : " Tout cela est bien joli, mais comment être sûr que la réalité initiale soit vraie ? Tout ce qui nous entoure se résume finalement à de l'énergie". Leur question est mal formulée, car, à moins de rêver, une réalité, en soi, est toujours vraie. Je pense qu'ils parlent des choses ou des objets que saisit notre système sensoriel. Mais si nous les rejoignons en soutenant que " tout ce qui nous entoure se résume finalement à de l'énergie ", alors nous perdons ipso facto toute identité véritable, tout point de repère ou signe distinctif par rapport à notre environnement ou au monde extérieur. Dans de telles conditions qui sont-ils ? et nous, qui sommes-nous ? et tout ce qui nous entoure ? Tout est dans tout ; et nous ne pouvons même plus affirmer quoi que ce soit, puisqu'il nous est devenu impossible de dégager un prédicat ou un attribut des caractères individuants d'un sujet concret par abstraction intellectuelle. Cette façon de penser conduit à une impasse dont nul ne peut sortir. À ce compte-là aucune science n'est possible - or la science existe et, dans bien des domaines, elle aboutit à des résultats concrets qui confirment sa rectitude (nous avons quand même des appareils de mesure pour cela ! et notre bon sens avec les principes premiers de la raison spéculative). Si nous adoptions leur système de pensée, nous n'aurions plus qu'un seul nom : Energie, un nom qui peut désigner n'importe quoi ou n'importe qui. Que vont-ils construire avec une telle façon de voir les choses, car ils se réduisent eux-mêmes à un épiphénomène ? Quelle vérité peuvent-ils atteindre ? Et de quelle liberté jouissent-ils, puisque la liberté se déduit de l'intelligence qui est la faculté par laquelle nous connaissons ce que sont les choses, les types d'être réalisés en elles, et les rapports abstraits et universels qui les unissent ? Ils ne sont même plus des personnes (per se una). Quel idéal ! Quel avenir se proposent-ils ou nous proposent-ils là ? Qui change ? En réalité, tout phénomène exige un être qui existe en soi (et non par soi, i.e. une aséité, perfection propre à la Cause première) ; et tout changement suppose un sujet qui demeure, c'est-à-dire un sujet qui est substantiellement de telle nature, par exemple un chat (animal de nature féline), et qui accidentellement est de telle ou telle couleur (accident qualité) ou de tel ou tel poids (accident quantité), et en fonde la vérité. Celui qui ne se réduit qu'à de l'énergie n'est-il pas cependant conscient d'être un sujet permanent à travers tous les événements qu'il a vécus depuis sa naissance et d'avoir un moi qui lui est propre ? Quand il parle de son passé ("son", i.e. le sien et non celui de son voisin), ne commence-t-il pas ses phrases en disant " je " ? Et ne se sent-il pas responsable de " ses " actes passés ? Et quelle serait la raison d'être de la justice ? On ne poursuivrait plus personne pour " ses " délits. La substance se prouve et par l'expérience et par la raison. " Prétendre se passer de l'idée de substance, remplacer celle-ci par un faisceau de phénomènes, écrivait judicieusement le philosophe Louis Jugnet, c'est, en fait, attribuer la substantialité à l'auto suffisance, à chaque phénomène, le traiter comme une substance au rabais, multiplier les inconvénients qu'on prétendait éviter " (Pour connaître la pensée de saint Thomas d'Aquin, chez Bordas, 1964, p. 125). Ne rêvons donc pas. Gardons bien les pieds sur terre. Quant à soutenir que " nous sommes déjà dans l'erreur puisque nous n'appréhendons qu'une certaine échelle de la réalité " ou de la vérité (la vérité étant la conformité de notre intellect avec les choses ou ce qui est), ils commettent là un sophisme grossier qui va de pair avec leur méconnaissance de la condition humaine ou de ses limites, car l'erreur n'a de sens et ne se reconnaît comme telle que par rapport à une vérité certainement connue (la vérité étant également la conformité de notre intelligence à une chose, un objet, à ce-qui-est, i.e. à une réalité). Leur affirmation revient à tuer en soi toute vie intellectuelle ou, comme le disait Aristote, à se rendre semblable à une souche (cf. également le Théétète de Platon, 161 c - 162 b. - Aristote, quant à lui, a réfuté le scepticisme d'une façon définitive, ou plus méthodiquement que Platon, dans sa Métaphysique, au livre G, son troisième livre.  

 

 

Cela dit, il convient de préciser que nous ne prétendons pas saisir adéquatement et exhaustivement l'essence même de chaque type d'être, ce qui n'est réservé qu'à Dieu seul qui est la parfaite identité du Connaître et de l'Être, l'Acte pur d'exister et l'Infini, tandis que notre connaissance est limitée et commence par nos sens et que notre intelligence passe de la puissance à l'acte.

 

Cardinal Pie (1815-1880), Œuvres de Mgr l'Evêque de Poitiers, citées plus haut, tome V, chap. IV : Troisième instruction synodale sur les principales erreurs de notre temps, juillet 1862 et août 1863, pages 116-1117 :

 

« XIII. [...] Affirmer est facile ; prouver l'est beaucoup moins ; et comme l'évidence n'existera jamais contre un fait certain et démontré, nous nous retranchons dans la certitude du fait, et nous nous armons d'un adage philosophique qu'aucune critique ne peut récuser : c'est que " de l'existence d'un fait à sa possibilité, la conclusion est rigoureuse " : Ab actu ad posse valet consecutio. »

 

Aristote, Éthique à Nicomaque, I, 8, 1098 b 10 :

 

" Mais nous devons porter notre examen sur le principe, non seulement à la lumière de la conclusion et des prémisses de notre raisonnement, mais encore en tenant compte de ce qu'on en dit communément, car avec un principe vrai toutes les données de fait s'harmonisent, tandis qu'avec un principe faux la réalité est vite en désaccord."

 

Charles Renouvier (1815 - 1903), Essais de Critique générale, 2e éd., 1875, Logique, t. II, p. 126 :

 

" L'abandon des études logiques a été poussé en France à un tel point que la théorie du jugement n'y est pas plus étudiée que celle du syllogisme [et pour cause !], et que si l'étude des mathématiques et en partie celle du droit n'apportaient pas quelque remède à ce mal, on trouverait peu de gens instruits qui sussent bien manier la réciproque par exemple, et n'eussent pas l'habitude de semer leur conversation de paralogismes grossiers."

 

Charles Maurras, Œuvres capitales (en 4 vol.), II : Essais politiques, note IV : Misère logique :

 

" Sur le même sujet que Renouvier, le Genevois Hennequin a remarqué l'affaiblissement des dons proprement intellectuels des Français depuis cent ans. Voir aussi le curieux ouvrage de Max Nordau, Dégénérescence.

" Encore Hennequin, Nordau, Renouvier s'occupent-ils ici des intelligences soumises à une culture générale assez profonde. Hors de ce cercle, dans le monde des spécialistes, les dommages sont plus considérables encore, si l'on en croit Alfred Fouillée. ' Rétrécissement de l'intelligence ', ' égoïsme intellectuel ', ' individualisme moral ', voilà les traits qu'il a comptés dans son curieux livre Les Études classiques et la Démocratie : ' Ceux qui n'ont pas fait ces études dédaignent les idées générales, les principes, et ils prétendent s'en passer ! En réalité - on en a fait maintes fois la remarque - ils acceptent sans contrôle parmi leurs idées courantes celles qui répondent le mieux à leurs préjugés individuels, et ils les érigent indûment en principes '.

" La remarque d'Alfred Fouillée est très juste. Rapprochée de celles que l'on a lues plus haut, elle me paraît incomplète. L'abandon des études classique n'est pas seule cause du fléau qu'il décrit. L'affaiblissement intellectuel des ' spécialistes ' vient de la misère logique qui règne dans la sphère supérieure des lettrés et des philosophes [ou prétendus tels]. Mais cette misère résulte de l'abandon des anciennes études théologiques ou, si l'on aime mieux, de ce que ces études si brusquement abandonnées n'ont été remplacées par rien."

 

Platon (428 - 348 av. J.-C.), La République, VIII, 557 b, 558 b, 560 et 561 a, 562 a, 563 a, 564 a :

 

" Maintenant, repris-je, voyons de quelle manière ces gens-là [les démocrates] s'administrent, et ce que peut-être une telle constitution. Aussi bien est-il évident que l'individu qui lui ressemble nous découvrira les traits de l'homme démocratique.

" C'est évident.

" En premier lieu, n'est-il pas vrai qu'ils sont libres, que la cité déborde de liberté et de franc-parler, et qu'on y a licence de faire ce qu'on veut ?

" [...] On trouvera donc, j'imagine, des hommes de toute sorte dans ce gouvernement plus que dans aucun autre.

" [...] Comme un vêtement bigarré qui offre toute la variété des couleurs, offrant toute la variété des caractères, il pourra paraître d'une beauté achevée. Et peut-être, ajoutai-je, beaucoup de gens, pareils aux enfants et aux femmes qui admirent les bigarrures, décideront-ils qu'il est le plus beau.

" [...] Et l'esprit indulgent et nullement vétilleux de ce gouvernement, mais au contraire plein de mépris pour les maximes que nous énoncions avec tant de respect en jetant les bases de notre cité, lorsque nous disions qu'à moins d'être doué d'un naturel excellent on ne saurait devenir homme de bien si, dès l'enfance, on n'a joué au milieu des belles choses et cultivé tout ce qui est beau, - avec quelle superbe un tel esprit, foulant aux pieds tous ces principes, néglige de s'inquiéter des travaux où s'est formé l'homme politique, mais l'honore si seulement il affirme sa bienveillance pour le peuple !

" C'est un esprit tout à fait généreux, dit-il.

" Tels sont, poursuivis-je, les avantages de la démocratie, avec d'autres semblables. C'est, comme tu vois, un gouvernement agréable, anarchique et bigarré, qui dispense une sorte d'égalité aussi bien à ce qui est inégal qu'à ce qui est égal.

 " [...] Et n'en dirons-nous pas autant des désirs amoureux et des autres ?

" Si fait.

" [...] Lorsqu'un jeune homme élevé, comme nous l'avons dit tout à l'heure, dans l'ignorance et la parcimonie, a goûté du miel des frelons [le frelon étant, selon Platon, " l'homme plein de passions et d'appétits, gouverné par les désirs superflus "], et s'est ainsi trouvé dans la compagnie de ces insectes ardents et terribles qui peuvent lui procurer des plaisirs de toute sorte, nuancés et variés à l'infini, c'est alors, crois-le, que son gouvernement intérieur commence à passer de l'oligarchie à la démocratie.

" [...] À la fin, j'imagine, ils ont occupé l'acropole de l'âme du jeune homme, l'ayant sentie vide de science, de nobles habitudes et de principes vrais, qui sont certes les meilleurs gardiens et protecteurs de la raison chez les humains aimés des dieux.

" Les meilleurs et de beaucoup, dit-il.

" Des maximes, des opinions fausses et présomptueuses sont alors accourues, et ont pris possession de la place.

" C'est tout à fait exact.

" Dès lors le jeune homme, revenu chez les Lotophages (1), s'installe ouvertement parmi eux ; et si, de la part de ses proches, quelque secours vient au parti économe de son âme, ces présomptueuses maximes ferment en lui les parties de l'enceinte royale, et ne laissent entrer ni ce renfort, ni l'ambassade des sages conseils que lui adressent de sages vieillards [et ainsi c'en est fait de toute civilisation]. Et ce sont ces maximes qui l'emportent dans le combat ; traitant la pudeur d'imbécillité, elles la repoussent et l'exilent honteusement [cf. les films et la publicité à la télévision, etc.] ; nommant la tempérance lâcheté, elles la bafouent et l'expulsent ; et faisant passer la modération et la mesure dans les dépenses pour rusticité et bassesse, elles les boutent dehors, secondées en tout cela par une foule d'inutiles [on se croirait au début du XXIe siècle après J.-C.].

" C'est très vrai.

" Après avoir vidé et purifié de ces vertus l'âme du jeune homme qu'elles possèdent, comme pour l'initier à de grands mystères [les mystères d'Éleusis], elles y introduisent, brillantes, suivies d'un chœur nombreux et couronnées, l'insolence, l'anarchie, la licence, l'effronterie, qu'elles louent et décorent de beaux noms, appelant l'insolence noble éducation, l'anarchie liberté, la débauche magnificence, l'effronterie courage (2). N'est-ce pas ainsi, demandai-je, qu'un jeune homme habitué à ne satisfaire que les désirs nécessaires en vient à émanciper les désirs superflus et pernicieux, et à leur donner libre carrière ?

" Si, dit-il, la choses est tout à fait claire.

" [...] Sa vie ne connaît ni ordre ni nécessité, mais il l'appelle agréable, libre, heureuse, et lui reste fidèle.

" Tu as parfaitement décrit, dit-il, la vie d'un ami de l'égalité.

" [...]

" Lorsqu'une cité démocratique, altérée de liberté, trouve dans ses chefs de mauvais échansons, elle s'enivre de ce vin pur au-delà de toute décence ; alors, si ceux qui la gouvernent ne se montrent pas tout à fait dociles et ne lui font pas large mesure de liberté [c'est l'escalade inéluctable], elle les châtie, les accusant d'être des criminels et des oligarques.

" C'est assurément ce qu'elle fait [ou fera], dit-il.

" Et ceux qui obéissent aux magistrats, elle les bafoue et les traite d'hommes serviles et sans caractère ; par contre, elle loue et honore, dans le privé comme en public, les gouvernants qui ont l'air de gouvernés et les gouvernés qui prennent l'air de gouvernants. N'est-il pas inévitable que dans une pareille cité l'esprit de liberté s'étende à tout ?

" Comment non, en effet ?

" Qu'il pénètre, mon cher, dans l'intérieur des familles, et qu'à la fin l'anarchie gagne jusqu'aux animaux ?

" Qu'entendons-nous par là ? demanda-t-il ?

" Que le père s'accoutume à traiter son fils comme son égal et à redouter ses enfants, que le fils s'égale à son père et n'a ni respect ni crainte pour ses parents [" ses vieux " - complètement gâteux ou séniles], parce qu'il veut être libre, que le métèque devient l'égal du citoyen, le citoyen du métèque et l'étranger pareillement.

" Oui, il en est ainsi, dit-il.

" [...] Et il en est ainsi du reste : tout déborde de liberté.

" [...] Et ils en viennent à la fin, tu le sais, à ne plus s'inquiéter des lois écrites ou non écrites, afin de n'avoir absolument aucun maître.

" Je ne le sais que trop, répondit-il.

" [...] Le même mal, répondis-je, qui, s'étant développé dans l'oligarchie, a causé sa ruine, se développe ici avec plus d'ampleur et de force, du fait de la licence générale, et réduit la démocratie à l'esclavage ; car il est certain que tout excès provoque ordinairement une vive réaction, dans les saisons, dans les plantes, dans nos corps, et dans les gouvernements bien plus qu'ailleurs.

" C'est naturel.

" Ainsi, l'excès de liberté doit aboutir à un excès de servitude, et dans l'individu et dans l'État.

