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2 janvier 2013 3 02 /01 /janvier /2013 15:32

 

Plusieurs semaines avant la solennité, Rome était remplie d'étrangers qui voulaient assister à cette grande fête. Le Saint-Père y avait invité tous les évêques de l'Italie ; environ cent membres de la congrégation du Très-Saint-Rédempteur s'étaient rendus à Rome, de l'Italie, de l'Allemagne et de la Belgique, pour être présents au triomphe de leur Père.

Enfin, le 25 mai, veille de la canonisation, les canons du château Saint-Ange et le son de toutes les cloches de Rome annoncèrent l'approche du jour tant désiré. À minuit, les trompettes de la garde et du sénat parcouraient la ville, la musique se faisait entendre de tous côtés ; à quatre heures du matin, cent un coups de canon saluèrent le grand jour.

La foule innombrable, qui de toutes les parties de chrétienté se trouvait réunie à Rome, se dirigea vers la magnifique place de Saint-Pierre.

Les colonnes de la galerie qui l'environne étaient garnies de riches tentures, de draperies et de fleurs. Pour le maintien de l'ordre, les grenadiers, la garde noble et la garde bourgeoise de Rome, en grand uniforme, étaient rangés tout autour.

À six heures, commença au Vatican la procession la plus imposante qui se puisse voir âu monde. Les orphelins précédaient, suivis des écoles des Enfants nobles ; puis les ordres Mendiants, les Franciscàins, les Capucins, etc., avec leurs bannières respectives ; ensuite les ordres religieux, les Augustins, les Servites, etc., après eux les séminaristes, les vicaires et les curés de Rome avec l'étole blanche. Ceux-ci étaient suivis des chapitres des nombreuses collégiales, avec leurs croix et leurs bannères ; de plusieurs officiers civils, et des membres de la congrégation des Rites. On remarquait une multitude de personnes portant des flambeaux allumés ; et, à la suite, les bannières des nouveaux saints. Les cordons de ces bannières étaient portés par les parents encore survivants des saints, et par les membres de leurs ordres respectifs. Auprès de la bannière de saint Alphonse marchaient un de ses neveux et plusieurs de ses petits-neveux ; le premier, général ; les autres, officiers, au service du roi de Naples.

La procession se partagea en deux parties, et se rangea aux deux côtés de la place Saint-Pierre ; le Saint-Père entonna, dans la chapelle Sixtine, l'hymne : Ave, maris stella, pour implorer l'assistance de la très-sainte Vierge Marie dans cette action solennelle. Il monta ensuite dans sa litière ; dès qu'il quitta son palais, toutes les cloches s'ébranlèrent, on entendit le roulement des tambours et le son de la plus magnifique harmonie.

Voici l'ordre dans lequel se dirigea vers l'église de Saint-Pierre tout le cortége du Souverain-Pontife, depuis la chapelle Sixtine les hérauts du Pape précédaient ; venait ensuite la cour du Souverain-Pontife avec les chantres de la chapelle papale, suivis de l'assistance de l'office pontifical, diacres, sous-diacres et acolytes, et des confesseurs établis à l'église de Saint-Pierre pour toutes les nations, tous en ornements blancs. On voyait après eux l'imposante réunion de plus de cent évêques, des abbés et des cardinaux qui se trouvaient à Rome. Les abbés mitrés précédaient ; puis suivaient les évêques et les cardinaux revêtus de leurs habits pontificaux. Le préfet de Rome et les principaux officiers suivaient les cardinaux ; devant le Souverain-Pontife marchaient en habits de lévites les trois plus anciens cardinaux, suivis de la brillante assistance du trône. Enfin paraissait la litière du Saint-Père, dont le profond recueillement dans cette grande solennité, comme dans toutes les autres, frappa tous ceux qui l'ont vu. Il était en chape, blanche, la croix sur la poitrine. Il portait une mitre, tenait un cierge allumé à la main gauche, et bénissait de la droite la foule agenouillée. Il s'avançait sous un dais en étoffe d'or, environné des principaux personnages de sa cour et suivi des généraux d'ordres.

Avant de décrire la canonisation, telle qu'elle eut lieu dans l'église Saint-Pierre, décrivons sommairement la décoration de cette vaste basilique, afin qu'on puisse se faire une idée de la magnificence où parut dans cette occasion le plus beau temple de l'univers.