" Il le semble, dit-il.

" Vraisemblablement, la tyrannie n'est donc issue d'aucun gouvernement que la démocratie, une liberté extrême étant suivie, je pense, d'une extrême et cruelle servitude.

" C'est logique. "

1) On sait que les compagnons d'Ulysse, après avoir mangé des fruits de lotos [du lotus, en copte, outahfai], perdirent tout souvenir de leur patrie (Homère, Odyssée, IX, 94 sqq.) De même le jeune homme qui vit dans la compagnie de ces Lotophages que sont les frelons, et se plonge en de vulgaires délices, oublie sa divine origine, et qu'il a, lui aussi, une patrie céleste.

 

2) Lévitique, XVIII, 1 et 22 :

 

" Dieu (hwhy) parla à Moïse en ces termes :

" [...] Tu ne coucheras pas avec un homme comme on fait avec une femme : c'est une abomination." [Pour Sodome, cf. Genèse, XVIII, 20 et XIX, 15; S. Matthieu, XI, 23-24 ; S. Luc, X, 12 ; XVII, 29.- S. Matthieu, XIX, 19 : " ... et il y a des eunuques qui se sont eux-mêmes rendus tels à cause du Royaumes des Cieux. Que celui qui peut comprendre comprenne ! " - S. Matthieu, V, 8 : " Bienheureux ceux qui ont le cœur pur, parce qu'ils verront Dieu " - autrement dit, malheureux les cœurs impurs, parce qu'ils ne verront pas Dieu ou parce qu'ils seront damnés. On ne peut raisonnablement considérer l'homosexualité que comme une monstruosité qui, en inversant la Vérité créatrice, va manifestement à l'encontre de la loi naturelle et divine - SoDoMie, de SoDoMe (odM - sans Waw, la lettre insigne (epishmon - Stromates de Clément d'Alexandrie ), le déterminatif de la Nature Divine du Fils).]

 

Id., Critias, 120 c :  

 

" Mais quand la portion divine qui était en eux s'altéra par son fréquent mélange avec un élément mortel considérable [la masse inerte ou inanimée] et que le caractère humain prédomina, incapables dès lors de supporter la prospérité, ils se conduisirent indécemment, et à ceux qui savent voir, ils apparurent laids, parce qu'ils perdaient les plus beaux de leurs biens les plus précieux, tandis que ceux qui ne savent pas discerner ce qu'est la vraie vie heureuse les trouvaient justement alors parfaitement beaux et heureux, tout infectés qu'ils étaient d'injustes convoitises et de l'orgueil de dominer. Alors le Dieu des dieux, Zeus, qui règne suivant les lois et qui peut discerner ces sortes de choses, s'apercevant du malheureux état d'une race qui avait été vertueuse, résolut de les châtier pour les rendre plus modérés et plus sages."

 

S. Matthieu, 24 : 37 (ou S. Luc, 17 : 26) :

 

" Car il en sera de l'avènement du Fils de l'homme comme du temps de Noé (cf. Genèse, 6 : 5-12)." [Et n'oublions pas qu'avant le déluge ou au temps de Noé les hommes menaient une vie prospère et heureuse dans un total mépris des lois morales, ayant exclu toute référence à Dieu.]

 

IIe Épître de S. Pierre, 3 : 3-7 :

 

" Avant tout, vous devez savoir que dans les derniers jours viendront des railleurs avec leurs railleries, qui vivent au gré de leurs convoitises et qui diront : ' Que devient la promesse de son avènement ? En effet, depuis que nos pères sont morts, rien n'est changé de ce qui existait depuis le début du monde ! ' Il leur échappe, à ceux qui prétendent cela, qu'il y avait dès l'abord des cieux et une terre, que la parole de Dieu avait fait surgir de l'eau et par l'eau, et que par là périt le monde ancien, englouti sous les eaux. Quant aux cieux et à la terre d'à présent, la même parole les tient en réserve pour le feu, les gardant pour le jour du jugement et de la destruction des impies."

 

Aristote, Éthique à Nicomaque, VIII, 12, 1161 a 6-9 :

 

" La démocratie se rencontre principalement dans les demeures sans maîtres (car là tous les individus sont sur un pied d'égalité), et dans celles où le chef est faible et où chacun a licence de faire ce qui lui plaît."

 

Bossuet (1627 - 1704), prélat, théologien et écrivain français, Discours sur l'histoire universelle, Éd. Garnier-Flammarion, Paris, 1966, Troisième partie : Les empires, chap. VII : La suite des changements de Rome est expliquée, page 426, et chap. VIII : Conclusion de tout le discours précédent, où l'on montre qu'il faut tout rapporter à une Providence, pp. 427-428 :

 

" Rome, épuisée par tant de guerres civiles et étrangères, se fit tant de nouveaux citoyens, ou par brigue ou par raison, qu'à peine pouvait-elle se reconnaître elle-même parmi tant d'étrangers qu'elle avait naturalisés. Le sénat se remplissait de Barbares ; le sang romain se mêlait : l'amour de la patrie, par lequel Rome s'était élevée au-dessus de tous les peuples du monde, n'était pas naturel à ces citoyens venus du dehors ; et les autres se gâtaient par le mélange. Les partialités se multipliaient avec cette prodigieuse multiplicité de citoyens nouveaux ; et les esprits turbulents y trouvaient de nouveaux moyens de brouiller et d'entreprendre.

" Cependant le nombre des pauvres s'augmentait sans fin par le luxe, par les débauches, et par la fainéantise qui s'introduisait. Ceux qui se voyaient ruinés n'avaient de ressources que dans les séditions, et en tout cas se souciaient peu que tout pérît après eux. On sait que c'est ce qui fit la conjuration de Catilina. Les grands ambitieux, et les misérables qui n'ont rien à perdre, aiment toujours le changement. Ces deux genres de citoyens prévalaient dans Rome ; et l'état mitoyen qui seul tient tout en balance dans les États populaires, étant le plus faible, il fallait que la république tombât. [...]

" Mais souvenez-vous que ce long enchaînement des causes particulières, qui font et défont les empires, dépend des ordres secrets de la divine Providence. Dieu tient du plus haut des cieux les rênes de tous les royaumes ; il a tous les cœurs en sa main : tantôt il retient les passions ; tantôt il leur lâche la bride ; et par là il remue tout le genre humain [Dieu serait-il Dieu sans cela, Lui qui vit dans un éternel Présent et qui est l'Acte pur d'être ?] [...]

" Il connaît la sagesse humaine, toujours courte par quelque endroit ; il l'éclaire, il étend ses vues, et puis il l'abandonne à ses ignorances : il l'aveugle, il la précipite, il la confond par elle-même : elle s'enveloppe, elle s'embarrasse dans ses propres subtilités, et ses précautions lui sont un piège. Dieu exerce par ce moyen ses redoutables jugements, selon les règles de sa justice toujours infaillible. C'est lui qui prépare les effets dans les causes les plus éloignées, et qui frappe ces grands coups dont le contrecoup porte si loin. Quand il veut lâcher le dernier et renverser les empires, tout est faible et irrégulier dans les conseils. [...]

" C'est ainsi que Dieu règne sur tous les peuples. Ne parlons plus de hasard ni de fortune ; ou parlons-en seulement comme d'un nom dont nous couvrons notre ignorance. Ce qui est hasard à l'égard de nos conseils incertains est un dessein concerté dans un conseil plus haut, c'est-à-dire dans ce conseil éternel qui renferme toutes les causes et tous les effets dans un même ordre. De cette sorte tout concourt à la même fin [cf. Romains, 8 : 28] ; et c'est faute d'entendre le tout [i.e. le commencement et la fin], que nous trouvons du hasard ou de l'irrégularité dans les rencontres particulières. [...]

" C'est pourquoi tous ceux qui gouvernent se sentent assujettis à une force majeure [encore qu'il faille une certaine dose d'humilité, ce dont le monde actuel semble tout à fait dépourvu, étant subjugué et obnubilé par les nouvelles découvertes scientifiques, - qui ne nous révèlent rien sur le substratum du cosmos, - croyant que celles-ci finiront un jour par résoudre tous nos problèmes et par nous guérir de tous nos maux - ou par découvrir en quelque sorte la Pierre philosophale, la panacée qui, selon le "Rosaire des Philosophes", "réjouira notre âme, augmentera nos forces, conservera notre jeunesse ou chassera notre vieillesse"]. Ils font plus ou moins qu'ils ne pensent, et leurs conseils n'ont jamais manqué d'avoir des effets imprévus. Ni ils ne sont maîtres des dispositions que les siècles passés ont mises dans les affaires, ni ils ne peuvent prévoir [à long terme] le cours que prendra l'avenir, loin qu'ils le puissent forcer. Celui-là seul tient tout en sa main, qui sait le nom de ce qui est et de ce qui n'est pas encore, qui préside à tous les temps et prévient tous les conseils.

" Alexandre ne croyait pas travailler pour ses capitaines, ni ruiner sa maison par ses conquêtes. Quand Brutus inspirait au peuple romain un amour immense de la liberté, il ne songeait pas qu'il jetait dans les esprits le principe de cette licence effrénée par laquelle la tyrannie qu'il voulait détruire devait être un jour rétablie plus dure que sous les Tarquins. Quand les Césars flattaient les soldats, ils n'avaient pas dessein de donner des maîtres à leurs successeurs et à l'empire. En un mot, il n'y a point de puissance humaine qui ne serve malgré elle à d'autres desseins que les siens. Dieu seul sait tout réduire à sa volonté. C'est pourquoi tout est surprenant, à ne regarder que les causes particulières, et néanmoins tout s'avance avec une suite réglée [jusqu'à la Jérusalem céleste qui descendra du ciel - cf. Apocalypse, 21 : 2]. Ce discours vous le fait entendre ; et, pour ne plus parler des autres empires, vous voyez par combien de conseils imprévus, mais toutefois suivis en eux-mêmes, la fortune de Rome a été menée depuis Romulus jusqu'à Charlemagne. "

 

Cardinal Pie (1815-1880), Œuvres de Mgr l'Evêque de Poitiers, citées plus haut, Première instruction synodale sur les principales erreurs de notre temps, 7 juillet 1855, pages 352 :

 

" Nous n'exagérons rien en affirmant qu'aux plus mauvais jours du paganisme, le vieil empire romain, dans les intervalles qui séparaient les persécutions sanglantes, laissait à la communauté chrétienne plus d'autorité sur sa discipline extérieure et sur ses possessions temporelles que ne lui en reconnaissent la plupart des gouvernements modernes."

 

Saint Thomas d'Aquin (1225 - 1274), Du Gouvernement Royal, préface du R. P. Garrigou-Lagrange, O. P., Les Maîtres de la Politique chrétienne, Éd. de la Gazette Française, Paris, 1929, p. VIII : préface du R. P. Garrigou-Lagrange, et livre Ier, chap. XIVe, pp. 113-114 :

 

R. P. Garrigou-Lagrange, p. VIII :

 

" En un temps où la politique n'est plus guère considérée comme une vertu, comme une prudence ordonnée à promouvoir le bien commun de la multitude, mais comme l'art de transiger pour aboutir, pour sauvegarder les intérêts d'un parti, en opprimant souvent l'élite des citoyens et en travaillant à la ruine [morale et spirituelle] d'un pays, il est grandement utile de publier une traduction du De Regimine de saint Thomas, tout au moins du livre Ier et des quatre premiers chapitres du livre IIe, qui sont certainement de lui. "

 

S. Thomas d'Aquin, pp. 113-114 :

 

" Aussi, par une admirable disposition de la divine Providence, dans cette ville de Rome, que Dieu avait prévu devoir être la capitale du monde chrétien [sans oublier cependant, pour éviter tout anthropomorphisme, que tous les moments du temps sont réellement présents à l'éternité divine], on avait vu peu à peu s'introduire une coutume suivant laquelle les chefs des cités reconnaissaient l'autorité des prêtres. Car, écrit Valère Maxime [historien latin, contemporain de l'empereur Tibère, Ier siècle], ' notre ville n'a jamais cessé d'estimer que tout devait céder le pas à la religion, même dans les choses où elle voulait faire apparaître l'éclat de sa souveraine majesté. C'est pourquoi ses maîtres n'hésitèrent pas à servir la religion, dans la pensée qu'ils obtiendraient l'empire sur les choses humaines s'ils se considéraient vraiment et en toute occasion comme les serviteurs de la puissance divine '. Et de même, pour montrer par avance l'attachement très vivace que le royaume des Francs porterait un jour au Sacerdoce chrétien, la Providence permit que, déjà chez les Gaulois, les prêtres païens, appelés Druides, réglassent la constitution de toute la Gaule, comme le rapporte Jules César dans son livre sur la guerre des Gaules. "

 

D'aucuns mettent en doute l'exactitude des textes religieux en avançant qu'ils " ont été transmis, traduits et interprétés de telle sorte que l'on a perdu le véritable sens original ", concluent que c'est " peine perdue de trouver des solutions " si nous nous en référons à eux pour trouver la vraie loi divine et la mettre en accord avec notre vie. Rappelons que nous trouvons cette loi dans le Décalogue, et qu'il existe également une morale naturelle, c'est-à-dire fondée sur l'expérience rationnellement interprétée et qui a nécessairement Dieu pour auteur, puisqu'il est le Créateur de toutes choses. Remarquons que Dieu ne pouvant se contredire, cette loi naturelle ne peut être en désaccord avec les dix Commandements qu'il a révélés à Moïse et qui furent " écrits du doigt de Dieu " (Exode, 31 : 18) ou gravés sur deux Tables du Témoignage, Tables de pierre, qui furent brisées par Moïse, mais que celui-ci retailla et sur lesquelles Dieu grava de nouveau ses Commandements (Ibid., 34 : 1, 4, 29 ; Deutéronome, 10 : 2), et que Moïse déposa dans l'Arche, sur l'ordre de Dieu (Deutéronome, 10 : 2). Explicitement, on peut se dispenser de faire appel à Dieu, mais non implicitement, parce que " notre intellect est quelque chose de divin " et que l'homme doit par conséquent, " dans la mesure du possible, s'immortaliser " en tendant constamment vers Dieu, le Souverain Bien, mais, comme le dit Héraclite, un âne préférera la paille à l'or (cf. Aristote, Éthique à Nicomaque, livre X, 5-9 ; Métaphysique, livre L, ou livre XIIe, chap. 7).

Quant à la vraie religion, si les hommes avaient un peu plus de jugeote, d'intelligence, d'honnêteté, de pureté, de bonne volonté, et de persévérance, il leur serait aisé de la trouver, mais ils sont malheureusement plus intéressés par l'argent, la jouissance, le sexe et le pouvoir. Dans ces conditions, il est normal qu'ils ne trouvent rien. Le contraire serait d'ailleurs scandaleux et incompréhensible. Souvenons-nous de ces phrases capitales : " Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu ", " Cherchez et vous trouverez ", " Si je n'avais pas fait chez eux ces œuvres que nul autre n'a faites, ils seraient sans péché ", " Ma doctrine n'est pas de moi ; mais elle est de Celui qui m'a envoyé. Si quelqu'un veut faire Sa volonté, il saura, au sujet de cette doctrine, si elle est de Dieu ou si je parle de moi-même " et enfin : " Si quelqu'un m'aime, il gardera ma parole. Mon Père l'aimera, et nous viendrons à lui, et nous ferons notre demeure en lui ", " Si vous demeurez en moi et si mes paroles demeurent en vous, ce que vous voudrez, demandez-le, et cela vous arrivera. En ceci est glorifié mon Père : que vous portiez beaucoup de fruits et que vous deveniez mes disciples " (notez que les trois dernières paroles sont des promesses). Partant des principes que la plus belle femme du monde ne peut donner que ce qu'elle a ou que l'effet ne peut pas dépasser la capacité de sa cause et qu'un mauvais arbre ne donnera jamais de bons fruits, et constatant la capacité mystérieuse de l'Église catholique d'enfanter des saints à travers tous les siècles et de les voir accomplir des miracles post mortem et même durant leur vie sur terre (ce qui, selon le magistère de l'Église, n'est pas pris en compte pour déclarer infailliblement qu'une personne est bienheureuse ou sainte), on peut déjà là commencer à entrevoir une issue à notre quête : avec saint Justin, le philosophe et martyr (en l'an 166), sainte Martine, Vierge romaine et martyre (1), saint Martin de Tours (décédé en 397), " l'Ancêtre de la nation française ", sainte Hildegarde (1098-1179, abbesse bénédictine, visions et révélations : « Scivias Domini »), sainte Jeanne d'Arc (1412-1431), saint Bernard de Clairvaux (1091-1153), saint Dominique (vers 1175-1221), saint François d'Assise (1181/1182-1226), sainte Claire d'Assise (1194-1253), saint Thomas d'Aquin (1225-1274), saint Vincent Ferrier (vers 1350-1419), saint Ignace de Loyola (1491-1556), saint François Xavier (1506-1552), saint François de Sales (1567-1622), Marie des Vallées (1590-1656), saint Jean Eudes (1601-1680), sainte Angèle de Foligno (1248-1309), la bienheureuse Lidwine de Schiedam (1380-1433), sainte Thérèse d'Avila (1515-1583), saint Jean de la Croix (1542-1591), Benoîte Rencurel (1647-1718), saint Gérard Majella (1726-1755), Benoîte Rencurel, la voyante de Notre-Dame du Laus (1647-1718), sainte Thérèse de Lisieux (ou de l'Enfant Jésus) (1873-1897), sainte Marguerite-Marie Alacoque (1647-1690), avec les révélations du Sacré-Coeur) et la consécration au Sacré-Cœur, la bienheureuse Anne-Marie Taïgi (1769-1837), le Curé d'Ars (1786-1859), sainte Catherine Labouré et la Médaille Miraculeuse (1846), Elisabeth de la Trinité (1880-1906, carmélite), Thérèse Neumann (1898-1962), le saint Padre Pio (1887-1968), les apparitions de la mère du Fils unique de Dieu à Guadeloupe (1531), la capitale de la civilisation aztèque, à La Salette (1846), à Lourdes (1858), à Pontmain (1871), à Fatima (13  octobre 1917), avec plus de 70 000 témoins, croyants ou non prévenus un mois à l’avance par la Sainte Vierge Marie, Mère de Dieu, à Beauraing (1932-1933), à Banneux (1933), à Pellevoisin (1876), à Lorette (10 décembre 1294, transport par les anges de la maison de Nazareth où la Vierge Marie prit naissance et où elle reçut presque toute son éducation), à Syracuse (1953), etc., etc., nous n'avons que l'embarras du choix (cf. sur internet la liste non exhaustive des saints catholiques : Liste des saints catholiques - Wikipédia). Si une autre Église ou assemblée religieuse ou secte pouvait en faire autant, ne serait-ce pas d'un grand profit pour les âmes dont elle a la charge ? Mais cela ne marche pas avec les autres Églises ou sectes. En vertu de quel droit celles-ci censurent quinze siècles d'un catholicisme dont le fruit a été des myriades et des myriades de saints ? (2) Quels fruits surnaturels peuvent-elles nous opposer ? Les saints étaient pourtant dépourvus de tout moyen technique pour réaliser leurs miracles. La foi leur suffisait et suffit toujours aux saints pour faire aussi les œuvres que Jésus a faites et même pour en faire de plus grandes. N'est-il pas absurde de soutenir que leurs pouvoirs venaient ou viennent de rien ? Dieu ou l'Etre même n'en est-il pas le seul auteur ? Nul ne peut par conséquent s'en glorifier ou les rechercher pour satisfaire la curiosité du monde et s'attirer de vains éloges et des compliments futiles comme au cirque sans les perdre sur le champ. Notre esprit ne doit pas s'arrêter au visible. " Ce qui fait l'excellence de l'âme humaine, dit saint Augustin dans son traité sur la " Vraie religion ", ce n'est pas qu'elle perçoit du sensible, mais qu'elle en juge" et qu'elle s'élève " graduellement vers les réalités impérissables qui toujours demeurent." Les savants en font-ils autant ? Ils sont déjà pécheurs du fait qu'ils s'attribuent des pouvoirs dont ils ne sont pas les auteurs. Et à quoi bon la science ? Peut-elle nous conduire à la béatitude éternelle ? Cherchons d'abord le royaume de Dieu. Quant à révéler notre propre expérience religieuse, il ne saurait en être question, parce que cela serait pécher contre Dieu (cf. Psaumes, Vulgate, 118 : 11) et ne servirait d'ailleurs à rien puisque chacun d'entre nous peut et doit, s'il le veut, trouver sa voie personnelle pour parvenir à l'union avec Dieu, et non pas en cheminant avec les grâces ou les lumières d'autrui ou en se pliant à un modèle quelconque (3). Dans le plan de Dieu, chacun a une vocation propre à suivre ou à réaliser et ce qu'il recevra sera toujours ce qu'il y a de meilleur pour lui ; mais, hélas ! peu nombreux sont ceux qui trouvent le chemin conduisant à la vie ou au salut éternel, parce qu'on ne le trouve pas sans effort ou sans croix (cf. Luc, 13 : 23-24 ; Matthieu, 7 : 13-14 ; cf. S. Jean de la Croix, La Nuit obscure, Livre II, chapitre XVI - chapitre sublime). Nous pourrions également citer quelques cas manifestes de possession diabolique bien distincts des phénomènes morbides, maladies nerveuses et monomanies,  et dont les trois signes les plus certains se font reconnaître lorsque le possédé parle une langue qu’il n’a jamais apprise, dit des choses évidemment au-dessus de sa portée, ne se souvient plus de ce qu’il a dit, ou de ce qu’il a fait durant sa possession. Nous ne devons pas oublier non plus les phénomènes mystiques extraordinaires, tels que la lévitation, les effluves lumineux et odoriférants, l’abstinence prolongée et la stigmatisation (avec Ste Thérèse, Ste Colette, Mme Acarie, Ste Catherine de Sienne, S. Joseph de Cupertino, Ste Catherine de Ricci, etc.). Il n’y a vraiment que ceux qui ne veulent pas se soumettre à la réalité parce que celle-ci dépasse leur raison qui ne croient pas aux miracles et font preuve ainsi de malhonnêteté intellectuelle. De l’existence d’un fait à sa possibilité, la conclusion est rigoureuse : « Ab actu ad posse valet consecutio ». Nous nous retranchons dans la certitude du fait, car l’évidence n’existera jamais contre un fait certain et démontré : « Contra factum non argumentum » (4).

 

1) Cliquez sur : martiste.htm

 

2) Saint François de Sales (1567 - 1622), Docteur de l'Eglise, Controverses, Ire partie, chap. III, art. 7, p. 102 et pp. 100 à 108, et chap. VII : Les règles de la foi, art. I, pp. 319-329 (cité par le Marquis de la Franquerie in Le Caractère sacré et divin de la Royauté en France, Editions de Chiré, 1978, pp. 52, 53) :

 

" Dieu donnait témoignage à la foy qu'il annonçait par miracles... L'Eglise a toujours esté accompagnée de miracles solides et bien assurés, comme ceux de son Espoux, doncques c'est la vraye Eglise car me servant en cas pareil de la rayson du bon Nicodème (Jean, III : 2) je diray : il n'est aucune société qui puisse faire ce que celle-ci fait, ni des choses aussi éclatantes, ni d'une manière aussi constante, si Dieu n'était avec elle "... " Ainsi oyant qu'en l'Eglise se font de si solennels miracles, il faut conclure que " vrayment le Seigneur est dans ce lieu " (Genèse, 28 : 16) ... La nostre doncques seule est la vraye Eglise." - Pour les miracles dont l'Eglise a toujours été accompagnée, cliquez sur : Miracles

" Si Notre Seigneur n'eust faist tant de miracles on n'eust pas péché de ne le croire pas... Saint Pol témoigne que Dieu confirmait la foy par miracle (Hébreux, 22 : 4) doncques le miracle est une juste raison de croire, une juste preuve de la foy et un argument pregnant pour persuader les hommes à créance ; car si ainsy n'estait, nostre Dieu ne s'en fut pas servi.

" Là où il plaict à la bonté de Dieu d'en fayre pour confirmation de quelque article, nous sommes obligés de le croire. Car ou le miracle est une juste persuasion, doncques en quel temps qu'ils se fassent ils nous obligent à les prendre pour une très ferme rayson, aussy le sont-ils. " Tu es Dieu, Toi qui fais des merveilles ", dict David (Psaumes, 76 : 14) au Dieu tout puissant, doncques ce qui est confirmé par miracles est confirmé de la part de Dieu ; or Dieu ne peut estre autheur ni confirmateur du mensonge, ce doncques qui est confirmé par miracles ne peut être mensonge, ainsi pure vérité."

 

3) Manuscrits autobiographiques de sainte Thérèse de l'Enfant Jésus, A Mère Marie de Gonzague :

 

" J'ai vu d'abord que toutes les âmes ont à peu près les mêmes combats, mais qu'elles sont si différentes d'un autre côté que je n'ai pas de peine à comprendre ce que disait le Père Pichon : " Il y a bien plus de différence entre les âmes qu'il n'y en a entre les visages ". Aussi est-il impossible d'agir avec toutes de la même manière."

 

4) Dominique Tassot, Les faits sont-ils têtus ? Le Cep (revue trimestrielle du Centre d’Etudes et de Prospectives sur la Science),  4, rue de Beauvais, 91410 Saint-Cyr-Sous-Dourdan (France), Tél.-Fax : 01 60 81 27 24, page 4 :

 

« Le refus de reconnaître la vérité, lorsqu’elle se présente avec tous les traits de l’évidence, est la forme savante du péché contre l’esprit, la plus grave en un sens puisqu’elle attente à la raison et à l’intellect. »

 

D'autres encore reprenant les hilarantes déclarations de Titov et de Gagarine lors du premier lancement du Spoutnik, se vantent d'avoir des vidéos d'ovni, et non de Dieu (1). Ou ils se moquent de nous ou ils ont de sérieuses lacunes philosophiques, car s'ils nous disaient qu'ils avaient vu Dieu, nous les prendrions pour des farceurs ou pour des ignorants, car Dieu ou la Cause première étant Acte pur ne peut pas être composé de matière qui, elle, est pure puissance, c'est-à-dire capable de recevoir telle ou telle forme. Ils ignorent manifestement que Dieu, principe et fin de toute chose, peut être connu et démontré avec certitude par la lumière naturelle de la raison, comme la cause par ses effets, grâce aux choses qui ont été faites (cf. l'ép. aux Romains de S. Paul, I : 20). Quant à nous, c'est une chose évidente, car tout passe et aucune substance ne se donne l'être ; et l'être ne vient pas du néant, parce que du néant rien ne peut venir. Seul l'Être même de Soi-même et de tout existe absolument et justifie la création ou le commencement de tout ce qui est. Cela constitue la substantifique moelle de la Métaphysique et le fondement du principe d'identité et de la Logique. Il faut choisir : la Cause première ou l'absurde. La raison leur demande : Et Celui qui vous a donné l'être, est-ce vous ou un autre ? Méditez bien cela, réalisez cette vérité et servez-vous de votre raison, car elle est faite pour cela ! Sur les preuves de l'existence de Dieu, nous les engageons à consulter notre site en cliquant sur : <Le Présent éternel> et, dans "Page de liens", sur "Compendium". Nous attendons leurs réfutations de pied ferme.

D'autres enfin prétendent qu'en retournant aux principes évangéliques, nous retournerions au moyen âge. C'est une réponse typiquement maçonnique. En rejetant la civilisation chrétienne, ils choisissent la prétendue civilisation maçonnique, c'est-à-dire une civilisation sans Dieu ou intégralement laïque. Autrement dit, ils nous proposent un type de société pire que le paganisme, c'est-à-dire un retour bien antérieur au moyen âge, parce que les païens avaient déjà leurs dieux et qu'en lisant attentivement les œuvres de Platon et d'Aristote on y trouve Dieu, acte pur, pensée de la pensée, ou Zeus, le Dieu des dieux (cf. les chapitres 6 et 7 du livre L de la Métaphysique d'Aristote et le Timée et le Critias de Platon). Ils remontent à l'état de nature préconisé par Jean-Jacques Rousseau qui, dans son Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes, soutenait que " l'état de réflexion est un état contre nature, et que l'homme qui médite est un animal dépravé " et que " l'esprit déprave les sens ", et dans son Contrat social, que " l'homme est né libre, et que partout il est dans les fers ". Rappelons que Rousseau fut le héros de la Révolution française qui l'adopta pour modèle. Ils nous font penser à un certain Gribouille qui, pour éviter la pluie, s'était jeté à l'eau. Et c'est pourquoi depuis 1789 le monde marche à quatre pattes (cette affirmation peut paraître exagérée, mais nous ne faisons au fond que reprendre la pensée de Voltaire qui, après avoir lu le livre de Rousseau contre le genre humain, écrivait à celui-ci, le 30 août 1755 : « On n'a jamais employé tant d'esprit à vouloir nous rendre bêtes ; il prend envie de marcher à quatre pattes, quand on lit votre ouvrage »).