Au-dessus de la porte principale était un superbe tableau, où l'on voyait les nouveaux saints, transportés au ciel par des anges ; au-dessus de ce tableau on lisait une inscription convenable à la fête. En entrant dans l'église, on lisait au-dessus de chaque porte du vestibule d'autres inscriptions analogues. Les murs étaient tapissés de soie rouge enrichie d'or. On voyait, entre les nefs, des ciels de différentes couleurs. Le trône du Saint-Père s'élevait derrière l'autel sur huit colonnes couvertes de velours rouge, entre lesquelles on avait placé des tableaux représeytant différents traits des nouveaux saints. Le trône était environné d'une tribune couverte aussi de velours rouge, dans laquelle se trouvaient le roi de Naples et le roi de Bavière, Don Miguel de Portugal et la reine de Sardaigne, ainsi que les ambassadeurs étrangers. Des draperies empêchaient le jour de pénétrer par les fenêtres, afin qu'il ne nuisît pas à l'effet de l'illumination. Cent dix lustres d'or étaient suspendus dans les nefs collatérales, quarante lustres magnifiquement ornés étaient suspendus à la voûte, trente candélabres étaient placés devant les tableaux, et cent autres lustres étaient encore distribués dans la basilique ; de sorte que plus de quatre mille cierges éclairaient l'auguste basilique.

Aussitôt que le Saint-Père fut arrivé à l'église, il fut porté à la chapelle où reposait le Saint-Sacrement, afin de l'y adorer. Il fit ensuite porté au trône qui se trouvait derrière l'autel, où il reçut les hommages du haut clergé. Quand les cardinaux, les évêques et les abbés eurent pris leurs places respectives, le maître des cérémonies conduisit devant le trône du Pape le cardinal qui devait le supplier pour la canonisation, au nom de toute la chrétienté. Le cardinal s'inclina, tandis que son avocat suppliait à genoux le souverain Pontife en ces termes : « Très-Saint-Père, le très-éminent cardinal ici présent prie instamment Votre Sainteté de vouloir inscrire au nombre des saints de Notre-Seigneur Jésus, Christ les bienheureux Alphonse, François de Hieronymo, etc., etc., et de vouloir déclarer qu'ils doivent être honorés comme tels par tous les fidèles. »

Le secrétaire du Pape répondit en son nom : « Sa Sainteté veut qu'on adresse à Dieu de ferventes prières dans une circonstance aussi importante, et qu'on implore l'intercession de la trèssainte Mère de Dieu, des saints apôtres Pierre et Paul et de tous les autres saints, afin que tout se fasse avec dignité et sainteté. »

Après cette réponse, le cardinal revint à sa place. Le Pape descîndit de son trône et s'agenouilla, pendant que deux chantres entonnaient les litanies des saints, auxquelles tous répondaient.

Après les litanies, le souverain Pontife remonta sur son trône ; le cardinal vint une seconde fois au pied du trône, où l'avocat répéta sa demande, en insistant sur la première : « Le très-éminent cardinal ici présent supplie instamment et plus instamment Votre Sainteté, etc. »

Le secrétaire du souverain Pontife répondit à cette demande : « Sa Sainteté veut qu'on implore par de nouvelles prières les lumières du Saint-Esprit, etc. » Le cardinal et son avocat reprirent place ; le Pape déposa la mitre et s'agenouilla, pendant que le cardinal, assis à sa gauche, exhortait tous les assistants à la prière. Tous prièrent quelque temps en silence ; le Pape se releva, et le cardinal assis à sa droite dit à tous les assistants de se lever. Deux évêques s'avancèrent alors avec des livres et des candélabres ; le Saint-Père entonna le Veni Creator, se mit à genoux pendant la première strophe. Il se leva ensuite, et resta debout jusqu'à la fin de l'hymne ; deux acolythes s'approchèrent du trône, et le Pape chanta l'oraison du Saint-Esprit.

Après que le souverain Pontife eut repris sa place, le cardinal et son avocat vinrent de nouveau à ses pieds renouveler pour la troisième fois leur demande, en disant : « Très-Saint Père, le très-éminent cardinal prie instamment et très-instamment votre Sainteté de vouloir inscrire au nombre des saints, etc. » Le secrétaire répondit que le Saint-Père voulait prononcer le jugement définitif. L'imposante assemblée se lève alors tout entière, et le Saint-Père assis, la mitre sur la tête, prononce comme Docteur et Chef de l'église catholique le grand et suprême jugement en ces termes

«En l'honneur de la très-sainte et indivisible Trinité, pour l'exaltation de la foi catholique et l'augmentation de la piété chrétienne ; au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ, des bienheureux apôtres Pierre et Paul, et en notre nom ; après de mûres réflexions, et l'invocation réitérée du secours de Dieu ; après avoir consulté nos vénérables frères, les cardinaux de l'Église romaine, les patriarches, archevêques ét évêques de cette capitale ; décidons et prononçons que les bienheureux Alphonse, François de Hiéronymo, etc., sont saints, et nous les comptons au nombre des saints, et ordonnons que leur mémoire soit. honorée par le culte que l'Église leur rendra annuellement le jour de leur naissance  ; savoir : du bienheureux Alphonse, le 2 août, etc. Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit: Amen. »