 

1)  Sur les OVNI voir l'ouvrage : " Les OVNI identifiés - Les Extraterrestres dans le Mystère d'Iniquité " dont l'auteur, Alain Kérizo, grâce à sa formation thomiste, a magistralement cerné le problème, Editions Sainte Jeanne d'Arc, Les Guillots, 18260 -Villegenon, Tél. 02 48 73 74 22 - Fax 02 48 73 75 86. Cet ouvrage repose sur une documentation sérieuse tirée des meilleurs ouvrages qui ont été écrits sur la question et en particulier les ouvrages principaux de Jacques Vallée qui fait autorité en la matière. Après une brillante analyse de nombreux récits d'apparitions à travers les siècles jusqu'à nos jours, il en arrive à la seule conclusion logique qui consiste à soutenir que tous ces prétendus extraterrestres sont en réalité des anges dont une partie s'efforce de faire échec au plan de Dieu en détournant l'humanité de la foi chrétienne ou de " la vraie religion, qui adore le Dieu unique et le reconnaît avec une piété très pure, comme principe de tous les êtres, origine, achèvement et cohésion de l'univers " (S. Augustin, La vraie religion, Avant-propos). — Voir également les « Extraterrestes : Les Messages du New Age » (titre significatif), Du mystère des Crop Circles au Mind Control : Quand la CIA et l’ufologie préparent un nouvel armement, par Laurent Glauzy, La Maison du Salat, Ariège, 2009. — À consulter sur internet :  le mythe des géants - interview laurent glauzy (1) - Vidéo Dailymotion

 

 

 

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LA POLITIQUE (2/14) - Le Présent éternel

 

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11 février 2014 2 11 /02 /février /2014 19:12

L'ÂME  HUMAINE

 

(3/3)

 

 

Saint Jean de la Croix, Cantique spirituel, strophe XIV, verset 5 : "Le sifflement des vents porteurs de l'amour" :

 

" Ce sifflement divin qui entre par l'ouïe de l'âme est non seulement (comme j'ai dit) substance entendue, mais encore une manifestation des vérités de la divinité et une révélation de ses secrets occultes ; parce qu'ordinairement toutes les fois qu'en la Sainte Écriture on voit quelque communication de Dieu qu'on dit entrer par l'oreille, on trouve que c'est une manifestation de vérités nues en l'entendement, ou une révélation des secrets de Dieu qui sont des révélations ou des visions purement spirituelles qui se donnent seulement à l'âme sans l'aide et le ministère des sens. Et ainsi c'est une chose très haute et très certaine, ce qu'on dit que Dieu communique par l'ouïe. Car pour ce sujet, saint Paul, pour donner à entendre la sublimité de sa révélation, ne dit pas : ' Je sais un homme qui a vu des paroles secrètes ', ni moins : ' qui a goûté des paroles secrètes ', mais : ' Qui a entendu des paroles secrètes qu'il n'est pas permis à l'homme de dire (II Corinthiens, XII, 4) ' - où l'on pense qu'il a aussi vu Dieu comme Notre Père saint Élie dans le sifflement du vent (cf. I Rois, XIX, 19). "

 

        Les espèces intelligibles ou les idées acquises pendant la vie terrestre demeurent à l'état d'habitus dans la mémoire intellectuelle de l'âme séparée pour que celle-ci puisse faire acte d'intelligence ou exercer ses fonctions propres sans avoir recours aux images (a). L'âme séparée de son corps peut connaître également des espèces intelligibles par un influx de la Lumière divine ou par des illuminations venues des purs esprits (b). Et elle peut même recevoir une vue des réalités naturelles par des formes intelligibles en tant que procédant des idées créatrices, " qui sont causes à la fois de la forme et de la matière, et donc les contiennent l'une et l'autre éminemment " (c). Enfin, en sa qualité d'âme séparée, c'est-à-dire libérée de sa condition charnelle, elle peut toucher spirituellement son essence ou être informée sur elle-même par son propre fond - " l'être soi-même devant soi-même " (d) - et être parfaitement et constamment consciente de la présence en elle d'un royaume dans lequel Dieu demeure et pour lequel elle est éternellement faite, - et dont elle peut déjà goûter les fruits en cette vie si elle s'est vidée d'elle-même et si elle s'est totalement abandonnée à Dieu, l'Amour premier (e). " La chose que je prise le plus, dit le Docteur Mystique, que mon âme ainsi se voie sans appui et pourtant appuyée (f). "

 

a) Cf. S. Thomas d'Aquin, Somme théologique, La Pensée humaine, Ire Partie, qu. 89, art. I, sol. 3.

b) Cf. id., Contra Gentiles, liv. IIe, chap. 81, § 5 (" Sciendum tamen... ").

c) R. P. J. Webert, O. P., S. Thomas d'Aquin, La Pensée humaine, Somme théologique, Ire Partie, qu. 84-89, Renseignements techniques, Appendice II, p. 293.

d) José Lorite Mena, "Pourquoi la métaphysique?", Téqui, Paris, 1977, page 320.- Cf. A. Gardeil, O. P., La Structure de l'âme et l'expérience mystique, vol. I, première partie, liv. II, question IV : La structure interne du mens d'après saint Thomas.

e) Cf. Dante, La Divine Comédie, L'Enfer, Chant IIIe, versets 4-8 ; Gaston Fessard, S. J., La Dialectique des Exercices spirituels de saint Ignace de Loyola, vol. II, 3, Le péché particulier du damné, pp. 99-103, éd. Montaigne, 1966, Théologie 66, Aubier.

f) Glose " a lo divino ", 1 : " La cosa que más estimo, que mi alma se ve ya sin arrimo y con arrimo. "

 

S. Jean de la Croix, La Montée du Mont Carmel, liv. II, chap. XVI, pp. 195 et 197 :

 

Car toutes les appréhensions et espèces qui se représentent à l'âme de tous les cinq sens corporels et qui s'y arrêtent par voie naturelle, peuvent aussi avoir lieu en elle par voie surnaturelle et lui être représentées sans aucun ministère des sens extérieurs [...] Partant, je dis que de toutes ces appréhensions et visions et de toutes autres formes et espèces - qui s'offrent sous forme et image ou quelque intelligence particulière - soit fausses de la part du diable, soit qu'on les connaissent pour véritables de la part de Dieu, l'entendement ne s'en doit embarrasser ni appâter  ; et l'âme ne les doit admettre ou garder, si elle veut être détachée, dénuée, pure et simple, sans aucun mode ni manière, comme il est requis à l'union. "

 

Édith Stein, La Science de la Croix, ouv. cité plus haut, II : La doctrine de la Croix, § 2 : Esprit et foi. Mort et résurrection. (Nuit de l'Esprit), 3. Mort et résurrection, b) L'âme dans le royaume de l'esprit et des esprits : Relation de l'âme avec Dieu et avec les esprits créés, p. 173 :

 

" L'âme n'est pas seulement en relation avec ses semblables, mais aussi avec de 'purs esprits' créés, bons et mauvais. Saint Jean [saint Jean de la Croix] admet avec l'Aréopagite, que l'homme reçoit en partage la lumière par l'entremise des Anges  ; il est vrai que la communication de la grâce suivant les échelons de la Hiérarchie Céleste n'est pas considérée par lui comme le seul chemin possible. "

 

        L'intelligence est la faculté qui nous fait connaître ce que sont les choses, et la volonté celle qui nous porte vers le bien connu par l'intelligence.

 

S. Thomas d'Aquin, Commentaire du livre De l'âme, liv. III, chap. I, 429a20-429b5 :

 

" [...] l'intellect possible est ce par quoi cet homme-ci, formellement parlant, pense. [...] - rien n'agit sinon en tant qu'il est en acte (1) [...] or quelque chose ne peut devenir un être en acte sous l'effet d'autre chose s'il en est séparé selon l'être [...] donc, il est impossible que l'intellect possible par lequel l'homme pense tantôt en puissance, tantôt en acte, soit séparé de lui selon l'être. [...] - l'intellect possible ne fait un avec l'intelligible que dans la mesure où il est pensé en acte [...] - l'espèce intelligible n'est intelligible en acte qu'en tant qu'elle est abstraite des images ; il est donc évident que selon qu'elle est unie à l'intellect elle est séparée des images ; ce n'est donc pas par ce biais [par le biais des images] que l'intellect est uni avec nous. [...] Il est étonnant de voir comment certains ont pu se tromper si légèrement à propos de sa phrase [de la phrase d'Aristote] sur 'l'intellect séparé' , alors que la simple lettre donne la signification de ce mot : l'intellect est dit 'séparé' parce que, contrairement au sens, il n'a pas d'organe (2). "

1) Sur ce principe aristotélicien, cf. Thomas d'Aquin, In De sensu, I, 9, éd. Léonine, lin. 178-179.

2) - Thomas reprendra l'argument dans le De unitate, § 64. C'est la pièce essentielle de sa critique du " sujet double " (vérité philosophique et vérité révélée) - d'après Averroès , In De anima, comm. 5 ; Crawford, p. 400, 376-394.

 

 

S. Thomas d'Aquin, Commentaire du livre De l'âme, liv. III, chap. IV, 430a10-25 :

 

" [...] l'intellect agent est une certaine faculté immatérielle, active, ayant la puissance de produire d'autres entités semblables à lui, à savoir : immatérielles [...] c'est ainsi que la lumière produit les couleurs en acte, et non parce qu'elle aurait en elle la détermination de toutes les couleurs. "

 

 

Genèse, I, 26 : " Dieu fit l'homme à son image et à sa ressemblance. " - Isaïe, XLV, 15 : " Dieu est caché ". - Psaumes, XXXV, 10 : : " Dans Ta Lumière nous verrons la lumière. " - Id., CIII, 2 : Bénis, Yehovah, mon âme! Yehovah, mon Dieu, Tu es si grand! vêtu de faste et d'éclat, drapé de lumière comme d'un manteau. " - Sagesse, VII, 25-26 : La Sagesse est un souffle de la Puissance divine, une effusion toute pure de la gloire du Tout-Puissant ; aussi rien de souillé ne pénètre en Elle. Elle est un reflet de la Lumière éternelle, un miroir sans tache de l'activité de Dieu, une image de son Excellence. " - Ire Ép. de S. Jean, I, 5 : " Dieu est Lumière. " - IIe Ép. à Timothée, VI, 16 : " Dieu habite une Lumière inaccessible " - S. Jacques, I, 17 : " [Dieu] le Père des lumières " - S. Jean, I, 18 : " Nul n'a jamais vu Dieu ; le Fils unique, qui est dans le sein du Père, est celui qui L'a fait connaître. " - S. Jean, I, 9 : " Le Verbe est la Lumière qui éclaire tout homme. " - Ibid., XI, 25 : " Jésus dit à Marthe : 'Je suis la Résurrection et la Vie.' " - Ibid., XIV, 6 : " Jésus dit à Thomas : 'Je suis la Voie, la Vérité et la Vie.' " - Ibid., I, 4 : " [...] et la Vie est la Lumière des hommes. " - Ibid., I, 5 : " [...] et la Lumière luit dans les ténèbres. " - Psaumes, XXXVI, 10 : " Dans Ta Lumière nous verrons la lumière. " - S. Jean, VIII, 12 : " Jésus leur adressa encore la parole. Il leur dit : 'Je suis la Lumière du monde ; qui Me suit ne marchera dans les ténèbres, mais aura la Lumière de la Vie.' " - Ire Ép. aux Corinthiens, XIII, 12 : " [...] alors je connaîtrai comme je suis connu. " - Ire Ép. de S. Jean, III, 2 : " Nous verrons Dieu tel qu'il est. " - Ire Ép. de S. Jean, IV, 8 : " Dieu est Amour. " - S. Jean, VIII, 58 : " Avant qu'Abraham fût Je Suis. " - Ibid., VIII, 42 : " C'est de Dieu que je suis sorti et que je viens. " - Ép. aux Colossiens, I, 17 : " Le Christ est avant toutes choses et tout subsiste en lui. " - S. Jean, I, 1 : " [...] et le Verbe est Dieu. " - S. Luc, XVII, 21 : " Le Royaume de Dieu est au dedans de vous. " - Épître aux Galates, II, 20 : " Si je vis ce n'est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi. " - S. Jean, XVII, 21 : " Que tous soient un. " - Ibid., X, 30 : " Le Père et Moi sommes Un. "

 

        L'Etre absolu est Lumière, Conscience et Amour (les Trois en Un). Et le Verbe est la Conscience, et la Conscience est Vie, et la Vie est la Lumière des hommes. L'intellect agent, le Fond secret et le miroir (katoptron) de l'âme humaine, a été créé à l'image de l'Etre même et se trouve continûment exposé à la Lumière de cet Etre absolu ou à la Lumière divine. Donc, pour connaître ou rendre lumineux chaque être, bien que la lumière de l'intellect agent soit une lumière - ou une forme intelligible - reçue et réfléchie, cet intellect ne produit néanmoins aucun concept particulier ou couleur particulière et se trouve par conséquent limité. L'intellect agent étant, selon l'analogie courante, comme la lumière (1), comment pourrait-il en effet révéler différentes couleurs peintes sur un mur en éclairant celui-ci d'une lumière de couleur particulière? Précisons que ce point de vue à la fois mystique et théologique où la participation joue un rôle capital ne constitue pas une preuve ou une découverte de l'existence de l'Etre Premier et ne doit donc pas être confondu avec le point de vue de l'être où la causalité joue un rôle fondamental. C'est pourquoi, à l'instar d'Alain de Libera (2), il est vain de parler de " la suprématie de l'hénologie platonicienne sur l'ontologie aristotélicienne ", autrement dit, de la suprématie de l'Un sur l'Etre. Les deux points de vue sont différents, mais non opposables. L'un peut être retenu au niveau de la participation et l'autre au niveau de la causalité. Alain de Libera, en cherchant à réfuter l'un au profit de l'autre commet ce que l'on appelle en logique une ignoratio elenchi, parce que son affirmation et sa négation ne portent pas sur la même chose (3). Remarquons que le principe-mesure n'est pas toujours une cause efficiente. Par exemple, de même que l'espèce participe du genre-principe sans que celui-ci soit la cause efficiente de l'espèce : l'animal n'est pas la cause efficiente de l'homme ; de même l'individu participe du genre et de l'espèce sans que celle-ci soit la cause efficiente de l'individu. La participation n'est donc pas une voie qui permet de parvenir à la découverte de l'Etre Premier. Seule la voie de l'esse le permet. Un mystique n'est pas nécessairement un métaphysicien, et vice versa. Il ne faut pas confondre leur point de vue ou ne plus voir leur objectif respectif. Quand deux esprits se rencontrent pour confronter leurs idées et constatent que, sur une question importante, l'un répond par oui et l'autre par non, il convient alors de méditer ce que répondit Ibn 'Arabî, le Platonicien, à Abû'l-Wâlid Ibn Rushd (Averroës), l'Aristotélicien (ou soi-disant tel) : " Oui et non. Entre le oui et le non les esprits prennent leur vol hors de leur matière, et les nuques se détachent de leur corps. " (4) N'ayons pas la nuque raide... Il faut bien savoir que l'Unité ne peut être réalisée que du point de vue de l'Etre même qui est parfaitement Un et l'Unité même - ce qui n'implique aucune négation. Et la métaphysique joue là un rôle fondamental. Advaita ! (5)

 

1) Cf. Aristote, traité de l'Ame, liv. III, chap. 5 : L'intellect agent, 430a15 ; et S. Thomas d'Aquin, Contra Gentiles, liv. II, chap. LXXVIII, § 1 : Dicit enim.

2) Alain de Libera, agrégé de philosophie, directeur d'études à l'École pratique des hautes études (enseigne l'histoire des théologies chrétiennes dans l'Occident médiéval), La mystique rhénane - d'Albert le Grand à Maître Eckhart, éd. du Seuil, Paris, 1994, collection Points, série Sagesses, Sa68, page 444.

3) Aristote, Organon, livre VI : Les réfutations sophistiques, trad. et notes par Jean Tricot, Librairie philosophique J. Vrin, Paris, 1950, chap. 6 : Réduction des paralogismes à l'Ignoratio Elenchi, 168b15.

4) Cf. Henry Corbin, L'Imagination créatrice dans le soufisme d'Ibn Arabî, ouv. cité plus haut, pp. 39-40.- S. Thomas d'Aquin, Contre Averroès [pour avoir soutenu le monopsychisme ou l'existence d'un seul et même intellect en tous], GF-Flammarion, 1994, chap. II : " ... Averroès, qui ne fut pas tant péripatéticien que dépravateur (depravator) de la philosophie péripatéticienne. "

5) Non-dualité ; doctrine centrale des Upanishads.

 

Aristote, Métaphysique, 1072 b 19-22 :

 

" L'intelligence se pense elle-même en saisissant l'intelligible, car elle devient elle-même intelligible en entrant en contact (qigganwn) avec son objet et en pensant celui-ci  ; de sorte qu'il y a identité entre l'intelligence (nous) et l'intelligible (nonton). " (Ce qui signifie que l'intellect se pense lui-même après avoir acquis et conservé une espèce intelligible qu'il redevient en la connaissant de nouveau.)

 

S. Thomas d'Aquin, Somme théologique, I, q. 84, a. 5 : " La lumière intellectuelle qui est en nous n'est rien d'autre qu'une ressemblance participée de la Lumière incréée. " - Id., I, q. 89, a. 1 : " En toutes les substances intellectuelles, la faculté de connaître provient d'un influx de la Lumière divine. "

 

Aristote, De la Génération des animaux, ouv. cité plus haut, III, 3, 736 b :

 

" L'intellect seul vient du dehors et seul il est divin. "

 

        L'objet propre et immédiat de l'esprit est le simple, le principe. Un principe propre est le fruit d'une analyse : il ne peut pas nous faire atteindre une réalité transcendante, nécessaire, première et ultime, dans son acte d'être. Il n'est que le résultat d'une découverte faite en prenant comme base les expériences singulières. (Cf. M.-D. Philippe, De l'être à Dieu, De la philosophie Première à la Sagesse, ouv. cité plus haut, p. 330, note 5  ; ibid., L'être, Recherche d'une Philosophie première, vol. I, ouv. cité plus haut, p. 393, note 2, éd. Téqui, Paris, 1974  ; et S. Thomas d'Aquin, Somme théologique, I, q. I, a. 5, concl.)

 

L'intelligence regarde son objet selon la raison commune d'être ou sous l'aspect général d'être. (Cf. S. Thomas d'Aquin, Somme théologique, I, q. 79, aa. 2 et 7, et q. 78, a. 1.)

 

M.-D. Philippe, L'être, vol. I, ouv. cité plus haut, p. 106 :

 

" Le Noûs (nous), ou l'esprit, est le lieu de l'être comme tel. "

 

Proverbes, 20 : 27 : " L'esprit de l'homme est une lampe divine. "

 

        Tout être raisonnable connaît sa propre essence en revenant sur celle-ci par un retour complet sur elle-même. Cela signifie que l'être doué d'intellect a la faculté d'exercer intégralement et par lui-même son acte d'intelligence, parce que son essence ne peut pas se répandre ou se diluer à l'extérieur, étant parfaitement autonome. (Cf. S. Thomas d'Aquin, Somme théologique, I, q. 14, a. 2  ; et livre Des Causes, XVe proposition.)

 

        Le retour complet sur sa propre essence ou nature est une action intellectuelle. (Cf. S. Thomas d'Aquin, Somme théologique, I, q. 14, a. 2, sol. 1.)

 

        Pour l'homme, concevoir par son intelligence est un certain mouvement pris pour acte du parfait, c'est-à-dire pour un acte qui demeure dans un sujet. (Cf. S. Thomas d'Aquin, Somme théologique, I, q. 14, a. 2, et q. 18, aa. 1 et 3.)

 

Le Traité de l'Unité dit d'Ibn 'Arabî suivi de l'Épître sur le prophète el-Malamatiyah, Epître intitulée Le Cadeau sur la manifestation du Prophète, par le Sheikh Ibn Fazlallah el-Hindi, p. 57, éditions de l'Echelle, collection Tradition islamique, Paris 1977 :

 

Ce qu'on saisit d'abord d'une chose, c'est l'Existence. C'est d'après Elle que l'on comprend la chose elle-même. Elle est par rapport aux choses ce qu'est la lumière par rapport aux couleurs et aux formes. Mais, comme l'expansion est continuelle et violente, la compréhension des êtres d'après l'Existence est l'apanage exclusif de l'élite (a). "

 

a) Précisons que c'est l'apanage exclusif de ceux à qui Dieu a donné cette compréhension sans aucun mérite de leur part et ce pour Le louer et Le servir, et non pas pour s'en glorifier, car ce qu'ils sont ils le sont par Dieu et ce qu'ils ont ils le tiennent de Dieu et non d'eux-mêmes.

 

La contemplation chrétienne est à distinguer de la contemplation métaphysique. En effet, il faut différentier " le Verbe qui éclaire tout homme " (a) du Fils qui se communique par la foi, vertu théologale ou divine, et par conséquent non humaine (b).

 

a) S. Jean, 1 : 9.

b) S. Jean, 14 : 21 et 23  ; Galates, 2 : 20.

 

S. Thomas d'Aquin, Somme théologique, II-II, q. 180, a. 3, conclusion :

 

" La vie contemplative consiste en un acte unique dans lequel elle se consomme finalement et auquel la prépare l'acquisition des principes, d'où l'on procède à la contemplation de la vérité. "

 

Le Livre de la Bienheureuse Sœur Angèle de Foligno du Tiers Ordre de S. François, documents originaux édités et traduits par le Père Paul Doncœur, librairie de l'Art Catholique, Paris VI, 1926, pp. 145-146, 176, 172, 165, 286, 143, 286, 287 :

 

" La superbe [l'orgueil] peut être en ceux seulement qui croient qu'ils possèdent quelque chose. Et l'ange qui tomba et le premier homme, pour cela furent pris de superbe et tombèrent, qu'ils estimèrent et crurent posséder quelque chose. Et ni ange ni homme ni aucun n'a l'être, sinon un seul, savoir, Dieu. [...]

"Et je vois Celui qui est l'être, et comme Il est l'être de toutes les créatures. [...] 

" Et alors je Le comprends présent ; et je comprends comme Il est présent en toute créature ou en toute chose ayant l'être, en démon, en bon ange, en Paradis, en Enfer, en adultère et en homicide et en bonne œuvre ; et en toute chose étant ou ayant de quelque façon l'être ; autant en belle chose qu'en honteuse. [...]

"C'est pourquoi je dis à Dieu : Par tes saints jugements, libère-moi ; car je ne reconnais pas plus la Bonté de Dieu en un bon et saint homme et en beaucoup de bons et saints qu'en un damné ou en multitude damnés. Mais ce mystère ne me fut démontré qu'une fois. [...]

"Et alors, voyant et connaissant qu'elle est néant, alors elle s'élève davantage à connaître et à louer l'ineffabilité de la divine Bonté. [...] Car l'âme se voyant néant et que Dieu s'est humilié et penché pour si vil néant, et même s'est uni à son néant, s'enflamme d'amour ; et enflammée par cet amour, elle se transforme en Dieu ; et transformée en Lui, quelle est la créature qui n'aime pas de toutes ses forces?

"Certes, par le seul amour du Créateur, dans Lequel elle est transformée, elle aime toute créature, autant qu'elle peut ; car en toute créature elle voit, comprend et connaît Dieu. [...]

"Car quand l'amour est pur, la personne [...] se voit morte et néant. Et elle [...] ne se rappelle alors aucune louange ni aucun bien du tout. [...] Et quand il lui arriverait d'être louée par quelqu'un, elle répute [estime] absolument cela bouffonnerie. [...] Et il fait que l'âme voit ses défauts et la Bonté de Dieu. [...]

"Cette humilité du cœur, en effet, que Dieu et Homme [le Christ] voulut que nous apprenions de Lui, est certaine lumière vivifiante et claire par laquelle l'intelligence de l'âme est ouverte pour connaître sa vilenie et néant et l'immensité de la divine Bonté. [...] Car, illuminée par la lumière susdite, elle se voit parfaitement ; et se voyant, elle voit et connaît qu'elle est tombée en maux semblables à ceux qu'elle voit dans son prochain. Ou, si elle n'est pas tombée, elle connaît et comprend qu'elle n'a pu résister par elle-même, mais par le secours de la grâce la tenant par la main et la fortifiant contre le mal. "

 

La connaissance de l'âme par elle-même

 

        L'homme peut dire avec certitude : " Je suis ", car il ne pourrait pas le dire s'il n'existait pas. En effet, aucune personne sensée ne peut dire : " Je ne suis pas ". Cette certitude que l'âme humaine a de son propre être n'est pas la conclusion d'une réflexion, mais elle résulte d'un contact intime et direct avec son propre fond ou d'une sorte de prise de conscience de son Moi profond, en deçà ou à la source de toute pensée, car en se posant la question : "  Qui suis-je ? " ou : " Suis-je ? " (n'étant ni le corps ni la pensée qui passent), toute pensée ou tout concept disparaît et laisse place à un silence, à une paix, à une sécurité et à un bien-être qui ne peuvent venir que de l'Etre même. Et là nous pouvons parler de la métaphysique du fait de conscience, car nous saisissons la transcendance de notre Je en saisissant celui-ci au-delà de toutes ses manifestations périphériques, de toutes ses particularités et limitations. Cherchons simplement sans nous lasser qui nous sommes et nous découvrirons finalement en nous le soi ou le Je non réflexe. (Cf. A. Gardeil, O. P., La Structure de l'âme et l'expérience mystique, vol. II, Première partie, Liv. II, Question I : La perception expérimentale de l’âme par elle-même, Conclusion, pp. 120-121, Ed. Gabalda, 1927 – question dans laquelle l’auteur déclare s’être inspiré uniquement du Docteur Angélique.)

 

 

L'immortalité de l'âme

 

Platon, Phèdre, 245b-246a :

 

" Notre démonstration [sur l'immortalité de l'âme] ne persuadera pas les habiles, mais convaincra les sages. " [Aristote fait mieux ou fait preuve de plus d'optimisme. Cf. De l'âme, livre III, chapitres 4 et 5. A notre avis, la démonstration d'Aristote est rigoureuse et définitive.]

 

Aristote, De l'âme, livre III, chapitre 4 (L'intellect possible) :

 

" ... Si donc l'intellection est analogue à la sensation, penser consistera ou bien à pâtir sous l'action de l'intelligible [le sens étant alors au sensible ce que l'intellect est à l'intelligible], ou bien dans quelque autre processus de ce genre. Il faut donc que cette partie de l'âme soit impassible, tout en étant susceptible de recevoir la forme [intelligible] ; qu'elle soit, en puissance [capable de recevoir], telle que la forme, sans être pourtant cette forme elle-même, et que l'intellect se comporte par rapport aux intelligibles de la même façon que la faculté sensitive envers les sensibles. Par suite, pensant toutes choses [ou capable de penser toutes choses], l'intellect doit nécessairement être sans mélange, comme le dit Anaxagore, afin de commander, c'est-à-dire de connaître ; car, en manifestant sa propre forme à côté de la forme étrangère, il met obstacle à cette dernière et s'oppose à sa réalisation. [...] Ainsi cette partie de l'âme qu'on appelle intellect (et j'entends par intellect ce par quoi l'âme pense et conçoit), n'est, en acte, aucune réalité avant de penser. Pour cette raison aussi, il n'est pas raisonnable d'admettre que l'intellect soit mêlé au corps, car alors il deviendrait d'une qualité déterminée, ou froid ou chaud, ou même posséderait quelque organe, comme la faculté sensitive ; or, en réalité, il n'en a aucun. Aussi doit-on approuver ceux qui ont soutenu que l'âme est le lieu des Idées, sous réserve toutefois qu'il ne s'agit pas de l'âme entière, mais de l'âme intellectuelle, ni des Idées en entéléchie, mais des Idées en puissance.- Que l'impassibilité de la faculté sensitive et celle de la faculté intellectuelle ne se ressemblent pas, cela est clair [cf. plus haut : "Il faut donc que cette partie de l'âme..."], dès qu'on porte son attention sur les organes sensoriels et sur le sens. Le sens, en effet, n'est plus capable de percevoir à la suite d'une excitation sensible trop forte : par exemple, on ne perçoit pas le son, à la suite de sons intenses, pas plus qu'à la suite de couleurs et d'odeurs puissantes on ne peut voir ou sentir. Au lieu que l'intellect, quand il a pensé un objet fortement intelligible, ne se montre pas moins capable, bien au contraire, de penser les objets qui le sont plus faiblement : la faculté sensible, en effet, n'existe pas indépendamment du corps, tandis que l'intellect en est séparé. Mais une fois que l'intellect est devenu chacun des intelligibles, au sens où l'on appelle 'savant' celui qui l'est en acte (ce qui arrive lorsque le savant est, de lui-même, capable de passer à l'acte), même alors il est encore en puissance d'une certaine façon, non pas cependant de la même manière qu'avant d'avoir appris ou d'avoir trouvé ; et il est aussi alors capable de se penser lui-même. [...] - Ne faut-il pas plutôt reprendre notre distinction antérieure de la passion s'exerçant grâce à un élément commun, et dire que l'intellect est, en puissance, d'une certaine façon, les intelligibles mêmes, mais qu'il n'est, en entéléchie, aucun d'eux, avant d'avoir pensé ? Et il doit en être, comme d'une tablette où il n'y a rien d'écrit en entéléchie : c'est exactement ce qui se passe pour l'intellect.- En outre, l'intellect est lui-même intelligible comme le sont les intelligibles. En effet, en ce qui concerne les réalités immatérielles, il y a identité du pensant et du pensé, car la science théorétique (teoretikos)et ce qu'elle connaît sont identiques (1). [...]"

 

1) Cf. Métaphysique, L, 7, 1072 b 20 ; et  S. Thomas d'Aquin, Contra Gentiles, liv. 2e, ch. LXXVIII, § 5.

 

 Ibid., liv. 5 (L'intellect agent) :

 

" Mais, puisque, dans la nature tout entière, on distingue d'abord quelque chose qui sert de matière à chaque genre (et c'est ce qui est en puissance tous les êtres du genre), et ensuite une autre chose qui est la cause et l'agent parce qu'elle les produit tous, situation dont celle de l'art par rapport à sa matière est un exemple, il est nécessaire que, dans l'âme aussi, on retrouve ces différences. Et, en fait, on y distingue, d'une part, l'intellect qui est analogue à la matière, par le fait qu'il devient tous les intelligibles, et, d'autre part, l'intellect, qui est analogue à la cause efficiente, parce qu'il les produit tous, attendu qu'il est une sorte d'état analogue à la lumière : car, en un certain sens, la lumière, elle aussi, convertit les couleurs en puissance, en couleurs en acte. Et c'est cet intellect qui est séparé, impassible et sans mélange, étant par essence un acte ; car toujours l'agent est d'une dignité supérieure au patient, et le principe, à la matière. [...] C'est une fois séparé qu'il n'est plus ce qu'il est essentiellement, et cela seul est immortel... et, sans l'intellect agent, rien ne pense."