Le Saint-Père, ayant ainsi recommandé à toute l'Église la vénération des nouveaux saints, entonna le Te Deum ; et, au même instant, les canons du château Saint-Ange, toutes les cloches de Rome, les tambours, les trompettes et une magnifique harmonie se firent entendre. Tous ces signes de triomphe, qui font une faible impression dans les cérémonies profanes, en font une si profonde en celle-ci, qu'il faut l'avoir éprouvée pour la comprendre. Après la parole prononcée par le vicaire de Jésus-Christ, qui juge dignes de la gloire éternelle ceux qui ont vaincu le monde, on sent que ces signes de joie et de triomphe ne sont pas un vain bruit, mais le commencement d'un culte de louanges et d'actions de grâces qui durera jusqu'à la consommation des siècles ; on sent qu'ils sont un écho des concerts du ciel où Jésus-Christ, le Pontife éternel, couronne ses saints dans un autre sanctuaire, qui n'est pas fait par la main des hommes.

Après l'hymne d'actions de grâces, le souverain Pontife invoqua les saints nouvellement canonisés, au nom de l'Église militante, en chantant l'oraison de leur office  ; et, après le Confiteor, dans lequel on ajouta leurs noms, le Saint-Père donna la bénédiction.

La solennité fut suivie d'une messe solennelle, où le Saint-Père célébra lui-même. À l'offertoire, on lui fit, selon l'ordre établi pour les canonisations, des offrandes de cierges, de pain et de vin, de touterelles, de colombes, et d'autres oiseaux. En voyant cette dernière offrande, faite par les religieux des ordres respectifs des saints nouvellement canonisés, on pense à la colombe de l'arche qu'ils ont si bien imitée, puisqu'ils sont retournés au ciel en passant sur la terre, sans s'y attacher.

Après la grand'messe, l'immense multitude se concentra sur la place de Saint-Pierre pour recevoir la bénédiction pontificale « urbi et orbi, » c'est-à-dire « à la ville et au monde, » que le Saint-Père donne rarement, et sur la tribune de l'Église Saint-Pierre. Tout à coup régna le plus profond silence, et l'on entendit parfaitement les augustes paroles de la bénédiction. On sait tout ce qu'il y a de touchant, tout ce qu'il y a de catholique, de divin, dans ce mouvement d'un peuple innombrable qui tombe à genoux comme un seul homme devant les successeurs de saint Pierre, qui vérifient depuis vingt siècles la parole prononcée par le Fils de Dieu: « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église  ; et les portes de l'enfer ne prévaudront pas contre elle. »

Je tressaille en écrivant ces divines paroles, vérifiées aujourd'hui plus que jamais par le concours des évêques, des prêtres et des fidèles autour du Pontife-Roi, autour du magnanime Pie IX. Augustes cérémonies qui proclamez en Occident la gloire des martyrs de l'extrême Orient ! Sublime discours de l'évêque d'Orléans aux deux sueurs d'Orient et d'Occident qui viennent unir leurs peines et leurs espérances ! Allocution si auguste et si calme du Pape-Roi, en face de la tempête  ! Adresse unanime de l'épiscopat au Vicaire de Jésus-Christ ! Bénédiction donnée par le Père de tous les chrétiens à la ville et à l'univers ! Journées si consolantes pour le catholique et si terribles pour l'impie ! Merveilles de la foi, de l'espérance et de la charité ! Vous ne périrez point ; votre éclat est immortel  ! À votre souvenir, on dira: « Jamais l'enfer n'avait si bien discipliné les forces du mal ; et jamais l’Église n'a remporté un plus beau triomphe ! »

Les émotions éveillées dans les cœurs catholiques par la canonisation des martyrs Japonais et par les circonstances providentielles qui l'accompagnent, nous ont semblé rendre l'actualité aux solennités de la canonisation de  saint Alphonse. Nous avons donné à notre récit quelques développements, pour rappeler aux pieux lecteurs la beauté persévérante, et même croissante, de la Religion, enfin pour montrer que les magnificences de l'Église dans la canonisation des saints sont égalées par la sagesse, la sûreté et la circonspection de ses procédés.

 

F I N

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POUR PARVENIR À UNE RÉSURRECTION DE VIE (CF. S. JEAN, V, 25, 28-29) - Le Présent éternel

 

 

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