 

 S. Thomas d'Aquin, Somme théologique, I, q. 75, a. 5 :

 

" L'on peut prouver ensuite que l'âme n'a pas de matière, en se fondant sur le concept d'âme humaine, considérée comme intellectuelle. Il est évident que tout être est reçu dans un autre selon le mode de celui qui reçoit. [...] L'âme intellectuelle connaît la réalité en son essence, sous un mode absolu (1), par exemple la pierre sous son aspect universel de pierre. [...] L'âme intellectuelle est donc une forme absolue (2), et non un composé de matière et de forme. - Id., a. 6 : " Il n'y a en effet de corruption que dans les êtres où il y a passage d'un contraire à un autre. [...] Quand l'âme reçoit c'est selon la nature de son être. Or ce qui est ainsi reçu ne présente pas de contrariété. Car même les idées des opposés ne sont pas opposées en elle : il n'y a qu'une même science des contraires. L'âme humaine ne peut donc être corruptible. "

 

1) C'est-à-dire " immatériellement " et universellement. 2) C'est-à-dire dégagée de la matière.

 

Platon, Phédon, 65c-66a :

 

" - Et maintenant, Simmias, que dirons-nous de ceci ? Admettons-nous qu'il y a quelque chose de juste en soi, ou qu'il n'y a rien ?

- Oui, par Zeus, nous l'admettons.

- Et aussi quelque chose de beau et de bon ?

- Sans doute.

- Or as-tu déjà vu aucune de ce genre avec tes yeux ?

- Pas du tout, dit-il.

- Alors, les as-tu saisies par quelque autre sens de ton corps ? [...] Est-ce au moyen du corps que l'on observe ce qu'il y a de plus vrai en elles ? "

 

Il est prouvé irréfutablement que notre âme est immortelle (1). Or nous savons que l'âme humaine ne s'identifie pas à son être ou qu'elle n'est pas l'être même. L'âme humaine ne peut donc recevoir l'être ou l'existence et corrélativement l'immortalité que de Celui qui est l'être même par son essence et que nous appelons Dieu, l'Etant ou l'Existant premier et la Cause première de tout ce qui existe ou de tout ce qui reçoit le nom d'étant ou d'existant (2). En vérité, Dieu seul peut dire : " Je Suis " (3).

 

1) Cf. S. Thomas d'Aquin, Contra Gentiles, II, cc. 49, § 4, 79, 84 et 86, § 4 ; ibid., Somme théologique, I, q. 75, a. 6  ; I Sent., d. 19, q. 5, a. 3, sol. 3.

 

Blaise Pascal (1623 - 1662), Pensées, nn. 182, 491 et 490 :

 

" [...] et que nous sommes composés de deux natures opposées et de divers genres : d'âme et de corps. Car il est impossible que la partie qui raisonne en nous soit autre que spirituelle  ; et quand on prétendrait que nous serions simplement corporels, cela nous exclurait bien davantage de la connaissance des choses, n'y ayant rien de si inconcevable que de dire que la matière se connaît soi-même, il ne nous est pas possible de connaître comment elle se connaîtrait. Et ainsi, si nous sommes simples matériels, nous ne pouvons rien du tout connaître  ; et si nous sommes composés d'esprit et de matière, nous ne pouvons connaître parfaitement les choses simples. [...] L'immortalité de l'âme est une chose qui nous importe si fort, qui nous touche profondément, qu'il faut avoir perdu tout sentiment pour être dans l'indifférence de savoir ce qui en est. [...] Mais apprenez au moins que votre impuissance à croire vient de vos passions. "

 

2) Cf. S. Thomas d'Aquin, Contra Gentiles, liv. II, chap. 15.

3) S. Jean, 9 : 58 : "  Jésus leur répondit : 'En vérité, en vérité, je vous le dis : avant qu'Abraham fût, Je Suis. " (Cf. Exode, 3 : 14.)

 

Sainte Catherine de Sienne (1347 - 1380), Docteur de l'Eglise, Le Livre des dialogues,  Traité de la discrétion, chap. XVIII, éd. du Seuil, Paris 1953, p. 83 :

 

"  Sache que nul ne peut sortir d'entre mes mains parce que 'Moi je suis celui qui suis' tandis que vous n'êtes que pour autant que je vous ai créés moi-même, moi le Créateur de toutes choses qui participent à l'être, sauf du péché qui est néant et qui, par conséquent, n'a pas été fait par moi. "

 

S. Thomas d'Aquin, Somme théologique, I, q. 78, a. 1 :

 

Il y a enfin un autre genre de puissance de l'âme, la puissance intellectuelle, dont l'objet est encore plus universel ('universalius'), ce n'est plus seulement tout corps sensible, mais universellement tout l'être ('sed universaliter omne ens') [...] l'être universel ('ens universale') ".

 

L'âme spirituelle de l'homme reçoit son individualité et son être par son union au corps, et étant donné que nul effet ne peut dépasser la capacité de sa cause (1), le corps ne peut être que la cause matérielle non productrice ou efficiente de cette individuation, collaborant en quelque sorte à l'œuvre de la Cause première, comme l'argile collabore à celle du potier, pas plus que l'homme ne peut être la cause productrice de son être qu'il tient de cette Cause suprême. Après la destruction de son corps, l'âme humaine conserve par conséquent son individualité, mais elle ne peut plus revendiquer toutes les prérogatives de la personnalité humaine, ayant perdu les propriétés et les qualités qui n'appartenaient pas à sa nature spécifique. Elle ne jouit plus de toute son autonomie : elle ne se trouve plus en état de mériter, mais elle se trouve seulement en état de recevoir ce qu'elle a mérité, en bien ou en mal (2). N'ayant pas essentiellement changé et étant immatérielle (3), l'âme humaine est donc toujours capable de connaître intellectuellement et d'accueillir tout l'être (4) et d'aimer, mais sa connaissance ne prend plus son origine de la connaissance sensible en recourant aux images et en abstrayant les idées du sensible. Désormais, libérée de son corps (5), elle connaît naturellement sa propre substance d'une manière directe et tout objet qui est de soi intelligible (6) par un influx de lumière divine (7) ou par des espèces intelligibles conservées dans sa mémoire, selon ce qu'elle a choisi de considérer et selon son mode d'être (8). Quant aux âmes bienheureuses ou saintes, " leur vue plonge dans les profondeurs lumineuses du Dieu tout-puissant " (9) et elles connaissent ce qui se passe ici-bas. Comblées de la joie de la béatitude, brûlant de charité et gardant leur affection pour leurs proches, elles entendent nos prières et les présentent à Dieu pour lui demander de les exaucer (10), ne voulant pas cependant nous porter secours autrement que la justice divine n'en a disposé (11).

 

1) Cf. S. Thomas d'Aquin, Somme théologique, I, q. 84, a. 6, dif. 3.

2) Cf. S. Thomas d'Aquin, Somme théologique, Suppl., q. 69, a. 7, concl. - S. Jean, 9 : 4 : " Il nous faut accomplir les œuvres de Celui qui m'a envoyé tant qu'il fait jour. Vient la nuit, où nul ne peut travailler. " - Ecclésiaste, 11 : 3 : " Et si un arbre tombe, au sud ou au nord, l'arbre reste où il tombe. "

3) Cf. S. Thomas d'Aquin, Somme théologique, I, q. 76, a. 2, sol. 3.

4) Cf. S. Thomas d'Aquin, Contra Gentiles, liv. III, chap. 112, et liv. II, chap. 85.

5) Cf. S. Thomas d'Aquin, Somme théologique, I, q. 89, a. 1, concl.

II Corinthiens, 5 : 6 : " [...] et sachant bien que demeurer dans ce corps, c'est vivre en exil loin du Seigneur ". - Romains 7 : 24 : " Malheureux homme que je suis ! Qui me délivrera de ce corps qui me voue à la mort ? "

6) Cf. S. Thomas d'Aquin, Somme théologique, I, q. 89, a. 2, concl. et sol. 1.

7) Cf. S. Thomas d'Aquin, Somme théologique, I, q. 89, a. 1, sol. 3, et a. 3, concl. - Psaumes, XXXVI, 10 : " Dans ta lumière nous verrons la lumière. "

8) Cf. S. Thomas d'Aquin, Somme théologique, I, q. 89, a. 4, concl.

9) S. Thomas d'Aquin, Somme théologique, Suppl., q. 72, a. 1, sol. 2.

10) Cf. S. Thomas d'Aquin, Somme théologique, Suppl., q. 72, a. 1, sol. 3, et a. 2, sol. 2 et 4.

11) Cf. S. Thomas d'Aquin, Somme théologique, Suppl., q. 72, a. 1, sol. 3.

 

La personne humaine

 

La personne humaine est une substance individuelle de nature rationnelle " (1), c'est-à-dire une subsistence de nature rationnelle qui supporte des accidents. En effet, bien que l'âme humaine soit une substance subsistante ou une substance qui subsiste par elle-même, elle ne constitue pas pour autant une hypostase ou une personne, une substance première, parce qu'elle ne possède pas son essence spécifique au complet, l'homme étant composé d'âme et de corps, l'âme n'étant par conséquent qu'une partie de l'espèce humaine (2).

1) S. Thomas d'Aquin, Somme théologique, I, q. 29, a. 1, concl.

2) Id. I, q. 75, a. 4, concl. et sol. 2, et q. 29, a. 1.

 

Le suppôt (1), hypostase ou personne, est ce qui est, quod est, et ce qui exerce l'être ou l'existence et ce qui agit, et qui s'appartient pleinement et d'une manière incommunicable  ; et la nature est ce par quoi, " quo est ", le suppôt existe et en laquelle celui-ci subsiste, car la nature ne possède pas une existence à elle, mais, en tant que principe de l'action, elle détermine et spécifie, ou limite, l'agir du suppôt en le recevant : c'est nous, ou plutôt notre Moi profond par le biais de notre ego limité et gauchi, qui sommes et qui exerçons l'être et qui agissons par les moyens que nous donne notre nature, et ce dans les limites imparties par celle-ci, limites inhérentes à toute créature comme telle et à toute personne qui, comme toute créature, est totalement dépendante dans son être de l'Acte pur d'exister, la Cause première de tout ce qui est, et qui, à la différence des autres créatures, peut prendre parfaitement conscience de cette dépendance et adorer " Celui qui lui donne la vie, le mouvement et l'être " (2), et même participer à sa vie intime dans l'union transformante par sa grâce ou sa semence déposée dans l'essence de son âme (3) et par une radicale dépossession ou expropriation de son ego (4). Cela dit, étant douée d'intelligence et d'appétit intellectuel, ou de volonté, la personne créée est libre et seule responsable de ses actes dans la mesure ou elle s'identifie à son corps et à son mental (5) en ne se soumettant pas sans la moindre réserve à Dieu pour Le laisser accomplir son œuvre en elle : prenant conscience d'elle-même et de ses privilèges, elle peut par conséquent toujours mettre un obstacle à la Grâce divine (6) et demeurer volontairement dans l'ignorance.

 

1) S. Thomas d'Aquin, Somme théologique, III, q. 2, a. 3, concl. : " L'on dit en effet de 'cet homme' qu'il raisonne, qu'il possède la faculté de rire, qu'il est animal raisonnable : et pour cette raison on lui donne le nom de suppôt, parce qu'il est soumis à tout ce qui convient à l'homme, et en reçoit l'attribution. "

Note : Suppôt, du lat. supponere : sub, sous, et ponere, mettre.

2) Actes des Apôtres, 17 : 28.

3) Cf. Ire Épître de S. Jean, 3 : 9  ; S. Thomas d'Aquin, Somme théologique, II-I, q. 110, a. 4.

4) Cf. Ire Épître aux Corinthiens, 6 : 17  ; S. Jean, 14 : 23  ; Épître aux Galates, 2 : 20.

5) Cf. S. Thomas d'Aquin, Somme théologique, I, q. 82, a. 2.- Id., II-I, q. 10, a. 2, concl. : " Si l'on propose à la volonté un objet qui soit universellement bon et sous tous les rapports, elle tendra vers lui nécessairement - à supposer qu'elle veuille quelque chose - car elle ne peut vouloir le contraire. Si au contraire on lui propose un objet qui ne soit pas bon à tous les points de vue, elle ne se portera pas vers lui nécessairement. "

6 - S. Thomas d'Aquin, Somme théologique, II-I, q. 112, a. 3, sol. 2 :" Quand la grâce nous fait défaut, c'est en nous qu'il faut en chercher la cause première " : " defectus gratiae prima causa est ex nobis ".

 

Le Moi profond, qui constitue la partie nécessaire mais non suffisante de la personne humaine, est ce qui subsiste quand les sensations, affections, pensers et vouloirs passent. C'est le fondement immobile, fond premier, radical, qui soutient cette série de phénomènes fugaces, éphémères, et qui fait que l'être humain demeure lui-même, gardant toujours sa véritable identité et son unité, tout en s'enrichissant de multiples contenus d'expérience. Quant à la subsistance, elle s'identifie à la personne, puisqu'elle est la perfection qui confère à celle-ci son autonomie, son indépendance intérieure et son incommunicabilité. " La nature, précise magistralement le R. P. Hugon, est complétée et achevée par la subsistance, qui la fait suppôt ou personne  ; l'existence vient couronner le tout et lui donner l'actualité. " (1.)

 

1) R. P. Hugon, O. P., maître en théologie, prof. de dogme au Collège Pontifical Angélique de Rome, membre de l'Académie Romaine de Saint-Thomas d'Aquin, Le Mystère de la Ste Trinité, IVe p., chap. Ier, III : La philosophie de la personne, p. 326, lib.-éd. Téqui, Paris 1921, 13e éd.

 

Qui est-ce qui pense ? Ce n'est pas la pensée qui pense. Ce n'est pas non plus le moi phénoménal, ni le cerveau, qui n'est en réalité que l'instrument d'une entité indépendante ou séparée de la matière. Ce qui pense, c'est le Moi profond, le vrai Moi, le Moi Supérieur. C'est ce Moi qui contrôle les pensées et accepte les unes et rejette les autres (1).

 

1) Blaise Pascal, Pensées, n° 396 : " Un homme qui se met à la fenêtre pour voir les passants, si je passe par là, puis-je dire qu'il s'est mis là pour me voir ? Non, car il ne pense pas à moi en particulier. Mais celui qui aime quelqu'un à cause de sa beauté, l'aime-t-il ? Non, car la petite vérole, qui tuera sa beauté sans tuer la personne, fera qu'il ne l'aimera plus. Et si on m'aime pour mon jugement, pour ma mémoire, m'aime-t-on moi ? Non, car je puis perdre ces qualités sans me perdre moi-même. Où est donc ce 'moi', s'il n'est ni dans le corps, ni dans l'âme ? 

 

La personne humaine possède une unité au-delà du morcellement du temps, une unité qui ne peut être que dans l'ordre de l'être. Elle est une substance complète constituée de l'union de l'âme et du corps, une " admirable connexion " (1) de l'esprit et de la matière. Elle est ce qui est premier dans l'ordre de la détermination et dans l'ordre de l'être (2). Sa conscience de soi, qui dérive de sa nature intellectuelle, témoigne de l'identité et de la permanence de son Moi intime à travers les années et à travers tous les modes changeants de son âme avec ses passions, ses émotions et ses sentiments, ses images ou ses phantasmes et avec ses pensées plus ou moins folles ou débridées. La personne humaine est ouverte à tous les êtres et peut saisir l'infinitude de l'être en tant que tel. Capable de subsister en elle-même au-delà de l'union à son corps, bien qu'incomplètement, mais cependant radicalement par la conscience de son identité profonde ou par sa structure noétique, " puisqu'elle est capable d'être source radicale d'une connaissance métaphysique et d'un amour spirituel " (3) qui transcende tout le créé, elle peut donc être définie en fonction de l'être et par suite être saisie au niveau métaphysique.

 

1) S. Thomas d'Aquin, Contra Gentiles, liv. II, chap. 68 : " mirabilis connexio ".

2) Ibid., De Veritate, q. 15 a : " Le repos est l'origine aussi bien que le but du mouvement  ; c'est pourquoi ce qui est mû vient de ce qui est immobile ou en repos tout comme il y retourne ou y aboutit. " (Cf. Somme théologique, I, q. 79, a. 8.)

3) M.-D. Philippe, L'être, Recherche d'une philosophie première, ouvrage cité plus haut, II, 2e partie, chap. X : La personne humaine, p. 773.

 

Toute forme (1) en tant que forme, une fois réalisée, ne peut, par elle-même, perdre sa forme propre pour en devenir une autre. Elle ne peut périr que par accident, lorsque son sujet ou l'être de ses accidents est détruit par quelque agent extérieur et fait place à une nouvelle forme, mais elle ne peut pas tendre au néant absolu. La matière première (2), quant à elle, est le substrat du changement, le sujet premier de la génération et de la corruption. Pure et réelle capacité de devenir, principe plastique en état de potentialité pure, indistincte ou chaotique, en état de tohu-bohu (3), apte à toute détermination, sans, de soi, n'en posséder aucune, la matière première, ou la matière en tant que telle, est imposée à l'esprit comme le terme d'une régression dans l'ordre des formes, et, si l'on peut dire, comme la racine ultime de toute indétermination, au commencement absolu de toute forme physique, et sa cause ne peut être que transcendante, infinie, capable d'agir à partir d'une puissance passive nulle, ex nihilo, et non pas à partir d'une cause immanente, finie, une puissance passive quelconque qui lui correspondrait, cause qui serait déjà une détermination engagée dans cette matière, parce que ce qui est radicalement indéterminé ne peut causer la moindre indétermination.

Bien que ce raisonnement semble ne pas manquer d'intérêt et permette même de mieux saisir la doctrine classique de l'hylémorphisme (4) en conduisant celle-ci à son ultime conséquence, il convient cependant de préciser que, dans la réalité, il n'existe pas de puissance pure ou de matière véritablement première (5), matière qui existerait par elle-même et avant toute forme, et par conséquent sans quelque forme élémentaire concomitante qui la rendrait capable d'exister, parce que tout ce-qui-est en tant qu'il est est toujours en acte d'une certaine manière (6). La matière n'existe pas sans la forme, pas plus que celle-ci n'existe hors de l'existence (7). N'oublions surtout pas le " ceci est " (la forme ou l'essence). Et quand on dit que Dieu a créé le monde en partant de rien, 'ex nihilo', ne comprenons pas par là que Dieu a fait le monde de rien, car de rien on ne peut rien faire, mais comprenons par là que Dieu n'a pas fait le monde " de quelque chose ". En effet, si quelque chose préexistait à Dieu, cette chose Lui échapperait, et Dieu ne serait pas Dieu.

 

1) Quiddité, détermination, essence ou nature.

2) Gr. : proth ulh.

3) Cf. Genèse, I : 2.

4) Du gr. ulh (ulé) : matière, au sens philosophique  ; et morfh (morphê) : forme.

5) Ce que Platon appelait une sorte de non-être.

6) Cf. S. Thomas d'Aquin, Somme théologique, I, q. 44, a. 2, sol. 3.

7) Étienne Gilson, Le Thomisme, ouv. cité plus haut, chap. IV : La réforme thomiste, II - Une nouvelle ontologie, pp. 172-173 : " Que la matière ne soit pas ce qui fait que la substance 'est', on le reconnaît à ceci, que la matière n'est pas susceptible d'existence à part d'une forme quelconque. Elle est toujours la matière d'une substance qui, parce qu'elle a une forme, est objet de concept et de définition. "

 

 S. Thomas d'Aquin, Contra Gentiles, liv. II, chap. LIV, 2 :

 

" En effet, l'être (esse) est l'acte de ce dont nous pouvons dire qu'il est. Or l'être ne se dit pas de la matière, mais du tout. Donc on ne saurait dire de la matière qu'elle est, mais c'est la substance même qui est ce qui est (sed ipsa substantia est id quod est). "

 

Joseph Rassam, La Métaphysique de Saint Thomas, ouvrage cité plus haut, p. 69 :

 

" La réflexion métaphysique qui conduit à l'affirmation de Dieu, est soutenue par un acte de silence, qui est précisément le retour à ce point où l'esprit reconnaît, en même temps que son intériorité à l'être, la totale dépendance qui constitue la parenté des êtres dans l'être. Alors, par cet acte intérieur de silence qui l'accorde au silence mystérieux des choses, l'âme a comme le pressentiment de cette paix divine qui réalise la consonance de la multiple splendeur des choses dans l'ordre et l'unité du monde : 'Divina pax facit omnia ad se invicem concreta' (a) " .

 

a) S. Thomas d'Aquin, Comm. des 'Noms Divins' de S. Denys l'Aréopagite (ouv. produit en 1260), II, 2.

 

En ce qui concerne la doctrine de la matière en tant que principe d'individuation (individuationis principium est materia : l'Être et l'Essence, chap. II), le Docteur angélique nous précise bien que ce n'est pas la matière comprise dans n'importe quel sens qui est le principe d'individuation, mais seulement la matière désignée, concrète, c'est-à-dire celle qui est considérée sous des dimensions déterminées et qui ne fait pas partie de la définition. En effet, la différence qui vient de la forme entraîne une différence spécifique, tandis que celle qui vient de la matière ne peut déterminer qu'une diversité numérique, c'est-à-dire une pluralité d'individus à l'intérieur d'une même espèce, la différence ne portant nécessairement que sur les accidents (cf. C. G., II, 93). " Les choses qui, ayant la même espèce, dit saint Thomas, diffèrent numériquement, sont semblables formellement, mais se distinguent matériellement. Or les anges ne sont pas composés de matière et de forme (cf. saint Jean Damascène, De fide orthodoxa, II, 3) : il ne peut donc y avoir deux anges de la même espèce (S. T., I, q. 50, c.) ." Il ne faut pas cependant oublier qu'absolument parlant Dieu seul en tant qu'Acte pur possède une nature tout à fait immatérielle et incorporelle, la matière étant toujours, comme telle, pure puissance totalement indéterminée ou non spécifiée  ; et une diversité d'espèces angéliques entraînerait une diversité d'indéterminations qui les ferait participer à l'intellectualité d'une manière indéterminée. Or cela ne se peut, car Dieu, dont les œuvres sont parfaites, n'a pas pu créé dans un état d'imperfection ou d'inachèvement des êtres destinés à la vision de l'essence divine. Il faut également ajouter que pour les êtres incorruptibles un seul individu de chaque espèce suffit à assurer la conservation de l'espèce. Or Dieu ou l'Infini ne se répète pas (cf. Genèse, I, 11, 24 : " selon leur espèce " ). Et il est inutile de refaire ce qui constitue déjà une espèce dans toute sa plénitude : un seul homme ne représente pas l'humanité dans toute sa perfection. Loin de là !

 

Avec l'aide de Dieu et de ses anges, essayons maintenant de donner une explication satisfaisante de la philosophie de la personne en nous laissant guider par saint Thomas d'Aquin, notre Maître en la circonstance. La personne, disent les Pères et les Docteurs, est une substance individuelle, complète et entièrement incommunicable. L'âme séparée ne peut pas revendiquer les prérogatives de la personnalité humaine (cf. S. Thomas d'Aquin, De Potentia, q. 9, a. 2, ad. 14  ; S. th., I P., q. 29, a. 1, ad. 5, et q. 75, a. 4, ad. 2), parce que son individualité doit entrer dans un tout comme partie composante. Ainsi la nature humaine de Jésus-Christ, en elle-même, ne suffit pas, puisqu'il a fallu qu'elle fût épousée par la personne du Verbe pour constituer une espèce complète et être tout à fait à soi (sui juris). Sans cela, qui agirait ? La nature, les qualités et les accidents sont seulement ce par quoi on est et on agit. (Personna est principium QUOD esse et operari). Et n'identifions surtout pas notre personnalité avec nos séries d'affection ou nos expériences sensorielles et psychiques qui passent ou s'écoulent sans cesse  ; ni notre masque (proswpon), notre moi superficiel, avec notre personnalité réelle et profonde qui nous permet de conserver notre unité et notre identité et domine même notre conscience. C'est là l'erreur fatale de la psychologie moderne qui conduit inéluctablement à la destruction de toute véritable spiritualité dans l'homme en lui faisant perdre de vue sa propre demeure ou en le rendant absolument incapable de parvenir à la connaissance de soi pour l'acculer finalement à la bestialité (cf. Ste Thérèse d'Avila, le Livre des Demeures, chap. Ier). Retenons bien cette phrase capitale de saint Thomas : " La personne signifie ce qu'il y a de plus parfait dans toute la nature, c'est-à-dire ce qui subsiste dans une nature raisonnable " (S. th., I P., q. 29, a. 3). Nous voyons ainsi que cette perfection substantielle ou cette subsistance, en étant couronnée par l'existence, couronne à son tour la substance et vient s'ajouter à la nature individuelle complète, car, dans la philosophie thomiste, la nature individuelle complète n'inclut pas l'existence. La subsistance se situe en quelque sorte entre la substance et l'existence qui réalise le tout : elle est reçue dans la substance et elle reçoit l'existence dont le propre n'est pas d'assurer l'incommunicabilité inhérente à la personne. Le Christ, en tant qu'homme, possède bien une âme, mais cela ne lui suffisait pas pour constituer une personne, car son âme fut également épousée par la personne du Verbe. L'âme séparée ne détient donc pas toutes les perfections de la personne. Voici maintenant un autre texte de saint Thomas qui exprime le bien fondée de cette théorie : " L'existence suit la nature et lui convient, non point comme à ce qui a l'être, mais comme à ce par quoi l'on est  ; elle suit la personne ou l'hypostase, parce que la personne est ce qui a l'être " (S. th., III P., q. 17, a. 2, sol. 1). Et le Maître ajoute ailleurs : " L'existence n'est pas ce qui constitue le suppôt, mais elle appartient à celui-ci, et elle n'entre pas dans la notion de nature " (Quodlib., 9, a. 2). Cela, nous semble-t-il, méritait également d'être cité. Le Docteur angélique nous signale clairement l'existence de trois perfections qui marchent de concert : la nature, le suppôt et l'existence, perfections qui s'avèrent nécessaires pour faire de la personne " un tout définitif qui est et qui agit, qui s'appartient pleinement et d'une manière incommunicable " (R. P. Édouard Hugon, professeur de dogme au Collège pontifical " Angélique " de Rome, membre de l'Académie romaine de Saint-Thomas d'Aquin, Le mystère de la Très Sainte Trinité, Éd. Téqui, 1921, pp. 326-327, IV : Conclusion).

 

Joseph Rassam, La Métaphysique de Saint Thomas, Collection SUP, Presses Universitaires de France, Paris, 1968, pp. 113-114 (ouvrage à rechercher absolument pour sa haute valeur métaphysique) :

 

« L’unité de la personne c’est la singularité de cet individu unique qui subsiste en chair et en âme : « unitas vero personnae constituitur ex eis inquantum est unus aliquis subsistens in carne et anima » (S. Thomas d’Aquin, Somme théologique, qu. 2, art. I, ad 2) » Il est tellement vrai, que du point de vue thomiste, on ne peut pas dissocier en l’homme l’individualité et la personnalité, que tout ce que M. Forest dit, pour éclairer le problème de l’individuation, convient exactement et parfaitement au problème de la personne humaine. Toutes les difficultés accumulées autour de l’individuation viennent de ce qu’on ne pose pas le problème au plan métaphysique où il se situe, c’est-à-dire en fonction de l’être concret saisi dans sa plénitude existentielle. L’individuation, et par suite l’union de l’âme et du corps qui constitue l’unité de la personne, devient inintelligible si l’on considère la matière comme une chose et la forme comme une autre chose, dont l’assemblage formerait, par on ne sait quelle alchimie, un être concret [c’est-à-dire un golem ou un  monstre ! ou un homme selon le cœur de Descartes qui va droit au mécanisme – « un ange habitant une machine et la dirigeant par le moyen de la glande pinéale » aurait dit Jacques Maritain, rendant entièrement inintelligible l’interaction du corps et de l’âme]. « Ce que le thomisme veut dire, écrit M. Forest, c’est que la matière est principe et rien d’autre. D’où viennent donc les différences individuelles et originales de chaque être concret ? Elles sont rendues possibles par sa matière, elles procèdent de sa forme, à qui seule appartient de donner l’acte… Rien n’implique donc que les diversités originales doivent s’attribuer à la matière plus qu’à la forme, elles s’attribuent à l’une et à l’autre, à l’être concret. Il faut bien voir enfin qu’avec la matière et la forme, et par leur union, nous restons encore dans le domaine de l’essence. L’être concret comporte encore des accidents, individués par la substance, et lorsque nous parlons des diversités individuelles, c’est souvent de la réalité des accidents que nous voulons parler… Une substance abstraitement prise n’est point encore située avec ses qualités dans l’ordre de l’existence. Si donc on veut saisir l’origine vraie des diversités individuelles, il faut aller jusqu’à l’existence des accidents, en comprenant bien que sous leur mobilité l’être individuel demeure  ; il demeure, dirons-nous, parce qu’il a déjà telle matière et telle forme, mais l’une ou l’autre, ainsi comprise, n’est encore que dans le plan des essences, l’existence de l’être concret les comporte l’une et l’autre, mais en unifiant par un seul acte dernier ces éléments intermédiaires » (La structure métaphysique du concret selon saint Thomas d’Aquin, éditions Vrin, pp. 255-256).

« L’inégalable valeur de ces lignes ne vient pas seulement de ce qu’elles présentent un résumé aussi complet que clair de la thèse thomiste de l’individuation, elle tient surtout au fait qu’en posant le problème à partir de l’être concret, elles révèlent le point d’attache auquel se réfère constamment la pensée de saint Thomas, et hors duquel la philosophie thomiste dégénère en une vaine scolastique. »

 

Un rappel : Les XXIV thèses thomistes :

 

[…]

XI.- Quantitate signata materia principium est individuationis, id est numericae distinctionis (quae in puris spiritibus esse non potest) unius individui ab alio in eadem natura specifica.

La matière désignée par la quantité est le principe de l'individuation, c'est-à-dire de la distinction numérique, impossible chez les esprits purs, d'individus au sein d'une même nature spécifique.

(Cf. S. Thomas, II Contra Gentiles, cc. 92-93 ; Somme théologique, Ire Partie, q. 50, a. 4 ; L'Être et l'Essence, c. II.) 

[…]

 

F I N

 

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L'ÂME HUMAINE (2/3) - Le Présent éternel

 

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POUR PARVENIR À UNE RÉSURRECTION DE VIE (CF. S. JEAN, V, 25, 28-29) - Le Présent éternel

 

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11 février 2014 2 11 /02 /février /2014 16:49

L'ÂME  HUMAINE

 

(2/3)

 

Contra Gentiles, liv. II, chap. 86, § 4 :

 

Nulle vertu active n'agit au-delà de son genre. Or l'âme " intellective " dépasse tout le genre des corps, puisqu'elle a une opération transcendante à tous les corps (" operationem supra omnia corpora elevatam "), à savoir l'intellection. Nulle vertu corporelle ne peut donc produire l'âme " intellective ". Or toute action de la vertu séminale se fait par quelque vertu corporelle. [...] L'âme " intellective " ne peut donc recevoir l'existence par la vertu qui se trouve dans la semence. "

 

Ibid., chap. 49, § 4 : " Rien n'agit que selon espèce, puisque la forme est en toute chose le principe de l'action. Si donc l'intellect était un corps, son action ne dépasserait pas l'ordre corporel. Il ne comprendrait par suite que les corps. Or ceci est manifestement faux : nous comprenons, en effet, beaucoup de choses qui ne sont pas des corps. L'intellect n'est donc pas un corps. "

 

7) Cf. S. Thomas d'Aquin, Contra Gentiles, liv. II, chap. 75.

8) Cette affirmation ne peut que heurter les personnes qui vivent de la pensée matérialiste d'un monde fermé à la métaphysique de l'être et à toute intériorité, mais elle n'offre en réalité aucune difficulté une fois que l'on a bien saisi le rôle spécifique et déterminant de la cause finale au niveau de l'être, et également la nature de la personne humaine avec son moi profond ou son Soi. En vérité, rien ne s'obtient sans effort et sans persévérance.

9) Cf. S. Thomas d'Aquin, Somme théologique, I, q. 75, a. 3, concl.

10) Ibid., I, q. 75, a. 6, concl.

11) " [...] antiqui Naturales " : S. Thomas d'Aquin, Somme théologique, I, q. 75, a. 1, sol. 2, et q. 84, a. 2, concl.

12) " [...] antiqui " ou " primi philosophi " : S. Thomas d'Aquin, Somme théologique, I, q. 75, aa. 1 et 3, concl., et q. 84, aa. 1 et 2.

13) S. Thomas d'Aquin, Somme théologique, I, q. 75, a. 1, concl. : "  [...] imaginationem transcendere non valentes ".

14) Aristote, De l'Ame, liv. III, chap. 4, 429 25 a.

15) Dante (1265-1321), La Divine Comédie, Traduction, Introduction et Notes de Alexandre Masseron, éd. Albin Michel, Paris, 1950, L'Enfer, chant quatrième, Premier cycle : le Limbe, vers 130 :

" Ayant regardé un peu plus haut, je vis le maître de ceux qui savent, assis parmi la famille des philosophes. "

 

L'intellect agent, qui est une certaine vertu de l'âme humaine inhérente à une forme incorporelle, est le principe propre de l'action qui consiste à abstraire les espèces intelligibles ou les formes universelles des images préparées par les facultés de la cogitative et de la mémoire, c'est-à-dire par l'intellect passif qui possède un organe corporel et qui atteint, distingue et compare les choses ou données particulières ; et l'intellect possible, qui est non mêlé au corps, est quelque chose de l'âme qui reçoit ces formes ou espèces intelligibles - opération qui s'accomplit avec une certaine passion ou un certain pâtir - et qui les comprend et conserve pour toujours. (Cf. S. Thomas d'Aquin, Contra Gentiles, liv. II, cc. LX, LXXVI et LXXVII ; S. Thomas d'Aquin, Somme théologique, I, q. 78, a. 4, sol. 5, et q. 79, aa. 2, 3 et 4.)

 

S. Thomas d'Aquin, Somme théologique, I, q. 88, a. 1 (cf. Aristote, De l'Ame, III, 5, et aussi S. Thomas d'Aquin, Somme théologique, q. 78, a. 1) : " D'après Aristote, l'intellect possible est un principe qui permet de devenir toutes choses. "

 

Le sens est au sensible ce que l'intellect (possible) est à l'intelligible (idée ou concept), comme ce qui est en puissance (non réalisé) par rapport à ce qui est en acte. Cependant, tout en étant semblable au sens, l'intellect en diffère fondamentalement sur deux points. En effet, le sens peut être détruit par un excès de sensibles, ainsi la vue par un excès de lumière, alors que l'intellect ne peut l'être par un excès d'intelligibles - bien au contraire, c'est en approfondissant continuellement ses connaissances qu'un homme fortifie son intelligence, et c'est même ainsi qu'il se rend érudit ou devient savant et consécutivement plus éclairé ou avisé. D'autre part, le sens ne peut pas tout connaître, ainsi la vue ne connaît seulement que les couleurs, l'ouïe, que les sons, le goût, que la saveur, et ainsi de suite, alors que l'intellect, au contraire, est capable de tout connaître, car il a l'être pris dans toute son universalité pour objet formel; et de même que pour tout connaître, l'intellect doit être sans mélange, de même s'il y avait une couleur à l'intérieur de la pupille, la vision réelle d'autres couleurs serait faussée par la superposition de cette couleur, ainsi l'homme qui souffre de jaunisse voit tout jaune autour de lui. Et puisque cette partie de l'âme qu'on appelle intellect possible (" quelque chose de l'âme " : aliquid animæ) ne contient rien en acte avant de penser, n'étant que le lieu ou le réceptacle des Idées en puissance, il n'est pas raisonnable de soutenir qu'elle est mélangée au corps parce qu'elle ne possède aucune qualité inhérente à la matière (aucune qualité sensible), ne devenant en acte ce qu'elle pense qu'au moment où l'âme pense, comme le sens ne devient en acte qu'au moment où l'âme sent, l'âme ne pensant que grâce à la lumière de l'intellect agent ou actif, constitutif formel du Moi profond qui emprunte sa lumière à la Source de toute lumière (1) et n'est absolument pas l'acte d'un organe corporel. La partie supérieure de l'âme ou sa partie intellective est à la fois immanente et transcendante au corps, immanente au corps en tant que partie de l'âme et transcendante au corps en tant que ne tenant pas son être de sa combinaison avec la matière mais en tant que le tenant uniquement d'un principe extrinsèque. C'est ce que soutient Aristote, écrivant : " Reste donc que l'intellect seul vienne du dehors et que seul il soit divin  : car rien dans son opération ne communique avec l'opération corporelle " (2).

 

1) S. Jean, I : 1, 4, 9, 14 18 : " Au commencement était le Verbe, et le Verbe était avec Dieu, et le Verbe était Dieu. [...] En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes. [...] Cette lumière était la véritable lumière, qui, en venant dans le monde, éclaire tout homme. [...] Et le Verbe s'est fait chair, et il a habité parmi nous, et nous avons contemplé sa gloire, gloire qu'il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité. [...] Nul n'a jamais vu Dieu; le Fils unique, qui est dans le sein du Père, lui l'a fait connaître. " - Ire Épître de S. Jean, 1 : 5 : " Dieu est Lumière, en Lui point de ténèbres. " - Épître de S. Jacques, 1 : 16 : " Ne vous y trompez pas, mes frères bien-aimés : tout don excellent et tout cadeau parfait viennent d'en-haut, du Père des lumières, chez lequel il n'y a ni changement, ni ombre de variation. " - I Timothée, 6 : 14-16 : " [...] jusqu'à l'Apparition de notre Seigneur Jésus Christ que fera paraître aux temps marqués le Bienheureux et unique Souverain, le Roi des rois et Seigneur des seigneurs, le seul qui possède l'Immortalité, qui habite une lumière inaccessible, que nul d'entre les hommes n'a vu ni ne peut voir. "

2) De la Génération des Animaux, ouv. cité plus haut, liv. II, § III, 736b.

 

S. Thomas d'Aquin, Contra Gentiles, liv. IIIe, chap. XLVI, "Sed nec Aristoteles" :

 

" [...] Aussi Aristote au Livre III De Anima démontre-t-il (chap. 4) à partir du connaître lui-même la nature de l'intellect possible, comment il est sans mélange et incorruptible, ce que nous avons démontré antérieurement (liv. II, chapitres LIX et suivants)." 

 

Aristote, De l'âme, liv. III, chap. 4 (l'intellect possible) :

 

" [...] Par suite, pensant toutes choses, l'intellect doit nécessairement être sans mélange, comme le dit Anaxagore, afin de commander, c'est-à-dire de connaître; car, en manifestant sa propre forme à côté de la forme étrangère, il met obstacle à cette dernière et s'oppose à sa réalisation. [...] Ainsi cette partie de l'âme qu'on appelle intellect (et j'entends par intellect ce par quoi l'âme pense et conçoit) n'est, en acte, aucune réalité. Pour cette raison aussi, il n'est pas raisonnable d'admettre que l'intellect soit mêlé au corps, car alors il deviendrait d'une qualité déterminée..."

 

Ibid., chap. 5 (l'intellect agent) :

 

" [...] Et, en fait, on y distingue, d'une part l'intellect qui est analogue à la matière, par le fait qu'il devient tous les intelligibles, et, d'autre part, l'intellect [qui est analogue à la cause efficiente], parce qu'il les produit tous, attendu qu'il est une sorte d'état analogue à la lumière : car en un certain sens, la lumière, elle aussi convertit les couleurs en puissance, en couleurs en acte. Et c'est cet intellect qui est séparé, impassible et sans mélange, étant par essence un acte; car toujours l'agent est d'une dignité supérieure au patient, et le principe à la matière. [...] C'est une fois séparé qu'il n'est plus ce qu'il est essentiellement, et cela seul est immortel et éternel." 

Plotin (v. 205-270), Ennéades, IV, 7 : De l'immortalité de l'âme :

"Diront-ils que les pensées se rapportent à des formes qui sont en la matière ? Du moins ces pensées naissent, en faisant abstraction des corps, et c'est l'intelligence qui opère l'abstraction. Car ce n'est pas avec son corps ni en général avec la matière qu'elle opère l'abstraction du cercle, du triangle, de la ligne et des points. Il faut alors que l'âme elle-même se sépare du corps. Il faut donc qu'elle ne soit pas un corps. Le beau aussi, je pense, et le juste sont inétendus. Or il y a pensée de l'un et de l'autre. Donc s'ils viennent à l'âme, elle les accueille avec ce qu'elle a d'indivisible, et ils se logent dans l'indivisible qu'elle a en elle."

 

S. Thomas d'Aquin, Somme théologique, Ire Partie, 85, a. 6 (cf. Aristote, De l'Ame, liv. III, cc. 6 et 10) :

" L'intelligence - quand elle a pour objet une réalité simple ou un principe - est toujours juste. "

 

Ibid., I, q. 85, a. 7, sol. 2, et q. 16, a. 1 : " La vérité de l'intelligence consiste en ce qu'elle connaît le réel tel qu'il est. "

 

Ibid., I, q. 85, a. 7, cependant :

 

" Cependant, on voit par expérience que certains esprits comprennent plus profondément que d'autres. Ainsi celui qui peut ramener une conclusion aux premiers principes et aux causes premières, comprend plus profondément que celui qui la ramène seulement aux causes immédiates. "

 

Ibid., I, q. 16, a. 2, conclusion :

 

" On l'a déjà dit (article précédent), le vrai, quant à sa notion immédiate et première, est dans l'intelligence. Comme d'autre part toute chose est vraie selon qu'elle revêt la forme qui lui est propre et qui répond à sa nature, il y a nécessité que l'intellect [ou l'intelligence], faculté de connaître, soit vraie en raison d'une représentation fidèle de la chose connue, représentation qui est la forme propre en tant que pouvoir connaissant. Pour ce motif, la vérité se définit par la conformité de l'intellect avec les choses, et il en résulte que connaître une telle conformité c'est connaître la vérité. Or cette conformité, les sens [par eux-mêmes] ne la connaissent en aucune manière; car bien que l'œil, par exemple, ait en lui l'image de l'objet visible, il ne saisit point [en tant qu'œil] le rapport qu'il y a entre la chose vue et ce qu'il s'en présente [car l'œil ne fait que voir]. Au contraire, l'intellect a le pouvoir de connaître sa propre conformité [car il est conscient] avec l'objet intelligible [qui lui est propre] ; mais il ne conçoit pas cette conformité par celui de ses actes qui appréhende [directement] telle ou telle chose; c'est quand il porte un jugement sur ce qui est, attribuant à la chose une forme d'existence semblable à la forme de connaissance qu'il en a extraite, c'est alors seulement qu'il connaît et qu'il dit vrai. Or il fait cela en composant et divisant ; car en toute proposition où un jugement s'exprime, l'esprit attribue une certaine façon d'être, signifiée par le prédicat [ou l'attribut], à une certaine chose signifiée par le sujet, ou bien il l'en écarte. Et ainsi, il se trouve sans doute que le sens est vrai à l'égard de telle ou telle chose, et aussi l'intellect qui appréhende les natures; mais ni l'un ni l'autre ne connaît ni ne dit la vérité. Et il en va de même des paroles, suivant qu'elles sont complexes ou incomplexes [jugements ou simples conceptions]. On voit par là que la vérité peut se trouver dans le sens ou dans l'intellect qui conçoit l'essence des choses comme elle se trouve dans un objet vrai ; mais non comme le connu est dans le sujet connaissant, ce que suppose cependant ce mot : le vrai. Car la perfection de l'intellect c'est le vrai connu, en tant qu'il est connu. En conséquence, à parler en toute propriété de termes, la vérité est dans l'intellect qui compose et divise, et pas davantage dans l'intelligence qui élabore de simples concepts.

" Par là s'éclairent facilement tous les doutes. "

 

Ibid., a. 3, conclusion :

 

" Comme le bien répond au désirable, ainsi le vrai a rapport à la connaissance. Or dans la mesure où une chose participe de l'être, dans cette mesure, elle est connaissable, et c'est ce qui fait dire à Aristote que l'âme est en quelque manière toutes choses selon le sens et l'intellect. Pour ce motif, de même que le bien est identique à l'